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partie lie sOKt Apologie, qui

guère aux doux précédentes ? En a-t-il donné la commission à d'autres ? Avoue-t-il ï'ouvrage? Condamne-l-il rcmportemenl 6i la fureur qui y régnent partout? C'est à lui à nous instruire sur tous ces points. 11 ne le peut faire à sa décharge que par un désaveu public. En attendant, le crime demeure sur sa tête : l'attentat a été commis sous son nom. Il ne peut se plaindre si nous le prenons quelquefois pour le coupable, nous lâcherons cependant de détourner la faute sur d'autres autant qu'il sera possible.

L'ordinaire prochain, nous viendrons au fond de l'Apologie. J'ai l'honneur d'être, monsieur, etc.

A Mons, ce 7 janvier 1753.

P. S. Depuis ma lettre écrite, je trouve sous ma main un autre trait, qui revient assez à notre sujet. M. d'Auxerrc se plaint de ce que la Sorbonne et M. l'Archevêque de Paris n'ont pas joint l'instruction à leur censure. Le sieur de Prades trouve cela déplacé. « Ne suffisait-il pas à M. d'Auxerre, dil-il(^po/.,IIl' pari., p. 9), de faire son devoii sans accuser la faculté et M. l'archevêque de Paris d'avoir manqué au leur? Mon ac cusatcur n'a-t-il pas ici l'air d'un homm» qui craint qu'on ne remarque pas assez U mérite de son zèle et de sa vigilance? » Nul lement : l'apologiste, trop jeune théologien i ne sait pas encore que les évêques ont droit de s'avertir mutuellement, de s'exhorter, do s'animer les uns les autres, etc. C'est ur devoir, non une ostentation. Ceux que la ûdélilé à ce devoir incommode, prennent Ir parti, pour le rendre odieux, de travestir les vertus en vices. Un brave capitaine dans la chaleur du combat se plaint de n'être pas soutenu par les autres olficiers de son corps ou des corps voisins, il les anime, il leur fai' de vifs re[)roches en même temps qu'il charge l'ennemi. Un sieur de Prades en est pi(jué : Ne suffisait-il pas à cet officier, répond-il, d faire son devoir, sans accuser les autres d'avoir manqué au leur? N'a-t-il pas l'air d'un homme gui craint qu'on ne remarque pas assez le mérite de sa bravoure ? Non , il a l'air d'un homme qui sent le poids des ennemis qui veut les renverser, qui crie au secours pour mettre la victoire du côté de son princf et de sa patrie ; et le sieur de Prades a l'air d'un homme qui veut insulter, mais qui a oublié de prendre avec lui la raison, le boa sens, l'expérience do tous les jours

LETTRE XVL

Complot contre la religion.

Plus M. de Prades travaille à se laver, p. us il se noircit. Sans effi'cer les premiers crimes, il y en ajoute de nouveaux. La Sor-, bonne premièrement, ensuite M. l'archevêque de Paris et MM. les évêques de Mon-| tauban et d'Auxerre ont cru avec un grand nombre d'autres personnes que la thèse de ce bachelier était le fruit d'un complot formé contre la religion. Il se récric à lu calomnie :

c'est lui seul qui a fait sa thèse, il n'en faut blâmer ou louer que lui. 11 n'apporte pour preuve (111' part., p. 14) que ses connaissances, ses amis, une multitude d'indifférents témoins inconnus dont aucun ne se montre, aucun n'est nommé et qui sans doute ne lui sont point favorables, puisque la Sorbonne, qui la première a avancé ce fait, est remplie de ses connaissances, de ses amis, et qu'elle ne peut ignorer les allures et la conduite de ses candidats.

