Je puis aisément comprendre, mon
sieur, que les Juifs ont vu eux-mêmes ce passage que vous leur avez présenté, dans sa liaison avec le reste de l'Epître, qui peut seul lui donner du sens ; et que ceux qui même ont abandonné la foi judaïque, ne pourraient, sans hypocrisie, acquiescer à cette formule. Il en est de même de celle que vous leur proposiez pour le baptême, à la suite du passageprécédent, où vous leur dites : D'après cela , comme vous descendez du judaïsme , on pourrait employer pour vous la formule du baptême dont on voit clairement dans l'histoire des apôtres que Pierre et Paul l'ont employée: Je te baptise au nom {ou comme on pourrait traduire, en la profession) de Christ; à quoi Von pourrait ajouter : fondateur d'une religion plus spirituelle et plus consolante que celle que professe la société religieuse à laquelle tu as appartenu jusqu'à présent. Ainsi il est vraisemblable que la formide qui se trouve dans saint Matthieu, et dont nous avons coutume de nous servir, prise surtout dans sa liaison avec les autres passages où il est parlé de la conversion des gentils (Allez et enseignez toutes les nations ) , était particulièrement employée à l'égard des païens ; et que peut-être Pierre reçut un avis particulier de Christ au sujet du baptême des Juifs. Cependant vous ne pourriez trouver aucun obstacle à vous faire baptiser d'après la seconde formule, si l'on y ajoutait une détermination particulière. Au nom de Dieu, comme Père de tous les hommes (ce qui, dans te judaïsme même; est un dogme fondamental) , de Christ {comme ayant délivré les hommes de l'incrédulité, de la superstition et du vice), et duSaint-Esprit(comme celui dont l'œuvre doit se manifester en nous).
137. Ici, indépendamment du commentaire, vous changiez cette expression importante, du Fils, dans notre formule, en celle de Christ; et vous en donniez la raison, en disant à ces juifs, pag. 31 : Vous souhaitez de ne pas faire usage de l'expression Fils de Dieu , parce que ce mot se prend en divers sens dans les documents sacrés de l'Ancien et du Nouveau Testament, et que n'étant pas bien clairement déterminé, il peut faire illusion. Ceci fait honneur à la délicatesse de votre conscience ; mais le problème n'est pas facile à résoudre pour moi. Permettez-moi, monsieur, de vous représenter que ce problème n'a aucune difficulté pour le chrétien, puisque à cet égard comme en tout, il doit en demeurer aux termes de l'Evangile, qui nous présente cette expression comme un mystère : c'est le mystère de Christ, dit saint Paul, dans un des passages précédents , et par conséquent il n'est pas étonnant qu'il ne puisse être clairement déterminé (1). Pourquoi donc tenter de le déterminer dans un sens humain , et pour des personnes qui ne veulent pas même admettre les mystères de l'Ancien Testament ? Quoique, par une très-grande inconséquence, ils admettent le mystère de Dieu.
(1) J'ai ouï f;iire dans ce pays ci , contre radmissioii de celle désignation de noire Sauveur, une objection qui a été nouvelle pour moi , et qui, quoique bien étrange , me paraît très-répandue; je la placerai , avec son examen, i la tiii de celle lettre.
138. D'ailleurs, dans ce cas comme dans les précédents , vous preniez arbitrairement un milieu inutile : vous demandiez trop aux personnes que vous aviez en vue, et trop peu de beaucoup pour l'Eglise, qui, tant qu'elle demeurera chrétienne, ne saurait admettre deux baptêmes: puisque vous avez cité vousmême un passage de saint Paul, parlant aux Ephésiens, dans lequel il dit, qu'il n'y a qu'un baptême. Mais vous pensiez que la première des formules dont vous aviez fait mention, était admissible suivant l'Evangile même ; conjecturant qu'il y eût une formule particulière pour le baptême des Juifs. C'est ce que je vais examiner en voire présence.
139. Durant sa propre prédication, Jésus ne s'attacha qu'à se faire reconnaître pour le Messie par ceux-mêmes à qui leurs prophètes l'avaient annoncé, savoir les Israélites. C'est ce qu'on voit d'abord dans les cas de la chananéenne et du centurion romain, plus particulièrement dans la première mission des apôtres ( Matth., X, 5 et 6 ) : Jésus envoya ces douze, est-il dit, et leur commanda en disant : N'allez point vers les gentils, et n'entrez point dans aucune ville des Samaritains ; mais plutôt allez vers les brebis perdues de la maison d'Israël. Ce ne fut qu'au temps où tout fut accompli après sa mort et sa résurrection, avant son ascension, et en annonçant à ses apôtres l'envoi du Saint-Esprit, qu'il* leur ordonna d'établir son Eglise, en y admettant les individus de toute nation, gentils et juifs, qui recevraient son Evangile; et alors il institua le baptême, comme une marque de sa bénédiction et un sceau de son alliance pour les membres de cette Eglise. Cette institution est très-solennelle, et nous devons toujours l'avoir présente à l'esprit ; la voici dans les termes du même évangéliste, au chap. XXVIII: Les onze disciples s'en allèrent en Galilée, sur la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre : et quand ils l'eurent vu, ils l'adorèrent ; mais quelques-uns doutèrent. Et Jésus s' approchant, leur parla en disant : Toute puissance m'est donnée aux deux et sur la terre. « Allez donc , et enseignez toutes les nations , les baptisant au nom du Père , du Fils et du Saint-Esprit, et leur enseignant de garder tout ce que je vous ai commandé. Et voici, je suis avec vous jusqu'à la fin du monde. y> 11 n'y a là aucune distinction, et je ne vois pas sur quoi peut se fonder voire remarque, que ce passage doit être pris dans sa liaison avec les autres où il est parlé de la conversion des gentils ; il s'agit formellement de toutes les nations, les Juifs comme les gentils.
