IIS
M. de P. en prend la défense dans sa troisième partie, p. 37, olc. Je les renvoie lous tleiix à l'anteur des Lettres américaines. Ce savant homme a trop bien discute cette matière, de même que toutes celles qu'il manie, pour ne pas lui en laisser Ihonneur tout entier. Us apprendront dans ces excellentes leçons ce que c'est qu'un grand philosophe et un auteur poli. Us verront qu'en fait de philosophie ils ne sont que des entants. La huitième lettre est particulièrement destinée à la proposition dont nous parlons sur les vérités mathématiques. M. de P. y verra en passant comment on bat son principe, que toutes nos connaissances nous viennent des sens : Nihil est in intellectu quod nonpritis fuerit in sensu.
Notre jeune bachelier n'est pas moins épris de M. de Montesquieu que de M. de Bufibn. « Si je consultais mon amour-propre, dit- il, p. 42, et non celui que je porte à ma religion, je remercierais M. d'Auxerre de celle association avec MM. de Montesquieu et de Buffon. M On ne peut disconvenir qu'il a raison. Quel honneur pour un disciple d'être associé avec des maîtres 1 Jusqu'ici il avait pris un ton plus haut que ces maîtres-là mêmes > nwiis un accès de modestie l'a pris subitement comme un accès de fièvre, malheureusement cela ne dure pas longtemps, il reprend le même ton jusqu'à la fln. Mais que son amour-propre consulté ne le séduise point ; ce n'est que comme un prêle-nom, qu'il est associé à ces grands philosopîies; il n'est pas fort flatteur d'être un pantin mis en mouvement par une main étrangère, une machine que l'on fait jouer. Passons à quelque chose qui soit plus digne de notre attention et qui fait le vrai sujet de ma lettre, savoir l'inspiration des saintes Ecritures.
M. de P. prétend dans sa thèse, p. 16 et 17, prendre la défense du Pentateuque, ou cinq livres de Moïse, contre les incrédules. Hélas 1 quelle défense \ u. Nous démon trerons contre tes déistes, dit-il {'î' part., p. 140), l'authenticité, la vérité et la divinité du Pentateuque; Moïse lui-même en est l'auteur dans toutes ses parties : Contra deislas authenticilalem Pentateuchi, veritatem simul et divinilatem vindicabimus,» ou comme il jugea propos de traduire dans sa thèse : Nous prouverons contre les déistes que le Pentateuque est authentique dans toutes ses parties , vrai dans les faits qu'il contient, et divin dans les conséquences
qui en naissent naturellement // est tout
entier de la composition de cet auteur: Ab eo exaralus fuil in omnibus acsingulis partibus. Ici nous bravons tous les efforts que font pour le lui ravir Aben-Ezra, la Peyrère, Spinosa, Ilobbes et Richard Simon, auquel on ne saurait pardonner d'avoir trahi la cause chrétienne pour prêter les mains à l'impiété.
Vous voyez, monsieur, un brave champion disposé au combat. Qui pourrait croire qu'il trahit la cause chrétienne de la même manière que Richard Simon pour prêter les mains à l'impiété 1 Si cela était, quel fond faudrail-il faire sur toutes ses proleslalions de zèle pour ki cause de la religion chrétienne ?
TARIATIONS DE L\ RELIGION NATURKLLE.
Me soupçonnez-vous d'aimer les paradoxes? Condamnez-moi, si je ne vous démontre pas ces trois choses :
1° M. de Prades prouve que le Pentateuque est authentique dans toutes ses parties, en montrant qu'il est corrompu ;
2" Il prouve que ce livre est vrai dans tous les faits, en montrant que plusieurs de ses faits peuvent être faux , qu'ils sont faux même;
3" Il prouve que Moïse lui-même en est l'auteur dans toutes ses parties, que l'ouvrage est tout entier de Moïse, en montrant qu'il n'est pas tout entier de lui, et que certaines parties ne sont pas de Moïse.
Vous avez déjà vu , monsieur, que selon lui la loi de Moïse n'était point une religion, mais une simple constitution civile et politique.Cela n'eiiipcche pas, à la vérité; qu'elle ne soit inspirée, mais n'est-elle point dégra-» dée? Voici quelque chose de plus considérable. Il soutient : 1° qu'on peut abandonner la /)/i(t/sîV/w« de Moïse, toute l'histoire naturelle comme fausse ou incertaine; 2° que des faits rapportés dans l'Ecriture peuvent être démentis par le temps et l'expérience; 3" que la chronologie du Pentateuque est fausse, qu'elle n'est pas de Moïse , et qu'elle a été insérée après coup dans le texte. Ce livre n'est donc pas de Moïse dans toutes et chacune de ses parties.
MM. de Buffon, de Montesquieu, Leibnitz, Whiston, Telliamède sont les créateurs du monde, vous ne le saviez pas. Tous ces ouvriers, qui font chacun l'ouvrage en entier, ont bien de la peine à s'accorder; ils le fabriquent chacun à leur façon. Rien de plus curieux que les travaux dé tous ces petits dieux ; vous vous aviseriez peut-être de dire, Rien de plus ridicule, si je vous les mettais sous les yeux dans toutes leurs parties: je n'en dirai qu'un mot; il suffira pour le sujet qui nous occupe aujourd'hui. Selon M. de Buffon le globe de la terre n'est qu'un assemblage départies du soleil détachées par la chute d'une comète qui l'a sillonné obliquement. Cet auteur avance l'âge du monde de cent mille ans au moins. M. de Montesquieu a décidé qu'on ne peut pas plus compter les années du monde que le sable de la mer. Selon M. Leibnitz la terre, dans son origine, était un soleil qui s'est encroûté, puis éteint. Selon Whiston, c'était une comète inhabitable qui peu à peu est devenue une habitation tranquille et un séjour agréable. Selon Telliamède c'est la mer qui a formé la terre à quoi elle a travaillé pendant des millions d'années.
M. de Prades a rapporté dans sa thèse', p. 22, ces graves folies, il les a combattues; mais, redoutable athlète, il vient nous assurer ici en leur faveur (3" part., p. i2), Qu'oa peut, sans renoncer à la religion, abandonner la physique de Moïse dans le récit qu'il fait de la création du monde. Ces auteurs, dit-il ( 2' part., p. 138), ont cru que pour être d'accord avec Moïse, il suffisait de penser que l'homme n'a été créé, et que le globe n'est devenu pour lui une habitation convenable, qu'au temps qu'il a marqué dans son premier chapi'
trs de la Genèse; que c'a été Tuiùque but que s'est proposé ce divin législateur, laissant aux philosofhes à discuter si, avant cette formation de la terre, la matière n'avait pas déjà été créée depuis plusieurs siècles. El le sieur de Prades ne regarde pas ces illustres philosophes comme « heurtant de front en cela le récit historique de Moïse.» Moïse a donc été bien hardi de fixer cette époque de la création (VI" prop. censurée), puisqu'on peut s'en écarter sans préjudice de la foi, de la révélation et de la vérité historique : Moses, cœteris historicis audentior, hanc epocham crea- TiONis determinare non duhilavit. Et le sieur de Prades, qui fait scmblaut de se mettre du côté de Moïse, ne défend son parti que par
une raison de convenance, tant est rjrnnde son exactitude théoloqique (2* part., p. 139) ! Ne pouvant se persuader que Dieu se fût occupé à rouler d'épouvantables sphères dans des temps oîi il n'avait point l'homme pour spectateur. Je vous demande si soutenir Moïse par une telle raison, et se moquer de lui n'est pas une même chose?
