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CHAPITRE XLII

Sur l'article de la chasteté , dans le livre des mœurs ( Edition de 1748 ).

La chasteté, cette vertu si respectée des païens mêmes est foulée aux pieds depuis longtemps par les incrédules sensuels. Le désir de se soustraire aux devoirs qu'elle impose, est le principal motif qui les révolte contre le christianisme. 11 n'est point de détours , de moqueries, de bons mots, de phrases ingénieuses et sophistiques, que cetie sorte d'incrédules ne mette en œuvre pour défigurer cette aimable et précieuse vertu.

N"était-il pas naturel de s'attendre à voir un auteur né chrétien qui traite des mœurs, ptindre la chasteté avec tous les charmes que lui connaissent les cœurs vertueux ? Mais bien loin delà, iiempioie au contraire toute la subtilité de son esprit pour la détruire. J'ai déjà réfuté cet ouvrage relativement à ses imputations calomnieuses au législateur des Israélites, qu'il accuse de n'avoir osé leur faire un précepte d'aimer Dieu. Je me propose maintenant de le dévoiler dans le titre même sous lequel il donne son livre : Les mœurs. Je me bornijrai pour cet effet k l'article de la chasteté , dont les raisonnements caidieux tendent à énerver l'engagement sacré du mariage, ce lien nécessaire pour fixer une passion vague et licencieuse, pourraaintenir le bonordreella justice ; ce lien, en un mot, qui distingue si avantageusement l'homme d'avec les brutes. Plusieurs personnes, d'ailleurs très-édairées et de bonne foi , n'ont pas fait assez d'attention aux dangereuses conséquences qui résultent des principes de cet auteur. N'y a-l-il pas, disent-elles itigénument, de bonnes choses dans son ouvrage? Oui, sans doute ; mais, conmie je l'ai déjà remarqué sur le livre de la religion prétendue essentielle à l'homme, ve sont précisément ces bonnes choses qui le rcniU'nt plus dangereux: il le ser.iil beauc«iup moias, s'il n'y en avait que de mauvaises. Ce mélange insidieux de bonnes et de mauvaises choses forme une espèce de labyrinthe, dont il n'est pas facile de se débarrasser. Et voilà la raison du peu de succès de ceux qui, ayant eu le bonheur de découvrir les mauvaises , s'empressent à les faire apercevoir aux autres.

Le paragraphe onzième de l'article dont il s'agit, par exemple, démontre la sagesse des lois positives (\ui onl resserré les nœuds du mariage. Or une partie des lecteurs , déjà prévenus par les judicieuses réflexions ré-

SAVANTS INCREDULES.

pandues dans ce livre, se préoccupent tellement encore de celles que ce paragraphe contient, qu'ils s'éloignent par cela même de celte impartialité qui leur ferait démêler bien des sophismcs intermédiaires : sophismes qui tendent à introduire des exceptions destructives de ces mêmes lois. De là vient que ces personnes croient sincèrement qu'on fait tort à l'auteur, de lui imputer des sentiments contradictoires. Ces contradictions existent cependant dans larlicle même de la Chasteté. H est facile de les découvrir dans des exceptions qui, si elles étaient admises , seraient préférées le plus souvent aux lois dont il a prouvé l'excellence.

Comment accorder ce qu'il dit de vrai sur ces lois , avec le paragraphe dix-huit ( page 240 ), où il les qualifie implicitement d'/njuste prévention, gui rendra les enfants illégitimes éternellement responsables du prétendu péché de leur père ?

D'ailleurs le motif des exceptions , qu'on trouve à la fin du quinzième paragraphe (pages 9, 10 et 11), ne contredit-il pas manifestement cet amour d'un amant pour sa maitresse qu'il a choisi pour modèle de l'amour de Dieu ? C'est ce que je démontrerai tout à l'heure.

Voilà comment , à ia faveur des bonnes choses que cet auteur a semées dans son livre, il ose quelquefois prendre un ton si téméraire et si séducteur contre l'Ecriture sainte, qu'un grand nombre de ses lecteurs ont donné dans son piège, sans s'en apercevoir. Ils ont cru de bonne foi , que cet auteur témoignant aussi peu d'égards pour la révélation, ne l'avait pas consultée dans ce qu'ildit de bon sur la morale ; cette préoccupation les empêche de s'apercevoir que s'il n'avait pas puisé dans cette divine source, soit directement , soit par réminiscence , il n'aurait jamais été capable de produire les judicieuses réflexions qui les préviennent en faveur de son ouvrage.

