‹ Dâemonstrations âevangâeliquesChapitre 161 sur 202 · Le passage de Jérémie est au cha · texte numérisé non relu

Le passage de Jérémie est au cha

pitre XXXI, vers. 53 et suiv., en ces termes :

C'est ici l'alliance que je traiterai avec la maison d'Israël après ces jours-là , dit l'Eternel ; je mettrai ma loi au dedans d'eux , je l'écrirai dans leur cœur, et je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple. Chacun d'eux n'enseignera plus son prochain, ni chacun son frère, en disant : Connaissez l'Eternel, car ils me connaîtront tous, depuis le plus petit d'entre eux

(I) C'est le moyen employé à Londres [loiir assurer les confins dos paroisses : chaque année , les en anls (iirclles élèvcul, mai-cluMil en procession sur ces (oulins; il s'il arrive (lu'unc maison soil biktie parlic sur \iiie paroisse, el parlie sur sa voisine, on esl obli^îé d'y praliqiier des portes^ par lesquelles les enfants puisseiil passer pour uc pas perdre leur iracc accoutumée.

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jusqu'au plus grand , dit l'Eternel , parce que je pardonnerai leur iniquité, et je ne me souviendrai plus de leur péché. Saint P;uil, dans son Epîlre aux Hébreux, chap. Vlll, v. 10, répète ces paroles de Jéréniie comme une prophétie de la nouvelle alliance , après avoir dit au v. 6 : Mais muinlenant notre souverain sacrificateur a obtenu un ministère d'autant plus excellent qu'il est médiateur d'une plus excellente alliance. Tel est donc le sens de ces deux passages qui se correspondent , en ce que le premier est une prophétie de la nouvelle alliance , et le dernier montre comment elle a été accomplie ; mais on n'y voit aucun rapport aux Tables de la Loi. Voici donc ce qui lève votre doute. Moïse, en rappelant aux Israélite!., dans le Deuléronome , les principales circonstances de leur histoire, depuis que Dieu l'avait chargé de leur conduite, leur dit, au chnp. X, v. 1: En ce temps-là {celui de l'expiation des Israélites pour le veau d'or), V Eternel me dit : Taille-toi deux tables de pierre comme les premières , et monte vers moi à la montagne ; et puis tu te feras une arche de bois; et j'écrirai sur ces Tables les paroles qui étaient sur les premières Tables que tu as rompues , et tu les mettras dans l'Arche. Or on sait , par tout le reste de l'histoire des Israélites, que l'Arche de l'alliance ou du témoignage, qu'ils portèrent toujours avec eux dès lors , renfermait, entre autres mémoriaux, ces Tables de la loi.

215. Moïse ensuite, continuant de rappeler aux Israélites les principales circonstances de leur histoire sous sa conduite jusqu'au temps où il était près de les quitter par sa mort prédite, ainsi que toutes les lois qu'il leur avait données (le la part de Dieu, comsiUMue ainsi au chapitre XI: Aime donc l'Eternel ton Dieu, et garde tout ce qu'il vent que tu gardes, ses lois et ses commandements. Et connaissez aujourd'hui que ce ne sont pas vos enfants gui ont connu et gui ont vu le châtiment de l'Eternel votre Dieu, sa grandeur, sa main-forte et son bras étendu, et les œuvres et les signes qu'il a faits au milieu de l'Eggpte, contre Pharaon, roi d'Egypte, et contre tout son pays, et ce qu'il a fait à Dathan et Abiron... Mais ce sont vos yeux qui ont vu toutes ces grandes œuvres que l'Eternel a faites. Vous garderez donc tous les commandements que je vous prescris aujourd'hui, afin que vous soyez fortifiés, et que vous entriez en possession du pays dans lequel vous allez passer pour les posséder..,. Mettez donc dans votre cœur et dans votre entendement ces paroles que je vous dis, et liezles pour signe sur vos mains, et qu'elles soient pour fronteaux entre vos yeux ; et enseignezles à vos enfants en vous en entretenant.

