Vous veniez d'exposer l'état critique
de la religion et de la prédication dans ces contrées, auquel tout chrétien, de quelque pays et même de quelque communion qu'il soit, ne peut que prendre intérêt, puisqu'il s'agit d'un des membres du corps de Christ. Mais cela importe principalement à un protestant,non-seulement pour le protestantisme, mais pour les autres communions, dont l'opinion ne doit pas nous être indifférente. Après, dis-je, cet exposé, vous continuiez ainsi.
Ce sont les observations que nous venons de faire, qui sont cause que le pasteur ne peut jeter dans l'avenir qu'un regard incertain, et qui pourraient inspirer de la crainte à ceux qui se destinent à cet état. Cependant je neveux pas augmenter cette appréhension, ne fûtce que pour ne pas avoir l'air d'être comme le vieillard semper querulus,laudalor temporis acti. Au contraire, je veux inspirer du courage à mes confrères , à moins qu'ils ne se fassent à eux-mêmes des obstacles.
D'abord, il devient toujours plus nécessaire, même dans l'Eglise protestante, de nous unir étroitement (quoique sans aucune convention) puisque nous avons tous les mêmes espérances, et tendons tous au même but principal, de ne prêcher que la religion , et ce qu'elle doit être d'après les fins de Dieu et sous la conduite de son Saint-Esprit; de ne point prêcher quelque système combiné des résultats de la polémique, mais cette sagesse douce et pacifique qui émane de la source infaillible de toute lumière, qui se répand sur tous les habitants raisonnables du globe terrestre, et rend leurs cœurs susceptibles de toutes les \crlus. Cette manière de prêcher n'est pas suivie dans toute son étendue et avec toute /'unité quelle exige.
Quand autrefois la république était menacée de quelque danger commun, chacun oubliait son intérêt propre, pour sauver celui du public. De même aussi il ne s'agit point aujourd'hui d'une opinion humaine, de telle outelledétermination de dogme, mais il s'agit de /a religion en général. Et alors le pasteur qui se détermine par quelque innovation liturgique, excite lui-même le troupeau contre elle. Dans d'autres endroits on décrie la meilleure liturgie, qui est tout à fait dans l'esprit de l'Evangile : et là où toute la maison brûle et se trouve en proie aux flammes, on s'occupe à sauver quelque.^ bâtiments peu importants. Qui ne s'affligerait de cela ?
188. Si les parties de ce passage que j'ai mises en romain en étaient séparées, il n'y aurait rien à ce qu'il me semble en quoi tout chrétien ne dût être d'accord avec vous : mais je vous l'avoue, monsieur, ces parties produisent une grande incertitude dans le sens du reste. Comment d'abord pourrait-on espérer que, sans convention entre les pastours, l'unité régnât dans l'Eglise? — Ou plutôt , pourquoi l'idée de convention vous estelle venue à l'esprit, puisqu'il s'agit d'une Eglise qui a l'Ecriture sainte pour règle invariable ? Sans cette première clause, que je ne comprends pas, aucun doute ne s'élevait sur le sens du passage qui la suit , comme devant exprimer le moyen d'unité : ne pré-^
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chef que la religion, et ce qu'elle doit être suivant les fins de Dieu, et sous la conduite de son Saint-Esprit ; car on ne pourrait entendre alors que la religion tirée imméiliatement de l'Ecriture sainte, dans laquelle, sous la conduite du Saint-Esprit, les fins de Dieu sont directement manifestées aux hommes.
Mais dans ce sens on ne pourrait pas dire , que l'unilé fût produite sans convention; car l'Eglise est convenue que telle sera sa règle; et cette règle était même indispensable, puisque l'Eglise n'attribue pas à ses pasteurs l'émincnte prérogative des apôtres, d'être individuellement conduits par le Saint-Esprit pour manifester les fins de Dieu.
189. Il est si évident que l'Eglise ne saurait avoir aucune autre règle d'unité, qu'on penserait, monsieur, que c'était ce que vous aviez intention de dire, si, voulant expliquer plus précisément votre idée, vous n'augmentiez au contraire l'incertitude produite par la clause précédente en définissant ainsi la religion: Cette sagesse douce et pacifique, qui émane de la source infiiillible de toute lumière qui se répand sur tous les habitants de la terre, et rend leurs cœurs susceptibles de toutes les vertus. Ici encore, si, au lieu des mois se répand , vous eussiez dit , doit se répandre, on aurait entendu ce passage d'après les termes de l'Ecriture sainte, qui annonce l'extension future du christianisme chez tous les peuples de la terre ; ce qui aurait alors un sens fixe, comme étant un des objets de notre foi. Mais en supposant celte lumière déjà répandue sur tous les habitants de la terre , quelle en serait la source infaillible? Serait-ce la raison humaine? la raison de quelques hommes ? Quelle ressource 1 Je ne cesserai de le répéter : que pourraient enseigner ces hommes d'après leurs propres lumières, sur l'origine du genre humain? que diraient-ils de la cause de sa misère? que pourraient-ils affirmer sur les fins de Dieu ? qu'établiraient-ils sur une vie à venir ? Pour attendre de leur part de telles instructions, il faudrait supposer que, par une prérogative soudaine, ils seraient devenus plus éclairés sur tout l'ensemble de la nature et de la société, moins susceptibles d'être entraînés par leur imagination ou leurs passions, plus uniformes dans leurs vues, dans leur manière de voir, de sentir, de juger, que tous les philosophes ne l'ont été jusqu'à nos jours. Je ne saurais donc vous supposer cette idée ; mais alors je me perds dans vos expressions, et je ne suis pas étonné des différents jugements qu'on porte sur vos principes; ce qui devrait certainement vous engager à vous exprimer d'une manière plus positive.