Mais dans quel endroit de l'Ecriture ces messieurs ont-ils appris que Moïse n'avait pas d'autre but que celui que M. de Prades lui prèle? Il faut croire qu'ils ont été inspirés aussi bien que le divin législateur pour pouvoir pénétrer son but et son dessein inconnus au reste des hommes, et pour être assurés que Moïse, en CixanWépoque de la création, n'a pas voulu fixer l'époque de la création, et qu'il a laissé aux philosophes la liberté de soutenir que la matière a été créée plusieurs siècles auparavant , et de heurter de front le récit de Moïse, sans cependant le heurter de front.
Hé bieni monsieur, qu'en pensez-vous?
L'abbé de Prades ne se joue pas des livres inspirés! Il ne borne pas la révélation à tout ce qu'on voudra; il n'ouvre pas une large porte à tout le monde pour faire dans la révélation tous les retranchements qu'on jugera à propos, pour en ôter tout ce qui ne pourra point cadrer aux différents systèmes, et pour mieux dire, aux extravagances que l'imagination enfantera tous les jours; enfin pour la restreindre à la seule morale, à la partie dogmatique, comme a fait Richard Simon, qu'il prétend combattre; peut-être à l'existenced'unDieu, à l'immortalité de l'âme, au dogme des peines et des récompenses dans une autre vie, au théisme, en un mot à la loi naturelle plus développée, ce qui fait seul la vraie religion révélée ! L'inspiration enfin est totalement détruite. Vous dites : Les livres de Moïse sont inspirés jusqu'ici, ils ne le sont point jusque-là. Qui est-ce qui a planté des bornes? Si c'est la main de Dieu, montrez-lenous ; si ce sont vos conjectures, les barrières sont brisées, rien n'arrête, les uns placeront des bornes où vous n'en mettez pas, ils n'en mettront pas où il vous plairad'en mettre. Le même endroit sera inspiré pour vous, il ne le sera pas pour un autre : donc il ne l'est pour personne. Ce que vous croyez inspiré ne sert plus de preuve, on vous répond qu'il
n'appartient point à l'inspiration. C'en est fait des livres saints.
J'ai tenu authentiquement parole sur le premier point et au delà de ce que j'avais promis, passons au second. L'abbé de Prades, dans la troisième partie de son Apologie, page 43, ose dire : que des faits rapportés dans l'Ecriture peuvent être démentis par le temps et par l'expérience. » Il est lui-même démenti par le temps et par l'expérience. Depuis plus de trois mille ans que ces livres sont écrits, le temps ni l'expérience n'ont pas encore démenti un seul de ces faits, jamais ils n'en démentiront un seul.
Mais pour faire les excuses de l'Ecriture sainte ou du Saint-Esprit, qui les a dictées, il prétend que ces faits ne sont point inspirés, et que dans ces endroits l'écrivain sacré a parlé de lui-même comme les hommes ordinaires, c'est pourquoi ces faits, dit l'abbé de Prades, n'ont aucun rapport à In divinité des Ecritures. Sans cela le Saint-Esprit serait pris en défaut et convaincu de s'être trompé, de là quel triomphe pour les incrédules 1 Un exemple de ces faits démentis par le temps et par l'expérience; il l'a choisi entre mille.
Il croit l'avoir trouvé dans le : Sta.sol, de Josué. » Quoi donc? dit-il (3* part., pag. 4.3), parce que Josué aura dit au soleil de s'arrêter, il faudra nier sous peine d'anathème que la terre se meut?» Quoi donc? un aussi grand génie que M. de Prades n'entend pas ce mot de Josué? Croit-il 1° que Josué n'a point parlé exactement en disant : Soleil, arrêtetoi? Croit-il 2° que de l'exacte vérité de cette proposition il s'ensuit que la terre ne tourne pas? Si cela est, disons que M. de Prades, que tous les philosophes modernes sont donc do mauvais philosophes! Le 1" janvier 1753, lever du soleil à 7 heures 53 minutes, le coucher du soleil à k heures 7 minutes. Quoi ! des philosophes de notre temps parler du /ever et du coucher du so/eî7/ Est-ce donc que le soleil se lève et se couche? La terre ne tourne donc pas? G philosophes, vous parlez tous comme Josué, et Josué a parlé comme vous. Votre langage est exact, celui de Josué l'est aussi. On ne peut conclure du vôtre que la terre ne tourne pas; on ne le peut donc pas conclure de celui de Josué. Il s'ensuit seulement que M. de Prades a tort, qu'il n'entend pas Josué, qu'il ne s'entend pas lui-même.
Dira-t-on qu'il faut interpréter Moïse, dans le récit de la création, de la même manière que nous interprétons Josué. Je réponds, 1° que nous n'interprétons pas Josué : ce saint homme a parlé très-naturellement , comme tout le monde parle, et comme on doit parler. Je réponds en second lieu qu'il faudra donc aussi interpréter tous les nouveaux traités de physique comme on vient d'interpréter le style astronomique du lever et du coucher du soleil. Le commencement de la Genèse est le traité physique de la formation du monde; c'est leur aveu lorsqu'ils disent qu'on peut abandonner \a physique de Moïse. C'est l'histoire (\c la création, histoire nécessairement divine et révélée, puisque Dieu seul pouvait nous en instruire. Ils l'ap-
VARIATIONS DE LA RFJJGION NATURFXLE.
ils
pellentcux-mêmes Icrécit historique deMoise. On ne peut donc y donner atteinte sans blesser la révélation. M. de Prades l'a fait ; il va mémepIusloin,etle nom du chancelier Bacon est un trop faible rempart pour couvrir son crime. «Le physicien, dit le bachelier (3>arL, pag. 4-5). doit faire dans ses recherches, une entière abstraction de l'existence de Dieu, et poursuivre son travail en bon athée. » C'est le vrai moyen de conduire réellement dans l'athéisme, comme il est arrivé à quelquesuns, ou dans quelque impiété à peu près équivalente, comme il est arrivé à d'autres. Quand on a dit. Je ne parle point en théologien, on croit avoir tout sauvé, ou plutôt avoir endormi les esprits religieux et éclairés. C'est cette méthode qui a formé tous les impies de nos jours. Par combien d'endroits M. de P. est donc coupable I C'est pour cela qu'il est condamné par les prélats et par la sorbonne, et associé aux incrédules avec autant de justice que Galilée le fut autrefois injustement. Je me suis dégagé de ma seconde parole avec honneur, savoir, que selon M. de Prades des faits rapportés dans l'Ecriture peuventêtre démentis parle tempset par l'expérience. Reste la troisième, qu'il faudra remettre à une autre fois, parce que le sujet fournit beaucoup; savoir, que selon lui la chronologie du Pentaleuque n'est pas de Moïse. Je crains de vous fatiguer par une application trop suivie. Recevez, s'il vous plaît cette attention pour une preuve des sentiments avec lesquels j'ai l'honneur d'être monsieur, etc.
A Lille, ce 2i févr/er 1733.