140. Venons à saint Pierre , à qui vous pensez, monsieur, que Christ put donner quelque avis particulier pour le baptême des Juifs. La première circonstance qui se présente sur ce sujet, dans les Actes des apôtres, est le jour de la Pentecôte, après la descente du Saint-Esprit; jour mémorable dans l'instilu tion de l'Eglise chrétienne , où Pierre ayant adressé un discours aux assistants, il s'éleva une voix disant : Hommes frères , que ferons^ nous? Alors Pierre répondit: Amendez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom d^
LETTRES SUR LE CHRISTIANISME
Jésus-Christ. C'est peut-être cette circonstance que vous avez en vue: mais d'abord les assistants étaient, tant Juifs que prosélytes, Cretois et Arabes ; et Pierre après la détermination ci-dessus, continuant à leur adresser la parole leur dit : Car à vos enfants est faite la promesse et à tous ceux qui sont loin, mitant que le Seigneur notre Dieu en appellera â soi. Et l'historien ajoute : Ceux donc qui reçurent de bon cœur la parole, furent baptisés, et en ce jour furent ajoutées à l'Eglise environ trois mille personnes. Or ccrlainement il y avait là des gentils
141. Mais la mission de Pierre à Corneille {Actes, chap. X) lève tout doute à cet égard , parce qu'il s'agit positivement de gentils. Lorsque Pierre arriva chez ce ccntenier romain, il avait fait assembler ses parents et ses amis familiers pour le recevoir; et lui ayant récité la vision par laquelle il lui avait été ordonné d'envoyer vers lui, il ajouta : Maintenant nous sommes tous présents devant Dieu, pour entendre tout ce que Dieu t'a ordonné de nous dire. Alors l'apôtre leur prêcha l'Evangile de Christ; et voici ce qui en résulta. Comme Pierre tenait encore ce discours, le Saint-Esprit descendit sur tous. ceux qui écoutaient la parole. Mais les fidèles de là circoncision qui étaient venus avec Pierre, s'étonnèrent que le don du Saint-Esprit fût aussi répandu sur les gentils : car ils les entendaient parler diverses langues et glorifier Dieu. Alors Pierre prenant la parole , dit : Qu'est-ce qui pourrait s'opposer à ce que ceux-ci , qui ont reçu comme nous le Saint-Esprit, ne soient baptisés d'eau? Il commanda donc qu'ils fussent baptisés au nom du Seigneur.
142. Vous voyez, monsieur, que ces expressions abrégées, au nom de Jésus- Christ, au nom du Seigneur , étant employées à l'égard des païens comme pour les Juifs , mais seulement comme annonçant l'acte, et non dans la célébration même du baptême, ne dérogent en rien à l'institution générale, quant à sa forme pour toute l'Eglise ; puisqu'elle y a toujours été suivie dès lors, et que bientôt ceux qui y naissaient n'étaient plus ni païens ni Juifs, mais des enfants nés chrétiens ; et cependant cette formule a été continuée jusqu'à nos jours , pour eux , comme pour toutes les classes de prosélytes. Or telle étant la vraie institution du baptême par Noire-Seigneur, ainsi que son but, quoique le motif et les termes de cette institution soient pour nous un mystère, il n'est permis à personne d'y rien changer, par cela même que c'est un mystère. Et qu'arriverait -il parmi le peuple, si, par ces vacillations de ses propres pasteurs, il venait à se persuader que le baptême, tel qu'il a été administré jusqu'ici, n'est pas nécessaire pour appartenir à l'Eglise de Jésus-Christ ? Ne l'envisageant plus alors que comme une cérémonie arbitraire, et non comme accompagnée d'effets spirituels, dont nous ne pouvons douter sans rejeter l'Evangile, nombre de gens ne songeraient plus à faire baptiser leurs enfants , surtout dans la communion luthérienne , où d'après ce qui s'y trouve institué
pour l'entretien des passeurs , ils reçoivent alors une rétribution. Une sordide économie no leur inspirerait-elle pas d'éviter, pour eu épargner les frais, ce qu'ils ne regarderaient plus que comme une vaine cérémonie ? Je ne doute pas, monsieur, que vous ne soyez instruit de ce qui se passe déjà à cet égard : or considérez ce que deviendrait la société, ce que deviendraient la confiance et l'estime mutuelle entre des individus baptisés et non baptisés I Mais plus que cela: que seraient aux yeux de Dieu des enfants nés dans l'Eglise chrétienne, et cependant demeurés sans baptême ? Notre-Seigneur est mort pour tous, mais nous ne participons à la rédemption qu'à certaines conditions que l'Evangile énonce clairement. La justice de Dieu se manifeste , en ce que les gentils , qui n'ont pas la loi, seront jugés sans la loi ? Mais qu'arrivera-t-il à ceux qui ont reçu la loi? Il seront jugés par la loi. Et qu'arrîverait-il aux pasteurs qui n'auraient pas annoncé cette loi telle qu'elle est? Dieu leur redemanderait l'âme de ceux qui , par là , auraient été entraînés dans l'infidélité. Sentence sur laquelle doivent réfléchir tous ceux qui sont dans le cas d'influer sur l'opinion des autres. Le temps des systèmes est bientôt passé ; celui de la réalité , où chacun de nous rendra compte de sa conduite suivant ce qui lui aura été confié, s'approche chaque jour dès la jeunesse : heureux ceux que notre Sauveur , ei en même temps notre Juge, trouvera fidèles I
