CHANSONS FRANÇAISES
Les Francs *, pour parler aux yeux comme à la mémoire, se servaient de gestes et de chansons.
L'analyse des chansons de geste est impossible à nos modernes philologues : l'incertitude du point de départ, le vague des diverses roules, la multiplicité des hypothèses conçues, abandonnées, reprises et retirées avec une décevante inanité, tout montre l'impuissance d'aboutir jamais à une solution rationnelle en suivant ces mêmes errements; le jour doit enfin se faire, et les ténèbres accumulées depuis si longtemps sur nos ori-
1 Franc a fait Français, comme Bourbon, Soissons , Mdcon , Avignon, Toulon, etc., ont fait Bourbonnais, Soissonnais, Maçonnais, etc. La diversité des lieux où le nom de France s'est établi ne fait rien à l'origine. Pour être exacte, la dénomination ne doit pas donner un démenti à l'histoire.
gines viennent se dissiper à la lumière émanée de l'al-
phabel carlovingien.
On prétend qu'il faut distinguer la question archéologique de la question littéraire. Mais que dirait-on de l'homme qui , ayant découvert une peinture monochrome antique, en même temps qu'une défectueuse copie, rajeunie par des couleurs variées, surchargée d'épisodes appartenant à d'autres époques, avec des suppressions, des additions de toutes sortes, présenterait ce pastiche infidèle et menteur, au lieu de l'original dont i! s'efforcerait de retarder la production? En éditant sciemment nos chansons historiques et vulgaires, revêtues de la livrée littéraire moderne ', avec des superpositions féeriques, des miracles, œuvres d'une foi exaltée, des interpolations parasites, des anachronismes nombreux, et la suppression de ces redites traditionnelles, caractéristiques précieuses, on tient une conduite non moins inconsidérée : le désir de montrer des vers rimes, césures, scandés avec art, au lieu des rudes assonances vulgaires; la prétention de marcher avec le cortège classique moderne, en foulant aux pieds les traditions de nos ancêtres, tout cela accuse l'amour de la falsification et du faux brillant, en même temps qu'un dédain pour l'or véritable et natif. Les écrivains de la renaissance pouvaient avoir l'ignorance pour excuse; l'opiniâtreté aujourd'hui ne saurait se justifier. Toutefois ce n'est pas d'hier que date l'impossibilité de
1 Ce qui arrive toujours lorsqu'on imprime d'après les manuscrits du xive siècle.