190. Voici encore une partie du même passage sur laquelle il ne s'élèverait aucun doute, sans les parties que je viens d'indiquer; mais qui, à cause d'elles, demande certainement une explication. Vous dites, monsieur : Il ne s'agit point aujourd'hui d'une opinion humaine de telle ou telle détermination des dogmes, mais il s'agit de la religion en général. Je dois croire que vous admettez comme un principe incontestable , que par-
ler d'une religion qui serait sans dogmes au-dessus de notre intelligence, serait énoncer une contradiction, par cela seul que l'essence même de toute religion, est de se rapporter à un Etre suprême : et comme un ici Etre, de quelque manière que l'idée en soit venue à l'esprit des hommes, n'est pas seulement invisible, mais incompréhensible pour nous, il ne peut être qu'un objet de foi, et non de vue ; et pour fonder une religion , il doit être un objet de foi déterminée , et noe vague. D'après ce principe, on ne saurait donc admettre d'opinion humaine sur les dogmes; et puisque pourtant il ne saurait y avoir de religion sans dogmes, d'où les prédicateurs de notre religion pourraient-ils tirer sûrement et uniformément son essence,, que de la source infaillible de toute lumière, les révélations de Dieu aux hommes contenues dans l'Ecriture sainte ?
191. 11 est fâcheux sans doute, que l'Eglise chrétienne se soit divisée en différentes communions , et cela pour quelques différences dans l'interprétation d'une partie des dogmes: diversité qui peut-être aurait pu subsister dans les esprits (demeurant toujours libres, comme on ne saurait l'empêcher) sans rompre l'union de l'Eglise, si au temps de cette séparation, il n'eût régné de part et d'autre que des sentiments de tolérance et de charité chrétienne : car très-probablement , on se serait alors accordé sur la réforme de nombre de choses extérieures, qui n'étaient pas essentielles à la religion, et qui même dès lors se sont en grande partie réformées d'elles-mêmes ; parce que la règle subsistant toujours, savoir l'Ecriture sainte, les discussions paisibles acheminent toujours vers la vérité. C'est ainsi déjà que ces communions, n'ayant pointcessé de considérer en commua les termes exprès de l'Ecriture sainte comme leur règle infaillible, ont aussi toutes retenu, d'après la primitive Eglise, ce que nous nommons le symbole des apôtres; qui est vraiment la doctrine apostolique reconnue de tout temps dans l'Eglise chrétienne, parce qu'on ne peut refuser de l'admettre sans rejeter, ou monstrueusementdéfigurer l'Evangile. Or ces dogmes ne sont pas des opinions humaines; ils nous sont clairement enseignés; et comme base delà religion de Jésus-Christ, ils sont un premier moyen d'uniformité. Je dois donc croire, malgré l'obscurité qui résulte des passages précédents, que vous admettez le symbole des apôtres comme contenant des dogmes fondamentaux du christianisme ; cependant je pense avec bien d'autres personnes, vu l'étal de crise où se trouve^ la religion et que vous manifestez vous-mênie,, qu'en indiquant l'uniformité de la prédication comme un moyen d'y remédier, il aur.iit convenu que vous vous fussiez positivement expliqué sur ce grand objet.
