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CHAPITRE UI

Egarement étrange des auteurs du livre des Moeurs et des Pensées philosophiques, sur V Ecriture sainte, relativement à la Divinité.

Comment l'auteur des Pensées philosophiques ose-l-il dire : Técris de Dieu [Début des Pensées philosophiques), en fermant les yeux à l'éclatante lumière de la révélation ?

Dans une t( lie disposition d'esprit, que pouvait-il être capable d'en écrire? Le voici: // ve faut imaginer Dieu ni trop bon ni méchant [Pensée 10).

Après une telle manière de s'exprimer, qui

ne sortira jamais de la bouche d'un homme véritablement pénétré (comme il le dit aill.'urs) d'une vénération profonde pour cet Etre infiniment parfait, on ne doit pas eue surpris de le voir s'exprimer ainsi, dans la neuvième pensée : Sur le portrait qu'on me fait de l'Etre suprême, sur son penchant à la colère, sur la rigueur de ses vengeances, sur certaines comparaisons qui nous expriment en nombre le rapport de ceux qu'il laisse périr à ceux à qui il daigne tendre la main, l'âme la plus droite serait tentée de souhaiter qu'il n'existât pas. Voici des expressions analogues du livre des Mœurs, parlant des Israélites et de Moïse [pag. 318, édit. de 1748) : // n'osa même, dans ces fameuses tables, leur faire un précepte d'aimer Dieu. Ehl comment l'aurait-il pu? Il l'avait peint si terrible, si cruel et si ombrageux, qu'un peuple imbu de sa doctrine ne pouvait que le craindre, et ne devait le révérer que comme à Borne on honorait la fièvre, divinité malfaisante qu'il était dangereux de mettre en mauvaise humeur.

Jusqu'à quel point ces auteurs ne défigurent-ils pas la révélation pour en tirer des conclusions si funestes! De combien de réticences injustes l'auteur du livre des Mœurs en particulier ne s'est-il pas rendu coupable envers les écrivains sacrés, et surtout envers Moïse, qu'il accuse nommément de n'avoir osé faire aux descendants de Jacob un précepte d'aimer Dieu!

Si cet auteur a lu les livres de Moïse, il faut que son aveuglement ait été bien étrange pour l'avoir empêché de remarquer que Dieu promet, même dans le Décalogiie, de faire miséricorde en mille générations à ceux qui l'aiment.

N'aurai l-il pas dû comprendre que le Décalogue n'est que le précis de la loi morale, dont le livre de la loi renferme le détaiP S'il avait lu l'Ecriture sainte avec une sérieuse attention, il en aurait trouvé la preuve dans la réponse d'un docteur de la loi à Noire-Seigneur .lésus-Christ, qui lui avait fait cette demande : Qu'y a-t-il d'écrit dans la loi? Qu'y lisez-vous? Ce docteur répondit : Vous aimerez le Seigneur votre Dieu, de tout votre cœur, de toute votre âme, de toutes vos forces et de toute votre intelligence , et votre prochain comme vous-même [Luc, X, 27 et 28).

Le cinquième livre de Moïse renferme le précepte d'aimer Dieu, qui n'est à la vérilé qu'indiqué dans le Décalogue, mais qui se trouve ici répété fréquemment, et recommandé par Moïse aux enfants de Jacob de la manière la plus positive et la plus pressante.

D'un grand nombre de passages du Deutéronome, comme les chapitres VIL 9; X, 12; XI, 1 , 13 et 22 ; XXX. 19 et 20, je me contenterai de rapporter ici les propres paroles de ce législateur des Hébreux, tirées du chapitre VI du même livre [vers, h, 5, 6, 7, 8 et 9). Ecoute. Israël, l'Eternel notre Dieu est le seul Eternel.

