CHAPITRE XXXVI
Lettre à M. *** sur M. Leibnitz (1)
Monsieur,
La joie que m'a fait ressentir une approbation aussi respectable que la vôtre , serait des plus complètes , si j'étais assez heureux pour vous réconcilier avec M. Leibnitz.
Fondé sur la droiture de votre cœur, et sur la supériorité de vos lumières, j'espère que vous ne désapprouverez pas les motifs qui m'ont fait mettre ce savant illustre dans le nombre des philosophes chrétiens (Foy. cidessus, pag. ).
Quels avantages ne tireraient pas de la diversité des idées de ces grands génies , ceux qui cherchent sincèrement la vérité , si les théologiens en général n'agissaient que par les principes de la charité chrétienne ? Celte diversité d'idées, effet inséparable de l'humanité, prouverait que ce n'est pas par imitation qu'ils s'accordent sur les vérités capitales du christianisme.
De fréquentes épreuves m'ont appris combien il se rencontre d'obstacles au triomphe de la justice et de la vérité. Exposé plus d'une fois aux jugements téméraires , je sais, par ma propre expérience , de quoi bien des gens sont capables lorsqu'on s'oppose à leurs idées, quelque erronées qu'elles soient.
Ne trouvez donc pas mauvais, monsieur, que je sois en garde contre ceux qui vous ont informé en Allemagne, à la charge de M. Leibnitz. Je ne m'en rapporterais pas à ses disciples mêmes, parce qu'on ferait un très grand tort à Epicure, par exemple, déjuger de ses mœurs et de sa morale, par ceux qu'on appelle à présent Epicuriens; et qu'on en ferait un plus grand encore à Saddoc, si l'on jugeait de ses sentiments par ceux des saducéens , dont il est parlé dans l'Evangile.
J'ai lu plusieurs fois l'essai de Theodicee de M. Leibnitz avec une grande attention : et ce vrai philosophe est si persuadé de l'existence d'un Etre infiniment parfait, et de la divinité de l'Ecrilure sainte, que cet excellent ouvrage est la défense de ces vérités contre Hobbes, Spinosa et quelques autres, mais surtout contre M. Bayle, qui mettait en opposition la raison et là foi,
(1) Cette lettre futéciiie au sujet de la première édition de mu Critique sur la (able des abeilles, dont j'ai donne l'essenliel dans les six chapitres précédents.
DEMONSTRATION h V ANGELIQUE. DELUC.
C'est un sujet d'affliction pour les âmes vraiment chrétiennes, qu'il se soit trouvédes docteurs qui , oubliant les bornes étroites de l'esprit humain, et la vénération profonde si justement due au Créateur et conservateur de l'univers , aient prétendu mettre en opposition sa prescience, sa justice, sa bonté et sa toute-puissance, à cause des imperfections de l'homme.
Quel est donc le Dieu dont ces docteurs croient l'existence? S'ils étaient bien persuadés que c'est un être infiniment parfait, s'éiiianciperaient-ils, comme ils le font , à parler avec tant de licence de ces graves sujets ?
Vaines objections , dit M. Lcibnitz en vrai chrétien philosophe, vaines objections qui suppriment le principal , qui dissimulent que c'est de Dieu dont on parle.
Un philosophe élevé dans le christianisme par de bons conducteurs et chez qui les sciences humaines, bien loin d'avoir obscurci le flambeau de la raison , l'ont garanti de cette présomption contagieuse qui s'empare des savants incrédules et voile à leurs yeux la clarté salutaire du soleil de la révélation : un tel philosophe restera toujours convaincu que l'Etre suprême doit cire infiniment parfait. Quoiqu'il ne voie que très-imparfaitement, le rapport que toutes ses perfections doivent avoir de toute nécessité entre elles; il ne sera pas moins persuadé de l'existence absolue de ce rapport, que de l'impossibilité de le concevoir clairement dans cette vie.
Ces importantes vérités une fois bien prouvées dans son esprit, sans disputer jamais sur les profondeurs divines, qui lui imposent un respectueux silence, il reconnaîtra facilement combien toutes les sciences réunies dans l'esprit humain le plus vaste , sont éloignées de les pénétrer.
Cette connaissance, dont l'orgueil rend l'acquisition si difficile à bien des savants , disposera son cœur à Ihumilité la plus profonde , en présence du suprême arbitre de son sort ; et lui fera concevoir par cela même, que cette connaissance est la plus avantageuse que l'homme studieux puisse acquérir.
C'est dans cet heureux état du philosophe chrétien, que l'auteur de tout don parfait lui fera trouver l'inestimable trésor de sa grâce, c'est-à-dire, cette disposition salutaire à laquelle Dieu nous invite par Salomon, lorsqu'il dit : Mon fils, donne-moi ton cœur, et que tes yeux prennent garde à mes voies.
