L'ESPRIT
DU CHRISTIANISME
PRÉCÉDÉ D'UN PRÉCIS DE SES PREUVES, ET SUIVI D'UN PLAN DE CONDUrfE.
Précis élémentaire des preuves du christianisme.
Pour se bien pénétrer de l'esprit du christianisme, il faut commencer par croire à cette religion, le plus beau don selon la belle pensée deMontesquieu, que le ciel ait daigné faire aux hommes. Ilfaut y croire fermement, non d'une croyance de routine et de préjugé, mais de celle qui naît de la conviction intime de sa divinité et d'où se forme en nous ce que l'apôtre saint Paul appelle une obéissance raisonnable, rationabile obsequium.
Il est des preuves de différents genres. Celle qui est la plus propre à manifester à tous les hommes une souveraine intelligence, un Etre suprême, de quelque nom qu'ils l'aient appelé, c'est le spectacle de l'univers. Les deux racontent la gloire de Dieu et le firmament annonce l'ouvrage de ses mains.... Ce n'est point un langage obscur; il se fait entendre jusqu'auxerirémités dumonde{Ps. XVIII). De même il est pour les cœurs droits unepreuve à la portée de tous, de la divinité du christianisme ; c'est la saintetéde la loi évangélique. La loi du Seigneur est sans tache; elle convertit les âmes.... Le témoignage du Seigneur est
fidèle, et il donne la sagesse aux petits... Il est plein de lumière... Cette loi sainte porte en elle sa preuve, Les jugements du Seigneur sont remplis de vérité, et se justifient par eux-mêmes (1).
On sent naturellement combien nous est avantageuse, combien nous est nécessaire une religion si belle et si pure, qui élève, qui agrandit si fort nos pensées, nos sentiments et nos espérances ; qui nous donne de si hautes idées de Dieu et de ses attributs : une connaissance si exacte de nous-mêmes, de la nature de notre âme, de son origine, de sa fin ; qui nous offre, contre notre propre faiblesse et la violence de nos passions , de si grands motifs pour les surmonter des moyens si propres à nous en rendre maîtres, et si proportionnés à nos besoins. On sent combien sa morale nous présente les règles les plus sûres et les plus droites ,les plus vraies, les plus saintes maximes, la voie la plus unie, la plus simplepournous conduire àla sagesse, à la vertu, au bonheur.On sent plus ou moins, selon la portée de ses connaissances, combien
(1) JustiliaDomini vera; justificata in semetipsa. fôirf.
1255 DEMONSTRATION LVANGLLIQUE. GÉRARD.
elle doit contribuer à la tranquillité de la grande société dont nous faisons partie, de l'Elal dont nous sommes membres; à celle des familles, à notre propre repos, principalement en fixant notre esprit et en remplissant noire cœur. Elle devient aussi pour nous le plus sûr garant que nous puissions avoir des mœurs, de la probilé, de la fidélité des autres hommes, et en particulier, des personnes qui tiennent à nous de plus près. Eh ! qui nesaiten eîTet qu'elle nous dicte les préceptes les plus imposants pour l'autorité dont ils émanent, les lois les plus fortes par la nature des récompenses et des peines qui y sont attachées , les maximes les plus pratiques, les plus sages et les plus pures, pour toutes les conditions, tous les états , toutes les situations de la vie. Mais cette éminente sainteté du christianisme, source féconde des avantages les plus réels peut demander encore à être soutenue d'autres preuves, pour ceux qui, vivant au milieu d'un certain monde, n'y voient que trop souvent la religion révélée, que je prends ici dans son ensemble, en butte aux sophismes, aux sarcasmes, aux fades plaisanteries de tant de prétendus esprits forts, qui n'ont été nommés ainsi que par dérision , et dont foute la force n'est, à parler vrai , que celle de leurs passions, jointe à la faible«se de leur âme pour les dompter, et à l'égarement de leur raison. Ils voient cette religion travestie, outragée par une foule de menus philosophes (1) qui, blasphémant ce qu'ils ignorent, traitent notre croyance de fanatisme, d'imbécillité, de superstition; comme s'ils avaient pu oublier que les plus grands génies dont l'esprit humain s'honore, que les Newton, les Descartes, les Leibnilz, les Bacon, les Bernouilli, les Euler lesWolf, les Addison, les Nieuwentyt, les Boyie, les Clarke, les Cassini, les Varignon, les Pascal, les Bossuet, Is's Fénclon,et tant d'autres dont la liste suffirait pour effrayer, même avant tout examen, des esprits moins intrépides ; que tous nos grands litléralours du siècle de Louis XIV, de ce grand siècle, comme l'a appelé Voltaire, ainsi qu'il appelle, au même endroit, celui qui l'a suivi, lesiècle des pelites c/iose.<f; que tous ces hommes, dont les noms sont consacrés à l'immortalité, ont cru à celte révélation, marquée du sceau de la Divinité; ont molivé leur croyance, et l'ont, pour la plupart, défendueelconfirmée parleurs écrits. Cependant, je le répèle, au milieu du monde, pantii tant dassauls livrés aujourd'hui à la religion, et sans cesse réitérés, combien n'al-on pas besoin de se prémunir contre eux, par une élude plus approfondie des caractères qui en attestent si hautement la vérilé, et qui renferment en détail toutes ses autres preuves, dont chacune, prise à part el mise dans
tout son jour, pourrait suffire pournous convaincre, mais dont l'ensemble surtout forme la démonstration la plus complète.
