‹ Dâemonstrations âevangâeliquesChapitre 19 sur 202 · PREMIER CARACTÈRE. — LA SAINTETÉ DE SA DOCTRINE · texte numérisé non relu

PREMIER CARACTÈRE. — LA SAINTETÉ DE SA DOCTRINE

La première marque de la vérité de notre foi est la sainteté de la doctrine qu'enseigne l'Eglise catholique, tant en ce qui concerne les mystères qu'elle ordonne de croire, qu'en ce qui concerne les vertus qu'elle ordonne de pratiquer. Il convient ici de prendre les choses dans leurs principes. Nous voyons les hommes avant la venue de Jésus-Christ, lombes dans un tel aveuglement, que partout , excepté dans le petit canton de la Judée, ils avaient perdu de vue l'idée de leur Créateur. Les uns adoraient les planètes , d'autres les éléments, d'autres les animaux mêmes les plus vils, comme les serpents et les rats ; d'autres les herbes de leurs jardins, les aulx et les oignons ; on adorait des hommes morts qui pendant leur vie étaient connus partout pour des impies et des hommes remplis de vices. On adorait un Jupiter, un Mars adultère, une Vénus impudique, un Apollon incestueux, un Vulcain vindicatif. On a même adoré comme dieux un Néron, un Caligula, un Domitien, qui pendant leur vie avaient passé pour des monstres de cruauté et d'impudicité. Le sénat de Rome a été jusqu'à placer au nombre des déesses une certaine Flore qui avait été une femme publique, parce qu'en mourant elle l'avait fait l'héritier des biens qu'elle avait

(0 Voyez la Dissertation contre les matérialistes et les déisieé.

DÉMONST. ÉVANG. XII.

acquis par son infâme métier. Les hommes offraient ensuite à ces faux dieux les sacrifices les plus horribles et les plus abominables. Philon écrit que le roi Aristomène sacrifia un jour à Jupiter trois cents hommes. Ils allaient jusqu'à sacrifier aux démons la vie de leurs propres enfants ! Je m'abstiens de parler ici de l'infamie de quelques-uns de leurs sacrifices , parce que j'ai honte d'y appeler même la pensée du lecteur. Tel fut l'artifice du démon. 11 fit adorer comme dieux les hommes les plus vicieux, afin que nonseulement on n'eût aucune répugnance, mais que l'on se fît même un honneur d'imiter leurs vices. Jpsavilia, dit Lactance, religiosa sunt; non modo non vitantur, sed etiatii co— luntur {Lib. I, c. 13).

Nous voyons aujourd'hui encore le genre humain courbé sous le joug des passions, l'envie, la vengeance l'ambition , l'impureté, toutes choses contraires à la droite raison. Toutes les œuvres de Dieu sont parfaites, et il ne pouvait créer l'homme ainsi imparfiiit. D'oiî vient donc en lui un si grand désordre ? Cherchons-en la cause. La voici. Adam fut le premier homme; Dieu lui donna une rectitude originelle parfaite ; tous ses sens étaient soumis à sa raison, et sa raison était soumise à Dieu; mais il désobéit, en mangeant du fruit défendu , et voilà pourquoi lui et tous ses descendants ont perdu la grâce divine, sont tombés dans le désordre , et ont senti leurs sens révoltés contre leur raison, et leur raison contre Dieu.

Ce grand mai exigeait un grand remède.

Que fit Dieu? il eut pitié des houniies , et pour qu'ils ne se perdissent pas, il se détermina à envoyer son propre Fils pour les racheter de leur ruine, consentant que ce divin Rédempteur par sa mort et ses mérites leur obtînt le salut. Mais d'abord avant sa venue, il le fit précéder par des prophètes qui l'annoncèrent au monde pour procurer aux hommes les moyens de se sauver par l'espérance de SCS mérites ; et toutes leurs prophéties furent enregistrées dans les livres sacrés avec toutes les circonstances de sa venue, de ses œuvres , de sa vie et de sa mort , afin qu'après sa venue les hommes ne pussent plus en douter. C'est ainsi qu'il établit d'abord son Eglise dans la Judée, et qu'il y dicta lui-même ses lois pour servir d'aide et de supplément aux lumières naturelles des hommes, afin qu'au moyen de ces deux flambeaux ils connussent mieux ce qu'ils devaient faire et ce qu'ils devaient éviter. Enfin le Verbe descendit sur terre, se revêtit d'une chair humaine , sortit du sein d'une Vierge, et annonça sa loi de grâce, loi qui depuis a été écrite dans les Evangiles, et qui ne détruit pas l'ancienne , mais qui l'accomplit. Ensuite, pour que les fidèles ne pussent être entraînés dans les erreurs et dans les doutes qui devaient naître à l'occasion de sa divine loi, il institua sa nouvelle Eglise qu'il éclaire lui même de son esprit pour enseigner aux hommes ce quils doivent croire et ce qu'ils doivent pratiquer. C^^tte Eglise est établie comme la base et la colonne sur laquelle est

{Cinq.)

