PROPOSITION PREMIÈRE
// est évident, d'après un coup d' œil jeté sur le monde païen avant l'apparition de Notre- Seigneur sur la terre, qu'il y avait nécessité absolue d'une révélation de la volonté de Dieu, et conséquemmen*. une grande pro*
RÉSUMÉ DES PllKUVES DU CHRISTIANISME.
babilité, existante déjà depuis longtemps, qu'une révélalion de ce qenre serait accordée ù l'espèce humaine.
Les gons verses dans la connaissance de l'histoire ancienne savent parfaitement qu'il n'y a pas de faii plus certain et d'une plus grande notoriété que celui-ci : que depuis un grand nombre de siècles avant que notre Sauveur parût sur la terre, et à l'é|:oque même où il s'y montra, la totalité du monde païen , considéré dans ses nations mè.ue les pins polies , les plus civilisées et les plus instruites, était, à Irès-peu d'exceptions près, tombée dans l'ignorance la plus déplorable de tout ce qui peut avoir rapport à la Divinité et à son culte , c'est-à-dire , dans la superstition et l'idolâtrie la plus absurde, ainsi que dans la corruption et la dépravation de mœurs la plus abominable. Les hommes d'alors ne connaissaient ni la véritable iialure de Dieu, ni les attributs et les perhclions qui constituent sa divine essence. Ils n'avaient pas plus d'idée du culte qui lui est agréable, des devoirs moraux qu'il imposait à ses créatures, ni aucune notion claire ou ferme croyance de l'iinmorlalilé de l'âme, et d'un état de châtiments et de récompenses dans une autre vie. Ils iniaginaient l'univers sous la direction d'une foule de dieux et de déesses auxquels ils attribuaient les vices et les passions les plus détestables qui aient jamais déshonoré la nature humaine : ils adoraient aussi des morts des deux sexes, des oiseaux , des quadrupèdes , des insectes et des reptiles, même le serpent, le plus odieux et le plus dégoûtant de tous, ainsi qu'une infinité d'autres idoles , ouvrag;>s de leurs mains, et laites de diverses matières telles qu'or , argent, bois , marbre et pierre. Quant à leur conduite , ils étaient presque généralement adonnés aux vices les plus choquants et les plus abominables. Un grand nombre même de leurs cérémonies solennelles du culte et de leurs actes de piété n'offraient que des scènes de la volupté la plus grossière et de la licence la plus brutale. D'autres pratiques religieuses étaient accompagnées des superstitions les plus sauvages et les plus cruelles, et quelquefois mcuie de sacrifices humains.
l^a description que nous a laissée saint Paul des anciens païens dans le premier chapitre de son Epître aux Romains est vraie strictement et prise à la lettre. « Etant, dil-il, remplis de toute sorte d'injustice, de méchanceté, d'impureté, d'avarice , de malignité , envieux , meurtriers , querelleurs , trompeurs , extrêmement corrompus dans leurs mœurs, semeurs de faux rapports, calomniateurs et haïs de Dieu, outrageux superbes, hautains, inventeurs de nouveaux moyens de faire le mal, désobéissants à leur père et à leur mère, sans prudence, sans modestie, sans affection pour leurs proches, sans foi, sans miséricorde. »
Ce ne sont pas là des déclamations vagues et générales d'un homme pieux, dictées par l'indignation que lui inspire la perversité de
son siècle, ce sont des peintures fidèles et exactes des mœurs du temps ; et les auteurs païens du même temps confirment, de la manière la plus forte et la plus étendue, tout ce qu'avance l'Apôtre. Songeons , en outre, que c'est à un peuple trè -civilisé, ingénieux, iîistruit et célèbre par ses progrès dans toutes les sciences cl les arts libéraux que ces reproches sont adressés. Quelle n'a donc pas (!û être la déprav.'ition des peuples les pins barl)ares, quand on voit que telle était la n)orale du plus vertueux et du plus civilisé?
