CHAPITRE XXXVIU
Sur l'Homme machine {Edition de Leyde, 1748).
M. de la Met tri e , auteur de cet ouvrage
DELUC
est tombé dans les absurdités les plus énormes , parce qu'il a négligé la principale des sciences , qui consiste à connaître les preuves de l'exislence d'un Etre infiniment parfait, souverain moteur de toutes choses.
Il n'est point d'artifice, dont les auteurs de ce genre ne soient capables, pour venir à leurs fins. Destitués des freins salutaires, par le moyen desquels le vrai christianisme dirige la conscience de ceux qui en sont pénétrés, rien ne leur coule pour faire donner leurs lecteurs , dans les pièges qu'ils se tendent à eux-mêmes.
On en peut juger par la témérité avoclaquelle M. de la Meltrie dédie son ouvrage à M. de Hailer. Qui ne croirait, après avoir lu sa dédicace, qu'il avait été non-seulement son disciple, mais encore son ami? Cependant on trouve dans le Journal helvétique de mai 1750, une déclaration bien remarquable de cet illustre médecin, plus dislingue encore par sa candeur et son attachement au christianisme, que par son goût admirable et par son profond savoir. Cette déclaration est malheureusement reléguée dans un journal, et tous ceux qui lisenir//ommemac/a'ne, ne sont pas à portée de la connaître. Il serait donc à souhaiter qu'elle fût tellement répandue, que l'antidote accompagnât toujours le poison , parce que ce désaveu respectable dévoilerait iarlifiee de cet auteur et de ses pareils , qui s'annonçant comme amis du vrai, dont ils prétendent faire l'unique but de leur recherches, emploient les mensonges les plus grossiers pour accréditer leurs ouvrages. Voici les propres termes de la déclaration de M. dt Hailer, conseiller aulique, médecin du roi de la Grande Bretagne, professeur en médecine de l'université de Goltinqen , et membre du conseil souverain de la république de Berne. Lauteur anonyme de l' Homme machine , m'ayant dédié cet ouvrage , également dangereux et peu fondé, je crois devoir à Dieu, à la reliqion et ù moi-même la présente déclaration, que je prie messieurs les auteurs du Journal des Savants d'insérer dans leur ouvrage {i). Je désavoue ce livre comme entièrement opposé à mes sentiments. Je regarde sa dédicace comme un affront plus cruel , que tous ceux que l'auteur anonyme a faits à tant d'honnêtes gens, et je prie le public d'être asstiré, que je n'ai jamais eu de liaison, de connaissance, de correspondance , ni d'amitié, avec l'auteur de l'Homme machine, et que je regarderais comme^ le plus grand des malheurs , toute conformité d'opinions avec , etc. A Gottingen le 12 mars 1749. Signé Hailer.
Pour dissiper les impressions fâcheuses, que la dédicace de VHomme machine avait faites à Paris , M. de Hailer en informa provisionnellemcnt M. de Réaumur, qui publia cette information, dans laquelle M. Hailer se
(1) Celle déciaralion, quoique adressée aux auteurs du Journal des vivants, n'a él6 iuiin-imée que dasis le Journal lielvétique.
OBSERVATIONS SUR LES SAVANTS INCREDULES
contentait d'assurer le public, qu'il n'était ni l'ami ni le précepteur d'un homme dont les principes étaient entièrement opposés aux jiiens , qu'il n'avait jamais vu, et avec lequel il n'avait jamais eu aucun commerce.
Au lipu de donner gloire à la vérité, après cette information, publiée par M. de Uéaumur; M. de la Meltrie fit imprimer une brochure calomnieuse, dont M. de Haller crut devoir porter ses plaintes à M. de Mauperluis, président de l'Académie royale de Berlin, et protecteur déclaré de M. de la Metlrie.