DEMONSTRATION EVANGLLIQUE. LIGUORl.

assise la vérité, et il a promis que toutes les forces de l'enfer ne pourraient jamais la renverser -.Ecclcsia Dei vivi , columna et firmantentum veritatis {l Tim. III, 15) ; et comme dit Jésus à saint Pierre : Mdificaho Ecclesiam meam , et portœ inferi non prcevalebunt adversus eam ( Mallh. XVII , 8 ).

C'est cette Eglise qui nous fait connaître le vrai Dieu en qui est notre dernière On. C'est elle qui nous fuit comprendre sa nature et qui nous enseigne qu'en lui sont toutes les perfections. C'est par elle que nous savons qu'une couronne immortelle est préparée pour les justes , et d'éternels châtiments pour les méchants. Sa morale est toute sainte , pleine de charité et de droiture. Elle nous enseigne à vaincre nos penchants déréglés, à aimer notre prochain comme nousmêmes et Dieu par-dessus tout. L'Eglise enfin nous fait connaître les lois divines et les lois humaines que nous devons et que nous pouvons observer avec le secours de la grâce. Elle nous propose encore des conseils divins qui nous rendent l'accomplissement des préceptes plus facile et nous donnent les moyens d'être plus agréables à Dieu. Elle nous enseigne par quels moyens nous pouvons conserver la grâce et la recouvrer, lorsque nous avons eu le malheur de la perdre. Ces moyens se trouvent dans les saints sacrements institués par Jésus-Christ, pour obtenir la rémission de nos péchés et l'effusion des grâces que doivent nous procurer les mérites de sa passion. C'est encore l'Eglise qui nous avertit que nous sommes trop faibles pour accomplir les préceptes de Dieu par nos seules forces et pour résister aux tentations des ennemis qui nous excitent à les violer , et c'est pour cela qu'elle nous convie à recourir à Dieu par la prière pour obtenir de lui les secours qui nous sont nécessaires pour les observer.

Voyez maintenant s'il est possible de trouver ou même d'imaginer une loi plus sainte, plus juste et plus conforme au bon ordre , et voyez après les maximes et les dogmes qu'enseignent les fausses religions. Celle des Hébreux fut juste et sainte dans les premiers temps, mais depuis qu'ils ont refusé de reconnaître la loi de grâce, ils sont demeurés dans l'aveuglement cl sont tombés dans toutes sortes d'inepties et d'impiétés. Les Juifs modernes ont embrassé la loi du Talmud , et pour cela on les appelle même talmudisles. Or ce Talmud est un livre plein de fables, d'erreurs et de blasphèmes. Ils prétendent que cette autre loi fut donnée à Moïse par Dieu oralement. Ses inventeurs en le publiant ordonnèrent que tout ce qu'il prescrit fût observé comme une loi divine, et établirent même la peine de mort pour ceux qui refuseraient de s'y conformer. A l'égard des dogmes , les talmudistes enseignent que Dieu, pendant une partie de la nuit, rugit comme un lion et qu'il crie : Qui csl-ce qui renverse ma maison , qui brûle mon temple et qui rend mes enfants esclaves ? Ils disent que pcmbmt une partie du jour il s'occupe à étudicr la loi et le Talmud. que pendant une *^«

autre partie il instruit les enfants qui meurent dans le premier âge, qu'il s'applique ensuite à juger le monde, et que pendant les trois dernières heures il se met à se divertir avec un dragon appelé Léviatan. Ils disent encore que Dieu avant de créer le monde en avait fait et défait un grand nombre, et qu'ensuite après l'avoir créé il monta la nuit sur un chérubin et visita dix-huit mille mondes qu'il avait faits. Ils prétendent que Dieu mentit une fois pour mettre la paix entre Abraham et Sara. Enfin ils prétendent que Dieu ordonna à Moïse de sacrifier un bœuf pour expier la faute qu'il avait faite de donner à la lune moins de lumière qu'au soleil.

