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CHAPITRE XXL

Sur le commencement de la pensée 45 et sur la pénultième phrase delà 46.

Si l'auteur des Pensées philosophiques avait été bien persuadé de ce qu'il dit dans la quarante-troisième : La religion chrétienne est lu plus sainte et la plus douce des religions ; comment aurait-il pu dire dans la quarantecinquième : La divinité des Ecritures n'est point un caractère si clairement empreint en elles que l'autorité des historiens sacrés soit absolument indépendante des auteurs profanes t

Outre le caractère de la divinité si clairement empreint dans l'Ecriture sainte, soit par la sublimité des idées qu'elle nous donne de Dieu et de ses adorables perfections, soit par la pureté de son culte et la sainteté de ses dogmes et de sa morale ; pouvait-il souhaiter raisonnablement des témoignages moins suspects et plus décisifs que celui des Juifs et des Samaritains.

Ces deux nations , également ennemies des chrétiens et divisées entre elles , ne restent-elles pas néanmoins les dépositaires des prophéties, dont la venue de Notre-Seigneur Jésus-Christ, la totale destruction de Jérusalem et de son temple, l'incrédulité même et la dispersion de ces deux peuples, sont l'accomplissement ?

Tout savant incrédule de bonne foi, qui voudrasérieusemcntsemettre en étatde méditer, par les règles de la saine raison, sur les prophéties en général, mais en particulier sur cet oracle du prophète Isaïe (VII, 14) : Une vierge sera enceinte, et elle enfantera un fils, on appellera son nom Emmanuel ; sur le rapport de cet oracle avec la promesse faite à nos premiers parents pour les consoler de leur chute; sur l'accomplissement de l'un et de l'autre par la naissance miraculeuse de Notre-Seigneur Jésus-Christ , par la mort volontaire de ce divin Rédempteur, et par sa résurrection glorieuse; sur les prophéties contenues à son égard dans le psaume vingtdeuxièrae, et dans le ch. cinquante-troisième

OBSERVATIONS SUR LES SAVANTS INCRÉDULES

d'Isaïe, ainsi que sur le temps positif de cet accomplissement prédit par le prophète Daniel dans le neuvième chapitre de ses révélations; tout savant, dis-je, qui né chrétien, est néanmoins tombé dans l'incrédulité, et qui voudra faire de généreux efforts pour vaincre les obstacles qui l'empêchent de méditer sur l'accomplissement exact de toutes ces prophéties, pourra-t-il résister à des preuves aussi évidentes de la divinité de notre sainte religion?

Vouloir encore , après de telles preuves , que l'autoritéde l'Ecriture sainte dépende du témoignage des auteurs païens, non de ceux qui ont reconnu, par les lumières de la saine raison, qu'e//e est divinement inspirée, comme saint Luc, saint Justin, Grégoire thaumaturge, Alhénodore, Arnobe, saint Cyprien, Lactance, saint Hilaire, Tertullien, Victorin d'Afrique, saint Jérôme, saint Augustin, etc. mais de ces savants païens dont le dieu du siècle avait aveuglé l'esprit; n'est-ce pas vouloir exiger le gain d'un procès, par le jugement de sa partie adverse ?

En supposant même avec l'auteur des Pensées philosophiques que le témoignage des auteurs païens en faveur des miracles de Jésus-Christ et de ses apôtres eût été de quelque poids pour les savants incrédules, était-ce aux Pères de l'Eglise, dépourvus du pouvoir nécessaire à cette fin, qu'il devait en attribuer la suppression? Pouvait-il ignorer le dessein abominable de l'empereur Dioclétien pour extirper jusqu'au nom du christianisme? Cet ennemi de l'Eglise ne se glorifia-t-il pas dans des trophées publics d'avoir éteint jusqu'au nom des chrétiens ?

D'ailleurs l'existence actuelle de tous les témoignages que peut avoir supprimés cet empereur , ou qui ont été détruits par d'autres voies, ferait d'autant moins d'impression sur les incrédules savants, que le témoignage des auteurs païens , qui ont embrassé le christianisme et souffert la mort pour le soutenir, n'en a fait aucune; on n'a que trop de raison de leur appliquer ce qu'Abraham répondit au mauvais riche dans la parabole : S'ils n'écoutent pas Moïse et les prophètes, ils ne croiraient pas mieux, quand même quelqu'un des morts ressusciterait {Luc, XVI, 31).

