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signes du temps doivent faire naître chez tous ceux qui attachent de l'importance à leur emploi, et qui ont des yeux pour voir et des oreilles pour entendre.
10. Toi est, monsieur, le problème que vous présente, et avec bien de la raison, ce que vous voyez et entendez dans ces contrées, dont votre place de membie du consistoire supérieur vous met à portée de bien jucçor; et l'on n'est que trop fondé à l'étendre sur d'autres contrées protestantes de l'Allemagne et du Nord. Mais comme dans lepassagequi précède, vous considérez d'abord la (juesl'.on en cosmopolite, je crois pouvoir diminuer votre crainte à l'égnrd d'autres pays protestants de l'Europe, en vous assurant que ce mal n'est pas général, ce que j'aurai occ.ision de vous f.iire remarquer. D'ailleurs les protestants auraient tort, de ne considérer que leur communion, quant au maintien du cliristianisme ; car les communions romaine et grecque lui appartiennent essentiellement; et c.ttc sainte religion y trouve, comme parmi nous, des défenseurs, dont j'espère que le concours avec les nôtres contribuera à soutenir l'Eglise de Jésus-Christ, suivant sa promesse infaillible.
11. Le premier signe du temps qui produit votre sollicitude sur le sort futur des pasteurs et de ceux qui se préparent à entrer dans cette carrière, est : que de toute part on entend des plaintes sur le déclin du culte public. Voilà sans doute ce dont chacun pe; t juger; mais vous ajoutez, monsieur : que cesplaitites seraient moins importantes, si du moins la vraie piété avait augmenté , ce qui n'est peut-être pas le cas partout. Il faut que nous entendions différemment en quoi consiste la piété, puisque vous supposez pourtant quelle pourrait augmenter malgré le déclin du culte: et ce sera le premier objet sur lequel je prendrai la liberté de vous présenter quelques remarques.
12. La piété est certainement l'amour de Dieu : mais d'où cet amour peut-il naître? c'est uniquement de la connaissance certaine de l'existence de cet Etre, de ses attributs, de ses bienfaits et de sa volonté manifestée quant aux moyens de nous approcher de lui. Or je ne connais d'autre source de ces connaissances que l'Ecriture sainte, et elle nous conduit nécessairement au culte; de sorte que le déclin du culte n'est pas seulsment un signe, mais une cause du déclin de la piété. Car quant aux spéculations de ceux d'entre les hommes qui tournent le dos aux oiaoles sacrés, nous trouvons dans l'histoire de tous les temps, et nous voyons de nos jours qu'elles produisent souvent des athées ou des sceptiques, comme des théistes; et parmi ces derniers, les uns admettent la Providence, d'autres la nient; quelques-uns blâment certaines passions comme contraires à la volonté de Dieu, d'a«itres les justifient ; les uns croient que les hommes seront responsables de leurs actions dans une autre vie, tandis que d'autres pensent que Dieu est si bon, qu'il ne permettra pas qu'aucune de fies 'créatures soit malheureuse pour avoir
suivi des penchants qu'il lui a donnés ; les uns veulent soutenir une sorte de culte , d'aiiires pensent qu'il n'est point nécessaire, que Dieu n'allend aucun hommage de notre part. En un mot, depuis (jue le genre humain existe, il n'y a eu que discorde dans les pensées de ceux d'entre les hommes qui ont abandonné les instructions directes de la Divinil?, supposant qu'il n'y avait d'autre instruction à cet égard pour l'homme, que celle qu'il trouve chez lui. Quelle espérance pourrait-il donc y avoir pour l'avenir ? L'idée de Di 'u est répandue de tout temps parmi les hommes, jointe à celle de devoirs envers lui, et des hommes les uns envers les autres; mais dès qu'on la sépare de sa soijrce , cet Etre étant incompréhensible pour les hommes, ils se forment de lui-même et de ses desseins des idées aussi diverses que le sont leurs imaginations et leurs penchants.