216. L'histoire des Israélites renferme, non-seulement des cérémonies et uîémoriaux pour la conservation, dans leur postérité, des événements miraculeux dont ils avaient été témoins , mais la circonstance de monuments érigés pour cet effet sur les lieux mêmes ; et toujours les enfants sont mentionnés, comme devant par ce moyen être pénétrés de bonne heure de crainte et d'amour pour

Dieu, en conservant le souvenir des actes de» sa puissance et de ses bienfaits. C'est ainsi que Dieu ordonna à Josué d'ériger un monument, en souvenance du miracle par lequel les Israélites passèrent le Jourdain à pied sec. Voici l'ordonnance avant l'événement, livre de Josué , chapitre IV : L'Eternel avait parlé à Josué et lui avait dit : Prenez du peuple dotize hommes, savoir ^ un homme de charpie tribu, et leur commandez en disant : Pr nez d'ici, du milieu du Jourdain, du lieu où les sacrificateurs s'arrêteront de pied fenne, douze pierres que vous emporterez avec vous, et vous les poserez au lieu où vous logerez cette nuit. Josué appela les douze hommes... et leur dit : Passez deiant l'arche de l'Eternel votre Dieu, au milieu du Jourdain, et que chacun de vous lève une pierre sur son épaule... afin gue cela soit un signe parmi vous. Et quand vos enfants vous interrogeront à l'avenir, disant : Que signifient ces pierres-ci? Alors vous leur répondrez : gue les eaux du Jourdain ont été suspendues devant. l'arche de l'alliance de l'Eternel.

217. Voilà donc encore, comme en Egypte, l'annonce de l'événement à tout le peuple avant qu'il arrivât, pour qu'on se préparât à ce qui devait en servir de monument à la jioslérilé. Les Israélites passèrent le Jourdain, et voici l'exécution de ceï ordre donné par la Divinité : Josué dressa en Galgal les douze pierres gu'ils avaient prises du Jourdain, et il parla aux enfants d'Israël et leur dit : Quand vos enfants interrogeront à l'avenir leurs pères et leur diront : Que signifient ces pierres-ci ? Vous l'apprendrez à vos enfants en disant : Israël a passé ce Jourdain à pied sec. Car l'Eternel fit tarir les eaux du Jourdain devant vous, jusqu'à ce que vous fussiez passés ; comme l'Eternel votre Dieu avait fait de la mer Rouge, laquelle il mit à sec devant nous , jusqu'à ce que nous fussions passés, afin que tous les peuples de la terre connaissent que la main de l'Eternel'est forte, et afin gue vous craigniez toujours l'Eternel votre Dieu.

218. Que peut-on alléguer contre des détails tellement circonstanciés, transmis par tout un peuple? Mais les gens qui prétendent au titre d'esprits forts, pensent qu'il serait au-dessous d'eux do croire à des choses qu'on ne voit plus dans le monde. Eh ! y voit-on des créations de nouveaux mondes? Y voit-on de nouvelles races d'hommes auxquels il soit nécessaire que Dieu se fasse connaître? C'est en oubliant ce changement total dans les circonstances humaines, qu'on se laisse entraîner à une manière de juger qui conduit souvent à l'athéisme; ce que n'aperçoivent pas les personnes qui, moins hardies, s'arrêtent à moitié chemin ; mais ce qu'ont pu reconnaître ceux qui, ayant conversé avec beaucoup d'hommes de différents caractères, ont eu occasion d'observer, nonseulement les divers degrés où ils s'arrêtent entre l'abandon de la révélation et l'athéisme, mais le peu de stabilité des premières idées que chaque individu se forme, à moins qu'il soit résolu de n'y plus penser; ce qui arrive

à beancoup de gens. Serait-ce dans un tel état d'incertitude que Dieu aurait voulu laisser les hommes I

219. Ainsi, quand l'observation de la terre n'attesterait pas la vérité de l'histoire de la Genèse; quand les traditions des païens ne nous feraient pas remonter aux circonstances les p!ns importantes de cette histoire, comiTie transmises par la famille de Noé; quand l'argument tiré de ce qu'on ne voit point de miracles ne tomberait pas, par la considération qu'ils ne sont plus nécessaires, ayant (comme vous le dites à la page 67), rempli leur but, celui d'instruir(> les hommes de divers temps, pour eux et leurs successeurs, de l'existence et de la volonté de Dieu ; quand, dis-je, toutes ces choses n'existeraient pas, il serait impossible de douter avec aucune ombre de raison , de tout l'erisemble des livres de Mo'ïse, puisque toutes les générations des Juifs, à dater de celb'S qui furent témoins des miracles opérés en faveur de ce peuple, se sont successivement transmis dans leur culte même, la mémoire des événements fondamentaux de celle théocratie.