Tels sont ces principaux caractères (1) : 1° Son ancienneté, qui la fait remonter de génération en génération, aux premiers jours du monde, par les lignes traditionnelles les plus fermes elles mieux assurées; par une chaîne non interrooipuede faits qui y correspondent, et qui se prouvent et se soutiennent récip/oqueincnt ; par l'accord de l'histoire sainte avec l'histoire profane elle-même, malgé ses altérations et ses fables ; accord qui surprend d'autant plus, que l'on fait une élude plus profonde de l'antiquité, par des monuments qui se rencontrent dans tous les âges depuis ledéluge; ce grand faitqueM. Bailly , dans ses Lettres sur Vorigine des Sciences ; que Boulanger lui-même, dans son Antiquité dévoilée, qui a précédé de beaucoup rabjuration qu'il a faite dans son incrédulité, ontmisdans la plus grande évidence, et qu'un demi-savoir, pire que l'ignorance, peut seul s'obstiner à contredire : par ce qui sert, en toul genre de véritable érudition el de saine criliijue, àconfirraerle récit dcMoïse: je veux dire, sur-tout, en genre de géographie ancienne, de chronologie, ramené- à ses vrais éléments, et dégagée de toutes les antiquités fabuleuses des anciens peuples, sur lesquelles M, d(î Guignes; M. Anquelil, M. le baron de Sainte-Croix, elFiéret même, dans les Mémoires de l'Académie Ses inscriptions, nous ont suffisamment éclairés, de géologie enfin, c'est-à-dire d'observations physiques sur l'état de la terre et des montagnes, telles que les ont faites, avec tant de constance el de sagacité, Valérius, MM. Deluc, Kirwan, des Sociétés royales d'Irlande et de Londres, de Saussure, d'Olomieux, de la Melteric, etc.
2° Son unité, qui en lie d'une manière si admirable toutes les parties, qui établit entre elles la correspondance la plus étroite, et qui les ramène toutes à un centre commun, Jésus- Christ, auquel viennent aboutir, comme à leur unique terme, l'Ancien et le Nouveau Testament ; ce Jésus le grand médiateur entre Dieu et les hommes, cet objet de la promesse faite au premier père du genre humain après sa chute renouvelée d'âge en âge, et confiée comme un dépôt sacré à un peuple choisi exprès pour nous la conserver; ce Messie annoncé par les prophéties les plus éclatantes, celles surtout d'Isaïe {chap. LU, LUI), espèce d'Kvangile anticipé ; celle de Daniel [chap JX, vers, 26. 27), sur la morl du Christ, sur son alliance, sur la ruine de Jérusalem et sur la réprobation du peuple juif : prophéties qui nous ont été transmises, ainsi que tous les autres par les plus grands ennemis du nom chrétien.