LETTRE XXVI
Inspiration
de l'Ecriture,
M Oise.
chronologie de
C'est aujourd'hui, monsieur, qu'il faut tenir
f)aroIe sur les autres ravages que M. de Prades ail dans l'Ecriture sainte, dont il ruine la divine inspiration en voulant y faire des retranchements pour la borner à certains objets. Après ceux que nous avons vus, il taille encore impitoyablement, et il enlève aux livres de Moïse et à l'inspiration des branches considérables : c'est la chronologie, ou suite des années du monde jusqu'au déluge, et depuis le déluge jusqu'au temps oii Moïse vivait.
Celte chronologie n'est pas la même dans l'hébreu (sur lequel on a fait la version latine qu'on lit aujourd'hui dans l'Eglise), dans la traduction des Septante, et dans le texte des Samaritains. Cela forme pour l'abbé de P. deux difficultés. 1° On ne peut accorder ensemble ces trois manières de compter les années du monde. A laquelle faut-il s'en tenir? 2° Choisissez celle que vous voudrez: celle des Septante? Elle n'est pas authentique, leur texte n'est qu'une version. Celle des Samaritains? Leur texte n'a pas autant d'autorité que l'hébreu. Celle des Hébreux? Elle est fausse, puisqu'elle est trop courte pour pouvoir y placer l'histoire de toutes les nations. S'il fallait s'en tenir à cette chrono logie, il se trouverait que certains peuples
d'aujourd'hui existaient dès avant le déluge. Le récit de Moïse fait descendre tous les hommes de Noé, et on trouve un peuple qui remonte bien plus hautquecette époque {'i' part., p. 143) : c'est le peuple chinois. Les Eci'ilures se trouver;;ient fausses; comment seraientelles infaillibles, inspirées, divines? Dire qu'elles ont été corrompues, ce serait les déshonorer, remarque M. de Prades, et donner atteinte à leur authenticité, à leur divinité. Il vaut mieux dire, selon lui, que ces trois choiiologies y ont été ajoutées par une main étrangère, qu'elles ne sont pas de Moïse, qu'en un mot elles n'appartiennent pas au texte sacré de l'Ecriture; ainsi il faut les retrancher. 7 Va' donc prétendu que Moïscn'était auteur d'micune de ces trois chronologies; que c'étaient trois systèmes inventés et arrangés après coup. De là j'ai conclu contre lesdéisles, que la différence des chronologies ne pouvait nullement leur servir pour prouver l'altération du texte sacré (2° part., p. 14-6).
En effet le secret est tout simple : il n'y a qu'à les retrancher du texte ; ainsi on ne pourra plus l'accuser d'être corrompu. Vous nie dites que cet homme a un bras malade ; cela le déshonore, je ne veux pas qu'il soit dit que mon ami ait la moindre infirmité. Laissez-moi faire , j'ai un expédient : je vais lui faire l'amputation et lui abattre le bras entier. Après cela qu'on vienne nous prouver qu'il a mal au bras I M. de Prades n'est-il pas un habile homme?
// a grand tort de prétendre que l'altération du texte sacré est ta seule ressource que nous ayons pour nous défendre contre lui et contre les déistes (2- part., pag. 147). On montrera (dans la lettre suivante) contre eux et contre lui que la chronologie de l'hébreu est suffisante pour contenir et placer à leur rang les histoires de tous les peuples, et que par conséquent nous n'avons pas besoin de dire que le texte de l'Ecriture a été altéré et qu'autrefois la chronologie sacrée avait plus d'étendue.
Mais comment est-il arrivé qu'il y en a trois différentes ? Si quelqu'un avait droit de nous faire une telle question, ce ne serait pas à un homme comme M. de Prades à nous la faire. Il n'est pas recevable. Qu'il commence par nous dire lui-même quand, comment, et par qui les trois chronologies ont été insérées dans les différents textes. Après cela il pourjrji nous demander d'autres comment et nous obliger à lui répondre; mais il avoue son impuissance; et quand il n'en conviendrait pas, toute la terre la verrait.
Pour vous, monsieur, je répondrai avec plaisir. La chose n'est pas aussi embarrassante que le croit l'abbé de P. Je dis donc que le texte hébreu est authentique et qu'il a la vraie chronologie. M. de P. convient qu'il l'a eue autrefois , et puisqu'il n'est pas corrompu, comme il a raison de le soutenir, il l'a donc encore, celte vraie chronologie. Le texte hébreu, dit-il page 148, avait originairement la vraie chronologie, je parle de celui qui était avant le schisme des dix tribus^ Il avait la vraie chronologie; nous l'avons donc, et
DÉMONSTRATION EVANGELIQUl::. DUHAMEL.
c'est à elle qu'i' faut s'en tenir préférablement à celle des soixante et dix. Quelque piété qu'aient pu avoir ces traducteurs , tout le monde convient aujourd'hui qu'ils n'étaient point inspirés , ni par conséquent incapables (le faillir; préférablement aussi au texte samaritnin qui a pu recevoir quelque altération dans une secte schismatique, abandonnée de Dieu, à qui certainement les promesses n'appartenaient pas. De plus la difficulté que forme le texte samaritain n'est pas considérable : l'abbé de P. lui-même est forcé de convenir encore, pag. 14-2, que nous voyons peu d'auteurs qui aient suivi la chronologie des Samaritains. Ce texte nu pas été assez en usage, ajoute-t-il, pour i/u'elle pût avoir beaucoup de défenseurs. Etait-il donc si difficile de choisir entre ces trois chronologies ? Oà était donc l'embarras capable d'arrêter un aussi savant critique que M. de P.?
Ce n'est pas tout. Je ne laisse pas ainsi aller mon monde. M. de P. ne veut pas que le texte sacré soit corrompu. Il a raison. Cependant c'est M. de P. lui-même qui enseigne que ce texte est corrompu. Il doit être bien étonné : à ces traits sans doule il ne se reconnaît pas. Cela est cependant. Le vnicij; vous l'avez vu ; je vais vous le montrer encore. Vous venez de lire ces paroles de cet abbé :« te texte hébreu ai;ai<originairement la vraie chronologie. Je parle de celui qui était avant le schisme des dix tribus.» Il avait originairement la vraie chronologie ; il ne l'a plus ; il est donc corrompu. Quoi de plus simple et de plus évident I Qu'il ouvre les yeux , qu'il tombe de son haut et qu'il se rende une fois avec humilité.
J'ajoute : c'est donc depuis le schisme des dix tribus que s'est fait cette corruption ou altération du texte hébreu. S'il disait que depuis cette époque le texte des Samaritainss'csl corrompu en ce point, cela pourrait être raisonnable; mais de le dire du texte hébreu au lieu du samaritain, c'est ne pas penser. Les schismatiques n'ayant point les promesses d'une protection spéciale, la corruption a pu s'introduire dans leur texte. Les Hébreux avaient les promesses , ce n'est donc pas là qu'on peut mettre la corruption , et c'est là que M. de P. la veut placer. Le texte hébreu avait originairement la vraie chronologie, et il ne l'a plus.
Quel ravage ce mot fait dans son système ! il le renverse de fond en comble. Il n'est donc pas vrai, ce qu'il dit, que Moïse n'a point composé une chronologie , que ce n'était point son but, le divin législateur n'ayant eu d'autre dessein que de nous instruire ; il n'est donc pas vrai que la chronologie y a été insérée après coup par une main étrangère , et tout ce qu'il écrit avec beaucoup d étendue sur l'origine prétendue des trois chronologies.