Tu aimeras donc l'Eternel ton Dieu de tout ton cœur, de toute Ion âme et de toutes tes forces. Et ces paroles que je te commande au-

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jourd'hui, seront en ton cœur. Tu les incul- S'ils avaient suiv

(jiierus à tes enfants, et tu en parleras quand tu te tiendras en ta maison, quand lu te mettras en chemin, quand tu te coucheras et quand tu te lèveras. Et tu les lieras comme un signe sur tes mains, et elles seront comme des fronteaux entre tes yeux. Tu les écriras aussi sur les poteaux de ta maison et sur tes portes.

Par tous ces passages et par le Décalogue même, il est de la dernière évidence que le précepte d'aimer Dieu est celui que Moïse recommande avec le plus de force aux enfants de Jacob.

Je ne me persuade point que l'auteur du livre des Mœurs ail fait cette imputation calomnieuse à Moïse de propos délibéré; j'aime infiniment mieux croire que si cet auteur ouvre une fois les yeux sur les conséquences d'une telle imputation, faite au plus respectable des écrivains sacrés de l'ancienne alliance; pénétré d'un vif et sincère repentir, il donnera gloire à la vérité de la manière la plus propre à ramener un grand nombre de savants incrédules.

En attendant cet heureux effet de sa généreuse rétractation, je conclurai de cette faute extrême d'ignorance dans un point aussi capital, que malgré tout son talent et celui de ses pareils dans l'art d'écrire, la présomption occasionnée par les sciences humaines dans l'esprit de ces savants-là, est un nuage qui dérobe à leurs yeux la plus essentielle de toutes les sciences, celle du salut. Semblable à la colonne de nuée, qui était obscure aux Egyptiens et lumineuse aux Israélites, la science du salut n'est qu'obscurité pour les savants présomptueux, pendant qu'elle éclaire les savants humbles de cœur.

J'ai remarqué fort souvent, mais toujours avec peine, que de savants personnages, d'ailleurs très-attachés à la révélation, attribuent trop de sévérité à l'ancienne loi, et la font envisager comme une économie, dont le fondement principal est la crainte. Sam doute qu'ils n'ont pas fait attention que Jésus-Christ, pour répondre au scribe qui lui demanda quel était le premier de tous les commandements, lui cita ces paroles du Deutéronome, que j'ai rapportées ci-devant, savoir : Tu aimeras l'Eternel ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toutes tes forces ; ajoutant : Et le sewnd qui est semblable à celui-là, est : Vous aimerez votre prochain comme vous-même (Marc, XII, 30 et 31).

C'est ainsi qu'en voulant exalter les avantages de la nouvelle alliance aux dépens de l'ancienne , quelques théologiens , sans y prendre garde, favorisent avec les meilleures intentions les contempteurs de la religion révélée.

Je reviens aux livres des Mœurs et des Pensées philosophiques. Combien leurs auteurs ne se sont-ils pas rendus coupables envers les écrivains sacrés touchant la bonté de Dieu?

Voudraient-ils donc que cet Etre suprême les privât de leur libre arbitret ou que, contre les notions communes, sa miséricorde anéantit sa justice, sa sagetite et sa sainteté?

les notions communes, n'auraient-ils pas reconnu que l'Ecriture sainte est pleine de marques éclatantes de son immense bonté?

Et quelles plus grandes preuves en voudraient-ils que la promesse admirable faite à nos premiers parents pour les consoler de leur chute? que d'accorder le pardon à tous les habitants de plusieurs villes criminelles en faveur de dix justes s'ils s'y étaient trouvés, et d'avoir effectivement épargné la petite ville de Tsoliaren considération de Lot? due d'avoir recommandé au peuple hébreu A'aimer les étranqers et son prochain comme lui-même [Deul.. X, 19; Lcvit.. XIX, 18) ? que d'avoir fait prononcer pir Moïse, nonseulement des bénédictions aux observateurs de sa loi, mais encore des promesses de pardonner à ses infractiurs, dès qu'ils seraient touchés d'une sincère ropeniance? que d'avoir eu tant de soin des Israélites, et de les avoir supportes et pardonnes tant de fois? Ce qui faisait dire aux plus pieux des rois de ce peuple, dans la plénitude de son cœur: L'Eternel est plein de compassion et de miséricorde. Autant que les deux sont élevés au-dessus de la terre, autant sa grâce est étendue envers ceux qui le craignent. De telle compassion qu'un tendre père est ému pour ses enfants, ainsi C Eternel est touché de compassion envers ceux qui le révèrent. L'Eternel est bon envers tous, et ses compassions sont au-dessus de toutes ses œuvres.