En eftft, les sacrificateurs et les magistrats du peuple juif, qui se moquaient de Jésus- Christ lorsqu'il était sur la croix, en sont une preuve des plus frappantes. Il a sauvé les autres, disaient-ils , et il ne peut se sauver luimême : s'il est le roi d'Israël, qu'il descende maintenant de la croix, et nous croirons en lui. Il se confie en Dieu; si donc Dieu l'aime, qu'il le délivre maintenant (Matth. XXVII, 42 et 43).

Mais quand Dieu leur aurait accordé le miracle qu'ils demandaient avec une sacrilège ironie , il n'aurait produit certainement aucun effet sur ces cœurs endurcis, puisque ne pouvant nier les miracles éclatants que le Sauveur du monde avait faits en leur présence, bien loin d'y reconnaître un pouvoir divin si manifeste , ils les attribuaient au démon.

Le crucifiement de Jésus-Christ et ses circonstances n'étaient-ils pas clairement prédits au psaume vingt-deuxième? Ceux qui me voient se moquent de moi, ils hochent la tête. Il se remet, disent-ils, à l'Eternel : qu'il le délivre et le retire, puisqu'il prend son bon plaisir en lui. Ils ont percé mes mains et mes pieds. Ils partagent mes vêtements, et jettent /« sort sur ma robe.

C'est une chose digne de la plus grande attention , que le supplice de la croix étant inusité parmi la nation juive jusqu'au règne d'Alexandre I", surnommé Jannéus, qui vivait environ mille ans après le roi David, auteur de ce psaume; ce roi-prophète y parle néanmoins du crucifiement de notre Rédempteur, comme s'il le voyait de ses propres yeux.

Or la mémorable prophétie contenue dans ce psaume, qui s'accomplissait avec tant d'évidence à la vue de ces moqueurs insensés, ne doit laisser aucun doute , comme l'ont, déjà remarqué des personnes judicieuses, que Jésus-Ciirist nelcs y renvoyât parla citation de son commencement : Mon Dieu! mon Dieul pourquoi m'as-tu abandonné (1) ?

En prononçant ces paroles sur la croix, notre Sauveur sans doute voulait leur dire : Lisez le psaume dont je vous cite le commencement, comparez la prophétie qu'il con lient avec ce qui se passe actuellement dans le genre de mon supplice; et vous serez frappés de la manière évidente dont elle s'accomplit à la lettre devant vos propres yeux. Si vous étiez assez humbles de cœur pour connaître les choses qui appartiennent à votre paix, vous sentiriez combien est insensée la demande que vous faites, de me sauver moimême en descendant de la croix : car comment s'accompliraient les oracles dont vous êtes les dépositaires? Et pouvez-vous exiger une preuve plus marquée de la divinité de ma mission que leur accomplissement actuel? Les miracles arrivés à la mort de Jésus-Christ , et surtout celui de sa propre résurrection , que les Juifs n'ignoraient pas avoir été prédite plusieurs fois par lui-même, devaient mettre bientôt le comble à tous ceux dont ils avaient étéjles témoins. Et pour ne laisser aucun prétexte à leur incrédulité sur ce point fondamental du christianisme, la Providence permit que Pilate leur donnât pouvoir de prendre toutes les précautions qu'ils jugeraient convenables, afin de prévenir l'imposture qu'ils affectaient de craindre à cet égard. En effet, les soldats qu'ils choisirent en conséquence pour leur confier la garde du sépulcre neuf (2), après en avoir scellé l'entrée, furent eux-mêmes témoins do

|[l) Chacun sait par exemple que quaud on parle du Miserere , cela veut dire le psaume cinquante et un selon l'hébreu, ou le cinquante suivant la Vuigale, parce que ce psaume commence en latin par le mol miserere. On saii aussi que pour désigner la fameuse bulle qui a causé tant de conteslalions en France , on dit ordinairement la bulle Unigenilus , parce qu'elle commence par ce mot. Il en est de niéme ne toutes les bulles un peu célèbres.

