‹ Dâemonstrations âevangâeliquesChapitre 160 sur 202 · LETTRES SUR LE · texte numérisé non relu

LETTRES SUR LE

de l'ignorance, sur la nature, que le Créateur de l'univers ne peut pas créer des cas nouveaux quand- il veut montrer sa volonté aux hommes ; qu'il no peut pas former, dans le milieu par lequel la voix des hommes se transmet , dos sons articulés qui frappent leurs oreilles ; et tous ces doutes s'évanouironl comme de mauvais rêves.

208. M est donc nécessaire que les catéchismes composés pour les enfants, servent à iuipriinor dès tôt âgo dans leur esprit ot dans leur cœur, quo le Décalogue est la loi de Dieu lui-même. El commonl alors pourraiton s'ompéchor i\(^ leur t onner |)our cet effet un abrégé de l'histoire du peuple qui reçut ce code pour liii-niéii;c et pour ses descondanls, puisqu'il porte co.Mime exorde: Ecoute Israël ! Je nuis VElernel ton Dieu, (j'ai t'ai relire du pays d'iùjijple, de Inmaison de servitude ? Voilà donc ce qu'il faut expliquer aux enfants, cl par l'histoire sainte ollo-môme , aOn qu'ils sachent quel est l'Etre qu'ils entendent dans le Décaiogue. Le législateur n'y est certainement pas Mo'i'so; c'est l'Etre suprême qui a créé iout ce qui existe, lui seul étant éterno! ; ijui gouverne toutes choses , de qui les hommes dépondent ; qui, jour fixer ses instructions chez un peuple qui les conservât pures, choisit Ahraham pour en faire descendre ce peuple , qu'il retira miraculeusement de l'Egypte. Tout cela est à la portée des enfants, ot c'est par là seulement qu'on peut leur imprimer pour l'Elre suprême cette vénération efficace en toutes bonnes œuvres, qui ses accompagnera toujours, mais qu'on ne produirait pas par l'idée de Mo'ise , considéré con)me simple législateur humain de ce peuple. C'est en même temps le seul moyen d'imprimer chez les enfants, l'idée même de l'exislence de Dieu : car sans doute qu'on ne penserait pas à en mettre les preu ves dans ces catéchismes, ni à charger les maîtres d'école , fussent-ils d'une classe plus relevée qu'il ne le sont aujourd'hui, d'employer avec eux, pour la leur persuader, des preuves morales ou physico-lhéologiques; il faut qu'ils la reçoivent comme le genre humain entier l'a reçue, c'est-à-dire, comme fait.

209. En général donc, c'est d'après l'Ecriture sainte qu'il f.iut diriger l'éducation religieuse des enfants ; et nous en trouvons l'ordre et le modèle dans ce saint livre. L'Exode, le Lévitique, les Nombres et le Deutéronome fournissent nombre d'exemples de cette institution divine, qui, par les motifs mêmes dont elle y est accompagnée , doit s'étendre aux chrétiens , puisque le christianisme n'est rien, s'il n'est, comme il l'est certainement, la fin de toute l'économie juda'ïque. Je vais donner quelques exemples de la prescription de ce devoir envers les enfanls, le plus grand que nous ayons à remplir à leur égard.

210. Le premier se trouve dès l'Exode , chap. Xlil, et c'est dans l'instilution d'une cérémonie. Dieu ordonna à Moïse de faire racheter le premier-né d'entre les f}oinmes par un petit d'entre les brebis ou les chèvres ,

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et voici les termes de l'institution relatifs aux enfants : Et qunnd ton fils t'interrogera à l'avenir, en disant : Que veut dire ceci? alors tu lui diras : L'Eternel nous a tirés par mainforte hors d'Egypte de la maison de servitude. Car il arriva .que lorsque Pharaon s'obstina ù ne nous point laisser aller, l'Eternel tua tous les premiers-nés an pays d'Egypte , depuis les premiers-nés des hommes jusqu'aux premiers' nés des bêtes. C'est pourquoi je sacrifie à l'Eternel tout mâle qui ouvre la portière, et je rachète ainsi tout premier-né de mes enfants. Ceci te servira donc pour signe sur ta main, et pour fronlcau entre tes yeux , que l'Eter-^ nel nous a n tirés d'Egypte par nurin-forte.