13. Voilà sur quoi Bacon a raisonné en vrai philosophe ; et l'on ne peut, si l'on réfléchit profondément, suivre aucune autre rouie que celle qu'il a tenue dans son examen. 11 y a du mal dans le monde, et si nous sommes sincères, nous en découvrons la racine dans notre propre cœur. Enclins à rapporter tout à nous-mêmes, nous sommes gênés par les lois de la morale, parce qu'elles se rapportent au prochain. Qu'est-ce donc qui peut opposer une barrière aux passions violentes? S; rait-ce l'amour du prochain? Sans doute il est un préservatif contre l'égoïsme; mais d'où procède cette loi, que nous devons l'ainser comme nous-mêmes ?
Quiconque soutiendrait qu'elle est gravée dans le cœur des hommes, serait mille fois démenti par le sien piopre, comme par l'expérience. Nous jugeons, il est vrai, qu'aucun homme ne peut faire son bonheur seul, qu'il faut que les autres y contribuent, et que pour le mériter il faudrait qu'il contribuât au leur. Mais les échanges directs sont rares : pour rendre celte rédprocité efficace il fiudrait constamment faire des sacrifices à la niasse même dans l'attente du retour; et les hommes, laissés à eux-mêmes, ont peu de confiance les uns aux autres ; de sorte que chacun commence par s'assurer de ce qui lui convient, s'il le peut : et en général, en laissant libres les cœurs des hommes , les désirs insatiables des individus s'opposent sans cesse au plus grand bien de tous.
14. Qu'est-ce donc qui peut diriger vers le plus grand bien général des êtres tellement pénétrés d'un égoïsme qui ne Jouit qu'en soimême ?Ii ne saurait y avoir de solution à attendre de ce problème parle raisonnement, puisqu'il n'en existe encore aucune, malgré tant de siècles de spéeulalions ; mais nos livres sacrés nous la fournissent en même temps qu'ils nous instruisent sur cette disposition de l'homme, qui ne se trouve plus tel qu'il fut formé par la volonté dii Créateur. Dieu forma l'homme à s )n image, de sorte qu'en p;rliculier il le créa bon : s'il se fûl conservé dans cet état, aimant ses scaibiables comme Dieu les aime, il aurait joui du
9fH DEMONSTRATION EVANGELIQUE
bonheur des autres comme du sien propre, et le bonheur de tous aurait élé celui de chaque individu. Quel plan sublime! quoi accroissement dans la somme du bonheur 1 Mais, séduit par l'un des ang;esqui sciaient déjà rebellés contre le Créateur, le premier homme conçut de la défiance conire l'Etre à qui il devait tout; il devint ambitieux d'acquérir la connaissance du bien et du mal pour se conduire lui-même , il désobéit à un ordre exprès de Dieu, et par là il introduisit le mal, c'est-à-dire le péché dans le monde ; mais en même temps la miséricorde divine y apporta un remède par des lois positives et par la promesse d'un rédempteur.
15 Telle est la foi chrétienne qui seule, dans le théisme, fournit la solution du problème du mal : c'était aussi la seule solution que trouvât Bacon, dont les facultés intellectuelles et l'étendue des connaissances font honneur à l'humanité entière ; et c'est la base du culte chrétien. Pourquoi donc ce culte, si doux, si consolant, si salutaire, est-il de plus en plus déserté dans quelques contrées? Pourquoi êtes-vous en peine du sort de ses prédicateurs? Ahl monsieur, la cause n'est que trop évidente 1 Dès que les pasteurs eux-mêmes cessent de so présenter à leurs troupeaux d'après cette définition de saint Paul (c. V, v. 20 de sa 11' EpUre aux Corinthiens ) : I^ous sommes ambassadeurs pour Christ, et c'est comme si Dieu vous exhortait par notre ministère : nous vous supplions donc, pour l'amour de Christ, de vous réconcilier avec Dieu; lors, dis-je, que les pasteurs méconnaissent leur véritable caractère, ils ne sauraient attendre de la considération de la part des hommes : cardes lors, ne respectant point eux-mêmes le culte auquel ils président, ils ne contribuent pas à le rendre respectable : ne présentant pas l'Ecriture sainte comme la parole de Dieu sur laquelle ils se fondent, leurs sermons ne sont que l'ennuyeuse ritournelle mille fois répétée sous toutes sortes de formes, de considérations morales que chacun croit connaître aussi bien qu'eux. Quel attrait pourrait donc rassembler des auditeurs autour de leur chaire ?
