MONDE
La seconde preuve de la vérité de notre foi , est la conversion du monde opérée par Jésus -Christ et ses apôtres. Le monde, comme nous l'avons vu , était plongé dans tous les vices et dans tous les désordres auxquels est sujette la nature humaine, corrompue par le péché ; et ce qui rend plus admirable sa conversion, c'est d'abord la sévérité de la nouvelle loi qui a été prêchée, ensuite le peu de considération et de moyens de ceux qui, les premiers, l'ont annoncée; enfln, les efforts qu'ont fait partout les puissances elles autorités pour en arrêter les progrès.
D'abord cette loi nouvelle annonçait des mystères difficiles à croire, parce qu'ils sont incompréhensibles pour l'esprit humain. Tel est le mystère de la sainte Trinité, dans lequel se trouve lidée de trois personnes qui ne font qu'un seul Dieu, qui n'ont qu'une seule substance , une seule essence , une seule volonté. Tel est encore le mystère de l'Incarnation, qui offre à notre foi le prodige du Fils de Dieu qui s'est fait homme, d'un Dieu qui est à la fois dans la même personne véritablement Dieu et véritablement Homme, et qui. a souffert des supplices et la mort pour sauver le genre humain. Oh ! quel intervalle infini entre ces deux natures I un Dieu et un Homme 1 Croire la souveraine grandeur anéantie 1 la hauteur ainsi abaissée 1 adorer comme Dieu un Homme condamné à la mort, et qui a expiré sur une croix! Tout cela d'abord paraissait à ceux qui l'entendaient un scandale, une véritable folie : Prœdicamus Christum crucifixum, Judœis quidem scandalum, genlibus autem stultiliam ( I, Cor., 1,23 ). Tel est encore le mystère du saint-sacrement de l'autel, dans lequel il faut croire que par les paroles de la consécration, la substance du pain et du vin se change réellement au corps et au sang de Jésus-Christ. Tel, enfin, le mystère de la résurrection des morts qu'il fallait croire, ce grand réveil du jugement dernier, où les corps réduits en poussière doivent reprenprcndre leur première vie et leur première forme.
Outre tout cela, cette loi enseignait des choses difficiles à pratiquer : elle enseignait à se combattre soi-même, à vaincre ses penchants, à aimer ses ennemis, à mortifier sa chair, à souffrir avec patience, à s'humilier devant tout le monde, à supporter les mépris et à mettre tout son bonheur dans l'espérance d'une vie future. H fallait prêcher tout
cela à des peuples aveugles, plongés dans le vice, et qui mettaient tout leur bonheur dans les plaisirs de la vie présente. Ainsi donc,/ que Luther et Calvin cessent de vanter la multitude des disciples qu'ils ont faits en prêchant leur doctrine. S'ils avaient enseigné le jeûne, la pénitence, la chasteté, le détachement des biens, l'abnégation de l'amourpropre, le nombre de leurs prosélytes aurait été véritablement un grand prodige, comme c'en fut un lorsque notre religion fut prêchée et embrassée par tant de monde. Mais, en prêchant la satisfaction et la liberté des penchants, le dégagement de toute mortification et de toute obéissance aux lois et aux autorités, c'eût été un prodige, non d'avoir beaucoup de prosélytes , mais d'en avoir peu. Ce serait une merveille de voir un ruisseau remonter vers le flanc d'une montagne, mais ce n'en est pas une de le voir descendre dans la vallée.
En second lieu , il convient de considérer quels étaient les prédicateurs qui entreprenaient d'annoncer cette nouvelle loi de Jésus-Christ, de détruire l'idolâtrie et de réformer tous les vices du monde. C'était un petit nombre de pauvres pêcheurs, des hommes sans instruction, sans naissance, sans richesses et sans protections.
En troisième lieu , ces pauvres pêcheurs avaient à prêcher la foi sous les yeux des magistrats, des princes et des empereurs, qui s'armaient contre eux de toutes leurs forces, exilant, dépouillant de leurs biens, et faisant souffrir les plus horribles morts à ceux qui l'embrassaient. Et cependant ces prédicateurs eurent ia consolation de voir, en peu d'années, la religion chrétienne étendue dans tout le monde; ce qui fait que saint Paul écrit aux Romains : Fides vestra annuntialur in univers o mundo {Rom.,l, ), et à ceux de Colosse, en parlant de cette même foi : In universo mundo et fructificat. sicutinvobis[Coloss., l, 6 ). Saint Ignace, au conimencement du deuxième siècle, et saint Irénée, vers lé milieu, attestent que la religion chrétienne s'étendait déjà dans toutes les provinces habitées. Ces prédicateurs de notre foi eurent donc l'avantage de voir les idolâtres mépriser et fouler aux pieds les dieux qu'ils avaient adorés; de voir embrasser la foi des mystères si difficiles à croire, et de déraciner des vices invétérés par tant de siècles. Ils virent les plaisirs abhorrés, les richesses elles honneurs mondains abandonnés, tandis qu'on leur préféra les travaux, l'ignominie, la pauvreté, les persécutions et la mort. Et cela arriva dans ces heureux temps de la primitive Eglise, où les hommes semblaient être devenus des anges.