Après avoir essayé en vain de dissiper l'idée du complot, il tâche d'alarmer par des conséquences fâcheuses. Il voudrait persuader que si on ne rétracte point celle accusation, on ne peut plus rien croire avcc sûreté et sans crainte de se tromper : la religion par conséquent périt si l'abbéde Prades n'est pas sauvé. Voici l'argument qu'il prête aux incrédules pour nous montrer que tout est perdu si l'on persiste à croire ce complot. Si parmi ceux qui sont instruits de la fausseté du complot supposé par la Sorbonne et par les prélats, il s'en trouvait quelques-uns qui eussent malheureusement du penchant à l'incrédulité, ne pouvant s'imaginer que vous n'avez fait aucun usaqe des règles par lesquelles vous jugez de la certitude des faits, ne seraient-ils pas tintés de croire que ces rèqles sont mauvaises ? Qui les empêcherait de dire: Il en est de la plupart des faits qu'on nous oppose, comme du complot du bachelier de Prades? Y a-t-il dans l'antiquité quelque transaction dont il fût plus aisé de découvrir la fausseté ? Qu'on vienne après cela nous citer le témoignage des contemporains et les ouvrages des hommes les plus sages et les plus éclairés ? Nous savons tous combien la conspiration dont on l'accuse est chimérique ; la voilà cependant constatée par des écrivains du temps même, et du rang le plus distingué, et transmise à la postérité avec un cortège de preuves et de circonstances auxquelles il ne sera guère possible de résister sans encourir le reproche de pyrrhonisme.

\ 11 avoue que les incrédules n'ont point fait cet argument, il prétend qu'ils le pourraient faire : Qui les empêcherait de dire? Ils ne l'ont point dit, et celui-ci leur apprend à le dire, et à ne pas manquer l'occasion de j faire un raisonnement victorieux, tant il . est pressé par l'intérêt qu'il a et qu'il aura ■ toujours à la propagation du nom chrétien (p. 14).

Il n'y trouve qu'un remède , c'est que ses accusateurs se rétractent de ce qu'ils ont avancé sur ce complot : Je vous conjure de vous rétracter incessamment (p. 16). Mais il sait bien qu'ils n'en feront rien. Ainsi c'en est fait. Le raisonnement des incrédules est victorieux, la force du témoignage est détruite, la religion chrétienne est ruinée, et c'est l'auteur de l'Apologie qui a fait ce bel ouvrage en y mettant toutes les clauses nécessaires pour rendre le mal sans remède. « J'aurais beau faire, dit-il (p. 106), la Sorbonne ne rrvicndra jamais de ses injustices; M. l'arclî »cque de Paris ne rétractera poinl son mandement, le parlement ne rougira pas

VARIATIONS DE LA RELIGION NATURELLE

de son décret ; M. l'évêqued'Auxerre mourra dans ses préjugés ; aucun de ces fougueux ecclésiastiques qui ont porté l'alarme et le scandale de touies parts ne confessera son ignorance et son indiscrétion ; et les jésuites quitteront-ils pour moi ce masque de fer qu'ils portent depuis si longtemps, qu'il s'est pour ainsi dire identifié avec leur visage? l'ai vu que l'élat de tous ces gens était désespéré. » Encore une fois c'en est fait de la religion chrétienne et de la force du témoignage, qui lui sert de fondement. L'apologiste n'a rien oublié pour rendre complet le naufrage du nom chrétien, dont la propagation l'intéresse si fort.

Mais qu'il ne triomphe pas sitôt. Son histoire cl son raisonnement ne donneront jamais atteinte à la certitude dos faits et à l'autorité du témoignage, qui les atteste: 1° parce qu'il n'est pas démontré quil n'y a point eu de complot, et que le témoignage qui dépose sur ce fait soit faux. Lui-même il en fournit trop de preuves. La thèse du sieur de Prudes , dit M.d'Auxerre, se rend suspecte, non-seulement par la manière dont elle s'exprime, mais encore par les liaisons très-connues du soutenant avec les auteurs de V Encyclopédie. Ce témoignage est-il faux? Ces liaisons ne sont-elles pas réelles ? Il avoue luimême qu'il a pris dans ce dictionnaire plusieurs de ses positions : on le lui avait déjà reproché. 11 dit dans un avertissement que la troisième partie de son Apologie est autant la défense du discours préliminaire de l'Encyclopédie... que ladéfense de sa thèse. Il va plus loin, il reconnaît dans la première partie (p. 5) qu'il a travaillé à V Encyclopédie : il était membre de la Société des gens de lettres qui ont entrepris cet ouvrage; il y a inséré une dissertation sur la certitude des faits historiques [p. S). Ceux qui étaient à lu tête de Vouvrage lavaient engagé à leur fournir tout ce qu'il croirait de plus favorable à la religion {p. 7), Ceci dit plus qu'une simple //a/son. Ne nous arrêlons pas à ces mots : ce qu'il croirait de plus favorable à la religion; on connaît la religion desaulcursde l'Encyclopédie. Après cela il nous viendra dire quils n'ont connu l'existence de sa thèse que quinze jours après quelle eut été soutenue 1 Qui le pourrait croire quand on ne saurait pas d'ailleurs que trois jours avant qu'elle eût été soutenue, on en triomphait dans un des plus fameux cafés de Paris I

