‹ Dâemonstrations âevangâeliquesChapitre 139 sur 202 · OBSERVATIONS SUR LES · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS SUR LES

divinité de l'Ecriture sainte étant une fois reconnue, il n'est plus question de tabler sur quoi que ce soit pour donner du poids à la lettre, puisque c'est la lel'.re cll(!-mémc qui donne le poids aux vérités qu'elle nous révèle pour notre salut, quoique nous n'en connaissions le comment que d'une manière ebscure.

C'est donc l'Ecriture sainte qui fait la règle et le principe fixe de ceux qui sont persuadés qu'e//e est divinement inspirée. C'est pourquoi rinfaillibilité de cette règle et de ce principe fixe, le nombre et l'cvidence des passages que j'ai cités , convaincront tout philosophe qui sent l'inestimable prix de Ihumilité chrétienne , qu'W faut rejeter entièrement la révélation, ou reconnaître : </we Dieu a envoyé son Fils unique pour faire l'expiation de nos péchés par son sang ; que ce Fils unique de Dieu a souffert pour nos péchés, lui juste pour les injustes , afin de nous amener à Dieu, ayant été mis à mort quant à la chair.

Et bien loin que cette victime propitiatoire , quoique d'un prix infini , dispense les hommes de la pratique des bonnes œuvres , elle en démontre au contraire la nécessité , par les textes mêmes qui nous en ont révélé le but.

Je ne disconviens pas qu'il n'y ait dans l'Ecriture sainte plusieurs passages qui doivent être pris dans un sens figuré; mais ceux qui se trouvent dans ce cas-là sont faciles à reconnaître, parce qu'ils ont toujours Tune de ces deux conditions : ou l'Ecriture sainte emploie des termes usités en certains cas parmi les hommes , pour exprimer des opérations de même genre de la Divinité , comme quand elle lui atiribue des par'ios analogues à celles de nos corps , des affections semblables aux nôtres, etc.; ou ses termes sont des comparaisons , comme lorsque notre Sauveur dit à ses disciples : Je suis le cep, et vous êtes les branches {Jean, XV, 1 et suiv.). On y trouve encore une condition générale et nécessaire , c'est qu'elle n'emploie des termes figurés que pour se rendre plus intelligible aux hommes ; mais quand il s'agit des vérités dont nous ne pouvons sonder toute la profondeur , on n'y trouvera point ces conditions-là. La révélation nous parle à cet égard de choses qui nous étaient inconnues, qu'il ne nous était pas possible de trouver par nous-mêmes, que nous ne pouvions croire que sur son témoignage ; pouvons-nous donc penser que dans des choses de cette nature , qui doivent faire les objets de notre foi , de celle de tous les chrétiens , dont le plus grand nombre est incapable d'approfondir des matières abstraites ; pouvons-nous , dis-je , penser qu'elle ait employé des expressions propres à nous tromper?

Ne faisons point une religion pour leS;philosophes , et une autre pour le peuple ; laissons celte ressource aux païens , elle n'est point digne de l'Evangile.

• Mais si l'auteur do la religion prétendue essentielle s'est oublié jusqu'au point de vou-

SAVANTS INCREDULES.

loir ffaire passer ses pétitions de principes pour des notions communes, des principes naturels , il s'est écarté du vrai d'une façon bien plus étrange encore, en soutenant que le dogme de la rédemption par le sacrifice propitiatoire de Jésus-Christ est une de ces choses que l'Ecriture ne dit pas , et que les hommes lui ont fait dire ; d'où il conclut qu'il est faux et contradictoire.

Pour jeter ses lecteurs dans les illusions dangereuses qu'il s'est faites à cet égard, l'auteur exprimant en d'autres termes le dogme de la rédemption par le sacrifice propitiatoire de Jésus Christ, très-clairement révélé dans l'Ecriture sainte, comme je l'ai démontré, l'associe avec celui de trois personnes distinctes en Dieu, qui est effectivement une de ces clioses que l'Ecriture sainte ne dit pas et que les hommes lui ont fait dire {Voyez les deux derniers paragraphes sur l'unité de Dieu, p. 69 et 70) : et c'est par cette association insidieuse d'une chose très-clairement vraie avec une autre qui ne l'est point, qu'il a fait tomber dans son erreur fatale tant de chrétiens inattenlifs.

