DES TROIS PARTIES DE CET OUVRAGE. RÉFLEXIONS SUR LES LIVRES IMPIES
Reprenons tout ce qui a été prouvé dans nous avons suivie dans toute sa longueur, les trois parties de cet ouvrage, et rapp.ro- L'indocilité de la raison en est le premier thons les deux, extrémités de la chaîne que anneau , le pyrrhonisme universel est le
LA RELIGION VENGLE DE L'INCREDULITE.
(leinior. Il est maintenant aisé de reconnaître les inlervallcs, et le reteulisseiiient nécessaire de l'un à l'autre.
L'incrédulité a beau proinellre d'obéir
aux.
enseignements
de la raison, pourvu (]u'on lui laisse la liberté de ne pas croire à une rêvé alion, de rejeter des mystères incompréhensibles à l'espril humain ; elle ne lient pas sa promesse. Si on eût pu en attendre l'accomplissement de quelques-uns de ses partisans, c'eût été des déistes, ils admettent l'existence do Dieu ; encore mieux des théistes, ils ont retenu avec ce dogme d'autres vérités, desquelles Tordre public et la vertu dépendent. Mais il s'en faut de beaucoup que la raison puisse avouer pour ses fidèles disciples ces incrédules plus ou mo ns mitigés. L'indocilité qu'ils lui prêtent est déjà un tort qu'ils ont avec elle. Car ce n'est pas de son aveu, c'est plutôt contre son exprès témoignage, qu'ils ne veulent croire que ce qu'ils peuvent concevoir, et qu'ils résistent à une révélation dont la certitude est incontestable à ses yeux. Indépendanuuent de ces deux injures qu'ils lui font, ils la blessent par les erreurs, dont on a vu le dénombrement dans la première partie de cet ouvrage. Elles sont moindres dans les théistes, parce qu'ils s'éloignent moins de la religion. Celles des déistes, qui s'en écartent davantage, sont en plus grand nombre et plus graves. Toutes vengent la religion d'une incrédulité, qui avait eu l'audace de lui opposer la raison, et de la revendiquer pour elle-même comme son héritage naturel.
Vous me demanderez si ces erreurs, ou d'autres également désavouées par la raison, sont des suites inévitables de celle iiidocililé, qui consiste dans le relus de croire à la révélation et aux mystères. Ne pourrait-il pas y avoir des incrédules qui s'en tinssent là, et embrassassent d'ailleurs tout ce que la religion enseigne de concert a\ec la raison? Je vous réponds que quand cela pourrait être, dans le fait il n'y a pas d'exemple. On n'a point trouvé jusqu'à présent d'incrédule qui se soit renfermé dans ces bornes. On n'en connaît point qui n'ait donné quelque démenti formel à la raison, en protestant de n'écouler que sa voix , et qui n'ait substitué à des mystères inconcevables de visibles absurdités. Or, ce fait sulfil, sans en examiner la cause , pour confondre l'incrédulité , et pour venger d'elle la religion par les incrédules eux-mêmes.
Si cependant on veut considérer le procédé de l'esprit humain, livré à ses seules lumières, la supposition qui vient d'être faite paraîtra une supposition impossible. La raison égare nécessairement quiconque ne veut pas avoir d'autre guide. Parlons un langage plus philosophique et même plus chrétien. La raison n'égare personne; mais les hommes s'égarent par l'abus qu'ils en font. Elle est Id première à leur annoncer sa faiblesse. S'ils s'obstinent à lui attribuer des forces qu'elle n'a pas, si, sous prétexte qu'elle est l'apanage de leur nature et une lumière destinée à les éclairer, ils prétendent apprendre
d'elle seule tout ce qu'il leur importe de savoir, que doit-il arriver de celle confiance présomptueuse ? Que ne lui enlendanl pas dire ce qu'elle ignore, ils suppléeront à son silence par de vaines conjectures , qu'ils prendront pour ses réponses leurs propres imaginations, qu'ils fermeront l'oreille à ses véritables oracles ou en altéreront le sens par de fausses interprétations.
C'est ainsi que se sont égarés tous les philosophes du paganisme , ceux mêtues dont les talents ont été plus sublimes el les méditations plus profondes. Tout* fois , leur croyance exclusive et démesuiée dans la raison était plus excusable. Ils ne connaissaient point sur la terre d'autorité supérieure à la sienne. La religion qu'ils professaient, dépourvue de tout titre pour exercer un juste empire sur leur raison , avait au contraire tous les caractères de mensonge qui les mettaient en droit de les mépriser. Nos incrédules sont dans des termes bien différents. Leur infidélité n'est pas une ignorance, mais une apostasie de la révélation. Ils l'ont connue, ils l'ont crue : les monuments qui l'ont transmise de siècle en siècle , sont encore devant leurs yeux. Avec ce secours, qu'ils ont volontairement rejeté , el qu'il ne tient qu'à eux de reprendre , la préférence qu'ils donnent à leur raison est tout à la fois une désobéissance criminelle , et la plus haute imprudence qui fut jamais. On ne doit donc pas être surpris que ce premier écart les jctie en beaucoup d'autres erreurs. Un esprit indocile à la révélation , et fidèle dans tout le reste à la raison , serait , dans Tordre de la nature , un prodige qu'il ne faut pas attendre de la Providence.