A l'égard de la morale ils disent que celui qui adore les idoles par amour ou par crainte ne commet point de péché. Ils ajoutent qu'on ne pèche point en maudissant son père ou sa mère, ou Dieu lui-même, pourvu qu'on ne profère aucun des noms de Dieu, comme Adonaï, Eloïn, Sabaoth. Ils disent encore que si quelqu'un lie son compagnon et le fait ainsi mourir de faim ou le jette devant un lion , il ne mérite point la mort ; que si un coupable est condamné par tous les juges, il doit être délivré et qu'il en est autrement si une partie le condamne et l'autre l'absout. Enfin ils disent que celui qui mange trois fois chaque jour de sabbat a l'assurance d'être sauvé. Si on veut connaître toutes les autres folies et toutes les erreurs des Juifs modernes , on n'a qu'à lire Granata ( Sym~ bolo, part, k, tract. % cap. 22 ) et Ségneri ( L'incrédule sans excuse, p. 2, cap. 24, num. 12 ).

Les mahométans, au lieu du Talmud, ont l'Alcoran pour loi et pour règle de foi. Cet Alcoran approuve toutes sortes de cultes et promet le salut à quiconque vit selon la loi qu'il a choisie, même en passant de l'une à l'autre, selon son caprice. Quant aux dogmes , il enseigne que les damnés mêmes qui croiront seront délivrés de l'enfer. C'est pourquoi en coupant leurs cheveux ils eu laissent une petite touffe sur leur tête, afia que Mahomet puisse les saisir par là et les enlever de l'enfer. Ils espèrent qu'au jour du jugement dernier il obtiendra par ses prières le salut de tous ceux qui suivent sa loi, qu'il n'aurait pu sauver auparavant. A l'égard des autres damnés, l'Alcoran dit que leur supplice ne doit pas! durer plus de dix mille ans : c'est l'erreur d'Origène, qu'il a renouvelée. Le paradis qu'il promet ferait honte aux bêtes mêmes, si elles avaient de l'intelligence. Tout le bonheur dont on y doit jouir est en plaisirs sensuels. Cela a paru si honteux que le mahométan Avicenae a cru devoir dire que Mahomet avait parlé allégoriquement. Mais l'Alcoran en aucun lieu ne peut admettre cette interprétation d'Avicenne.

A l'égard de la morale, l'Alcoran permet à chacun de voler à son gré. Il autorise les hommes à prendre autant de femmes qu'ils peuvent en nourrir. Il tolère le divorce et souffre toutes sortes d'impudicités avec les esclaves ou les sujettes. Il commande la

VÉRITÉ DE LA FOI

ua

guerre et la vengeance comme des choses glorieuses. Il ordonne de tuer ceux qui refusent de croire. Il veut qu'on ait communication avec les démons pour deviner par le moyen des enchantements cl des sortilèges.

Je laisse de côté les sectes hérétiques, dont chacune a ses erreurs particulières et sa fausse morale. Mais je ne puis m'abstenir de parler des dernières hérésies qui se sont étendues dans le nord de l'Europe et qu'on désigne toutes par le nom de religion réformée. Cette prétendue religion réformée , qui a eu pour chefs Luther , Zuing'e et Calvin , enseigne entre autres erreurs , deux dogmes impies qui en sont le fondement et qui détruisent de fond en comble la bonté de Dieu, anéantissent le mérite des bonnes œuvres, et ouvrent le champ à toutes sortes de vices et de désordres. Le premier consiste en ce que tous les hommes naissent également affectés du péché originel, mais de telle manière que toutes les actions d'un homme , bonnes ou mauvaises , même depuis son baptême, sont perverses et dignes des peines éternelles. Le second consiste en ce que la foi seule sans aucune autre vertu, rend l'homme juste et peut le sauver : puisque , disent-ils, les péchés d'un homme ne lui sont point remis par la charité ou par la grâce; mais la confiance qu'il a dans la divine miséricorde à cause des mérites de Jésus-Christ fait que ses fautes ne lui sont point imputées, qu'il s'impute la justice du Rédempteur, et qu'ainsi il devient juste et se sauve. Par suite de ces deux erreurs ils en enseignent un grand nombre d'autres qui en découlent , telles les suivantes : que l'homme depuis le péché d'Adam a perdu le libre arbitre, ce qui fait qu'il ne peut vouloir ou ne pas vouloir ce que I)ieu a déterminé: que Dieu ne nous a pas donné la force de faire le bien ni même d'éviter le mal , mais que c'est lui qui fait en nous toutes nos œuvres bonnes ou mauvaises, que ses commandements ne sont point faits pour nous , puisque nous sommes sans force pour les accomplir; que les sacrements nont aucun effet pour nous obtenir la grâce ; qu'aux seuls prédestinés çst réservée la grâce de la justification ; que tous les autres sont livrés au mal par prédestination : que celui qui a la foi en Jésus-Christ, infailliblement persévère dans la grâce, et a l'assurance dêtre sauvé , quoiqu'il puisse faire tous les crimes imaginables. Et voilà queil<3 est celle belle religion réformée, qui transforme l'homme en un monstre d'enfer, qui l'affranchit de toute cliaîne et de toute loi, et lui permet de se livrer aux crimes les plus énormes , pourvu qu'il conserve la foi 1 Voici comme parle Luther, j'ai de la peine à m'empêcher de rougir en l'écrivant : Vides, quam dives sit homo christianus ! nulla peccata pos~ sunl eum damnare, nisi sola incredulilos. Cœtera omnia, si stet fides, absorbentur per eamdem fidem ( Luther, de Volis monach. ). Mais Calvin va plus avant encore; il dit.que non seulement les bonnes œuvres ne seront à rien, mais qu'elles nuisent même à l'elîet de