192. Je le répèle, monsieur, sans les expressions que j'ai cru devoir présenter cidessus à voire examen, le reste du passage aurait été vu avec satisfaction par tous les vrais protestants. En particulier, vous vous élevez avec raison contre ceux qui font des
innovations dans les liturgies ; car celles qui existent sont conlorines à 'la foi professée dans chaque communion, et les nouveautés à cet égard occasionnent toujours dans l'Eglise, un trouble bien contraire à l'édification des troupeaux, et elles produisent même un scandale; or l'Evangile dit : malheur à celui par qui le scandale arrive I Vous donnez vous-même, monsieur, contre les innovations à cet égard, ce motif qui'devrait engager les pasteurs à s'en abstenir, quand les consistoires riC seraient pas en droit de le faire cesser; elles excitent, dites-vous, ie troupeau contre elles : à quoi l'on peut ajouter, qu'elles font chanceler la foi; car coamient le troupeau, qui doit être dirigé, conserverait-il de la confiance en ses dirceleurs,s'il les voyait eux-mêmes sans règle lixe?(]e n'est pas dans la religion seule, c'est dans toutes les sciences que les innovations, les néologismes, les changeiiiciils de sens des expressions, en apportant la confusion dans le langage, en produisent dans les idées Aussi tous les vrais savants, à partir de Bacon, se sont-ils élevés contre ces changements, et il n'y a que ceux qui font consister la science dans les mois, ou qui veulent s'eniparer de l'opinion par l'attrait de la nouveauté, qui se livrent à ces futilités nuisibles. Mais combien plus doit-on s'en garder à l'égard de la religion, soit à cause de son origine, soit comme étant plus essentielle à TûOinme que toutes les autres sciences, soit comme appartenant à toutes les classes d'hommes, cl par conséquent à celle qui peut le n)oins se garantir d'erreur, parce qu'elle n'a pas le temps de faire des études suivies. Si l'on était bien pénétré de ces considérations, si, avec la confiance due à l'Ecriture sainte et ayant toutes ses parties pîésentes à l'esprit, on se rappelait la punition que subirent Nadab et Abihu, quoique fils d'Aaron, pour avoir apporté du feu étranger devant l'autel, on craindrait de profaner la religion en substituant, aux idées consacrées dans l'Eglise, celles que l'on conçoit comme individu, sans que ces changements soient reconnus par toute l'Eglise, comme autorisées par l'Ecriture sainte, et même comme absolument nécessaires ; car quant aux convenances, il n'y a point de fin à cet égard dans les idées des hommes.
192 a. Pour confirmer, monsieur, votre remarque à cet égard, je rapporterai un trait bien fra'ppant. Je mets ici à part ceux qui ne croient point à la révélation, quoiqu'ils prétendent soutenir une religion sous le nom de christianisme, classe de personnes qu'il suffit de connaître pour qu'elle perde toute influence dans l'Eglise; je parle de ceux qui disent admettre la révélation dans l'Ecriture sainte, mais seulement à la manière dont ils la conçoivent, et qui se persuadent que si tous les chrétiens se réunissaient à leur opinion, on ferait cesser les attaques contre la révélation eUe-même ; comme si les preuves de sa réalité n'étaient pas indépendantes de notre manière de concevoir ses mystères. Le docteur Priestley, dont les conceptions sont bien plus éloignées que celles de suciniens,etsans
comparaison plus que celles des ariens , de la doctrine reçue dans toutes les rommnnions, me servira d'exemple. Je lui ai entendu soutenir avec chaleur, que son opinion était le vrai christianisme, le seul qui, si l'on voulait s'y réunir, pût fermer la bouche aux incrédules, et il a fait secte par ce moyen. Or, quel était ce christianisme ? le voici en abrégé. « Il n'y a point de distinction de matière et d'esprit, tout le monde consiste en des points d'attraction et de répulsion : les hommes en particulier sont des composés de ces points ; à leur mort tout est détruit comme si rien de pareil n'eût existé, c'est-à-dire que certaines vibrations et vibrationcules de ces points qui, durant le cours de la vie des individus, forment graduellement la personnalité, le moi individuel, sont détruites comme associées. Mais un assemblage pareil de points, Jésus-Christ, a été envoyé de Dieu pour aimoncer la résurrection ; Dieu l'a ressuscité pour en fournir la preuve; ain^^i nous pouvons attendre avec certitude qu'au dernier jour tous les moi individuels qui avaient existé jusqu'alors, seront reproduits avec la même personnalité, et seulement dans un état plus parfait. Telle étiiit la doctrine de la primitive Eglise parmi les Juifs ; ce furent les pa'iens platoniciens qui introduisirent les idées d'âme distincte du corps, de nature divine en Jésus-Christ, et autres idées analogués, qu'ils insérèrent dans nos livres sacrés. »
