‹ Dâemonstrations âevangâeliquesChapitre 123 sur 202 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Recherches sur l'auteur de la blessure mortelle de Julien.

M. de la Bletterie dit (p. 499 et 500) : Je n'examinerai point si Julien fut tué par un perse, ce qui paraît d'abord le plus vraisem-

blable ; ou par un romain, comme les Perses le prétendirent.

Il importait d'autant plus à M. de la Bletterie d'approfondir ce fait des plus graves, que Libanius en accuse manifestement les chrétiens. Voici la traduction de ses propres termes :

Quel fut donc celui qui le tua {Harang. ,iO, p. 323, 324)? Y a-t~il quelqu'un qui désire l'entendre ? A la vérité je n'en sais pas le nom, mais une preuve évidente que ce ne fut pas un ennemi qui le blessa, c'est qu'aucun ne se fit honneur d'avoir fait ce coup , et cependant le roi de Perse, par le ministère des crieurs publics, avait invité celui qui avait blessé mortellement Julien, à venir recevoir sa récompense ; ce prince eût cru faire une heureuse découverte en apprenant l'auteur de cette action. Cependant pas un des ennemis n'osa s'en qlorifier, quoiqu'il y fût invité par l'attrait de ta récompense. Certainement on tint grand compte aux ennemis de ne pas se glorifier d'une chose dont ils n'étaient pus les auteurs ; mais ils nous laissèrent le soin de chercher l'assassin chez nous-mêmes.

En effet, ceux à qui il importait que l'empereur cessât de vivre, étaient ceux-là mêmes qui ne vivaient pas conformément aux lois, qui depuis longtemps dressaient des pièges à Julien , et qui consommèrent enfin leur crime quand ils le purent; mais ils y furent encore forcés par un genre de méchanceté interdite sous l'empire de Julien , et surtout lorsqu'il s'agissait d'honorer les dieux, les auteurs du meurtre désirant le contraire.

Pour démontrer que celte accusation de Libanius est calomnieuse, je ne ferai d'abord qu'indiquer Eutrope, Aurélius Victor, SextusRufus, qui disent que Julien fut percé d'une pique par un ennemi qui fuyait, et Libanius lui-même, qui dit, onze pages avant sa calomnieuse accusation : La pique d'un cavalier lancée contre Julien désarmé, lui traversa le bras et s'enfonça dans les côtes. Mais la révélation d'Ammien Marcellin, qui était plus certainement qu'Eutrope à la bataille où cet empereur fut mortellement blessé, est trop décisive à cet égard pour n'en pas transcrire en entier une traduction des plus exactes.

Bès que nous eûmes levé le camp [Amm., l. XXV, p. 288-290), les Perses qui n'osaient combattre contre nous de pied ferme, ayant été souvent vaincus, nous suivaient à la sourdine en nous dressant des pièges; dirigeant leur marche sur les hauteurs d'où ils nous épiaient, afin que nos soldats, soupçonnant qu'ils nous attaqueraient, ne pussent camper de toute la journée, ni se fortifier dans le camp. Tandis qu'on fortifiait les flancs de notre armée et qu'elle marchait en bataillon carré, qui laissait quelquefois des vides à cause de l'inégalité des lieux, on vint dire à Julien que l'arrière-garde avait été subitement attaquée. Julien dans ce moment était désarmé, et était venu à l'avant-garde pour voir ce qui s'y passait. Alarmé de cette nouvelle, il saisit un bouclier et oublie de prendre sa cuirasse, se hâtant di porter du secours à l' arrière-garde;

DEMONSTRATION EVANGFXIQUE. DELUC.