143. Vous pensiez , monsieur , que des Juifs prosélytes selon la forme que vous proposiez, seraient admis par les docteurs protestants ; j'en doute, mais vous leur disiez pour fondement de votre confiance (pag. 47): Ils ne manqueraient pas de vous faire éprouver cette tolérance, qui non-seulement est devenue dominante parmi eux, mais qui est aussi accordée depuis un demi-siècle à une troisième tommunaulé qui s'est élevée au milieu d'eux , celle des frères moraves. Je ne m'arrête ici qu'à l'analogie que vous établissez entre deux cas qui me paraissent n'en avoir aucune; car les frères moraves ne diffèrent en rien, quant à la foi, des Eglises protestantes auxquelles ils appartiennent. Je connais celte société presque dès son origine sous sa forme actuelle ; je l'ai observée en Suisse, en Angleterre et en diverses parties de l'Allemagne ; ses membres ne se sont point séparés des communions dans lesquelles ils se trouvaient; ils sont luthériens, i-éiormês, réformés-anglicans suivant les contrées qu'ils habitent : ils ne font point secte, et sont seulement réunis en confrérie : ils ne se distinguent donc, que par l'union fraternelle entre eux , plus resserrée par le zèle com;"iun pour le service divin et pour tous les autres devoirs que prescrit le christianisme , ainsi que par leur but efficace de faire prêcher l'Evangile parmi les païens. Il y a longtemps qu'on les observe dans les contrées où il ont formé des établissements , et ils jouissent partout de l'estime publique.
144. Je dois encore vous représenter, monsieur, que vous êtes aussi dans l'erreur au
Bujct (Jo. l'opinion d'un auteur anglais, quant au titre que les Juifs pourraient acquérir à l'état de citoyens, seulement en rcnonç.;nt à leurs cérémonies; ce qui veut dire, selon ceux à qui vous vous adressez, en reiionçant à toute religion positive Je vais d'abord citer ce passage de voire lettre , page 22, après quoi j'aurai l'honneur de vous exposer le cas dont il s'agit.
Au sujet (le l'aveu que vous me faites avec une franchise si respectable (dites-vous), (ju'en vous joignant à l'Eglise chrétienne , vous désireriez en même temps d'acquérir les droits de citoyens; ce n'est pas à moi à prononcer sur ce qu'un Etat chrétien pourrait encore demander de vous après que vous auriez renoncé à In loi cérémonielle , pour vous conférer ces droits ; je comprends seulement que vous avez fait disparaître un des grands obstacles qui a empêché jusqu'ici la réception de vos confrères parmi les autres citoijens. Il n'y a pas longtemps que dans un ouvrage anglais très-intéressant, Ihe Policy of the Mclropolis, fai trouvé le morceau suivant, que je vais traduire à la lettre, comme appartenant à ce sujet. On avait représenté que lanation juive, restreinte au seul commerce , se rendait coupable de bien des désordres, par l'usure, la fausse monnaie et la vente des effets volés. L'auteur adresse à ce sujet à vos docteurs et à vos supérieurs les paroles suivantes : Jl est bien à souhaiter que les chefs , les supérieurs (leading persons) de la religion judaïque , se fassent un devoir de penser aux moyens d'occuper leur nation d'ouvrages et de productions utiles , et particulièrement la jeunesse , qui croît dans l'oisiveté et le libertinage. Si l'observation rigoureuse du sabbat, et l'obligation que tout animal soit tué par un Juif, les exclut des occupations utiles et du mélange à toute la masse du peuple , de sorte qu'ils ne puissent entrer ni en service ni en apprentissage , il faut au moins empêcher qu'ils ne deviennent nuisibles à l'Etat; et ce mal doit naître naturellement de leur opiniâtreté à garder un système qui est directement contraire aux intérêts de l'Etat et de la moralité. Il y a une inversion de phrases dans ce passage, que je vous ferai remarquer ci-après, et qui en change beaucoup le sens; mais c'est le fond du sujet qu'il importe de connaître d'abord, parce que vous ajoutez, monsieur : // n'y a sans doute qu'une voix sur cet article. La question serait de savoir ce que déciderait le parlement si un grand nombre de Juifs demandaient en conséquence à Londres le droit de bourgeoisie ; et ce que diraient les évêques, qui gardent un profond silence dans l'affaire la plus importante pour l'humanité, la liberté des esclaves. Je n'ai extrait cetarticle que pour justifier, par la conformiléde ces sentiments avec les miens, ce que j'ai dit: que votre renonciation aux loiscérémoniel!es/^t'0î7 un des obstacles à l'acquisition des droits de citoyens pour vos confrères. J'ai voulu faire connaître le vœu si humain d'un auteur étranger, que des hommes de quelque distinction flssent adopter cette démarche. Je dois donc vous montrer, Iwonsicur , par l'auteur lui-même , que son
vœu n'a nul rapport avec le vôtre, et qu'il n'y a aucun doute sur ce que déciderait le parlement, ni sur ce que diraient les évêques, sur une demande telle que vous l'énoncez.