Or puisque c'est là aussi la base inséparable du christianisme, et que nous devons la transmettre à la posiérilé comme nous l'avons reçue, il est indispensable de continuer d'obéir aux ordres de Dieu, en instruisant les enfants de celte histoire parles Iraits mêmes qui sont précisément indiqués pour cet effet, en attendajil que, devenus capables de plus d'attcnlioB , ils la lisc:U eux-mêmes en eniier, et se pénèlrent de plus en plus de toutes les vérités et de toutes les lois qu'elle renferme.

220. Nous voyons, dans la succession des temps tracée par ce grand livre, que celte éducation fut constamment soutenue parmi les Juifs. Salomon dit au (hapilre "Vl des Proverbes : Mon fils, tf:rde le commandement de ton père, et n'abandonne point rcnseir/nement de ta mère ; tiens-les conlinuellemeut liés à ton cœur et les attache à ton cou. Quand tu marcheras, il te conduira, quand lu te coucheras , il te gardera, et quand tu te réveilleras, il s'entretiendra avec loi. Et c'est par cette continuation d'usage, que saint Paul peut dire à Timolhée ( III, 1 k et 15) : Mais toi, demeure ferme dans les choses que lu as apprises et qui t'ont été confiées, sachant de qui tu les as apprises; vuméme que dès ton enfance tu as la connaissance des saintes lettres, qui peuvent te rendre sage à salut , par la foi en Jésus-Christ.

221. Telle est la transition scripturale , et qui ainsi doit être conservée dans l'enseignement, entre l'ancienne et la nouvelle alliance ; elle ne saurait donc être omise dans les catéchismes, sans rompre la chaîne par laquelle tous les devoirs sont liés à la connaissance de Dieu et de ses révélations. Ainsi , dans ces éléments de religion pour l'enfancs , il est indispensable d'indiquer aussi en abrégé, l'histoire de l'établissement du christianisme, comme accon)i)lissenirnt des prorriesses de l'ancienne alliance, afin que les enfants puissent comprendre l'impor-

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tance qu'ils doivent attacher aux commandements de Jésus-Christ. Il faut, dis-je, que la base du devoir soit ainsi posée dans leur âme sur des faits précis, inspirant l'amour et le resîiecl pour l'Auteur de toutes choses ; sans quoi les Commandements eux-mêmes d leurs explications pourront rester dans leur mémoire, sans influer sur leur conduite. Or c'est l'histoire seule qui peut produire cet effet, et dans l'enfance beaucoup plus qu'à

tout autre âge.

222. Ceux qui ont été élevés par des parents vraiment religieux et attentifs à leurs devoirs, peuvent comprendre loule la sublimité de ces paroles de Jésus-Christ : Laissez venir à moi les petits enfants et ne les empêchez pas, car le royaume des deux appartient à ceux qui leur ressemblent ; ce que noire Sauveur a répété sous diverses formes. Ceux, dis-je, qui ont eu ce bonheur-là et qui en ont profilé, peuvent se souvenir, après même avoir vécu assez longtemps, qu'ils n'ont jamais été plus pénétrés d'amour pour Dieu et pour notre Sauveur, plus reconnaissants de leur existence et des bienfaits de la création et de la grâce, plus déla( liés de ce monde pour être avec Jésus-Christ, qu'ils ne l'étaient dans leur enfance. On ne se rappelle pas sans émotion le> histoires de la résignalion d'Isaac, de la piété de Jo ( ph , de la dévotion du petit Samuel, qui se consacra de si bonne heure au service de Dieu, de l'amour qu'on portail à Jésus-Christ, pour avoir tant aimé les enfants, et combien on était résolu de travailler à ne jamais perdre ce privilège en perdant rinnocence.