Encore un petit mot à M. de P. ; on ne finit pas volontiers les conversations intéressantes. Je prends la liberté de lui demander où il a pris cette époque de la corruption du texte hébreu, qu'il fixe au schisme des dix
tribus? Dans quels mémoires, dans quelle tradition, dans quel monument du temps, dans quelles médailles il a appris cette altération ilu texte (t sa date? Je suis fâché d'être importun. Mais quand on avance des faits et surtout des faits de la plus grande conséquence, il laut avoir des preuves de leur certitude. Un homme qui a composé une dissertation sur la certitude des faits historiques, ne doit pas oublier si vite ses propres règles. Il f ut du moins n'être pas destitué de probabilités , et des plus faibles apparences, et se trouver réduit à un silence honteux.
Je ne me paye pas d'un air de hauteur. Ce n'est pas à moi qu'il faut venir dire : Je la vois cette altération , donc elle ne peut être fixée qu'à cette date. Vous ne la voyez pas, cette altération du texte. Je la vois , encore une fois, puisque le calcul des Hébreux ne peut s'accordrr avec les époques fixes et invariables de l'empire de la Chine, époques qu'on ne saurait révoquer en doute sans introduire le pyrrhonisme historique [page 143). Vous ne la voyez pas, vous dis-je, et je vous montrerai que le calcul des Hébreux s'accorde parfaitement avec les époques chinoises , et de plus, que vous n'entendez rien dans l'histoire et la chronologie de l'empire de Chine.
Ce sera , monsieur, pour l'ordinaire prochain. 11 faut ici réunir sous un point de vue les retranchements que M. de P. fait au texte sacré: 1° la chronologie, qui en estune partie considérable ; 2" toute la physique, l'histoire naturelle ; 3° des faits qui, selon lui, peuvent être démentis tous les jours par l'expérience Voilà do!ic peut-être les trois quarts retranchés à l'inspiration des livres divins. Ce jeune homme qui voulait réfuter Richard Simon, suit précisément le sy>tème de Richard Simon. C'est ainsi qu'il combat les ennemis de la religion. Voilà bien des fois que je vous le fais remarquer sur différents points , et il y en a encore d'autres. Si on les rapprochait tous n'en résulterait-il pas qu'il défend la religion cc^mme nos ennemis pourraient défendre nos places de guerre, si on leur en confiait la garde?
Arrêtons-nous un peu à M. Simon. Ce critique, dans son Histoire du Vieux Testament, marquait les retran( hemcnts qu'il faisait à l'inspiration : Nous distinguerons, dit-il, dans les cinq livres de la loi, ce qui a été écrit par Moise, d'avec ce qui a été écrit par des écrivains publics chargés de recueillir les actes de ce qui se passait. On attribuera à Moïse les commandements et les ordonnances , au lieu qu'on pourra faire auteurs de la plus grande partie de l'histoire ces mêmes écrivains publics.... La manière dont l'histoire qui est contenue dans le Pentateuque est composée, semble insinuer cette vérité. Cette prétendue vérité scandalisa également les catholiques et les protestants. Il n'y eut que les sociniens et les déistes qui s'en accommodèrent , parce que c'était marcher sur les pas de leurs chefs Hobbes et Spinosa. Il distingue dans ces livres saints deux parties : 1° La partie morale et dogmatique ; 2' la partie historique qui fait
VARIATIONS DE LA RELIGION NATURELLE
plus des trois quarts de l'ouvmge inspiré. Il donne la preinièn> à Moïse el il veut bien y adini'llre d«>, linspiralion divine; niais il no lui doîinc pas la douxième. On veut avoir la liberté d'en contester les laits qu ind on voudra. Que pour se procurer cette liberté, on dise que Moïse n'en est point auteur , ou qu'on dise qu'il n'a écrit cette partie que comme homme, non comme inspiré, ou que ce n'a pas élé Inhul du Saint-L'sprit de nous garantir ces [dits, mais seulement de nous instruire de nos devoirs ; tout cela revient au même et nous donne la même liberté d'en penser ce que nous voudrons. Les uns et les autres ôtent cette partie à l'inspiration divine, ils lui ôtent la vérité infaillible : ils sont donc d'accord.
Or, selon M. de P. les chronologies ont élé insérées après coup dans le texte par une main étrangère {pag. li-9). Moïse, selon lui, n'a donné qu'une chronologie en blanc; il s'est contenté de marquer quelques époques , et une main étrangère, reprenant le (il de l'histoire a rempli les espaces vides, comme il s'exprime dans sa thèse. Les faits, la physique, l'histoire naturelle, tout cela n'a pas élé dans le but du Saint-Esprit. Vous voyez le concert qui règne entre lui et R. Simon ; suivez-le, il s'étend jusque dans les réflexions et les termes synonymes. Voici ceux de M.Simon: «La manière dont l'histoire ^u« est contenue dans le Pentateuf/ue est composée, semble j?i.<m»er cette vérité, {qu'on pourra faire auLeurs de la plus grande partie de l'histoire ces mêmes écrivains distingués de Moïse).» Remarquez ce mot, lumanière, s'il ne revient pas à ce que je vais rapporter de M. de P. : // paraît par le tissu des livres de Moise (voilk la manière) que ce divin législateur n'a point écrit une chronologie (et afin de ne se pas contredire , il a reconnu que Moïse a écrit une chronologie: Le texte hébreu avait originairement une chronologie). Qu'on examine ces livres (voilà encore la manière) et l'on verra que ce grand homme (beaucoup d'honneur pour Moïse de l'appeler un grand homme, comme le grand Voltaire, le grand Montesquieu,etc.) ne s'était point proposé d'écrire l'histoire du genre humain (pag. 156i. Voyezvous l'aveu? La partie historique séparée de la partie dogmatique ou morale, cooune R. Simon la sépare? Ces MM. se donnent la main après avoir fait semblant de ne se pas entendre. Vous l'allez voir encore.
M. de P. continue : Le but du Saint-Esprit, qui dirigeait la plume de Moïse, n'était pas de satisfaire la curiosité des Juifs sur leur noble antiquité. C'était l'histoire de la religion que Moïse écrivait. Sans contredit; mais le jeune abbé ne sait pas que l'histoire de la religion était une histoire sommaire du genre humain; parce que la religion est étendue dans tous les siècles : c'est une chaîne non interrompue dont le premier anneau tient à Adam le premier adorateur du vrai Dieu , et le dernier touche à la fin du monde au dernier de ses aiiorateurs. La suite de la religion est la suite continue des serviteurs de Dieu; par conséquent la suite exacte des temps, une vraie
chronologie ; et cela non pour satisfaire la curiosité des Juifs sur leur noble antiquité ((|ue M. (le P. n'ait pas de scrupule) , mais par la nécessité de montrer la durée perpétuelle et la vérité de la religion. Enfin M. de P. termine ses réilexions par ces paroles remarquables : Moïse donnait des lois à un peuple indocile [pag. 156). Voilà l'autre partie de ces livres , la loi et les préceptes : c'est la partie inspirée; voilà le même partage que chez M. Simon. Rapprochez l'une et laulre : Moïse ne s'était point proposé d'écrire l'histoire du genre humain', c'est la partie histori(jue , i peut s'y trouver du mécomple. Moïse donnait des lois à un peuple fidèle ; c'est la loi et les préceptes qui sont inspirés , et à quoi se borne l'inspiration. L'accord cnire R. Simon el l'abbé de Prades est parfait. M. Simon, dit le grand Bossuet [OEuv.posth., tom. II , pag. 19), par sa critique de l'Ancien Testament renversait l'authenticité de tous les livres dont il est composé, et même de ceux de Moïse. Voilà donc le crime de M. de P., qui suit le même plan.