192 b. Ayant beaucoup connu le docteur Priestley , l'homme le plus circonspect en physique , et le plus confiant dans ses idées en théologie ( contraste bien surprenant ), je ne doute point qu'il ne soutînt de bonne foi cet étrange système ; mais que ne peut pas l'esprit de secte sur l'imagination des hommes î 11 n'est donc rien de plus dangereux que de se livrer à des systèmes particuliers dans la religion, et ainsi , il est essentiel de la bien définir quant à sa nature. La révélation est certaine , par des preuves absolument indépendantes de ce que nous pouvons concevoir des mystères divins qu'elle renferme; car tout ce qui tient à l'historique, à quoi ces mystères sont liés, est certiin; et c'est ce qui nous certifie leur vérité, qui ne dépend point de notre jugement. Si chacun voulait se livrer à l'interprétation des divins mystères suivant ce qu'il trouve le plus probable , leur nature même étant incompréhensible, pour nous dans ce monde , à quelque point qu'on s'efforçât de les rapprocher de notre pouvoir de conception , jamais on ne pourrait être d'accord ; toujours aussi quelque partie de l'histoire elle-même subirait des altérations, suivant ces différentes idées ; et alors qu'arriverait-il ? Ceux qui ne sont pas en état de remonter aux preuves directes de la révélation elle-même, voyant changer les liturgies, ou en général les idées depuis longtemps reçues dans les diverses communions, s'absenteraient de plus en plus des Eglises ; car les homnies n'aiment pas l'incertitude , à u»oins qu'ils ne s'en fassent un système, etalors
lOol
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i!s s'en accommodent par esprit de système. Or que deviendrait enfln la société, où pourtant les hommes sont sans cesse en action ! 193. Vous terminez, monsieur, lepassaj^e que j'ai rapporté ci-dessus, par une allégorie qui aurait encore un grand besoin d'explication. Là où toute la maison brûle, ditesvous, et se trouve en proie aux flammes, on s'occupe à sauver quelques bâtiments peu importants ; qui ne s'affligerait de cela ! Je remarquerai d'abord que cette figure est trop générale ; car ce n'est point, grâces à Dieu , toute l'Eglise chrélienne qui est en proie à celte espècede conflagralion ; elle est locale ; mais il est vrai que toute l'Eglise est men'acée par les adversaires de la révélation; et que dans cet état, comme dans tous les cas où l'intérêt commun est majeur, les intérêts particuliers doivent lui céder. J'appliquerais donc votre remarque aux dissentiments qui subsistent, soit entre des personnes de même communion , soit entre les communions elles-mêmes à l'égard de l'interprétation de quelques passages de l'Ecriture sainte, et dans lesquels chacun demeure attaché à son sentiment ; circonstance qui prouve au moins , qu'on demeure attaché à l'Ecriture sainte elle-même. Or l'expérience du passé sur l'inutilité de ces controverses , devrait nous pénétrer tous de l'idée que leur durée procède de ce qu'il s'agit d'objets au-dessus de notre intelligence dans ce monde, et sur lesquels on peut se diviser de bonne foi ; de sorte qu'il ne nous reste qu'à nous conformer aux ordres de notre Sauveur, qui sont expressément, de nous supporter (es uns les ow/res, jusqu'à ce qu'il lui plaise de réunir tous les hommes sous une Hiême foi. Les controverses devraient donc sans doute cesser sur ces objets, tandis qu'il existe des attaques aux bases mêmes de l'édifice que tous les chréiiens doivent défendre en commun ; mais c'est là la seule application que je puisse concevoir de votre allégorie , et dans ce temps , dont les signes procèdent d'une secte qui soutient qu'il n'y a point de dogmes révélés, il importe d'énoncer clairement contre elle, que ce ne sont pas ces dogmes eux-mêmes qu'on pense devoir abandonner, pour ne sauver alors qu'une religion chimérique.
1%. On entend dire sur ce sujet à quelques personnes, et même à des ecclésiastiques, pour se justifier d'une telle innovation : Ne voyez-vous pas que les incrédules tournent ■en ridicule notre histoire sacrée , nos dogmes , notre culte ? Ne vaut-il pas m,ieux abandonner peu à peu ces choses qui ne sont pas de première nécessité, pour sauver la morale. Je ne serais pas plus étonné si j'entendais dire : Ne voyez-vous pas qu'on tourne en ridicule le cas que nous faisons de nos arbres ? ne vaudraitil pas mieux les abandonner, pour les fruits? Quand on ne sait pas mépriser le ridicule déraisonnable , on mérite d'en être victime. Quiconque, faute de s'être préparé par les études nécessaires, n'est pas en état de défendre contre les incrédules, le précieux dépôt de la révélation , ne mérite pas qu'il lui soit
drai la
lettre suivante
j'espère
confié. C'est donc sur l'instruction et sur l'examen de ceux qui se vouent à l'état ecclésiastique, que doit se tourner la vue; et comme vous, monsieur, qui occupez une place éminente dai.s l'Eglise, avez si bien vu le mal qui y existe à cet égard, il y a lieu d'espérer que vous contribuerez de tout votre pouvoir à y apporter un remède efficace.
195. J'ai encore, monsieur, quelques remarques à vous présenter, et c'est sur l'éducation de l'enfance ; mais ce ne sera plus dans le même sens que je m'étais proposé d'après l'idée que m'offrit d'abord votre lettre aux auteurs juifs, dans laquelle {page 3) vous présentiez comme un mal, que l'adoration de Dieu fût traitée dans la premièrn instruction. Je crus alors que vous désapprouviez léducalion religieuse de l'enfance ; et ce fut dans cette idée que j'annonçai , à la suite de mes lettres sur ce sujet, celle* que j'ai rappelée dans la première de celles-ci. Mais vous vous êtes expliqué à cet égard dans votre dernier ouvrage ; vous ne blâmez, dans cet enseignement, que les mauvaises méthodes. Or me faisant honneur de penser comme vous à cet égard sur l'objet général, je prenliberté de vous présenter, dans la quelques réflexions qui , concourront à vos vues.
ETTRE IX.
Considérations sur l'éducation religieuse , et sur le culte relativement aux enfants, d'après l'Ecriture sainte.