Qu'il est beau de voir ce grand nombre d'anachorètes qui abandonnaient leur patrie et leur maison, pour aller peupler les déserts 1 Ces martyrs, qui aimaient mieux souffrir les tourments les plus horribles que puissent imaginer la cruauté des hommes ou la rage de lenfer, que d'abandonner leur foil Ils renonçaient à toutes les richesses, à tous les honneurs que pouvaient leur offrir
VÉRITÉ DE LA FOI
les empereurs, et leur préféraient les supplices et la mort. Ces heureux chrétiens brûlaient d'un tel amour pour Jésus-Christ, qu'ils désiraient avec plus d'ardeur les mépris, les croix et la mort, que les auîrcs hommes ne désirent les plaisirs et les grandeurs de la terre. Les préfets des provinces écrivaient aux empereurs, qu'il ne se trouvait plus assez d'instruments et de bourreaux pour le nombre des chrétiens qui s'ol'fraient à mourir pour la foi de Jésus-Christ. 11 semblait enfin que CCS hommes eussent dépouillé la nature humaine et perdu cette horreur naturelle qu'inspirent les tourments et la mort. Qui ne voit qu'un effet si surprenant ne peut pas provenir des forces de la nature, et qu'il est tout entier le fruit de la grâce? Et , ce qu'il y a de plus merveilleux, c'est que plus les préfets et les empereurs faisaient d'efforts pour arrêter les progrès de la foi , plus ils persécutaient les fidèles, plus la religion s'accroissait et se propageait; plus ils immolaient de chrétiens, plus les chrétiens se mullipliaient, comme si h urs morts eussent été d'heureuses semences qui doublaient leurs fruits.
Or, si ces hommes n'avaient pas été saints, et s'ils n'avaient pas été soutenus par une force divine, comment auraient-ils pu résister à tant de persécutions ? El cependant, au milieu de ces persécutions, on vil la foi s'étendre dans toutes les parties du monde; le culte de Jésus-Christ se répandre , et les Eglises se former de tous côtés, au milieu des Juifs, des Grecs, des Romains, des Scythes, des Perses, et parmi tant d'autres nations barbares, jusqu'aux extrémités de la terre: et cela en combien de temps? Nous apprenons de Terlullien qu'au commencement du deuxième siècle il n'y avait pas un seul lieu sur la terre où il n'y eût des chrétiens. Au quatrième siècle, sous le règne de Constantin, la foi était propagée partout. Saint Jérôme écrivait ainsi de la Palestine: Les couronnes des r'ois sont ornées du signe de la croix. Chaque journous recevons dans ce pays des compagnies de religieux qui viennent de l'Inde, de la Perse et de l'Elhiopie.Déjà V Arménien a abandonné ses superstitions, La divine psalmodie est familière aux Huns ; les Scythes brûlent de la ferveur de la foi ; les étendards des Gêtes sont ornés des signes sacrés de l'Eglise. Voilà ce qu'écrivait de son temps ce saint docteur. Pallade marque de plus, qu'au commencement du quatrième siècle, il y avait dans le territoire d'une seule ville d'Egypte, vingt mille vierges religieuses qui menaient une vie sainte.
Enfin, notre sainte religion a été embrasséf universellement par tous les peuples, et c'est pour cela qu'elle a été nommée catholique, c'est-à-dire universelle; non qu'elle ait soumis universellement tous les hommes, mais parce qu'elle a été adoptée par toutes sortes de nations, et qu'elle a été répandue dans toutes les parties du monde; et même, dans notre temps, où nous voyons les mahométans et tant de sociétés d'hérétiques hors du sein de l'Eglise , on trouverait à
peine un coin sur la terre où il n'y ait pas
des fidèles qui la professent, et des église» où au moins en secrel. Dieu est honoré par le sacrifice de l'autel, comme l'a prédit le prophète Malachie: Ab ortu enitn solis usque ad occasum, magnum est nomen meum ingen^ tibus, et in omni loco sacrificalur, et offertur nomini mco oblatio munda ( Malach., 1, 11 }. C'est là ce que répondit saint Augustin à Cresconius, qui lui opposait que notre religion ne pouvait pas être nommée catholique ou universelle, parce qu'elle n'était pas embrassée par toutes les nations. 11 suffit, disait le saint docteur, que, dans tout le monde, il y ait de vrais fidèles ; et pour être nommée catholique, il n'est pas nécessaire que l'universalité des hommes de chaque nation y croient, il suffit que chez toutes les nations il y ait quelques hommes qui la professent. Non (oporlct) ut omnes credant : omnes enim gentes promissœ sunt , non omnes homines omnium gentium ( S. August., lib. III, c. 66). Ah 1 la vérité de la religion catholique n'est que trop démontrée pour tout le monde.
