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CHAPITRE XXXIII

Examen de cette assertion de M. Mendeville : Par rapport à la religion, ce sont les personnes les plus savantes et les plus polies d'une nation qui en ont constamment le moins {Tom. II, pag. 50).

Il paraît que notre auteur, se mettant ici dans le nombre des plus savants et des plus polis de sa nation , juge des autres par luimême, en insinuant que, semblables aux philosophes du paganisme, les savants chrétiens doivent laisser la religion au peuple.

C'est ainsi que ce philosophe prétendu s'^"rostraiise, en s'efforçant à dissoudre les sacrés autant qu'aimables liens du sang et de la religion.

Celui qui semble raisonner, a dit un Anglais vertueux et savant, en parlant de M. Bajlc, et ne dit rien qui ne flatte les passions déréglées: voilà l'homme fait pour être le favori du genre humain.

Si les savants que la science enorgueillit ont en effet moins de religion que le peuple, les plus savants d'une nation qui connaissent par la doctrine de Jésus-Christ toute l'excellence de l'humilité chrétienne, en ont constamment le plus.

Connaissant mieux que le peuple les vrais caractères de divinité qui se manifestent dans la révélation, leur foi plus éclairée en est parconséquent plus ferme.

L'étude qu'ils ont faite de l'histoire des différentes religions et de la manière dont elles se sont établies et. soutenues, leur fait trouver en ce point une différence totale entre le christianisme et le paganisme

Ils sont instruits par celte étude, que si les pontifes et les autres chefs des nations païennes ne se persécutaient point, c'était parce que tous leurs cultes religieux ne portaient que sur les fraudes pieuses de leurs législateurs, dont ils avaient grand soin de cacher le secret au vulgaire : au lieu que les philosophes chrétiens de la primitive Eglise, aussi convaincus de la divinité du culte établi par Jésus-Christ et ses apôtres, qu'ils l'étaient de la monstreuse idolâtrie des nations païennes, préférèrent constamment de souITrir les plus éruels supplices, plutôt que d'encenser leurs faux dieux.

Les plus savants d'une nation chrétienne savent mieux que le peuple, que Jésus-Christ étant l'Envoyé de Dieu par excellence, et ses apôtres les siens, ils ont prêché à découvert le christianisme, contre des préjugés reçus et enracinés chez les Juifs et les gentils. Qu'ayant prouvé leur mission divine par des miracles réels, opérés non-seulement aux yeux de ces peuples, mais même en présence de leurs conducteurs, malgré les préjugés des uns et l'intérêt politique des autres, ils convertirent tous ceux qni n'avaient pas l'esprit aveuglé par le dieu de ce siècle.

Ils savent mieux que le peuple, que l'esprit persécuteur même, qui s'est si malheureusement introduit parmi les chrétiens, est encore une preuve de la divinité de l'Evangile, par cette prédiction de notre Sauveur.

OBSERVATION:: SUR LIÎS SAVANTS INCRÉDULES

qui est des plus dignes de remarque : Le temps vient que quiconque vous fera mourir croira rendre service à Dieu.

CeUe propiiétie de Jésus-Christ, ne peut être bornée aux seules persécutions que ses premiers disciples eurent à souffrir de la synagogue, puisqu'elle ne s'est que trop accomplie dans tous les temps. depuis les apôtres, et qu'elle ne s'accomplit encore que trop parmi les chrétiens de nos jours.

En elT;'t , n'est-il pas démontré, par une longue et funeste expérience, que des ministres d'une religion toute sainte, qui ne respire que la douceur , l'amour fraternel , le support réciproque, ont cependant persécuté et persécutent encore aujourd'hui leurs frères, en croyant rendre service à Dieu ? Preuve bien humiliante que les hommes qui n'ont pas cultivé leur raison par la raison même et par la révélation, deviennent capables de pervertir les meilleures choses.

Mais les chréliens éclairés par le flambeau delà raison et par le soleil de justice, ces vrais philosophes , qui connaissent tout le prix de Vhumilité du cœur, n'admettront jamais ni l'intolérance persécutrice , ni les idées manifestement contraires à la saine raison de cette foule d'interprètes et de commentateurs de l'Ecriture sainte, qui ne prennent pour le vrai sens de celte divine parole que celui qui favorise leurs préjugés.

Us savent aussi mieux que le peuple, que Dieu étant l'auteur de la religion révélée, conmie il l'est de notre raison, il ne peut y avoir rien dans l'une de contraire à l'autre, parce qu'il ne peut y avoir de contradiction en Dieu : ils sa\ eut en même temps beaucoup mieux distinguer que le peuple ce qui choque la saine raison d'avec ce qui la surpasse, les vérités qui doivent être démontrées par des règles mathématiques, d'avec celles qui ne peuvent l'être que par le sentiment.

C'est en ce point surtout que consistent les opinions erronées de ces savants, qui, renfermés uniquement dans les sciences humaines, n'ont jamais pu comprendre ce que c'est que Vhunnlilé du cœur. Enorgueillis de leur science, ils révoquent en doute tout ce qui n'est pas démontré mathématiquement.

