PROPOSITION II
A Vépoque même où Von attendait générale^ ment dans le monde que quelque personnage extraordinaire y fit son apparition, une personne nommée Jésus-Christ parut effeC" tivement sur la terre, assurant qu'il était le Fils de Dieu, et qu'il était descendu du Ciel pour enseigner au genre humain la véritable religion. En conséquence il fonda une religion qui fut appelée de son nom religioq
HÉSUMlt DKS PIŒUVKS DU ClllilSTIAiMSMi:.
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chrétienne, et qui a été professée depuis ce
moment jusquà nos jours par un grand
nombre d'hommes.
Il était indispensable d'énoncer ici cette proposition , comme le fondement de tout le raisonnement qui va suivre; mais c'est d'ailleurs une vérité si universellement reconnue, qu'il n'y aura que très-peu de choses à dire pour l'appuyer.
Que vers le temps de la naissance de notre Sauveur, une attente {générale fut répandue dans les contrées de l'Orient qu'il paraîtrait dans la Judée un personnage très-extraordinaire, c'est ce qui est évident et par l'histoire sacrée, et même par les écrits des païens, saint Matthieu nous apprend que quand Jésus eut pris naissance dans la ville de Béthléhem en Judée, il s'y rendit des hommes sages, probablement considérés dans leur pays pour leur rang et pour leur savoir, et les, mêmes que l'on a désignés sous le nom de Mages, qui venaient de l'Orient, et qui disaient : « Où est le roi qui est né aux Juifs, car nous avons vu son étoile dans l'Orient, et nous sommes venus pour l'adorer?» Deux historiens romains, Suétone et Tacite, confirment ce fait en assurant qu'à cette époque régnait dans tout l'Orient une ancienne opinion généralement reçue , qu'il sortirait de la Judée un personnage destiné à établir sa domination sur le monde entier.
Que dans le temps où César-Auguste était empereur à Rome , une personne appelée Jésus-Christ était née en Judée ; qu'il prétendait être venu du ciel pour enseigner aux hommes la vraie religion, et qu'il a eu une multitude de sectateurs : c'est encore ce que les historiens sacrés assurent unanimement, et ce dont plusieurs auteurs païens rendent également témoignage.
Ces écrivains font mention du propre nom du Christ, et reconnaissent qu'il av;iit un grand nombre de disciples que l'on appelait chrétiens, à cause de lui. Les Juifs, quoique ennemis déclarés de notre religion , avouent la vérité de toutes ces choses, et il n'y a aucun, même des auteurs païens des temps les plus voisins du berceau de cette religion, et qui ont écrit contre elle, qui les révoque en doute. Ce sont donc des faits aussi certains, aussi avérés, aussi incontestables que la réunion des témoignages de rhistoiie ancienne, sacrée et profane , et l'accord des aveux des ennemis et des amis de cette religion dans ce qu'ils en disent, peut les rendre tels.
PROPOSITION m.
Les livres du Nouveau Testament ont été I écrits par ceux-là même à qui on les altrij bue, et contiennent une histoire fidèle du Christ et de sa religion. Ce que l'on y dit de l'un et de Vautre, peut être admis avec sécurité comme une chose strictement vraie.
Les livres, qui contiennent l'histoire du Christ et de la religion chrétienne, sont les quatre Evangiles et les Actes des apôtres. 11 n'y a pas plus de raison de douter que les
DÉMONST. EVANG. XII.
Evangiles aient été écrits par les quatre auteurs dont ils portent les noms, c'est-à-dire xMadhiou, Marc, Luc et Jean, qu'il y en a de douter que les histoires que nous avons sous les noms de Xénophon , de Tite-Live ou de Tacite, ont été écrites par ces auteurs.
11 y a un grand nombre de passages auxquels on a fait allusion , ou que l'on a cités comme tirés des évangélistes, qui sont exactement tels que nous les lisons encore aujourd'hui et qu'une succession non interrompue d'écrivains chrétiens, depuis les apôtres jusqu'à nos jours , nous a transmis pour les confronter avec l'original : chacun d'eux se trouve déjà nommé comme auteur de l'Evangile qui porte son nom, dans des ouvrages qui remontent aux premiers temps du christianisiue; et certes, c'est plus que l'on n'en pourrait dire en faveur d'aucun autre ancien historien ( Voyez Lardner, de la Crédibilité, tome 1 ; et les Témoignages de Paley. vol. 1).
L'universalité du monde chrétien a toujours regardé ces livres, depuis le siècle des apôtres, comme contenant une histoire fidèle de la religion prêchée par eux ; en conséquence ils doivent être reçus comme tels, précisément comme nous reconnaissons dans le Coran un exposé exact de la religion mahomélane, et dans les livres sacrés des braminos le véritable tableau de la croyance religieuse dos habitants de l'indoustan.
