LETTRE XXI
Existence de Dieu.
Le sieur de Prades rapporte, dans la p. 48, un morceau de sa thèse, dont il admire luimême la sublimité des pensées, où la vtM
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courte d'un homme du peuple (1) est bien loin d'atteindre. 11 s'agit de prouver l'exislence de Dieu et celle des corps. Lisons ensemble, et admirons à noire tour, monsieur : La muiliplicilé des sensations qui nous assiègent de loules parts... (p. 47), cet efi'et puissant et continu qu'elles produisent sur nous... ces affections involontaires qu'elles nous font éprouver, tout cela forme en nous un penchant insurmontable à assurer rexistence des objets auxquels nous rapportons nos sensations, et qui paraissent en être la cause. Ce penchant est l'ouvrage d'un Etre suprême et on même temps l'argument le pius convaincant de l'existence des objets et de celle de Dieu {p. 51). il n'y a aucun rapport entre cliaque sensation et l'objet qui l'occasionne, et par conséquent il ne paraît pas qu'on puisse trouver par le raisonnement de passage possible de l'un à l'autre. 11 n'y a donc qu'une espèce d'instinct supérieur à notre raison qui puisse nous forcer à franchir un si grand intervalle. L'univers n'est donc point une vaste scène d'illusion.
Il ne faut point du tout iVinstinct, mon cher Prades, répond le matérialiste, parce qu'il n'y a point lïinlervalle à franchir; il n'y a qu'un très-petit pas à faire de l'un à l'autre. 1° Notre âme est une matière propre à penser, une âme toute de feu : mens iynra. 2° Nos sensations sovit de même nature que noire âme : elles sont comme elle une matière fot aIGnée , toutes nos connaissances viennent de là : ex scnscitionibus. Voilà les deux premiers pas. Voici le troisième : il y a un trèsgrand rapport entre chaque sensation et l'objet qui l'occasionne ; car d'une matière épurée à une matière grossière et terrestre, terrenœ fœcis, il n'y a qu'un pas. Le siojple choc fait ce passage de la manière la plus simple selon les lois du mouvement. Cela prouve, si vous voulez, l'existence des objets extérieurs, et même d'un Etre suprême, mais d'un être qui n'est antre chose que ce monde malérirl qui nous environne et nous assiège de toutes parts. Je sais que vous di!es que l'âine est essentiellement dilTcrenle du corps; mais qui empêcherait de dire qu'une matière subtile et pensante est es;.ent!cllement différente d'une matière grossière et incapable de penser? Vous avez dit (jue l'âme ne tient rien de la grossièreté de la terre, terrenœ fœcis nihil habct. Les anciens philosophes, qui croyaient l'âme corporelle, on disaient autant. Vous avez dit qu'elle était immortelle : les stoïciens, anciens nsalérialistes s'i^xprinsaienl de môme. Enfin pensez de lânse tout ce qu'il vous plaira, votre argument ne me prouve pas l'existence d'une Intelligence souveraine, parce que moi je n'ai point d'intervalle à franchir depuis mes sensations jusqu'aux objets extérieurs.
Voilà comme M. de Prades, avec sa sublime méthode, qui tire tout des sens matériels, fournit un des argumcnis les plus convaincants de l'existence de Dieu {p. 51). C'est ainsi qu'il
(1) Par celte expression il se plaîl à outrager le prélat à qui il répond.
défend la religion contre toutes sortes d'incrédules.