ik6. L'auteur dont vous parlez, est monsieur Colquhoun , magistrat de police trèsdistingué; je citerai la cinquième édition de son ouvrage, publiée en 1797. La classe de Juifs dont il s'agit ici , revient plusieurs fois dans cet ouvrage , et s'il vous était mieux connu, vous n'auri z pas jugé convenable d'en parler. Ces gens-là ont attiré l'attention de la police, comme faisant partie de la classe dépravée du bas peuple, soit dans la capitale, soit dans les villes de manufactures, les ports de mer, et les autres lieux de grand concours. C'est une conséquence déplorable de l'excès d'agrandissement des villes, et d'une population trop resserrée en certains lieux, où se rassemblent les fainéants, par une plus grande facilité à vivre de déprédations, et par la difficulté qu'a la police de les y atteindre, en ce qu'accumulés dans des réduits obscurs, ils s'y succèdent et y changent sans cesse comme des bandes d'oiseaux de proie : ce qui met en défaut la sollicitude du clergé (juant aux mœurs , et réduit presque la police à punir quand les délits sont découverts. Telle est la classe de gens , sans distinction de religion, sur laquelle M. Colquhoun a principalement porté sa vigilante attention , et dont il manifeste les manœuvres, soit pour (jue le public se tienne en garde contre elles, soit pour que l(?s personnes préposées sur les paroisses tâchent d'y apporter quelque remède , chacune suivant leurs fonctions ; et voici ce qu'il dit de général à ce sujet, p. 39: // est certain que le fondement d'une bonne police dans toute la nation , repose sur V exécution des sages règlements du clergé et des magistrats pour le maintien de la morale, qui prévient les crimes. On espère donc que tous ceux qui sont chargés de surveiller les paroisses prendront plus de soin d'y accorder leur assistance par une attention immédiate sur les pauvres, en visitant leurs demeures, et procurant à leurs familles les instructions convenables. Car il est certain que si l'on n'arrête pas les progrès croissants ds l'imuiondité et de la débauche dans cette basse classe du peuple, on ne peut qu'en redouter de très-sérieuses conséquences. Pour particulariser les causes et les effets, l'auteur met ici en note : L'ignorance totale des devoirs religieux et moraux dans cette basse classe du peuple, ne peut être indiquée d'une manière plus frappante que par cette circonstance : que grand nombre de ces gens-là cohabitent sans mariage , et que d'eux sort une lignée, qui, lorsque Ir manque de soins n'en abrège pas les jours, s'élève sous l'exemple de ses parents (tans la plus vile débauche.
146, C'est dans celte cl is^e générale He gens dépra\és, que l'auteur disMugue eusiiiic les Juif^; et quand il y vient, à la pag. 159 il en compte environ vingt mille dans la capitale ot cinq à six mille de plus répandus dans les autres villes, toujours allant et venant; et voici ce qu'il dit do leurs allures : //* vivent
LETTRES SUR EE CIIRISTIAiMSME.
iQU
principalement de leur talent pour de petits vols et pour la rente des effets volés. Elevés dès leur enfance dans la fainéantise , ils acquièrent tous les principes vicieux et dépravés ?'ui peuvent Us rendre propres aux artifices es plus compliqués de déception et de fraude ; auxquels ils manquent rarement d'ajouter le varjtire, lorsqu'il peut servir à sa^lver eux ou leurs associés des punitions infligées par les lois. Ces {i;<'ns-là no se distinguent donc dans la classe dépravée du peuple, que par leur association n.ilionalo; ils ne sont Juil's que pour cela; peut-être même, par cette raison, conservent-ils leurs cérciiionics et s'asseniolentils en syn.'îgotîue : mais ils ont abandonné la foi en leur religion ; et le Dccalogue n'étant plus ainsi revêtu pour eux de Taugustc sanction de la Divinité, cesse de leur servir de règle impéralive. Changeraient-ils en déposant leurs cérémonies ? Sont-ils distincts à cet égard de la basse classe des chrétiens , qui se dépravent aussi en abandonnant leur foi?
147. Voilà, monsieur, quelles ont été les représentations de ce magisl?at aux personnes principales des deux nations, leur faisant remarquer en général , que sans la connaissance des devoirs religieux dans le peuple, toutes les lois civiles sont inefQcaccs pour l'enipèchcr de se corrompre. Ses représentations , de même que celles des chefs de l'Egiise, et de bien d'autres individus amis de l'humanité et zélés pour le bien public , n'ont pas éié infructueuses à l'égard des chrétiens. L'attention des particuliers aisés s'est poriée partout sur l'éducation des enfants des pauvres ; les souscriptions pour des des écoles gratuites, la surveillance sur ces écoles par des personnes respectables de l'un et de l'autre sexe , les vSOu>criplions particulières pour faire paraître décemment ces enfants à l'église le dimanche, et pour qu'après le service , des personnes préposées les interrogent et les instruisent, la com])Osilion d'ouvrages instructifs sur la religion et la morale, mis, sous toutes sortes de formes, à la portée de celte clas^e ( à l'éj^ard (ies<iuels plusieurs personnes du sexe se sont distinguées), sont do plus en plus des objets d'attention privée inilépendanunent dessoins publics, et font le plus grand honneur au caractère national. Mais que peut-on faire à cet égard pour les Juifs? N'est-ce pas aux gens aisés de leur nation à veiller sur leur basse classe, qui ne peut être corrigée que par la religion ?