C'est vainement que l'on dit en faveur des productions de cette espèce: Elles sont utiles pour le bon qu'elles renferment, il suffit de laisser le mauvais. Ce raisonnement est. d'autant plus abusif, que peu de lecteurs sont capables, ou veulent se donner la peine de développer le faux d'avec le vrai. L'expérience ne prouve-t- elle pas tous les jours, que les mauvaises choses contenues dans un livre font incomparablement plus de mal que ce qu'il renferme d'utile ne peut faire de bien V Les attraits de ce genre de productions sont aussi dangereux que ceux d'une belle courtisane: il est beaucoup plus prudent de les fuir que de les rechercher.

Quoi de plus attrayant pour une personne, qui n'approfondit point, que la manière de p;irler de cet auteur dans la troisième page de son livre? Il s'y peint d'abord en philosophe qui examine avant que de croire , et réfléchit avant que d'agir, et qui conséquemment, quand il est décidé , ne peut manquer d'être ferme dans sa croyance, et constant dans ses démarches. C'est sans doute, ajou» te-t-il , dans tes hommes de ce caractère gu9 si

trouve hi vraie et solide piété'. Or qui la peut mieux définir que celui qui Ca dans le cœur ?

Il caraclérisc ensuite assez coiiveiiableinenl la Divinité des épicuriens, et conclut son avant-chapitre en ces termes : ( par/ es 5 et 6) : Ce n'est pas là mon Dieu. Le mien a fait l'univers, il m'a tiré du néant, tous les avantages du corps, de l'esprit et du cœur dont je jouis , c'est de lui que je les tiens : il veille à ma conseï ration , et saura pourvoir à ma félicité. Pour sa bonté , je lui dois de l'amour : pour ses bienfaits, de la reconnaissance, et pour sa majesté des hommages.

Après une telle dcclaralion, qui s'attendrait à le voir porter la dépravation des mœurs mémos qu'il i)rétcnd épurer, jusqu'à se prévaloir contre le mariage de ce sentiment vicieux, dicté par la nature corrompue ( paqe 238, à la fin )1 Rien ne coûte de ce qu'on fait volontairement : mais le plaisir même est à charge lorsqu'il devient un devoir. Il y a une contradiction manifeste entre ce sentiment et celui que je vais transcrire, où après avoir dit qu'î7 n'y a pas deux manières d'aimer ; qu'on aime de même son Dieu et sa maîtresse ; il ajoute ( page 11 ) ; L'homme pieux pénétré pour son Dieu de sentiments semblables à ceux d'un amant passionné, voudrait le voir, le posséder, lui être uni ; il s'en occupe avec joie , m parle avec respect, il étudie .m loi, la médite cl l'observe: c'est là la preuve aussi bien que l'effet de son amour. Aimez-vous Dieu ? vous pratiquerez ce qu'il vous commande: le pratiquez-vous ? vous l'aimez.

Comment définir cet auteur ? il compare l'amour que nous devons avoir pour Dieu, à celui qu'on a pour une maîtresse ; et cependant il cherche à avilir le mariage, parce qu'il impose des devoirs. Comme il est important de faire sentir cette contradiction dans toute son étendue, je vais rapporter le parallèle qu'il fait , très-indécemment de l'amour d'un amant passionné pour sa maîtresse, avec l'amour que nous devons à Dieu,

• Je choisis celte sorte d'amour {page 10 ) , dit-il, pour modèle de l'amour de Dieu, parce que c'est de toutes les affections , celle qui remue l'âme avec le plus d'empire et de vivacité. . Or, que se passe-t-il dans un cœur bien épris? Il s'élance avec impétuosité vers l'objet qui l'a charmé, tous ses mouvements tendent à l'en approcher , tout ce qui l'en éloigne fait son supplice, il tremble de lui déplaire ; il s'informe soigneusement de son goût et de ses volontés pour s'rj conformer et s'y soumettre.

Après la peinture de cet amour, qu'il choisit pour modèle de laniour de Dieu; qui s'attendrait à le voir induire l'amant qu'il y dcpeini, à tomber en contradiction avec luimême ? 11 lui met dans la bouche l'étalage d'un sentiment qu'il n'aurait point, ou (jui cesserait aussitôt , lorsque, uni par le mariage à l'objet aimé, son amour deviendrait un devoir. La fidélité , cette vertu si belle et si précieuse entre les deux sexes , lui serait à charge. Que deviendrait donc son épouse

infortunée, lorsque se confiant dans la fidélité d'un amour qu'il lui avait si vivement exprimé, elle en revendiquerait les devoirs? Ils mesont à charge, lui répondrait-il froidement , par cela même qu'ils sont des devoirs Quelle différence n'ya-t-ii pas entre un pareil sentiment , et ceux que produisent l'amour et la reconnaissance du vrai chrétien envers son Dieu 1 Quoi qu'en puissent dire les incrédules sensuels, il est certain que le fidèle goûte infiniment plus de délices à s'abstenir des plaisirs défendus , pour plaire à son Créateur et bienfaiteur, que les mondains voluptueux n'en peuvent trouver dans leurs jouissances.