Un milord, qui a joué un grand rôle sur le théâtre de l'Europe, et qui a cru pouvoir être aussi grand théologien que grand politique, a suivi le même système. Un génie supérieur va plus loin que le reste des hommes, et il a de la peine à comprendre qu'il puisse avoir des bornes. Il est bien étonné qu'un génie inférieur au sien dans un genre ose lui résister et entreprenne de le surpasser dans un autre genre. C'est à ses yeux un ciron qui veut s'égaler à l'éléphant; il rit de l'entreprise, et n'en décide pas moins hardiment. M. R. a donc de même séparé dans le Pentateuque la partie dogmatique d'avec la partie historique. La première, selon lui, est inspirée, la deuxième ne l'est pas. II parle d'après le fameux critique R. Simon, qui n'a d'autres raisons que sa volonté, son goût, son caprice , et qui a contre lui l'autorité de toute la société chrétienne. Cela s'appelle une autorité de poids. Il a été désavoué par la totalité, par les protestants comme par les catholiques, et contredit par lui-même de la manière la plus complète dans toutes les parties de son système, tant ce critique avait des vues sûres et des idées fixes ! Il n'a eu pour lui que deux ou trois théologiens de Hollande, et les sociniens, qui ne méritent pas le noin de chrétiens, eux qui disputent à Jésus-Christ sa divinité : Aussi, remarque le grand Bossuet , î7 n'y a plus aujourd'hui de sociniens qui osent se déclarer, tant le nom en est odieux au reste des chrétiens [OEuv. posth., tom. II, pag. 89).
Mais ce qu'il y a de charmant, c'est que c'est Voltaire qui entreprend de défendre ou d'excuser M. B., mais d'une manière toute dévote et parfaitement semblable à celle de l'abbé de P. «Quand milord Bolingbrok, ditil, p. 45, a appliqué les règles de la critique au livne du Pentateuque, il n'a point prétendu ébranler les fondements de la religion {Voltaire, Défi'W^e de mil. Bolingbrok, HoS). (Auriez-vous cru Vo taire zé!é pour la religion? Num et Sai}.l inter prophetas!) Et c'est
DEMONSTRATION ÉVANGELIQUK. DUHAMEL.
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dans cette vue qu'il a séparé le dogmatique d'avec V historique... Ce puissant génie a prévenu ses adversaires en séparant la foi de la raison, ce qui est la seule manière de terminer toutes les disputes. » I^ dogmatique appartient à la foi , l'historique appartient à la raison. Ce n'est pas que Voltaire s'intéresse pour cette distinction du dogmatique et de Vhistorique ; il se moque également de l'un et de l'autre en toute occasion, et jusque dans le livret d'où j'ai tiré les paroles que vous venez de lire. Pourquoi donc prond-il ceci à cœur dans cet endroit? Concluez-en qu'il l'a trouvé propre à ruiner entièrement l'inspiration et la divinité des Ecritures : de cette manière toutes les disputes seront en effet terminées. C'est le triomphe de l'impiété. L'approbation de Voltaire est dans une pharmacie l'étiquette d'un ingrédient mortel. A l'égard des autres, ce qui leur a fait illusion ou ce qui a servi de prétexte pour adopter cette distinction, c'est principalement la chronologie des Chinois ; ce sera le sujet d'une autre lettre, il est temps de finir celle-ci, le courrier part. Adieu, etc.
A Lille, ce 28 février 17o3.
LETTRE XXVn.
Chronologie des Chinois.
Vous voyez, monsieur, après ce que j'ai dit dans ma dernière, qu'on n'a pas eu tort de condamner le sentiment de jM. de P. comme contraire à Vintc'grité et à Vnutorité des livres de Moïse : et que M. d'Auxorre a eu raison de lui reprocher de même de donner atteinte « à Vintégrité el à la vérité' des livres saints,
fiarce que cet abbé ne craint pas de dire que es trois chronologies, qui se trouvent dans les livres de Moïse ne sont pas de lui, et qu'elles y ont été insérées après coup par une main inconnue, et qu'il porte la témérité jusqu'à les rejeter toutes pour recourir à la chronologie des Chinois. »
Aujourd'hui, monsieur, tous les incrédules se tournent de ce côté-là. Ils se persuadent, ou ils en (ont semblant, que pour cette fois enfin ils ont pris Moïse en défaut. Ce n'est pas la vérité qui donne la vogue à la chronologie des Chinois, c'est la haine de la religion chrétienne. Pendant combien de siècles ont-ils vanté la chronologie des Egyptiens, qui ne pouvait se concilier avec colle de Moïse ! Et dans ce conflit on se faisait un plaisir, malgré la raison, de donner la préférence à celle des Egyptiens; on ne parlait que de leurs anciennes dynasties. Etait-on persuadé de ce qu'on disait? Non, mais il fallait que la religion de Jésus -Christ fût fausse. On sentait cependant au fond de l'âme une honte secrète de se tenir roide sans avoir rien de sensé à répliquer aux démonstrations contraires. La chronologie des Chinois est venue fort à propos, quoique un peu tard, les tirer d'une situation si fâcheuse. En un instant la chronologie des Egyptiens est devenue fausse. Cet événement a montré que ce n'était pas la vérité qu'on cherchait. Celle des Chinois est-elle plus exacte et plus vraie?
Non, mais c'est une nouvelle objection contre la religion chrétienne, ou plutôt c'est la même tournée d'une autre façon. Elle aura le même sort que la première.
Déjà on vient de leur enlever cette ressource dans une séance de l'Académie de Rouen. Déjà l'auteur anonyme, qui a donné au public l'Examen de la thèse du situr de Prades, vient de les réduire en poudre. Cet auteur paraît extrêmement instruit de l'histoire de la Chine, el il ne doit pas regretter le temps et l'application qu'il a donnés à une étude, qui peut paraître d'abord plus curieuse (ju'-utile. La religion en recueille aujourd'hui l'heureux fruit. Assurément il a rendu un service des plus importants à l'Eglise ; et tous les gens de bien doivent lui en savoir gré. Pour moi j'en suis pénétré de reconnaissance, quoiqu'il me soit inconnu.
Je savais bien que les incrédules, qui aiment à se perdre dans les calculs, seraient confondus tôt ou tard sur cet article, comme sur tous les autres. Mais c'est pour moi le sujet de la joie la plus sensible de voir leur insolence sitôt rabattue, sans qu'ils aient pu triompher un seul moment.
