CHAPITRE XLI
Etrange par lialilé des auteurs delà Philosophie morale en faveur de l'athéisme.
J'ai fait voir dans le chapitre précédent , que les bonnes choses contenues dans la section que j'examine, sont tirées de la révélalion; et que le dangereux égarement de ces auteurs sur les peines et les récompenses de la vie à venir, est occasionné par l'ostentation la plus aveugle. Je me propose dans celui-ci de faire observer plus particulièrement , combien on doit être en garde contre leurs décisions, en montrant leur parti lilé pour l'espèce d hommes la plus méprisable, je veux dire les athées.
On prendniil d'abord ces auteurs pour des rigoristes, pour des gens qui ve'ulenl pousser la vertu jusqu'au dernier période , lorsqu'on 1rs voit assurer avec confiance {page 101 ) : Qu'aimer Dieu seulement comme la cause de son bonheur particulier , c'est avoir pour lui l'affection du méchant pour le vil instrument de ses plaisirs.
Mais quel excès de présomption n'est pas renferme dans celle pensée 1 Persuaderontils à quelqu'homme de bon sens , qu'ils sont parvenus au point de se dépouiller assez de ce sentiment naturel, imprimé dans le cœur des hommes par le Créateur, ramour de soimême, pour ne l'aimer que parce qu'il fait du bien aux autres créatures ; de peur que se comptant I(!S premiers parmi les objets des bontés célestes , ils ne tornbass'-nl dans le cas des méchants, qui affeUiimnent les vils instruments de leurs plaisirs.
Il n'y a donc point de différence , selon
eux, enlre les biens que nous recevons personnellement de l'Etre suprême, et les vils plaisirs des méchants, puisqu'ils peuvent exciter la même reconnaissance ? Est-ce là cette connaissance du vrai Dieu qui est leur but, et sans lequel, disent-ils (1), on ne peut atteindre à la perfection morale, ni arriver au suprême degré de la vertu ?
Un homme qui aimerait Dieu seulement comme lu cause de son bonheur particulier , ne l'aimerait que faiblement, j'en conviens ; mais quoi qu'en puissent dire nos prétendus sages, c'est là le premier pas de l'amour réfléchi ; c'esl une reconnaissance louable qui nous y porte; et dès qu'elle a produit sur nous cet effet, dès qu'elle a tourné nos regards attentifs vers la source de notre bonheur particulier ; celle source est si pure, que celui qui la contemple, bien loin de conserver aucune analogie avec le méchant, passe nécessairement de cet amour de Dieu à l'adoration la plus profonde, et par cela même à l'amour sincère du prochain.
Mais que doit-on penser d'un auteur qui manifeste une si grande rigidité, je dis plus, une telle injustice, contre ceux qui commencenl à aimer Dieu ; pendant qu'il s'efforce à pallier l'athéisme? L'auteur français renchérit ici sur son original : ils disent l'un et l'autre (/^af/es 117 et 118) que pour être convaincu qu'il xj a du profit à être vertueux, il n'est pas nécessaire de croire en Dieu ; à quoi le t>'aducleur ajoute d.ins une note, pour preuve de son assertion ( page 117 ) : Jlobbes était bon citoyen, bon parent , bon ami, et ne croyait point en Dieu.
La preuve est ici de même nature que la règle , et je suis surpris qu'on ose avancer des choses si for! opposées à la vérité ; car Hobbes avait précisément les vices contraires aux vertus que l'auteur de cette note lui attribue. Col homme digne de sa secte, abandonna sa patrie, ses parents, ses amis en 16't0, par la seule crainte des troubles qui commencèrent alors en Angleterre, oiJ il ne retourna que sous le protectorat d'Olivier Croiiiwel : et peiisioime dans la suite par Charles II, il exerça lâchement sa plume mercenaire en faveur du plus outré despotisme, môme en matière de religion.
On peut juger par là quelle serait la tolérance dos alhées , s'ils étaient une fois enlièrement les maîtres.
Après des preuves aussi frappantes de la lâcheté de ce vil athée ; comment devront envisager, je ne dis pas seulement les philosophes chrétiens, mais tous les hommes qui pensent, la réflexion qu'ajoute le même auteur {dans la note de la page 117): Les hommes, dit-il, ne sont pas conséquents ; on offense un Dieu dont on admet l'ixistence, et on nie l'existence d'un Dieu dont on a bien mérité?
Hobbes et tous ceux qui lui ressemblent, ne sont que trop conséquents ; ils prouvent la vérité de ces paroles de l'Ecriture sainte :
(!) Voyez le dernier § delà seconde partie du livra premier, page 130.
941 OBSKUVATIONS SUR LES
L'insensé a dît en son cœur : Il n'y n point de Dieu.
C'est donccn vain qu'on chorcherait à nous persuader qu'un homme vertueux à tous égards, peut méconnaître l'auleur de son existence et de ses verlus : aussi vois-je avec peine mon concitoyen Rousseau , nous dépeindre comme tel ce Volmar, qui n'eut jamais d'original dans la nature ( Nouvelle Héloïse ).