Nous avons les motifs les plus puissants pour croire que tous les faits rapportés dans ces écrits, et les récits qu'ils nous font des actions et des paroles de notre Sauveur, sont aussi strictement vrais.
Car d'abord, on ne peut nier que ces écrivains n'aient eu les meilleurs moyens d'être informés et n'ont pas pu être trompés euxmêmes.
Et en second lieu, on ne saurait leur supposer aucune raison de tromper les autres.
Saint Matthieu et saint Jean étaient tous deux les apôtres de Notre-Seigneur : ils accompagnèrent constamment ses pas, et le suivirent dans toutes les fonctions de son ministère; ils assistèrent aux choses qu'ils décrivent, ils furent témoins oculaires des faits, et entendirent de leurs propres oreilles les discours qu'ils nous rapportent.
Saint Marc et saint Luc, quoiqu'ils ne fussent pas eux-mêmes revêtus de l'apostolat, n'en furent pas moins les contemporains et les compagnons des apôtres; ils se trouvèrent dans des rapports d'amitié et de liaison avec ceux qui s'étaient trouvés présents aux événements qu'ils nous racontent. Saint Luc dit expressément en tète de son Evangile qu il commence en ces mots : Comme plusieurs ont entrepris d'écrire l'histoire des choses qui se sont accomplies parmi nous, suivant le rapport que nous en ont fait ceux qui dès le commencement les ont vues de leurs propres yeux et qui ont été les ministres de la parole : j'ai cru que je devais aussi , très-excellent Théophile, après avoir été exactement informé de toutes ces choses depuis le commencement , vous en écrire par ordre toute l'histoire, afin que vous reconnaissiez la vérité de tout ce qu'on a en- (Trenle-hiiii.)
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seigné. Saint Luc, étant aussi l'auteur des Actes des apôtres, il s'ensuit que nous avons pour écrivains de ces cinq premiers livres des personnes possédant la connaissance la plus pai-faite de tout ce qu'ils rapportent, soit par leurs observations personnelles , soit par leurs communications du même genre, avec ceux qui ont entendu et vu tout ce qui s'est passé à cet égard.
Celaient au reste dos hommes simples, probes, sans art et sans lettres, pris dans les classes vouées aux professions les plus humbles, et entièrement incapal)les,soit d'inventer, soit de concerter un système aussi raffiné et aussi compliqué de fraude qu'aurait dû l'être l'édifice de la religion chrétienne , si elle n'était pas vraie. 11 règne d'ailleurs dans tout le cours de leur narration les caractères les plus marqués de franchise, de candeur et de simplicité qui accompagnent toujours la vérité. Leurs jilus grands enneaiis n'ont jamais essayé d'entacher le moins du monde leur moralité ; et comment d'après cela pourrait-on les supposer capables d'une aussi grande imposture que celle d'assurer et de propager les mensonges les plus impudents? Il ne pouvait leur en revenir ni plaisir, ni profit, ni puissance. Au contraire, leur doctrine attira sur eux les maux les plus redoutables et même la mort. Ainsi donc, s'ils étaient des fourbes , il faut avouer qu'ils le furent bien gratuitement et sans qu'il leur en revînt le plus léger avantage ; tranchons le mot, ces étranges imposteurs allèrent directement contre lous les motifs et les avantages dont l'espoir influence ordinairement les actions des hommes. Ils prêchaient une religion qui défend le mensonge sous peine de la damnation éternelle, et néanmoins dans l'hypothèse qu'ils ont été imposteurs, ils soutenaient cette religion par le mensonge. Et tandis qu'eux-mêmes se rendaient cou|)ables de la plus basse, de la plus inutile des impostures, ils se donnaient des peines infinies, ils supportaient avec courage des travaux et des souffrances incroyables pour apprendre au genre humain à ne jamais s'écarter de la vérité.
En bonne foi, cela est-il croyable, cela est-il possible 1 N'est-ce pas là une manière d'agir si contraire à toute expérience, à tous les principes de la nature humaine, à tous les motifs qui règlent ordinairement la conduite , qu'elle dépasse de beaucoup les bornes de toute crédibilité, et force tout homme raisonnable à rejeter une aussi étrange supposition?
Ainsi donc, il faut que les faits rapportés dans les Evangiles et les Actes des apôtres soient vrais, même ceux qui sont évidemment miraculeux; car le témoignage de gens qui donnent leur vie pour soutenir ce qu'ils affirment, est une déposition d'un poids suflisant pour soutenir quelque miracle que ce puisse être; et les considérations suivantes ajoutent encore beaucoup à l'opinion que l'on doit s'être formée de la véracité de ces
témoins.