Les calculs , les phénomènes astronomiques, les noms chinois, ne sont pas pour tout le monde. Us peuvent plaire aux savants et ils trouveront de quoi se satisfaire dans l'écrit dont je parle. Je me contenterai d'abréger ce morceau, qui est la perle de tout l'ouvrage , et de le tourner d'une manière qui fasse sentir la vérité par des preuves suffisantes, et qui en même temps ne demande pas trop d'application de l'esprit. Vous aurez, monsieur, à essuyer une bordée de noms qui ne sont pas moins étranges pour nous que les figures chinoises. Mais rassurez vous. Comme il n'y a pas pour nous d'idée bien nette attachée à ces noms comme à ceux des acteurs qui jouent leur rôle dans notre histoire de France, il sera aisé d'en retrancher un grand nombre sans aucun inconvénient. Afin que vous puissiez mieux juger de toute cette affaire, je vais vous mettre sous les yeux l'endroit de la thèse dont il s'agit, p. 37.
La seule époque de Hoang-ti prouve que « les commencements de l'euipire de la Chine remontent vers l'an 2575 avant Jésus-Christ (231 ans avant le déluge). C'est lui qui a inventé ce célèbre cycle de soixante jours (1), qui est si fort en usage chez les Chinois, tant dans leurs affaires civiles que religieuses. Le premier jour des cycles , où commence l'ère chinoise, tombe au solstice d'hiver. Ce jour-là même, vers le milieu de la nuit, le soleil et la lune, au point mémo du solstice se trouvèrent en conjonction dans le premier degré du caper. Or cette tradition avait cours chez les Chinois sous le règi\c de Montzé , 300 ans avant Jésus-Christ, et du temps que Confucius florissait. Les Chinois étaient pour lors trop étrangers dans l'astronomie pour qu'ils pussent, en supputant les temps, parvenir à découvrir ces phénomènes qui leur auraient
(1) Il a voulu dire sans cloute soixante ans
VARIATIONS DE LA RELIGION NATURELLE
pu faire sonpçonner cette époque. Selon les calculs exacts de MM. de Cassini, de la Hire et Wislhon, ces phénomènes n'ont pu arriver que l'an 2450 avant Jésus-Christ (106 ans avant le déluge) ; donc celte époque, que confirme l'astronomie, détruit absolument la chronologie du texte hébreu, tandis qu'elle assure aux Chinois l'antiquité dont ils sont en possession. »
La réponse à cela se réduit à deux propositions très -simples. Il faudra tâcher que leurs preuves le soient aussi. Première proposition : M. de Prades ne sait pas l'histoire de la Chine; deuxième proposition : quand il la saurait, il n'en tirerait aucun avantage pour son système. Deux vérités humiliantes pour un homme aussi savant que M. de Prades le croit être, et (|ui se décernait déjà les honneurs du triomphe. Reprenons l'une après l'autre les différentes parties qui composent le texte de la thèse que nous venons de lire.
La seule époque de Hoang-ti prouve que les commencements de l'empire de la Chine remontent vers Van 2575 avant Jésus-Christ , c'est-à-dire deux cent trente- et -un ans avant le déluge. Quelle victoire contre la chronologie des Hébreux I On va la rendre plus grande : M. de P. se trompe. La huitième année de son empereur Hoang-ti tombe à l'an 2()97 avant Jésus-Christ , c'est-à-dire cent vingt -deux ans plus haut. Quelle erreur d'abord dans son calcul 1 Si vous y ajoutez les règnes fort longs des deux empereurs qui l'ont précédé, le total de cette première erreur peut monter à la somme de deux ou trois cents ans. C'est peu de chose : elle serait de plus de huit cents ans, si 1 on comptait les sept empereurs, que plusieurs historiens chinois mettent entre le dernier de ces deux prédécesseurs et l'empereur Hoang-li. Elle irait même jusqu'à plus de deux mille ans , si avec d'autres Chinois on voulait encore tenir compte de quinze empereurs qu'ils placent entre le premier et le second des deux prédécesseurs. Voilà cequi s'appelle un mécompte.
Vous me direz peut-être , monsieur , que ceci fait pour M. de P., contre nous, puisque les commencements de cet empire remonteront à plus de deux mille ans avant le déluge , au lieu de deux cents ans seulement. Mais ne prévenons rien, je vous prie, on montrera dans la suite la valeur de toutes ces histoires chinoises qui servent de fondement à l'abbé de P. Souvenez-vous, monsieur, que dans cette première proposition il s'agit uniquement de prouver que M. de P. ne sait pas l'histoire de la Chine. Qu'en pensez-vous ? La preuve vous paraît-elle étoffée? En voici d'autres qui la doubleront.
M. de P. veut parler des cycles de la Chine, et il dit : « Le premier jour de ces cycles où commence Vère chinoise, tombe au solstice d'hiver, vers le milieu delà nuit, le soleil et la lune au point même du solstice se trouvant en conjonction dans le premier degré du Caçcr. » Autant de mots, autant d'erreurs. Consultez, monsieur, les calendriers chinois , lui répli-
que l'auteur de l'Examen , et vous mettrez, 1° au signe des Poissons, et non au solstice d'hiver; 2° dans le quinzième degré du Verseau, non au premier degré du Caper ; 3" il est étonnant que vous ayez étudié r histoire de la Chine, et que vous' ne sachiez pas que quand les Chinois parlent de conjonction, il ne s'agitpas du soleil et de la lune, mais des cinq autres planètes.
Vous ajoutez , continue cet auteur, que la tradition de cette conjonction avait cours chez les Chinois sous le règne de Mcntzé, trois cents ans avant Jésus-Christ, et du temps que Confucius florissait. Mais, monsieur, il n'y a point eu en Chine d'empereur Monizé. Celte tradition avait si peu cours en Chine, queplv^ sieurs historiens n'en parlent pas, que Confudus lui-même l'a omise dans^sonChouching..., qu'enfin tout le monde convient que la conjonction (dont M. de P, veut parler) est fausse.
Notre auteur le poursuit l'épée dans les reins. Vous faites observer, lui dit-il, que selon les calculs exacts de MM. Cassini, de la Hire et de Whiston. ces phénomènes n'ont pu arriver que l'an 2450 avant Jésus-Christ (cent six ans avant le déluge) Donc, concluez-vous, cette époque que confirme l'astronomie, détruit absolument la chronologie du texte hébreu. Ces astronomes disent tout le contraire de ce que voiis leur faites dire. Ils montrent la fausseté de l'époque de Chine, parce que ces phénomènes sont postérieurs de quatre cents ans, et ne sont arrivés que deux mille douze ans avant Jésus -Christ (trois cents trente-deux ans après le déluge). D'où je conclus: Donc vous ne savez point l'histoire de Chine.
A qui demeure la victoire, monsieur? Elle ne sera pas moins complète sur la deuxième proposition : Quand M. de P. aurait su l'histoire de la Chine , il n'en aurait tiré aucun avantage pour son système. C'est ici qu'il faut vous dire la valeur des histoires chinoises ; dont nous avons parlé ci-dessus. Elles ne prouvent pas que l'époque de la huitième année de Hoang-ti soit fondée. « On ne peut même lire toutes ces annales chinoises, dit notre auteur, sans voir que les commencements de l'histoire de Chine sont aussi obscurs que ceux des autres nations, qu'on ne craint point de rejeter an nombre des fables ou du moins des choses douteuses. y>
La première de toutes les éclipses qu'on dit observées par les Chinois, et dont on veut faire le fondement de leur chronologie, est bien postérieure au déluge. Même rien de plus incertain que cette éclipse. L'année n'en est nullement marquée. Aucun Chinois ne la sait. Les astronomes la placent les uns dans une année, les autres dans une autre; les nôtres à l'an 2155 avant Jésus-Christ, parce que le calcul leur apprend qu'il y eut une éclipse le 12 octobre de cette année-là (qui est la cent quatre-vingt-neuvième après le déluge). Ceux qui la font remonter plus haut ne vont qu'à quatre ans au-dessus, ç'esl-à-dire à l'an 185 après le déluge.
