RÉSUMÉ DES PREUVES DU CHRISTIANISME
sur les flots d'une mer agitée, sans y enfoncer et sans aucun soutien visible; si un homme appelé Lazare, qu'ils connaissaient tous parfaitement, et qu'ils savaient être mort et enseveli depuis quatre jours, avait été rappelé ou non à la vie uniquement par
faire, ne leur laissaient plus aucun doute. Et dans le fait, il faudrait qu'ils eussent été tout à fait fous de courir volontairement audevant de tant de misère, et de se livrer à une mort aussi certaine que l'clait celle qui les attendait, pour affirmer que des choses
ces mots du Sauveur : Lazare, sors du tom- qu'ils savaient être fausses, étaient vraies;
beau. d'autant plus d'ailleurs qu'ils étaient mena-
cés par la religion même dans laquelle ils avaient été nourris, d'être punis très-sévèrement dans un autre monde aussi bien que dans celui-ci, pour avoir été les agents d'une fraude si coupable? Voit-on ordinairement les hommes jouer avecleur félicité, la risquer de gaieté de cœur, ainsi que leur vie, et appeler sur leurs têtes les maux les plus redoutables, sans aucun motif raisonnable ou spécieux, et sans qu'ils en puissent tirer aucun lucre'
Dans ces faits comme dans d'autres de ce genre, il était impossible qu'ils fussent trompés. Or ils affirment avoir vu de leurs propres yeux exécuter par lui les miracles dont on vient de parier, et d'autres non moins étonnants. Par l'elTet de ces prodiges, de Juifs qu'ils étaient, imbus des plus forts préjugés contrôle Christ et son apparence extérieure qui offrait un aspect tout différent de ce qu'ils attendaient du Messie, ils devinrent ses disciples ; une fois ainsi convertis et après avoir avantage, crédit ou plaisir? Avons-nous ja-^ assuré la vérité de ses miracles et de sa ré- mais entendu citer rien d'approchant? Y surrection, ils supportèrent pendant une Ion
gue suite d'années les travaux les plus pénibles , les peines , la persécution et les souffrances les plus terribles auxquels la nature humaine puisse se voir exposée; et enfin ils scellèrent leur foi par la mort la plus cruelle et la plus douloureuse : toutes choses auxquelles ils auraient pu facilement se soustraire, en consentant seulement à diref/ae le Clirist n'était pas le fils de Dieu, qu'il n'avait jamais fait aucun miracle, et n'était pas ressuscité d'entre les morts. C'est pourtant ce qu'ils refusèrent de dire, et ils préférèrent la mort à ce désaveu (1).
Ne voit-on pas là-dedans la preuve la plus forte de leur sincérité et de la réalité des miracles de Jésus-Christ, que lanature humaine et les témoignages humains soient capables de fournir ? La déposition unanime et non
a-t-il jamais eu une douzaine d'hommes , surtout des gens dignes de quelque confiance, et ayant une sorte de caractère, qui se soient mis dans la tête d'assurer qu'une certaine personne de leur canton avait rappelé un mort à la vie, tandis qu'ils savaient positivement que rien de semblable n'avait eu lieu ; et de plus, les a-t-on vus se livrer d'un concert unanime à la mort plutôt que de rétracter leur mensonge? Non, rien de pareil n'a jamais eu lieu depuis le commencement du monde. Gela est contraire à toute expérience et à toute crédibilité, et serait en lui-même un plus grand miracle qu'aucun de ceux dont il est parlé dans l'Evangile.
Jl est donc certain, autant que peut l'être aucune chose qui dépende d'un témoignage humain, que des miracles réels ont été opérés par Jésus-Christ, et que comme des mira-
conlrcdite de douze témoins de ce genre, est, clés ne peuvent être faits que parla puis suivant toutes les règles des enquêtes judi- sauce de Dieu, il est également certain que ciaires, plus que suffisante pour établir la le Christ et sa religion, ont tiré leur origine vérité de quelque fait que ce soit au monde, de Dieu (1). tout extraordinaire, tout miraculeux qu'il puisse être.