Le 15 novembre 1751 , cinq jours après la mort de M. de la Mettrie (1) , M. Maupertuis fil à M. Haller une réponse, dont le but est autantde justifier le cœur de M. de la Metlrie, son compatriote , que de rendre témoignage à la purelé des mœurs de M. de Haller.
Après avoir employé les tours les plus ingénieux à cette fin, M. de Mauperluis les termine par ce paragraphe : Tout ceci , monsieur, ne serait point une réparation, s il vous avait fait quelque tort ; mais ses plaisanteries ne pouvaient pas plus vous en faire, qu'elles n'en ont fait aux vérités quil a attaquées ; ceci n'est donc que pour défendre son cœur . rejeter ses fautes sur son jugement , et vous faire connaître Vhomme. Tout le monde sait qu'il ne vous a jamais ni vu ni connu, il me l'a dit cent fois. Il ne vous avait mis dans ses ouvrages, que parce que vous étiez célèbre, ou que les esprits qui coulaient au hasard dans son cerveau avaient rencontré les syllabes de votre nom.
Cette manière de pallier la turpitude de M. de la Metlrie , envers un philosophe chrétien aussi respectable que M. de Haller, est certainement peu convenable à l'inlcrêt général du christianisme.
// est mort, disait M. de Maupertuis dans le premier paragraphe de sa réponse, et s'il vivait encore, il vous ferait toutes les réparations que vous pourriez souhaiter, avec autant de facilité qu'il a écrit contre vous. Mais si le cœur de M. de la Mettrie avait été tel que M. de Maupertuis le représente, pourquoi l'information de M. de Haller à M. de Réaumur, écrite dans les termes les plus mesurés, et sa déclaration insérée dans le Journal helvétique , bien loin d'opérer ces bons effets, n'ont-elles produit qu'une brochure romanesquement calomnieuse, encore plus outrageante au christianisme et à la vertu de M. de Haller, que la dédicace de l'Homme machine ?
Les personnes qui ont de l'esprit et du génie se rendent très coupables, lorsqu'elles entreprennent de réduire à desimpies plaisanteries les faits les plus graves et les plus odieux. Mais quelque ingénieuses que puissent être les raisons de M. de Maupertuis , pour défendre le cœur de M. de la Metlrie ; les procédés étranges de ce dernier envers M. de Haller, seront toujours des preuves de la dépravation de son esprit et de la corruption de son cœur.
(l) Il se lua en mangeant trop d'un pâle de Iruffes, et en se faisant saigner deux fois daus l'iudiguslioii que ce daté lui causa.
Après la connaissance de ces faits, on sera moins surpris de voir que proportionnémcnt à l'éicndue de ce livre adressé si malignement à M. de Haller, il n'y en a point qui renl'ermi' autant d'inconséquences.
En elïel M. de la Meltrie [p. 61 ). ne révoque poi)it en doute, dit-il, iexistence d'un Etre suprême; qu'y a-t-il doncdeplus inconséquent que d'avancer comme il le fait (Jbid.) Que cette existence ne prouve pas plus la nécessité d'une culte que tout autre (/>.5). — Que l'homme, c'est le plus parfait de tous les êtres {p. 62). — Qu'il est égal pour notre reposquela matière soit éternelle, ou quelle ail été créée, qu'il y ait un Dieu, ou qu'il n'y en ait point ( p. i06 ). — Que notre bonheur dépend d'une ignorance invincible de notre origine et de notre destinée. — Qu'il n'y a dans tout l'univers qu'une seule substance diversement modifiée ( p. 108 ). — • Enfin comment un homme qui ne révoque point en doute l'existence d'un Etre suprême, peut-il s'écrier [p. 62j? Qui sait si la raison de l'exis' tcnce de l'homme, ne serait pas dans son existence même: peut-être a-t-il été jeté au hasard sur un point de la surface de la terre, sans qu'on puisse savoir ni comment ni pourquoi ; mais seulement qu'il doit vivre et mourir; semblable à des champignons qui paraissent d'un jour à l'autre, etc. ?
