RENDUE EVIDENTE PAR SES MOTIFS DE CREDIBILITE
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La foi est définie par l'Apôtre : la substance de ce que nous espérons, et la preuve de ce que nous ne voyons pas : Est aiitem fides spe-
randarum substantia rerum, argumentum non apparentium [Heb., XI, 1). On l'appelle la substance de ce que nous espérons, parce quo
la foi est le fondement de notre espérance. Sans la foi il n'y aurait point d'espérance. On la nomme ensuite la preuve de ce que nous ne voyons pas, parce que la foi a un côté qui présente de la clarté, et un autre qui présente de l'ombre et de l'obscurité. Elle présente de la clarté cl de l'évidence dans les preuves qui la rendent certaine à notre croyance, et elle présente de l'obscurité dans les vérités qu'elle enseigne, parce qu'elles sont cachées à nos yeux.
Il convenait à la gloire de Dieu et à notre propre bien de lui donner ce double caractère. U convenait à la gloire de Dieu de nous mener au salut éternel par le chemin de la foi, parce qu'il est juste non-seulement que l'homme soumette à Dieu sa volonté en lui obéissantetaccomplissantses préceptes, mais qu'il lui soumette aussi son intelligence en croyant à ses paroles. Quel honneur en eiïet l'homme pourrait-il rendre à Dieu, s'il croyait seulement ce qu'il voit ou ce qu'il comprend? Mais il l'honore et le glorifie beaucoup en croyant ce qu'il ne voit ni ne comprend, uniquement parce que c'est Dieu qui l'a dit. Voilà pourquoi la foi est une science supérieure à toutes les autres sciences: Ecce iJeas tnagnus vinccns scicnliam nostram ( Job , XXXVI, 26). En effet, elle naît en nous d'un rayon de lumière divine, lumière qui surpasse toutes les clartés de la nature humaine et de la nature angélique. H suit de là que quoique les objets de notre foi soient cachés à nos yeux pendant la vie, ils ont néanmoins plus de certitude et de réalité qu'aucun des objets que nos yeux peuvent saisir et qu'aucune des vérités que notre esprit peut connaître, parce que nous ne connaissons tout cela que par le rapport de nos sens, qui Cuvent nous tromper, ou par l'effort de notre esprit, qui ne sert bien souvent qu'à nous tromper nous-mêmes, au lieu que les vérités de la foi nous sont enseignées par Dieu même, qui ne peut ni se tromper ni nous tromper.
Il convenait aussi à notre bien que les objets de la foi fussent obscurs, parce que s'ils étaient évidents, la foi ne serait plus la foi, maisuneévidenccqui forcerait notre croyance sans la parlicipaiion de notre volonté , et qu'ainsi en y ajoutant notre assentiment, il n'en résulterait pour nous aucun mérite. Pour nous en faire un mérite, en effet, il fautcroire volontairement et non nécessairement les choses que nous ne comprenons point: l'aides amiltit meritum, dit saint Grégoire, cnm humnna ratio prœbet cxpcrimentum. C'est pourquoi le Seigneur a dit : Jfeali qui non viderunt et crediderunt (Job, XX, 29j.
D'un autre côté, les preuves de la foi sont si claires, que (comme le disait le grand Pic de la Mirandole) non-seulement ce serait une imprudence, mais une véritable folie de ne vouloir pas l'embrasser. Tcstimonia tua credibilia fada sunt nimis [Ps. XCII,7). C'est ainsi que par un ordre admirable de la divine Providence, d'un côté les vérités de la foi sont obscures et impalpables pour nous, afin que nous ayons du mérite à les croire, cl que
d'un aulre côté les motifs de la regarder comme la seule vraie foi sont si évidents que les incrédules sont sans excuse de ne vouloir pas y croire : Qui vero non creJiderit, condemnnbitur [Marc. XVI , 16). C'est pourquoi Hugues de Saint-Victor a dit avec raison : Juste et fidelibus pro fide datur prœmium , et injidelibus pro infidelitute suppiicium.