Ce n'est pas encore tout. Le prosélyte que M. de Prades instruit, après tant de connaissances acquises sur ses propres intérêts temporels, sur les lois civiles et politiques, sur le droit des gens, sur le bien et le mal moral, sur la loi naturelle, parvenu à l'âge d'homme formé, déjà philosophe, ce prosélyte ne connaît pas encore son Dieu : faute capitale dans le maître et dans sa méthode. Il répond qu'il ne s'agit pas de savoir si , poxir atteindre à cette notion importante, il lui faudra beaucoup on peu de temps {p. 83). Il s'en agit trèsfort et d'autant plus tiu'elle est plus importante et plus essentielle. Pendant tout ce temps de son ignorance, cet homme est-il innocent? Et s'il meurt avant que d'arriver à celte connaissance, quel sera son sort? « Je me suis chargé, dit-il, de conduire le sceptique (1) pas à pas jusqu'aux pieds de nos autels, et j'ai cru que le moment où il avait été contraint de reconnaître en lui-même deux substances était celui où je devais lui montrer la même distinction dans la nature, et qu'après avoir admis une substance spirituelle finie, je le trouverais disposé à admettre une substance spirituelle infinie. »
Ma:s i% loin de prouver une substance spirituelle finie, il l'a plutôt représentée comme m<"lérielie,s««5 idées, sans connaissances, sans réflexions, et comme un esprit de feu, mens iguea. Prétend-il bâtir sur des fondements q'-.'il n'a point établis? Car alors il n'y a plus rien d'étonnant dans l'union du corps et de l'âme pour élever le sceptique jusqu'à la contemplation d'une Intelligence toute-puissante. 11 n'a pourtant point bâti sans fondement. Il emploie une expression extrêmement remarquable. « Je devais, dit-il, lui montrer la même distinction dans la nature.)) Expression empruntée des matérialistes, qui montrent dans la nature ou le monde deux parties distinguées comme dans l'homme : 1" un corps, qui est la matière grossière de l'univers, et 2° l'âme du monde, qui est la matière plus déliée, subtile, insensible, et spirituelle on comparaison de l'autre : distinction dans la nature la même que dans l'homme, qui a un corps terrestre, terrenœ fœcis, et une âme qui est une matière spirituelle, en comparaison du corps, mens ignea terrenœ fœcis nihil habet.
2" Si son sceptique , en le suivant pas à pas, s'avise de donner ici dans le matérialisme, comment M. de Prades l'élèvera-t-il à la connaissance d'une Intelligence souveraine?
3" Enfin, si vous y faites attention, vous trouverez qu'il fait en cet endroit le procès à l'homme de sa thèse, qu'il le condamne, et que du même coup il détruit son système de ses propres mains. D'un côté, selon le plan de cette thèse, l'homme parvient si tard à la connaissance de Dieu; et d'un autre côté, selon la même thèse, cette connaissance, ou plutôt la réflexion sur l'existence de Dieu, doit être la première de ses réflexions , à
(l) Les sceptiques doutent do to«l«
m DhMONSTRATION bVANGELIQUK. DUHAMEL
moins qu'il ne soit incapable de toute con- •naissaru c. Page 6 de la tlièse : « La nature entière est pour nous un livre écrit en caractères si intelligibles, que celui qui n'y lit pas l'existence de Dieu a nécessairement Vcsprit fermé à toute vérité. » Où était donc l'esprit de son homme pendant un si long temps? Comment n'a-t-il pas lu dans ce livre Vexistence de Dieu? Son esprit était-il fermé à toute vérité? Cela est très-croyable d'un esprit matériel. M. de Prados n'a pas bien dirigé sa marche, il ne connaît pas le chemin qu'il s'est engage de montrer. Le nôlrc nous conduit naturellement de l'existence de Dieu à sa providence. Il faut examiner ce que le bachelier dit aussi sur cet article ; ce sera, s'il vous plait. pour l'ordinaire prochain. J'ai l'honneur d'être, monsieur, etc.
[Au Quesnoi, ce 6 février 1733.
LETTRE XXII
Providence.
Ce r.'est pas, monsieur, un (railc de la Providence que je vous ai annoncé, il ne s'agit que de certaines propositions du jeune bachelier qu'il veut justifier à quelque prix que ce soit. Il fait les plus grands efforts pour tâcher d'éblouir : il voudrait même étonner et mettre de l'injustice dans M. d'Auxerro pour se procurer le droit de l'insulter. Mais sa force est dans la supercherie à séparer ce que le prélat a réuni, et à mettre dans un faux jour ce qui se soutient de soi-même par la manière dont il est présenté. Après avoir lu cet endroit de son Apologie, il suffit, pour y répondre, de relire l'Instruction pastorale depuis la page 156' jusqu'à la 102". Que M. de Prades fasse profession d'avoir des sentiments orthodoxes sur la Providence, on ne peut qu'applaudir, pourvu qu'il soit sincère; mais qu'il n'entreprenne point de justifier des propositions très-mauvaises qu'il n'a peut-être avancées que parce qu'il a été épris par un air de savant et par les antithèses orgueilleuses qu'elles renferment. Qu'il entreprenne encore moins d'employer la fourberie pour jeter le faux sur d'autres. Rapportons l'end: oit de sa thèse.