16. Voilà, monsieur, ce que je considère comme la cause de cette fatale décadonre du culte dont vous vous plaignez avec raison , parce qu'elle entraîne celle de la piété. Or sa source évidente est dans la manière dont quelques théologiens interprètent aujourd'hui l'Ecriture sainte, ce qui influe sur beaucoup de pasteurs et en grande partie sur leurs troupeaux. C'est là un changement dont liien des gens ont perdu le fil; on entend parler hautement de nouvelles lumières sur l'exégèse de l'Ecriture sainte, sans trop s'embarrasser de ce que ci-la veut dire, parce que l'effet est produit, savoir l'indifférence pour la religion. Je vais donc, monsieur, retracer celte triste histoire en votre présence , pour que , si vous n'y trouvez rien que de vrai, votre nom puisse être garant à mes lecteurs que je ne me suis pas trompé dans mes observations.
DEHJC.
LETTRE III
Sur Vhistoire de la nouvelle exégèse ou interprétation de l'Ecriture sainte.
Monsieur ,
17. Lorsqu'un peu avant le milieu de ce siècle, quelques naturalistes eurent assuré que la Genèse était fabuleuse, ceux qui crurent cette assertion se divisèrent d'abord en deux classes, dont l'une rejeta dès lors toute révélation , ou manifestation directe de Dieu aux hommes; ce qu'elle insinua d'abord d'une manière couverte, mais qu'elle manifesta de plus en plus ouvertement. On connaît assez l histoire de cette classe, ainsi je iT>e contenterai de dire que ce fut elle qui parla d'abord de religion naturelle, pour endormir les hommes sur ce qu'ils deviendraient, lorsque, suivant son plan , toute religion positive serait effarée; mais une grande partie de ceux de celte classe, qui cachaient l'athéisme , l'ont enfin manifesté publiquement.
18. L'autre classe, dès ce temps-là, se partagea entre deux systèmes. Je ne parlerai ici que des théologiens; parce que parmi ceux qui conservent, ou croient conserver une religion, ce sont eux qui ont le plus d'influence. Les uns crurent d'abord pouvoir séparer l'histoire du genre humain de celle de la terre elle-mciiie, et rester ainsi au même point où l'on était avant ces prétendues nouvelles découvertes sur la dernière. Ils relenaient donc l'histoire d'Adam, de Noé , d'Abraham, et la Ihéocralie des Hébreux ; chaîne d'événements .ibsolument nécessaire à la foi chrétienne. Mais il n'échappa p^as»à d'autres, que si Moïse n'était pas un historien fidèle de la création de l'univers et de la terre en particulier; si le déluge, dans toutes ses circonstances, n'était pas un événement réel; Adam et Noé devenaient des personnages chimériques. Alors , ne sachant plus où placer, dans l'Aneien Testament, une première époque où commençât ia vérité, ils l'abandonnèrent comme n'étant qu'une histoire du peuple hébreu, mêlée de faux prodiges; et ils se persuadèrent que l'Evangile n'avait pas besoin de cet appui pour être considéré comme divin.