Jl reconnaît que le résultat de ( p. 37 ) Vorganisation du cerveau est incompréhensible ; que { p, 105 ) /a matière nous est essentiellement inconnue ; que la nature de l'imagina— lion nous est aussi inconnue que sa manière d'agir : C'est donc une inconséquence d'oser souleiiir que {p. 10) le principe moteur de notre imagination et de notre faculté de penser, n'est que l'organisation même.
Il avoue que (/;, 25 ) notre faible entendement, borné aux observations les plus grossières, ne peut voir les liens qui régnent entre la cause et les effets ; que c'est une espèce d'harmonie que les philosophes ne connaîtront jamais ; Comment donc croit-il [p. 29) qu'Amman a doriné à ses élèves une âme qu'ils n'eussent jamais eue"!
On croirait à l'entendre {p. 74), que la reproduction des polypes, démontrée par M. ïrembley, détruit le système de la génération, et prouve un désordre dans la nature; mais si quelques naturalistes n'ont pas été assez loin en généralisant ses lois dans la propagation des animaux; ces raisonnements ne portent que contre un système, et non contre l'existence d'i^n ordre sagement établi par le Créateur.
Si donc on se borne à dire que Dieu a créé, une fois pour toujours, les premiers animaux de chaque espèce, et qu'il leur a donné la faculté de se reproduire en diverses manières, qui sont particulières et invariables dans chaque classe ; les polypes ne sont point hors de la règle, lis ont, il est vrai, une manière d'engendrer différente des animaux connus jusqu'alors ; mais il faut toujours un polype pour en produire un aulre.
Je m'étonne {p. 102) que tenté, comme il l'était de croire que dans l'espèce humaine |
DEMONSTRATION LVANGELIQUE. DELUC.
le concours de la femme est utile à la génération, il ne se soil pas autorisé de rexomplc de Jupiter.
Quel mauvais raisonnement que celui de prétendre avoir ( /). 89 ) clairement démontré que la matière se meut par elle-même, parce qu'il a prouvé que la chair des animaux qui transpirent le moins, palpite (lueiques minutes après leur mort 1 C'csl comme s'il disait que la mer se meut d'elle-même, lorsqu'après un vont violent, elle reste encore quelque temps agitée. Mais s'il croyait de bonne foi avoir clairement démontré r/ae la matière se meut par elle-même; <iuelle inconséquence, de demander, comme il le l'ait un peu plus bas (p. 92), qu'on accorde seulement que la matière organisée est douée d'un principe moteur! Cette demande prouve autant son peu d'amour pour la vérité, que l'impuissance absolue où sont tous les matérialistes, de démontrer que la matière se meut par ellemême.
Je ne puis me résoudre à pousser plus loin rnes observations sur les inconséquences sans nombre de Hiomme machine: Je me bornerai donc à faire remarquer , que la seule page 62 en contient un entassement. Outre celles que j'ai déjà relevées, il dit entre autres , parlant des preuves de l'existence de Dieu : La structure seule d'un doiqt , dhine oreille , d'un œil, une observation de Malpiqhi prouve
tout ou tout le reste ne prouve rien.
Cependant il venait de dire dans le même paragraphe : Tous les ouvrages des Fénélon, des Nietvenlil, des Abndie, des Derham, des Rais, etc. le volume des preuves quon tire du spectacle de la nature, ne sont que des verbiages ennuyeux, plus propres à fortifier qu'à frapper les fondements de l'athéisme.
La curiosité de l'homme (p. 90), dit-il, voudrait savoir comment un corps, par cela même qu'il est doué d'un souffle de vie, se trouve en conséquence orné de la faculté de sentir, et enfin par celle-ci de la pensée. Et pour en venir à. bout, quels efforts n'ont pas fait certains philosophes ! et (juels galimatias j'ai eu la patience de lire à ce sujet ! Comment peut-il s'en plaindre, lui qui en a rempli presque tout son ouvrage? Car si l'on fait abstraction de quelques-unes des choses qu'il (lit sur la structure de l'homme et des animaux, tous ses raisonnements sur l'âme humaine sont un tissu de galimatias.