ikS. Te! est, monsieur, l'état des choses , et voici la dilTérence du passage original de M. Colquhoun dans la partie qui s'y rapporte avec la manière dont vous ra\ez traduit. Il parle d'abord de cette partie de leurs jeunes gens qui s'élève dans l'oisiveté et le libertinage , la recommandant aux soins des personnes principales de leur nation; puis, dans votre traduction , vient cette remarque : Si V observation rigoureuse du sabbv.t , et l'obligation que tout animal soit tué par un Juif, les exclut des occupations utiles et dumélange à toute la masse du peuple, de sorte qu'ils ne
puissent entrer m en service ni en apprentissage , il faut au moins empêcher qu'ils ne deviennent nuisibles à l'Etat ; et ce mal doit naître naturellement de leur opiniâtreté à garder un système qui est directement contraire aux intérêts de l'Etat et de la moralité. XoWà. qui ferait croire que le système contraire aux intérêts de l'Etat et de la moralité . est celui de leurs observances religieuses, et qu'ainsi ce serait un bien qu'ils les abandonnassent; ce qui a dû vous frapper comme bien extraordinaire; mais voici la traduction littérale: Si l'observation rigoureuse du sabbat , et l'obligation que tout animal soit tué par un Juif, les privent de pouvoir être engagés comme apprentis dans des professions utiles , et de se mêler à la masse du peuple en devenant do^ mestiq'ucs ou apprentis , il faut au moins empêcher qu'ils ne deviennent nuisibles à l'Etat ; et ce mal doit naître naturellement de leuf opiniâtreté à suivre le système qui prévaut aujourd'hui dans l'éducation et les habitudes de cette nombreuse classe de peuple, et qui est directement contraire aux intérêts de l'Etat et de la moralité .\ oiVà qui est très-direct, mais qui, dans cet ordre original des phrases, présente une idée toute différente de celle que produit leur inversion; car vous ne pourriez pas passer de l'idée réelle de l'auteur, à votre conclusion : La question serait de savoir ce que déciderait le parlement, si un grand nombre de Juifs demandaient en conséquence à Londres, le droit de bourgeoisie ; puisque ce serait en conséquence de leur système d'éducation et d'habitudes dépravées.
149. Vous mettez aussi en doute, monsieur, ce que diraient les évêques. Mais il ne saurait y avoir de doute à cet égard, même dans l'idée que vous supposiez à M. Colquhoun , c'està-dire que les Juifs , en abandonnant leurs cérémonies, deviendraient de plus dignes membres de la société. Voilà sûrement ce que ne penseraient, ni le parlement, ni la nation , ni les évêques en particulier. Les principes de ces respectables chefs de l'Eglise anglicane sont connus, et ils ont sous les yeux un trop grand théâtre humain , pour pouvoir changer de sentiment : ils ne croient pas qu'un système de morale humaine puisssufllre aux hommes; et ainsi ils ne trouveraient pas que les Juifs, en cessant de reconnaître la vérité des documents qui leur sont communs avec nous , et par conséquent ne croyant plus que leurs lois morales procèdent immédiatement de Dieu, ils les respectassent davantage, et méritassent ainsi plus de confiance de la part de la société chrétienne. L'esprit national lui-même est trop sensé, pour se laisser ébranler à la voix decetic sirène, la philosophie morale; elle s'y fait entendre cependant , comme vous avez pu le voir dans l'exemple cité ci-dessus ; mais par l'accueil qtre reçoivent dans le public les (et-très pastorales des évêques , ainsi que les écrits d'autres ecclésiastiques et laïques qui la peignent telle qu'elle est, il est bien sûr qu'elle ne triomphera pas (1). Une de ces let-
(1) Les écrits pour la défense de la religion et de l'opdM
très pastorales s'applique si directement , monsieur, au sujet de votre question, quel sera dans le siècle prochain l'état de la religion et de la prédication ? elle montre, dis-je, si précisément, d'où procède votre doute pour ces contrées, que je crois devoir vous en traduire ici une partie : elle est du présent évéque de Rothcstcr, le docteur Ho-sley, homme aussi distingué dans la république des lettres que dans l'Eglise; il était alors (1790) cvêque de saint David's, et s'adressait au clergé de son diocèse.
Quelques maximes erronées se sont répandues, qui, si je ne me trompe dans mon observation, influent déjà depuis quelques années dans r administration de la parole de Dieu. L'une est que les laïques , et principalement ceux qui sont le moins instruits, sont peu intéressés aux mystères de la religion , pourvu qu'ils croient être attentifs à leurs devoirs. L'autre, que la religion pratique et la moralité sont une seule et même chose; que les devoirs moraux sont le tout, ou du moins de beaucoup la plus importante partie du christianisme.
L'une et l'autre de ces maximes sont erronées : Vune et l'autre y partout où elles sont reçues, ont une influence pernicieuse sur la prédication de l'Evangile. 'La première sépare très-absurdement l'idée de pratique, des motifs de pratiquer. La dernière , en adoptant cette séparation, réduit le christianisme pratique à la vertu païenne. Et la réunion de ces deux maximes a beaucoup contribué à dépouiller les Sermons du véritable esprit et de la profonde influence du vrai christianisme , en les réduisant à des essais de morale dans lesquels les devoirs moraux sont recommandés, non d'après les puissants motifs que fournit l'Ecriture sainte , mais par des arguments qu'on ne trouve nulle part mieux présentés que dans les écrits des moralistes païens , mais qui sont hors de place dans la chaire chrétienne , d'où l'on doit entendre les ordres de Dieu et non les conseils de la sagesse humaine.
Sous l'influence de ces pernicieuses maximes , il n'arrive que trop souvent que nous perdons de vue le devoir de notre office , celui de prêcher la parole de réconciliation, d'exposer les conditions de paix et de pardon pour les pénitents, et que nous ne faisons usage de la haute vocation à laquelle nous sommes appelés, que pour venir chaque septième jour dé" corés d'un habillement solennel et de l'extérieur de la piété pour singer Epictètc.