(Soncluôion.

Aux objections particulières que les incrédules élèvent contre l'Ecriture sainte , ils en ajoutent une ^çénérale, qui consiste, selon eux, dans la dilticulté de croire. Nous fuisons, disent-ils , de vains écarts pour nous persuader de la divinité du christianisme; Dieu, dont la bonté est infinie , notis rendra-t-il responsables de cette disposition de notre esprit ?

L'Apôtre saint Jacques a prévenu cette objection , lorsqu'il a dit dans le chapitre quatrième de son Epître : Vous demandez et vous n'obtenez pas , parce que vous demandez mal ... L'amour du monde est inimitié contre Dieu — Dieu résiste aux orgueilleux , mais il fait grâce aux humbles..,. Approchezvous de Dieu, et il s'approchera de vous

Humiliez-vous devant le Seigneur , et il vous élèvera. Tels sont les sentiments qu'il faut revêtir pour obtenir le précieux don de la foi, et qui nous le procurent infailliblement.

Ecoulons l'expérience sur cette matière ; elle nous parle d'une manière bien énergique par la bouche d'un des plus grands poètes français , dont le génie et les talents n'étaient pas inférieurs à ceux des savants incrédules , qui font le sujet principal de mes observations ; il avait couru dans la même carrière, mais il s'est généreusement avoué coupable. J.-B. Rousseau dont je veux parler, après avoir senti l'heureuse influence de l'humilité du cœur et de la prière, invite les incrédule? à suivre son exemple , par ces vers dignes d'un vrai chrétien philosophe :

Approchez- vous avec humilité.

Du sancliiaire où gît la vérité

C'c^t lu trésor où voire espoir s'arrête

Mais, croyt;/.-n)Oi, son heureuse conciuèle

N'csl poiiil le lirix il'un travail ori,'ueiileux,

Nicl'uiisiivoir superbe el |.oiiHilleiix.

Pour le trouver, ce trésor adorable.

Du vrai bonheur principe inséparable,

Il tant se mettre en règle et commencer

Par asservir, déduire el terrassier

Dans notre cœur nos penchants indociles

Par écarter ces recherches fiiiili-s, ;

où nous conduit l'alliait iinj érieux '

De nos désirs follenienl curieux;

Par fuir enlin ces ainoices lerv erses.

Ces amitiés, ces profanes commerces,

Ces doux liens que la venu proscrit.

Charmes du cœur, cl poison de l'esprit.

LETTRES SUR 1-E CilRISTIANISME.

Dès qu'une fois le zèle el la prière AiiroiU pour vous fraiiclii celUï barrière, , N\;u douiez point, l'au^Miste vérité

] Sur vous bientôt répautlra sa clarté.

Si les savants incrédules étudiaient les préceptes el les dogmes de l'Evangile, en revêtant les dispositions exprimées dans celte invitation véritablement chrétienne ; éclairés alors par cette divine lumière , ils s'écrieraient avec le psalmiste dans la plénitude de leur cœur :

La loi de l'Eternel est parfaite , restaurant l'âme { Psaume Xl\. 8 ).

L'entrée de ses paroles illumine, et rend les simples entendus ( GXIX, 130 ).

Ils apprendraient surtout de notre divin Chef à être humbles de cœur.

Cette connaissance sublime, ignorée des plus sages païens, leur ferait apercevoir les funestes effets de l'orgueil et leur en découvrirait les suites fatales. Ceux des savants incrédules, qui ne seront pas convaincus des vérités intéressantes que je mets devant leurs yeux , continueront sans doute à regarder cette humilité comme une bas-

sesse : mais ceux qui seront assez heureux pour sentir ce qu'elle renferme de vraiment consolant, auront un avantage extraordinaire pour ramener dans le bercail de notre divin Pasteur, tous les autres incrédules de bonne foi , et jouiront par cela même d'une ; double félicité. l

Les sciences qui les séduisaient aupara-' vaut parce qu'ils avaient négligé de se précaulionner contre elles , leur serviront alors à faire triompher la révélation de tous les monstres que l'incrédulité et la superstition enfantent.

Ils détesteront ce ricanement grimacier^' qui décèle les détracteurs de la religion et de ! la vertu : gens pour lesquels il n'y a rien de respectable , et dont le malheureux talent ne doit ses fatals succès qu'à la corruption du cœur. \

Sincèrement pénétrés de la vénération la plus profonde pour la révélation , ils réprimeront courageusement ce souris malin et odieux, aliu de réduire ceux qui ont le mal-, heur d'en avoir contracté l'habitude au sérieux ou au silence.

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