‹ Dâemonstrations âevangâeliquesChapitre 130 sur 202 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

Sur une brochure qui a pour titre : Sermon du rabbin Akib.

La matière que j'ai traitée dans le chapitre précédent, et ce que j'ai dit en particulier des preuves de ladivinitéde l'Ecriture sainte, tirées de l'accomplissement des prophéties de l'Ancien Testament sur la destruction de Jérusalem et de son temple, et de la dispersion des Juifs, me conduit naturellement à faire quelques remarques sur le prétendu sermon du rabbin Akib, qui vient de paraître. Le véritable auteur de ce petit ouvrage ne se décèle que trop parles expressions avilissantes qu'il met dans la bouche d'un Juif contre sa propre nation, et par les traits qu'il lance indirectement contre la religion chrétienne.

A la faveur des choses judicieuses que cet auteur fait dire au prétendu rabbin, sur les actes de foi qu'on pratique malheureusement encore à Lisbonne, il glisse subtilement plusieurs fausses accusations contre les chrétiens, et contre les Juifs mêmes, dont il emprunte le langage. Je ne me propose point de réfuter tous les mauvais raisonnements que celte brochure renferme, je me bornerai seulement à quelques remarques sur les objets principaux.

L'auteur fait mention des Parsis et des Banians, qui ne se confondent pas avec les autres nations de l'Asie, ainsi que des chrétiens grecs, qui n'épousent jamais des musulma-

nes ou des filles du rite latin ; et croyant avoir détruit par ce moyen l'argument solide que fournit l'incrédulité et la dispersion des Juifs, en faveur de la religion chrétienne, il fait dire à son rabbin Akib, en s'adressant aux chrétiens : Quel avantage prélendez-vous tirer de ce que nous vivons parmi les nations, sans nous incorporer avec elles?

Si les conséquences que l'auteur prétend tirer de cette comparaison dépendaient de l'état actuel des choses, il suffirait, pour détruire son argument, de mettre sous les yeux du lecteur la grande différence qu'il y a entre un prodigieux nombre de Juifs répandus dans toutes les parties du monde, la plupart riches et puissants, qui désirent ardemment la liberté, et font des efforts inutiles pour y parvenir, et le petit nombre de P.irsis, de Banians, et en général d'adorateurs du feu, dispersés particulièrement dans les Etats du Mogol. divisés entre eux par une très-grande diversité dans leurs opinions et dans leur cul te, et par conséquent incapables de se réunir pour suivre un même plan, et entre pi'endre de se soustraire à la domination des païens ou des mahométans parmi lesquels ils vivent.

Mais ce n'est point là l'état de la question : on ne dit pas que la dispersion des Juifs soit une preuve immédiate en faveur du christianisme; elle ne l'est que parce qu'elle a été prédite longtemps avant l'événement, et que les Juifs eux-uiémes sont les dépositaires non suspects des prophéties qui, dans un temps où leur gouvernement était stable, leur annoncèrent ces jugements de Dieu, en punition de leur incrédulité. Il faut donc trouver des prophéties semblables chez les Parsis et les Banians, de même que chez les chrétiens grecs (l), pour que ces exemples puissent alTaiblir une preuve aussi frappante de la divinité de l'Ecriture sainte.

Les autres arguments du prétendu rabbin Akib contre le christianisme n'ont pas plus de force que celui-là; l'auteur anonyme de ce sermon lui fait dire que notre divin Rédempteur vécut Juif, qu'il mourut Juif, et qu'il n'a rien abrogé des lois de Moïse ; que ce ne furent point les Juifs qui le condamnèrent, mais Pilatus ; que le titre de Fils de Dieu ne doit s'attribuer à Jésus-Christ que comme aux hommes justes qui sont sur la terre, parce que Fils de Dieu est une expression qui signifie homme juste, comme fils de Bé liai signifie méchant; que pendant trois cents ans Jésus fut reconnu par les chrétiens comme médiateur envoyé de Dieu; insinuant qu'il n'a plus été regardé comme tel par la plupart des chrétiens, depuis le concile de Nicée : enfin que saint Paul ne donne jamais à Jésus le titre de Dieu.

Je réponds à ces différents chefs : 1° que notre divin Sauveum'esi par venu pour abolir la loi de Moïse, mais pour l'accomplir ; c'està-dire qu'il a confirmé et perfectionné la morale deranci©nneloi,etqueparsamortil a abrogé les sacrifices qui n'en étaient que les figures,

(1) Si je parle des cïirétiens grecs, c'est parcp que l'auteur en fait mejilion , car d'ailleurs leur cas n'a poliil de rapport avec celui des Juifs, des Parsis, etc.

DEMONSTRATION ÉVANGELIQUE. DELIJC.

et les lois céréraonielles qui étaient pour la plupart des types défaillance de grâce;

1" QuePilale, bien loin de condamner Jésus, déclara ouvertement qu'il souhaitait de le délivrer, parce qu'il le trouvait innocent ; mais que la plus grande partie des membres du sanhédrin , par qui notre Rédempteur avait été jugé digne de mort, incilèrenl le peuple à crier avec eux : Quil soit crucifié!

3° 11 est vrai que le Fils de Dieu signifie, dans la langue sainte , homme just-i, comme fils de Bélial signifie méchant ; mais l'Evangile n'attribue point ce titre à Jésus-Ghrisl dans ce sens-là : l'ange Gabriel dit positivement à la bienheureuse Vierge : Vous allez devenir enceinte,et vousmetlrezaumonde un fils àqui vous donnerez le nom de Jésus... Il sera appelé le Fils du Très-Haut... Sa vertu vous cou vrira de son ombre : c'est ponrquoi le saint enfant qui naîtra de vous sera appelé Fils de Dieu.

Ce que dit saint Jean dans sa première Epître (V, 5) est très-digne do remarque : Qui est celui qui remporte la victoire sur le monde, si ce n'est celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu?... Si nous recevons le témoignage des hommes, le témoignage de Dieu est plus grand; et c'est là le témoignage que Dieu luimême a rendu à son Fds. Qui croit au Fils de Dieu, reçoit le témoignage de Dieu ; mais qui ne croit point nu Fils, fait Dieu menteur, parce quil n'a pas cru au témoignage qu'il a rendu de son Fils (9 et 10).

k" Ce n'est pas seulement dans les trois premiers siècles que Jésus-Christ a été reconnu par les chrétiens comme médiateur envoyé de Dieu; mais ils ont toujours cru, et croient encore aujourd'hui, sur la déclaration de l'Ecriture, que Jésus-Christ est le seul médiateur entre Dieu et les hommes.

5° Saint Paul, dans son Epître aux Romains, di(, en parlant des patriarches, desquels est sorti, par rapport à sa chair, le Christ : qu'il est Dieu au-dessus de toutes choses, béni éternellement (IX, 5). Ce passage, ainsi que tous ceux qui lui sont analogues, doivent s'expliquer par le seizième verset du chapitre trois de sa première Epître à Timo- Ihée, où il dit : Sans contredit le mystère de piété est grand ; Dieu a été manifesté dans la chair; et par son avertissement aux Colossiens, dont la conclusion lève toutes les difficultés survenues à l'occasion de cette importante matière, en même temps qu'elle doit servir oe préservatif aux chrétiens contre les insinuations des incrédules : Prenez garde que personne ne vous séduise par la philosophie et par de vaines subtilités, qui ne sont appuyées que sur les traditions des hommes, sur les principes d'une science mondaine et non sur Jésus-Christ : car en lui réside réellement toute la plénitude de la Divinité {Col., II, 8).

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