Mais les philosophes chréliens , autant éloignés de l'incrédulité que de la superstition, reconnaissent que les vérités sublimes qui nous sont proposées dans la révélation, n'en étant point susceptibles, on doit nécessairement se contenter des démonstrations morales. *

Leur raison cultivée par une science modeste, les conduit à la persuasion évidente de la divinité de l'Ecriture sainte. Ils sentent alors que la pratique des vertus chrétiennes, peut seule nous maintenir dans cette soumission de foi que Dieu exige de nous.

C'est la saine raison qui leur fait concevoir que la foi, cette vertu fondamentale du christianisme n'aurait plus lieu, si toutes les sublimes vérités qui en font l'objet, pouvaient se démontrer mathématiquement. D'où ils concluent que n'étant point à la portée d'une orgueilleuse et téméraire curiosité, toujours

punie par l'erreur qui en est inséparable, leur persuasion doit être le fruit d'une foi vive, qui marche avec les bonnes œuvres ù la clarlé céleste du soleil de la révélation.

Plus heureux que notre auteur, ils jouissent des douceurs attachées à la tendresse mutuelle des pères envers leurs enfants, et de ceux-ci envers leurs pères. Us y reconnaissent la profonde sagesse de l'Etre infiniment parfait, et ils aperçoivent que ces tendres sentiments ont une cause bien supérieure à l'éducation, qui ne fait qu'en régler la mesure.

Plus fidèles que notre auteur dans l'amour du vrai, ils avouent avec franchise que la plus excellente éducation d'un sage père ne donne pas mieux à ses enfants la faculté de distinguer le juste d'avec l'injuste, qu'un jardinier habile ne donne le germe à ses plantes, par le soin qu'il prend de les cultiver à propos. Us conçoivent que celte faculté merveilb-use est dans l'homme comme le feu est renfermé dans ces cailloux dont on le fait jaillir en les frappant avec de l'acier.

Plus judicieux et plus équitables que notre auteur, ils ne pensent point que cette bienveillance universelle qui engage à faire les efforts les plus industrieux pour tim l'ouvrier indigent de sa pauvreté', soit aussi pernicieuse à tout un royaume que le pourrait être un pouvoir tyrannique qui sans sujet priverait les gens riches de l'aise et de Vabondance où ils vivent [Tom. IV", p. 262).

Certaines gens, dit l'ingénieux Swift, sous prétexte d'extirper les préjugés, déracinent la vertu, la probité, la religion {Comte du Tonneau, tom. W.png. 137).

Celte judicieuse pensée ne peut mieux s'appliquer qu'à notre auteur : car qu'y a-t-il de plus propre à déraciner les vrais principes des vertus morales, la religion naturelle et la religion révélée, que de soutenir la proposition que j'examine, savoir, (]ue par rapport à lu religion, ce sont les personnes les plus savantes et les plus polies d'une nation , qui en ont constamment le moins? Je viens de démontrer la fausseté de cette proposition, par la nature même de la chose; je viens à présent à ce que dicte l'expérience.

Sans parler des plus célèbres philosophes païens qui prêchaient à plusieurs égards la religion naturelle par leurs paroles, leurs exemples, et leurs écrits; combien n'avonsnous pas de philosophes chrétiens parmi les savants modernes ? LesBudé, les Mornai, les Boyle, les Newton, les Leibnitz, les Selden, les Bacon, les Milton, les Grotius, les Puffendorf. les Locke, les Bernouilli, les la Bruyère, les Zwinger, les Hecquet , les Abauzit, les Montesquieu, les Burlamaqui, les Cramer, les Bacine, les Littleton, les Boerhaave, les Halîer, les Chezeaux, les vertueux auteurs du Spectateur anglais, du Mentor moderne, du Mémoire théologique et politique sur les mariages des protestants de France, et tant d'autres vrais philosophes, sont des preuves sans réplique contre l'assertion de notre auteur. Connaissant mieux que le peuple les bornes étroites de l'esprit humain , ils s'ex-

posent moins à les franchir, craignant avec raison de tomber dans quelque précipice.

Si CCS grands génies diffèrent quelquefois entre eux. sur la manière d'envisager certains points du christianisme, cette diversité de sentiments est une preuve qu' ils ne s'accordent pas par imitation sur ses vérités capitales.

îii|l>On peutdonc assurer, à l'honneur des plus savants des nations chrétiennes, que, par rapport à la retifjion, ce sont eux qui en ont constamment davantage, parce qu'ils connaissent mieux que le peuple ce que c'est i\u adorer Dieu en esprit et en vérité ; ils savent en particulier mieux que le peuple que si l'Evangile est encore caché, il ne l'est que pour ceux à qui le Dieu de ce siècle a aveuglé l'esprit.

Le moqueur cherche la sagesse, dit Salomon, et ne la trouve point, mais elle est aisée à trouver à l'homme intelligent.

Et le cœur |iénélré d'une fcrvctir divine, L'illuslreeldigne (ils du célèbre Racine S'écrie avec raison dans son docle enlretien : Qu'aisément, cher Ilo\isseau, riioiuiôle hoinine est chrétieul

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