li existait, il faut l'avouer, parmi toutes les nations de l'antiquité, particulièrement les Grecs et les lloniains, quelques hommes sages et honviétes en comparaison des autres, que l'on appelait philosophes, et qui avaient des notions de moralité et de religion plus saines et plus justes que celles du reste du montïe , qui s'étaient même conservés purs, jusqu'à un certain point, au milieu de la corruption générale où ils vivaient : mais ils n'étaient qu'en bien petit nombre, comparés à la grande masse du genre humain, et par conséquent tout à fait hors d'état de produire aucun changement considérable dans les principes et les mœurs généralement adoptés chez h urs concitoyens, ils n'avaienld'aiileurs eux-n;êmes que des notions bien imparfaites et bien erronées sur 1 1 nature et les attributs de Dieu, le culte qu'il exigeait, les devoirs et les obligations morales, le plan d'après lequel le Créateur gouverne ce monde , ses desseins en faisant l'homme, la dignité originelle de la nature humaine, l'état de corruption et de dégradation dans lequel elle était tombée depuis, le mode p;irticulier d'intervention de la part de Dieu , pour le rétablissement et la réhabilitation du genre humain , les moyens m.éiicigés aux hommes de recouvrer la fjveur de leur Créateur ofi'ensé, et le but glorieux auquel il se proposait de les conduire enfin après la réconci ialion ; ils étaient dans un état de doute, d'incertitude et d'hésitation, mêinc sur ces grandes et importantes doctrines, dont nous avons parlé plus haut, de limmortalilé de l'âme, de la réalité d'un état à venir, et de la répartition des châtiments et des récompenses après celle vie ; dans l'obscurité où ils se trouvaient à cet égard, ils les désiraient ardemment et les espéraient plutôt qu'ils ne les attendaient réellement avec confiance, et les croyaient avec une fui ferme. Mais même pour ce qu'ils connaissaient avec un certain degré de clarté et de certitude, ou ils ne daignaient pas le mettre à la portée des classes inférieures de la société, ou ils n'en avaient pas le talent.
Ils manquaient aussi de l'autorité convenable pour donner aux recommandations qu'ils faisaient de ces vertus , l'espèce de sanction nécessaire pour les faire pratiquer; ils n'avaient point à proposer de motifs assez puissants pour prendre de l'ascendant sur de violentes tentations et des penchants dépravés. Leur propre exemple, au lieu de prêter delà force à leurs préceptes ne tendait qu'à en affaiblir l'action ; car leur conduite était
généralement, même dans les plus gens de bien, en opposition directe avec leurs doctrines ; et les vices détestables auxquels plusieurs de ces philosophes se livraient, détruisaient entièrement l'eificacitéde leurs leçons.
Par-dessus tout, ils étaient privés des sanctions augustes de la religion qui sont, d'une part, les l'reins les plus puissants pour arrêter les passions et les vices du genre humain, el de l'autre les ressorts les plus actifs pour porter les cœurs à la vertu, par les châtiments et les récompenses qu'elle promet et dont elle menace dans une autre vie ; article qui forme un point si essentiel et si important dans l'économie du christianisme.
Il y avait donc; une nécessité absolue et évidente d'une révélation divine, pour tirer le genre humain de ce gouflVe d'ignorance, de superstition , d'idolâtrie, de perversité et de misère dans lequel tous les hommes étaient tombés, dans toutes les parties du globe ; pour leur enseigner de quelle manière el avec quelle forme de culte extérieur Dieu préférait d'être honoré; quelle expiation il daignait accepter pour le péché ; pour leur donner une entière certitude d'un jugement , et d'un état à venir en conséquence de ce jugement; pour mettre la totalité de la doctrine de la religion à la portée des esprits les plus simples et les plus faibles, en un mot de toutes les capacités, en leur rendant ses vérités claires et évidentes ; pour ajouter du poids et de l'autorité aux préceptes les plus simples, et fournir aux hommes une assistance extraordinaire et surnaturelle qui les rendît victorieux de la corruption de leur nature : et puisqu'il était si évidemment digne de Dieu et d'accord avec toutes les idées que nous nous formons de sa bonté et de sa miséricorde à l'égard des ouvrages de ses mains , qu'il éclairât , secourût et dirigeât de celte manière les créatures qu'il a faites, il y avait donc évidemment aussi les plus fortes raisons d'espérer que des lumières et des secours de cette nature seraient effectivement accordés aux hommes; et cela avait même paru si probable, que les plus sages des anciens païens ont regardé comme tièsnalurel et conforme à la saine raison, d'attendre de la bonté divine quelque chose de ce genre.