211. Je ne conçois pas con)ment il y a des Juifs ou des chrétiens qui ne soient pas frappés de celle circonstance , nombre de fois répétée ou rappelée dans les livres de Mo'ïse, de cérémonies instituées par la Divinité au milieu des individus mêmes qui venaientd'éprouver des marques signalées de sou intervention itjunédiate, ou en leur faveur, ou pour les punir; cérémonies toujours si caractéristiques des choses signifiées , que leur conservation de génération en génération chez les Israélites , aurait suffi seule pour constater parmi eux la vérilé des livres dans lesquels était conservée l'histoire de leur institution, et par conséquent de tout ce que Dieu avait opéré pour tirer leurs ancêtres hors d'Egypte, et les établir dans la terre de Chanaan. Tout est digne de r^-uiarque dans la première de ces institutions. De îous les miracles opérés pour déterminer l'haraon à laisser libres les Israélites avec leur bétail , Dieu choisit, pour celte institution , celui qui avait enfin convaincu ce monarque qu'il ne pourrait résister à la main-forte qui les protégeait, et tel en même temps qu'il était impossible d'y supposer de l'arliOce. Il est même à remarquer, ici comme en i/lusieurs autres occasions , que l'événemciît fut annoncé; car, pourfendre les Israélites attentifs à ce qui arriverait , Dieu ordonna à Moïse, avant l'événement, un acte préparatoire, qui devint par son ordre une première cérémonie comméniorative, savoir, la Pâque. Voici les principaux trails de cette iastitulion , Exode, chap. XÏI.

Or Dieu avait parlé il Moïse et à Aaron au pays d'Egypte , en disant : Ce mois vous sera le commencement des mois , il vous sera te premier de l'année. Parlez à toute l'assemblée d'Israël , en disant : Qu'au dixième jour de ce mois chacun d'eux prenne un petit d'entre les brebis ou d'entre les chèvres , selon les familles des pères et vous le tiendrez i'm garde jusqu'au quatorzième jour de ce mois, et toute la congrégation de l'assemblée d'Israël l'égorgera entre les deux vêpres ; et ils répandront son sang , et le mettront sur les deux poteaux et sur le linteau de la porte de la maison où

ils mangeront Car je passerai cette nuit-là

par le pays d'Egypte . et je frapperai tous les

premiers-nés au pays d'Egypte et le sang

voui sera pour signe sur les maisons dans lesquelles vous serez Et c? jour-là vous sera

. en mémorial, et vous le célébrerez comme uns

fêle solennelle en vos âges Mo'ise donc appela tous les enfants d'Israël et leur dit : Choisissez et prenez un petit d'entre les brebis ou d'entre les chèvres , selon les familles , et égorgez la pûque Vous garderez ceci comme

une ordonnance perpétuelle pour toi et pour tes enfants. Quand donc vous serez entrés au pays que riiternel vous donnera, selon qu'il en est parlé , vous garderez ce service. Et quand vos enfants vous diront : Que vous signifie ce service ? alors vous répondrez : C'est le

service de la pûque à l'Eternel , qui passa en Egypte par-dessus les maisons des Enfants d'Israël, quand il frappa l'Egypte et qu'il préserva nos maisons. Alors le peuple s'inclina et se prosterna. Ainsi les enfants d'Israël s'en allèrent , et firent comme l'Eternel l'avait commandé à Moïse et à Aaron; ils le firent ainsi. Et il arriva qu'à minuit l'Eternel frappa tous les premiers-nés du pays d'E-