(I) C'est le nom que Cioérou donnait aux faux sa^cs de sou temps. Plalou appelait Irs so|iliisies de sou sièrli!, que Soci-,,1 ■ avait si l)ien (lûrnasi|ués, pliilo:toxcs, pliilùl que ptiiloaophes, c'est-à-dire, anmlcws de l'opinion plitlài qu'amaleias de lamgcsse. Laissons aux nôtres le beau nom de
fliilosoplies, qu'ils oui si laussement usurpé, puisqu'ils ^ ont rendu de nos jours, par les tristes fruits de leurs lOeuvros, comme de leurs écrits, si odieux et si ridicule.
(1) On les trouvera développés dans nu ouvrage fait exprès pour les gens du momie, et qui joint en leur faveur t'iimusemcnt a l'instruction. Cet ouvra,^e, du mémo auteur <iue crliii-ci, est le coinle de l^aliiioiil, ou les Eyaiemenls de fa raison ; la onzième édition a été augmentée d'un volume, (ju'on peut se proiurer séparément, el qui a pour UUe, la Théoiie du lloulieur , au(iuel il est, en elTel, sj propre î» nous conduire.
{Noie des Editeurs.)
L'ESPRIT DU CHRISTIANISME
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3" Sa perpétuité au milieu de tous les assauts qui lui ont été livrés dans tous les temps sous l'ancienne loi comme sous la nouvelle, et dont elle est sortie victorieuse, comme l'Eglise catholique l'a toujours été de toutes les persécutions, de toutes les sectes, du ravage des temps, de la vicissitude des choses humaines,du relâchement de ses propres enfants ; mais principalement de tous les ennemis qui ont conjuré sa ruine. Combien de fois, et à une époque encore récente, n'ont-ils pas dit : 11 n'y aura donc plus l'Eglise catholique, l'Eglise romaine, elle n'aura plus de siège, elle n'aura plus de chef. Eh I de quels moyens, de quels instruments Dieu s'est-il servi pour déconcerter leurs projets et confondre leur vaine espérance? Des Russes, des mahométans , tels sont d'abord les peuples qu'il a fait venir à son secours. Que d'événements se sont passés sous nos yeux, qui ont converti l'incrédule lui-même, en lui faisant dire : Le doigt de Dieu est ici!
4° Enfln , le caractère de sainteté , que j'ai énoncé avant tout ; qui fait une partie essentielle de la religion ; qui brille le plus éminemment dans le christianisme , et qui porte le plus sensiblement aux yeux de tous, l'empreinte et comme le cachet de la Divinité.
Qu'avec plus d'étude , et pour rendre ces caractères encore plus frappants, on y joigne les détails dans lesquels ils donnent lieu d'entrer; par exemple, ce qui concerne la mission de Moïse , appuyée sur ce qui s'est passé pendant un si long espace de temps , aux yeuxde tout un peuple qui s'est soumis en conséquence à la loi la plus pénible, mais nécessaire dans tous ses rites pour empêcher son mélange total avec les autres peuples, et pour qu'il conservât, dans son entier le dépôt qui lui était conflé : tout ce qui a préparé, jusque dans la grandeur du peuple romain et l'étendue de son empire, l'avènement du Messie , et applani les voies à la prédication de l'Evangile ; la naissance de Jésus-Christ, dans les circonstances marquées par Jacob dans le livre de la Genèse et par les prophètes; l'étoile qui l'annonce aux mages, et dont parle Chalcidius, philosophe platonicien ; le massacre des Innocents , auquel Macrobe, auteur profane, applique le mot d'Auguste, relativement à ces enf;mts : J'aimerais mieux être le pourceau d'Hérode que son fils ; la vie entière de Jésus-Christ, dans laquelle tout est instruction , tout est exemple, et qui ne s'est montré que pour faire du bien, pertransiit benefaciendo ; ces ténèbres répandues à sa mort sur la surface de la terre, et dont Phlégon , affranchi d'Adrien , dans son Histoire des Olympiades, Thallus, autre écrivain profane dans ses Histoires syriaques, ont fait mention que Tertullien, citait aux Romains , comme étant inscrites dans leurs archives , sa résurrection, attestée par des hommes si grossiers, si lâches , si timides , tandis qu'il vivait au milieu d'eux , et , après sa mort , si remplis de force et de courage , qu'ils prêchent hautement Jésus ressuscité , et don-