Possesseur de ce trésor, il résistera généreusement à cette pernicieuse maxime des gens du monde : // faut faire commu les autres ; et goûtant les délices les plus pures dans lobservation, quoique imparfaite, des lois de Dieu, il s'assurera du vrai moyen de connaître dans la vie à venir, ce que nous ne pouvons voir ici-bas qu'en partie.
Tel devrait être |)armi les chrétiens le but principal des sciences : mais la pernicieuse maxime que je viens de citer, les dirige pour l'ordinaire tout autrement. Entre les savants
de ce genre, M. Bayle ayant déployé ses rares talents à défigurer la raison et la foi, pour les mettre en opposition l'une avec l'autre ; il était nécessaire que parmi les théologiens qui se crurent obligés de prendre la plume contre ce caméléon, il y eût un philosophe tel que M. Lcibnitz, qui par la profondeur de son savoir et la supériorité de son génie pût écarter les nuages dont M. Bayle s'efforçait à les envelopper.
Voilà, monsieur, l'unique but de son essai de Théodicée. Entreprise véritablement digne d'un chrétien philosophe, et peut-être la plus propre à détruire les pièges que M. Bayle s'est tendus à lui-même, sans le savoir; car il est très possible qu'il eût changé de sentiment, s'il eût survécu à l'impression de la Théodicée.
Mais M. Lcibnitz ayant relevé, dans la préface de ce livre , les défauts d'une autre sorte de docteurs, qui dirigent la religion beaucoup plus vers les tércmonies , que sur la connaissance des perfections de Dieu; bien loin de profiter des sages avertissements de ce philosophe chrétien, ils l'ont voulu noircir par des qualifications qu'il n'a jamais méritées.
Ce sont des hommes bien étranges que ces docteurs, à qui on ne peut incubiuir le véritable esprit de l'Evangile , en même temps qu'on leur inipose les mains pour paître les brebis de Jésus-Christ. lis ne réussissent malheureusement que trop à faire envisager aux ignorants et aux esprits faibles, leur intérêt particulier comme étant celui du christianisme, quelque opposés qu'ils soient entre eux.
Cette erreur funeste est la principale source des divisions qui déchirent le monde chrétien depuis tant de siècles, et le prétexte que prennent ordinairement les savants incréiiules pour attaquer notre sainte religion.
Qu'il me soit permis, monsieur, de vous représenter que, si M. Lcibnitz réfute les erreurs de M. Bayle avec ménagement, cela ne diminue point la force de ses raisons : il semble au contraire que dégagées de passion, elles sont plus propres à se faire jour dans ces cœurs généreux, qui accordent à la raison ce qu'ils refusent à la violence.
Ce grand philosophe réussit d'autant mieux à réfuter M. Bayle, qu'il joint à la théologie des secours tirés de la philosophie la plus profonde, pour faire triompher la foi par la raison.
Dieu étant un être infiniment parfait, il en tire cette conséquence naturelle, que s'il est infiniment puissant, il n'est pas moins infiniment sage ; et qu'il règle toujours sa puissance par sa sagesse, qui lui fait prendre en toute chose le meilleur parti. Mais bien loin d'affaiblir la bonté de Dieu, de le faire auteur du mal, et de ravir à l'homme sa liberté , il se propose de démontrer : Que Dieu veut le salut de tous les hommes, et qu'il ne condamne que ceux qui ont une mauvaise volonté : qu'il donne à tous une grâce suffi-^ santé, pourvu qu'ils en veuillent ustr^ guê
OBSERVATIONS SUIl LES SAVANTS INCRÉDULES.
Jesus-C hrist étant h principe et le centre de l'élection. Dieu a destiné les élus au salut , parce qu'il a prévu qu'ils s'attacheraient à In doctrine de Jésus-Christ par la foi vive.
Il fait consister la véritable piété dans la charité. Il soutient que sans être officieux et bienfaisant, on ne saurait faire voir une dévotion sincère ; et finit ses remarques sur un livre anglais qui traite de Vorigine dumat, en disant avec son auteur, que la plus grande félicité ici-bas consiste dans l'espérance du bonheur futur. Ce ne sont assurément point là les sentiments d'un incrédule.
Persuadé que sa raélhode serait goûtée, comme elle devait l'être , par ceux qui souhaitaient sincèrement la réunion , M. Leibnilz demanda par lettre à M. Pfaff, (jui paraissait y vouloir travailler sincèrement , ce qu'il pensait de sa Théodicée , et de la méthode qu'il avait suivie pour réfuter M. Bayle?
M. Pfaff lui répondit : Qu'il avait imaginé
ce système uniquement par badinage Que
ce système , très-propre à jeter de la poudre aux yeux de ceux qui ne sont pas trop pénétrants, était d'autant plus ingénieux, qu'étant approfondi , il servait plutôt à confirmer les objections de M. Bayle en faisant semblant de les réfuter.