(2) Sépulcre neuf ; cette circonstance était absolument nécessaire , pour que l'on ne pût pas attribuer k un autre la résurrection de Jésus-Christ.

DEMONSTRATION EVANGELIQLE. DELUC.

la glorieuse résurrection de Jésus-Christ , dont quelques-uns d'entre eux allèrent 'porter la nouvelle aux principaux sacrificateurs. Ils assemblèrent le sanhédrin à cette occasion ; et le résultat de cette assemblée fut de donner une somme d'argent aux soldats', pour leur faire dire que ses disciples avaient enlevé son corps la nuit, pendant qu'ils dormaient.

Que les savants incrédules qui demandent le témoignage des auteurs profanes sur les miracles de Jésus-Christ daignent fixer ici leur attention la plus sérieuse ; l'illusion de leur demande ne sera-t-elle pas dissipée par cet étonnant procédé des chefs de la nation juive sur le plus grand de tous ces miracles qu'ils ne révoquaient point en doute ?

Ne devaient-ils pas alors confronter leurs prophéties avec le temps et les événements de la naissance de Jésus-Christ, avec la sainteté de sa vie et de sa doctrine, avec les miracles qu'il avait faits avant sa mort en leur présence et au milieu des troupes qui le suivaient, avec le genre et les circonstances de son supplice, enfin avec sa glorieuse résurrection?

Convaincus du parfait accomplissement de ces prophéties, n'auraient-ils pas dû reconnaître leur crime envers Jésus-Christ, le recevoir comme le Messie promis, et le faire reconnaître pour tel à leurs compatriotes?

Ce n'est pas tout; car peu de temps après, deux de ses apôtres ayant guéri miraculeusement un boiteux qui l'était dès sa naissance, furent menés devant le sanhédrin pour en rendre raison : ils déclarèrent nettement à ce grand conseil avec une sainte hardiesse, qu'ils avaient rétabli cet homme au nom de ce même Jésus crucifié par eux, mais qiM Dieu avait ressuscité.

Sans douter ni de la guérison miraculeuse de cet impotent, qu'ils avaient devant les yeux, ni de la vérité du témoignage des apôtres sur la résurrection de Jésus-Christ, dont ils étaient convaincus par celui de leurs propres gardes, ces conducteurs du peuple, de propos délibéré, corrompirent les uns à force d'argent, cl défendirent aux autres avec de grandes menaces de parler désormais en ce nom-là.

C'est ainsi que la corruption du siècle et l'esprit d'orgueil les aveuglaient à tel point, q u'ilsaccom pi issaiei\t malheureusement euxmêmes, comme leurs successeurs accomplissent encore aujourd'hui , cette prophétie menaçante : En entendant vous entendrez, mais vous ne comprendrez point; et en voyant vous verrez , mais vous n'apercevrez point (/s.. VI, 9).

Ce passage révoltera peut-être les savants incrédules, qui, rejetant tout ce qu'ils ne peuvent entièrement approfondir, ont la fatale hardiesse de vouloir faire envisager la foi comme une vertu puérile; et qui, combattant toutes les vérités divines qu'ils ne peuvent concevoir entièrement, se rendent semblables à ces corps durs qui résistent vainement à La foudre qui les écrase.

Ce malheur ne leur surviendra que pour

s'être fait illusion sur ces vérités révélées : Dieu résiste aux orç/ueilleux ; mais il fait grâce aux humbles (Jaq., IV, 6; I Pier., V, 8). Si l'Evangile est encore caché, il ne l'est que par rapport à ceux qui périssent, dont le Dieu de ce siècle a aveuglé l'esprit ; mais c'est la puissance de Dieu pour sauver ceux qui croient (11 Cor., IV, 3, k).

Avec combien de raison saint Paul ne disait-il donc pas à son disciple Timothée : Gardez le dépôt qui vous a été confié, évitant les discours vains et profanes, et les contradictions d'une science faussement ainsi nommée, dont quelques-uns faisant profession, se sont éqarés de la foi (I Tim., VI. 20).