Se refusant à l'évidence des premiers prmcipes, qu'admet tout bon iiliilosophc ; plus il avait d'ailleurs de génie et d'érudition, plus il s'est éloigné de la connaissance du souverain moteur de toutes choses ; semblable à un présomptueux coureur, qui dédaignant de s'instruire de la roule qu'il doit tenir, court avec célérité dans le chemin qui l'égaré.
Pourquoi le célèbre Galien destitue des lumières de la révélation, s'est-il néanmoins élevé par l'élude de nos organes, à la connaissance du Créateur de l'univers ; tandis queM.de la iMettric, né chrétien, l'a méconnue dans la même élude ? C'est parce que
Galien était un vrai philosophe, et M. de la Mrllrie un véritable insensé.
Pour qu'il lui fût permis de heurter de front toutes les idées des philosophes célèbres de tous les temps, sur rexistence de Dieu et la nature d{; l'homme ; il fallait nécessairement qu'il pût établir un système solide, composé de principes si lumineux par eux-mêmes, et d'après des expériences d'une telle corliUide, que les uns ni les autres ne pussent être conlcvslés raisonnablement. Mais comme ses principes et son système sont entièrement chimériques, ils démontrent clairement le pernicieux effet que produit l'orgueil des sciences humaines sur les savants nés chrétiens, qui négligent les secours de la saine raison , pour réprimer de bonne heure une passion si funeste.
Lors que cette malheureuse passion a pris une fois racine dans leur cœur, elle pousse un si grand nombre de rameaux qu'ils bouchent leur entendement au point de le rendre inaccessible aux notions communes du bon sens en matière de religion.
Cette affligeante vérité ne se prouve malheureusement que trop, par l'avidité inconsidérée avec laquelle ces savants là-saisissent comme vraies, toutes les chimères qui flattent leurs passions déréglées.
Tel était en particulier M. de la Mettrie. Non content d'attaquer, par les arguments les plus frivoles , des vérilésrevétuesdetoule l'évidence dont elles sont susceptibles , il veut encore leur substituer une hypothèse , où tout est et ne peut être que vague et sans preuves, où lui-même est embarrassé à chaque pas. El quand ces embarras le forcent à convenir que nos connaissances sont trop bornées pour pouvoir déterminer rien de fixe, au lieu de se rendre plus circonspect, il s'égare toujours plus, en prétondant faire dépendre notre félicité d'ime ignorance invincible de notre origine et de noire destinée.
Tel étant le résultat de l'étude insensée de ce philosophe prétondu sur la première des vérités capitales , rien no pont être plus fatal à ceux qui sont obsédés par les mêmes passions, que les moyens qu'il emploie pour leur ravir la source des seules consolations qu'ils pouvaient recevoir dans les maux de la vie présente.
De quels artifices ne se sort-il pas pour en imposera ses locteursl L'âme continuellement agitée, il affecte néanmoins une sérénité qui ne résida jamais dans le cœnr de tout savant né chrétien , capable de fermer les yeux à l'évidence des preuves de l'existence d'un Etre infiniment parfait.
Jaloux du bonheur dont les vrais chrétiens sont en pos^ession par la foi vive en Notre- Seigneur Jésus-Christ, qui les soutient contre toutes les vicissitudes de la vie, il essaie d'en saper le fondement, en s'offorçint de leur faue abandonner l'idée d'un Dieu dont la bonté est immense, et d'une autre vie après celle-ci, où ce suprèuie Rémunérateur rendra à chacun selon ses œuvres. C'est ainsi que l'Ecriture sainte nous déptunt le séducteur du premier homme : cet ennemi du genre hu-
OBSERVATIONS SUR LLS SAVANTS INCRÉDULES
main, ayant perdu la félicité par son orgueil, chercha dès lorigine du niotide à plonger les hommes dans le même gouffre où il est retenu, en leur peignant sou élat comme une source de délices.