Quel nedut pas être l'étonnementdeM.Leibnilz. à la lecture de cette réponse héléroclile de M. Pfaff? surtout ayant déclaré positivement dans sa préface , d'avoir mis toute son application à cette matière, qu'il avait méditée dès sa jeunesse.
L'ironie était sans doute l'unique ton à prendre pour un philosophe tel que M. Leibnitz ; aussi répliqua-t-il à M. Pfaff en ces termes :
Vous avez raison, monsieur, dans ce que vous me dites de ma Théodicée , vous avez touché au but; je suis surpris que personne avant vous (il y avait quatre ans que la Théodicée était publique) n'ait senti que cet ouvrage n'était qu'un jeu d'esprit. Les philosophes n'ont que faire d'être toujours sérieux ; ils peuvent , comme vous le remarquez fort bien , exercer les forces de leur génie à feindre des hypothèses : pour vous qui êtes théologien, vous réfuterez l'erreur en théologien.
Malgré l'ironie qui saute aux yeux dans celte réplique de M. Leibnitz, M. Pfaff à publié, non du vivant de ce grand homme, mais quatre années après sa mort, que M. Leibnitz était du sentiment de M. Bayle, quoiqu'il voulût paraître l'attaquer ; et que ce savant le lui avait avoué dans une lettre.
La gravité dos conséquences qu'entraîne après elle une toile assertion, serait capable de faire présumer que la mort deLcibnilz ne laissa pas le temps à M. Pfaffde s'assurer s'il devait ou s'il ne devait p;!S prendre sa réplique au pied de la lettre; mais M. Leibnitz vécut plus de deux ans après.
Ou M. Pfaff prit le change, manque de discernement, ou il ne le prit pas ; ce qui serait encore plus à sa charge. Quoi qu'il en soit, je suis si touché du mai que celte impu-
tation injuste, faite à M. Leibnitz quatre ans après sa mort, peut produire sur les chrétiens chancelants, que je me crois obligé d'insister sur les motifs pressants qui devaient déterminer ce théologien à réparer sa méprise.
1" Le père Tournemine a désapprouvé son jugement sur la Théodicée, assurant que M. Leibnitz lui-même lui avait écrit que ce livre contenait ses véritables sentiments.
2° On trouve dans la Vie de M. Leibnitz, composée par M. de Neuville, aujourd'hui le chevalier de Jaucour, que M. Bourguet, professeur en philosophie à Neufchâtel, a reçu diverses lettres de M. Leibnitz, dans lesquelles il lui marque positivement : Qu'il regardait son Essai de Théodicée comme une chose très-sérieuse et de la dernière importance,
3" Le père Niceron et le continuateur de Moreri, disent à l'article de notre philosophe : M. Leibnitz n'entreprit sa Théodicée que pour complaire en apparence à la reine de Prusse ; car M. Pfaff assure qu'il a été du même sentiment que M. Bayle, quoiqu'il vou- Ixit parailre l'attaquer. M. Pfaff ayant donc causé l'étrange erreur qui s'est répandue sur les vrais sentiments de M. Leibnitz, touchant sa Théodicée, il était indispensablement obligé de réparer cette faute de jugement.
Enfin, M, PûCT devait se déterminer d'autant plus à cette juste réparation, qu'il y a beaucoup plus de délices pour un chrétien généreux de donner gloire à la vérité, que de désagrément dans le sincère aveu de ses fautes. Car, s'obstiner contre la vérité, la justice et le bon sens, à vouloir faire suspecter d'irréligion un philosophe aussi respectable, c'est fournir des armes à l'incrédulité.
Mais comment est-il possible, monsieur, qu'on ait laissé subsister jusqu'à présent 1 imputation évidemment absurde faite à M. Leibnitz, qu'«7 n'entreprit sa Théodicée que pour complaire en apparence à la reine de Prusse ?
La mort enleva cette grande reine, dans le mois de février 1705. M. Bayle mourut le 28 décembre 1706. Or, la place que M. Leibnitz assigne chrétiennement dans le ciel à M. Bayle, prouve qu'il n'a composé son Essai de Théodicée qu'après la mort de ce dernier, c'est-à-dire environ deux ans après la mort de la reine de Prusse. Il ne s'agissait donc plus de trahir alors ses véritables sentiments, pour complaire en apparence à celte illustre reine.
Il est donc de toute évidence que le jugement de M. Pfaff sur les sentiments de M. Leibnitz, touchant sa Théodicée, est aussi contraire aux notions du bon sens les plus communes, qu'à toutes les règles de la juslice et de la vérité.
Quelque influence que ce faux jugement de M. Pfaff ait eu dans la composition de ce proverbe allemand : Leibnitz glaubt nitz, Leibnitz ne croit rien; je ne doute pas qu'il n'ait sa source dans l'injuste ressentimen?