Tout se dévoile. Chez qui s'est-il réfugié dans l'Eglise? A qui a-t-il donné sa conflance? Il a écrit au pape, il est vrai, j'ai vu la lettre ; et en même temps il est allé se jeter entre les bras des déistes , des matérialistes, des athées. Il en a été accueilli comme un de leurs enfants : ils ont vu que sa thèse leur était favorable, et leur jugement se rencontre avec celui de la Sorbonne et des prélats, qui l'ont censurée, et des théologiens, qui l'ont discutée et combattue. Tout se réunit contre elle et contre le soutenant : les uns en le condamnant, les autres en le protégeant, lui-même en choisissant ses protec- Icurs : tout forme un même témoignage. Avec

PÉMQNST. EVANG, XU,

quel empressement MM, d'Argens et de YoU taire l'ont-ils reçu? Les voitures les plus vites étaient trop lentes pour leur amener le cher bachelier jusqu'à Berlin. On mande (Lettr, du 12 août 1752) que le nom et l'amitié de M. (VAlembert leur ont été très-utiles (à l'abbé de Prades et à l'abbé Yvon), qu'il avait écrit pour les recommander et qu'«7 allait encore

écrire à et à Voltaire pour les remercier

tous deux au nom des philosophes français; c'est la qualité que prennent aujourd'hui les incrédules. Le sieur de Prades a donné sa con/<a?iC(?à Voltaire, et par un juste retour Voltaire lui donne la sienne : «Jepeux,monsieur, m' expliquer avec vous en liberté, a dit Voltaire en lui écrivant de Postdam (1), et répondre à la confiance que vous avez bien voulu me témoigner. Vous savez combien les ennemis de la raison abusent des armes de la religion, pour se déchaîner contre les philosophes, et contre ceux qui leur rendent service.

Le bachelier de Sorbonne a été désiré et bien reçu par des gens qui pensent que de sages lois, la discipline militaire, un gouvernement équitable, et des exemples vertueux peuvent suffire pour gouverner les hommes, en, laissant à Dieu le soin de gouverner les consciences (2), et qui méconnaissent la souveraine Majesté, de qui vient l'autorité des rois : Per mereges régnant (Prov., Vlil, 15) ; de qui viennent la sagesse de leurs lois et un gouvernement équitable : Per me legum conditores justa decernunt ; de qui viennent U discipline militaire et la victoire, aussi bien que les vertus morales , parce qu'il est 1a Dieu des armées, comme il est le maître de» cœurs, qu'il a formés lui-même. Il serait fâcheux de ne reconnaître ces vérités que quand il sera trop tard. Je souhaite de tout mon. cœur que Dieu leur fasse sentir son existence, par un coup d'une miséricorde toute-puissante. Voilà où l'abbé de Prades s'est réfugié; Voilà où l'a porté son inclination; tel est le fruit de ses liaisons : les premières ont produit les secondes. Il a l'air d'un enïant perdu lâché par l'armée ennemie, qui, après avoir manqué son coup, voudrait se retirer sans en recevoir, en tâchant de persuader qu'il n'avait aucun mauvais dessein • « Je puis dire, c'est lui qui parle (II part., p 3} avec vérité que celle Apologie a été moins faite pour justifier les propositions condamnées, que pour montrer que je les ai soutenues sans avoir des desseins impies. » Mais oa le serre de près, et toule l'armée accourt pour le dégager, elle ouvre ses bataillons pour I& recevoir.

Tout ce qui précède , tout ce qui &uit la thèse porte des marques de cette union avec les incrédules. Il s'est rempli de leurs ouvrages ; il a pris leur manière, leur esprit, qui' est celui des philosophes du paganisme, l'en« flure de la science, le ton décisif, la hauteur.; la bonne opinion de leur vertu , la fierté, lé mépris souverain pour tout homme qui pense autrement qu'eux, l'affectation de metfre à Isk

l)Lelt. du 18 juillet I7S2. 2) ValUire,

(Tr?H«|

DÉMONSTRATION ÉVANGÊLIQUE. DUHAMEL.