Pendant tout le temps que les philosophes ont cru... « que tout naissait de la corruption , la Providence était foulée aux pieds (par^lll, p. 85). Mais depuis qu'on a commencé d'entrevoir la nature, qui était absolument inconnue aux anciens, depuis qu'on s'est aperçu que chaque corps organisé a\R\i son germe, dès lors on a commencé à adorer là oi\ les anciens avaient blasphémé. » Aurait-on pu croire, dit M. d'Auxerrc. que l'égarement et la dépravation de l'esprit pourraient être portés jusqu'au point d'attribuer à quelques nouveaux philosophes ihommage qui est à présent rendu à la divine Providence! « Aurait-on pu croire, répond le sieur de Prades {p. 86), que quelqu'un eût l'esprit assez faux pour apercevoir dans ce passage une prétention si extravagante? » Mais est-il possible de ne l'y pas apercevoir? Je crois qu'excepté lui tout l'univers aura l'esprit assez faux
pour y voir ce que M. d'Auxerro y a vu.
Qu'ai-je dit dansée passage, poursuit-il? que la Providence a été foulée aux pieds, et cela est vrai. Et dans sa généralité cela est faux. Que cet attentat n clé commis par la plupart des anciens philosophes ; et cela est vrai. Oui, et c'est ici que se trouve la fourberie. 11 n'a pas dit dans sa thèse par ta plupart, mais généralement parles philosophes anciens ; il n'y a presque pas de mot dans sa proposition qui ne prouve celte généralité. La Providence était foulée aux pieds, la prouve ; depuis qu'on a commencé d'entrevoir la nature, la [irou\c; la nature, qui était absolument inconnue aux anciens, la prouve; on n commencé à adorer, la prouve encore ; là où les anciens avaient blasphémé, prouve encore la môme chose. Au lieu de ces expressions générales, mettre aujourd'hui /«/)/M/)«r/, c'est corriger méchamment sa thèse, pour avoir lieu d'outrager un prélat à qui il répond. Il y aurait plus de droiture, plus d'équité, il était même nécessaire de la corriger humblement en avouant son tort.
&.M. d'Auxerre faisait entrevoir du mystère dans cet endroit de la thèse : « Tclliamède, cité au troisième article de la thèse, est un philosophe très-nouveau. Il a les yeux bien perçants, puisqu'il prétend avoir vu dans l'univers et dans chacun des globes qui le composent un principe de vie, un esprit vital, un germe en vertu duquel ces globes, après une certaine succession de temps, se reproduiront et renaîtront d'eux-mêmes, comme ils se conservent, sans que la puissance de Dieu y intervienne pour rien. L'auteur de la préface, qui est à la tête do ce roman philosophiciue, soutient que dans ce système la Providence se montre avec plus d'éclat et d'une manière bien plus digne de Dieu... Est-ce là la nouvelle découverte dont le sieur de Prades fait de si grands éloges? >» Voilà une question pressante à quoi il fallait répondre, et sur quoi le bachelier demeure muet. Il couvre sa défaite par un nouvel accès de fureur qui règne dans tout l'article 14 de la troisième partie de son Apologie.
Vous trouverez plus de satisfaction dans ce que je vous écrirai la première fois sur la société. J'ai l'honneur, etc.
A Valenciennes, ce tl lévrier 1753. LETTRE XXIII.
La société.