DEMONSTRATION ÉV.\NGÉLIQUI<:. DELl'C.
do certains dorfcurs en (héologie. dont M. Leibnilz parle en pliilosopli'' chiélirn.
On ne saurait aimn Dieu, dit ce g;rand homme dans la préf;ice de sa Tlicodiccc : on tic saurait aimer Dieu sans en connaître les perfections ; et cette connaissance renferme les principes de la vé.itable piété. Le but de la vraie religion doit être de V imprimer dans les âmes : mais je ne sais comment il est arrivé bien souvent que les hommes, que les docteurs mêmes de la religion se sont écartés de ce but. Contre l'intention de notre divin Maître: la dévotion a été ramenée aux cérémonies, et la doctrine a été chargée de formules. Bien souvent ces cérémonies n'ont pas été propres à tniretenir l'exercice de la vntu. et les formules quelquefois n'ont pas été bien lumineuses. Le croirait-on ? des chrétiens se sont' imaginé de pouvoir être dévots sans aimir leur prochain, et pieux sans aimer Dieu; ou bien on a cru de pouvoir aimer son prochain sans le servir, et de pouvoir aimer Dieu sans le con naître.
Plusieurs siècles se sont écoulés sans que le public se soit aperçu de ce défaut ; et il y a encore de grands restes du règne des ténèbres. On voit quelquefois des gens qui parhnt fort de la piété, de la dévotion, de la religion, qui sont même occupés à les enseigner ; et on ne les trouve guère bien instruits sur les perfection ■■ divines. Ils conçoivent mol la bonté et la justice du Souverain de l'univers. C'est ce qui m'a paru de dangereuse conséquence, puisqu'il importe extrêmement que la source de la piété ne fût pas infectée.
Quoique les sentiments de M. Lcibnitz en faveur du christianisme soient ici (ie la dernière évidence ; comme il dévoi'ait en même temps la turpitude de ces docteurs de la religion, qui se i roicnt de vérit^hles ihénlogicns, sans être auparavant lîc vrais philosophes , il n'en falhil pas davantage pour qu un esprit de vengeance anti-chrétienne, enfantât des calomnies contre lui.
Je le répète avec l'âme affligée : ce sont des gens bien étranges que ces docteurs-là! Il suffit qu'on attaque leurs préjugés, quelque absurdes qu'ils puissent être, pour (juils accusent d'être sans religion tous ceux qui dévoilent leurs erreurs cl les défauts de leur conduite.
C'est sans doute de la part de ces docteurs, qu'on vous a débile que ce grand philosophe, après avoir eu l'honneur de déjeûner avec la leine de Pologne, qui le recevait gracieusement, l'accompagnait jusqu'à ta porte de l'é-^ glise, dans laquelle il n'entrait jamais ; et cela à la vue de tous les courtisans qui suivaient celte princesse. J'ai fait prendre des informations exactes sur ce sujet à Leipsick, à Dresde et à Varsovie, auprès de personnages de probité, qui connaissent M. Leibnilz et qui nient tous ce fait. Bailleurs, peut-on présumer que ce(t(! vertueuse reins, inébranlable dans sa religion , malgré les sollicilations les plus pressantes qui lui furent faites pour l'abandonner, eût honoré M. Leibnitz dune bienveillance aussi marquée, s'il avait témoigné quelque mépris pour le culte divin?
Si M. Leibnitz a bronché dans une carrière aussi difficile que celle qu'il a courue dans sa Tliéodicée; s'il a manqué de clarté dans quelques endroits ; s'il est allé trop loin dans quelques autres : c'est parce qu'il était homme.
11 serait fort à souhaiter que tous les savants eussent employé les sciences humaines à délivrer leur r.'ison de tous les préjugés dont elle est assiégée dès l'enfance : mais comme ces sciences produisent un trèsgrand nombre de raisonneurs captieux et subtils, qu'une vanité fatale porte à attaquer inconsidérément la raison et la foi ; il était nécessaire qu'un philosophe chrétien aussi profond que M. Leibnitz en prît la défense : Et peut-être qu'entre tous ceux qui se sont hasardés sur ce vaste océan, il n'y en a aucun qui soit allé aussi loin que lui sans se perdre.
Son système de l'Harmonie préétablie, ainsi que celui des Monades, sont sans doute plus profonds et plus ingénieux qu'utiles : mais en les approfondissant avec un esprit impartial, on n'y trouvera rien de contraire aux perfections de Dieu, ni par conséquent à la liberté de l'homme. Ainsi, ceux qui ont cru y trouver des idées de fatalisme, n'ont pas mieux compris ces systèmes qu'ils n'ont connu le tort qu'ils pouvaient faire aux chrétiens fiibles dans la foi, en suspectant d'irréligion ce défenseur du pur christianisme.