19. On n'agita pas d'abord publiquement ces questions ; beaucoup de théologiens même les écartèrent, ou les couvrirent du voile du silence. Mais l'effet se produisait dans les esprits, et il vint inévitablement affecter le christianisme lui - même. La création de l'homme et sa chute n'étant plus considérées que comme une fable allégorique sur quelque chose d'ignoré, furent livrées à des interprétations arbitraires : la rédemption des hommes par Jésus-Christ, intimement liée, tant à cette circonstance, qu'à (oui ce que la Bible renferme sur la nature divine, ne parut plus qu'une idée née et arrangée successivement par des hommes qui avaient voulu, pour e bien de l'humanité, établir une religion positive : de sorte que ceux qui avaient ainsi abandonné la foi, crurent devoir contribuer à soutenir cette religion ; mais en
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insistant peu sur les dogmes, excepté auprès du peuple, chez qui on les regardait comme nécessaires pour appui de la morale. Quant à ceux d'entre les théologiens qui demeurèrent fidèles à la religion révélée, commençant ainsi à se faire distinguer des autres, te fut sur eux que portèrent d'abord les attaques des infidèles déclarés.
4 20. A mesure que la défense devint plus : faible dans le corps des théologiens, par la défection d'une partie d'entre eux , les attaques de la secte qui voulait détruire le christianisme devinrent plus vives : car dès qu'on ne se croyait plus en état de soutenir la Genèse, toute l'histoire de la Bible devenait monstrueuse. Que dire en effet des miracles et des prophéties, qui en forment le lien dès le premier de ses livres, si celui-ci n'était qu'une fable ? Les sarcasmes, d'abord couverts, puis formels, tombèrent sur toute cette histoire; ils furent répandus sous mille formes, et portés avec un acharnement croissant jusque parmi le peuple.
21. Ceux d'entre les théologiens qui avaient vraiment à cœur la religion, voyant que tout ce changement dans les idées était parti de l'opinion répandue par quelques naturalistes sur la Genèse, se sont donné la peine, comme c'était pour eux un devoir, d'étudier leurs ouvrages ; et par la seule considération de la légèreté de leurs assertions et des contradictions qui régnent entre eux, ils ont vu clairement, qu'il n'y avait rien de solide dans leur prétendue science; rien qui dût ébranler une foi si solidement établie depuis bien des siècles, et si essentielle au bonheur des hommes. Mais d'autres, fuyant la peine de l'examen, amoureux de la distinction et de la nouveauté, et décorant du litre de la raison, ce qui n'était que le produit de leur fantaisie, ont arrangé un système de religion, qu'ils prétendent néanmoins tirer de la Bible; et en le publiant, ils ont osé taxer d'obstinés, de bigots, quelquefois même d'hypocrites, ceux d'entre les théologiens qui demeurent fidèles au sens immédiat de ce livre divin.
22. C'est de là qu'est résulté le succès des ennemis déclarés de tout(; religion révélée : ils ont osé soutenir publiquement, que les religions positives n'avaient jamais été que l'invention des prêtres, pour tenir les hommes dans la servitude, et qu'il n'y avait d'autre religion que celle qui existait dans le cœur de chaque homme. C'est celle idée que l'éditeur de la traduction française des ouvrages
à ce philosophe, la secte des mé-
LETTUES SUR LE CHRISTIANISME
rer et à la corriger, si elle n'avait pas sucé tant de poison dans ta Bible.
23. Voilà, monsieur, le vrai caractère du iemps. On pouvait prévoir qu'il arriverait, dès qu'on devint indifférent sur la Genèse, qui est la base de tout l'édifice de la révélation. Mais ce qui a le plus affecté ces contrées, c'est le système qui s'y est répandu sous le nom de nouvelle exégèse de l'Ecriture sainte, qui renverse la religion établie, et ne peut en établir aucune. Il serait bien inutile de dissimuler la nature de ce système; sa publicité est trop grande, et ses effets sont trop évidents pour ne pas l'envisager en face ; il faut au contraire le dévoiler, dans son essence comme dans ses conséquences inévitables, afin d'y fixer l'attention de ceux qui ont à cœur le bien public; et qu'ils sentent ainsi la nécessité de considérer les preuves de la vérité de la Genèse, puisque c'est sur elle que repose tout l'édifice de la révélation.