Vous conviendrez avec moi, monsieur, que de la Providence le chemin nous conduit tout naturellement au culte de Dieu et à la nature de la vraie religion, sujet qui fournira beaucoup sans que nous cherchions à l'épuiser. Je crains que cette espèce d'uniformité ne devienne ennuyeuse. Reposons-nous un moment, parlons d'autre chose. La thèse de M. de Prades, qui renferme beaucoup de matière, nous fournira de la variété, propre à. nous délasser. Sans sortir de la seconde de ses propositions censurées , nous trouvons de quoi faire diversion en nous entretenant sur la société des hommes. Je no m'ar-
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rête pas pour le présent à l'idée de Vhotnme en troupeau, comme s'ils n'ctaicnl pas venus tous d'un seul, mais que les dents du dragon de Dircé semées en terre par Cadmus en eussent produit une moisson, <!e mémequ'un champ de froment qui enrichit son laboureur, ou que les pierres que Deucalion et sa femme Pyrrha jelèrent d>rrière cu\ par dessus leur tête après le délii^<^, se fussent métamorphosées en hommes c/ en femmes.
Nous étions assez simples autrefois pour regarder ces fables comme des amusements d'enfants , et pour leur préférer le récit de l'Ecriture sainte, qui nous montre l'homme créé de Dieu, et tous les autres sortis de celui-là formant nécessairement une société autour de leur père I Petits génies qui ne savions pas estimer la valeur des choses. Nous sommes bien désabusés aujourd'hui par un nombre de génies extraordinaires qui ressemblent si peu au reste des hommes, qu'on serait tenté de croire qu'ils sont venus, en effet, des dents du dragon, des hommes en troupeau, et que cette histoire n'est plus une fable. Il y aurait trop à dire sur leur système de la société; je ne m'y arrête pas. Je vous montrerai quelque jour une lettre à un de mes amis , qui est malheureusement porté pour les incrédules, où vous en verrez davantage. Aujourd'hui je me borne à une seule proposition de la thèse, qui fait la lin de la deuxième censurée , qui cause beaucoup de bruit, et sur laquelle il fait les derniers efforts pour fasciner les yeux. Mon plaisir c'est qu'il sera pris dans ses propres filets. Je rapporterai d'abord sa proposition en laliii et en français; ensuite, j'y ferai quelques réflexions extrêmement simples.
Vis licita tantum ubi nulliis judex, legesque proculcantur .Je crois que, selon vous connue selon moi, cela signifie : Il n'est permis d'avoir recours à la violence que quand les lois sont foulées aux pieds, et qu'il n'y a point de juge pour rendre justice. Mais selon sa coutume aussi commode qu'utile il la falsifie en la traduisant : La violence n'est permise qu'entre ceux qui ne reconnaissent point de juge, lorsque les lois sont foulées aux pieds: pour nous faire croire qu'il n'a voulu dire autre chose sinon qu'il est permis aux puissances souveraines de prendre les armes les unes contre les autres, quand les lois sont foulées aux pieds, parce qu'elles n'ont point sur la terre de juge qui leur soit supérieur pour juger et décider de leurs différends ; c'est-à-dire que M. de Prades ne fait qu'établir le droit de la guerre. Vous ririez, ou bien vous en auriez compassion, des mouvements qu'il se donne dans la deuxième partie de son Apologie pour forcer sa proposition d'agréer ce sens ; mais fâcheuse et peu complaisante , elle .ne s'y prête pas aisément. Il ne me serait pas difficile de montrer qu'il est contraire aux principes dont il lire sa proposition comme une conséquence, contraire même aux propres termes de la proposition. Mais nous voulons cette fois-ci, monsieur, nous reposer un peu de nos travaux, et ne |p^9 @)Ur@rd4QS i^n détail si fatigant. Je vais
donc vous développer tout simplement le sens de la proposition, puis vous montrer en nous jouant que c'est son vrai sens et celui de l'auteur.