Si tous les théologiens avaient employé leur raison à combattre les vrais préjugés, comme l'a fait M. Leibnilz , combien n'auraient-ils pas contribué à cette réunion tant désirée par ceux qu'anime l'esprit de douceur, de concorde et de charité !
La prétendue irréligion d'un aussi grand philosophe étant, comme elle ne l'est que trop en effet, une occasion de chute pour des chrétiens mal affermis, devait engager l'illustre M. de Fontenelle à lui rendre plus de justice à cet égard.
Si l'intérêt de la vérité, qui est l'âme de l'histoire, exige des fidèles historiens de ne rien dissimuler, soil en bien, soit en mal, de ceux sur lesquels ils écrivent ; à combien plus forte raison ceux qui font par étal l'éloge des hommes célèbres, doivent-ils les défîfAdre contre des accusations visiblement dictées par l'intérêt , la jalousie et l'orgueil?
Qu'il me soit donc permis, avec toute la considération due à M. de Fontenelle. de remarquer, en faveur de M. Leibnitz et de la vérité, qu'il n'a pas exactement suivi celte maxime dans son Eloge.
On accuse M. Leibnilz , dit M. de Fontenelle, de n'avoir été qu'un grand et rigide observateur du droit naturel. Ses pasteurs, ajoule-t-il, lui en ont fait des réprimandes publiques et inutiles. I! se contente de former l'accusation, et ne la réfute point, quoiqu'il eût pu le faire avec p-us d'avantage, que sur celle qui lui fut intentée en Angleterre sur son Calcul ài/férentiel.
L'attachement de M. Leibnitz à la religioi/ chrétienne ne se prouve-l-il pas entre autres par des réponses à MM. Burnet et Pellisson,
OBSERVATIONS SUR LES SAVANTS INCRÉDULES
et surtout par son Essai de Tfiéodicée ? C'est particulièrement <laiis cet ouvrage qu'il traite des matières Ihéologiques en vrai théologien philosophe.
Quelle louange M. de Fontenelle lui-même pouvait-il donner à son auteur plus grande que celle-ci? M. Lribnilz commence, dil-il, par mettre dans le ciel celui dont il voulait détruire les dangereux raisonnements. — Charité rare parmi les théologiens, à qui il est fort ordinaire de damner leurs adversaires.
Si le père Niceron dit dans ses Mémoires que M. Leibnilz n'aimait pas les gens de l'Kglise, VËurope savante joint à la même assertion ce correcllf : Quelques ministres luthériens avaient tâche de rendre sa foi suspecte, parce qu'il ne venait point à leurs prêches. Comme si un aussi habile homme eût eu besoin de leur organe pour s'instruire des dogmes de sa religion, ou qu'il eût été obligé de feindre en public qu'il était de leurs sentiments, quoiqu'il n'en fût pas.
Pouvait-il aimer ceux de ses pasteurs qui l'avaient excédé- par des réprimandes aussi peu sensées que pleines d'indiscrétion ? Mais je suis très-persuadé que s'il avait eu des pasteurs du caractère des Tiliotson , des Drrlincourt, des Benedict Pictet, des Ostervald, etc., il les aurait honorés et chéris.
On sait la manière de j)enser du célèbre Tillolson sur les gens d'église, qui ne sont pas ce qu'ils doivent être : Quelle injustice n'y aurait-il pas de vouloir en inférer que cet illustre prélat n'était pas chrétien.
Voici un fait remarquable, rapporté dans les Nouvelles littéraires, sous la date du ik août 1717, qui prouve bien le sincère attachement de M. Leibnilz au christianisme :
M. Leibnilz a toujours fait profession de la religion luthérienne : Etant tombé malade il y a quelques années, dans une ville où la religion romaine était la seule dont on permit l'exercice, il fit en secret la Cène avec sonvalet.
11 est vrai que ce fait remarquable pouvait être ignoré de M. de Fontenelle, lorsqu'il composa l'Eloge de M. Leibnitz : Mais outre les preuves que j'ai rapportées, et qu'il était beaucoup plus en état de faire valoir que moi , cette circonstance ayant été rendue publique en 1717, M. de Fontenelle nelignorait vraisemblablement plus, lorsqu'il fit imprimer cet Eloge en 1718, dans les mémoires de l'Académie.
Permettez, monsieur, que je rapporte à votre souvenir quelques fragments des réponses de M. Leibnilz aux objections de M. Bayle, qui ne vous permettront pas de lui refuser le titre de philosophe chrétien.
Sur la bonté de Dieu relativement au mal moral et physique qu'il y a dans le monde.
