‹ Dâemonstrations âevangâeliquesChapitre 128 sur 202 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Sur quelques traits des Pensées philosophiques 45 et 46.

Dans la pensée 45, l'auteur insinue que l'Eglise est privée du témoignage des historiens profanes, quoiqu'il leur fût nécessaire, dit-il entre autres, sur les actions et le martyre des premiers chrétiens.

Pourquoi cet auteur passe-t-il sous silence non-seulement saint Justin, Tertullien, Arnobe et Lactancequi, d'auteurs païens qu'ils étaient auparavant, devinrent les apologistes des premiers chrétiens, mais encore Josèphe, Tacite, Suétone, Lucien, Celse,Piine le jeune, et surtout l'édit adressé par Marc Antonin le Pieux , à l'assemblée générale des Etats d'Asie, l'année 152 de notre salut?

Le témoignage de cet empereur païen, qui mérite encore mieux le titre de philosophe que son gendre Marc-Aurèle, est trop avantageux aux chrétiens de la primitive Eglise pour n'être pas rapporté, non par fragments choisis à dessein, comme l'édit de Julien l'Apostat dans la quarante-troisième pensée philosophique, mais dans son entier.

Je ne doute point, dil cet empereur vraiment philosophe, dans son édit adressé aux Etats d'Asie; je ne doute point que les dieux n'aient soin de livrer ces personnes entre vos mains, quelque effort qu'elles fassent pour se cacher. £t très-assurément ils souhaitent encore plus que vous le châtiment exemplaire de ceux qui refusent de les adorer. Mais vous devez prendre garde qu'en tourmentant avec tant d'animosilé ceux que vous accusez d'être des athées, vous ne les rendiez plus obstinés au lieu de leur faire changer de sentiment : car ils ne souhaitent pas tant de vivre, comme ils se trouvent heureux de souffrir la mort pour leur Dieu. Ainsi ils demeurent victorieux de vo$

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tourments, lorsqu'ils aiment mieux exposer leur vie que de consentir à ce que vous demandez.

Pour ce qui est des tremblements de terre présents ou passés, il ne sera pas hors de propos qu'on vous avertisse de vous comparer avec ceux contre qui vous paraissez si animés. Car quand ces malheurs vous arrivent, vous vous abattez et vous découragez entièrement : et eux, au contraire, ne témoignent jamais plus de confiance en Dieu. Aussi semble-t-il que hors de ces calamités publiques, vous ne connaissez pas seulement les dieux. Vous négligez toutes tes choses de la religion, vous ne vous souciez point du culte de C Immortel, et vous chassez et persécutez jusqu'à la mort les chrétiens quiiadorent.

Plusieurs (Centre les gouverneurs ont écrit à mon père en leur faveur, et il leur a répondu qu'il les fallait laisser en repos, à moins qu'on ne vît qu'ils fissent quelque entreprise . contre le gouvernement. Plusieurs m'ont ausn consulté sur celte affaire, et je leur ai fait la même réponse. Que si quelqu'un continue à accuser les chrétiens à cause de leur religion, que l'accusé soit renvoyé absous, quand il paraîtrait effectivement être chrétien, et que l'accusateur soit puni de l'avoir formée.

Après un lémoignagc aussi authentique sur les actions et le martyre des premiers chrétiens, l'auteur des Pensées philosophiques devait-il insinuer qu'à cet égard nous sommes destitués de preuves ?

Non content d'honorer Julien l'Apostat du titre flatteur de prince philosophe, son but est encore d'avilir les chrétiens, qu'il appelle avec un ton ironique, les zélés de son temps. Mais quand on supposerait avec lui que les chrétiens du temps de cet empereur eussent donné lieu , par une dégénération de la doctrine et des mœurs des premiers fidèles, aux imputations contenues dans l'édit qu'il Ot publier contre eux, ce serait, je l'avoue, une marque de la corruption des mœurs et de la doctrine des chrétiens d'alors, comme elle parut en effet du temps des croisades, et comme il ne s'en est trouvé que trop d'exemples dans tous les temps; cependant qu'en peut-il inférer contre l'Ecriture sainte? En est-elle moins inspirée de Dieu? ou sa doctrine et sa morale en sont-elles moins parfaitesj? Les désordres et les crimes commis par les chrétiens depuis les temps apostoliques jusqu'à nos jours, quelque atroces qu'ils puissent être, ne prouveront jamais rien contre le pur christianisme, puisé par la saine raison dans la parole de Dieu.

C'est donc à cette divine source que les philosophes chrétiens doivent toujours remonter, pour le trouver sans mélange : car si l'on jugeait de la morale de l'Evangile par les mœurs des chrétiens en général, on tomberait dans une erreur aussi grande, que si l'on n'estimait chrétiens que ceux dont toutes les actions seraient parfaitement conformes à cette morale. Si tel est le sort de l'humanité, que la saine raison cl la révélation nous montrent le but, et que les passions déréglées nous en écartent, la reUgio" '^hré-

tienne aura toujours des ressources infaiL libles pour y ramener.

La violence d'une passion qu'il n'aura pas surmontée, peut bien entraîner un véritable chrétien à commettre des actions contraires à ses principes; mais il ne tardera pas à éprouver les délicieux effets de la miséricorde de Dieu, et de notre charitable rédempteur, dans les vifs sentiments d'une vraie repentance.

r Ce n'est donc point par la situation d'un chrétien succombant sous le joug de ses passions déréglées qu'il faut juger de son christianisme : c'est au contraire par l'état heureux où il se trouve, lorsque, secouru de la grâce divine, il s'en est relevé.

Les salutaires effets de cette grâce justifiante feraient concevoir aux savants incrédules, qui se mettraient dans les dispositions propres à l'obtenir, combien sont précieuses les relations intimes que le chrétien fidèle peut entretenir avec Dieu.

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