Monsieur,
196. Comme texte sur cet important objet, je commencerai par rapporter vos remarques générales sur l'éducation religieuse dans ces contrées. Dans les écoles grandes et petites des villes (dites-vous, p. 3), ou l'on prend bien peu de soin de l'éducation religieuse de la jeunesse, ou on l'instruit d'après de mauvais catéchismes. Souvent encore à la campagne, c'est un mauvais maître d'école qui est chargé de ce soin. Ou bien encore, une grande partie des instituteurs instruisent d'après un cours fait à l'Académie, qu'ils n'ont qu'à moitié compris ou retenu. Et cela se fait dans un temps où les jeunes gens instruits de cette manière entendent souvent, ou dans la maison paternelle, ou dans les sociétés dans lesquelles ils sont introduits {bien plus de nos jours qu'autrefois) des doutes, souvent même des plaisanteries sur la religion; ce qui leur fait rejeter le vrai comme le faux.
197. Voilà, monsieur, un tableau bien triste ; mais de qui peut dépendre le remède, et d'abord quant aux maîtres d'école, si ce n'est des corps qui les instituent? Le mal certainement provient de ce que, dans les séminaires où ils sont instruits , on ne le fait plus d'après la source de toute instruction relativement à Dieu et à l'homme, savoir l'Ecriture sainte, considérée comme inspirée de Dieu lui-même ; et de ce qu'ainsi on ne fonde plus la religion sur sa vraie et unique base, qui appuie les devoirs de tous les états, et en particulier ceux des personnes chat»
gées de l'enseignempnt, en joignant à ces devoirs les seuls motifs qui puissent les faire respcctor , puisque les considérations humaines peuvent toujours être négligées, même combattues. Ceux qui enseignent dans les écoles de la campagne et dans les petites écoles des villes, vu la modicité de leur état, ne sauraient être des hommes de talents distingués ; ils retiennent ce qu'on leur enseigne, et se le rendant familier, ils l'enseignent aux enfa'nts : ils ne sont donc que les organes de leurs propres instituteurs, qui eux-mêmes sont les organes des personnes préposées , tant pour veiller à leur instruction, que pour les examiner avant que de leur donner la charge d'instruire. Les instructeurs et les examinateurs des maîtres d'école, sont donc les premières sources d'où procède l'instruction (iu peuple, et d'après vos plaintes , c'est vers eux qu'on doit naturellement tourner les regards.
198. Vous avez pensé, monsieur {page 90), que les pasteurs des campagnes devraient surveiller les maîtres d'école et se charger même d'une partie de leurs fonctions, en recevant aussi une partie de leurs émoluments. Mais c'était là une surveillance naturellement établie autrefois, et que les pasteurs, pénétrés de la sainteté de leur ministère, rangeaient parmi leurs devoirs : pourquoi donc aujourd'hui fàut-il les y engager par intérêt? C'est là un grand signe du temps dont on doit naturellement chercher la cause, et elle ne se trouve que trop aisément dans les grands séminaires, les académies et les universités, d'où la science doit couler dans tous ses canaux , et en particulier celle de la religion. Or comment se trouve cette source en bien des lieux? Elle y a été corrompue par le philosophisme, qui prend le masque du christianisme pour inculquer des principes nouveaux, substitués à ceux qui, jusqu'ici , ont dirigé les hommes dans l'état social d'après Dieu lui-même.
199. Je veux croire que ceux d'entre les professeurs spécialement chargés de cette branche d'instruction qui , par leur Exégèse font disparaître les dogmes divins, retiennent néanmoins la morale chrétienne, et qu'ils en font la base de leurs leçons. Mais sur quoi peuvent-ils appuyer cette morale, qui la rende respectable aux hommes et à ceux mêmes qui devront l'enseigner? Qu'estce encore qui tiendra en bride les instituteurs dans les sciences humaines; dans l'histoire, la logique, la métaphysique, la physique, l'histoire naturelle, la philosophie morale, qui toutes ont des rapports plus ou moins prochains avec la religion , si les lois positives de Dieu ne leur impriment pas le sentiment de tous leurs devoirs ? Vous m'avez fait frémir, monsieur, par la peinture suivante des lieux où le candidat ecclésiastique reçoit son instruction. Dès quil arrive à Vuniversilé (liites-vous, page 28) il apprend à connaître la prétendue liberté académique, qulieureasemcnt je rj,e connais point par ma propre expérience. Né et élevé à Lcipsick.je restai , même pendant le cours de mes éludes académiques ,
dans le cercle d'une nombreuse famille ; et fréquentant peu les autres écoliers , feus peu oc~ casion de faire connaissance avec cette amie des étudiants {comme on rappelle] , qui d'ailleurs ne se montre pas aussi ouvertement à Leipsick qu'autre part. Mais j'ai appris dans la suite , et j'ai vu moi-même dans les actes, comme professeur à Eelmstedl , quelle se présente sous un aspect séduisant, environnée d'adorateurs : qu'elle attire les jeunes gens sans expérience , en leur promettant des douceurs qu'ils ne trouveront qu'avec elle, et que par conséquent on ne trouve qu'aux académies. Mais je suis persuadé, que dans le fond c'est une traîtresse, qui dépouille ses esclaves et les plonge pour longtemps dans un abîme de dettes : qui leur fait perdre le temps nécessaire à repasser leurs leçons, qui partage et distrait l'attention, affaiblit l'âme, détruit la santé, et laisse chez ceux qui n'ont pas perdu toute sensibilité, la honte et des regrets amers. Un élal tel que celui-là serait-il concevable sous des professeurs vraiment chrétiens , et qui par conséquent, animés d'un vrai zèle pour leurs devoirs, presseraient auprès de leurs élèves l'obéissance aux lois positives de Dieu, base de toutes les autres lois (ju'ils sont chargés d'imprimer dans le cœur de la jeunesse qu'on leur confie ? On ne saurait se le persuader ; parce que le corps des professeurs a un pouvoir correctionnel, et qu'au besoin il peut réclamer celui des gouvernements.