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mais dans ce moment même, xm nouvenu motif de crainte le fait revenir sur ses pas , parce qiCon l'informa que rMvnnt-cjarde d'où il venait était pareitlemerJ attaquée. Jvlicn, sans aucun égard au danger auquel il s'exposait, s'avança avec rapidité pour rétablir son avantgarde. Sur ces entrefaites un corps de Parlhes armé de toutes pièces attaqua notre centre, et se jetant ensuite sur notre aile gauche qui avait plié, parce que nos soldats ne pouvaient soutenir ni l'odeur ni les cris des éléphants, ils décochaient flèches sur flèches et combattaient avec la pique. C ependant l'empereur volant où le danger était le plus grand, nos gens armés à la légère s'avancèrent et tnillcrcnl en pièces l'arrière-garde des Perses qui avait pris la fuite, et auxquels on tua aussi beaucoup de chevaux et d'éléphants. Julien oubliant de prendre garde à sa sûreté, élève les mains, crie de toutes ses forces en montrant à ses soldais que l'ennemi effrayé prenait la fuite de tout côté ; il anime ses gens à sa poursuite, et s'avance hardiment lui 'même pour combattre. Cependant les nouveaux soldats , que la crainte avait dispersés, criaient de toute part à Julien d'éviter ce corps de Parthes fugitifs, en le comparant à un édifice prêt à écraser par sa chute ceux qui sont entrés dedans ; et en effet la pique d'un cavalier lancée tout à coup, sons qu'on aperçut de quel endroit elle parlait , après lui avoir effleuré la peau du bras, traversa les côtés et ne s'arrêta que dans le milieu du foie. Tandis que Julien s'efforçait de l'arracher avec sa main droite , il sentit qu'il s'était coupé le nerf des doigts, parce que le dard était à deux tranchants , et étant tombé de cheval, il fut relevé promptement par ceux qui étaient à côté de lui, reporté dans le camp, et

mis entre les mains des médecins // perdit

toute espérance de vivre, lorsqu'ayant demandé comment s'appelait le lieu qu'il occupait , il apprit que c'était la Phrygie ; car il avait entendu dire que l'ordre du destin avait marqué sa mort en cet endroit-là. Après que l'empereur eut été transporté dons sa tente, il est incroyable avec quelle ardeur le soldat , animé par la colère et la douleur, courut pour le venger, frappant son bouclier de sa lance, et prêt à mourir si les destinées l'ordonnaient. Etquoiqu'unepoussièrcépaisse obscurcît l'air, et que la chaleur dût l'empêcher d'agir, cependant ne prenant ordre que de lui-même après la perte de son général , il se précipitait sans balancer au milieu des armes. De leur côté les Perses, par la grande quantité de flèches qu'ils faisaient voler avec encore plus de courage , dérobaient leur vue à nos soldats ; les éléphants inspiraient la crainte aux chevaux, et aux hommes , par la grandeur de leurs corps et leurs panaches menaçants : aussi le conflit des rombattants, le gémissement de ceux qui expiraient , le souffle et le hennissement des chevaux, le bruit des armes, se faisaient entendre de loin , jusqu'à ce que les deux armées rassasiées de carnage, cessèrent decombaltre, la nuit

étant déjà des plus avancées Cependant

la tristesse défigurait les avantages que nous avions remportés. En effet , après que Julien se fut retiré du combat, l'aile droite se trouva

extrêmement fatiguée; Anatolicus qui était alors maître des offices, fut tué ; le général Salluste tomba dans un précipice , il s'en retira par l'aide d'tm de ses gardes, mais après avoir perdu le sénateur Phosphorius qui était près de lui, et il ne se sauva que par bonheur et par la fuite.

Avant d'employer cette relation à mon but principal, je dois faire observer que le funeste succès de l'expédition de Julien, ainsi que sa mort, furent les suites de son extrême imprudence. Car 1° la façon hautaine avec laquelle il reçut les Arabes qui lui vinrent offrir leurs services, leur fit prendre parti contre lui;

2° Ses rodomontades insultantes envers Arsace, roi chrétien d'Arménie et fidèle allié des Romains, le privèrent du puissant secours qu'il pouvait on attendre;