223. Voilà sans dou^e à qiioi noire Sauveur faisait aJlusrion en parlant des enfants; et ce sont bien des mouvements précieux quand les parents, en remplissant leur devoir, ont réussi à les produire chez les leurs, à cet âge, où toutes les impressions sont profondes et durables ; car ils ont fait ainsi connaître un état de bonheur que rien dans le cours de leur vie ne parvient à égaler, excepté lorsque le même senlimint se réveille chez eux par les mêmes causes. Or si ce sentiment n'a pas été produit de bonne heure, on n'a point le droit de compter qu'il naîlra dans des âmes qui n'ont plus le même degré d'innocence. Bientôt d'autres soins et d'autres désirs commencent à s'emparer de l'esprit et du cœur : les jouissances du présent entraînent sous toutes sortes de formes ; l'âme, occupée de tous ces objets, n'est plus accessible aux principes du vrai bonheur, parce qu'elle le cherche oiî il n'est pas; elle voudrait le saisir, et elle ne peut que l'apercevoir par l'espérance. Or si , après ces épreuves réitérées de l'insuffisance des biens terrestres pour produire le bonheur; si même, après y avoir sacrifié bien des devoirs (par où la paix de l'âme est enfin troublée), on vient, dans quelque moment de lassitude et de langueur, à chercher au dedans de soi-même à quoi l'on a été destiné; et qu'alors on arrive à se retracer le temps où une espérance bien différente de toutes celles qu'on a poursuivies, produisait ce sentiment de bonheur qu'on a cherché en

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vain dans les objets présents, une heureuse révolution se lait clans l'âme. L'intervalle de l'enfance au temps où ce senti nent se réveille, s'évanouit comme un songe; on regrette les efforts faits pour courir à de v;iins plaisirs ; on s'afiligc des fautes qu'on a commises à leur poursuite ; et comme on ne sent que trop, par l'expérience du passé, qu'on parcourant de nouveau la même carrière, les mêmes désirs désordonnés exerceraient de nouveau leur empire, on ne désire plus de vivre, que pour se pénétrer de plus en plus des mêmes sentiments, et revenir à ceux de son enfance, par des efforts, pour réparer les brèches qu'on a faites à cet état (1).

224. Je crois que c'est là un tableau vrai du cours do la vie des individus qui ont eu le bonheur de la commencer par une bonne éducation : ils tombent rarement dans des écarts nuisibles au bien public, ou accablants pour eux-mêmes; et leur retour à la vertu, quand ils s'en sont écartés, est presque certain. Or, pour diriger vers ce point l'éducation du peuple, ce qui dépend des soins publics, la base doit en être , des catéchismes

(1) Esope, pour donner des leçons de morale, faisait parler les animjux; mais ils en donnent souvent eux-uiêraes sans |iarler, quand on les observe avec atteniion. Voici un Irait de ce genre qui me Irappa il y a plus de quarante ans , et qui ne s'est jamais eljfacé de ma mémoire. J'étais chez un de mes amis à la campaiçne au temps de la fenaison, (|uaiid des taucheurs vinrent lui apporter une couvée de cailleteaux avec la mère. Celte famille était perdue, si l'on ne trouvait quelque moyen de la làire élever dans la maison par la mère elle-même ; car il n'était plus temps de la reporter dans son Heu natal , où Ton faisait alors le loin. Nous crûmes bien Caire en lui destinant une chambre, cil nous mîmes de gr.ndes pièces de fjazou , des grains et de l'eau ; mais la mère n'y donna aucune attention a ses petits; sans cesse occU| ée du désir de fii'ir, elle volait dans tous les coins et allait souvent se heurter contre les fenêtres : si elle se reposait quelques moments sur le plancher, ses petits venaient aussiiôt autour d'elle: mais elle ne leur donnait ancune attention, oubliant, dans ce Iroulile, le plaisir qu'elle aurait pu éprouver à les rassembler sous ses ailes. Nous pouvions voir tout ce manège par l'ouverture de la porte; et convaincus au bout d'un certain temps, que, dans cette situation, la mère était ineapible de revenir à ce qu'autrement elle aurait désiré elle-même, nous la reprîmes avec ses i)eti:s, et les mîmes dans une de ces cages où l'on tient des alouettes. Là commença une autre autre sorte de débat ; la mère voulant tbrcer les barreaux de la cage, et les petits la iionrsuivant toujours: longte^nps elle les écarta et les foulait même aux pieds ; mais enfin , dans un moment de lassitude et d'accablement, tous ses petits purent se rassembler sous elle. Je fus témoin de cet heureux moment : la mère, sentant alors fortement ses petits, s'accroupit tout "a coup , et élargissait ses ailes , elle embrassa toute sa famille ; ce qui lut suivi d'un calme de près d'ini quari-d'heure. Les petits sortirent ensuite >in à un pour becqueter dans la cage ; la mère à sou tour se mit à manger et boire, puis rassemt)la de nouveau ses petits ; alors elle ne songea plus à sortir, et se voua au soin de sa famille. Au bout de quelques jours, nous mîmes la cage ouverte dans la niènie chambre : les cailleteaux sortirent , la mère les suivit, mais elle ne les quitta plus , et elle les éleva jusqu'au point où ils furent tous en état de voler. Alors nous ouvrîmes une fenêtre qui donnait sur la campagne, et toute la famille retourna dans son pays natal. — 1-orsque, chez les hiunains, dans qiielqne moment de fatigue, de langueur, d'ennui, à la suite d'une vaine agitation pour trouver le bonheur dans ce monde, tout à coup ils viennent à se rappeler des moments où ils étaient heureux , par l'espérance de biens futurs sans satiété ni mélange de peines ; si leur âme s'en pénètre avec force, ils sont dans le cas de ma caille, lorsqn'acealilée de ses agitations, elle put porter attention ë la douceur de sentir ses petits sous ses ail s : l'à.ue , dis-je , se détermine alors à ne (lus abandonner le bonheur , pour courir après ce qui n'en a que r apparence.