Son système sur la société est celui de tous les incrédules de nos jours, c'est celui de Spinosa, chez qui ils l'ont puisé; je montrerai une autrefois , qu'il vient des protestants et des prétendus réformés , ce qu'on appelle ordinairement les luthériens et les calvinistes. Le sieur de Prades peut bien faire le dédaigneux sur l'Instruction pastorale d'Auxerre; mais il ne peut entamer par aucun endroit l'excellent morceau de cette instruction qui traite cette matière et qui comprend presque la moitié de la première partie. Venons au fait. L'abbé de Prades enseigne que tout souverain tient son autorité de ses sujets, en vertu d'une convention expresse ou tacite faite entre le prince et la société ; qu'en conséquence les sujets ont droit d'user de violence et de prendre les armes, vis licita, quand ces lois fondamentales sont foulées aux pieds, ubi leges proculcantur, et qu'il n'y a point de juge qui puisse ou qui veuille rendre justice, et nullus judex. Il emploie beaucoup de discours pour rejeter ce sens, mais en pure perte; parce que ce qu'il fait semblant de désavouer dans la deuxième partie de son Apologie, il le soutient formellement dans la troisième partie, en prenant hautement la défense de deux propositions tirées de lEncyclopédie que M. d'Auxerre avait rapprochées de la sienne comme en étant le commentaire naturel. Ecoutez, et vous serez étonné, je suis sûr, du Ion qu'il prend.
// est très-douteux , dit-il (III* part., p. 71 et 72) que le parlement soit content qu'on ait traite les maximes suivantes de séditieuses : Qu(> les lois de la nature et de l'état sont les CONDITIONS sous Icsquellcs les sujets se sont soumis ou sont censés s'être soumis au gouvernement de leur prince. Qu'un prince ne peut jamais employer I'autorité qu'il tient d'eux, pour casser le contrat par lequel elle lui a été déférée. Car qu'est-ce qu'un parlement, sinon un corps chargé du dépôt sacré du contrat réel ou supposé, par lequel les peuples se sont soumis au gouvernement de leur prince? Si M. d'Auxerre regarde ce contrat comme une chimère, je le défie de l'écrire publiquement. Je ne crois pas que le parlement de Paris se vît dépouiller tranquillement de sa prérogative la plus auguste, de là cette prérogative sans laquelle il perdrait le nom de parlement pour être réduit au nom ordinaire de corps de judicature. Si M. d'Auxerre ne répond point au défi que j'ose lui faire , j'atteste toute la France qu'il a proscrit avec la dernière bassesse des maximes qu'il croit vraies, et tendu des embûches à d'honnêtes citoyens.
Ce jeune homme veut prendre M. d'Auxerre dans ses paroles, comme autrefois les Juifs y voulurent prendre notre divin Maître. Il est persuadé que le prélat ne peut lui échapper , qu'il le tient dans un détroit d'où il ne lui sera pas possible de sortir sans se commettre ou avec le parlement, oii âY66|lf
DÉMONSTRATION ÈVANGÉLIQUE. DUHAMEL.
roi : avec le parlement s'il répond que ce contrat est une chimère ou que le prince le peut casser ; avec le roi, s'il répond que le prince ne peut pas employer son aulorilé pour casser ce contrat, parce (juc colle aiUor//r'lui a clé déférée par ce contrat même, et que le conlr.it étant cassé, le prince n'a plus d'autorité : // af/irait des lors contre luimême; qui annule l'un, rlctrnit rrmlre, dhenl v...>,v,.., ij.u, Li<»in.uiciu seuiiieuses les encyclopédistes, auteurs de ces doux pro- son Apologie. Je suis, monsieur etc positions, h'aatorilé retourne au peuple, de '
qui le prince la tenait en vertu du contrat. Le prince n'est plus rien; la société' a droit
rempli avec honneur, et M.dePrades confondu.
Ainsi sa proposition a été bien et dûment condamnée comme séditieuse : // est permis d'employer la violence quand les lois sont foulées aux pieds, et qu'il n'y a point de^juqe pour y remédier. Pour se liiver du crime de sédition , il en avance deux autres qui sont encore plus clairement séditieuses. Telle est
es, et de donner au
A V.iloiicioniies, ce 16 Kvripr 1753.