200. Dieu a donné aux hommes des lois précises pour diriger leurs penchants ; si ou leur substitue dos lois spéculatives , chacun se les fait à soi-même; des considérations philosophiques à cet égard n'ont aucune force contre la pente de la jeunesse à ces plaisirs que lui promet l'Amie des Etudiants ; et les élèves sortent de ces séminaires avec des maximes dans leur mémoire et l'habitude de les violer. Que peut-on attendre de ces jeunes gens lorsqu'ils viennent à être eux-mêmes chargés d'inslruire? Voilà donc une sour.ce très-caractériséc des signes du temps, signes qui annoncent la décadence de tout bien. C'est sous cette influence malheureuse, d'où résulte également l'indifféieiice pour la religion dans tous les rangs de la société, que s'élève une génération dans laquelle il n'y aura bientôt ni gens capables de diriger une éducation salutaire , ni disposition dans la jeunesse à se laisser diriger.
201. Mais sans doute que ce n'est pas assez de pourvoir à ce que ceux qui se destinent à devenir pasteurs de paroisses, et leurs subordonnés dans l'éducation des enfants, soient instruits dans les vrais principes du christianisme et y conforment leurs mœurs ; il faut encore joindre à ces premiers soins des livres élémentaires de religion , des catéchismes formés sur ce seul plan salutaire, pour que les premiers rudiments de la foi et des devoirs ne soient pas laissés à l'arbitraire des maîtres d'école, ni même de leurs surveillants immédiats, les pasteurs; car il ne pourrait qu'en résulter de l'incertitude et de I;< confusion. Voué faites, monsieur, sur ce sujet, à la page 49 de votre ouvrage, une re-
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marque qui exige un mûr examen : c'est des caléchisiucs que vous parlez. C'est là qu'on dit (C abord aux enfants: Dieu a dit cela; et ensuite: Luther a dit cela; puis on continue à raisonner diaprés cette méthode. Ce que Dieu a dit est sans doute plus important que ce qu'a dit Luther , en suivant celle marche les enfants ne voleront pas peut-être ; mais ils se permettront toutes sortes de friponneries. Cet inconvénient funeste serait peut-être levé si chaque fois qu'on enseigne un précepte de Luther, on ajoulail que ce précepte est puisé dans la doc-trine même de Jésus-Christ. Mais je crois pouvoir assurer que si Von demandait aux hommes faits d'une paroisse de campagne, d'où Luther a pris les préceptes qu'il enseigne, peu d'entre eux seraient en état de répondre à celle question. Je vous avoue, ■.nonsiour, que l'ensemble de celle remarque m'étonue, parce que je mi> rappelle fort bien qu'aux premiers temps où j'ai voyagé dans ces coiiîrées, le peui)le des campagnes me parut très-religieux; les dimanches surtout j'avais un grand plaisir à le contempler, soit au service divin, soit dans tout le reste de la journée ; il était donc convenablement instruit, puisqu'il sentait le prix de la religion; et il en possédait ainsi tout ce qui était nécessaire à son vrai bonheur et à celui de l'Etat. On ne l'entretenait pas de connaissances inutiles à sa vocation, nuisibles même à ses occupations journalières ; mais on lui enseignait celle qui est indispensable dans tous les états de la vie, savoir la loi de Dieu, qui ne cessait pas dèlre telle pour être présentée par Luther, dès qu'il le faisait dans les paroles de l'Ecriture sainle; et ce langage n'est devenu un objet de satire que depuis que l'Ecriture sainte elle-même n'est plus respectée. Mais en même temps, pour comprendre le sort qu'auraient des catéchismes philosophiques, il n'y a qu'à voir commentles philosophes euxmêmes se satirisent les uns les autres. Jamais il n'y aura rien de sûrement respecté parmi les hommes, que ce que Dieu lui-même leur a donné pour inslruclion.
502. Vous proposez ensuite, monsieur, un changement que voici : // me semble clone dites-vous, que dans les éditions qu'on donne du Décalogue, on devrait faire imprimer séparément, d'abord les Commandements avec ce titre : Premiers éléments de gouvernement civil établi par Moïse parmi tes Israélites; ensuite les Commandements de Jésus-Christ avec cette autre défînilion : Où tout homme peut puiser des motifs d'une vraie piété et de toutes les vertus. Ce qui devrait être suivi des explications de ces Commandements , de manière qu'elles se succédassent les unes aux autres.