S'il eût été fait à ces hommes des offres séduisantes ; si on les eût engagés comme les sectateurs de Mahomet , en leur permettant de se livrer aux plaisirs des sens ; ou , s'ils eussent été corrompus comme Judas Iscariote, par l'appât d'une somme d'argent, personne ne serait bien étonné qu'ils eussent persisté, du moins pour un temps, dans une imposture préméditée. Mais quand nous savons qu'au lieu de les attirer par aucun de ces moyens entraînants, leur Maître les a toujours prévenus, et eux-mêmes ont bientôt éprouvé, qu'il n'y avait rien à gagner pour eux, et au contraire, tout à perdre dans ce monde en embrassant le christianisme; il est entièrement impossible d'expliquer comment, ou pour mieux dire, pourquoi ces hommes ont embrassé cette religion autrement que par la conviction de sa vérité, sur laquelle les miracles qu'ils lui avaient vu
(t) Jamais personne n'a sacrifié sa vie pour l'honneur de Jupiter, de Neptune ou d'ApoUun. Mais coml)ieu d'iiouimcs ont scellé leur témoignaj^e en faveur de la religion chrétienne de leur sang ! Beallie, Y, 11.
PROPOSITION XIL
La résurrection de Notre-Seigneur d'entre tes morts est un fait pleinement prouvé par les témoignages les plus irrécusables; elle est le sceau et la confirmation de sa divinité et de la vérité de sa religion.
La résurrection de Jésus-Christ étant un de ces miracles qui sont rapportés dans lEvangile, sa certitude est, au fait, déjà prouvée par ce que l'on a déjà avancé dans l'arti-
(I) Voyez sur les marques claires et évidenles de dislinciion enire les inirack'S réels de l'Evangile , el les prétenilus miracles du paganisme ainsi ijue du pa|)isn)e , le Crilicum de l'évêque Douglas, el les ObservtUions, demain de maitre, dn docteur Paley, dans son Exair.en des lénvoignatjes en faveur duchrhlianismefPcoposil.V", cliap. il , t. I, p. 329.
NoUi. On voit assez que c'est un protestant qui parle, et cela nous a paru sans danger pour les caiboliqiies instrniis et bien affermis dans leur loi , qui sauront toujours le réfuter victorieusement. Nous n'avons donc pas cru devoir être infidèles au texte, en supprimant ce roproclieoii l'auteur confond assez maladroitement l'idolâtrie el la religion calliolique. Celte dernière fait preuve de tolérance, en admeliant tout ce qui vient de bon, même de la pan do ses ennemis, et c'est ce qui nous a liélerminé à Irailuirft cet ouvrage, excellent d'ailleurs ([uant au fonds
DEMONSTRATION EVANGELIQLi:. PORTEUS.
iîn
cle précédent, relativement à ces miracles. Mais c'est en même temps un événement si singulier de sa nature et d'une importance tellement infinie , j'ose le dire , dans ses conséquences , qu'il mérite bien de devenir le sujet d'une proposition particulièrement consacrée à l'établir.
Après le crucifiement de notre Sauveur, Joseph d'Arimathie, nous dit le Nouveau Testament, déposa le corps dans le tombeau qu'il s'était fait tailler pour lui-même dans le roc, et fit rouler une grosse pierre devant l'ouverture du sépulcre; les Juifs, pour se garantir de toute fraude de la part des disciples de Jésus, demandèrent eux-mêmes au gouverneur romain Ponce-Pilate, de faire placer des soldats devant le tombeau, de crainte, lui dirent-ils, qu'on ne vienne enlever son corps pendant la nuit. Pilale leur répondit : Vous avez une garde, faites comme vous le jugerez à propos , et assurez-vous comme vous pourrez (Matthieu, XXVI, 05, 60). L'évangéliste passe ensuite au récit du grand événement île la Résurrection, et il le lait avec celte ingénuité et celte simplicité naturelles aux historiens sacrés, et qui les caractérisent si bien en imprimant à ce qui sort de leur plume tous les traits de la sincérité et de la vérité.