Un lecteur enclin à juger charitablement tout ouvrage dans lequel il trouve des raisonnements très-jusles et très-méthodiques, ne se tient point en garde contre ces mélau" ges de vrai et de faux, il se refuse à croire que l'auteur d'un livre qui lui paraît tellement rempli d'humanité, qu'il affranchit même les scélérats les plus endurcis, de l'éternité malheureuse, ait été capable de faire envisager comme un obus dangereux, ce qu'il y a de plus essentiel cl de plus consolant dans le christianisme, savoir, <\ue la miséricorde de Dieu, le mérite infini du sang que Jésus-Christ a répandu pour la rémission des péchés, unerepentance qui produit un sincère amendement de vie, sont suffisants pour nous mettre à couvert des peines de la vie à venir. C'est là cependant ce que fait notre auteur, et même de la manière la plus captieuse en parlant de l'unité de Dieu, de la rédemption, du but et des usages de la mort et des souffrances de Jésus-Christ, et dans la sixième lettre de sa suite de la religion prétendue essentielle à l'homme ( Voyez en particulier le prem. § de la p. 55). En un mot, l'inconvénient le plus dangereux de celte sorte de livres, c'est le bon qui s'y trouve, parce qu'il sert à faire recevoir plus aisément ce qu'ils renferment de mauvais.

J'ai fait voir précédemment, que la rédemption des hommes par le sacrifice propitiatoire de Jésus-Christ, bien loin d'être contraire à la saine raison, lui est parfaitement conforme dans les points qu'elle en peut comprendre, lorsqu'elle est approfondie avec une sainte humilité : mais la doctrine de cet auteur e t totalement opposée à cette vertu chrétienne.

C'est ainsi que s'égarent malheureusement ceux qui ont plus de confiance en leurs propres lumières que dans toutes celles que nous fournit la parole de Dieu.

Comme quelques-uns des partisans de la religion Y>rclead\xc essentielle à l'homme, s'ai^

DEMONSTRATION EYANGELIQUE. DELUC.

convaincu de ce mes, en scellant Mais il faudrait était revêtue de

torisenï du chapitre de Vinslniction chrétienne, où son auteur fait considérer lamort de Jésus-Christ comme celle d'un martyr, je crois devoir faire observer à cet égard que ces personnes ont un très-grand tort de s'arrêter à ce chapitre seul, qui ne sert, pour ainsi dire, que de préparation aux deux suivants, ou l'auteur démontre tes avanlaqcs qui nous reviennent de la mort de notre Rédempteur, considéré comme sacrifice et comme victime.

Jésus-Christ a élé crucifié, il est mort sur la croix : c'est un fait hors de doute. Quelle raison en pourrait-on donner qui fût plus digne de l'Ktre suprême que la rédemption de tous les pécheurs qui se repentent?

Trouverait-on plus de grandeur à l'envisager comme tombant sous les coups de ses ennemis? Mais cette idée révolte. Prélendrail-on qu'il n'est mort seulement que comme martyr, pour prouver qu'il était (}u'il annonçait aux homsa doclrine par sa mort?

supposer que sa mission bien peu d'évidence par elle-même : et d'ailleurs ce n'aurait clé qu'en ne mourant pas qu'il eût suppléé à ce manque d'évidence. Les apôtres et les premiers chrétiens ont scellé leur témoignage de leur sang en qualité demarljis, mais ils n'étaient pas les envoyés de Dieu par excellence ; et Jésus-Christ leur avait déclaré en les appelant à son service, qu'ils seraient persécutés et qu'on les ferait mourir.

Croirait-on que notre Sauveur n'est mort que pour ressusciter et montrer par là son pouvoir? Mais il avait déjà ressuscité Lazare. Ln un mol, quel que puisse être le motif qu'on voudrait assigner à la mort de Jésus- Christ, on n'en trouvera jamais aucun qui soit aussi grand, aussi digne de Dieu que le salut des hommes.

Il serait aisé de prouver par un grand nombre d'exemples les surprenants écarts dans lesquels tombent les savants, dans les choses même les plus simples lorsqu'ils se confient trop à leurs vaines spéculations : mais je me conlcnlerai de celui-ci.

Un habile médecin de Londres se trouvant dans une compagnie où la conversalion roulait sur les dilïérenles manières dont un cheval peut marcher, une dame qui moulait quelquefois à cheval fil des réllexions sur l'amble. Elle remarqua que celait le seul pas où cet animal lève les deux pieds du même côté dans le même instant. Le médecin, surpris de celle idée, tâcha de prouver honnêtement le contraire : mais la dame ayant soutenu sa proposition , le docteur, trop poli pour la pousser à bout en présence de la compagnie, |>rit sagement le parli du silence; et les disputants se séparèrent convaincus chacun de la bonté de sa propre cause. Rentré chez lui, notre docteur médite de nouveau sur les idées de la dame; il prend la plume et démonlre de la manière la plus apparente qu'il est impossible qu'un cheval marche les deux pieds levés du même côte ù la fois, le centre de gravité ne le pouvant

permettre. Il envoie sa démonstration à la dame, qui , pour toute réponse, le fit prier de venir chez elle ; il s'y rendit, et notre cavalière ayant fait ambler son cheval en sa présence, elle lui fit remarquer les deux pieds du cheval levés du même côté dans le même instant. Voilà, monsieur, lui dit-elle , en quoi vous avez mal raisonné ; vous avez cru devoir spéculer, lorsqu'il fallait consulter l'expérience. L'erreur de ce médecin était d'autant plus grossière, que tout homme qui marche est dans le même cas.