Ainsi donc, nous devons, nous autres catholiques, d'un côté remercier conlinuelleraent Dieu de nous avoir fait ce grand don de la foi, en nous rangeant au nombre des enfants de la sainte Eglise, et d'un autre côté y soumettre nos esprits avec l'humililé et la siiiipiicité de véritables enfants, comme le dit saint Pierre : Sirut modo geniti infantes, rationahile sine dolo lac concupiscile ( I Petr., 11, 2). Les mystères de la foi ne sont pas d'ailleurs contraires à la raison, mais ils sont au-dessus de la raison humaine ; et nous ne devons donc pas chercher à les comprendre ni en faire l'objet de nos discussions , comme le font ces esprits orgueilleux qui ne pouvant parvenir à en pénétrer les profondeurs , s'embarrassent dans une multitude de difficultés dont ils ne peuvent ensuite sortir. Non est fides superborum, sed hinni— tium, dit saint Augustin (Scrm. 36 , de Verb. Dom.). C'est pour cela que sainte Thérèse disait qu'elle croyait avec d'autant plus de dévotion aux mystères delà religion, que son espritlespouvaitmoinseompren(lre,etqu'elIe sentait même un singulier plaisir de ne pouvoir les comprendre. Etant sur le point de mourir, elle ne cessait de rendre grâces au Seigneur de lui avoir donné la foi, et de l'avoir faite fille de l'Eglise; on l'entendit plusieurs fois répéter : Enfin. Seigneur, je suis fille de l'Eglise, je suis fille de l'Eglise!
La même sainte disait que tous les péchés d'un chrétien ne naissent que d'un manque de foi. Et en vérité elle avait raison. Lorsqu'on a continuellement devant les yeux les vérités de la religion, la grandeur de Dieu, l'amour qu'il a pour nous, les bienfaits dont il nous a comblés, siirtout lœuvre de notre rédemption, sa passion, le don du saint sacrement de l'autel, lorsqueU'on songe souvent à la mort qui nous attend, au jugement qu'il faudra subir, à l'éternité heureuse ou malheureuse qui doit être notre partage, il n'est pas possible de vivre ennemi de Dieu. C'est pourquoi il est d'une extrême importance de ranimer souvent en nous la foi, et de nous rappeler ses maximes éternelles. C'est ainsi que les saints ont obtenu leurs immortelles couronnes. C'est pour ces motifs que j'ai donné au public ce petit ouvrage, où j'expose brièvement les preuves qui établissent la vérité de noire foi. Je dois rappeler néanmoins dès ce moment que ce n'est poini à cause de ces preuves que nous devons croire les chosesqu'enseigne la foi, parce que la seule autorité de Dieu, qui est infailliblr et qui nous les révèle par la sainle Eglise, doit faire le fondement de notre croyance. Les preuves que je vais exposer onl seulement pour but de faire voir que la seule vraie foi est celle qu'enseigne l'Eglise catholique.
VÉRITÉ DE LA FOI
Je n'ai pas ici le projet de réfuter les athées en prouvant l'existence de Dieu. J'ai rempli ce but dans un autre ouvrage contre les matérialistes (1). Je me borne à dire ici contre ces impies qu'il est d'une nécessité absolue qu'il y ait un Dieu, un principe éternel, qui a donné l'existence à toutes les choses créées. Sans ce principe éternel, il ne pourrait y avoir rien de créé dans le monde. Les athées prétendent bien faussement que la matière est éternelle, et a donné naissance à tous les êtres. J'ai réfuté avec évidence ce système dans le livre précité, et j'en dirai brièvement encore quelque chose dans le dialogue que j'ai joint à ce petit ouvrage. On n'est pas plus avancé de recourir à la nature et de lui attribuer la formation des êtres, parce que je réponds : Ou cette n.iîure n'a pas d'intelligence, et une nature s;ms intelligence n'a pas pu établir entre les êtres un ordre si régulier, si permanent, et qui exige tant de sagesse et d'intelligence; ou cette nature est un pur esprit, et alors cet esprit c'est Dieu. Si donc il y a un Dieu, il doit y avoir nécessairement une religion, parce que ce Dieu, comme créateur et souverain maître de toutes choses , doit justement vouloir être reconnu et honoré par ses créatures. Voyons donc maintenant entre toutes les religions, quelle est la vraie, et quelle autre peut avoir aulaîit de caractères , de vérité que la religion catholique. Examinons ces caractères qui prouvent l'authenticité de notre sainte foi.