‹ Dâemonstrations âevangâeliquesChapitre 138 sur 202 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

Réfutation des sophismes dangereux de l'aiifettr rfe la Religion essentielle, pour exténuer l'autorité dicine de la révélation.

L'auteur de cet ouvrage a prévu qu'il éluderait en vain le véritable sens des passades de 1 Ecriture sainte, contre lesquels son système ne peut se soutenir; parce que ceux dont il ne saurait détourner le sens naturel, conservent aux autres toute leur force. C'est pourquoi, franchissant les respectables barrières , qui retiendront toujours ceux qui

conservent la vénéra fi'on due à celte divine parole , il a fabriqué les plus pernicieux sophismes , pour en prendre occasion de l'énerver.

On ne fait jamais valoir, dit-il (Première lettre introductive , pag. Ik) , l'autorité de V Ecriture , contre les principes naturels, les notions communes.

S'il avait entendu par principes naturels ce qu'on nomme premiers principes, tels, par exemple, que ceux-ci : Rien ne peut rien faire ; le tout est plus grand qu'une de ses partics ; tout effet doit avoir sa cause, etc., les philosophes ( hréliensadopteraient .sa pensée. Mais la plupart des choses qu'il annonce comme principes naturels et notions communes, relativement à la rédemption, ne sont que des pétitions de principes , comme le prouvent ces trois raisonnements :

I. On a peine à comprendre [p. h) comment il peut entrer dans l'esprit qu'il y ait quelque chose en Dieu qui s'oppose au bonheur de l'homme ; cela implique contradiction , car on ne doute pas que le salut de l'homme ne soit une suite de ce que Dieu l'a voulu (c'est cette bonne volonté que les anges annoncèrent aux bergers). Or dire que Dieu veut le salut de l'homme , et soutenir en même temps qu'il y a en Dieu un principe de justice (ou soidisant tel) qui s'y oppose, c'est dire que Dieu veut et qu'il ne veut pas , c'est lui attribuer l'opposition de volontés qui se trouve souvent dans les hommes , et qui n'est que l'effet de l'empire des passions.

II. N'est-il pus vrai (p. 14) que si une justice qui est hors de l'homme pouvait lui être imputée pour suppléer à celle qui lui manque , la justice de Jésus-Christ , dont le mérite est infini , serait suffisante pour le plus comme pour le moins , que la distance qu'il y a d'un pécheur à un homme converti n'étant pas infinie, immérité infini doit tout absorber.

III. // faut nécessairement tabler sur quelque chose de fixe qui donne du poids à la lettre, sans quoi c'est se moquer de prétendre s'autoriser du suffrage de l'Ecriture sainte.

Dans les deux premiers raisonnements , l'auteur s'est torturé l'esprit pour faire trouver de la contradiction où il n'y en a absolument pomt. Ne connaissant pas le frein salutaire de l'humilité du cœur , il s'est aveuglément persuadé qu'il ne devait rien y avoir d'imcompréhensible pour lui , et il a cru pouvoir rejeter comme contradictoire tout ce qu'il ne pouvait entièrement comprendre.

Si l'on fait bien attention que cet auleur et tous ceux qui pensent comme lui , pouvant se convaincre des sublimes vérités qu'ils rejettent, par le témoignage de Dieu luimême qui nous les a révélées , veulent néanmoins le faire penser à leur manière , on trouvera qu'ils ont beaucoup de rapport avec les enfants d'Israël , qui firent à Aaron cette funeste demande : Fais-nous des dieux qui marchent devant nous {'Exode, XXXil, 1).

Sans prétendre sonder des profondeurs pour lesquelles tout ch'-élien doit avoir une sainte

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vénération, il n'est pas impossible d'cclaircir ce que l'auteur regarde comme contradictoire.

Cette prétendue contradiction dont parle l'auteur dans son premier raisonnement, n'est fondée que sur une équivoque.

Si le salut de l'iiomme était un effet de cette volonté toule-puissanle de Dieu , par laquelle il dit : Que la lumière soit , et la lumière fut , l'Iionime serait nécessairement sauvé; mais il ne serait plus libre. Or il l'est certainement , et je puis le poser pour principe dans la matière que je traite.

Il n'est pas moins vrai que Dieu veut le salut des hommes, mais c'est d'une volonté relative à l'assemblage de ses perfoclions et aux facultés libres et intelligentes dont il lui a plu douer l'homme , exclusivement aux êtres vivants de la terre.

