‹ Dâemonstrations âevangâeliquesChapitre 149 sur 202 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

Egarements étranges des auteurs de la Philosophie morale, sur les peines el les récompenses de la vie à venir. {Liv. I, troisième partie, sect. 3;.

Si ces auteurs ont assez bien caractérisé les molifs qui déterminent un fidèle à rendre ses hommages à Dieu, en se conformant à ses ordres relativement à leur excellence , c'est à l'Ecriture sainte qu'ils doivent leurs lumières sur ce sujet, el même ils ont extrêmement affaibli l'original ; mais l'opprobre dont ils s'efforcent de couvrir un chrétien, qui rend ses hommages à Dieu par la crainte des peines, ou par l'espoir des récompenses de la vie à venir esl dicté par l'oslenlation la plus aveugle. Voici li^urs propres expressions :

Cet adorateur servile [page. 96) avec une conduite irréprochable devant les hommes, ne mérite non plus devant Dieu que s'il avait suivi sans frayeur la perversité de ses affections. Il n'y a non plus de piété, de droiture, de sainteté dans une créature ainsi réformée, que d'innocence el de sobriété dans un singe so us le fouet ; que de douceur et de docilité dans un tigre enchaîné.

Le ton décisif qu'ils prennentdans cette période, el le raffinement spécieux de morale qu'elle contient, sont un masque trompeur, sous leciuel néanmoins on découvre des fautes de jugement Irès-r Celles, qu'il est essentiel de dévelofîper.

1" C'en est une de désigner par lépithèle de servile un adorateur du vr li Dieu, qui tient une conduite irréprochable parla cr-iinte de ses ( hâlimcnls ; car on approuvera toujours les olîiciers d'un souverain, iiui rem[ilir<)nt leurs devoirs d'une manière irréprochable

OBSERVATIONS SUR LES SAVANTS INCRËDyLES.

pour éviter d'être châtiés: et quoique la conversion des Niniviles fût occ;isioniiée par la crainte d'une destruction prochaine, l'Ecriture sainte en fait mention d'une manière très-honorable.

2" C'en est une encore plus grande de qualifier de servj/e un adorateur du vrai Diou, qui tient une conduite irréprochable, dans l'espérance d'être récompensé ; parce qu'il y a toujours beaucoup d'honneur d'aller à ses fins , par une conduile irréprochable.

3°Un chrétien adorant Dieu, qui s'efforce à rendre sa conduite irréprochable, par l'espoir de ses récompenses, ou la crainte de ses châtiments ne cherche pas l'approbation de ceux qui ne peuvent ôter que la vie du corps. Si donc ce chrétien n'a pas pour objet l'approbation des hommes en adorant Dieu avec une conduite irréprochable ; c'est une faute de jugement des plus essentielles, de dire, qu'il ne mérite non plus devant Dieu, dont la juslice et la bonté sont infinies, que sll avait suivi sans frayeur la perversité de ses affections ; car après le mémorable exemple de la conversion des Ninivites, il est impossible de croire que cet Etre infiniment parfait, eût employé ces moyens de ramener les hommes à leurs devoirs, et par cela même au salut, s'ils n'étaient d'aucun mérite devant lui.

k" L'addition des mots sans frayeur, présente un sens que je n'ai garde d'attribuer aux auteurs de cette pensée: car je ne puis me persuader qu'ils aient voulu soutenir que des scélérats qui suivent sans frayeur la perversité de leurs affections méritent autant devant Dieu, que si par l'espoir de ses récompenses ou la crainte de ses châtiments, ils Veussent adoré avec une conduite irréprochable. Comme on ne peut tirer cette induction de l'original anglais, j'aime mieux croire que ces mots ont échappé sans réflexion à son traducteur; mais il est impossible de les excuser ni l'un ni l'autre, de ce qu'après s'être annoncés comme remplis d'' un religieux respect et d'une profonde vénération pour l'Ecriture sainte, ils cherchent cependant à représenter, comme vils et insuffisants, les moyens salutaires dont elle se sert pour détourner les hommes du vice et les encourager à la vertu.

5° Enfin c'est une faute de jugement trèspernicieuse d'avoir mis en comparaison un tigre et un singe, dont les penchants nuisibles ne sont retenus que par l'impuissance et le châtiment actuel, avec un chrétien, qui, mettant à profit les facultés immortelles qu'il 'ienl de son Créateur, exclusivement aux brutes, fait de généreux efforts sur lui-même pour vaincre la perversité de ses affections, afin de rendre ses hommages à Dieu par xme conduite irréprochable dans l'espérance de jouir du souverain bonheur après cette vie.

