PROPOSITION V
Le caractère dti Christ, tel qu'il est représenté dans les Evangiles, nous fournit de puissants motifs de croire qu'il était une personne divine.
Quiconque considérera le caractère de Notre-Seigneur, tel qu'on peut le recueillir des divers incidents et des diflérentcs actions de sa vie (car c'est là qu'il faut le chercher, ses disciples ne nous en ayant point laissé de descriptions travaillées et d'éloges dans les formes), ne tardera pas à découvrir qu'il fut le caractère le plus parfait, sous tous les rapports , qui ait jamais été manifesté au genre humain. Quand nous nous bornerions a dire tle lui ce que Pilate lui-même en a dit, et ce que ses ennemis les plus envenimés ne peuvent nier et ne nient point on effet : Que nous ne pouvons trouver de faute en lui, et que la totalité de sa vie fut entièrement exempte de blâme, ce serait encore beaucoup plus que l'on n'en peut dire d'aucune autre personne qui ait jamais paru dans le monde. Mais il fautavouer que ce serait avoir à peine fait quelques pas dans la connaissance de l'excellence de son caractère, et que l'on serait loin, de cette manière, de l'avoir approfondie; car non-seulement il était exempt de toutes nos fautes et de nos fragilités, mais il eut et pratiqua toutes les vertus dont notre imagination peut concevoir l'idée. En effet il a professé et témoigné envers son Père céleste l'amour le plus ardent, aussi bien que la dévotion la plus fervente et la plusdigne de la raison; il a déployé dans toute sa conduite le dévouement le plus entier, la résignation la plus complète à la volonté de ce Père céleste, et la plus parfaite obéissance à tous ses commandements. Ses mœurs étaient douces, aimables, et ses manières pleines de •iondescendance et de bonté : son cœur sur- \bondait de compassion, de bienveillance et de tendresse pour l'universalité de l'espèce humaine. La grande occupation de sa vie était de faire du bien aux corps et aux âmes
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des hommes. C'est à quoi toutes ses pensées et tout son temps furent constamment consacrés, et même sans interruption. Il allait répandant ses bienfaits et ses bénédictions autour de lui de mille manières différentes, guérissant les malades, soulageant les iuQrmités, corrigeant les erreurs, écartant les préjugés, éta'^blissant la piété, la justice, la charité, la paix, la bonne intelligence parmi les hommes; et entassant, dans la courte durée de son ministère, plus d'actes de compassion et de bonté que la carrière la plus longue, fournie par l'homme le plus bienfaisant sur la terre, n'en a jamais produit. Il eut l'empire le plus absolu sur ses propres passions, et quoique sa patience ait été continuellement mise aux plus sévères épreuves, elle n'a jamais été lassée ni vaincue. Jamais il ne lui est arrivé de tomber dans aucune intempérance ou aucun excès, soit en acfions. soit en paroles, qui démentît en lui le Dieu en laissant trop voir l'homme. Jamais il ne laissa sortir une seule fois de ses lèvres un seul mot qui ne fût pas avoué par la prudence et la sagesse; il endura, de la part de ses ennemis, les plus cruelles injustices avec le sang-froid, la douceur, la mansuétude, la patience et la résignation la plus complète ; il déplorja le courage h plus étonnant en souffrant la mort la plus abreuvée de douleur et d'ignominie ; et pour couronner tout le reste, au milieu de ses angoisses sur la croix, il implora le pardon de ses meurtriers, par cette prière pleine d'une charité divine : Mon Père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font.
Sa sagesse n'était pas inférieure à ses vertus. Les doctrines qu'il enseigna furent les plus sublimes et les plus importantes qui eussent jamais été annoncées avant lui au genre humain, et dignes à tous égards de ce Dieu dont il assurait les avoir tirées, et se déclarait être le Fils.
Ses préceptes inculquaient la morale la plus pure et la plus parfaite. Ses discours étaient pleins de dignité et de sagesse, et néanmoins intelligibles etclairs; ses paraboles portaient avec elles l'instruction de|la manière la plus agréable, la plus familière, et en même temps la plus frappante, et ses réponses aux nombreuses questions insidieuses qu'on lui faisait, montraient une promptitude de conception extraordinaire , une grande soliditéde jugement, et une présence d'esprit qui déjoua complètement toute l'adresse et toute la malice de ses ennemis, et qui le mit en état de sortir de tous les pièges qu'ils lui tendaient. Il paraît donc, même d'après cette courte et imparfaite ébauche du caractère de notre divin Maître , qu'il fut, sans comparaison, le personnage le plus sage et le plus vertueux que la terre eût jamais vu; c'est ce qu'avouent ses ennemis les plus acharnés. S'il futdonc, d'un consentement unanime, un homme si grand et si bon, il s'ensuit nécessairement qu'il dût être en effet ce qu'il prétendait être, une personne divine, et que conséquemment aussi sa religion doit être divine : car il eut certainement la prétention d'être un type, un modèle divin. Il assura
(lu'il était le fils de Dieu, qu'il était descendu du ciel avec sa religion, et qu'il avait le pouvoir de faire des miracles. Si la chose n'était pas ainsi, il se trouverait avoir affirmé, dans une matière d'une importance infinie, ce qui n'était point appuyé sur la vérité. Mais cette supposition est-elle croyable, même le plus légèrement du monde? est-il probable, est-il concevable, est-il d'accord avec la conduite générale de l'homme; enfin, cst-il admissible de supposer , avec le caractère reconnu de Notre-Seigneur, qu'aucune autre chose que la vérité ait pu sortir de celui que ses propres ennemis conviennent avoir été à tous égards, et par suite, sous le point de vue de la véracité, le meilleur et le plus vertueux de tous Jes hommes?
A-t-ort jamais eu connaissance, et y a-t-il un seul exemple que l'on puisse produire dans l'histoire du genre humain, de quelqu'un d'aussi irréprochable dans sa morale, que retaille Christ, de l'aveu de tout le monde; qui ait persisté pendant un laps de temps aussi long qu'ill'a fait, dans des assertions qui, si elles étaient fausses, auraient répugné aux principes les plus clairs de la morale, et amené les suites les plus funestes pour ceux qu'il chérissait le plus, je veux dire ses disciples et ses amis ? Est-il possible que le pur, le juste, le pieux, le doux, l'aimable, l'humain, le miséricordieux Jésus ait pu se résoudre à engager des multitudes de gens innocents et vertueux à croire et à soutenir une religion qu'il savait devoir attirer sur eux la persécution, la misère et la mort , à moins qu'il n'eût été autorisé par Dieu même à établir cette religion, et qu'il n'eût en lui-même la conscience qu'il possédait le pouvoir de récompenser amplement ceux qui préféraient sa religion à toute autre considération humaine? Le sens commun et la manière générale d'être affecté du genre humain se révolterait à un projet aussi insensé et aussi barbare.
Il s'ensuit donc que le Christ était réellement un homme envoyé de Dieu pour prêcher sa doctrine, et que sa religion fut encore un des bienfaits du Père de tous les hommes.