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CHAPITRE XXXVII

Observations concernant les Lettres philosophiques sur les physionomies, et l'Essai

sur l'homme.

Si l'auteur des lettres philosophiques sur tes physionomies s'était occupé des perfections de l'Etre suprême, autant que du visage et du tempérament des hommes; bien loin de se rendre coupable d'une assertion téméraire sur leur prétendue impuissance à vaincre leurs mauvais penchants, il aurait tiré de la sagesse , de la justice et de la bonté de Dieu cette conséquence absolue : Qu'il faut di' toute nécessité, qu'indépendamment des apparences, l'homme puisse triompher de ses penchants vicieux et devenir vertueux par principe. L'exemple de Socrate, le plus estimable des philosophes de l'antiquité, et de tant d'autres moins généralement connus, en fourniront sans cesse des preuves.

Il ne peut donc y avoir aucun homme, quelque physionomie désavantageuse , et quelque tempérament fâcheux qu'il ait , qui ne puisse triompher de ses passions par les

dangereux

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secours de la raison et de la grâce, auxquels il peut recourir en tout temps, cl qui ne lui manqueront jamais. S'il est vrai dans quelques cas, qu'il y ait une liaison réelle entre l'étal do l'âme et la physionomie ; c'est cet état intérieur qui est la cause, et la physionomie n'est que relîct. Les parties extérieures de la tête étant presque toujours affectées des ijiouvcments qu'excitent les passions de tout genre, il n'est pas impossible qu'en certains cas, el'cs contractent une habitude qui caractérise ces passions, même dans les temps où elles n'agissent point. C'est là toute la liaison qu'on peut raisonnablement accorder entre ces deux choses ; l'âme est un supérieur qui commande, et le corps un inférieur qui , obéissant souvent à des ordres semblables, paraît toujours disposé à les exécuter.

C'est en vain que quelques philosophes ont prétendu découvrir, dans le mécanisme du corps humain, des règles propres à déterminer les actions futures de l'âme; les vraisemblances que l'imagination peut trouver à cet égard, sont toujours IrotDpcuses.

L'esprit d'inlcrél particulier, par exemple, étant le principe le plus général de la conduite des hommes, comment pourrait-on, par le moyen de \' impression que reçoivenl les fibres, prescrire ses différents degrés, ainsi que ceux de la souplesse et de la dissimulation dont on se sert pour le couvrir? Et sur quel fondement, peut-on assurer, que les fa( ultés de l'âme sont dirigées par l'état du corps?

Lorsqu'un machiniste ingénieux et savant a conçu l'idée d'une invention nouvelle, il en peut faire une telle description par la théorie, que l'exécution en paraisse indubitable. Cependant n'esl-il pas exlrémcmenl incertain , pour ne pas dire impossible , qu'il prévoie tous les inconvénients que l'exécution seule fait apercevoir? Combien donc ne doivent pas être sujets à l'erreur ceux qui ne pouvant vérifier leurs règles prétendues, assujettissent néanmoins décisivement les facultés de rame aux impressions que reçoiiient les fibres du corps ? Je conclus donc, que les apologues du Paysan du Danube et du Souriceau de l'inimitable la Fontaine, sont beaucoup plus justes que les résultats de celte vaine science.

A l'égard de V Essai sur Thomme , quoiqu'il soit impossible à tout le savoir humain d'expliquer les rapports qu'il y a nécessairement entre la liberté de l'homme, la prescience et la toute-puissance de Dieu ; cette liberté étant fondée sur sa justice et sur sa bonté . j'estime qu'après avoir établi que tout est 6ien, M.Pope aurait dû se dispenser d'en conclure, que Vhonime est aussi parfait et aussi heureux qu'il peut IVlre. Vivement jiersuadé que la prescience de Dieu, ne porte aucune atteinte à la liberté de Ihomme , je suis convaincu qu'il serait moins imparfait et plus heureux, s'il faisait un meilleur usage de sa liberté, et de la grâce suffisante que Dieu lui accorde pour cette fin.

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