211. a. Je m'arrête ici pour une remarque parliculière , mais elle est très-importante. Vous dites, monsieur, ('ans un dos passages cités ci-dessus (| 184-) : J'évite autant que je le puis l'expression service divin. Kii I pourquoi éviter une expression si souvent repélce dans l'Ecrilure sainte, et qu'ici en particulier nous voyons employée dans l'institution même d'un service à l'Eternel? Laissons ce scrupule à ceux qui ont ab;indonné la foi en l'Ecriture sainte. Alors sans doute, incertains même de l'existence d'un Etre créateur de l'univers , ignorant du moins sa nature, s'ils ne l'admettent que vaguement d'après l'opinion comnmne au genre humain ou la leur propre ; ne connaissant rien surtout de sa volonté , il peut leur paraître extravagant que les hommes prétendent à servir cet Etre de qui l'on suppose que tout procède et tout dépend ; ils peuvent même trouver fort étrange qu'on le prie , comme si Ion pouvait rien changer à ses desseins : et ils peuvent aller jusqu'à croire que la conduite d'êtres aussi minimes que les hommes doit lui être indifférente ; car il n'y a point de fin à ces conjectures , suivant les caractèvcs et les imaginations des hommes. Mais nous qui n'avons pas une religion d'invention humaine, nous savons certainement par l'Ecriture sainte que Dieu veut être servi , non pour lui , mais pour nous-mêmes ; non pour aucun avantage qu'il en retire, mais pour notre propre bien ; car tous les services qu'il a institués lui-même , ont eu et ont encore pour but de rappeler aux hommes ce qu'ils lui doivent , pour les engager à suivre ses lois. Un service à l'Eterne' commença sur les nouvelles terres par la famille de Noé , dont le sacrifice a été le modèle de tous les cultes païens : des services particuliers lurent ordonnés aux Juifs, et nous connaissons ceux que nous prescrit l'Evangile. Je reviens à mon objet général.

[Nombres , diap. IX.) L'Eternel avait ainsi parlé à Moise dans le désert de Sinaï, le premier mois de le seconde année après qu'ils furent sortis d'Eqyple , en disant • Que les en- Canls d'Israël fassent la pûque en sa saison.

Vous la ferez en sa saison , le quatorzième jour de ce mois , entre les deux vêpres, selon toutes ses ordonnances et selon tout ce qu'il y faut faire. Moïse donc parla aux enfants d'Israël, afin qu'ils fissent la pûque. Et ils firent la pûque au premier mois, le quatorzième jour du mois , entre les deux vêpres, au désert de Sinaï. Voilà donc une nouvelle circonstance consignée au Livre des Nombres , et conservée de génération en génération dans la nation juive , par la célébration même de la pûque.

212. A ces institutions de cérémonies , de même qu'aux avertissements des envoyés de Dieu , se lie très-souvent l'ordre d'en instruire les enfants ; et cela est bien naturel , puisque c'est à cet âge que les hommes peuvent recevoir des impressions qu'ils conservent toute leur vie (1). Ceux qui voudraient quon oubliât la Bible connaissent bien l'effet de cet usage ; aussi se plaignent-ils de ce que beaucoup de parents et d'instituteurs continuent de la faire lire aux enfants (§22); c'est par la raison contraire de ce qu'ordonne Dieu lui-même, qui veut que l'histoire sacrée ne soit jamais oubliée parmi les hommes ; et sa volonté s'exécutera malgré les efforts des mécréants. Le Deutéronome renferme à cet égard une nouvelle ordonnance dans des termes très-caractéristiques de ce but ; mais avant que d'y venir, je dois répondre à une de vos remarques qui se rapporte à la circonstance dont il s'agira ici.

213. Vous dites , monsieur, à l'égard du Décaloguc , à la page 6 de votre lettre aux autours juifs : On pourrait conjecturer qu'après que les deux Tables eurent été brisées , le Décalogue n'a été écrit depuis que par Moise , comme une marque que cette loi morale , encore très-imparfaite , devait céder un jour à une loi plus parfaite , qui rendrait inutile larépélition de lu première. Jérémie et l'auteur de l'Epitre aux Hébreux font allusion à ceci. J'ai répondu ci-dessus (§ 204) à cette idée de non-permanence du Décalogue, et quant à la circonstance qui vous la faisait présumer, vous aviez oublié un passage du Deutéronome qui aurait prévenu votre erreur à cet égard ; mais je commencerai par ceux de Jérémie et de saint Paul , qui ont occasionné votre conjecture ; je crois du moins que ce sont ceux que je vais citer.

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