Hanc ignorare nulli licet, dit le même saint Augustin ( tract. II, in ep. 1 ); elle est obscure seulement pour ceux qui veulent fermer les yeux pour ne pas la voir et suivre leurs penchants déréglés.
Et qu'on ne croie pas que la vie indigne que mènent tant de chrétiens puisse affaiblir la force des preuves qui établissent cette vérité. Nous ne songeons point assurément à nier le fait qu'un grand nombre de chrétiens sont indignes de ce nom ; nous ajoutons même que leurs vices ne méritent point d'excuse, puisque, malgré tant de secours dont ils sont favorisés, les sacrements, les prières et les bons exemples, ils ne laissent pas que de vivredans le désordre etenennemisdeDieu. Mais leur vie et leur conduite coupables, loin de nuire à la vérité et à la sainteté de notre foi, servent au contraireà la manifester. Ce serait une injustice trop grande d'accuser la foi, à cause des fautes de ceux qui la suivent. Pour être chrétien, un hon)me ne laisse pas que d'être homme, et comme tel, enclin au mal ; il ne perd pas la liberté de se liver au vice s'il le veut. Dieu veut que nous le servions, mais non par contrainte, comme des esclaves qui sont forcés par la nécessité de faire ce qui est contre leur volonté. Toutes nos fautes viennent de nous, non de la foi, ni de l'Eglise qui nous l'enseigne. 11 est prouvé par les Evangiles que, dans l'Eglise militante, il y a des vierges sages et des vierges folles, du froment et de l'ivraie, des justes et des pécheurs. Il n'en est pas moins vrai, qu'on n'a jamais vu un catholique, qui en embrassant l'hérésie n'en soil devenu plus vicieux et plus corrompu. Au contraire, on n'a jamais vu d'infidèle ou d'hérétique qui, en passant dans noire religion avec de bonnes intentions, n'en soit devenu meilleur dans ses mœurs. H y a, à la vérité, beaucQup de méchants dans l'Eglise catholique, mais il y a encore un grand nombre de saints. Il s'y trouve encore tant de bons pasteurs, tant de religieux, et môme tant d'hommes du siècle
DEMONSTRATION EVANGELIOUE. LIGLORI.
qui, au milieu du monde, mènent une vie' les hérésiarques qui ont paru au monde de-
sainte 1 Mais ce serait un prodige de trouver un seul homme dans toutes les sectes hérétiques qui vive bien, etsoit éloigné des vices.
Comparons maintenant la naissance et les progrès des autres sectes à rétablissement de l'Eglise catholique. Les mahomctansavouont q«'av?,nt la venue de Mahomet, la religion chrétienne était partout établie, et qu'elle enseignait même une doctrine qui était vraie; mais tout ainsi, disent-ils, qu'à la loi de Moïse a succédé celle de Jésus-Christ, à celle de Jésus-Christ doit succéder celle de Mahomet. Mais s'ils accordent que la doctrine de Jésus-Christ a été vraie pendant un temps, ils doivent avouer que celle de Mahomet est fausse. Jésus-Christ a dit : Nul ne peut être sauvé s'il n'est baptisé (Jean. III, 5) ; Jésus-Christ a dit encore que toutes les puissances de l'enfer ne sauraient prévaloir contre son Eglise {Malth., XVI, 18). Donc, si la doctrine de Jésus-Christa pu être vraie, je ne dis pas pendant tant de siècles, mais seulement pendant un moment, celle de Mahomet, ou toute autre qui serait contraire à celle de Jésus-Chrisl, n'a pu être vérilaiile. Il est vrai que la loi de Moïse, qui fut légitime pendant un temps, a été remplacée par celle de Jésus-Christ qui est différente. Mais la loi du Messie non-seulement ne fut pas contraire à celle de Moïse, mais elle en fut l'accomplissement. Jésus- Christ en a supprimé les sacrifices et les cérémonies qui étaient des figures de la loi de grâce, et il y a substitué les sacrements qui actuellement ont l'effet de produire la grâce. Du reste, les préceptes de morale qui ont rapport à la sainteté de la vie n'ont point élé altérés, mais perfectionnés par notre divin Sauveur. C'est pour cela que l'angéliquc saint Thomas (1, 2, 9, 107, a. 1, ad. 2), dit que la loi de l'Evangile n'est point appelée nouvelle parce qu'cili; est venue après la loi de Moïse, mais parce qu'elle est plus parfaite.