A la fin du sabbat, et comme le premier jour de la semaine commençait à poindre, Mnrie- Magdeleine et l'autre Marie vinrent pour visiter le sépulcre; et voilà quilse fit tout d'un coup un grand tremblement de terre , car un ange du Seigneur descendit du ciel et vint renverser la pierre qui fermait le sépulcre, et s'assit dessus ; son visage était brillant comme un éclair, et ses vêtements blancs comme la neige : les gardes en furent tellement saisis de frayeur , qu'ils devinrent comme morts : mais l'ange s'adressent aux femmes, leur dit : pour vous, ne craignez point, car je sais que vous cherchez Jésus, quia été crucifié; il n'est point ici, car il est ressuscité comme il l'avait dit : venez, et voyez le lieu où le Seigneur avait été mis : et hâtez-vous d'aller dire à ses disciples qu'il est ressuscité; il sera devant vous en Galiiée; c'est là que vous le verrez; je vous en avertis auparavant, et elles coururent annoncer ceci aux disciples. En même temps Jésus se présenta devant elles, et leur dit : Le salut vous soit donné, et elles s'approchant lui embrassèrent les pieds et l'adorèrent. Alors Jésus leur dit : ne craignez point. Allez dire à mes frères qu'ils aillent en Galilée; c'est là qu'ils me verront. Pendant qu'elles y allaient, quelques-uns des gardes vinrent à la ville, et rapportèrent tout ce qui s'était passé aux princes des prêtres, qui s' étant assemblés avec les sénateurs, et ayant délibéré ensemble, donnèrent une grande somme d'argent aux soldats, en leur disant : dites que ses disciples sont venus durant la nuit, et ont dérobé son corps pendant que vous dormiez; si le gouverneur vient à le savoir, nous l'apaiserons, et nous vous mettrons en sûreté. Les soldats ayant reçu cet argent, firent ce qu'on leur qvait dit, et ce bniit qu'ils répandirent dure 'uco>'e aujourd'hui parmi les Juifs (Malth., 'S.XIU, 1, 10).
C'est ainsi que saint Matthieu nous ra ce fait merveilleux, el il nous en donne seulement son propre récit, mais encore celui que les princes des prêtres et les chefs des Juifs faisaient circuler pour le contredire. : Nous avons donc sous les yeux, exposées avec franchise, les deux différentes manières de représenter cet événement , adoptées l'uno par les amis, l'autre par les ennemis du Christ; la première assurant que ce fut une résurrection réelle, la seconde qu'il n'y eut que de la fraude; el c'est entre ces deux opinions que nous avons à choisir, car il n'y a jamais eu de troisième version, du moins qui soit venue à noire connaissance.
On convient des deux côtés d'un point important, savoir, que le corps ne |fut pas rctrouvédans le tombeau. 11 avait disparu. Mais par quels moyens? voilà ce qu'il faut éclaircir. Les soldats dirent çue ses disciples avaient profilé de la nuit pour venir le leur dérober, tandis qu'ils dormaient ; mais il n'est pas trop aisé de concevoir comment des soldais peuvent donner leur témoignage sur des choses qui, de leur propre aveu, sesontpassées tandis qu'ils étaient ensevelis dans un profond sommeil. Certes, ils ne pouvaient pas dire comment ni par qui le corps avait été enlevé. Est-il croyable pour quelqu'un qui connaît l'extrême sévérité de la discipline militaire chez les Romains, que si ces soldats se fussent réellement endormis àleur poste, ils eussent osé en faire l'aveu. Une mort inévitable attendait le soldat romain en pareil cas. Rien ne pouvait donc avoir déterminé ceux-ci à faire une semblable déclaration que l'assurance que les princes des prêtres leur avaient donnée de l'impunilé el d'une récompense. Preuve certaine qu'ils avaient été corrompus par eux, et que c'était une histoire concertée avec le chef de ces soldats.
Mais nous irons plus loin. Supposons cette histoire vraie, qu'est-ce que les disciples de Jésus pouvaient faire d'un corps mort, quel parti en pouvaient-ils tirer? Certes, il ne pouvait servir à leur prouver à eux-mêmes, non plus qu'aux autres, que leur Maître fût ressuscité d'entre les morls. C'eût été au contraire une preuve visible et persuasive de la chose opposée à celle qu'ils soutenaient. Cela devait les convaincre que ce Jésus, au lieu d'être *le grand libérateur qu'ils attendaient, n'était qu'un imposteur qui les avait cruellement trompés. Et pourquoi veut-on qu'ils aient été si jaloux de garder entre leurs mains et d'avoir continuellement sous leurs yeux un cadavre qui détruisait toutes leurs espérances, et leur rappelait à toute heure l'amère et funeste illusion à laquelle ils s'étaient trop livrés? En bonne foi, cela n'est pas facile à imaginer !
