AUX FIDÈLES DU ROYAUME
Sur les dangers de VincréduUté.
De lous les devoirs qu'ont à remplir les assemblées du clergé, nos très-cliers frères, il n'en est point de plus sacré, el dont elles se soient dans tous les (emps plus fidèlement acquiltées, que celui de défondre la religion contre les attaques de toute espèce, auxquelles la divine Providence a permis qu'elle fût exposée.
C'est par les soins de ces assemblées que les erreurs de la prétendue réforme ont été entièrement proscrites; les maximes du royaume solidement établies; la véritable doctrine de la grâce fidèlement conservée; l'obéissance aux jugements de l'Eglise maintenue; les illusions des faux mystiques dissipées ; les égarements d'une morale relâchée arrêtés et confondus : et depuis plus do deux cents ans que leur forme actuelle a été déterminée , l'erreur n'a pu tenter aucune entreprise, qu'elles ne l'aient fortement réprimée, soit par des censures, des déclarations, des expositions qui règlent et assurent la croyance, soit par des instructions, des avis, des avertissements qui en développent les principes et les motifs.
Comment pourrions-nous aujourd'hui ne pas suivre les exemples que nous ont donnés nos respectables prédécesseurs? Ce ne sont plus seulement, comme de leur temps, quelques dogmes particuliers qui sont attaqués. L'impiété cherche à nous enlever le dépôt entier de nos saintes vérités : affranchie de tout respect, elle ne met plus de bornes à ses projets de destruction. Des écrivains téméraires, réunis, comme ces nations étrangères qui avaient conspiré la ruine du peuple de Dieu, semblent vouloir, par leurs productions criminelles , exterminer jusqu'au nom du Très-Haut de dessus la terre (1).
Nous ne nous proposons pas cependant, notre très-cher frère, de vous retracer les preuves victorieuses qui déposent en faveur de la religion. Nous ne prétendons pas répondre aux vains sophismes de l'impiété , ni discuter avec elle tous les articles de notre
(l) Parce que vous voyez que vos ennemis ont excité un grand bruit , et que ceux qui vous haïssent , ont élevé orgueilleusement leur tête. •
Ils ont formé un dessein plein de malice contre votre peuple, etilsont conspiré contre vos saints (Ps. 82, d.5, 4).
Ils ont dit : Veneis et exterminons-les du milieu des peuples ; et qu'on ne se souvienne plus à l'avenir du nora d'Israël [Ps. 82, v. 3).
croyance. Forcés à nous restreindre pour consacrer à votre instruction le temps qui nous réunit, c'est par les vices mémos de l'incrédulité que nous chercherons à la confondre. Elle n'a d'autre but, à l'entendre, que d'éclairer les hommes et de les rendre heureux. Mais fièro lorsqu'elle attaque, ot timide lorsqu'elle se défend, cllose trahitelle-méme, si on vient à la juger par ses effets, et à comparer la faiblesse de ses moyens avec la grandeur apparente de ses projets.
C'est à ce point de vue que nous réduirons cet avertissement. Nous nous attacherons à vous faire voir que les avantages que promet l'incrédulité, et la science dont elle se pare, ne sont que prestige et mensonge; qu'au lieu d'élever l'homme , elle le dégrade et l'avilit ; qu'au liou de lui être utile, elle nuit à son bonheur; qu'elle dissout les liens de la société, détruit les principesdes mœurs, renverse les fondements de la subordination et de la tranquillité publique. Nous vous prouverons en même temps que vos intérêts les plus chers sont liés au maintien de la religion; que sans elle nous ne pouvons avoir, ni une connaissance suffisante de nos devoirs, ni la force de les pratiquer; que notre faiblesse, nos imperfections, ce que nous sentons en nous-mêmes, ce que nous éprouvons au dehors, tout annonce la nécessité et les avantages d'une révélation ; qu'elle seule enfin nous ouvre le chemin de la vérité et du bonheur.