Les déistes et les théistes ne sont pas assez enneniis de la raison pour nier l'existence de Dieu , dogme qu'elle démontre avec tant de clarié ; mais ils ne lardent pas à défigurer cette vérité capitale qu'ils conservent. On a de la peine à comprendre comment, après l'avoir admisf , ils peuvent ou en contester les conséquences nécessaires , ou l'associer avec des opinions qui la détruisent évidemment. C'est que, dédaignant ce qu'il a plu à Dieu de leur révéler de lui-même, ils veulent juger par leur seule raison de ce Dieu qu'ils reconnaissent, de son essence , de ses allributs et de ses opérations. La raison se refuse à cette entreprise aussi téméraire qu'injuste. Abandonnés d'elle, indociles à un guide encore plus sûr et plus éclairé , ils tombent dans des précipices : et par l'exemple de leurs chutes , ils avertissent les hommes que Tunique moyen de ne pas se séparer de la raison est de marcher avec elle à la suite de la révélation.
A cette confusion, qu'ils se déguisent à eux-mêmes , en succède une autre qui n'est pas , du moins à quelques égards , susceptible pour leur amour-propre du même déguisement. Ils ne veulent être ni paraître athées. Des déistes mêmes s'élaienl vantés d'dvoir combattu l'athéisme avec plus de succès que tous les philosophes chrétiens. Le genre humain devait en être à jamais délivré , grâce
à lonr nouvelle philosophie. Au milieu de ce tri iiiipho qu'ils s'étaient décerné , l'alhéisni'.,' reparaît. Le livre de l'Esprit lui ouvre la carrière ; d'autres écrivains y entrent après lui. Ce n'étaient là que de timides essais. L'auteur du Système de la nature alla- (jue ouvertement et avec une audace inouie l'existence de Dieu. Sa présence seule dément ces prétendus vainqueurs de l'athéisme. L'école d'où il sort les dément encore mieux. Il est leur élève et leur admiraleur. Il assure que c'est à leurs leçons qu'il doit son alhéisme.
Il le prouve ; car cet athée , si faible pour sa propre défense , est invincible contre les déislcs et les théistes. Il leur reproche de n'avoir fait qu'une partie du chemin qu'ils devaient achever. Le pas où ils s'arrêtent est trop glissant pour s'y pouvoir fixer.
A l'égard des théistes , il faut de ces deux choses Tune : ou qu'ils renoncent à la nécessité d'un culte religieux et d'un culte public, à l'atlenle des jugements de Dieu , aux peines et aux récompenses d'une autre vie, ou qu'ils consentent à l'examen des preuves qu'on leur offre de la réalité d'une révélation. Si la controverse entre la religion et l'incrédulité est une fois réduite à ce point de fait , l'incrédulité est aux abois. Quant aux déistes , comment des hommes qui rejettent la spiritualité de l'âme , le libre arbitre , les idées naturelles et indépendantes des sens , qui soumcUent tout à la nécessité dans l'ordre mural et dans l'ordre physique , comment peuvent-ils , sans se contredire avec la dernière évidence , reconnaître un Dieu qui ne soit pas la matière ellemême.
Voilà ce qu'il objecte séparément aux uns et aux autres. Il leur demande à tous : Est-il permis , est-il possible à Vhomme de croire des choses incompréhensibles ? Si vous prenez r affirmative , vous néles plus incrédules , ou vous l'êtes contre vos principes. Lincrédulilé n'a rien de plus spécieux que le refus de croire , dans le christianisme , ce que C esprit humain ne peut concevoir. Si vous soutenez la négative, vous êtes athées, comme je le suis, ou vous ne l'ous entendez pas. Votre Dieu est un être incompréhensible. L'accord de plusieurs des attributs que vous reconnaissez en lui est un mystère. Ses opérations au dehors et les voies de sa providence sont mystérieuses. Que de mystères pour des hommes qui ne veulent en croire aucun !
L'auteur du Système de la nature a présumé sans doule <iue la haine contre le christianisme , jointe à la honte d'une inconséquence manifeste , déterminerait enfin les théistes et les déistes à se réfugier dans l'athéisme, comme dans le seul poste où ils puissent être à couvert de la révélation. Il a pu fonder des espérances sur la première de ces deux dispositions. Pour la seconde , elle lui promet peu. Les hommes sont honteux de paraître inconséfiuents. C'est souvent une raison pour eux de nier opiniâtrement leur inconséquence et d'y persister. Quoi qu'il en joit , cl quelque parti que prennent les
LE FRANC DE l'OMPiGNAN.
théistes et les déistes , cet auteur a vengé d'eux, sans le vouloir, la religion chrétienne : leur orgueil est puni par l'humiliante nécessité ou de souscrire aux. absurdités de l'athéisme , ou de mériter ses reproches.