Ainsi, le conte débité par les soldats n'est qu'une imposture, assez grossière même, et assez mal imaginée pour qu'on s'en aperçoive dès le premier coup d'œil ; el il s'ensuit nécessairement que le récit fait par saint Matthieu est véritable : car si le corps avait actuellement disparu ( point reconnu des deux côtés), et s'il n'avait pas élé enlevé par les
RÉSUMÉ DES PREll\p:S DU CHRISTIANISME.
disciples, comme nous l'avons déjà prouvé, il ne reste plus que deux suppositions à faire : ou il avait été soustrait par les Juifs et les Romains, ou il avait été rappelé à la vie par la puissance divine. Si le premier cas avait eu lieu, ce n'aurait pu êtrequepourproduire le cadavre et convaincre ainsi les disciples d'imposture et de fraude par la confrontation du corps du délit : mais le cadavre n'a pas été produit, àoncW. a été relevé du tombeau et rendu à la vie, ainsi que l'affirme l'Evangile : il ne reste pas d'autre alternative dont on puisse se former une idée.
Que la chose ait eu lieu de cette manière, c'est ce qui est prouvé par l'apparition de notre Sauveur après sa résurrection, nonseulement aux deux femmes qui s'étaient présentées à son tombeau, mais aux deux disciples allant à Emmaiis, à d'autres, rassemblés en deux différentes fois, et à tous ses apôtres, ainsi qu'à plus de cinq cents fidèles réunis en une seule ; il ne se contenta pas de leur apparaître, il leur parla et mangea même avec eux; il leur montra ses mains et ses pieds, et les leur fit même toucher ; il eut avec eux plusieurs entreliens assez étendus, et enfin monta au ciel en leur présence.
C'était là des choses dont les hommes les plus simples et les plus ignorants pouvaient juger : ils ne pouvaient se tromper sur un objet qu'ils connaissaient parfaitement , et qui se présentait à .tous leurs sens à la fois.
Mais il y a une autre preuve, la plus décisive de toutes, naissant de leur propre conduite, et qui démontre qu'ils étaient parfaitement convaincus de la résurrection de Notre- Seigneur.
Il paraît que les apôtres étaient bien éloignés d'être des hommes naturellement courageux et d'un caractère ferme. On nous dit dans le Nouveau Testament que lorsque les soldats s'emparèrent de leur maître, ses disciples l'abandonnèrent et prirent la fuite. Pierre le suivait de loin ; il vint dans une salle du palais du grand prêtre, où les serviteurs se chauffaient ; et, comme quelquesuns des assistants lui curent reproché d'être un des disciples de Jésus, il le nia de la ma nière la plus positive et même à trois reprises, en se disculpant avec beaucoup de chaleur, et en faisant le serment qu'il ne le connaissait pas. Il ne paraît pas qu'aucun de ses disciples se soit présenté au tribunal pour le défendre ; et quand on le mit en croix, les seules personnes qui osèrent approcher de l'instrument de son supplice furent sa mère, accompagnée de deux ou trois femmes et de l'apôtre saint Jean. En un mot, tous parurent épouvantés du sort de leur Maître, et craindre de reconnaître qu'ils eussent eu avec lui la plus légère liaison ; enfin, absolument hors d'état de faire face aux dangers qui semblaient les menacer. Mais immédiatement après sa résurrection on leur voit tenir une conduite toute difi'érente. Des plus timides des hommes qu'ils étaient, ils de- \iennent tout à coup les plus courageux et
DÉMONST. EvAXG. XII.