nent leur propre vie en preuve de la vérité de leur témoignage ; les miracles sensibles et publics, supérieurs à toutes les forces de la nature , opérés par Jésus-Christ et par ses apôtres, avoués par les Juifs , en les attribuant à l'opération du démon ou à d'autres causes non moins superstitieuses et frivoles, avoués par des philosophes et des auteurs païens également envenimés contre les chrétiens , Hiéroclès, Celse, Porphyre, Julien, qui faisaient honneur de ces miracles à la magie ; l'établissement du christianisme par douze hommes de la lie du peuple , par de pauvres pêcheurs , tels que seraient nos bateliers de la Seine et de la Loire , par des hommes sans lettres , sans moyens ; sans crédit, sans pouvoir, et qui font sortir tant de nations des ténèbres du paganisme, malgré tous les préjugés, toutes les passions si propres aies y attacher, qui arborent partout l'étendard de la croix, et qui font , de Rome païenne, la capitale du monde chrétien ; tant de premiers martyrs, qui sont des martyrs de fai(s dont ils ont été les témoins ; et non d'opinions, la ruine de Jérusalem, qui lui avait été prédite par Jésus-Christ, parles prophètes; la dispersion des Ju'«fs et leur existence depuis près de dix-huit siècles, sans chef, sans temple et sans autel, sans pouvoir se réunir en corps de nation, ni se confondre avec les autres peuples. Que d'autres détails particuliers, tels que la conversion et l'apostolat de saint Paul , formant seuls la matière d'un excellent ouvrage de mylord Litlloton, qui, entraîné dans le déisme, a été ramené à la religion chrétienne par les réflexions qu'il a faites sur ce sujet , si capable, en effet, de produire dans une âme droite les plus vives elles plus profondes impressions , tels encore quel'entreprise de Julien pour rebâtir le temple de Jérusalem, et qui, selon le récit d'Ammien-Marcelin, auteur païen, en dépit de toutes les mesures que cet empereur avait prises pour en assurer le succès , se trouva déconcertée par une puissance toute divine, etc., etc.
Après un tel amas de preuves , disons mieux, avec un si magnifique ensemble qu'il serait aussi insensé d'attribuer au hasard, qu'il le serait de mettre sur son compte les merveilles qu'offre à nos yeux l'univers et l'admirable enchaînement de toutes ses parties, c'en est assez , sans doute, pour nous faire dire avec Vincent de Lérins et avec Labruyère, si ma croyance pouvait être une erreur, ce serait Dieu qui m'aurait trompé; c'en est plus qu'il ne faut, pour rendre notre foi inébranlable au milieu même de la contagion du siècle, quand notre état nous y engage , et pour la mettre au-dessus des assauts de l'incrédulité, de la présomption d'un esprit fier et orgueilleux , tel qu'on en rencontre à chaque pas ; de la suffisance et du ton impérieux et tranchant du demisavant, qui se flatte presque de tout savoir : de l'abus des mots et de celui de la raison; des fougues de l'imagination, et, pour tout dire enfin , du libertinage de l'esprit , de la
corruption du cœur et du fatal empire de la chtTJr et des sens.
Ah ! ne craignons pas de le redire sans cesse: je tiens à la religion chrétienne de toute la force dont je tiens fi Dieu, qu'elle seule m'a appris à bien connaître selon toute l'étendue de ses perfections et de son amour, à adorer et à servir en esprit et en vérité; de toute la force dont je tiens aux hommes, pour qui elle m'inspire une charité si universelle, si tendre , si pure, si agissante, et si généreuse ; à la vérité, pour laquelle elle me rend capable de tout sacrifier , et dont elle me fait voir en elle les plus augustes caractères ; à lu vertu, dont elle me donne les idées les plus justes , en même temps qu'elle me présente les plus puissants motifs et les secours les plus efficaces pour la pratiquer; nu bonhetir, ^\uc je ne trouve qu'en elle autant qu'on peut même la rencontrer ici-bas. C'est elle, en effet, qui répand stir tout ce qui m'environne le charme le plus "vrai ; qui me fait goûter les jouissances les plus pures ; qui, dans les peines , devient
pour moi la source des plus grands soulagements, des plus grands mérites et des consolations les plus réelles. C'est elle qui réunit ces deux avantages inappréciables dont j'ai déjà parlé : elle fixe mon esprit, et elle remplit mon cœur. C'est elle surtout qui m'ouvre la perspective la plus ravissante et la plus sûre d'un bonheur parfait, inaltérable, et le seul vraiment digne de moi.