Il y a dans tous
les écrits qui composent
le Nouveau Testament, des allusions coniinuelles et des jjhrases qui se rapportent à des choses, des personnes, des lieux, des mœurs, des usages et des opinions qui cadrent p;irfaitement avec l'état réel des choses à cette époque, tel qu'il nous est dépeint par des auteurs contemporains et désintéressés. Si l'histoire écrite par les évangélistes n'eût été qu'un roman de leur invention, l'on aurait certainement découvert quelque erreur ou quelque méprise, relativement à ces circonstances accidentelles, dans l'un ou l'autre de ces historiens, et c'est pourtant ce qu'on n'y a pas encore trouvé.
Quant aux faits en eux-mêmes qu'ils racontent, la plus grande partie se trouve aussi mentionnée ou racontée en détail par les historiens juifs et romains : tels sont l'étoile qui apparut à la naissance de notre Seigneur, le voyage à Bethléem des mages venus de l'Orient, lemassacre ordonné par Hérode des enfants au-dessous de l'âge de deuxans, beaucoup de particularités concernant Jean-Baptiste el Hérode. Le crucifiement de Notre-Seigneur sous Ponce-Pilate, ainsi que le tremblement de terre elles ténèbres miraculeuses qui l'accompagnèrent, et même plusieurs des miracles opérés par Jésus lui-même, particulièrement la guérison des boiteux et des aveugles, l'expulsion des démons des corps des possédés, sont, comme matière de fait, expressément avoués et reconnus par un certain nombre des plus anciens et des plus implacables ennemis du christianisme. Ils avaient beau attribuer ces miracles à l'assistance des mauvais esprits, ils n'en convenaient pas moins que les miracles eux-mêmes avaient été effectivement opérés ( Clarke , Preuves de la religion naturelle et révélée).
Ce témoignage de nos adversaires, môme en faveur des parties miraculeuses de l'histoire sacrée, est la preuve la plus puissante qu'il soit possible d'administrer de la vérité et de l'autorité de l'ensemble de ces livres.
Il est également certain que ceux qui composent le Nouveau Testament sont venus jusqu'à nous sans aucune altération ou corruption importante, et qu'ils se trouvent encore aujourd'hui, dans lous les points essentiels, précisément les mêmes qu'au moment où ils sont sortis des mains de leurs autiurs. Que dans les différentes copies de ces écrits commedans toutes lesaulrcsdesanciens livres un petit nombre de lettres, de syllabes, de mots même, si l'on veut, aientpuélre changés, c'est assurément ce que nous ne prétendons pas nier; mais qu'il y ait eu aucune allératio". prémédilée ou corruption frauduleuse d'aucune partie considérable, spécialement d'aucun point de doctrine ou de quelque passage important dans l'historique, c'est ce que personne n'a jamais essayé ou réussi à prouver. Et dans le fait, c'était une chose absolument impossible : car on ne saurait douter qu'à la sortie de chacun de ces écrits des mains de leurs auteurs, il n'ait été fait sur-le-champ un grand nombre de copies des originaux, que l'on envoya dans toutes les diverses Eglises chrétiennes. Nous savons qu'on cp
RÉSUMÉ DES PUliCYES DU CIlUiSTlANlSMt:.
faisait une lecture publique dans toutes les assemblées des premiers chrétiens ; nous savons aussi que l'on ne tarda pas à les traduire dans un grand nombre de langues étrangères, et que ces anciennes versions, dont plusieurs subsistent encore, furent bientôt répandues dans toutes les p irlics du monde connu ; il y a mieux, c'est que quelques-uns même des manuscrits originaux s'étaient conservés jusqu'au temps de Tertullien, c'est-à-dire à la fin du second siècle (Grotius, delà Vérité de lu religion chrétienne: l. m, § 2). Il se trouve une foule prodigieuse de citations de toutes les parties du Nouveau Testament par des écrivains chrétiens, à partir depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, qui toutes s'accordent en substance avec le texte des saintes Ecritures, tel que nous le possédons actuellement. En outre , plusieurs sectes et hérésies s'élevèrent bientôt dans le sein de l'Eglise, dont chacune en appela au témoignage des Ecritures, pour prouver la vérité de la doclri»'^ qu'elle professait. Il a donc été entièrement mpossible à quelque secte que ce fût de f;nre aucun changement important aux livres sacrés, sans que toutes ses rivales s'en soient aperçues et plaintes immédiatement [Benllie, vol. 1, page 188). Leur jalousie réciproque, l'esprit soupçonneux que chacune nourrissait conire l'autre, ont dû prévenir dune manière efficace toute altération considérable des livres saints; et pour les points les moins importants, les critiques les plus habiles et les plus judicieux ont assuré et démontré , après l'examen le plus scrupuleux, que lis livres du Nouveau Testament sont de tous les anciens écrits ceux qui, sans aucune exception, ont le moins souffert des injures du temps et des erreurs des copistes (1).