Quels ne seraient donc pas les avantages dont jouiraient ceux qui, nés chrétiens, ont eu le maliieur de se laisser séduire par d'aussi misérables arguments que ceux des matérialistes, s'ils méditaient sérieusement sur le sens de ces divines paroles, révélées par trois fois au roi-prophète : Linsensé a dit en son cœur: Il ny a jjoint de Dieu?
Bien des gens s'imaginent qu'il suffit d'être initié dans les sciences , pour penser mieux que les autres en matière de religion ; mais cela nest vrai qu à l'égard des savants qui font servir leurs études à fortifier leur raison, pour la rendre d'autant plus propre aux vrais usages pour lesquels Dieu nous l'a donnée. M. de laMettrie et ses semblables ne l'ayant pas fait, ils prouvent par cela même qu'on peut être savant dans certaines sciences et posséder celle du salut beaucoup moins sûrement que nombre de villageois dirigés par de bons pasteurs.
La raison étant la plus essentielle et la plus précieuse de toutes les facullés dont le Créateur a doué notre âme, nous ne pouvons jouir des heureux fruits quelle est capable de produire qu'en la dirigeant de bonne heure vers cet objet , sans le perdre jamais de vue. Je compare les jeunes gens, tels que M. de la Mettrie dans sa jeunesse, à une terre extrêmement fertile, dans laquelle, au défaut dune bonne semence, la mauvaise a poussé des racines d'autant plus profondes que le terroir était fécond. Telle est sans doute la principale cause de la dépravation de ceux qui, comme M. de la Mettrie, se trouvent avoir beaucoup de talents.
La plus essentielle de toutes les sciences, consistant donc dans la connaissance des preuves de l'cxislence de lElre infiniment parfait et de la divinité de l'Ecriture sainte, tout homme, qui a le bonheur de naître chrétien, quelle que puisse être la vocation à laquelle il se destine, doit toujours commencer la culture de sa raison par ces connaissances fondamentales. Elles lui serviront de préservatif contre l'orgueil qui naît ordinairement des autres sciences, et qui forme le plus grand de tous les obstacles à l'acquisition de celle du salut.
Si M. de la Mettrie avait été dirigé de cette manière dès sa jeunesse, il n'aurait jamais été capable de composer un ouvrage aussi monstrueux. Il aurait compris que cette méthode salutaire peut former de vrais philosophes dans toute sorte de climats, nonobstant la diversité des aliments qu'ils produisent. 11 aurait trouvé, par le moyen de ses connaissances anatomiques, une preuve admirable de cette vérité dans la formation du chyle et du sang, composés d'aliments dont la différence est si prodigieuse : cette différence n'altère cependant ni la santé, ni la vertu de ceux qui, dans quelque climat que ce soit, en font usage avec sagesse.
Bien loin de se prévaloir, d'une manière insidieuse, des fâcheux effets qui résultent de certains tempéraments, excités encore et soutenus par l'intempérance, il aurait compris que la sobriété peut être pratiquée par les hommes de tous les climats, il aurait pu tirer de l'exercice même de son art une preuve convaincante du pouvoir que la raison procure à l'homme, pour vaincre un mauvais tempérament par l'etïipire qu'elle est capable de faire prendre sur les douleurs les plus aiguës à ceux qui les supportent avec constance et fermeté dans les opérations les plus cruelles.
Il aurait conclu des maladies qui empêchent immédiatement l'action de nos organes, que leur bon état étant aussi nécessaire aux opérations de l'esprit que les bons instruments le sont à l'artiste ; le dérangement d(( nos organes prive l'esprit de ses fonctions naturelles, comme le défaut d'outils ôte à l'artiste le moyen d'exercer ses talents.