Mais si l'incrédulité rassemblant en un seul corps ses divers partisans, que nous venons de passer en revue, les engageait tous à embrasser l'athéisme , serait-ce son dernier mot? Nullement. Il y a encore des incrédules pour qui les athées (matérialistes) ne le sont pas assez. Il y a des pyrrhoniens qui portent l'incrédulité jusqu'à dire que tout est incertain dans la nature , arbitraire dans la morale ; que , dans l'une , il n'y a que des apparences, dans l'autre, que des conventions ; que les vérités dont les hommes s'attribuent la connaissance sont 'es rêves d'un sommeil qui n'est jamais interrompu , la vertu et le vice , des noms qui n'expriment rien de réel. Parler ainsi c'est , à leur avis , remplir toute l'énergie du titre d'incrédule. Si ce titre est honorable , ils ont raison , et ils le revendiquent avec justice, s'ils n'ont affaire qu'à des athées. De toutes les vérités apprises par le témoignage des sens , ils ne leur en laissent pas une qui pût subsister après la ruine du dogme de l'existence de Dieu. Les démonstrations des mathématiques ne seraient pas même épargnées dans cette supposition. La méthode que les athées se croient permise les emporterait. Telle est pour l'athéisme l'obligation de rendre les armes au pyrrhonisme spéculatif; il les rend encore plus facilement au pyrrhonisme moral. On se rappelle l'évidence des preuves qui accablent , sur l'article des mœurs , l'auteur du Système de la nature , et la faiblesse de ses défenses. Il ne peut souffrir que la Metlrie , le plus conséquent et le plus sincère des impies de notre siècle, ait dit crûment que la vérité et la vertu sont des êtres , qui ne valent qu'autant qu'ils servent à celui qui les possède ; qu'il n'y a en soi ni vertu, ni vice, ni bien, ni mal moral, ni juste, ni injuste. Ce langage est en effet révoltant. Pourquoi? parce qu'il exprime naïvement des principes abominables : or on lui démontre que ces principes sont les siens. Toute la différence entre la Meltrie et lui est que l'un va droit à son but, l'autre cherche des détours et finit cependant par le joindre.
Aurait-on cru que l'athéisme trouvât une autre incrédulité plus absurde , avec laquelle il fût obligé de s'allier ? Il vengeait assez la religion de lui-même, en se montrant soûl : mais pour qu'il ne manquât rien au trioiu • plie de la religion , le pyrrhonisme attire l'athéisme à soi. C'est la dernière ressource des incrédules.
Eh bien, me direz-vous , qu'elle le soit. Mais si les incrédules en convenaient , si, forcés de retranchement en retranchement , ils prenaient enfin le parti de ne plus rien croire et de douter de tout , qui vengerait la religion de ce pyrrhonisme universel? Ce ne serait pas , je l'avoue , une nouvelle incrédulité. II
Itë
LA RELIGION VENGEE DE L INCREDULITE.
n'y en a pas , il ne peut y en avoir au delà. Ce serait le naépris du genre humain. Le pyrrhonisrae , dans toute la rigueur du leruie , n'est aux yeux de la raison qu'une folie avérée ou qu'un insigne mensonge ; il n'a pas besoin de réfutation. Si c'est un mensonge , il est de nature à ne pas faire des dupes. Si c'est une folie , on enferme les fous , on ne s'arrête pas à les instruire ou à les confondre.
Ce mépris du genre humain , mêlé toutefois d'une juste indignation, est dû à l'incrédulité. Ses adeptes ne sont pas de parfaits pyrrhoniens ; mais ils le seraient s'il pouvait y en avoir, et s'ils raisonnaient conséquemmenl. Toutes leurs démarches y tendent. Commencent-ils par refuser l'obéissance de leur raison à l'autorité de la révélation et à ses mystères I cette indocilité les conduit nécessairement à des erreurs réprouvées par la raison. Prélendent-iis demeurer théistes, ou du moins déistes? L'alhéisme les réclame et produit les droits qu'il a sur eux. Sont-ils devenus athées , autant qu'il est possible à des hommes de l'être? Entraînés vers le pyrrhonisme, ils ne savent comment l'éviter. Il y a donc une pente continuelle depuis les premiers pas que fait 1 incrédulité jusqu'au pyrrhonisme absolu et universel. Nulle station intermédiaire où la raison puisse trouver un repos. Quiconque cesse de croire en Jésus-Christ , contracte dès ce moment même l'engagement de ne plus rien croire. Il y manque néanmoins, parce que sa nature y résiste : et si le sophiste aveugle l'homme, l'homme met une borne aux égarements du sophiste.