203. Je dois encore vous avouer, monsieur, que je trouve cela fort loin de pouvoir porter quelque remède au mal dont vous vous plaignez : vous vouliez sans doute que cela fûi ; mais dans les circonstances actuelles, bien des gens pourraient porter plus loin que moi les conséquences de ce que j'y remarque. Dans ce plan, il est vrai, on ne voit plus Luther prescrire les devoirs; mais vous vouliez que les Commandements pro-
Démonst Evang, XII,
cédassent de Dieu lui-même ; et cependant ceux qui pensent que Dieu ne s'est jamais révélé aux hommes que par leur propre cœur, et que la morale de la Bible n'a point d'autre source que le cœur et l'esprit de quelques hommes, pourraient s'exprimer dans les mêmes termes que vous. Je ne considérerai pas, monsieur, votre intention, parce que je dois la croire chrélieniie, mais j'examinerai ce qu'on pourrait la supposer d'après vos expressions.
204. Je m'arrêlerai d'abord au Décalogue, que vous considérez sous deux points de vue : son essence et sou origine. Au premier égard vous le présentez comme de premiers éléments de gouvernement civil ; et je ne conçois pas comment vous pouvez l'envisager sous ce point de vue. La première Table de ces lois se rapporte aux devoirs envers Dieu, fondés sur des motifs précis, et qui sont prescrits, non aux Israélites seulement, mais à tous les hommes à qui le Décalogue devait parvenir. La seconde Table est un code moral et non civil; c'est une morale positive et non spéculaîive : elle est prescrite par le Créateur lui-même à une société formée sous sa direction immédiate ; et si ses lois n'étaient encore, conune vous le diies, que de premiers éléments non civils, mais de la morale sociale, c'est parce que la société des Israélites devait rester isolée pendant un certain temps ; et ces éléments ne devaient pas moins demeurer les bases de la société chrétienne, avec l'addilion qu'ils ont reçue quand la morale positive établie par la Divinité fut destinée à tout le^genre humain ( § 154 etsuiv.). Voilà ce qui' me paraît évident quant à l'essence de cette loi.
205. Mais comment le Décalogue pouvaitil être obligatoire pour les hommes ? quelle a été sa sanction? En disant qu'il fut établi par Moïse, on ne vous distinguerait point, monsieur, des auteurs juifs auxquels nous avons répondu l'un et l'autre, qui ne considèrent Moïse que comme un homme doué de grands talents et ayant de grandes vues ; au lieu qu'il est évident, d'après toute son histoire , qu'il avait par lui-même si peu d'empire sur le peuple hébreu, presque toujours disposé à murmurer et à se rebeller contre lui, que jamais il n'aurait obtenu son obéissance, s'il n'eût été immédiatement appuyé du pouvoir de l'Elre même qui lui dicta, tant le Décalogue que toutes les lois cérémonielles et civiles qu'il lui imposa. Depuis qu'on s'est persuacié que l'histoire n'a rien de commun avec la religion, on a oublié celle des Israélites, de ce peuple de col roide si difûcile à conduire ; on a oublié les déclarations dé Moïse lui-même, si inUme— ment liées à toutes les circonstances de son histoire; on a oublié, dis-je, que, sans cesse obligé d'employer la contrainte pour retenir ses frères ou pour les faire agir contre leur gré, il n'employa jamais le moyen de se faire un parti, pour opposer la force à la résistance; qu'il ne prit jamais de gardes pour se garantir des complots, comme y aurait été obligé un simple chef humain ; enfin, qu'il
[Trente-quatre.]
DEMONSTRATION ËVANGEIJULE. OfLUC.
n'eut pas même l'avantage des conquérants, celui des conquêtes ; puisqu'il lui fut ordonné de retenir les Israélites dans le désert, jusqu'à la mort de tous ceux qui avaient murmuré les premiers et s'étaient défiés des promesses de Dieu annoncées par sa bouche; ce qui dura quarante ans, pendant lesquels ils vinrentsculeinent s'appuyer au Jourdain. On voit au premier cliapit:c des Nombres, que la seconde année de la sortie des Israélites hors d'Egypte, ils étaient six cent trois mille cinq cent cinquante hommes proj)res à la guerre ; et au chapitre XXVI on trouve un nouveau dénombrement l'ail après ui.e plaie qui vint les Irapper à cause de leur •commerce, contre les ordres de Dieu, avec les filles de Moab; plaie dont ils lurent délivrés par le zèle de Phinécs, qui transperça d'une javeline un Israélite et une Madianile qui bravaient celle défense au milieu de l'assemblée. A celle dernière époque les gens comptés tribu par tribu comme la première fois, moulèrent au nombre de six cent un mille sepl cent trente, dont il est dit : quil ne s'en trouva aucun de ceux qui avaient été dénombrés par Moïse cl Aaron au désert de Sinat; car C Eternel avait dit d'eux que certainement ils mourraient au désert.