Maintenant que me reste-t-il à faire pour que ma foi ne soit point vaine , et pour ne pas risquer de la démentir par mes sentiments et par ma conduite, si non d'en bien saisir l'esprit et de me tracer un plan qui puisse me servir de règle dans tout le cours de ma vie ? C'est par-là que, comme le dit l'Apôtre, je ne frapperai point des coups en Vair, et que je pourrai me flatter , parmi tous les combats que j'aurai à essuyer dans ce lieu d'épreuves , de sortir de cette lutte en athlète victorieux, et d'obtenir pour prix, non une couronne sujette à se flétrir , mais une gloire immortelle.
ESPRIT DU CHRISTIANISME
La raison, la nature, la religion, mon propre cœur, tout me fait une loi d'aimer Dieu, de l'aimer souverainement, constamtnent, de l'aimer en tout et par-dessus tout. 11 a seul éminemment tous les titres, tous les droits à nion amour.
Il est l'Etre souverainement parfait ; source de toute beauté , de tout ordre, de toute perfection. Rien en moi , hors de moi, dans toute la nature, n'existe, et n'est aimable que par lui.
Je lui dois non-seulement l'existence , mais toutes les facultés dont il m'a enrichi: mon entendement susceptible des grandes idées de l'Eternel , de l'infini ; ma volonté, ma liberté, mon imagination , ma mémoire, mon corps et tous mes sens. N'est-il pas juste que, comme le dit saint Augustin, celui qui m'a fait tout entier m'exige tout entier.
Ce Dieu qui m'a donné l'être , me l'a conservé, même après tant d'offenses dont je me suis rendu coupable envers lui. Quand il pouvait me punir, dans sa justice, et me perdre à jamais, il a prolongé mes jours dans sa miséricorde, pour me laisser le temps de revenir à lui , de réparer mes fautes, de me préparer , par une fidélité constante , par la pratique de loules les vertus, à une vie meilleure, et de me rendre digne du bien qu'il me réserve, et qui n'est autre que luimême.
Non-seulement il est l'auteur, le conservateur de mon être; il est encore mon rédempteur. Ah I que n'a-t-il pas fait , dans la personne de son Verbe, deson Fils ,de Jésus- Christ, pour me racheter ? Quels n'ont pas été les fruits de ce satig précieux répandu pour moi sur la croix ! Par quels sacrements
Jésus-Christ m'a engendré de nouveau, réconcilié, confirmé, nourri de sa propre substance? Mais comment ai-je répondu à tous les dons de son amour infini , de son ineffable charité?
Dans l'ordre de la nature, et dans l'ordre de la grâce, il se montre mon bienfaiteur de tous les moments. Dans le premier, tant d'objets si dignes démon admiration, si agréables et si variés qui s'offrent à mes regards; le sens du toucher, sentinelle assidue et répandue dans tout mon corps; celui de l'odorat, par lequel me sont transmis les parfums qui, en certains temps de l'année, s'exhalent de toutes parts et embaument l'air que je respire ; les aliments qui servent à ma subsistance et qui se diversifient selon les saisons; les sons qui frappent mes oreilles ; le don de la parole, qui me met en commerce avec mes semblables : les charmes de la société , et tous les biens qui y sont attachés ; tant d'autres encore dont on méconnaît le prix par l'habitude même d'en jouir à chaque instant. Dans l'ordre bien supérieur de la grâce, tant de lumières , tant d'inspirations secrètes, tant de bons mouvements, tant d'autres grâces de toute espèce, quoique j'en aie lait, hélas ! un si mauvais usage. Qu'y a-t-il en moi et hors de moi qui ne soit un bienfait de mon Dieu? Ahl je reconnais sa bonté envers moi, jusque dans les châtiments qu'il m'envoie pour me rappeler à lui, ou dans les épreuves salutaires qu'il me ménage pour me purifier, me sanctifier et me rendre plus digne de lui. La religion sainte , qu'il m'a donnée , et que sa sainteté même, indépendamment du magnifique ensemble de toutes ses preuves, suffirait pour démontrer à un esprit juste et à un eœur droit: cette
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