PROPOSITION IX
Le.i prédictions faites par le:; anciens prophètes, et remplies en votre Sauveur, montrent Quil était le Messie attendu par les Juifs,
et qu'il vint dans le monde par une délermination particulière de Dieu , pour être le grand Libérateur et le Rédempteur du genre humain.
Le mot Messiah signifie oint, c'est-à-dire un personnage destiné à quelque haute place, dignité ou fonction , parce que, dans l'origine, chez les Orientaux, les hommes destinés à ces grandes choses ( particulièrement les rois, les prêtres et les prophètes), étaient oints d'une huile sainte. En conséquence, le nom de Messie veut dire une personne préordonnée et appointée par Dieu même, pour être le grand libérateur de la nation juive, et le rédempteur de tout le genre humain. C'est aussi ce que signifie le mot de Christ.
Or, il était annoncé, relativement au Messie, qu'il arriverait avant que le sceptre sortît de la maison de Juda, c'est-à-dire avant que le gouvernement juif fût détruit ( Genèse, XLIX, 10 ) ; en conséquence, le Christ parut peu de temps avant l'époque où les Romains renversèrent totalement ce gouvernement.
Il était prédit qu'il arriverait avant la destruction du second temple : « Le Désiré des nations viendra, et il remplira cette maison de sa gloire, dit le Dieu des armées. La gloire de cette seconde maison sera supérieure à celle de la première ( Aggée, II, 7-9 ). » Conformément à cette annonce, le Christ apparut quelque temps avant la destruction de la ville et du temple de Jérusalem par les Romains.
Il était prédit, par le prophète Daniel, qu'il viendrait à la fin des quatre cent quatre-vingtdix ans après le rétablissement de Jérusalem , qui avait élé réduite en solitude durant la captivité des Juifs à Babylone, et qu'il serait retranché; qu'ensuite la ville et le sanctuaire de Jérusalem seraient détruits, et que la désolation s'établirait sur leurs ruines (Daniel, IX, 261. Conformément à cette prédiction, de queuiue époque que ce soit que l'on fasse partir les quatre cent quatre-vingt-dix ans, pourvu qu'on donne une interprétation franche et raisonnable aux mots où il est parlé de ces semaines d'années, il est certain que leur fin se trouvera coïncider avec le temps de l'apparition du Christ; et l'on sait quel entier accomplissement les armes romaines donnèrent à la prophétie de Daniel, en renversant de fond en comble la ville et le sanctuaire, un petit nombre d'années après que le Christ eut été retranché du nombre des vivants en mourant sur la croix.
Il était prédit qu'il opérerait de grands el bienfaisants miracles : que les yeux des aveugles seraient ouverts, et les oreilles des sourds débouchées; que le boiteux sauterait comme le chevreau, et que la langue du muet se délierait en cantiques d'actions de grâce ( Isaïc, XXXV, 5 ). Et l'on sait aussi que tout cela a été complètement rempli par les miracles de Jésus-Christ , à la voix duquel les aveugles virent, les boiteux marchèrent el les sourds entendirent (/saïe, LUI, dans
UÉSUiMÉ DF.S l'KKUVES DU CHRISTIANISME.
tout le cours de sa prophétie, et Daniel, IX,
H clail prédit qu'il mourrait d'une mort violente, qu'il serait blessé pour nos transgressions et brisé pour nos iniquités; que le châtiment, au prix duquel nous obtiendrions la paix et la réconciliation, tomberait sur sa tête, et que nous serions guéris par ses meurtrissures ; qu'enfin Dieu déposerait sur sa tête les péchés de nous tous ( Première de saint Pierre, III, 18). Ce qui fut exacleinont rempli par les souffrances du Christ, « iors- « qu'il donna sa vie pour nos péchés, » et que l'on vit mourir le juste pour l'injuste, afin qu'il pût nous ramener à Dieu.
Il était prédit que ce serait à lui à rassembler le troupeau de son peuple; que Dieu lui donnerait les nations idolâtres pour héritage , et les parties les plus reculées de la terre pour sa possession {Psaume 11, 8 ) ; ce qui fut ponctuellement accompli par le merveilleux succès de l'Evangile et sa propagation dans tout l'univers.
Enfin, un grand nombre de détails et de petites circonstances, relatives au grand libérateur et au rédempteur à venir, avaient été annoncés longtemps à l'avance par les prophètes, toujours pleins de lui elle voyant partout.