Comme l'expérience est la pierre de touche dans tout ce qui regarde la physique, de même l'Ecriture sainte est le seul guide assuré en matière de religion : et pour faire usage de l'exemple que je viens de citer, en l'appliquant aux raisonnements captieux de la religion prétendue essentielle : voilà, puisje dire, en quoi son auteur a niai raisonné ; le feu de son imagination la fait égarer dans de frivoles raisonnements, lorsqu'il ne s'agissait que de consulter l'Ecriture sainte : voilà comment la science humaine l'a trompé ; il s'est cru capable de prescrire les moyens dont Dieu devait se servir pour concilier sa bonté avec sa sainteté et sa justice, tandis (ju'il a méconnu celui que la miséricorde infinie de cet Etre suprême a mis en œuvr'.' pour cette fin, quoiqu'il nous soit révélé dans sa parole avec la dernière évidence.

Il a si peu médité sur celle déclaration formelle de la révélation : Les voies de Dieu ne sont pas nos voies, ni ses peiisées nos pensées, qu'ai)rès s'être égaré dans de téméraires raisonnements, il ose encore fabriquer une i)arabo!e de voyarjeurs [Page 16 et 17, de la Rédemption), et 1 opjioser sans doute implicitement à celle des ouvriers de l'Evangile [Malt., XX, 1-lG), (|ui loué à des heures (lilTcrentes d'un même jour, reçurent néanmoins le même salaire.

11 a pris si peu garde que le principal fondement d'une véritable repenlance est riuimiiité du cœur, vertu trioniphanlc de l'orgueil , auquel Dieu résiste; qu'il a poussé la témérité jusqu'à dire en propres termes : Celle prétendue repenlance qui efface tout, est ce qui peut le plus nuire aux hoixmes ; c'est ce qui repousse l'impression salutaire d'une crainte bien fondée sur la rétribution à tenir {Suite de la troisième partie de la Religion essentielle à l'homme, lettre G, p. 55, noie a).

Il s'est si fort écarté du vrai sens de l'Evangile que sous prétexte de le simplifier, à cause que nombre de théologiens l'ont en effet obscurci, il retranche le plus important objet de la foi chrélienne, sans réfléchir que c'est priver de son plus salutaire aliment la morale ou'il semble vouloir conserver, car la vrair, loi est une vertu si nécessaire aux chrétiens, qu'elle seule peut sanctifier les autres.

Enfin c'est un effort de charité que de croire attaché au christianisme un auteur qui s'exprime de la manière suivante : Une convient pas que la religion chrélienne dépende de telle sorte (les faits miraciUeux de ^ésus-Chr\si et de SCS apôtrcSf qu'elle vienne à crouler dèi

OBSERVATIONS SUR LES SAVANTS INCRÉDULES

qu'on en ébranle la certitude {OE livres posthumes, Berlin, 1754, p. 26) JEhlne serait-

c: pas le mieux de se passer de ces miracles {p. 'i-O), avec ceux qui prétendent nous les contester, de leur abandonner, dis-je. cette preuve équivoque et qu'ils sont en droit de récuser ?

En vérité, je le répèle, c'est un efl'ort de charité de ne pas soupçonner qu'un auteur capable de s'exprimer ainsi, vont teiulrc des piès^es à ceux qui défendent le christianisme coiure les incrédules.

Jn ne parle ici que pour les chrétiens qui, persuadés que ['Ecriture est divinement inspirée, et quelle ne peut par conséquent rien enseigner de contraire à la saine raison, refusent néanmoins de croire par défaut d'humilité de cœur, ce qu'elle contient û'incompréhensible. Mais ceux doat la raison bien cultivée a senti l'exceUence (Je cette vertu chrétienne, connaissant par sentiment que les facultés de notre âme sont trop bornées, pour sonder la profondeur des mystères que l'Ecriture sainte propose à noire foi, refuseraient-ils à celle parole du Dieu vivant et vrai la même confiance que les hommes ont pour leurs semblables? Ne voil-on pas des aveugles-nés qui, sur le témoignage de personnes qu'ils estiment dignes de foi, sont persuadés qu'il y a des couleurs, quoiqu'ils ne puissent s'en former aucuiîc idée ? Les mystères de noire sainte religion, tels que l'Ecriture sainte les enseigne, sont très-certainement moins incompréhensibles pour nous que les couleurs pour un aveugle-né; cl ces mystères, exempts de toute contradiction, se trouvant revêtus de ce témoignage divin, ne doit-il pas l'emporter sans contredit sur celui des hommes ?

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