CHAPITRE XXVIII
Essai sur la foi chrétienne.
Sous le prétexte spécieux que certains docteurs ont confondu la foi chrétienne avec une superstitieuse crédulité, et qu'ils ont introduit l'erreur chez tant de peuples , l'orgueil produit par les sciences humaines cherthé à les détruire l'une et l'autre sans distinction.
Cependant la foi chrétienne, qui dislingue le philosophe chrétien d'avec le prétendu philosophe, cette vraie foi, que saint Paul fait conij)agnc de Verpérance et de lu charité, n'est point C( lie disposition crédule qui fait être païen au Japon. mahoMélan en Turquie, et chrétien en Europe. La raison bien culli^ce peut y conduire les savants chrétiens. C'est cette raison qui leur fait connaître l'évidence des preuves de la divinité de l'Ecrilure sainte; et c'est sur cette évidence qu'ils croient les vérités sublimes qu'elle nous annonce pour notre salut , nonobstant ce qu'elles ont d' in compréhensible .
C'est cette raison qui leur fait concevoir que si Dieu ne permet pas que nous puissions sonder dès celte vie la profondeur de ces vérités, c'est par un effet de sa souveraine sagesse, qui connaît infiniment mieux que nous ce qui convient à notre nature.
C'est cette raison qui leur fait concevoir que cette profondeur est présentement pour nous comme une mer immense, dans laquelle l'esprit le plus pénétrant et le plus vaste ne peut nager que bord à bord : et que dès qu'il s'en éloigne, sans consulter les forces dont il a besoin pour regagner le rivage, il s'y perd indubitablement.
C'est celle raison enfin qui leur apprend qu'un cœur honnête et bon [Luc VllI , 15) est le plus sûr moyen de parvenir à la foi chrétienne, à cette foi qui nous persuade de l'existence des sublimes vérités que la parole de Dieu nous annonce, quoiqu'il nous soit impossible d'en sonder la profondeur.
Ils ne confondent point ce qui surpasse cette raison avec ce qui la choque manifestement ; ils sentent la faiblesse de leurs lumières lorsqu'ils envisagent les objets sublimes de notre foi; mais eu même temps ils sont persuadés que si ces objets renfermaient de véritables contradiclions , la raison les leur ferait connaître. Leurs humbles recherches dirigées par cette règle sûre, n'y découvrant aucune contradiction , ils croient l'existence de ces obj'ts salutaires , parce (m'elle est fondée sur un téoioignage divin. Enfui ils sont convaincus que s'il y a des absurdités et des contradictions dans certains interprètes et commentateurs, comme il n'y en a que trop effectivement, les philosophes chrétiens ue
OBSERVATIONS SUR LES .^AVANTS INCREDULES
doivent point les imputer A lEcniurc sainte. Voilà en qnoi consiste la véritable foi, dont saint Paul fait tant d'honneur aux patriarches et aux prophètes de l'ancienne alliance : et bien loin que cette foi soit opposée à la saine raison , elle sert au contraire à la fortifier et à la conduire, pour ceux qui sont humbles de cœur. Elle est aux yeux de leur entendement , s'il m'est permis d'employer celte comparaison , ce qu'un bon télescope est à ceux d'un habile astronome, pour observer le cours et la figure des astres , qu'il verrait très-imparfaitement sans ce secours. Ou pour m'expliquer d'une manière directe, la foi chrétienne est une aide sûre à la saine raison, pour lui faire entrevoir dans le vrai sens de l'Ecriture sainte les merveilles de notre salut, au travers du voile sacré qui les enveloppe.
Si M. de Voltaire avait bien connu cette véritable foi, auriiil-il pu dire en pariant de Julien l'Apostat . dans son poëme sur la loi naturelle {vers 68 de la seconde partie) : i Infidèle à la foi, fiJèle à la raison.
! J'ai prouvé [chap. 1.3) que Julien abandonna le culte sublime du vrai Dieu, pour embrasser l'idolâtrie la plus honteuse. J'en conclus présentement que l'opposilion mise dans ce vers par M. de Voltaire entre la raison et la foi, qui émanent toutes deux de l'Etre suprême; ses chapitres des Juifs, du siècle de Constantin, de Julien et du Polythéisme, joints à beaucoup d'autres traits , tant de ses ouvrages que de ceux de tous les savants incrédules qui s'eflorcent à décréditer la religion révélée, ne justifient que trop, à cet égard , le discours de M. Rousseau, mon conciloyen, sur l'effet des sciences, eU'Académie qui la couronne.
Il est vrai que la foi chrétienne est un don de Dieu : Mais ce créateur et bienfaiteur des hommes ne le refuse jamais à ceux qui sont humbles de cœur ; qui, aimant mieux la lumière que les ténèbres , à cause de leurs tonnes œuvres, de.nandent ce don précieux avec persévérance , et l'obtiennent toujours infailliblement.
Les paroles de Notre -Seigneur Jésus- Christ , auxquelles je viens de faire allusion, découvrent d'une manière bien sensible la principale source de l'incrédulité : La lumière est venue dans le monde, dit ce divin sauveur, et les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, parce que les œuvres étaient mauvaises [Jean, III, 19).