150. Je ne crois pas , monsieur, qu'on pût exprimer plus distinctement que par ce peu de mots, la vraie cause du mal que vous apercevez dans l'Eglise, et auquel vous désirer d'apporter remède. Je l'ai dit aussi dès l'entrée : si les ministres de la parole de Dieu cessent de la prêcher; si l'on n'entend de leur part que les conseils de leur sagesse, eur prédication cessant d'être évangélique,
social poursuivent, dans tous leurs genres, ceux qui atlaquent ces l)ases du tjonl.>-ur imblic; et comme les auteurs de ces derniers ouvrages ein|.lojeiii souvent l'allégorie, on ne leur laisse pas libn; re cliainp, où les esprits peuvent être si aisérn(Mit séduits. li a paru onire autres cette année â Londres un préservatif de ce genre , dont -e placerai un iîstrail à la suite de celte lettre.
tombera sous ce rapport, le seul qui puisse intéresser les membres de l'Eglise, elles engager à recevoir instruction et édification ; et a peine quelques-uns de ces pasteurs pourraient-ils encore se faire écouter par leur esprit ingénieux ou leur éloquence. Ce mal, comme je l'ai dit encore, a eu son origine dans le système que la partie historique de l'Ecriture sainte n'appartient pas à la religion : car c'est à cette partie que les mystères sont liés, comme révélés et vrais, et c'est sur eux certainement que repose la religion qui doit diriger la raison humaine , et non point en être dirigée.
15t. Plus ce système absurde prévaudrait dans une contrée, dès l'éducation de l'enfance de tous les individus jusqu'à celle dès jeunes gens qui se destinent à l'état ecclésiastique, et se porterait dans la chaire, d'où l'on ne devrait entendre que les ordres de Dieu, plus ses habitants deviendraient étrangers aux autres nations. Perdant de vue l'histoire du genre humain; oubliant ses rapports réels avec la Divinité , les seuls qui puissent fournir de vrais liens entre les hommes, on ne saurait plus sur quoi compter de leur part : la vraie source du mal qui existe dans le monde, et le remède que Dieu y a apporté dans sa sagesse étant ainsi écartés de leurs esprits, ils chercheraient en vain à corriger le mal aperçu; et ce mal, au contraire, n'étant plus combattu par la parole de celui qui lui opposa une barrière positive dès son origine, irait sans cesse en augmentant. Je vois, monsieur, cette conséquence dans votre propre embarras , qui se manifestait déjà bien fortement dans votre lettre aux auteurs juifs , mais, je l'avoue, d'une manière inconcevable pour moi : je vous conçois mieux dans votre dernier ouvrage , parce que j'y vois que vous désirez apporter du remède au mal ; mais on n'y parviendra pas sans remonter à sa source et sans la tarir. C'est pourquoi, comme il s'agit du plus grand projet que l'homme puisse considérer, je prendrai la liberté de vous exposer quelques réflexions après avoir rapporté le passage qui les a fait naître.
152. Peu après le début de votre lettre à ces autours, vous faites, monsieur, la remarque suivante : Il ne faut pas une connaissance fort approfondie de l'histoire, pour être instruit de la décadence de votre nation, dont la corruption morale fut la suite. Et tout observateur attentif sera convaincu que, relativement au moral , aucune nation , à prendre en général, n'a de supériorité sur une autre, et que dans les villes et les pays chrétiens, il y a souvent de plus grands vices, quoique plus délicats que parmi les nations païennes: que les erreurs que l'on met à la charge de la synagogue , ont été amenées par l'oppression où elle se trouvait , et que si elles ne peuvent être justifiées , elles méritent au moins une excuse équital)le. 11 y a là une grande confusion de faits cl de orincipes; vous ne pensiez pas sans doute , en écrivant cela, que vous répandiez de la lumière dans ce dédale du genre humain , mais vous entr'ouvricz en ^
LETTRES Sl)R LE CHRISTIANISME.
suite la seule route qui puisse y conduire.
153. Vous continuez ainsi : En un mot , le sentiment de Paul lorsque , parlant de la corruption de la masse du genre humain, des Hébreux et des Grecs , des Barbares et des Romains, il dit quils sont tous pécheurs ; ce sentiment, dis-je, se réalisera aussi longtemps que la majeure partie des sociétés religieuses confondra l'extérieur du cidte avec le sentiment religieux; aussi longtemps que Vadoration de VEtre suprême sera une affaire de mémoire , et non celle du coeur et de la conduite, et qu'elle sera traitée dans la première instruction ; aussi longtemps que la sagesse qui réside à côté du Très-Haut, et dont les rayons, quoique rom^ pus, tombent sur notre vie terrestre pour la rendre heureuse et pour nous préparer à la lumière plus pure qui nous éblouirait dans notre état présent ; aussi longtemps que cette sagesse sera rabaissée à la froideur d'une science pleine de sécheresse, et que ses rayons, qui éclairent et échauffent chaque vertu, ne pourront pénétrer les brouillards épais et les nuages de poussière produits par les faiseurs de systèmes en se combattant les tins les autres. Nous sommes donc d'accord sur tous ces points.