Si ces considérations générales ne suffisent pas pour résoudre tous les doutes que l'incrédulité se plaît à élever, elles vous feront sentir le néant de ses promesses; elles vous éclaireront sur l'étendue du péril qui vous menace, et vous inspireront le courage de vous en préserver. Qu'il en coûte à notre cœur d'exposer à dos chrétiens dos vérités que les premiers apologistes de la religion chercbaienl à prouver aux nalions plongées dans les ténèbres de l'idolâtrie 1 Mais la perversité du siècle nous y contraint, et plaise au Tout-Puissant, disons-nous, comme écrivait saint Athanase aux catholiques de son temps (1), qu'en lisant cet avertissement, les
(!) Plaise à Dieu, que ceux qu'un esprit de malice porta à attaquer ces vérités, renoncent à une occupation aussi vaine et aussi insensée ; et que les âmes simples, qui ne douloiil que par fail)lesse , soient afïermies dans la toi par l'esiiil de force! Pour vous, qui connaissez et possède? la vérité, couservez-la dans votre cœur, de manière qu'elle
ennemis oe la vérité reconnaissent la témérité (le leurs entreprises; que ceux qui par siniplicilé sont dans le doute, soient raffermis dans leur croyance , et que ceux à qui Dieu fait la grâce de persévérer dans le bien, y denicurent inviolablcnient attachés.
La connaissance de la vérité est le plus grand avanl.ige qu'on puisse procurer à l'homme. C'est aussi , notre très-cher frère , par cette séduisante promesse (]ue l'incrédulité ch'-rche à vous éblouir. Mais pour fixer l'état (le la question, il faut remarquer avant lout que les vérités dont il saglt ici, ne ressemblent point à ces opinions humaines qui peuvent iudifléremment être aduiises, ou rejetées. (]e sont des vérités d'un ordre supérieur, auxquelles est attaché notre bonheur, qui tiennent à nos intérêts les plus chers, et qui influent sur toutes les actions de notre vie. Si l'homme ne connaît pas ce qu'il doit penser de Dieu, de la nature de son âme, des devoirs qui lui sont prescrits, de la lin à laquelle il doit tendre, coinment pourra-t-il régler sa conduite et ses actions? La niuUitude surtout ne peut être ab;indonnée à ellem'îme sans instruction. Lorsqu'elle ignore la vérité, elle invente, ou elle adopte des fables et des mensonges; et si elle ne sait pas la route qu'elle doit tenir, il faut qu'elle ségare.
L'impiété qui affecte avec tant d'éclat de Ci-aindre les suites et les effets des vérités de la religion , n'osera pas sans doute contester ces principes. Mais, s'il est certain que sur ces vérités i'homme ne puisse rester dans l'indécision, pourquoi la plupart des incrédules, uniquement occupés à détruire, ne daignent-ils rien substituer à l'édifice qu'ils veulent renverser? Croient-ils donc, que pour répandre la lumière, il suffise de proposer des doutes et des objections? Les vérités les plus lumineuses n'ont-elles pas leur abîme, et ne trouvent-elles pas souvent des adversairesadroits (jui ont l'art funeste de les obscurcir? L'incrédule prétend-il que sa doctrine soit eile-n)ême exempte de toute dil'iicuUé? l'athée qui, malgré les imperfections et les changements du monde, le suppose éternel; le matérialiste, qui confond tous les êtres, et se refuse au sentiment intérieur qui l'avertit de la simplicité de son âme et delà libertédesesdéterminations; l'épicurien qui Ose méconnaître l'ordre éclatant qui règne dans l'univers , douter de la Providence, et croire que le Dieu qui a créé les hommes, dédaigne de les gouverner ; le libertin, qui, contre le cri de sa conscience, dit : Mangeons et buvons, cur nous mourrons demain (1) ; le déiste, dont l'orgueil rejette le témoignage des prophètes et résistn- à léclat des miracles; tous ceux qui nient quelques vérités de la religion, pensent-ils qu'ils n'ont aucune difficulté à résoudre? La nature ellemême a ses énigmes et ses obscurités. En