Exceptons, pourtant le pyrrhonisme moral. 11 a dans la corruption du cœur un appui , que le pyrrhonisme spéculatif n'a pas. On ne dit jamais que par forfanterie , ou dans un état de démence, Il n'y a rien de vrai. Mais on dit, Il n'y a ni vertu ni vice ; comme on dit. Il n'y a pas de Dieu. C'est un cœur pervers qui parle alors, et le désir dont il est plein, tient lieu de conviction, il opère les mêmes effets. La Mettrie en est un exemple, il n'est pas le seul. Des pyrrhoniens de cette espèce ne sont pas des êtres chimériques. Tout incrédule s'expose à le devenir. Tous les matérialistes, tous les athées le sont déjà : et quand ils affectent de ne pas le paraître, ils trompent le public, ou ils se trompent eux-mêmes grossièrement.
Les incrédules qui en sont venus là prévoyaient ils d'abord le dernier terme de leur incrédulité? La plupart en auraient eu horreur. Les nouveaux prosélytes de l'incrédulité y pensent-ils? Ordinairement ils l'ignorent. Plusieurs même ont abandonné depuis longtemps la foi du christianisme, et ne savent pas encore quel système ils lui substitueront. Comme on voit des voyageurs , dégoûtés de leur patrie, errer à l'aventure , sans habitation fixe, et sans autre dessein que de s'éloigner d'un pays, dont le séjour leur est devenu odieux : ainsi ces incrédules, i'un esprit chancelant et irrésolu, n'ont de fermeté que dans leur haine contre unereli-
/ DÉMONST. ÉVANG. XIL
gion sainte, dont ils craignent de se rapprocher. Du reste sont-ils théistes ? sont-ils déistes? sont-ils athées? sont-ils pyrrhoniens de la même classe que la Mettrie? Ils ne peuvent vous le dire ; tout ce qu'ils savent, c'est qu'ils ne sont plus chrétiens.
Ils ne sont plus chrétiens ! mais pour ne point parler de tous les autres motifs qui les condamnent, sont-ils excusables de ne plus l'être, quand leur incrédulité au christianisme est l'acheminement à une autre incrédulité, qui ébranle et renverse tout ? Si jusqu'à présent ils n'ont fait aucune aitenlion à ses suites, leur crime est d'avoir pris un parti de cette nature et d'y avoir persévéré, sans en examiner les conséquences. Maintenant , qu'on leur a mis devant les yeux ce qu'ils auraient pu découvrir d'eux-mêmes avec un peu de réflexion, c'est à eux d'opter entre la foi chrétienne et l'audace effrénée de ces monstres, que l'athéisme n'ose avouer. En vain chercheraient-ils à se défendre de l'une et de l'autre. L'alternative est inévitable pour eux. Que les hommes sont à plaindre d'en être réduits à délibérer entre une religion divine et le pyrrhonisme I Heureux encore que cette étrange délibération puisse leur devenir salutaire ! Mais souverainement malheureux , si tournant ce remède en poison , ils concluaient dans leur cœur à ne rien croire plutôt que de croire en Jésus-Christ ! Voilà où les livres impies mènent leurs lecteurs imprudents. Qui pourrait compter le nombre de ces productions de l'impiété ? Quel adorateur du vrai Dieu, quel disciple de Jésus-Christ pourrait souiller sa plume de tous les blasphèmes qu'il y a lus ? L'insolence de l'impiété croissant de jour en jour , elle n'a pas seulement multiplié ses écrits avec un excès incroyable : elle y a mis un acharnement et une fureur dont on ne trouve nulle part des exemples dans les siècles passés. Jean-Jacques Rousseau, incrédule à visage découvert, n'avait proféré qu'avec respect le nom sacré de Jésus-Christ. Il avait épargné à des oreilles chrétiennes des paroles qu'elles ne peuvent entendre sans horreur. D'autres écrivains, moins respectueux que lui, et dont les sentiments étaient au fond plus éloignés que les siens de la doctrine chrétienne, couvraient leur irréligion du voile de lironie; voile transparent , à la vérité, et qui ne laissait que trop apercevoir la malignité de leurs projets. C'était toujours une espèce d'hommage qu'ils rendaient à l'autorité dont le christianisme est en possession. Mais depuis quelques années l'impiété s'est dispensée des moindres ménagements, des moindres égards envers les objets de la vénération publique. Ceux de ses écrits, où elle foule aux pieds des bienséances regardées jusqu'alors comme inviolables, ont été les plus répandus. Ils n'ont trouvé dans leurs cours d'autres obstacles que ceux qui pouvaient piquer la curiosité. On voit dans ces écrits, les actes des martyrs, les ouvrages des Pères, les monuments de l'Eglise universelle, ses symboles et ses ca- ,nons; ce n'est rien encore, on v voit les ora- " {Vingt-quatre.}
des divins, l'Ancien et le Nouveau Tcstanionl, les Prophéties, les Evangiles , les discours des Apôtres, et de Jésus-Christ méraei traités avec le dernier mépris. Tous les'saints qui ont édiOé ou éclairé l'Eglise , ceux qui ont été les organes dcTEsprit-Sainl, les palriarciics ,les prophètes, les apôtres, y sont peints des plus noires couleurs. Le dirai-jo?La personne adorable de Jésus-Christ y est outragée. On enchérit, pour le calomnier, sur la méchanceté et sur limpudence des plus vils suppôts du judaïsme. Enfin Dieu, comme arbitre suprême de la nature, législateur et juge du genre humain, y est accusé de bizarrerie, d'injustice, de cruauté. On voudrait le détrôner et l'anéantir. Telles sont les clameurs impies d'une foule d'auteurs, dont les uns sont inconnus, d'autres ne le sont pas. On dirait que c'est une légion entière de démons , sortie de l'abîme infernal, et hurlant sur la terre contre le ciel.