Iclc de leurs écrits et souvent à la fin un (oxle tiré des auteurs profanes, plutôt qu'un texte de l'Ecriture, de citer avec admiration et une espèce d'enthousiasme des auteurs païens et marquer beaucoup de mépris pour les auteurs ecclésiastiques. Il viendra nous dire qu'il n'est pas enrôlé dans leurs troupes : il en porte l'uniforme. Plaignons-lo. Que deviendra ce qui lui reste encore d'atlaciicmcnt pour la roligion chrétienne? Ses amis craignent pour lui, et avec raison. D'autres veulent les rassurer par ses protestations ; mais y a-t-il si longtemps (e«17^iC) qu'on a vu Voltaire aller se réfugier sous le m.inteau du Père de la Tour, jésuite, principal du collège de Louis le Grand, qui trouva même beaucoup (Vonction dans la lettre de ce fameux poêle, où entre autres traits il soumet ses écrits au jugement de VEçjUse, et proteste qu'il veut vivre et mourir dans le sein de l'Eglise catholique, apostolif/ue et romaine?

Rien de plus ressemblant aux protestations de M. de Prados,et cependant Voltaire est aujourd'hui un impie déclaré. Ce qui est certain, c'est que le jeune abbé ne trouvera pas dans de telles liaisons des secours capables de le fortifier contre l'incrédulité.

Quoi qu'il en puisse arriver, faut-il s'étonner que la Sorbonne ait dit que Vimpiclé a essayé de se glisser dans le sanctuaire même de la religion; que M. l'archevêque de Paris ait dit que d'audacieux écrivains ont consacré comme de concert leur talent et leurs veilles à préparer ces poisons; que M. de Montauban ait dit qu'un de ses diocésains s'est livré aux ouvriers d'iniquité , et leur a servi d'organe; que M. d'Auxcrre ait dit que le sieur de Prudes leur a prêté son nom, c'est-à-dire que la thèse est l'ouvrage d'un complot? Ce témoignage est-il faux? 11 est donc vrai que l'hisloire de cet abbé et son raisonnement ne seront jamais capables d'aflaiblir la certitude des faits et l'autorité du témoignage, qui les atteste : 1° parce qu'ici le témoignage est vrai.

2° Parce que son raisonnement suppose bien qu'il n'y a point eu de complot, mais il ne le prouve pas. Il ne fait donc rien à sa justification, et dès ce moment il frappe sur son auteur. Dès qu'il ne peut i)as montrer que le sieur de Prades ne favorise point les incrédules, il montre qu'il en est le fauteur et que cet argument lui fait plaisir. Par là il détruit son Apologie, et il rétablit la force du témoignage en faisant voir que même dans cette occasion il n'est pas faux. En deux mots, cet argument n'était point nécessaire à sa justification ; ce n'est donc-pas la nécessité, c'est le /9/m.nV qui l'a fait fiire. Dans sa déroitte il combat encore pour l'impiété.

3' Parce que la Sorbonne et les évéques de Montauban, de Paris, d'Auxcrre, quelque resp(!ctable et considérable que tout cela soit, ne forment qu'un témoign;;ge borné qu'on ne peut comparer à une notoriété publique telle que celle qui atteste les faits qui sont le. fondement de la religion chrétienne.

h" Quand tout le monde se serait trompé gur le complot du bachelier, son argument

serait encore faux, parce que ce n'est ici qu'un témoignage rendu sur un fait particulier, un fait domestique, caché dans l'obscurité commune à tous les complots. Quelle différence entre cette sorte de témoignage et celui qu'on rend sur des faits publies qui frappent les yeux de tout le monde et tous les sens de l'homme, tels que sont tous les faits de la religion chrétienne, depuis Moïse, et même avant lui jusqu'aujourd'hui.