De plus , la seconde observation qui su
trouve dans les fastes chinois ne remonte qu'à l'année 776 avant Jésus-Christ, ils n'ont donc pas des observations aussi anciennes qu'on le veut.
Le cycle de soixante ans n'est pas plus favorable au sieur de }*. Qu'il lise les annales, et il verra sous l'an Ski avant Jésus-Christ, que c'est uniquement à cette année que les caractères du cycle commencent à être sûrs , et que pour les années qui ont précédé , la distribution en est purement arbitraire.
Enfin Confacius lui-même, né 531 ans avant Jésus-Christ, qui écrivait dans les plus beaux temps de l'empire avant l'incendie des livres , avoue qu'il n'a pas assez de monuments pour constater ce qui s'est passé sous la dynastie des Hia et des Chanq. Il se borne à la dynastie des Tcheou qui n'a commencé que l'an 1122 avant Jésus-Christ (1222, après le déluge) : il aime mieux se taire sur les temps les plus reculés que de rapporter des faits que la postérité ne croira pas. Je ne vous demande qu'autant de modération qu'en a eu Confacius, pour vous faire convenir de ma seconde proposition : Quand vous auriez su l'histoire de Chine, vous n'en auriez tiré aucun avantage pour votre système.
Concluons avec l'auteur. Je suis toujours en droit de demander à l'incrédule un fait certain lorsqu'il veut attaquer nos livres saints. Or il n'a encore jamais répondu au défi que les défenseurs de l'Hébreu et de la Vulgate lui ont fait de le produire. M. de P. a voulu montrer que les coiumencemcnts de l'empire de la Chine sont plus anciens que le déluge, et on lui démontre qu'ils sont beaucoup postérieurs au déluge. Je crois que vous devez être content. J'ai, etc.
A Lille, ce i mars 1753.
LETTRE XXVIIL
Les miracles.
Ce n'est pas un traité sur les miracles que je vous envoie, monsieur, je veux seulement vous montrer les crimes de M. de P. sur cet article, c'est-à-dire les coups qu'il porte à leur autorité dans la quatrième, la huitième et la neuvième propositions censurées.
Après avoir mis d'abord sur une même ligne, d'une manière dont lui seul n'a point été scandalisé, les religions des idolâtres, de Mahomet, des Juifs et des chrétiens, il prononce hardiment que toutes ces religions (dans son Apologie; 3' part., p. 99, il a mis religionnaircs : il y a du mystère) produisent avec trop d'ostentation, leurs oracles , leurs miracles, et leurs martyrs. Pour s'excuser il dit qu'il fait parler un interlocuteur; vaine défaite!|Je supprime plusieurs réflexions pour lui répondre en un mot que, dans celle supposition-là même, son tort subsiste. Il suffisait pour mettre dans toute sa force l'objeclion du prétendu interlocuteur , d'employer le terme produire, ostental : chaque religion proiluit ses miracles, ses, etc., sua quœque religio miracula ostenlat, sua oracula, suos martyres. Le niinis ambitiose était entièrement inutile, loin d'être nécessaire; dès ce racment
il est criminel, il insulte à la religion chrétienne, et fait entendre que toutes les preuves de sa vérité ne sont qu'une vaine ostentation de choses fausses ou douteuses. Le mandement de M. l'archevêque de Paris a-t-il tort de flétrir comme blasphématoire la proposition du bachelier.
M. d'Auxerre le réduit à un sih-nce honteux en lui demandant (/ns^r.pas^, />. 236 ) où sont les miracles de Mahomet, où sunl ses martyrs , et les prophéties qui l'ont annoncé ; et quelle preuve la thèse a-t-elle que le mahométisme produit avec ostentation ces témoignages de la vérité qu'il s'attribue ? Quelle preuve ? Apparemment l'autorité des Lettres turques. Le matérialiste inconnu qui a écrit ce chélif libelle prêle aux mahomélans des miracles, des martyrs, des prophéties, parce qu'il le veut, et sans articuler un seul fait, sans apporter le nom d'un seul martyr, sans montrer une seule prophétie. Le sieur de Prades, qui paraît plein de toutes ces sortes de lectures , a peut-être cru la chose sur la parole de l'auteur.
Cependant la première chose que font tous ceux qui entreprennent de démontrer la fausseté de celte religion, c'est de prouver qu'elle a été établie sans miracles. C'est ce qu'a fait entre autres noire savant Grolius d'abord en flamand, puis en latin danssonlivre Delà vérité de la religion chrétienne, et il le montre par l'Alcoran même. Mahomet , dit-il , reconnaît que Jésus-Christ a rendu la vue aux aveugles , le pouvoir de marcher aux boiteux , la santé aux malades, cl la vie aux morts. Mais pour lui il [dit en plusieurs endroits, qu'tV a été envoyé, non pour faire des miracles, mais pour se faire croire parles armes. [Azoara 5 et 13.)
Mais de quel opprobre le prélat ne couvre-t-il pas le bachelier par celte autre réflexion. Quelle ignorance dans la thèse d'allé' guer contre la religion chrétienne les miracles, les oracles, les martyrs de l'Ancien Testament, comme si nous n'avions aucun droit , et qu'ils n'eussent pas été faits pour nous ! d'opposer à la religion chrétienne les fondements de la religion chrétienne I
Sa huilièine proposition condamnée porte que certains auteurs ont embarrassé la nature des miracles , qui est claire, d'elle-même, de tant de chimères et d'ambiguïtés, qu'ils ont fait en sorte que la voix de Dieu n'a plus aucune force pour attester sa volonté aux hommes par les miracles.
Pour se débarrasser,cet homme, qui fait partout de si grandes protestations de sincérité et de docilité, a recours au mensonge ; il ne manque pas de falsifier sa proposition en traduisant sa thèse et partout où il en parle. Voici sa traduction : La nature des miracles, quoique claire et lumineuse en elle-même, s'est trouvée tellement embrouillée par les vaines sublimés de plusieurs scolastiques , que ces organes de la Divinité ont perdu entre leurs mains toitte la force qu'ils ont naturellement contre les impies. Ces mots , cn'.re leurs mains, et naturellement , ne sont ni dans la proposition , ni dans la thèse : l'une et l'autre portent tout simplement que eetlv
voix de la Divinité n'a plus de force pour faire connaître aux hornmes la volonté de Dieu. Nullam ainplius habeat vitn vox Dei per miraculu suam horainibus volunlalern altestanlis.
La neuvième proposition censurée enseigne que la certitude des miracles de guérison dépend des prophéties , et que les miracles de Jésus-Christ sont équivoques [Neuvième prop. cens. ) parce qu'ils ont de la ressemblance avec ceux d'Esculape. Pour se sauver il appelle à son secours Dom Lataste et le docteur le Rouge. Mais s'ils sont eux-mêmes brûlés par les censures de Sorbonne et de M. l'archevêque de Paris ; garantiront-ils l'abbé de Prades de la brûlure ?