Sa bonté, celui de tous ses attributs sous lequel il a pris le plus de plaisir à se faire connaître aux hommes , lui (il promettre à nos premiers parents, pour les consoler de leur chute , que la semence de la femme briserait la télé du serpent. Il a fait prédire l'heureuse époque où s'accomplirait celte })romesse : Jésus-Christ est venu dans l'acconiplissement des temps mettre en évidence la vie et Vimmortalilé par son Evangile; il s'est offert lui-même à Dieu comme une obla~ tion et une victime de bonne odeur pour expier les péchés. C'est par cette raison que Dieu Va envoyé dans une chair semblable à une chair pécheresse , pour accomplir par sa mort et par sa résurrection le grand ouvrage de notre salut,

Voilà véritablement cette bienveillance in- Onie de Dieu pour le salut des hommes , que les anges annoncèrent aux bergers à la naissance de notre divin Sauveur.

Il est donc incontestable que Dieu veut le salut de tous les hommes , parce qu'il est infiniment bon ; mais comme il les a créés libres et qu'il leur fournit tous les moyens nécessaires pour acquérir le salut, il est aussi certain qu'il punira les méchants qui, malgré tous ces secours , font sans cesse un mauvais usage de leur liberté , qu'il l'est que cet Etre suprême est infiniment juste. Et quant à ceux qui seront touchés d'une véritable repentance, la révélation nous apprend d'une manière positive, comme je l'ai démontré ci-devant , qu'il est aussi certain que Dieu leur fera grâce, en considération du sacrifice propitiatoire que Jésus-Christ lui a volontairement offert pour les pécheurs qui se convertissent, qu'il l'est que cet Etre suprême est infiniment miséricordieux.

Mais, ajoute notre auieur, si une justice gui est hors de l'homme pouvait lui être imputée pour suppléer à celle qui lui manque , la justice de Jésus-Christ , dont le mérite est infini, serait suffisante pour le plus comme pour le moins, et la distance d'un pécheur à un homme converti n'étant pas infinie , , un mérite infini doit tout absorber.

\oilà un exemple bien manifeste des pétitions de principes dont j'ai parlé : car une justice d'un prix infini n'cflace cas nécessai-

DELUC

rement tous les péchés. Bien plus , la saine raison n'aurait point trouvé par elle-même ce remède à nos maux : Dieu donc en l'employant était libre de lui donner efficace à de certaines conditions , et ces conditions sont déterminées par l'accord parfait de sa bonté avec sa sainteté et sa justice.

Nous pouvons donc croire, sans qu'il implique en aucune manière contradiction, que le but de la Divinité est de sauver les pécheurs , à condition qu'ils se repentent et se convertissent ; que le sacrifice propitiatoire de Jésus-Christ est un moyen infiniment puissant pour opérer cet effet; mais que la rédemption des pécheurs obstinés étant contraire à la sainteté et à la justice de Dieu , ne peut pas mieux découler de cette source que la condamnation des justes, l'une et l'autre étant aussi réellement contraires aux perfections de cet Etre infiniment parfait et aux déclarations positives de l'Ecriture sainte. Ainsi la distance d'un homme converti à un pécheur sans repentance est infinie à cet égard , puisque l'un est l'objet du sacrifice de Jésus-Christ, et l'autre ne l'est point du tout. C'est ainsi que Dieu nous a révélé sa volonté, la saine raison y acquiesce; et il est tout au moins téméraire , pour ne rien dire de plus , de s'abandonner , comme l'a fait notre auteur, à son imagination déréglée sur un sujet de cette importance.

Après avoir fait connaître les absurdités dangereuses des deux premiers raisonnements , je passe à l'examen du troisième.

Jl faut nécessairement , dit-il [Prem. lettre inlroductive), tabler sur quelque chose de fixe qui donne du poids à la lettre , sans quoi c'est se moquer de prétendre s'autoriser du suffrage de l'Ecriture.

Quelle est donc cette chose fixe qui doit, selon cet auteur, donner du poids à la lettre? S'il entendait parla \gs> notions communes, les principes naturels que dicte la raison bien cultivée , il est vrai que celte éminente faculté de notre âme , venant immédiatement de Dieu , donne par cela même la sanction aux preuves de la divinité des Ecritures. Voilà cette chose fixe qui , pour les philosophes chrétiens , donne du poids à la lettre. La parfaite confiance qu'ils ont alors en cette divine parole, étant fondée sur un examen attentif, leur fait recevoir les salutaires vérités qu'elle nous annonce, quoiqu'elles renferment de Vincompréhensibilité ; et n'y trouvant rien de contraire aux règles sûres delà saine raison , ils tirent même de leur incom^ préhensibilité celte conséquence naturelle : que ces vérités étant si fort au-dessus de l'entendement humain , il était absolument nécessaire qu'elles fussent aussi clairement révélées qu'elles le sont, pour que la foi pût avoir un objet fixe et indépendant de l'opinion des hommes.

Les notions de notre auteur sont d'un genre bien différent des prmcî/jeA- naturels, des notions communes , puisqu'elles n'ont pour base que les pétitions de principes, comme je l'ai prouvé. Son troisième raisonnement eu fournit la démonstration : car la

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