5° Après tout, si M. de iH-ades est persuadé que le témoignage ne peut plus avoir une force, une autorité décisive, même infaillible, il peut se tranquilliser et s'épargner la peine de composer des apologies. La postérité ne croira pas les accusations fonr.ées contre lui, ni (ju'il se soit élevé aucun cri, ni qu'il se soit fait aucun mouvement contre sa thèse; elle ne croira pas même qu'il y ait jamais eu ni une thèse, ni une apologie, rii mémo un abbé de; Prades existant; elle traitera tout cela de billevesée, parce qu'elle ne l'apprendra que sur le témoignage. Elle croira avec le même fondement qu'il n'y a jamais eu ni de Sorbonne, ni d'évêques de Montauban, de Paris, d'Auxcrre, ni peut-être de viilc de ce nom ; justement persuadée que toute celle histoire n'est qu'un roman, comme les incréduies regardent l'histoire de l'Evangile, celle de Moïse, celle de tout l'Ancien Testament. Je vous laisse dans l'admiration du bon sens des incrédules, et suis, etc.

A Mons, ce 10 janvier 1763.

LETTRE XVII

Impiété de la thèse.

Vous avez vu, monsieur, dans ma dernière quelles armes le bachelier de Sorbonne prend plai.ir, ce semble, à fournir aux ennemis de la religion chrétienne. Ce ne sont pas les seules ; en voici d'autres encore. En voulant montre r que ce sont les appelants et non la bulle qui ont inspiré de l'audace et de l'insolence aux impies, il prête à ceux-ci un raisonnement qui montre son inclination pour eux. Le voici : Un martyr ne prouve rien, il ne suppose qu'un insensé qui veut mourir , et que des inhumains qui le tuent (III part., pag. 10.3). Autre raisoi'.neiiicnt : Un miracle iie prouve rien, il ne suppose que des fourbes adroits et des témoiiis imbéciles [pag. lO'i). Il veut faire entendre que ce n'est pas lui qui raisonne ainsi en faveur de l'impiété, il parle historiquement, il raconte ce que la résistance des ajipe'anls et les ivanvais trailemenls qu'ils ont souflVrIs ont fait dire aux incrédules. Il raconte; mais voudrait-il bien citer ses auteurs? li n'en nomme pas un seul. Mais nous en avons trouvé un qui ne pf'ut pas s'en dédire: c'est lui-même, l'alibé de Prades, qui, dans sa qualrièe.ie proposition condamnée, a dit que toutes les religions vanicnt avec trop d'ostentation leurs miracles, leurs oracles, leurs martyrs; qui, dans la neuvième proposition condan>uée, a dit que toutes les guérisons miraculeuses que Jésus-Christ a faites sont par elles-mêmes des miracles équivoques, gui n'ont point pour nous persuader la force

VARIATIONS DE LA RELIGION NATURELLE

des miracles, parce qu'elles ont quelque ressemblance avec les guérisons opérées par Esculape. Quel cas un tel homme fait-il des miracles et des martyrs? Il nous permettra de faire contre lui un raisonnement trèssimple qui sera pour lui néanmoins s'il en veut profiter.

De son aveu c'est limpiété qui prétend qu'un martyr ne prouve rien, parce qu'il a de la ressemblance avec de faux martyrs; qu'un miracle, ne prouve rien, parce qu'il a de la ressemblance avec les faux miracles d'un fourbe. Ce que l'impiété dit, M. de Prades le dit dans les propositions que vous venez de lire. Les guérisons miraculeuses que Jésus- Christ a faites ... nont point de force pour nous persuader , parce qu'elles ont quelque resseml)lanco avec les guérisons opérées par Esculape. De son aveu elles sont donc impies. Après cela il viendra nous faire des apologies contre ceux qui les ont condamnées comme impies!

Je n'examinerai pas, monsieur, quelle force peut avoir contre les appelants l'argument que fait l'abbé de Prades pour montrer qu'ils ont par leur conduite affermi les incrédules dans l'impiété; cela ne fait rien à mon sujet. Mais je trouve des écrits qui mettent au contraire sur le compte de la bulle les progrès trop rapides que l'impiété a faits depuis quelque temps. Voilà une nouvelle dispute qui s'engage avec lui. L'autour des Observations sur sa thèse est un des tenants , et je vous avoue que je ne vois pas comment le bachelier de-Sorbonne pourra se débarrasser de cet antagoniste.