Il n'est pas possible, que la publication scandaleuse, et coup sur coup, de tant de livres détestables ne fasse une époque affligeante dans l'histoire de ce royaume. Ces livres ne passeront sans doute, ni tous, ni même la plupart, à la postérité. Je l'augure des soins paternels de la Providence, et du respect national pour la religion. 11 subsiste, quoique affaibli : tôt ou tard il reprendra ses droits. Je pourrais ajouter que comme productions littéraires, la plupart de ces écrits méritent les profondes ténèbres, auxquelles leur impiété doit un jour les condamner. Mais sans les connaître en détail , la postérité saura, qu'il a été un temps, où la France en fut inondée; que la mode funeste décrire contre la religion y avait passé d'une nation voisine, digne d'être imitée par d'autres endroits, et pour qui le déchaînement de l'impiété parmi nous fut comme le signal du silence qu'elle lui imposa dans son île : que le théâtre de notre littérature semblait alors être livré en proie aux chefs de la cabale antichrétienne, à leurs émissaires, à leurs adulateurs ; que les ministres de la religion se voyaient obligés de rappeler sans cesse les preuves de sa divinité, non plus seulement pour animer la piété en confirmant la foi , mais encore pour opposer une digue au débordementde l'incrédulité. La postérité saura tout cela : et dans l'étonnement dont elle sera frappée, elle souhaitera plus d'une fois que ces jours d'aveuglement et de licence pussent être effacés de nos fastes.
Mais indépendamment de ce regard sur l'avenir, quel spectacle pour nous dans le temps présent que ce déluge de livres impies! Ils remplissent la capitale, ils circulent dans les grandes villes, ils pénètrent jusqu'aux moindres, ils ravagent nos campagnes. Des mains vénales les y portent. Ce pernicieux trafic est devenu le plus lucratif dans le métier qu'elles font. Et certes, sans un débit aussi prompt, sans une vogue aussi assurée, les livres impies se seraient-ils succédé avec tant de rapidité? Le nombre en serait-il infini ? Leurs auteurs ont compté sur le goût
LE FRANC DE POMPIGNAN
dominant des lecteurs. Il n'a que trop répondu à leur attente.
J'avoue que l'avidité de lire de pareils ouvrages m'afdige encore plus que ces ouvrages mêmes. Elle découvre toute l'étendue et toute la grandeur du m;il. .
Ou cherche avec soin, on ramasse précieusement des feuilles volantes, de chélives brochures, des livrets de toutes les couleurs, que nos pères eussent laissés dans les boues avec les plates bouffonneries de Théophile, et les couplets infâmes de Lini/îro (1). La plupart des amateurs de l'incrédulité estiment peu, disent-ils, ces petits écrits ; et cependant ils les lisent de préférence. Car pour ceux où les matières sont plus approfondies, où il y a plus de recherches et plus de suite, plus de slyie même , et une tournure plus séduisante pour des hommes qui pensent, on les vante corrune des chefs-d'œuvre (c'est l'intérêt du parti), on les a, on y j( tl;i un coup d'œil superficiel , mais dans la vérité on les lit beaucoup moins. Quel peut être l'objet de ces lectures? si ce n'est de savourer un poison, dont on ne peut se rassasier. A des lecteurs ainsi affi;ctés tout est bon : plaisanteries insipides, obscénités dégoûtantes, sarcasmes grossiers, défaut d'ordre et de plan, disette de preuves même les plus légères , ils pardonnent, ils approuvent tout en faveur du sujet qui leur est cher. Traité de celle manière, il charme leur oisiveté, sans fatiguer leur attention. Des esprits frivoles n'en ont pas de reste ; et ils conservent leur caractère jusque dans les moyens qu'ils prennent, pour satisfaire leurs plus fortes inclinations.