Mais si la loi de Moïse nous donne de si grandes idées de la bonté de Dieu, l'Evangile les rend plus touchantes encore quand il dit qu'il a envoyé son Fils unique au monde pour faire, par sa mort, la propitiation de nos péchés : Sa croix, pour me servir des expressions d'un vertueux théologien , sa croix devient un tribunal auguste où est affichée l'amnistie qu'il accorde à tous les pécheurs qui se repentent.

Quel bonheur ne serait-ce pas pour la société si tous les membres qui la composent vivaient selon les lois de l'Evangile I On en peut juger par le treizième chapitre de la première Epîlre de saint Paul aux Corinthiens, et par la réponse de notre divin Sauveur à cette demande de saint Pierre : Quand mon frère m'aura offensé, lui pardonnerai-je jusqu'à sept fois? Jésus lui répondit : Je ne vous dis pas seulement jusqu'à sept fois, mais jusqu'à septante fois sept fois. El i)()ur n<ius engager d'autant mieux à être indulgents les uns envers les autres, ce Fils unique de Dieu fait dépendre le pardon de nos offenses envers son Père de celui que nous accorderons à ceux qui nous ont offensés.

Des principes de bonté si sublimes ne peuvent émaner que de Dieu lui-même.

Quel n'est donc pas l'aveuglement des savants incrédules qui, bien loin de faire attention à toutes ces choses, semblent au contraire vouloir s'appliquer les menaces que la révélation n'adresse qu'aux méchants les plus endurcis?

OBSERVATIONS SUR LES SAVANTS LNCHÉDULES CHAPITRE IV

Sur les cinq premières Pensées philosophiques.

L'auteur de ces pensées commence son ouvrage par reloge des passions en général ; il attaque les dévots sur leur plan ridicule de ne rien désirer, rien aimer, rien sentir ; et il décide que c'est le comble de la folie de se proposer la ruine des passions.

S'il distinguait en même temps le vrai chrétien du dévot dont il parle, les réflexions qu'il fait sur celte matière seraient très-judicieuses ; mais comme la plupart de ses pensées tendent à jeler du doute et du ridicule sur le christianisme en général, je me crois obligé de faire cette distinction pour lui, et dedémontrerque la religion chrétienne est à cet égard comme à tout autre, hors des atteintes qu'il semble vouloir lui porter.

Si par les passions il entend ces mouvements de l'âme portés à l'excès, qui entraînent après eux le dérèglement et le vice, sans doute la religion détruit ces passions-là, ou du moins ce qui se trouve en elles de vicieux. M.iis s'il entend par ce mol les affections de l'âme qui lui ont été données par le Créateur, la religion, bien loin de les détruire, s'en sert utilement pour conduire l'homme au bonheur par la roule de la vertu. Ces passions , étant aussi nécessaires à l'homme , que les vents aux navigateurs, l'Ecriture sainte nous apprend à leur tendre la voile lorsqu'elles nous excitent aux grandes et louables actions, par l'exemple d'un Abraham, d'un Moïse, d'un Phinée, etc.

Il est vrai que les passions, ne dégénérant que trop de leurnature primitive par la corruption de l'homme, la parole de Dieu, dont le but est notre plus grand bien, nous enseigne alors à les réprimer, comme l'ont fait un Joseph, un Job, un saint Paul, etc.

Mais si nous avons le malheur de tomber dans les pièges adroits qu'elles nous tendent, quelles ne sont pas ses paternelles invitations elles secours de sa grâce pour nous en tirer, et quels encouragements n'y trouvonsnous pas dans les exemples d'un JDavid, d'un Manassé, d'un saint Pierre, etc.?

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