Les expressions qu'emploie l'auteur dans la k6' Pensée : Tout Paris m'assurerait qu'un mort vient de ressusciter à Passy, que Je n'en croirais rien, m'engage à faire encore sur les preuves de la résurrection de notre Sauveur les observations suivantes.

A quel cas peut-on appliquer avec plus de justesse cette règle dedroit?Z)eMa;<^momspositifs et irréprochables, qui assurent avoir vu, font une preuve complète contre dix mille témoins négatifs, qui assurent seulement n'avoir pas vu. Ôr les témoins qui attestent la résurrection de Jésus-Christ sont tellement irréprochables, qu'ils ne laissent rien à désirer sur leur bon sens et leur candeur.

Ils ont vécu avec lui plusieurs années avant son supplice; ils l'ont vu l'espace de quarante jours depuis sa résurrection : l'incrédulité de l'un d'entre eux fortifie la vérité de ce miracle : ils l'ont attesté peu de jours après sa mort, c'est-à-dire pendant que le souvenir de cet(c mort extraordinaire était récent ; soit dans le temple de Jérusalem en présence du peuple, soit devant le sanhédrin même, dont l'intérêt le plus décisif se trouvait joint aux moyens les plus propres à les confondre, s'ils n'eussent pas dit la vérité. Ils l'ont attesté pendant tout le reste de leur vie, soit ensemble, soit séparément; en différents temps, en différents pays : ils ont enfin scellé ce témoignage de leur sang, ce qui démontre leur véracité de la manière la plus évidente et la plus sensible.

Je pourrais entrer dans un plus grand détail sur les preuves que fournit le témoignage des apôtres, touchant la résurrection glorieuse de Notre-Seigneur ; mais elles ont été portées, par MM. Homfroi Ditton etSherloch, à un tel degré d'évidence, que je ne puis rien y ajouter. Il n'y a que l'incrédulité la plus invétérée qui puisse résister aux démonstrations invincibles de ces vertueux et savants Anglais.

L'auteur des Pensées que j'examine, pour soutenir la nécessité du témoignage des historiens profanes en faveur de U religion chrétienne, prétend, comme on l'a vu, que la la divinité des Ecritures n'est point un caractére bien clairement empreint en elles. Où, en serions-nous, (\'\l-\\encore, s'il fallait reconnaître le doigt de Dieu dans la forme de la Bible ?

S'il est vrai dans un sens qu'il ne faut pas chercher le doigt de Dieu dans la l'orme de la Bible, ce ne sera pas le témoignage des au-

OBSERVATIONS SUR LES SAVANTS INCRÉDULES

teurs profanes qui pourra nous aider à le reconnaitre, mais une sérieuse et sincère étude de ce livre divin.

Ce n'est point apporter les dispositions convenables à cette élude, que de s'attacher, comme le font certaines gens, et notre auteur surtout dans la soixantième Pensée, aux fautes que peuvent y avoir glissées les copistes et les traducteurs ; et d'associer, comme il le fait, certains tableaux d'église avec la version latine de l'Ecriture sainte, qu'il appelle misérable. Je le renvoie, et tous ceux qui pensent comme lui, à l'excellent ouvrage de M. Bentley, par lequel il est démontré que ces fautes ne portent point sur des choses essentielles. Je me contenterai de reMiiarquer que c'est bien moins l'esprit que le cœur qui suggère ces moyens illusoires de résister à l'évidence des caractères de divinité que l'Ecriture sainte renferme.

D'ailleurs, si nous considérons la forme même de la Bible avec un esprit dégagé de l'insinuation des sciences humaines, nous y trouverons des caractères sensibles de sa divinité.

Nous y verrons la préférence que l'Etre suprême donna aux bergers sur les grands du monde, pour recevoir la première nouvelle de la naissance de Jésus-(!;hrist, et le choix que ût ce divin Rédempteur parmi le commun peuple des instruments par le moyen desquels il a fait annoncer ses divins oracles : et nous ne pourrons nous empêcher de convenir que l'Evangile, destitué par là de tout ce qui pouvait flatter le cœur et l'esprit humain, ne se serait jamais propagé avec tant de succès, si son origine n'eût été céleste.

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