LETTRE PREMIÈRE
SERVANT d'introduction.
Monsieur,
1. Si vous avez eu occasion de lire des lettres sur l'Education religieuse de l'Enfance que j'ai publiées ici au commencement de cette année, vous devez être surpris de n'avoir point vu paraître une lettre que je vous destinais, annoncée dans une note à la fin de celles-là; je dois donc vous expliquer la cause do ce retard.
'2. Au moment où l'on imprimait cette note, je ne connaissais encore, monsieur, de vos deux derniers ouvrages, que votre réponse au mémoire de quelques pères de famille juifs , réponse qui parut dans le temps môme où une lettre que je leur ai adressée était sous presse; et si vous avez eu connaissance de celle-ci , vous aurez vu que nous différions beaucoup dans notre manière d'envisager leur démarche auprès de vous. J'avais donc résolu de prendre la liberté de m'expliquer avec vous sur cet important sujet, et en particulier, à l'égard d'un passage de votre réponse qui concerne l'éducation de l'enfance; mais bientôt après j'eus connaissance d(> votre dernier ouvrage, sous le titre de Signes du temps; et alors mon plan fut beaucoup changé : je fus touché de la sollicitude que vous y témoigniez sur le déclin de la re-
ligion, et de votre dessein d'y apporter quelque remède, ce qui me fit prendre la résolution d'exposer ce que je crois être la cause de cet état, qui me paraît provenir entièrement de l'abandon de la révélation.
3. La foi publitjue , tant des Juifs que des chrétiens, fondée sur des livres authentiques, nous a été transmise de génération en génération , sans aucun intervalle obscur, depuis les différentes époques où les hommes avaient été témoins des miracles opérés par les fondateurs de notre religion. 11 n'existe donc dans le genre humain aucune tradition plus sûre; et jamais les arguments des sceptiques n'auraient pu l'ébranler seuls : parce qu'il était trop impro'iable que des histoires telles que celles qui composent nos livres sacrés, pussent avoir été falsifiées sous les yetix mêmes des peuples qui y étaient acteurs et qui nous les ont transmises. Tous les calculs de probabi- /î<e7u'*for/V/we, inventés pourproduireledoute, échouaient contre cet argument direct. Mais lorsqu'on prétendit avoir trouvé, par l'élude de la terre , des preuves que ce que dit la Genèse de son origine el de ses premiers temps était fabuleux, la question changea do face ; et c'est de là que date la naissance du mal que nous observons l'un et l'autre avec la même sollicitude.
k. J'ai déjà publié divers ouvrages pour montrer, que cette allégation est sans aucun fondement, el qu'au contraire, par l'accrois-
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sèment des connaissances en physique et en histoire naturelle, tout ce que la Genèse rapporte de la terre et de l'univers se trouve vérifié. Mais comme les noms frappent les hommes, au moment où votre dernier ouvnige a paru, j';ivais entrepris d'opposer à ceux qui ont entraîné tant d'esprits dans leurs erreurs, le n(tm le plus grand dans l'histoire de la philosophie, celui du chancelier d'Angleterre François Bacon. C'est lui qui, le premier, a ouvert les seules vraies routes dans l'étude de la nature; mais on s'est efforce de les effacer, au temps où ces faux systèmes d'histoire naturelle ont élé introduits, et c'est l'une des causes de leur succès. En général, Bacon ne reconnaissait d'autre route pour arrivera une philosophie réelle, que léludede la nature, ni d'autre source de la théolofjie, que l'Ecriture sainte; et l'interprétation de l'une et de l'autre fut l'ohjct de tous ^es ouvrages, peu connus depuis longtemps, malgré leur grande célébrité.
5. Les eiiryclopédisles, vrais promoteurs de la philosophie de nos jours profilèrent de cette double circonstance : ils professèrent dêtro les disciples de Bacon, pour s'appuyer de sa renommée, et ils défigurèrent sa philosophie, comptant qu'on n'aurait pas recours aux volumineux et obscurs originaux. C'est à quoi j'ai entrepris de porter remède, en publiant une exposition précise et détaillée des principes de ce grand homme; montrant les liaisons qu'il avait établies entre la philosophie et la théologie, et suivant , à l'égard de la première, les découvertes faites depuis son temps dans les routes qu'il avait ouvertes lui-même, d'après lesquelles se trouve réalisée son attente, que la nature bien étudiée se réunirait à la révélation, comme ayant un même auteur.