La raison nous apprend par des démonstrations infaillibles {édition de 1710, p. 54, § kk), dit M. Leibnitz, qu'il y aunprincipe unique de toutes choses parfaitement bon et sage; et par conséquent toutes les objections prises du tram des choses humaines, oùnous remarquons des imperfections, ne sont fondées que sur de fausses apparences. Car si nous étions capables
d'entendre l'harmonie universelle , nous ver- ^ rions que ce que nous sommes tentés de blâ-'' mer , est Hé avec le plan le plus digne d'être choisi ; en un mot nous verrions et croirions que ce que Dieu a fuit est le meilleur. J'appelle voir ce qu'on connaît à priori par les causes {p. 55), et croire ce qu'on ne juge que par les effets , quoique l'un soit aussi certainement connu que l'autre. Et l'on peut appliquer ici ce que dit saint Paul : Nous marchons par foi et non par vue (Il Cor., V, 7); car la sagesse de Dieu nous étant connue, nous jugeons que les maux que nous expérimentons devaient être permis, et nous le jugeons par l'effet même, ou a posteriori, c'est-à-dire parce qu'ils existent. C'est ce que M. Bayle reconnaît ; et il devait s'en contenter, sans prétendre qu'on doit faire cesser les fausses apparences qui y sont contraires. C'est comme si l'on demandait qu'il n'y eût plus de songes, ni de déceptions d'optique.
Il ne faut point douter que cette foi et cette confiance en Dieu {^k?>), qui nous fait envisager sa bonté infinie, et nous prépare à son amour, malgré les apparences qui nous peuvent rebuter, ne soient un exercice excellent des vertus de la théologie chrétienne, lorsque la divine grâce en Jésus-Christ excite ces mouvements en nous. C'est le comble de l'amour, d'aimer celui qui parait si peu aimable à la chair et au sang ; et cela même pour des maux dont il paraît être la cause à ceux qui se laissent éblouir par de fa^isses raisons. De sorte qu'on peut dire : Le triomphe de la saine raison éclairée par la grâce divine, est en même temps le triomphe de la foi et de l'amour.
Toutes les expressions de M. Bayle {Pag, 60, §. 50), et une infinité de semblables, ne prouvent point l'insolubilité des objections contraires à la foi, que ce savant a en vue. Il est vrai que les conseils de Dieu sont impénétrables, mais il n'y a point d'objection invincible qui puisse conclure qu'ils sont injustes. Ce qui paraît injustice du côté de Dieu et folie du côté de la foi, le paraît seulement.
Sur l'objection de Celse, savant païen, contre la foi chrétienne.
M. Leibnitz après avoir dit {Pag. 61, § 51), que les Pères de l'Eglise ont démontré combien le paganisme est contraire à la raison, et l'avantage de la religion chrétienne de ce côté-là, ajoute :
Celse se moquant des chrétiens qui tenaient pour maxime que la sagesse mondaine est un mal, et disaient : Croyez seulement, et votre foi vous sauvera ; Origène lui répond d'une manière conforme aux principes que nous avons élablis ci-dessus { Pp. 62 et 63, § 52). C'est que la raison, bien loin d'être contraire au christianisme, sert de fondement à cette religion, et la fera recevoir à ceux qui pourront venir àl' examen. Mais comme peu de gens en sont capables, le don céleste d'une foi simple qui porte au bien, suffit pour le général. S'il était possible que tous les hommes, négligeant les affaires delà vie, s'attachassent à l'élude et à la méditation, il ne faudrait point chercher
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d'autres voies pour leur faire rerevoir la rclis^ion clirélicnne. Car pour ne rien dire qui olTciise personne, on n'y trouvera pas moins d'exaclitufle qu'ailleurs, soit dans l;i discussion des dog:nics, soit dans réclaircissenicnt des expressions énigmaliqnes de ses prophètes, soit dans l'explication des paraboles de ses Evanj^iles et d'une infinité d'antres choses arrivées ou ordonnées symboliquement. ]M,iis puisque ni les nécessités de la vie, ni les infirmités des hommes ne permettent qu'à un fort petit nombre de personnes de s'appliquer à l'élude ; quel moyen pouvaiton trouver plus capable de profiler à tout le monde, que relui que Jésus-Christ a voulu qu'on employât pour la conversion des peuples ? Kt je voudrais bien que l'on me dît sur le sujet du grand nombre de ceux qui (Toiciit et qui p.ir là se sont retirés du bourbier des vices où ils étaient auparavant enfoncés, lequel vaut le mieux, d'avoir changé de la sorte ses mœurs, et corrigé sa vie, en croyant sans examen qu'il y a des peines pour les péchés, et des récompenses pour les bonnes ai tions ; ou d'avoir attendu à se convertir, lorsqu'on ne croirait pas seulement, mais qu'on aurait examiné avec soin les fondements de ces dogmes?Ilestcertainqu'à suivre cette méthode, il y en aurait bien peu qui en viendr tient jusqu'où leur foi toute simple les conduit, mais que la plupart denieureraicnt dans leur corruption.