206. En un mot, quand on lit loule celte histoire , du commencement de l'Exode jusqu'à la fin du Deutéronome, on est tellement ffappé de l'absurdité dans laquelle tombent ceux qui ne veuknt considérer Moïse que comme un habile homme, qu'on ne peut s'empêcher de reconnaître que pour pouvoir donner quelque couleur au système modornc à cet égard, il a fallu faire cesser la lecture, extrêmement intéressante en elle-même, di s quatre derniers livres de Moïse. 11 est impossible, dis-je, qu'en voyant dans celle histoire la marche des événements, on ne sente pas la vérité de tous les traits qui en manifestent le premier mobile, et dont je vais rapporter quelques-uns.
Lévilique, XXVI, U6. Après les détails du culte, ainsi que les lois cérémonielles, civiles et, pénales qui composent ce livre, il est dit : Ce sont-là les ordonnances, les jugements el les lois que V Eternel établit entre lui et les enfants d'Israël, sur la montagne de Sinaï , par le moyen de Moïse.
Nombres, XVI, 26 et s. Coré, de la tribu de Lévi, avec Dalhan et Abiron de celle de lluben, avaient formé un parti contre Moïse et Aaron, les accusant de s'être élevés sans droit au-dessus de leur nation ; Witïse d'abord se prosterna la face contre terre ; puis il tâcha de les ramener par des représentations ; et sur ce qu'ils persistèrent, il leur dit de prendre des encensoirs, el de venir le lendemain offrir des parlums. Et l'Eternel parla à Moïse, disant : Parle à l'assemblée et leur dis : Retirez-vous d'auprès des pavillons de Coré, de Dathan et d' Abiron. Moïse donc se leva el s'en alla vers Dalhan et Abiron , et tes anciens d'Israël le suivirent. Et il parla à l'assemblée en disant : Retirez-vous, je vous prie, d'auprès des lentes de ces méchants hommes, el ne touchez à rien de ce qui leur
appartient , de peur que vous ne soyez consufné s pour tous vos péchés. Us se retirèrent donc d'auprès des pavillons de Coré, de Dalhan et d' Abiron, et Dalhan et Abiron sortirent, et se tinrent debout à l'entrée de leurs tentes , avec leurs femmes, leurs enfants et leurs familles. Et Moïse dit :Vous connaîtrez à ceci que l'Eternel m'a envoyé pour faire toutes ces choses-là, et que je n'ai rien fait de moi-même. Si ceux-là meurent comme tous les autre's hommes meurent, et s'ils sont punis de la punition de tous les hommes, l'Eternel ne m'a pas envoyé. Mais si l'Eternel crée un cas tout nouveau, et que la teire ouvre sa bouche el les engloutisse avec tout ce qui* leur appartient, el qu'ils descendent tout vifs dans le gouffre , alo7-s vous saurez que ces hommes~ là ont irrité par mépris l'Eternel. Et il arriva, qu'aussitôt qu'il eut achevé de dire ces paroles, la terre qui était sous eux se fendit, et la terre ouvrit sa bouche et les engloutit, avec leurs tentes et tous les hommes qui étaient à Coré et tous leurs biens : ils descendirent tout vifs dans le gouffre, eux el tous ceux qui étaient avec eux, el la terre les couvrit, et ils périrent au milieu de l'assemblée. On voit de même dans touîe rhisloirc du gouvernement de Moïse, qu'il ne put maintenir son autorité au milieu des Israélites que par ces marques éclatantes de la protection immédiate de Dieu, soit pour les secourir, soit pour les punir; et toujours il restait quehiue monument qui en perpétuait la mémoire. Ici par exemple. Dieu ordonna que 1rs encensoirs d'airain qu'avaient préparés ces rebelles, fussciit cherchés dans les décombres , et qu'on en fil des plaques pour couvrir laulel, en mémorial ; ce qui fol exécuté. De sorte que de génération en génération, l'aulf-l luimênîc r.ippela la punition de Coré, Dalhan el Abiron , et on la trouve aussi mentionnée dans la suite.
Deutéronome, IV, 32, Moïse rappelant au peuple toutes les raisons qu'il avait d'être soumis aux lois que Dieu lui-même leur avait imposées, lui dit entre autres: Car informetoi des premiers temps, qui ont été avant toi , depuis le jour que Dieu a créé l'homme sur la terre, et depuis un bout des deux jusqu'à l'autre bout, s'il a jamais été rien de semblable à cette grande chose, et s'il a jamais été rien entendu de semblable, savoir, qu'un peuple ait entendu la voix de Dieu parlant du milieu du feu, comme tu l'as entendue, el qu'il soit demeuré en vie.... Il t'a fait entendre, su voix pour l'instruire, cl il t'a montré son grand feu sur la terre, et tu as entendu ses paroles du milieu du feu. Et parce qu'il a aimé les pères, il a choisi leur postérité après eux, et l'a tiré d'Egypte devant sa face par sa grande puissance.
207. Il serait inutile de rassembler un plus grand nombre de traits semblables à ceux-là, qui tous caractérisent la théocratie immédiate sous laquelle les Israélites se trouvèrent si longtemps. Qu'on retourne à cette histoire délaissée ; qu'on la lise en écartant les erreurs répan"8ues quant à la (îenèse, el en se dépouillant de l'idée, fille de l'orgueil c(