les plus intrépides. Rien ne leur en impose; ils se mettent à prêcher hardiment ce même Jésus que naguère ils avaient abandonné dans ses plus grands malheurs; et quoique son crucifiement fût encore pour ainsi dire sous leurs yeux , et qu'ils eussent tous les motifs possibles d'attendre le même supplice ou un de ce genre pour leur propre personne, ils persistent néanmoins à s'avouer ses disciples, et disent publiquement aux Juifs que Dieu avait fait Seigneur et Christ, ou son Oint, ce même Jésus qu'ils venaient de crucifier (Actes des Apôtres, IV, 10, 11, 12). Quand on les amena devant les chefs et les anciens pour y être interrogés juridiquement au sujet du boiteux qu'ils avaient guéri à la porte du temple, ils répondirent : Apprenez donc, vous tous, ainsi que tout le peuple d'Israël, que c'est au nom de Jésus-Christ de Nazareth, que vous avez crucifié, et que Dieu a ressuscité d'entre les morts, et par lui seul que cet homme est ici droit devant vous tous. Il est la pierre que vous, architectes, avez méprisée et écartée du bâtiment, et qui est devenue la pierre angulaire ; et il n'y a point de salul en aucun autre, car il n'existe point d'autre nom sous le ciel qui ait été donné aux hommes, par lequel nous puissions être sauvés, que celui-là (Actes des Apôtres, V, 29, 42; IV, 33).
Et quand ils furent amenés une seconde fois devant le conseil , et qu'on leur eut intimé l'ordre de ne plus enseigner au nom de Jésus , leur réponse fut : Nous devons obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes. Quoi qu'on les eût réprimandés et menacés de nouveau, et même qu'on les eût frappés , ils ne cessèrent pourtant pas de prêcher Jésus-Christ dans le temple, et d'enseigner en son nom, et les apôtres continuèrent de rendre témoignage de la résurrection du Seigneur Jésus , avec beaucoup de force et d'autorité.
Maintenant, comment expliquerons-nous ce changement aussi soudain qu'étrange dans le caractère et les dispositions , je dirai presque dans le tempérament même des apôtres ? Admettons pour un instant que le Christ ne soit pas en effet ressuscité et sorti du tombeau, et que son corps , privé de vie, soit demeuré entre les mains de ses disciples ; croit-on que cela fût bien propre à leur inspirer de l'affection pour leur chef, et du courage pour prêcher une doctrine dont ils connaissaient toute la fausseté ? Cela n'aurait-il pas , au contraire, augmenté leur timidité naturelle, jeté !e découragement dans leur âme, éteint tout leur zèle, et rempli leur cœurd'indignationet d'horreur pour l'homme qui les aurait si grossièrement trompés , et les aurait privés , sous de faux prétextes de tout ce que ce monde pouvait leur offrir de cher et de précieux pour eux ? C'est incontestablement ce qui en serait résulté ; et il est impossible d'expliquer d'aucune manière satisfaisante le singulier changement qui s'opéra en eux après la mort de leur maître, sans admettre qu'ils étaient pleinement persuadés et avaient eu des preuves convaincantes qu'il était sorti vivant de la tombe.
{Trente-neuf.)
1227 Dh^MONSTRATION ÉVANGÉLIQUE. POFITEUS
On nous objectera peut-être que cette persuasion fut moins l'effet d'une évidenco irrésistible que d'un enthousiasme qui les fit s'imaginer que quelque fantôme, uniquement le fruit de leur tête échauffée et en délire, était en effet le corps de leur maître rendu à la vie. En un mot, on les transformera en visionnaires ; mais rien de plus éloigné de l'enthousiasme que le caractère et la ceux qui le profanaient par leur traOc, et que conduite de ces hommes, ainsi que le cou- les Juifs lui demandèrent un signe, c'est-à-
mis toutes ses complaisances {Math.y III, 17 ),
Et cette preuvedeladivine mission de Notré- Seigncur est de la plus haute importance, en ce que noire Sauveur s'en est prévalu luimême, comme du grand témoignage destiné à démontrer qu'il avait été envoyé du ciel pour instruire et pour racheter le genre humain. En effet, lorsqu'il chassa du temple
rage qu'ils manifestaient. Tout en eux offrait une tranquillité parfaite , de la sagesse, du rocuoilloment et du sang-froid. Ce qui repousse d'ailleurs complètement ce soupçon, c'est que leurs ennemis les plus envenimés ne les ont jamais taxés d'enthousiasme, mais bien d'un crime tout à fait incompatible avec ce sentiment impétueux, je veux dire la fraude et le vol , en leur reprochant d'avoir soustrait le corps du Christ du tombeau. Et s'ils l'avaient réellement fait, si ce corps privé de vie eût été sous leurs yeux, peut-on supposer aucun degré d'cnlhousiasmf-, à moins qu'il n'allât jusqu'à la folie (ce qui n'a jam.-.is été allégué contre eux ), qui les fît s'abuser au point de prendre un cadavre pour un homme vivant, qu'i's voyaient et touchaient, et avec lequel ils conversaient. Certes, il n'y a jamais eu au monde d'enthousiasme de celte force.