P. S. Pardon, monsicui-, j'oubliais le plus beau, la chose du monde l;i phis rare, cl qui n'est peut-être jamais tombée dans l'esprit de personne, hors M. de Prades. Comment les rois ne seraient-ils pas redevables de leur puissance aux peuples leurs sujets, puisque Dieu même n'en est pas excepté, et leur doit in sienne comme roi le.-nporel ! Ecoutez com-
de lui faire son priîcès, ,. ..„ „ „
monde de ces scènes tragiques, qui ont déshonoré plus d'une fois des peuples voisins , qui viennent répandre en Fraîîce leurs nouveaux systèmes de philosophie, et (\v.\ s'y forment un si grand nombre de disciples. Si
M. d'Auxerre garde le silence, le sieur de •••--.... v. <.,..,,.„; .l-i ,c;„|jurci i Jicouiez com~ Prades veut que toute la Francfr en conclue ment notre grand politique le fait parler aux que le prélat adopte ces maximes séditieuses Juifs ses sujets (IP part., p. 1791 : Quoique je
et meurtrières des rois, mais que par bas- '•/•'>'"'■'"» c,,,. / — ;„.. • '..'''
sesse d'âme et par un esprit d'adulation pour la cour il n'ose pas l'écrire , et condamne û'honnêtes citoyens qui les enseiguonl.
Serait-il difficile à M. d'Auxerre de répondre au défi? Mah il peut garder le silence; le parlement y répond pour lui. Quelque idée qu'on veuille se former des lois fondamonlales de l'Etat, il est certain que le prince ne peut jamais légitimement, en conscience, et avec justice employer sou aulorilé pour les casser. Mais il n'est pas moins certain qu'il jle peut par violence, soit à mauvais dessein, soit par imprudence et p;ir surprise, n'aper- 'cevant pas les conséquences de sa démarche. Dans ce cas, que faut-il penser, que faut-il faire? Le prince est-il dépouillé de son autorité ? Cette autorité revient-e'lc au peuple? Le peuple a-t-il droit de lui faire son procès? Un parlement composé de sieurs de Prades le proscrirait (1). Mais le parlement Je Paris chargé du dépôt sacré de ces lois fondamentales, dépôt qui fait sa prérogative la plus auguste, fait qu'il n'a d'autre ressource, pour le conserver sans alleiule, que la voie des remontrances. C'est l'unique moyen qu'il emploie toutes les fois qu'on obtient du prince quelques dispositions qui peuvent, contre son intention, blesser ceslois importantes. On pourrait le détruire, on pourrait l'anéantir; mais ou ne pourrait jamais l'éloigner de son attachement inviolable à ses deux devoirs essentiels: celui de conserver sans altération le dépôt des lois fondamentales du royaume, et celui du respect, de la soumission et de la fidélité qu'il doit à son prince. Tel est r<>xemple que cette auguste compagnie, toujours également conduite par la sagesse et parla grandeur d'âme, donne à toute la Fraïue. Tel est le spectacle ravissant qu'elle donne aup>urd'hui à toute l'Europe et à toute la postérité.. Voilà le défi,
(1) L'abbé do Prades dii dans la profession du loi el d:ins a? t.'i'.it; qu'il n'osl jamais |>ci'iiiis de nous révoller coiilrc aos souveraiiu. M.iislespriiiccs cessant d'ùlrc snnveraiiis en cassant le contrat en question, se révolter contre eux •Il ce cas, ce u'est pas se révolter contre sou souverain.
domine sur tous les souverains de la ferre, que je dispose à nion gré des roqaumes et des empires, je veux pourtant devoir à vos suffrages celte puissance particulière don</oMt.ysenl ces hommes que je fuis régner sur les nations. Et p. 180; Dieu n'avait acquis ce droit sur les Juifs que par la libre élection de ce peuple, et non par la divinité de son être, qui lui donne pouvoir sur tous les hommes. Qu'en dites-vous , monsieur? Il n'y a pas moyeu d'en revenir jamais. Folie aux rois de rcnliepreudrci Auraient-ils plus de droit que Dieu même?