Celle âme si droite et pleine de candeur emploie encore ici le déguisement et le mensonge. On verra, dit-il {troisième part. p. 100), dans mon Apologie, si nous avons affaibli la preuve de la divinité de Jésus-Christ en faisant dépendre la force démonstrative de quelques-uns de ses prodiges, de leur concert avec les prophètes qui les ont annoncés. De quelques-uns de ses prodiges? On croirait qu'il ne s'agit que d'un très-petit nombre. Il s'agit de presque tous ; il s'agit de tous les miracles de guérison omnes morborum curationesaChrislo peractœ [p. 58f/e la thèse) : Omnes, toutes. Continuons et nous trouverons encore d'autres cerlifiials de probité. Les guérisons opérées par Jésus-Christ, quoique miraculeuses en elles-mêmes , si on les sépare des prophéties, qui dévoilonl à nos yeux leur divinité, n'ont point pour nous persuader la force des miracles. 11 y a dans le lalin , non pas : qui dévoilent à nos yeux leur divinité, mais qui y répandent quelque chose de divin. Quelque chose seulement, si peu que rien, une légère teinture de divin. Lors même qu'ils ont été prédits par les prophètes , ils ne sont pas encore divins purement et simplement: quœ in eas aliquid divini rcfunduni. C'est ainsi , vous le voyez, monsieur, qu'il n'a point affaibli les preuves delà divinité de Jésus-Christ.
Je pourrais vous montrer dans les trois parties de son Apologie cent trails semblables qui répandent des taclies noires , et comme de vilaines croûtes sur le brillant soleil de son âme de feu. Je crains même qu'elle n'en soit tellement couverte, qu'à la fln elle ne devienne grossière et toute terrestre : lerrenœ fœcis. Tel est le ravage que fait l'enlêtemenl à soutenir une mauvaise cause.
Je suis, etc.
A. Lille, ce 8 mars 1753.
P. S. Je ne sais si je dois m'arrêter au reste de son Apologie : c'est peu de chose, et il y a plus de fureur que de raison. Cependant que je vous en dise un mol. Vous saurez donc que M. de Prades a trouvé un secret pour se blanchir, fort supéri ur à toute l'herbe des foulons {Troisième part., p. 101). Il se croit absous par la Sorbonne des attentats que M. d'Auxerre lui reproche , auxquels la faculté n'a pas touché , à ce qu'il
nRIATlONS DE LA RELIGION NATUI^ELLE.
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prétend. D'un autre côté il veut se persuader que le prélat l'absout presque de tous ceux que la Sorbonne lui a reprochés ; do sorte qu'en réunissant ces deux autorités le voilà reconnu innocent.
Triste consolation 1 Quand on est sans ressource , on tâche de s'étourdir et d'éloigner l'idée de son mal. Pour moi je ne vois ici d'autre diflërence entre M. d'Auxerre et la Sorbonne , sinon qu'elle a frappé, et que le prélat instruit. Elle a condan)né, et l'évêque démontre qu'elle a bien condamné.
Si elle n'a pas relové tout ce qu'elle pouvait encore reprendre, M. de Prades croira-t-il que ce soit une approbation? Un auteur de dictionnaire doit savoir la différence entre l'un et l'autre. Qu'il ne s'imagine pas que nous approuvions tous les trails de sa thèse et de ses Apologies dont nous n'avons point parlé , ou que nous n'avons touchés qu'en passant.
Il remarque que l'instruction pastorale d'Auxerre glisse légèrement sur les dernières accusations , et que l'auteur ne fait aucun effort pour le convaincre de les avoir méritées. Si on ne fait pas d'effort , c'est qu'elles ne demandaient point d'effort parce que l'esprit d'incrédulité et de mépris de la foi s'y montre plus à dé couvert, comme le remarque le prélat, et qu'en peu de mots il le confond de telle sorte que le bachelier n'a pas pu y répondre.
Si M. de Prades juge qu'uneréfutation courte et nerveuse n'est pas une réfutation , qu'il se hâte d'enrichir de cette définition \q. pénible çX grand ouvrage du diclionnaireencyclopédique, auquel il a tant de part, et de consoler par celte heureuse découverte ses éditeurs consumés de fatigues et de veilles [Troisième part. p. 90).
Je ne vous transcrirai pas, monsieur, les emportements de l'apologiste : ce serait insulter une seconde fois ceux qui en sont l'objet. Qu'ils l'aient été une fois, c'en est trop. Mais il faut faire quelques remarques sur les accusations ensevelies sous ce tas d'injures. Il impute à ceux qu'il appelle jansénistes d'avoir inspiré aux impies le souverain mépris qu'ils ont pour la religion chrétienne par une multitude d'ouvrages de toutes les sortes, propre à couvrir d'opprobre le l ieu, le prêtre, l'autel {Troisième part., pag. 102). A (luoi s'expose cet apologiste? Ne pourraienl-ils pas lui demander s'il y eut jamais écrit plus furieux que la troisième partie de son ouvrage ? Où a-t-il appris à outrager tous ses supérieurs , les puissances ecclcsiaslique et civile?Ce n'est point à leur école, à moins qu'il ne veuille se ranger avec les impies. 11 connaît donc, pourraient-ils dire, une autre école bien réelle où il a pris ses leçons. C'est sur elle que frappe sa déc'amation emportée.
De quelque manière qu'on veuille penser au sujet des appelants, il faut leur rendre justice: on la doit à tout le monde; ils ont applaudi à la déclaration que les prélats chefs de l'appel ont faite, ie ne point regarder comme frai appelant quiconque, au mé-
DÉMONSTIUTION EVA^GELIQUK. LIGUORI.
pris des règles, passera au delà de ce que
prescrit la nécessité, d'une juste défense; bien entendu qu'un homme aussi passionné que l'apologisle ne sera pas le juge de cette nécessité elde celie justice ; il pourrait servir d'exemple.
Si les appelants le traitaient avec quelque sévérité ; comme il n'a aucun rang , ils ne fouleraient pas aux pieds dans sa personne, la tiare, les mitres et les crosses; et quiconque aura lu ce morceau de son Apologie , conviendra quil serait juste et nécessaire de réprimer l'insolence d'un jeune homme, qui a traité de la manière la plus indigne une multitude de prêtres , qui le valaient bien, les jésuites, la Sorboniie, plusieurs prélats, le parlement , tout en un mot , excepté les incrédules , les auteurs de l'Encyclopédie, MM. de Buffon , de Montesquieu , Bayle ,
Locke , les seuls de tous le» hommes de qui ildisedubien, pour quiil témoigne même de l'estime, de la vénération, de l'admiration.
Ce partage que fait le bachelier nous met sous les yeux un fait très-important. Vous voyez d'un côté et contre l'abbé de Prades, toute l'Eglise de Dieu: il n'a qui que ce soit pourlui. D'un autre côté il n'est accompagné, entouré que de ceux qui sont incrédules ou de leurs amis. Il se condamne ainsi luimême.
Voilà, monsieur, tout ce que j'ai cru devoir vous écrire sur cette Apologie, non toutceque je pourrais dire. Ceci suffira sans doute. Je laisse à ceux qui ont plus de loisir el plus de talents le soin d'approfondir davantage tous ces objets, et de les développer avec plus d'étendue.