i^k. Si en parlant de la corruption de la niasse du genre humain vous entendiez, monsieur, la corruption de la nature humaine, toutes vos remarques auraient été inutiles; celle corruption subsistera tant que l'homme demeurera sur la terre, quehiue chanpjemcnt qu'on fasse au cullc; il n'était possible que de diminuer ses effets et de les réparer, ce auc saint Paul avait principalement en vue. comme nous le verronsibientôt. Si vous faisiez allusion aux excès de cette corruption et aux obstacles à la vraie piété, vous aviez raison de dire qu'ils subsisteront tant que l'on confondra l'extérieur du culte avec le sentiment religieux , cl que l'aduralion de l'Etre suprême sera une alîaire de mémoire, et non du cœur el de la conduite : mais alors on ne comprend pas comment vous pouviez êlre d'accord sur tous ces points avec les Juifs auxquels vous vous adressiez, puisqu'pn abandonnant la révélation, ils ignorent comment Dieu veut être adoré , et ils ne connaissent, ni la nature du mal qui règne parmi le genre humain, ni son remède. Sans doute encore que la sagesse qui réside à côté du Très-Haut ne guidera plus les hommes , tant que ses rayons seront interceptés par les nuages de poussière que font lever les faiseurs de systèmes; mais comment porter remède à ce grand mal , si, à l'exemple de ces Juifs, on laissait à la raison humaine le soin de chercher la sagesse du Trèft-Haut? Ne serait-ce pas détruire tout moyen de prévenir la confusion des systèmes?
155. Cependant vous indiquiez au fond la seule route qui puisse pénétrer dans le dédale du genre humain; et c'était, conune je viens de le dire, en citant saint Paul sur la corruption des hommes. Car son Epître aux Romains, d'où vous tirez ensuite cette expression , Ils sont tous pécheurs, retrace en abrét^é , avec les commentaires les plus im-
portants, toute l'histoire scripturale des horafnes, la seule histoire existante du genre humain : elle retrace, dis-je, l'établissement de la religion d'une manière si conforme à Ihistoire religieuse des peuples, que la raison orgueilleuse est obligée de se soumettre aux faits. La plus grande étude de l'histoire du genre humain , dans les autres auteurs , ne présente et ne saurait présenter qu'un labyrinthe si l'histoire sacrée ne nous y conduit; ce que fait saint Paul en particulier dans cette Epître aux Romains , laquelle va nous fournir un tableau très-développé de l'histoire des hommes el de la religion.
15G. Lorsque dans le commencement de cette Epître, saint Paul dépeint l'excessive corruption qui régnait parmi les gentils, et à laquelle participaient bien des Hébreux, il le fait dans les termes employés déjà par Job, David et plusieurs autres prophètes. Mais lorsqu'ensuite, embrassant l'humanité entière, il dit que tous les hommes sont pécheurs, il parle du grand objet de toute rcr ligion réelle; de la cause du mal qu'elle doit combattre, savoir la dégradation de l'homme par la chute d'Adan). Dès qu'on perd de vue cet objet, ce n'est pas l'Ecriture sainte seulement qui devient inintelligible, c'est le genre humain, c'est la Divinité ellemême. Aussi est-ce ce grand fait que saint Paul pose pour base de son exposition, quand il dit [Chap. V, v. 12) : Comme par un seul homme le péché est entré au monde, la mort y est aussi entrée par le péché, et ainsi la mort est parvenue sur tous les hommes, parce que tous ont péché. 11 s'adresse ici à Ions les prosélytes, gentils comme Juifs, mais voulant surtout fixer l'altention des derniers par leurs propres documents, il s'adresse ainsi à eux au chap. Vil, v. 1 : JVe savez-vous pas^ mes frères (car je parle à ceux qui entendent ce que c'est que la loi), que la loi exerce son pouvoir sur l'homme durant tout le temps de sa vie ?
157. Saint Paul rappelait ainsi aux: Juifs ce que leur enseignait leur loi, que l'état d'innocence de l'homme n'avait existé qu'en Adam et seulement jusqu'à sa désobéissance : il ne prétendait point, quoique apôtre choisi d'une manière très-distinguée, être exempt du péché originel : car dans ce même chapitre, il décrit les combats qu'il sent chez lui entre ses penchants et les lois divines; donnant ainsi une leçon bien importante aux hommes présomptueux, qui placent la base de la morale dans le cœur humain, et qui. par leur satisfaction d'eux-mêmes, méprisent la miséricorde de Dieu dans la rédemption.
158. Tout le plan de saint Paul dans cette Epître, qui à quelques égards, faute d'embrasser son ensemble, a été mal entendue , est de montrer : que c'est par des lois positives, émanées de la Divinité et connues des hommes, que leur conscience les accuse eux-mêmes et qu'ils seront jugés, chaque nation suivant le degré de ses connaissances à cet égard. Dès le premier chapitre , il dislingue deux périodes, comme ajant précédé la venue du Messie :1a première, conunune
DÉMONSTRATION ÉVANGÉLIQUF DELUC.
à tous les hommes avant la vocation d'Abraham et qui continuait pour les gentils; et la dernière, celle dans laquelle se trouvaient les Juifs, comme ayant reçu des lois plus étendues et plus précises ; voici comment il s'exprime à cet égard : Je n ai pas honte de V Evangile (Je Christ, vu qu'il est la puissance de Dieu pour fout croyant, au Juif premièrement puis au Grec ; car la justice de Dieu se révêle plrinement de foi en foi, selon qu'il est écrit : or le juste vivra de foi ; car la colère de Dieu se révèle pleinement du ciel contre toute impiété et injustice des hommes qui tiennent injustement la vérité captive, parce que ce qui peut se connaître de Dieu est manifesté en eux, Dieu le leur ayant manifesté: car les choses invisiblrs de Dieu, savoir, tant sa puissance éternelle que sa divinité, se voient comme d iœil par la création du monde [ou dès la cré.ilion du monAQ, suivant Voriyinal), étant considérées dans ses ouvrages, de sorte qu'ils sont inexcusables, parce qu'ayant connu Dieu ils ne lui ont pas rendu grâces, 7nais ils sont devenus vains dans leurs discours et leur cœur destitué d'intelligence, a été rempli de ténèbres ; se croyant sages ils sont devenus fous, et ils ont changé la gloire de Dieu incorruptible en la ressemblance de l'image de l'homme corruptible et des oiseaux et des bêtes à quatre pieds et des reptiles.