Réponse de M. Leibnitz à celte objection de M. Bayle
Objection de M, Bayle.
lime semble, dit M. Bayle {Pp. 1k et 75, § 63), qu'il s'est glissé une équivoque dans la fameuse distinction que l'on met entre les choses qui sont au-dessus de la raison, et les choses qui sont contre la raison. Les mystères de l'Evangile sont au-dessus de la raison, dit-on ordinairement, mais ils ne sont pas contraires à la raison. Je crois qu'on ne donne pas le même sens au mot raison dans la première partie de cet axiome que dans la seconde, et qu'on entend dans la première la raison de l'homme, et dans la seconde la raison en général. Car supposé que l'on entende toujours la raison en général, ou la raison suprême, la raison universelle qui est en Dieu; il est également vrai que les mystères évangéiiques ne sont point au-dessus de la raison, et qu'ils ne sont pas contre la raison. Mais si l'on entend dans l'une et dans l'autre partie de l'axiome, la raison humaine^; je ne vois pas trop la solidité de la distinction : car les plus orthodoxes avouent que nous ne connaissons pas la conformité de nos mystères aux maximes de la philosophie. Il nous semble donc qu'ils ne sont point conformes à notre raison. Or ce qui nous paraît n'être pas conforme à noire raison, nous parait contraire à notre raison : tout de même que ce qui ne nous paraît pas conforme à la vérité, nous paraît contraire à la vérité: et ainsi pourquoi ne dirait-on pas également, et que les mystères sont contre notre faible raison, et qu'ils sont au-dessus de notre faible raison ?
Notre raison [Pp. 72 ei 73, § 61) est une portion de la raison suprême et universelle, qui est en Dieu : cette portion de raison que nous possédons, est un don de cet Etre suprême, et consiste dans la lumière naturelle qui nous est restée au milieu de la corruption. Cette portion est conforme avec le tout, et elle ne diffère de celle qui est en Dieu, que comme une (joutte d'eau diffère de rOcéan, ou plutôt comme le fini diffère de l'infini. Ainsi les mystères surpassent notre portion déraison; mais ils ne sauraient lui être contraires. On ne peut être contraire à, une partie sans l'être en cela au tout. Ce qui contredit à une proposition d'Euclide, est contraire aux éléments d'Euclide. Ce qui peut donc être contraire en nous aux mystères n'est pas raison, ni la lumière naturelle, ni V enckainement des vérités ; c'est corruption, c'est erreur ou préjugé, c'est ténèbres.
La saine raison ( Pp. 75 etIG], bien cultivée par elle-même, est ici renchainement des vérités que nous connaissons par la lumière naturelle ; et dans ce sens l'axiome reçu est vrai sans aucune équivoque. Les mystères surpassent notre raison, parce qu'ils contiennent des vérités qui ne sont pas dans cet enchaînement : mais ils ne sont point conlraires à notre raison, et ne contredisent à aucune des vérités où cet enchaînement peut nous conduire. Il n'est donc point ici question de la raison universelle qui est en Dieu, c'est de la nôtre dont il s'aqit.
Pour ce qui est de la question si nous connaissons la conformité des mystères évangéiiques avec la raison , je réponds qu'au moins nous ne connaissons jamais qu'il y ail aucune opposition entre elle et ces mystères : et comme nous pouvons toujours lever la prétendue opposition , si l'on appelle cela concilier la raison avec la foi, ou en connaître la conformité, il faut dire que nous pouvons connaître cette conformité. Mais si la conformité consiste dans une explication raisonnable du comment, nous ne le saurions connaître.
M. Bayle fait encore une objection ingénieuse, qu'il a tirée de l'exemple du sens de ta vue {pp. 76 et 77, § 6'i-). Quand une tour carrée, dit-il, nous parait ronde de loin, nonseu'ement nos yeux déposent très-clairement, qu'ils n'aperçoivent rien de carré dans cette tour, mais aussi qu'ils y découvrent une figure ronde, incompatible avec la figure carrée. On peut donc dire que la vérité, qui est la figure carrée, est non-seulement au-dessus, mais encore contre le témoignage de notre faible vue.
// faut avouer que cette remarque est véritable ; et quoiqu'il soit vrai que l'apparence de la rondeur vient de la seule privation de l'apparence des angles que l'éloignemenlfail disparaître, il ne laisse pas d'être vrai que le rond et le carré sont des choses opposées.
Je réponds à cette instance, que la représen^ talion des sens, lors même qu'ils font tout ce qui dépend d'eux, est souvent contraire à la vé*
OBShRYATIONS SUR LE3 SAVANTS INCRÉDULES.