Ce penchant décidé pour tout ce qui est marqué au coin de l'inci édulilé, est aussi le véritable principe de leur indulgence pour les continuelles répétitions (lesouvrages qu'ils lisent. Il y a dans les ateliers de l'incrédulité un certain nombre d'idées et d'expressions fiivorites. Les auteurs , qui travaillent pour elle, ne manquent pas de les en tirer. Beaucoup n'y ajoutent du leur qu'une façon, souvent peu différente de celle que d'autres ont employée avant eux. Tous ces écrits, fondus ensemble, ne donneraient que les matériaux d'un seul. La monotonie n'est pas faite pour plaire. Mais dans la bouche de l'impiété, elle n'a pu encore rebuter des hommes , qui sacrifient tout au plaisir de l'entendre.
Ils veulent, disent-ils , s'instruire et ils ne le peuvent, qu'en lisant les livres, où l'on s'explique sur la religion avec une entière liberté. Il y aurait bien des choses à leur répondre sur ce prétendu désir de s'instruire. Mais en leur passant, ce que je n'ai garde pourtant de leur accorder, que ce désir, inspiré par le doute, soft légitime, je me borne, pour écarter dans ce moment toute autre contestation, à ce qu'ils demandent. Je suppose même, que leurs lectures aient été plus sérieuses , que ne sont communément celles des amateurs de l'incrédulité. Ils veulent s'instruire, c'està-dire juger, du moins pour eux-mêmes, le
(1) Deux noëlos it>pirs o\ llnencieux du dernier
sièclf.
Ïi9 LA RELlGIOiN YENGtîE
grand procès de la religion. Je vois dans leurs mains les pièces de l'une des parties : où sont celles de l'autre? Ils connaissent les difficultés des auteurs incrédules contre nos livres saints. Connaissenl-ils ces livres dans euxnicnies? Connaissent- ils les interprèles, anciens et modernes, d'où la plupart de ces difficultés ont été tirées , et qui ont travaillé à les éclaircir? On leur a cité, pour décréditer les Pères de l'Eglise, quelques-uns de leurs textes exposés dans un mauvais sens. Ontils vérifié ces citations? Ont-ils confronté les paroles détachées avec ce qui les précède et les suit? On leur a débité des faits de l'histoire ancienne qui ne s'accordent pas avec l'histoire sacrée. Ont-ils consulté les sources, pour s'assurer de la vérité de ces laits? Ne remontons pas si haut, quoiqu'il le fallût pour le jugement qu'ils prétendent exercer. Ils ont lu l'Analyse de du Marsais, l'Examen important de Bollingbroke, le Christianisme dévoilé par Boulanger, l'Examen des Apologistes du Christianisme par Fréret , le Dictionnaire philosophique , la Philosophie de l'histoire , etc. ; ont-ils lu les réfutations de tous ces ouvrages? Ont-ils pesé dans la balance le pour et le contre? Peuvent-ils prononcer en connaissance de cause sur les reproches qu'on a faits aux écrivains incrédules de témérité , d'ignorance , de mauvaise foi , d'injustice , de contradiction? Si les lecteurs des livres impies sont sincères, peut-être n'en trouvera-t-on pas un seul, qui dans son prétendu plan d'instruction ait examiné à charge et à décharge. Il est du moins certain et notoire que la plupart n'ont lu d'autres écrits sur la religion, que ceux qui la combattent. Qu'ils ne se défendent point par l'exemple des fidèles , qui ne lisent que des ouvrages favorables au christianisme. La différence est palpable. Autre chose est de se soumettre à une autorité qu'on trouve établie; autre chose, de juger par ses propres lumières de ce qu'enseigne cette autorité. Si elle a par elle-même des caractères suffisants de divinité , pour captiver l'esprit humain , la soumission qu'on lui rend est sage; et il n'est plus question dans la suite que de s'y affermir. Tout se réduit donc à reconnaître le langage de Dieu , discernement qui ne surpasse la portée de personne. Le fidèle, qui l'a reconnu, ne fût-ce que par un seul témoignage indubitable, a droit d'ignorer tout ce qu'wn y oppose. Mais pour celui , qui n'admettant pas d'autorité supérieure à celle de sa raison, s'érige en juge de la religion, dès lors il s'ot)lige à ne rejeter aucune des preuves du christianisme, sans l'avoir mûrement discutée , à n'adopter aucune des objections de l'incrédulité, sans l'avoir comparée avec ces preuves, et avec les réponses données à ces objections. S'il néglige cet examen contradictoire, s'il en retranche quelque partie, il viole ouvertement toutes les règles de la justice et de la prudence. II aime les ténèbres , il fuit la lumière; il a déjà jugé dans son cœur la cause, avant qu'elle ne fût instruite. Juge aveugle, juge partial , juge corrompu , luge inique, juge qui se condamne lui-même.
l)l<] L'INCREDULITE.