Vous pouvez renoncer, dit Socrale , à tout espoir de corriger les mœurs des générations futures, à moins que Dieu ne veuille bien vous envoyer quelque autre personne pour vous instruire {Platon, dans l Apologie de Sacrale) ; el Platon déclare que tout ce qu'il y a de bien et tout ce que l'on pourra rencontrer en ce monde , dans le triste état où il se trouve, ne peut exister que ^pav V intervention particulière de Dieu {Le même, dans sa République). Cicéron a fait des aveux pareils ; et Porphyre, l'un des ennemis les plus acharnés delà religion chrétienne, conf sse néanmoins que l'on éprouvait le besoin de quelque méthode universelle de délivrer les âmes des hommes, qu aucune secte de philosophie n'avait jamais encore trouvée {Saint Augustin , dans la Cité de Dieu).
Ces aveux des sages les plus célèbres de
l'antiquité sont bien, certes, d'un autre poids que les assertions de nos infidèles modernes, « que la raison humaine suffit pleinement pour enseigner aux hommes leurs devoirs et les mettre en état de les remplir, et qu'en conséquence une révélation divine était parfaitement inutile. » Il est vrai que de nos jours un déiste peut avoir des notions passablement justes de la nature et des attributs de l'Etre suprême, du culte qui lui est dû , des bases et de l'étendue des obligations morales, et même d'un état futur de rétribution. Mais d'où lire-l-il ces notions? Assurément ce n'est pas des leçons de sa propre raison livrée à elle-même, el sans l'assistance des lumières divines, mais seulement comme l'un de leurs plus fameux philosophes, Jean-Jacques {OEuvres de Jean- Jacques, t. IX, p. 71, édition, m-12, 1764), en convient, de ces mêmes Ecritures qu'il méprise et qu'il rabaisse , des impressions reçues de bonne heure par l'éducation, de l'habilude de vivre et de converser dans des pays chrétiens où ces doctrines sont publiquement enseignées, et où, en dépit de lui-même, le déiste s'imbibe de quelque portion de celle science religieuse, que les saintes Ecritures ont répandue partout, et qu'elles ont communiquée aux ennemis comme aux amis de l'Evangile. Mais ceux qui étaient privés de ces avantages, ceux qui n'avaient rien que leur raison pour les diriger, et qui savaient, en conséquence, à quelles faibles ressources se borne la raison, quand elle e^t abandonnée à ellemême, bien mieux que nos infidèles modernes, dont aucun n'a jamais été ni pu être précisément dans le même cas , ces hommes , dis-je, déclarent uniformément que la simple lumière de la nature était insuffisante pour les guider dans le chemin du bonheur et de la vertu; el que le seul guide sûr et certain pour bien conduire les hommes dans la roule difficile de cette vie, était une découverte divine de la vérité {Platon, dans le Phédon). Ces considérations peuvent servir à montrer qu'au lieu de nourrir de longue main aucun préjugé déraisonnable contre la possibilité ou la probabilité d'une révélation divine quelconque, nous devons au contraire être prévenus d'avance en faveur de son existence, et préparés à la recevoir ouvertement avec franchise et candeur, toutes les fois qu'elle nous sera présentée avec des preuves suffisantes : parce qu'en considérant le besoin que l'homme en a, et la bonté de Dieu, il paraît infiniment probable qu'une révélation de ce genre devait être manifestée tôt ou tard au genre humain.