La résurrection de Notre-Seigneur étant ainsi établie sur les bases les plus inébranlables, cela nous fournit une preuve sans réplique de la légitimité des prétentions de notre Sauveur , et par conséquent de la vérité de sa religion. Car s'il n'eût pas été ce qu'il prétendait être, le Fils de Dieu, il est impossible que Dieu eût permis qu'il ressuscitât d'entre les morts, et qu'il eût par là donné sa sanction à une imposture ; mais puisqu'il le rendit effectivement à la vie, il mitpar cela même son sceau à la diviniléque le Christ s'attribuait, et le reconnut de la manière la plus solennelle et la plus authentique pour être son Fils bien-aimé, en qui il avait
dire une preuve miraculeuse qu'il avait autorisation de Dieu même pour en agir ainsi, sa réponse fut : Détruisez ce temple ( voulant dire son corps, auquel il faisait allusion) et dans trois jours je le rebâtirai. En conséquence, lorsqu'il fut ressuscité d'entre les morts, ses disciples se rappelèrent qu'il leur avait tenu ce langage, et ils crurent aux Ecritures et à la parole que Jésus avait dite (Jean. II, 22). Eux-mêmes renvoyaient constamment à la Résurrection de préférence à toute autre preuve, et comme à la grande base sur laquelle ils asseyaient leur foi.
Le motif pour le faire ét;iit peut-être que ce grand événement renfermait à la fois en lui-même la double preuve du miracle et de la prophétie ; c'était corlaincraent une des plus merveilleuses manifestations de la puis sance divine qui pût élre offerte à l'attention du genre humain; et c'était en même temps l'accomplissement des deux prophéties les plus remarquables , je veux dire celle de notre Sauveur lui-même, dont nous avons fait mention plus haut, et la prophétie bien connue du roi David, que saint Pierre applique expressément à la résurrection du Christ : Tu ne laisserai pas mon dme dans l" enfer, et tu ne souffrira^ J)as non plus que ton sanclifié éprouve la corruption (1).
(1) Psaume XVI, 10; Acles des ApôLrcs, II, 27. Je renverrai mes lecteurs, au su'et de la ré.surrcciiim du Christ, au docteur Paley, vol. H, p. 209, ainsi qu'à la cuadusion do son ouvrage : il me semble y offi ir au lecteur sans préjugé, des raisonnements d'uuc force irrésistible.
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Telles sont les principales preuves de la vérité de la religion chrétienne. Sans doute on pourrait en apporter encore une foule d'autres d'une nature très-satisfaisante; mais il me semble que celles que j'ai établies suffisent pour produire cette démonstration sur laquelle l'esprit aime à se reposer.