159. C'est ce passage qui est mal entendu quand on n'y discerne pas cequil exprinie de positivement révélé, et on ne l'aperçoit pas, quand on n'a pas présent à l'esprit tout l'ensemble de l'Histoire sacrée; je vais donc rappeler ce qu'elle nous apprend sur cet objet. La défiance et l'ambition occasionnèrent la chute d'Adam : Dieu eut pitié de lui et de sa postérité; il lui promit un Rédempteur, se manifesta plusieurs fois dès lors à lui-même et aux premiers hommes, pour les diriger dans ce nouvel état, et il leur recommanda la piété et la justice : cependant ils se corrompirent, ils remplirent la terre d'extorsions, et Dieu résolut de renouveler hiar race, en choisissant pour cela un homme juste, savoir Noé. — Après le déluge, Dieu se manifesta de nouveau directement à Noé et à sa famille, renouvela alliance avec eux et en eux avec leur postérité, leur recommandant d'y maintenir la piété et la justice : ce qui constitua la première religion positive parmi la nouvelle race du genre humain. Mais celte race se corrompit encore; devenus vains dans leurs discours, les descendants (le Noé tombèrent de nouveau dans l'impiété et rinjustic, et leur cœur se remplissant ainsi de ténèbres, ils changèrent la gloire du Dieu incorruptible, qui leur avait été manifestée en l'image de choses corruptibles. Voiià donc pourquoi ils sont inexcusables : ce n'est pas parce que les hommes n'avaient qu'à étudier la nature, ou, comme s'ex riment les auteurs juifs cités, parce qu'il leur suffisait d'écouter la voix de la nature qui les environnait de toute part, pour connaître les choses invisibles de Dieu, car ce n'est point ce qu'exprime saint Paul; il ne dit pas que ce fût par le monde créé qu'ils
pouvaient être éclaires, mais par la création du monde, dont leurs ancêtres les avaient instruits avec toutes ses circonstances, ainsi que des ordres de Dieu à l'égard de la piété et de la justice ; ce dont le souvenir quoique obscurci, n'était point effacé parmi eux, puisque leurs traditions malgré tout ce que leur imagination déréglée y avait ajouté et changé, retenaient encore et les traces de leur origine et celles de la piété par le culte et les lois de la justice comme positivement ordonnée p ir quelque être supérieur qu'ils continuaient de reconnaître.
ICO. Voilà ce que saint Paul avait présent à l'esprit , et c'est en l'oubliant qu'on se trompe surtout sur le sens de cet autre passage de la méiue Epître {Chap. II, v. ik) : Or quand les gentils qui n'ont point la loi, font naturellement les choses qui sont de la toi ; n'ayant point la loi , ils sont loi à euxmêmes, et ils montrent que l'œuvre de la loi est écrite dans leur cœur, leur conscience leur rendant témoignage et leurs pensées s'accusant entre elles et aussi s' excusant. Tous, disje, donc, seront jugés au jour que Dieu jugera les hommes par Jésus-Christ, selon mon Evangile. Plusieurs personnes concluent de ce p.'xssagc, l'existence d'une loi naturelle, mais sans sortir du oassage même qu'on ne doit pas néanmoins séparer du précédent, deux raisons s'opposent à cette conséquence ; la première est directe, en ce qu'il n'y est pas question d'une loi écrite dans le cœur des gentils, mais de l'œuvre de la loi, d'une chose produite chez eux, savoir la connaissance qu'ils avaient de la loi de Dieu donnée à leurs ancêtres : la seconde rappelle tout ce que dit ailleurs saint Paul, car il veut qu'on l'entende selon son Evangile. 11 parle donc d'un médiateur dont les gentils n'avaient pas perdu l'idée, non plus que du péché originel comme on le voit dans leurs traditions. C'est là son Evangile, et il dit en particulier dans un passage déjà cite du chap. III : Etant justifiés gratuitement par sa grâce, par la rédemption qui est en Jésus- Christ, lequrl Dieu n établi de tout temps pour être une victime de propiliation par la foi en son sang, afin de montrer sa justice ]iar la rémission des péchés précédents, selon la patience de Dieu. Et au chap. XIV, v. 9 : C'est pour cela que Christ est mort et qu'il est ressuscité, et qu'il n repris une nouvelle vie, afin qu'il domine tant sur les morts que sur les vivants.
161. Voilà ce que les gentils qui écoutaient la prédication de l'Evangile durent aisément comprendre, dès qu'ils furent instruits d'une manière précise à l'égard de l'ancienne alliance, car le souvenir demeurait parmi eux du premier sacrifice fait par le chef commun de la nouvelle race des hommes ; plusieurs de leurs anciens hiéroglyphes représentant ce 'personnage dans l'acte de sacrifier, et l'arc-en-ciel qui y est joint était chez eux un signe d'acceptation de ce sacrifice par la Divinité, comme en général celui de l'amour divin.