Ce bachelier a encore cela de commun avec les incrédules, qu'il ne souffre pas fort patiemment qu'on entreprenne de donner des lois à \iiraison. A\)vès avoir rapporté quelques paroles de l'instruction pastorale d'Auxerre sur l'abus de la raison, qui est la source de l'incrédulité , il s'écrie (/;. 17) : Je ne connais rien de si indécent et de si injurieux à la religion que ces déclamulions vagues de quelques théologiens contre la raison. Entendezvous, monsieur, un théologien de deux jours, qui prend un ton di- maître comme un homme d'un grand poi(!s, dont le jugetnent doit faire décision : «Je neconn;iisrien de si indécent! » lime semble donc, conlinue-l-il, que quelqu'un qui se proposerait une inslruclion solide sur celte matière, distinguerait bien les vérités qui forment l'objet de notre foi , des démonstrations , qui servent de base â notre culte. ... Ce serait être bien mauvais théologien que de confondre la certitude de la révélation avec les vérités révélées. A qui en veut-il? Qui estce qui les a confondues? L'instruction pastorale parle contre ceux qui veulent soumettre à des raisonnements philosophiques, non les preuves et la certitude de la révélation, mais les vérités divines annoncées par lu révélation (Instr. past., in-i2,p. 20), comme fait tous les jours entre antres Voltaire, le grand protecteur du sieur de Prades, et encore tout récemment dans un écrit de cette année; cela n'est point vague, mais net et précis. Le bachelier a retranché ces paroles de la suite

du texte et les a remplacées par des points. C'est qu'il fallait donner des leçons et, selon le style des incrédules, présenter ses adversaires comme des hommes d'un génie étroit qui confond tous les objets.

Son vaste génie, en voulant embrasser tout, se confond et laisse échapper ici encore une proposition qui est bien dans le goût et le plan des incrédules. C'est , à'd-'û {part. lU, pag. 19 ) , être chrétien comme on eût été musulman, que de ne pas consacrer à l'étude des preuves de la religion chrétienne une partie considérable de sa vie. Sans cette étude c'est entrer dans le sein du christianisme comme un troupeau de bêtes entre dans une étoile. Je prends la liberté de lui demander : Ces gens sont-ils chrétiens, ne le sont-ils pas? S'ils sont vrais chrétiens, à quel propos ces airs de mépris? Veut-il obliger tous les simples à cette longue étude ? Si cette étude est absolument nécessaire, tous ceux que les besoins de la vie et la nature de leurs occupations, ou la qualité de leur génie, mettent hors d'état de s'y appliquer, ne seront donc pas chrétiens ; le salut ne sera que pour un très-petit nombre de savants. Combien même d'entre eux mourront avant la fin de cette longue élude, avant de pouvoir être chrétiens ! Pour qui sera la religion? Il paraît que le sieur de Prades aurait besoin de quelques leçons sur l'analyse de la foi des simples , c'est-à-dire sur le développement des principes ou fondements qui rendent leur foi raisonnable et qui la distinguent d'une crédulité légère, aveugle, hasardée. C'est ce que nous pourrons entreprendre quelque jour. Je ne pousserai pas ces réflexions plus loin, je vous donne le bon soir, et suis, monsieur, etc.

A Mons, ce IS janvier 1753.

LETTRE XVIII

Ame de feu.

M. de Prades fait beaucoup de discours dans l'article V de la troisième partie et encore plus dans la deuxième partie, au sujet de sa première proposition. Vous pourriez vous y perdre. Ce sont des frais grands et inutiles, parce que tout se réduit naturellement et de soi-même à nn seul point précis et décisif exposé à la page 23 de la troisième partie en ces termes : «Oui, monsieur, je pense trèssincèrement ... que l'homme n'apporte en naissant ni connaissances , ni réflexions, ni idées. Je suis sûr qu'il resterait comme une bête brute, un automate, une machine en mouvement, si l'usage des sens matériels ne mettait en exercice les facultés de son âme. » Remarquez les facultés d'une âme qui n'a ni connaissances, ni réflexions . ni idées, d'une intelligence qui n'entend point, d'un esprit qui ne pense point, qui ne connaît point, peu différent d'une taupe selon Voltaire, et aussi facile à concevoir, aussi réel qu'un corps sans étenduq. Si l'âme n'est qu'un peu de matière plus affinée que la matière grossière et terrestre, je conçois facilement qu'elle n'a ni connaissances , ni réflexions, ni idées. Cela cadre parfaitement avec une âme d4