la foi : Tum fidei justidœ îocus est , ubi nulla sunt opéra, quibus debeatur mer ces.

Ainsi , d'après leurs maximes , tous les chrétiens, ju qu'à l'apparilion de ces nouveaux docteurs, seraient damnés, puisque tous les vrais chrétiens, et principalement les saints et les martyrs, n'auraient pas eu la véritable foi. En effet, tous ont cru que les seuls mérites de Jésus-Christ ne suffiraient pas pour nous sauver, et qu'il fallait encore, outre la foi, y joindre les mérites des bonnes œuvres. Bien loin de se croire prédestinés à cause de leur foi, quoiqu'ils espérassent obtenir leur salut par les mérites de Jésus- Christ, ils sont demeurés dans la crainte jusqu'à la mort. Ils n'ont pas craint de pécher en croyant devoir faire de bonnes œuvres pour acquérir le paradis , le tout contre l'opinion des novateurs. Doctrine perverse, comme dit le père Ségneri, et pire même .que l'athéisme, puisque l'athée fait toujours le mal avec crainte, à cause du peu d'assurance où il est qu'il n'y ait point de Dieu, et que les nouveaux sectaires le font avec beaucoup moins de timidité, enhardis par l'opinion qu'ils ne blessent pas la loi de Dieu.

Une des plus grandes preuves de la vérité de la foi catholique, est d'être exempte de la plus petite erreur. Les mystères qu'elle enseigne, quoiqu'ils soient au-dessus de la raison , comme nous l'avons dit plus haut , ne sont pas contraires à la raison ; les 'lois qu'elles prescrit sont toutes saines et toutes justes. Qu'y a-t-il de plus juste que d'aimer Dieu par-dessus tous les autres biens , puisque les autres biens comparés à lui ne sont qu'une ombre et qu'une fumée? de nous aimer nous-mêmes , mais d'un amour bien ordonné qui ne se laisse pas séduire par des plaisirs trompeurs et passagers , et qui , au contraire, nous excite à chercher cette souveraine félicité qui ne doit point avoir de fin? et d'aimer notre prochain comme nous-mêmes, puisque nous devons tous vivre ensemble sur cette terre, nous édifier et nous aider par de bons exemples et des œuvres de charité, comme des voyageurs qui doivent un jour se retrouver ensemble dans le paradis, où ils seront tous compatriotes et citoyens éternels de celte heureuse patrie?

Il est vrai que les préceptes de cette loi divines sont difficiles à accomplir par le seul eiforl des forces humaines, mais ils sont faciles avec le secours de Dieu ; et ce secours. Dieu l'a promis et est toujours prêt à l'accorder à celui qui le demande. Petite ( c/est ainsi qu'il l'a dit ), petite et accîpietis. C'est pourquoi le saint concile de Trente nous dit: Deus impossibilia nonjubet, sed jubendo monet et facere guod possis et petere quod non. possis , et adjuvat ut possis ; aussi on ne peut nier que, dans l'Eglise catholique, il n'y ait eu un grand nombre de saints hommes qui ont donné tant de beaux exemples d'humilité, de détachement, de chasteté, de justice et de toutes sortes de vertus, et dont la vie n'a été nuisible ni odieuse à personne , excepté à ceux dont l'immoralité trouvait un reproche imporlun dans l'exem-

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pie de leur sainteté. Il est de fait, que jamais aucun catholique de bonnes mœurs n'a passé parmi les liérétiques ; on a vu, au contraire, beaucoup d'hérétiques etd'inûdèles qui menaient, si non une bonne vie, du moins une vie moins déréglée que les autres , embrasser la foi catholique pour y trouver leur salut: preuve évidente que dans noire Eglise seule est la véritable sainteté et le véritable salut.

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