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rilé; mais il n'en est pas de même de la faculté de raisonner, lorsquelle fait son devoir, puisqu'un raisonnement exact n'est autre chose qu'un enchaînement de vérités. Et quant au sens de la vue en particulier, il est bonde considérer qu'il y a encore d'autres fausses apparitions, qui ne viennent point de la faiblesse de nos yeux ni de ce qui disparaît par l'éloignement; mais de la nature de la vision même, quelque parfaite qu'elle soit. C'est ainsi, par exemple, que le cercle vu de côlé est chanqé en cette espèce d'ovale appelée ellipse chez les géomètres, et quelquefois 'même en parabole, ou en hyperbole, et jusqu'en ligne droite, témoin l'anneau de Saturne.
Les sens extérieurs (pp. 77, 786^9, § 65), () proprement parler, ne nous trompent point. C'est notre sens interne qui nous fait souvent aller trop vile: et cela se trouve aussi dans les bêles, comme lorsqu'un chien aboie contre son image dans le miroir : mais les bêles ne font rien qui nous oblige de croire qu'elles aient ce qui mérite d'être appelé proprement un raisonnenienl. Or lorsque l'entendement emploie et suit la f tusse détermination du seîis interne, comme lorsque Galilée a cru que Saturne avait deix anses, il se trompe par le jwjement qu'il fait des apparences, et il en infère plus qu'elles ne portent ; car les apparences des sens ne nous promettent pas absolument la vérité des choses, non plus que les songes : c'est nous qui nous trompons par l'usage que nous en faisons, c'està-dire par nos consécutiuns. Nous nous laissons abuser par des arguments probables, et nous sommes portés à croire que les phénomènes que nous avons trouvés liés souvent, le sont toujours. Ainsi comme il arrive ordinairement que ce qui parait sans angle n'en a point, nous croyons aisément que c'est toujours de même. Une telle erreur est pardonnable, et quelquefois inévitable (juand il faut agir promplemml, et choisir le plus apparent : mais lorsque nous avons le temps de nous recueillir, nous faisons une faute si nous prenons pour certain ce qui ne l'est pas. Il est donc vrai que les apparences sont souvent contraires à la vérité ; mais notre raisonnement ne l'est jamais, quand il est exact et conforme aux règles de l'art de raisonner. Si par la raison on entendait en général la faculté de raisonner mal ou bien, j'avoue qu'elle nous pourrait tromper, et nous trompe en effet, et que les apparences de notre entendement sont souvent aussi trompeuses que celles de nos sens, mais il s'agit ici de l' enchaînement des vérités cl des objections en bonne forme, et dans ce sens il est impossible que la raison nous trompe.
Enfin au sujet des objections contre les mystères, que M. Bayle estimait être insolubles ; M. Leibnilz entre autres réponses, lui fait celle-ci (Page 89, § 73): S'il se trouvait que le mystère fût évidemment incompatible avec un principe évident, ce ne serait pas alors un mystère obscur, ce serait une absurdité manifeste.
A ces réponses aussi chrétiennes que philosophiques de M. Leibnitz aux objections de M. Bayle, je crois devoir encore ajouter les senlimeuts que j'ai déjà transcrits ci-dessus,
qui ne peuvent avoir d'autre source que la vive persuasion où ce grand philosophe était, que 'l'Ecriture est divinement inspirée: On ne peut aimer Dieu, dit-il, sans le connaître ; cette connaissanceren ferme les principes de la véritable pieté. Le but de la vraie religion doit être de l'imprimer dans les âmes ; Dieu veut le salut de tous les hommes ; il donne à tous une grâce suffisante, pourvu qu'ils en veuillent user. Jésus-Christ est le centre de l'élection etc. La véritable piété consiste dans la charité ; sans être officieux et bienfaisant, on ne saurait faire voir une dévotion sincère. Enfin la conclusion de son livre est: La plus grande félicité icibas, consiste dans l'espérance du bonheur futur.
Par ces fragments de la Théodicée vous pouvez juger, monsieur, si M. Pfalî n'est pas extrêmement blâmable d'avoir écrit à M. Leibnitz lui-même, et publié quatre ans après la mort de ce grand homme , que tout cela n'était qu'un badinage, qui servait plutôt à confirmer les objections de M. Bayle en faisant semblant de les réfuter.
Mais comme on pourrait objecter que les apparences sont souvent trompeuses, et qu'on a vu des livres de la religion et de la morale, assez mal soutenus par la conduite de leurs auteurs : on peut répondre par les expressions de M. de Fontenelle , que j'ai rapportées ci-dessus, en leur ôtanl seulement ce qu'il y a de mal dans la forme. Je puis donc assurorqueM. Leibnitz a tellement montré sa foi par ses œuvres, que ses enneiiiis n'ont pu s'empêcher de lui rendre cette justice bien remarquable : qu'il a été un grand et rigide observateur du droit naturel.
Puis-je mieux que par cette lettre, vous témoigner, monsieur, ma gratitude pour les sentiments dont vous m'honorez ? Elle est une preuve de la confiance que j'ai dans la bonté de votre cœur et dans la supériorité de vos lumières , ainsi que de l'amilié respectueuse avec laquelle je suis, etc.