feu, mens ignea, comme il l'appelle, semblable et sans doute de même nature que le soleil, qui est aussi de feu, sol igneus. C'est, dit-il, le sentiment de Locke, c'esi-à-dired'un homme porté à croire que la matière peut penser (1). Et moi j'ajoute que c'était aussi le sentiment de Spinosa , qui regardait l'âme comme une table rase sur laquelle il n'y a rien d'écrit : Tabula rasa. L'abbé de Prades le dit comme Spinosa (p. 21). « M. d'Auxerre veut-il que l'homme de ma thèse soit sans idée, comme une table rase sur laquelle il n'y a rien d'écrit ? A la bonne heure; et il proteste qu'il se croirait mauvais philosophe s'il embrassait une autre opinion (pag. 22). » C'était le sentiment des Lockes, des ÏPrades , des Spinosas du temps de Salomon. L'âme, disaient-ils {Sag., II, p. 2), est comme une étincelle de feu gui remue notre cœur. Lorsqu'elle sera éteinte, notre corps sera réduit en cendres, et l'esprit se dissipera comme un air subtil.

C'est donc le sentiment de Locke, c'est celui de l'expérience et de la vérité, dit l'apologiste. De la vérité? Il n'y pense pas : c'est de quoi il est question, cest ce qu'il s'agit de savoir, c'est ce qu'il faut prouver, et qu'on ne prouve pas en disant : C'est la vérité. Nous venons de voir l'autorité de Locke. Reste à examiner l'expérience ; la voici : «J'ai montré dans ma thèse l'homme tel que l'expérience me l'a fait connaître ... au-dessous de la bête dans la passion , dans l'ivresse et dans la folie ; semblable (2) à la bête dans l'imbécillité, dans l'enfance et dans la caducité; et semblable à un farouche dans les déserts , dans les forêts, chez le cannibale et chezleHoltentot (p. 26, 29). » C'est justement l'expérience de tous les matérialistes , dont ils font usage pour prouver que l'âme est matérielle et que l'homme n'est qu'une machine 1 M. de Prades se rencontre partout avec eux.

Pour faire des expériences et en tirer les conséquences qui en résultent, il faut beaucoup d'adresse et de sagacité. Presque toujours on manque d'attention pour quelque circonstance qui change tout et met en déroute le système et le philosophe. C'est ce qui est arrivé à notre jeune bachelier. A l'état d'imbécillité , de l'enfance et de la caducité dans lesquelles il trouve l'homme semblable à la bête, il devait ajouter l'état du sommeil. Il y aurait trouvé plus de lumières qu'il n'en a lorsqu'il est éveillé. Pendant que M. de Prades dort profondément, nous nous dijons les uns aux autres : Voyez ce que c'est que le plus grand homme! Quelle différence entre lui et la bête à ce moment I Où est à présent ce génie profond? Qu'est devenu le philosophe expérimenté, le théologien savant?

Son âme enrichie do tant de connaissances rare -, de tant de découvertes inconnues à nos pères et capables d'étonner les plus intrépides

(1) Aussi la philosophie de LocUe est aujourd'hui fort loml)6e en Angleterre, après y avoir été quelque temps à Ja mode.

(2) L'Ecril'JTC sainte compare l'homme à la'bAle, mais par uiéuphore, à cause de ses vices et de ses crimes. Chez M. de l'rades et les incrédules l'Iiomnie est semblable à la b^le naturellement et au pied de la lettre