Il serait fort à souhaiter, pour arrêter les funestes progrès de l'irréligion, que l'on fît connaître de bonne heure aux jeunes gens, et surtout à ceux qui se vouent aux études , que des savants très-distingués dans les sciences humaines, sont sujets à de très-grandes fautes, lorsqu'ils traitent de la science du salut : ut l'on pourrait aisément leur indiquer des

DÉMOWST. EVANG. XII.

règles sûres, propres à fixer leur jugement sur h'S ouvrages de ce genre, qui peuvent tomber entre leurs mains.

Les plus habiles gens se trompent quelquefois dans les sciences humaines : comment découvrons-nous leurs erreurs ? C'est en .confrontant leurs opinions , soit avec l'expérience, qui doit servir de règle en certains cas , soit avec les idées contraires d'autres savants, soutenues par des raisonnements plus solides : en un mol on doit mettre en œuvre, dans chaque cas particulier, tous les moyens que peut fournir la nature des choses.

Or il n'est aucun chrétien qui puisse raisonnablement douter que lEcrilure sainte ne soit la pierre de touche, dans tout ce qui concerne les objets importants de la religion et de la morale. Tout auteur donc qui, pro fessant extérieurement le christianisme, déclare cependant qu'il ne fera point usage de l'Ecriture sainte, doit devenir suspect par cela même : et , malgré ses protestations de respect pour elle, bien loin de le croire sur sa parole, il faut au contraire l'examiner avec plus de soin.

Après la confrontation des idées humaines avec celles qui émanent de la Divinité, s'il faut encore des comparaisons d'homme à homme, la religion révélée n'est pas sans défenseurs parmi les savants les plus respectables ; et, comme les jeunes gens en général sont fort portés à l'imitation, ce penchant naturel exige qu'on leur mette de bonne heure entre les mains les ouvrages de tant de personnes illustres par leur profond savoir, leur attachement au christianisme et la pureté de leurs mœurs ; ils sentiront alors que l'on peut être de vrais chrétiens en imitant de grands hommes.

Si les auteurs de la Philosophie morale avaient eu pour l'Ecriture sainte et pour ses décisions ce religieux respect et cette vénéralion profonde donl ils se parent, et s'ils l'avaient étudiée avec un véritable esprit philosophique, ils auraient aisément reconnu qu'ime créature réformée d'abord par la crainte des châtiments et l'espoir des récompenses, parvient à goûter la joie qu'il y a pour lejuste à faire ce qui est droit.

Quel est donc l'esprit qui a pu suggérer aux auteurs dont je parle un jugement aussi peu sensé ? Je ne décide pas ; mais il est certain qu'un esprit religieux, et même un véritable esprit philosophique, au lieu d'avilir cet adorateur du vrai Dieu par des épithètes et des comparaisons odieuses, aurait au contraire admiré la profonde sagesse du Créateur et bienfaiteur des hommes qui, sachant de. quoi nous sommes faits, a proportionné les moyens par lesquels il veut nous .conduire au salut, à la diversité de nos caractères.

Les admirables effets que produisent l'espérance et la crainte sur un grand nombre de chrétiens, ne diminuent point le mérite de ces personnages désintéressés, qui sont vertueux par amour pour la vertu même : mais , quelque noble que puisse être ce motif, il peut devenir trompeur s'il n'est pas

(Trente.)

DWlONSTKATlOiN EVAJNGELIQUE, DELUC.

dirigé par les prccoptes de la religion. En ciTt'l, quel hoirime peut se flaUer de discorner par lui-même dans tous les cas ce qui est réellement vertu d'avec ce qui nVn a que l'apparence, et de ne s'aveugler jamais sur ses propres faiblesses? La religion chrétienne seule est capable d'éclairer sCiremenl les hommes sur leurs devoirs, et de fournir à ceux que les charmes de la vertu ne délermincnt pas avec assez de force, des motifs suifisants pour rendre leur conduite irréprochable. Il est vrai que ces puissants mclifs les font gémir en secret lorsqu'ils succombent à la tentation; mais ces gémissements timorés leur ouvrent enfin un accès infaillible au irône de la grâce.

C'est là que leur cœur s'enflamme au feu de cet amour infini que Dieu nous a témoigné, soit par l'envoi de son Fils au monde pour vctracer la loi naturelle, que l'ignorance et la corruption avaient défigurée dans presque tous les cœurs, soit surtout dans l'ineffable propitialion que ce Fils unique a faite par son précieux sang pour les pécheurs qui se repentent.

C'est là que l'âme du fidèle, embrasée du feu de cet amour divin, jouit par anlicipation dès celle vie de l'inénarrable joie qu'elle goûtera dans la vie à venir, qu.iiid elle sera unie pour jamais à l'être souverainement aimable, à l'auteur et à la source de toutes les vertus.

Page 1