faits dans ce but, des maîtres d'école capables de les bien expliquer, et des pasteurs sincères dans leur profession, vigilants quant à la conduite de leurs troupeaux, et donnant l'exemple des vertus chrétiennes. Voilà, monsieur, en abrégé, à quoi il me paraît que les signes du temps demandent instamment que l'Etat et l'Eglise pourvoient, comme à ce qu'il y a de plus important pour la société et les individus.

223. Si dans les grandes villes, où tant de soins, de projets, d'attraits pour les sens tiennent sans cesse un si grand nombre d'individus attentifs aux objets extérieurs, ces impressions, quoique reçues dans l'enfance bien dirigée, se trouvent néanmoins ensevelies si profondément qu'il faut d« bien heureuses circonstances pour les rappeler, rien au contraire n'est plus aisé que de les maintenir chez le peuple des campagnes. Aussi mes observations à cet égard ne me permettent-elles pas d'acquiescer à ce que vous dites à la page 15 de votre lettre aux auteurs juifs : que la multitude, qui dans toutes les communions a le même caractère , regarde comme le culte le plus convenable, un culte des sens où Von n'a besoin, ni de ses propres réflexions, ni du sacrifice de ses affections terrestres, et qui émousse même déplus en plus ses facultés. Dans cette lettre, quelque affection particulière vous entraînait trop à obtempérer aux sentiments des auteurs du Mémoire; mais dans votre dernier écrit, traitant expressément le sujet des habitants de la campagne, vous avez beaucoup modifié cette proposition. Cependant il est assez commun à cet égard de se tromper sur des apparences, de tourner même en ridicule une dévotion, une piété, qu'on ne recoim;!Ît pas, parce qu'elle se montre souvent sous des enveloppes grossières et des conceptions quelquefois hétéroclites. Mais comme j'ai toujours donné une très-grande attention à cette classe de peuple dans bien des contrées, loin des grandes villes, je m.e suis convaincu que son respect pour le culte des sens n'est point machinal ; que chez eux, plus que dans aucune autre classe de la société, il conduit au sacrifice des affections terrestres, à la bénéficence, si éloignée de l'égoïsme, et à la résignation religieuse dans les maux, par une confiance entière au souverain directeur des événements ; en un mot, à des sentiments vraiment chrétiens, embrassant le rédempteur des hommes avec une vraie foi; et par là il n'est point de troupeaux qui puissent donner plus de satisfaction à de bons pasteurs.

226. Le culte de la communion romaine donne beaucoup plus aux sens que celui de la nôtre, et il scnblorait d'autant moins propre à agir sur l'âme, qu'une de ses parties s'exécute dans une langue que le peuple n'entend pas (ce qu'il me semble qu'on pourrait corriger) ; mais les protestants se trompent, quand iis pensent que ce eu. te n'occupe que les sens : car les prônes, la confession , les exhortations pastorales expliquent au peuple ce qui ne frappe immédiatement que

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l'oroille. Je parle ici en général , des villes comme (I'< la rampagne, quand les pnslciirs s'nrqtiillent de leur devoir; mais j'ai particulièrement en vue le peuple simple des campagnes loin des villes, et celui des montagnes , lieux où jai souvent eu occasion de l'observer, et l'ai toujours fait avec attention : or je puis dire avec vérité que j'y ai trouvé, autant parmi les catholiques romains que chez les protestants , de vrais pasteurs et'des troupeaux, chez qui le culte était lié aux sentiments de l'âme.