Les prétextes, dont on colore l'empressement à lire des livres impies, disparaissent. Sa vraie, son unique origine est l'attachement à l'incrédulité. Disposition , qui s'étant une fois emparée d'une âme cherche tous les appuis qui peuvent l'y maintenir. Et c'est ce qui m'a fait dire que dans cette matière la multitude des lecteurs est un mal encore plus grand que celui des auteurs. Ceux-ci auraient moins écrit, et leurs écrits seraient moins répandus , si l'incrédulité n'avait pas eu tant de partisans , prêts à leur applaudir. Cette foule étonnante de transfuges et de déserteurs de la cité sainte les a enhardis. Ils ont cru que le temps était enfin arrivé de l'assiéger avec succès. Temps malheureux en effet, où les ennemis de la religion ont pu avoir cetie confiance ! Elle était vaine sans doute; ma?s leurs devanciers ne l'avaient pas.
Je sais que les livres impics ont d'autres lecteurs , qui ne sont pas dévoués à l'incrédulité. Pourquoi donc les lisenl-ils ? Ils répondent, qu'à mesure que ces livres paraissent, ils sont l'entretien du jour; qu'il faut être en état d'en parler , pour prendre quelque part aux conversations; mais que du reste ils savent à quoi s'en tenir sur les vérités attaquées dans ces ouvrages. Je pourrais accepter cette excuse d'une personne , qui aurait pour sa religion ce zèle éclairé , dont il serait à souhaiter que les exemples fussent plus fréquents, même dans les simples fidèles. Quoiqu'à dire vrai, une controverse de religion m'a toujours paru déplacée dans les cercles et dans les conversations du monde. On y entame des sujets, rarement on les approfondit. L'antagoniste de la religion élude un combat réglé : il aime mieux une de ces escarmouches, où l'adresse et la légèreté cachent la honte de la retraite et laissent l'avantage indécis. Le défenseur de la religion, celui même qui la possède le mieux, peut n'avoir pas cette présence d'esprit, qui fait dire sur-le-champ ce qu'il faut, ou ce flegme qui écoute avec patience, répond avec force, mais sans emportement. Les spectateurs n'ont souvent ni assez de lumières , ni des intentions assez droites, pour adjuger la victoire à qui elle appartient. Une fausse lueur les éblouit. Une plaisanterie leur fait oublier les meilleures raisons. Combien de conditions nécessaires , pour que la dignité de la religion ne soit pas compromise dans ces disputes 1 Après tout, si l'on y est engagé malgré soi, s'il faut repousser des traits , empruntés de quelque livre impie , il est très-possible , sans l'avoir lu, de prouver alors à ceux qui le citent, que la religion n'a pas lieu de le craindre, ni l'incrédulité de s'en prévaloir.
Mais le motif de tourner au profit de la religion, dans les sociétés où l'on vit, la lecture des livres impies n'est pas celui des personnes dont il s'agit ici. Tout l'usage qu'elles prétendent faire de ces livres, après les avoir lus, se réduit à en parler historiquement , à dire leur avis sur le style et sur les talents de l'auteur. Soit mauvais goût, soit complaisance, elles le louent quelquefois avec excès: et le seul correctif qu'elles sachent mettre à
DEMONSTRATION EVANGELIQUE. J.E FRANC DE POMPIGNAN
ces louanges, est qu'elles ne pensent pas commt' lui. Je les en crois. Elles doivent donc s'épargner la peine de lire ce qu'elles n'ap-
Erouvcnl ni ne peuvent approuver au fond, 'objet qu'elles se proposent n'est pas assez intéressant, disons mieux, il est trop frivole pour exposer leur foi. Qui peut leur répondre des traces que laissent dans leur esprit de pareilles lectures , faites sans nécessité, sans utilité réelle, sans précautions? Du moins elles les apprivoisent avec le langage de l'impiété : s'il ne devient pas le leur, il ne les épouvante plus. Il est familier à des écrivains dont on leur vante l'esprit et le savoir. De là elles s'imaginent qu'on peut penser et s'expliquer ainsi, sans aucun intérêt et par une intime conviction. Faux et dangereux préjugé, trop commun aujourd'hui dans le inonde, et qui ne s'accorde pas avec l'idée qu'un chrétien doit avoir de l'éclatante vérité de sa religion. Ajoutons à cet inconvénient l'esprit contentieux et frondeur, communiqué par les livres impies à des lecteurs qu'ils ne pervertissent pas entièren)ent. On est quelquefois scandalisé, et avec justice, de certains propos qui n'annoncent pas, dans celui qui les tient, beaucoup d'attachement ni de respect pour sa religion. Il n'est pourtant pas aussi gâté qu'il paraît l'être ; et si l'on raisonne avec lui, on découvre que sans avoir avalé dans ses lectures le poison pur de l'incrédulité, il en a rapporté l'habitude vicieuse de censurer dans la religion tout ce qu'il croit nejui être pas essentiel. Il ne la connaît pas assez pour y Oxer de justes limites : peut-être même arrachera-t-il les siennes quelque jour. Mais quand il éviterait ce dernier excès, il en a trop appris dans une école où il aurait dû ne jamais entrer. En un mot, il est des lectures qui sont des conversations muettes, comme des conversations animées par la voix. On n'écoute pas ce qu'on ne veut pas entendre, on ne s'empresse pas à lire ce qu'on veut effacer de son esprit.