Et si nous les réunissons toutes sous un seul point de vue, si nous considérons la déplorable ignorance et l'inconcevable dépravation où était tombé le monde idolâtre avant la naissance de Jésus-Christ, et qui rendirent une intervention divine indispensablement nécessaire, et par cola même extrêmement probable, l'apparition du Christ sur la terre à l'époque précise où le besoin de sa présence se faisait le plus sentir et à laquelle une attente générale était répandue partout l'Orient que quelque grand et extraordinaire personnage ne tarderait pas à venir au
monde ; l'incomparable supériorité du caractère moral de Notre-Seigneur, laissant à une si prodigieuse distance derrière lui tout autre instituteur moral ; le calme, l'égalité d'âme . la dignité, l'intégrité, la pureté, la sainteté de ses mœurs, qui ne furent jamais souillées de la plus légère tache, qualités qui excluent toute idée d'enthousiasme ou d'imposture, avec lesquelles elles sont absolument incompatibles ; la sublimité et l'importance de ses doctrines, la sagesse consommée et la pureté parfaite de ses préceptes moraux, dépassant de beaucoup ce qu'auraient pu suggérer ses facultés naturelles à un homme né dans une des plus humbles situations de la vie et dans un coin obscur et reculé du monde, sans savoir, sans éducation, sans connaissance des langues ni des livres ; les progrès étonnants et rapides qu'a faits sa religion dans un trèscourt espace de temps, en perçant dans la
L'ESPRIT DU CHKISTIANISME.
presque totalité des contrées de l'Orient, par ses seuls efforts et ceux d'un petit nombre de pauvres pêcheurs sans lettres, malgré l'opposition de toutes les puissaiiies humaines, de l'opinion publique, de l'érudition, de la pliilosophie, des vices régnants, des préjugés accrédités et dos superstitions de l'univers; le contraste frappant et complet dans tous les points essentiels entre le caractère et la religion du Christ, et le caraclère et la religion de Mahomet, se trouvant exaclemonl tel qu'il devait être entre la vérité et la fausseté ; la description détaillée de toutes les circonstances les plus iinportantes de sa naissance, de sa vie, de ses souffrances, de sa mort elde sa résurrection, donnée par les anciens prophètes plu leurs centaines d'années avant qu'il vînt au monde, et exactement remplies en lui et en lui seul, qu'elle désignait conmie le Messie dos Juifs et le Rédempteur du genre humain ; les diverses pré(!iclions émanées de Jésus-Christ lui-même, qui toutes reçurent leur accomplissement ponctuel, el plus particulièrement encore que toute autre, la destruction de Jérusalem par les Romains ; les nombreux et surprenants miracles opérés par Jésus à la face du jour et devant des milliers de spectateurs, ijiiracles dont la réalité se trouve établie par des multitudes de témoins sans reproches, qui n'ont pas hésité de sceller leur témoignage de leur sang, el a été reconnue môme par les ennemis les plus anciens et les plus acharnés qu'ait jamais eus l'Rvangilo; enûn, pour couronner le tout, le plus étonnant et le plus authentique de tous les miracles, la résurrection de notre Seigneur, qui fut le sceau et la confirmation de son origine vraiment divine, ainsi que de
sa religion ; si l'on l'assemble cette foule de divers témoignages pour en former un seul faisceau et qu'on les pèse dans une balance impartiale, il paraîtra presque hors du pouvoir d'une âme franche et ingénue de résister à l'impression que doivent faire sur elle leurs forces réunies. Si, dis-je, une combinaison d'évidences telles que celles que l'on vient d'exposer se trouve insul'Gsanie pour satisfaire un homme animé d'intentions pures et qui cherche de bonne foi la vérité, il est désormais impossible que l'existence d'aucun événement ayant eu lieu dans les temps passés et dont nous n'avons pas été témoins oculaires , soit susceptible d'être prouvée par aucune espèce de témoignage I et l'on peut affirmer, en toute sûreté, qu'on ne saurait produire d'exemple d'un seul faii ou événement que l'on prétende être arrive dans les siècles antérieurs, et qui ait été établi par des témoignages et des preuves pareils à ceux sur lesquels repose l'authenticité de la révélation chrétienne, lequel se soit ensuite trouvé être fauxl Nous portons hardiment aux ennemis do notre foi le défi de présenter, s'ils le peuvent , un exemple de ce genre; et si, au contraire, ils ne le peuvent (comme nous en sommes bien sûrs) , nous avons le droit de leur dire : qu'une religion appuyée par un aussi nombreux concours de preuves doit nécessairement être véritable, et que tous les hommes qui ont la prétention de ne se rendre qu'à la force du raisonnement et des preuves sont tenus, sous peine d'enfreindre les obligations les plus sacrées, d'admettre la religion du Christ comme une révélation venant réellement de Dieu.