Par exemple, qu'il naîtrait d'une vierge ; qu'il sortirait de la tribu de Juda et de la semence de David, qu'il serait mis au monde dans la ville de Bethléhem , qu'il offrirait à tous les yeux un homme de douleur et familiarisé avec la peine, qu'il serait vendu pour trente pièces d'argent, qu'il serait fouetté, souffleté et qu'on lui cracherait à la figure , qu'on le compterait et répulerail au nombre des malfaiteurs ( c'est-à-dire qu'il serait crucifié , comme il le fut, entre deux larrons ) , qu'on lui donnerait à boire du fiel et du vinaigre , que ceux qui le verraient pendu au bois de la croix insulteraient à sa personne ainsi qu'à sa confiance en Dieu, dont il espérait sa délivrance, que des soldats tireraient au sort ses vêlements partagés en divers lots, qu'il serait déposé dans la tombe d'un riche, et qu'il s'en relèverait en ressuscitant sans avoir vu la corruption (1). On sait assez que toutes ces circonstances avaient été annoncées d'avance dans les écrits des prophètes, et qu'elles ont été accomplies avec la plus grande exactitude possible dans la personne de Jésus-Christ.
Que dirons-nous maintenant à la vue de l'exécution de toutes ces choses? H y a ici plus d'une vingtaine de particularités toutes différentes , et dont plusieurs mêmes sont d'une nature fort extraordinaire, qui ont été prédites 700 ans avant la naissance det* notre Sauveur, et qui pourtant devaient toutes se vérifier et se réunir en sa personne, comme elles s'y sont vérifiées et réunies en effet. N'est-ce pas là une chose vraiment extraordinaire ? Il n'y a que trois suppositions que l'on
(0 Is;iïe, VII , 14 ; Michée , V ; Zacliario, , IV, 9 ; Isaïo , LUI ' 3 ; Zacliaric , IX , 12 ; Isaie , I , (J ; Isaïn , LUI , 12 ; l'saume LXIX, 22; rsauinc XXIV, 7, 18; Isaii- , LUI , 9 ; i^saume XVI, 10.
puisse faire à cet égard : ou cela fut le résultat d'une coïncidence purement fortuite, due tout entière aux chances et au hasard, ou ces prophéties no furent écrites qu'après l'événement, ou enfin ce furent des prédictions réelles, faites et publiées un grand nombre d'années avant que ces événements se réalisassent, et qui toutes ont reçu leur accomplissement en Jésus-Christ. Qu'une personne quelconque adresse par hasard si jusie sur tant de choses, lesquelles toutes se trouveront vraies, et se trouveront l'être sur le compte dune seule et même personne, quoique plusieurs de ces particularités fussent de nature à ne pas avoir lieu, selon toute apjiarence, même séparément, et dont la majeure partie n'avait jamais encore eu lieu séparément pour aucune personne que ce fut ; c'est là, j'ose le dire avec confiance, ce qui excède toutes les bornes de la crédibilité et toutes les facultés de l'esprit de conjecture et de calcul.
Que ces prophéties n'ont pas été écrites ou publiées après que l'événement qu'elles annonçaient avait élé réalisé, c'est ce qui est la chose la plus certaine, car elles se trouvent consignées dans des livres qui existaientlongtemps avant que ces choses arrivassent, c'està-dire dans les livres qui composent l'Ancien Testament; et les Juifs, les plus mortels ennemis du Christ et de sa religion, reconnaissent eux-mêmes, que ces prophéties existaient dans les livres dont on vient de parler , exactement telles que nous les y voyons aujourd'hui, plusieurs centaines d'années avant que le Christ vînt au monde.
Ces livres mêmes étaient confiés à leur garde, à la garde de nos adversaires, qui sûrement n'auraient pas manqué de prendre les précautions nécessaires pour empêcher qu'on n'y glissât frauduleusement quelque chose de favorable au Christ. Les Juifs étaient nos bibliothécaires, les prophéties se trouvaient déposées entre leurs mains, et on les y lit dans toutes les copies qu'ils ont de l'Ancien Testament, pareilles à celles que nous possédons. Ils ont fait de nombreuses tentatives pour en donner une explication toute différente de la nôtre, mais au moins n'ontils jamais révoqué en doute leur authenticité.
Il ne reste donc plus que la troisième et dernière hypothèse, que ce sont des prédictions réelles toutes convergeant sur Notre- Seigneur comme vers leur centre, n"ayant rapport qu'à lui seul uniquement, et publiées plusieurs siècles avant sa naissance. Comme il n'y a que Dieu qui ait la prescience des événements , il s'ensuit que ces prophéties doivent nécessairement être venues de lui; et elles montrent, par une conséquence également nécessaire, que le Christ était le personnage qu'il avait prédéterminé depuis longtemps d'envoyer dans le monde pour y être le grand libérateur, le rédempteur et le sauveur du genre humain.