227. Voilà, <lis-je, ce que j'^ai observé bien des fois, dans le maintien du vrai peuple catholique et dans celui de notre communion, durant et ai)rôs le service divin, ainsi que dans mes entreliens avec ces bonnes gens ; cl si l'amour des controverses pendant un temps, et de nos jours la malheureuse indiff renée de bien des protestants pour la religion, ne les avaient empêchés d'observer de sang-froid, ils auraient vu sûrement comme moi ces symptômes naïfs, d'après lesquels , dépouillé de -préjugés, j'ai toujours rendu justice aux intentions des vrais catholiques romains dans leur culte, sans m'arrêteraux abus qu'ils réprouvent eux-mêmes ; désirant seulement qu'ils usent de la même justire à notre égard, en ne confondant pas les vrais protestants avec ceux qui renient et déshonorent notre communion.

228. (1) Je sens l'avantage dont nous jouissons dans la communion protestante; mais seulement, il est vrai, pour ceux qui demeurent profondément convaincus delà divinité de l'Ecriture sainîe, et qui lui conforment sincèrement leur foi , c'est celui d'avoir celte Ecriture seule pour règle; et comme ce que pensent les calliuliques sur ce principe distinclif de notre communion ne m'est pas indifférent, je justifierai dabord les prolestants qui l'ont suivi e( le suivent encore , pour venir ensuite aux causes qui, de nos jours, leur attirent de la part des catholiques, un blâme que les vrais protest mis ise méritent pas.

229. Au nombre des parties de l'Iîvangile qui nous autorisent à penser, que depuis le temps des apôlres, il na existé d'autre règle de la foi que liù-riture sainte elle-même, est le chapitre !V de l'EpîIre de saint Paul aux Ejihésiens, modèle de charité et d'union fraternelle, comme il est une règ'e commune à tous les chrétiens; j'en ai cité une partie au § 135, et je le reprendrai ici. Je vous prie, moi qui suis prisonnier pour le Seigneur, de vous conduire d'une manière dif/ne de In vo— cution à laqurlle vous êtes appelés ; avec toute humilité et douceur, vous supportant l'un l'autre en charité, étant soigneux de garder

DELl'C.

Celui qui est descendu, c'est le même qui est monté au-dessus de tous les deux , afin qu'il remplît toutes choses. Lui-même donc a donné les uns pour être apôtres, les autres pour être prophètes, les autres pour être évangélisles , les autres pour être pasteurs et docteurs, pour travailler à la perfection des saints, pour l'œuvre du ministère, pour l'édification du corps de Christ, jusqu'à ce que nous nous rencontrions toxis dans l'vnité de la foi et dans In connaissance du Fils de Dieu , dans l'étal d'hommes parfaits, dans la mesure de la parfaite stature de Christ:

Voilà ce que dit cet Apôtre, principalement chargé de la réunion des gentils aux Juifs dans l'Eglise chrétienne , sur la durée et le maintien de celle Eglise. Si notre divin Maître, avant que de quitter la terre, eût institué un tribunal pour décider absolument les questions sur les objets de la foi, saint Paul n'aurait certainement pas omis, dans ce cas comme en plusieurs autres, de l'indiquer comme règle d'union. Au lieu de cela, après avoir parié de ceux que notre Sauveur avait donnés pour l'élablissement de l'Evangile par l'inspiration immédiate du Saint- Esprit, les apôlres, les prophètes, les évangélisles, il ne nomme pour leur succéder, que des pasteurs et des docteurs, pour travailler à la perfection des saints, pour l'œuvre du ministère, et pour l'édification du corps de Christ, c'est-à-dire de l'Eglise; ce qui doit durer jusqu'à ce que nous nous rencontrions tous dans l'unité de la foi, dans la connaissance du Fils de Dieu, dans l'état d'hommes parfaits. Telle est celle époque où saint Paul nous annonce l'unité de la foi ; et puisque c'est dans l'état d'hommes parfaits, ce n'est certainement pas sur la terre. Eii ! pouvons-nous nous en étonner? Les dognses prêches par les apôtres, étaient des mystères |)Our eux-mêmes ; saint Paol parle plusieurs fois du mystère de Christ, et ici il nous annonce que nous ne le connaîtrons que lorsque nous serons parvenus à la connaissance du Fils de Dieu. 11 n'est donc pas surprenant qu'il y ail parmi les chrétiens des différences dans la manière de concevoir quelques parties de ce mystère et de ce qui s'y lie ; ce qui ne pouvait être prévenu dans noire état d'imperfection, vu la nature sublime des objets. Aussi ces dissentiments sont-ils prévus dans l'Evangile, et nous avons nos règles à leur égard. Notre Sauveur nous défend de nous juger les uns les autres : saint Paul nous recommande ici de nous supporter l'un l'autre; et en nous prescrivant de garder l'union de l'esprit, il ne dit point que ce soit par la conformité absolue