Si nous en venons ensuite aux dernières sectes hérétiques qui ont pris le nom de religion réformée, leur nouveauté niême est une assez grande preuve que ces novateurs ne sont point, comme ils le disent, des réformateurs, mais des destructeurs de la religion. Leur réforme premièrement ne tend point à l'amélioration de la morale, puisque leur doctrine pernicieuse ouvre le champ à toutes sortes de vices, en dégageant les hommes de l'obéissance qu'ils doivent anx lois divines et aux lois humaines. Elle ne tend qu'à l'altération des dogmes et au rcnversemept de l'Eglise catholique que les novateurs calomnient, en soutenant qu'elle trompe et qu'elle dénature les principes de l'Evangile. Mais non : l'Eglise romaine, établie par Jésus-Cihrist, comme nous l'avons dit plus haut, n'a rien à craindre de ces attaques, puisque son Auteur lui a promis que l'enfer ne saurait prévaloir contre elle.Si elle a été vraie pendant un temps, il faut confesser qu'elle est encore et (ju'elle sera toujours vraie, et que toute autre qui n'aurait point avec elle une parfaite conformité, serait nécessairement fausse; si donc il est vrai, comme on ne peut le nier, que tous
puis la venue de Jésus-Christ, les AriusJ les Neslorius et d'autres semblables, en dernier lieu les Luther et les Calvin, sont sortis de lEglise romaine, il faut contenir que celte dernière est la seule vraie, puisqu'elle seule continue d'être toujours telle qu'elle a élé établie par Jésus-Christ. Hœreses omnea (dit saint Augustin ) de. illa exierunt, tunquam sarmenta inutilia de vileprœcita; ipsa aulem manel in radicc sua (Lib. l,de S;/mb., cap. 6). Mais ce point sera examiné plus à fond et sera éclairci au chapitre IV.
Mais, dira-t-on, si la propagation de la religion chrétienne est une preuve de sa vérité, ce fait prouvera également la vérité de la religion mahométanc, du schisme grec, et même de l'hérésie des protestants, attendu aussi qu'en peu de temps ces religions ont été embrassées par beaucoup de peuples. — 11 faut distinguer. Ces sectes n'ont dû leur origine qu'à l'esprit de licence et à l'orgueil. La loi maliométane aerordeune liberté absolue aux passions de la chair pendant celte vie, et promet même une licence encore plus grande et de la même nature dans l'autre. Le schisme des Grecs doit son origine à l'orgueil d'un Arius, d'un Neslorius, d'un Maeédonius et d'autres pareils ministres de Lucifer. L'orgueil, la licence et le désir de s'emparer des biens de l'Eglise, ont produit les sectes de Luther, de Zuingle et de Calvin. Ces novateurs, en se révoltant contre l'iiglise romaine, oui commencé par lâcher la bride à tous les crimes, et par abolir la chasteté, l'obéissance, el toutes les autres vertus chrétiennes. Ils disaient que nos péchés ne peuvent empêcher que nous ne soyons sauvés par l'effet de la miséricorde divine. Voici comme prêchait Luther: Quanto sccleratior es, tanlo citius Deux gratiam suam iiifundil {Serm. de piscat. Pétri). Voici encore ce que disait Calvin: SubkUa legis menlione, el omnium operum cogilntione seposila. unam J^ci misericordiam amplecti convenil {Lib. III., cap. 19 , § 2). On voit assez pourquoi ces docteurs impies ont été suivis de tant de malheureux, qui, pour* vivre à leur gré, sans règle et sans frein, ont renoncé à la véritable foi ; et si cela est ainsi, comment pourrait-on jamais dire que c'est à Dieu que doivent leurs progrès ces sectes funestes qui sont nées de l'orgueil, de la cupidité et de 1 iiopudicité : tandis (jue Dieu, dans ses œuvres, ne peut avoir d'autre but que de chercher sa gloire et d'éloigner de nous tous les vices, qui sont contraires à son honneur, et qui mettent obstacle à notre salut éternel.