‹ Dactylologie et langage primitif restitués d'après les monumentsChapitre 9 sur 83 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

La chronologie authentique est celle des Septante, traduisant le texte héhreu le plus ancien, et, en particulier, celui de l'exemplaire du temple, échappé à la destruction lors de la prise de Jérusalem par Titus; livre officiel, resté entre les mains de l'historien Josèphe. La création remonte à sept mille ans, et le déluge universel à près de cinq mille; la Vulgate présente une différence d'environ mille ans.

Le livre de Moïse n'était ni le révélateur de toute science, ni le dernier terme des connaissances humaines; il fut inspiré pour éclairer le peuple de Dieu , dans la mesure des lumières alors acquises, et suivant les notions vulgaires; les hommes postérieurs y trouvèrent l'histoire des premiers temps, sans pouvoir découvrir jamais ce qui appartenait à l'avenir de la science. La divulgation anticipée des conquêtes, bonnes ou mauvaises, de l'esprit humain ne doit point être demandée au Pentateuque; il éclaire la raison de l'être sincèrement

religieux, el reste muet pour le présomptueux de tous

les siècles '.

Un livre posant le dernier terme de la science n'était pas seulement impossible, il eût été une révélation impie, en mettant au néant et le libre arbitre de l'homme et la justice de Dieu.

L'unité de la création et l'universalité du déluge n'excluent point les migrations vers le Nord, témoin les Lapons, qui parlent encore aujourd'hui l'hébreu vulgaire. L'Islande et l'Amérique du Nord furent-elles toujours séparées, et les irruptions de la mer, dont il y a lant d'exemples, n'ont-elles pu diviser des continents et en faire des îles, dont la plus considérable resta oubliée jusqu'à Christophe Colomb?

On a judicieusement fait remarquer 2 que, s'il eût été possible de composer et de faire adopter, chose plus difficile encore, un alphabet complet représentant exactement tous les degrés phonétiques, on eût acquis la certitude que le samaritain, l'arabe, l'hébreu, le phénicien, le chaldéen, le syriaque, l'éthiopien, ne sont en réalité que les dialectes d'une seule et même langue. Les idiomes du Nord, si nombreux et si peu dissemblables entre eux, laissent entrevoir leur parenté: gothique,

1 Josué, en commandant au soleil de s'arrêter, est dans le vrai relativement à son siècle. On dit encore aujourd'hui : « Le soleil se lève, se couche. » Quiconque remplacerait ces loculions par un équivalent plus d'accord avec l'astronomie : « La portion de la terre que j'habite commence à se tourner vers le soleil, ou bien à être privée de lumière, » serai! tout aussi ridicule que les Précieuses de Molière.

2 Paléographie universelle , p. 47-

théotisque, islandais, irlandais, allemand ', anglo-saxon ', belgo-batave, danois, suédois, norwégien, celto-breton, etc., tous ces idiomes rappellent le même point de départ, et montrent une affinité que des représentants graphiques complets ramèneraient vers l'identité.

Les nombreux dialectes des Grecs et ceux des Romains, les langues néo-latines, catalanes, italiennes, espagnoles, romanes étrangères, et le roman français luimême, nonobstant les influences septentrionales, ne décèlent pas moins une antique source commune, dont la nature se prêtait à toutes les transformations. Nous avons déjà montré celte origine patriarcale, nommée naguère Gomerach, essentiellement variable, s'adoucissant avec la sociabilité, augmentant sa rudesse en raison de l'isolement; les influences climatériques, les différences topographiques et la diversité des mœurs le modifiaient tour à tour; il changeait, soit qu'il prît la route de l'Inde, qu'il descendît le Danube, ou qu'il traversât le Pont-Euxin, le Bosphore ou la mer Egée. L'euphonie cheminait vers les zones tempérées, comme les inflexions rudes accompagnaient les émigrants vers les régions où règne une température inclémente; ils se surchargeaient de gutturales, comme de vêtements grossiers qu'exige l'àpreté du climat3. La vie solitaire, errante, celle du

1 L'allemand est du persan écrit en caractères latins; le persan dérive du zend - sanscrit. Voy. Bopp. Vergleichende Grammatik des Sanskrits. Berlin, i833-4a; in-4°, p. xi et xn de la Préface.

3 L'anglais vient de l'anglo-saxon , dialecte teuton. 1 Aauuç , hirsulus ; Aa(ru irveu|j.a , esprit rude.

chasseur ou du guerrier, avaient le même résultai à une

latitude différente.

La diversité des couleurs dans l'espèce humaine suffit à de certains esprits pour nier la création orthodoxe et l'unité du premier homme; ils prétendent que des êtres blancs, jaunes, rouges ou noirs ne peuvent avoir une origine commune. Le phénomène de la variété des nuances se produit pourtant naturellement autour de nous : ne voit-on pas les végétaux réunir parmi leurs espèces des individus de toutes couleurs; dans le seul climat tempéré, le fruit de la vigne ne prend-il pas toutes les nuances, sans qu'il soit possible de contester que le cep de Noé fût la souche primitive? L'homme croupissant dans un trou enfumé durant une nuit de six mois, doit-il ressembler à l'être qui se repose nonchalamment au milieu d'une végétation luxuriante et tropicale? À sa vive carnation, on reconnaît l'homme nourri de chair; le mangeur de farineux se décolore jusqu'à la lividité ; l'ichthyophage, le frugivore, l'homme qui vit de lait ressemblera-t-il à celui qui s'enivre d'alcool?

Le silence de la mort règne au pôle nord; la nature s'y éteint: bien avant d'arriver à la mer Blanche, un lichen blafard couvre le sol.

Le renne fauve tendre apparaît, suivi de quadrupèdes étiolés, aux yeux rouges. L'homme s'y montre presque albinos; le Norvégien, au teint incolore, précède le blond Néerlandais; l'Anglais se vivifie par quelques tons plus animés: le Belge châtain-clair est suivi du Français, dont la nuance est plus vive; l'habitant des Pyrénées fait pressentir le Maure, qui annonce l'Africain. La che-

velure, puisant sa nourriture dans le tissu cellulaire, la variation de l'épiderme produit la diversité des cheveux. Rien n'est anormal, si ce n'est la spécieuse admission d'origines différentes, appuyées sur la variété du derme, résultat naturel et régulier des innombrables influences climatériques et éthogéniques. Les races ont une origine commune, et une différence de forme et de couleur n'exclut pas l'unité.

L'étymologie hébraïque du nom d'Adam se résume en terre rouge; le rouge brûlé passe au brun, puis au noir; le rouge affaibli devient couleur de chair.

La sphéricité homogène du globe terrestre et sa gravitation pondérée repoussent l'hypothèse de créations partielles, bien que ses divisions principales revêtent des physionomies particulières. •

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