l'union de l'esprit par le lien de la paix de nos idées, mais par le lien de la paix , de

cette paix que chaque individu doit travailler à faire avec Dieu, et qui le porte en même temps à vivre en paix avec ses frères.

231. On pourrait citer plusieurs autres passages des Evangiles et des Epîlres i\\\\ , aux yVux du moins des protestants, sont des preuves précises, qu'après la publication de lEvangile, il n'est resté sur la terre aucun juge infaillible des difficultés que prcseptc

(1) Comme réfutation complote cl victorieuse des erro\irs cohicmu's dans les iiams^raphos suivants, nolamnient sur l'Iùriliirc sainl • considérée comme rèy;li; de foi, 01 sur runilé do la foi parmi les hunmips, voyez les imniorlidb onvrag(!s de Itossiii't. Voyrz aussi divers traités conienus dans nos Vénwiist râlions Evanfiéliques. M.iis on sera crrlainement frappé des aveux (jui écha|)penl souvent à IJeluc en faveur de l'Eglise romaine. Il ne restait plus à ce savant réièbre qu'un pas a faire pour y entrer.... Adoro'is les secrets de la Providence.

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l'inlerprctation de quelques passages de l'Ecriture saini.e. Et ce n'est pas par esprit d'indépendance que les vrais protestants en jugent ainsi ; car au contraire il est des leaips où, s'ils ne se gardaient de substituer leur sagesse à la Sagesse suprême, ou s'ils pouvaient sacrifier leur jugement sur ce point à ce qui leur paraîtrait de la convenance, ils regretteraient qu'il n'existe pas un tel juge. Mais ils durent s'en tenir à ce qu'ils reconnaissaient comme la règle, au temps où malheureusement, des traditions jointes à l'Ecriture sainte, étaient aussi appuyées de l'autorité de l'Eglise ; temps dans lequel encore, au lieu d'un examen de sangfroid et tendant à la paix , sur ce qui n'était pas essentiel à la foi catholique, on excommunia ceux qui se plaignaient d'abus, qui néanmoins sont aujourd'hui reconnus par les vrais catholiques. Cependant si la séparation, bien fâcheuse certainement, devint par là inévitable, nous ne devons par fermer les yenx de notre côlé sur le mal qui eu est résulté dès lors, pour travailler à la faire cesser. Je l'exprimerai dans les termes de Bacon, qui le vil naître il y a près de deux siècles, et qui se fit un devoir de tâcher de le diminuer. Voici ce qu'il dit à ce sujet, dans son ouvrage intitulé, Causes des troubles cV Angleterre.

La plupart des hérésies et des seliismes viennent de la fausse règle que les hommes ont adoptée pour mesurer le plus ou moins de perfection dans l'Eglise , et d'après laquelle ils ont cru que la religion la plus parfaite devait être placée à la plus grande distance de l'erreur condamnée.... Il est de nos jours, des personnes qui adoptent, du moins jusqu'à un certain point, cette manière de mesurer la perfection : elles croient , que la vraie pierre de touche pour reconnaître ce qui est bon et ce qui est numvais, c'est de remarquer le plus ou moins d'opposition aux institutions de l'Eglise romaine. Soit qu'il s'agisse de cérémonies, de police ou de gouvernement, ou même d'institutions de plus grande importance, celle-là sera toujours à leurs yeux la plus parfaite, qui aura le plus d'opposition avec cette Eglise, et celle-là sera toujours plus souillée et flétrie, qui aura avec elle la plus petite apparence de rapport.

Les hommes étant, comme ils le sont, sujets à se tromper, srijets à tromper le peuple, plus sujets à calomnier leurs adversaires, il serait dangereux de les entretenir dans cette méthode de mesurer la perfection. Elle nous aurait sûrement déjà conduits à larebaplisation de nos enfants baptisés suivant le rit de l' Eglise romaine, si nous n'avions sous nos yeux une condamnation trop notoire de cette pratique ; car je vois que la réordination des prêtres, qui a tant d'analogie avec la rebaptisation des enfants, est un point qu'on inculque déjà avec force.