Le ministère de l'instruction, plus pénible de nos jours qu'il ne l'a jamais été, m'a fait un devoir de lire un grand nombre de livres impies ; mais, en les lisant, j'ai été forcé plus d'une fois d'interrompre celte lecture : mon cœur se soulevait contre elle. Je rougissais pour des hommes d'égarements si monstrueux ; je déplorais la facilité qu'ils avaient eue à publier leurs blasphèmes ; j'adorais la patience de Dieu. C'est en lui que j'ai mis toute ma confiance, lorsque j'ai approché mes mains et mes yeux de cet amas d'impiétés, je me suis souvenu de sa promesse: Ils toucheront des serpents, et ils n'en recevront aucun mal ( Marc, XVI ). Mais ce n'est pas assez pour un évêque d'être à l'abri de leurs morsures envenimées; il doit en guérir ou préserver ses frères. Dieu m'en a inspiré le désir. Le succès dépend de sa miséricorde et de sa puissance.
Si un âge assez avancé, si un long épiscopat, si des travaux continuels pour la déîense de la religion peuvent donner à ma
voix quelque liberté, qu'on me permette de l'élever en finissant cet ouvrage, et de parler dans ces termes à mes compatriotes :
Français, connaissez la gloire et les intérêts de votre nation. Assez et trop longtemps les écrits de l'incrédulité ont infesté parmi nous la république des lettres. On vous dit que le règne de la philosophie ajoutera un nouveau lustre à la litlérature française, qu'il avancera le progrès des arts, qu'il perfectionnera l'agriculture, le commerce et la politique. Je le désire ; et à Dieu ne plaise que j'envie à mon siècle et à ma patrie tous ces avantages; je m'estimerais heureux de pouvoir y contribuer. Livrez vous donc à une noble émulation : vos pères n'ont pas cueilli toutes les palmes; aspirez à une moisson plus riche que la leur ; et cependant ne vous laissez pas persuader que le mépris pour eux soit un moyen de les surpasser, nique vous honoriez la France en rabaissant les plus grands hommes qu'elle ait produits jusqu'à notre temps. Profitez de leurs découvertes, cherchezen qui leur aient échappé. Approfondissez la science de la nature; éclairez, par des spéculations aussi solides que curieuses, les arts et toutes les parties de l'administration; portez -y le flambeau de la philosophie ; il n'est rien en ce genre dont la sagacité française ne puisse venir à bout avec une constante application. Mais qu'a de commun la philosophie avec l'incrédulité ? Faut-il détacher les hommes de la religion pour leur apprendre à étudier la nature, à resserrer les liens de la société, à cultiver la terre et à tirer de son sein fécond et inépuisable les trésors qu'il renferme? Non , non , c'est une illusion trop grossière. Des écrivains impies ne sont ni les seuls ni les vrais philosophes; ils en usurpent le nom et ils le profanent. Vous ne leur devez rien de tout ce que vous pouvez avoir appris d'utile depuis vos pères ; vous avez tout à craindre, rien à espérer de leurs principes ; et si vous ne réclamiez pas contre leurs écrits, loin d'illustrer votre siècle, ils le déshonoreraient à jamais.
Vous me direz qu'il appartient à l'autorité souveraine d'arrêter le cours des livres impies; nous savons tout ce qu'elle peut à cet égard ; nous attendons d'elle ce qu'elle doit. Mais vous formez vous-même un tribunal dont elle consent volontiers que vous exerciez tous les droits. Les arrêts du public sont moins terribles dans leur exécution que les lois pénales émanées du trône, et que les condamnations prononcées par les magistrats. Ils ont autant de force, peut-être en ont ils plus, pour imposer silence aux héros de l'impiété. Que ces écrivains trouvent en vous des juges incorruptibles ; ils ne demaodentqu'ànccuperd'euxla renommée; leur vanité craint l'oubli plus encore que la censure. Rejetez dans les ténèbres les ouvrages qu'ils y ont enfantés; vengez-en la religion par votre indifférence et par votre mépris; cessez enfin de les lire, et la source en sera bientôt tarie
AVERTISSEMENT DU CLERGÉ DE FRANCE