théologiens [part. 1, p. 25) a tout perdu en un instant, tout cela s'est évanoui 1 Au moment que M. de Prades a fermé l'œil, son âme est devenue une table rase où il n'y a rien d'écrit, point de connaissances , point de réflexions, point d'idées; il ne connaît ni Dieu, ni la loi naturelle : tout est anéanti ; il n'a pas plus de connaissances qu'un enfant dans le sein de sa mère. S'il connaissait Dieu et la loi naturelle, il serait obligé d'en remplir les devoirs , et il serait capable de corameltre des péchés actuels en y manquant [part. 2, paq. 15). Cependant, tout le monde en convient ; dans ce profond sommeil où ce grand homme est enseveli , il n'est pas capable de commettre des péchés actuels, non plus qu'un enfant qui vient au monde. D'où il faut conclure, selon sa philosophie, que I^I. de Prades alors n'a plus A' idée de Dieu ni de la loi naturelle, comme il en conclut qu'un enfant dans le sein de sa mère n'ena point (1). Mais par un autre miracle qui se répète tous les jours, en un instant, en un clin d'œil, sitôt (ju'il sera éveillé, au moment qu'il ouvrira la paupière, une multitude infinie de connaissances et d'idées viendront se graver sur la table rase de son âme; et l'homme le plus ignorant devient tout à coup l'homme le plus savant; celui qui était semblable à la bêle devient semblable aux intelligences sublimes: il prend l'essor et s'élève jusqu'au ciel. T(>lle est l'expérience de M. de Prades. Que s'il répond que pendant le sommeil ses idées ne s'étaient point effacées et qu'elles étaient habituellement dans son âme, il sait donc ce que c'est que des connaissances habituelles et non aperçues. Qu'il comprenne quelles peuvent être de mémedans un enfant. Elles seront aperçues et réfléchies à mesure qu'il sortira d'un sommeil dont on ne s'éveille pas dans un instant, comme du sommeil journalier, mais peu à peu, pendant plusieurs années, et avec du secours. Je pourrais, en poussant ceci plus loin, entrer dans toutes les différences et dans tous les rapports de convenance, qui se trouvent entre ces deux états, pour en tirer une lumière plus abondante et réfuter d'avance jusqu'aux moindres répliques. Mais nous ne voulons pas faire une dissertation, il suffit pour le présent d'avoir montré le vrai.

Le sieur de Prades cherche des excuses à son expression d'esprit de feu, mens ignea. Depuis le bruit qu'a fait sa thèse , il dit qu'il ne l'a employée, cette expression, que pour marqijer l'activité et la vivacité de l'âme. Ce n'est point là le moyen de se tirer d'affaire. Quand il a fait usage dé la même expression en parlant du soleil , sov igneus , c'était donc aussi pour marquer l'activité et la vivacité du soleil; alors tout serait encore égal entre le soleil et l'âme : et le crime subsiste. t Usons de condescendance avec M. de Prades, passons-lui celte expression, et quand on nous soutiendra que nous avons avalé l'hameçon du matérialisme, nous ne manquerons pas de faire des Apologies pour

(1) C'est son grand argument coulre ie$ idées m^

ri

VARIATIONS DE LA RELIGION NATURELLE

lui comme pour nous. Nous repondrons donc que cette expression ne marque rien autre chose que l'activité de l'âme , et nous serons pcrsifflés par tous les matérialistes du monde.

En vain le bachelier s'écrie-il : Oui. je crois et f ai toujours cru que l'âme est spirituelle dans toute la rigueur de ce terme {Ipart., p. ik). Il faut qu'il condamne sa proposition et toutes celles qu'il y a ajoutées pour la défendre , afin de ne pas dire le pour et le contre tout à la fois ; il faut les rétracter avec simplicité, avec courage, avec humilité. Mais lui se rétracter ! Nous n'y pensons pas Ce n'est point le coupable sur la selette qui doit avouer SOE crime et en demander pardon; c'est lui qui condamne ses juges à se rétracter eux-mêmes. // faut que la Sorbonne revienne de ses injustices; que M. l'archevêque de Paris rétracte son mandement , que le parlement rougisse de son décret ; que M. Vévêque cVAuxerre songe à ne pas mourir dans ses préjugés ; et que les autres ecclésiastiques confessent leur ignorance et leur indiscrétion (III part., p. 106 ) aux pieds du sage et savant abbé de Prades.

Je finis , comme vous voyez , par la petite pièce , après elle on attend plus rien , on s°: donne le salut et Ton s'en va.

A Maubeugp, ce 22 janvier 1735.

P. S. J'ajouterai pourtant encore un petit mot, mais qui me paraît important. L'homme, disent-ils , est semblable à la bêle dans V enfance et dans la caducité. Il commence et finit donc de la même manière , bêle en naissant, béte en mourant, sans idées dans l'un et dans l'autre état , sans connaissances , sans r//7ea;ions. N'est-ce pas précisément ce que disent les impies dans TEcriture sainte: Lhommc et la bêle font une même fin; l'homme n'a rien déplus que le cheval (Eccle., c. III, V. 19). Une telle impiété a-t-elle besoin de commentaire?

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