Sans s'épuiser l'imagination en raisonnements futiles sur la nature de notre âme, il aurait senti que, quoiqu'elle ne puisse connaître elle-même sa nature, ses opérations sont néanmoins infiniment supérieures à tout ce que nous connaissons des propriétés de la matière.
En effet, n'est-ce pas ces précieuses facultés de l'âme, qui ont fait connaître à Galien le Créateur de l'univers, et à Socrate, nonseulement que Vho)iune est riinage de Dieu, mais encore qu'il viendrait un temps où cet Etre suprême ferait annoncer aux hommes la nature des hommagv-s qu'il exige d'eux?
N'est-ce pas ces précieuses facullés de l'âme, qui ont fait comprendre à saiiit Luc, à Corneille, à Seryc-Paul, à Denis V Aréopacjite, à saint Justin, à Grégoire Thaumaturge , à Alliénodore , à Arnobe, à Lactance, à Minucius F dix, à saint Ctjprien, à saint Hilaire, à Tcrlullien, à Victorin d'Afrique, à saint Jérôme, à saint Augustin et à tant d'autres, quoique nés pa'i'ens , que V Ecriture est divinement inspirée , que Jésus-Christ est le Rédempteur des hommes par sa prédication, par\ son exemple et surtout par sa mort, et qu'il] a mis en lumière la vie et rimmortalité par. r Evangile?
En relevant judicieusement M. Pluche,' comme le fait M. de la Mettrie, sur cette ex-| pression du premier à l'occasion de M. Locke :: Quelle idée étonnante aurait-on du christianisme, si Von voulait suivre la raison? il aurait connu que si ce vertueux savant ne laj consulta pas alors par l'effet d'un préjugé que je passe sous silence, il ne s'en est pas moins servi dans une lettre du prieur de Jon~^ val (1), pour développer l'admirable fin que Dieu s'est proposée en douant l'homme de cette même raison , exclusivement à tous les êtres vivants de la terre.
Par cette éminenle faculté de notre âme, ■ M. Pluche démontre que ïhomme est le ministre et l'interprète de la reconnaissance de tou-
(1) Cptie lettre est à la fia du tome I, du Spectacle dq la nature.
DLMONSTRATION EVANGELIQUE. DELUC.
tes les créatures. Le diamant, continue cet auteur clirélicn , le diamanl ne sait , ni (juel est son prix, ni de qui il a reçu son éclat. Les animaux ne connaissent pas celui qui les nourrit et les habille. Le soleil même ignore son auteur. La raison seule le connaît ; elle sait qu'en faisant usage de tout ce que Dieu a produit pour Chomme , C homme en doit la louanije et les actions de grâces à Dieu. Sans la raison toute la nature serait muette; par elle toutes les créatures publient la gloire de leur Créateur. La raison seule sent qu'elle^ est sn sa présence : elle connaît seule ce qu'elle ri'çoit de lui : elle a le bonheur inestimable de pouvoir l'adorer , le glorifier de tout ce qui tst en elle et autour d'elle. Ainsi c'est parce ■juil 1/ a de la raison sur la terre , qu'il doit y avtiir de la religion : l'homme doit donc être re'iqieux () proportion qu'il est raisonnable.
Eiiriu, si la niison de M. de la Mellric avait été sDisncusemenl cultivée, il aurait appris qu(>, (iu()i(iu<' plusieurs théologiens aient en effet embrouillé et dénaturé le vrai christianisme et la saine raison, il y en a cependant toujours eu, et il y en aura sans cesse qui, par retondue d« leurs lumières, la pureté de leur doctrine, leur désintéressement, la douceur de leur caractère et leur conduite édifiante, soutiendront constamment l'honneur du christianime et celui de leur vocation.