Il est très-à~propos que les hommes ne se laissent point abuser par cette opinion exagérée, et qu'ils pensent qu'il serait beaucoup plus prudent et plus sage de rechercher avec soin si, dans l'abolition générale des institutions de l'Eglise romaine, on n'en a point en-

veloppé avec les mauvaises (par une suite de l'imperfection attachée a toutes les institutions des humains) qui étaient vraiment bonnes ; plutôt que de chercher si l'on n'en a point laissé de mauvaises dont il faudrait achever de purger l'Eglise. C'est ce qu'on prétend encore chaque jour, et qui aboutirait à déchirer l'Eglise jusque dans ses entrailles, ainsi qu'ona commencé de le faire.

232. Ce sont là des motifs que reconnaîtront sûrement les chrétiens dos diverses communions d'écarter les disputes, quand ils ne feront point de la religion un objet de parti, mais une règle de leurs devoirs envers Dieu et envers les hommes, et lorsqu'avec cette disposition , ils étudieront l'Ecriture saint(\ non pour y chercher des moyens de controverse, mais au contraire, pour apprendre que les opinions peuvent être différentes entre les homnn's avec la même bonne foi, cl pour s'y pénétrer des leçons et des ordres d'union fr.Uernelle.

233. J'ai cette confiance dans l'effet d'une vraie persuasion des vérités historiques de la révélation, rendues indépendantes du sens des mystères divins, que si cet'e confiance devient commune tiux chrétiens, comme il y a lieu d'espérer que cela s(^ra par les lumières qui se répandent, les différences d'opinion sur le.s mystères eux-mêmes s'effaceront assez par degrés, pour faciliter une nouvelle réunion entre eux. Car ayant la certitude de la révélation elle-même , ils ne feraient plus dépendre sa vérité, de certaines manières de concevoir ce qu'elle enseigne; ce qui préviendrait toute aigreur dans largumentation. On s'entretiendrait al;)rs paisiblement des points sur lesquels on diffère à l'égard de quelques parties des mystères ; par là on en sentirait mieux la difficulté, ce qui importe de part et d'autre; on se rapprocherait même probablement jusqu'à un certain point, et l'on apprendrait du moins à comprendre , que si l'on se détermine d'un côté, Topinion différente n'est pas sans des raisons qui peuvent déterminer différemment des hommes autrement frappés de certaines considérations ; ce qui arrive sur tous les sujets dont les fondements ne sont pas mathématiques ou physiques. Alors aussi je ne vois pas, du moins dans la nature de la chose , ce qui pourrait empêchi-r que les chrétiens des diverses communions n'arrivassent à participer sans scrupule au culte les uns des autres, même aux sacrements connnuns , si les catholiques romains venaient à rétablir les deux espèces dans l'eu charistie. Car dans tout le reste, qui ne se ■ rait qu'intérieur, chacun sachant qu'il en doit compte à Dieu, en ferait un examen plus libre, et ainsi plus sincère, que lorsqu'il serait appelé à rendre compte à des hommes qu'il ne reconnaît pas pour juges de sa conscience.

23^. Je ne dissimule point que ce serait la mon désir, d'après ma profonde conviction de la vérité de l'Ecriture sainte, et la persuasion où je suis , que quiconque la regarde /raimenl comme la base de la religion, ne

1083 DEMOXSTIlAT!').N LVA^NUELIQUE. DELUC

pcul serarlor de son vrai sens dans aucun point essentiel au salut, non plus que sur la connaissance de tous ses devoirs : cl c'est ainsi que, d'après elle, je rej^arde ( omme un devoir, l'union entre les chrétiens malgré quelques dissentiments; comprenant qu'ils sont inévitables à l'égard des objets qui , en eux-mêmes, sont si fort au-dessus de la portée de notre intellif^cnce. Bacon pressait CCS motifs de réunion, à la vue des maux que produisaient les controverses dans sa patrie ; et les vrais croyants tant protestants que catholiques en ont aujourd'hui une raison non moins déterminante, à la vue des attaqu "S qu'éprouve leur foi commune , et de l'iiidilTércnce que ces attaques ont fait

naître chez tant d'individus de toutes les

coiniiHinions ; indifférence qui , si elle continue de gagner le peuple, peut préparer les

plus grands maux.

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