3* Sous le prétexte insensé que ceux qui se laissaient vaincre ne méritaient pas de trouver de la subsistance à leur retour, il en priva sa propre armée en faisant saccager l'Assyrie par ses soldais;

k" Malgré l'exemple de Zopire et des transfuges qui firent périr Crassus avec son armée, et sans écouler les sages remontrances d'Hormisdas, il donna dans le piège grossier d'un Perse, en faisant brûler lui-même sa flotte et les provisions immenses dont elle était chargée ;

5° Sa témérité à s'exposer sans cuirasse au plus fort de la mêlée, fut une des causes de sa mort;

6° Enfin pour un prince réputé savant, et qui devait l'élre surtout dans la manière de combattre ses ennemis, il est impardonnable d'avoir pris pour un effet de leur frayeur ce qui les rendait plus à craindre, et il fut souverainement imprudent de fermer l'oreille aux salutaires avis de ses soldats, qui lui criaient d'éviter les Parthes fugitifs.

Voilà, sans chercher des miracles où il n'y en a point, comment l'Etre suprême châtie les pécheurs endurcis, en les abandonnant à la seule ivresse de leurs passions déréglées.

Que les panégyristes de Julien en fassent donc tant qu'il leur plaira, sinon le premier, du moins le second des hommes, les personnes impartiales déciderontbien autrement: et tant s'en faut qu'il ait été victorieux en faisant fuir les Perses, comme le prétend M. de Voltaire, puisque c'est par celte même fuite qu'il a été non-seulement vaincu, mais encore tué.

Je vais maintenant rappeler un passage de la relation d'Amtnion Marcellin, que j'ai rapportée ci-dessus, et qui nous apprend d'où partit ie coup qui termina les projets vain» de Julien avec sa vie.

Cependant, dit-il, les nouveaux soldats que la crainte avait dispersés, criaient de toute part à Julien d'éviter ce corps de Parthes fugitifs, le comparant à un édifice prêt à écraser par sa chute ceux qui sont entrés dedans ; et en effet la pique d'un cavalier lancée tout à coup, sans qu'on aperçût de quel endroit elle partait, après lui avoir effleuré la peau du bras,

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OBSERVATIONS SUR LES SAVANTS INCREDIJLRS

traversa les côtes et ne s'arrêta ^ue dans le milieu du foie.

Cf'ux qui connaissent la manière dont les Parlhes combatlaiont, doivent savoir que la corilo de leur arc, violemment (endue, chassait dos (lèches d'un poids extraordinaire avec une si grande roidcur, qu'après avoir percé le bouclier dos Romains, elles leur faisaient encore de profondes blessures, lis doivent savoir aussi que les Parlhss prenaient exprès la fuite dovant leurs ennemis, et que cotle manière de combattre, à laquelle ils étaient fort adroits, leur donnait un avantage d'autant plus grand, qu'elle ne les empêchait pas (le tirer sans cosse sur ceux qui s'obstinaient à les poursuivre. Ainsi Julien éprouva par sa blessure mortelle combien son entêtement fut fatal d'avoir refusé de croire ceux qui lui criaient d'éviter ce corps fugitif de Parlhes, comme une maison prêle à écraser par su chiite ceux qui y seraient entrés.

Après l'évidence de ces f;ii(s, je ne crois pas qu'il puisse rester le moindre doute que le trait, dont cet empereur fut mortellement atteint, ne partit de la main d'un des cavaliers qui composaient ce corps fugitif de Parlhes.

Rien n'est donc plus mal fondé que celte insinuation de Libanius : Pas un des ennemis nosa se glorifier d'avoir tué Julien. En effet celui qui avait fait le coup pouvait l'ignorer lui-même. Chaque Parthe pouvait-il suivre de l'œil son javelot par derrière pour en savoir le succès? et la poussière qu'élevait ce corps de cavalerie en fuyant n'y mettait-elle pas encore un nouvel obstacle? D'ailleurs la relation d'Ammien porte que les Romains voyant tomber leur vaillant chef, se précipitèrent avec une ardeur incroyable sur leurs ennemis, en sorte que si quoique cavalier parthe avait pu se glorifier de la mort de Julien, il fut probablement immolé lui-même à leur vengeance.

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