6. Or à peine ai-je eu fini cet ouvrage, qu'il s'est manifesté un des contrastes les plus étonnants que puisse fournir l'histoire de la littérature. On a commencé en Fr mce la publication d'unelraductionfrançaisedesOEuvres de Bacon , dans le dessein de faire dire à ce grand homme exactement le contraire de ce que je viens d'exposer. A l'égard de la philosophie, on augmente la défiguration que les encyclopédistes avaient faite de ses principes; et quant à la théologie, à peine le laisset-on déiste.
7. La circonstance qui semblerait devoir inspirer le plus de confiance dans les esquisses présentées par l'éditeur, savoir l'annonce de la traduction des ouvrages de ce philosophe est le principal moyen employé pour produire l'illusion. Le nom de Bacon est grand dans la république des lettre-*, c'est ce qu'on sait pour peu qu'on y soit initié ; mais s;'S ouvrages ne sauraient aujourd'hui offrir rien de distinct ni d'intéressant à la majeure partie des lecteurs, parce que les trois quarts de ce qui forme leur grande masse ne consiste qu'en ce qu'il avait pu trouver de moins suspect dans les connaissanc(!S de son temps,
, et qu'il n'employait que pour enseigner à les corriger : tellement qu'il faut un grand defré d'attention et de connaissances déjà ac-
quises, pour y discerner ce qui rendra Bacon immortel parmi ceux qui chercheront réellement à connaître la nature. L'éditeur s'est prévalu de cette circonstance; et bien sûr que la plupart de ses lecteurs, laissés à eux-mêmes, ne s iuraienl se débrouiller de ce labyrinthe, il leur a fourni un fil dans sa préface, ou un plan de roule, dans lequel il entreprend de leur faire voir que Bacon arrangeait des principes pour miner sourdement le sacerdoce el l'autel, ainsi que les gouvernements établis; mais qu'il le faisait seulement en vue des siècles futurs, parce que le sien, à cause de son ignorance et de sa servitude, était encore incapable de se délivrer de ces chaînes. L'auteur ne se borne pas à jeter ses lecteurs peu instruits dans le dédale que formait la science au temps de Bacon ; il ajoute, pour les égarer, la suppression de plusieurs ouvrages, celle de quelques p issages dans ceux qu'il traduit, et çà et là de fausses traductions, ainsi que des notes insidieuses.
8. Ces artifices sont néanmoins si grossiers, que ce qui afflige le plus , est de voir à quel point on espère de pouvoir tromperies hommes sur leurs plus grands intérêts. Il n'est sans doute que trop vrai, que depuis quelque temps un grand nombre d'entre eux se conduisent à cet égard de manière à faire espérer qu'on les trompera sans beaucoup d'effort : mais cela ne provient que de premières illusions, et c''cst une raison de plus pour ceux qui le voient, de redoubler leurs efforts pour les détromper. Je viens donc de publier un petit ouvrage, sous le litre dejBacon tel quil est, qui, j'espère, servira à éclairer bien des gens sur ce qui se passe dans le monde et à quoi ils ne prennent pas garde. Cet ouvrage était d'ailleurs nécessaire comme précurseur à celui dont j'ai parlé ci-dessus.
Voilà, monsieur, ce quia si fort retardé l'exécution du dessein que j'avais formé dès que j'eus connaissance de votre dernier ouvrage; persuadé que ceux qui, comme nous, ont observé les signes du temps, et qui ont réfléchi sur leurs causes et sur ce qu'ils annoncent, doivent s'entr'aider à dissiper ces tristes augures , en se communiquant mutuellement leurs réflexions.
LETTRE II
Sur l'état de la prédication et du culte public dans quelques contrées de l" Allemagne.
Monsieur,
9. Pour avoir un objet fixe d'examen, je partirai d'une grande question que vous posez dès la seconde page de votre ouvrage; et qui, par une conformité remarquable dans notre manière de voir, se trouvait déjà dans le texte de mon ouvrage sur la philosophie de Bacon.
Qiielsprn,d\iefi-yous,dansle>'iècle prochain, Vélal de la relifjion et de la prédication? A quoi les paateurs , à quoi surtout ceux qui se préparent à entrer dans celte carrière, doiventils s'attendre ? Question, ajoutez-vous, gue / e
LKTTRKS SUR LE CURISTFANISMK