CHAPITRE III
THOISIÊME CARACTI^nE. — LA STABILITÉ ET L'uNI- FORMITÉ DE SES DOGMES. '
Le troisième caractère de vérité qu'a notre foi consiste dans la stabilité et l'invariabilité des dogmes qu'enseigne l'Eglise depuis que la religion a élé préchée- par les apôtres Cette stabilité était nécessaire pour justifier la promesse de Jésus-Christ, que toutes les forces de
VÉIllTÉ DE LA FOI.
renfer.'ne prévaudraient jamais contre l'Eglise qu'il avait établie pour servir de colonne et de base à la vérité. Cela n'est pas mis en doute par Calvin lui-même, qui a écrit : Unde sequitur non posse fieri, ut diabolus cum toto mundi apparatu, Ecdcsiam unquam deleat, quœ in œlerno Christi solio fundatn est. Les tyrans ont essayé de détruire l'Eglise de Jésus-Christ, mais tous leurs efforts et toutes leurs violences n'ont pu le faire. Au contraire ses disciples se sont par là accrus et mulipliés. Les hérésiarques ont essayé de l'entacher par leurs erreurs ; et leur fureur était même plus dangereuse que la haine des tyrans, parce que ceux-ci étaient en dehors de son sein et que les hérésiarques lui faisaient une guerre domestique qui lui portait des coups dans le cœur; cependant ils n'ont pu la renverser. Si pendant quelque temps elle a éprouvé des pertes dans une partie du monde, Dieu lui a donné ailleurs des dédommagements qui les ont compensées. C'est surtout dans ces derniers, temps où les hérésies modernes ont infecté le nord de l'Europe, que le Seigneur a consolé l'Eglise en lui soumettant tant de peuples dans les deux Indes, que les agrandissements qu'elle a acquis ont surpassé les pertes qu'elle a faites. Saint Augustin écrit: Ipsa est Ecclesia vcra, Ecclesia catholicn; contra omnes hœreses pugnare potest, expu . gnari non potest (Lib. I, de Srjmb., c. 6).
Les hérétiques nous opposent que l'idolâtrie même a eu une aussi longue durée ; qu'elle s'est soutenue même après la prédication de l'Evangile; que le schisme grec, la secte mahomélane et la religion des Hébreux ont eu le même avantage et continuent encore d'exister avec la même constance. Je réponds à cola, qu'il ne suffit pas pour que la stabilité d'une religion soit une preuve de sa vérité, qu'elle ait duré longtemps, il faut encore qu'elle ait été combattue, persécutée et se soit maintenue avec force. Cela ne peut pas se dire de l'idolâtrie qui fut soutenue et protégée par toutes les puissances de la terre avant d'être abattue par l'Evangile ; et si quelque reste de cette idolâtrie se conserve encore et se soutient dans quelque coin reculé du monde, c'est parce que, loin d'être persécutée, elle est professée et défendue par les gouvernements qui y dominent.
A l'égard du schisme grec, il n'est pas vrai qu'il ait été constant et invariable, puisque les anciens Grecs ont reconnu le souverain Pontife pour chef de l'Eglise, comme le déclare expressément le concile d'Ephèse où Nestorius fut condamné, et qui porte positivement que las Pères du concile le condamnent d'après la sentence portée par le pape Célestin. Voici les paroles du concile rapportées par Evagrius : Epistolasanctissimipatris nostri et coÙcgœ Cœlestini, episcopi Ecclesiœ romance, necessario compulsi, etc. (Vnyr., lib. J,histor., cap. k). La même chose eut lieu dans la cause d'Eutichès, qui, condamné par Flavien dans le premier concile de Constantinople, s'adressa à saint Pierre Chrysologue, évêque de Ravenne, et le pria de le protéger auprès du pape saint Léon. Saint Pierre Chry-
sologue lui répondit de se soumettre en tout au pontife romain: Quoniam (remarquez pourquoi) B. Petrus, qui in propria sede vivit, et ptœsidet, prœstat quœrentibus fidei veritatcm : nos enim, extra consensum romance civitatis episcopi causas fidei audire non possiimus {Apud Nat. Alex. Hist., sec. V, cap. 3, § 5). Et comme Eulichès ne voulait pas obéir, le concile de Chalcédoine, assemblé pour ce sujet, et que le pape saint Léon flt présider par ses légats, le condamna, lui et Dioscore, qui avait eu la hardiesse d'assembler un concile à Ephèseen sa faveur , Sine auctoritute scdis apostolicœ, quod ntinquam factum est, nec fieri licet. Ce sont les paroles du concile de Chalcédoine {Act. III, apud Evagr., l. H, cap. k). Dioscore fut déposé par une sentence en cette forme : Unde sanctus Léo per prœsentem sanctam st/nodum, unacumB.Petro gui est pelra catholicœ Ecclesiœ et reclœ fidei fandainentum, nndavit eum [c'esliyMiscore) tam episcopatus dignitate quam ab omni sacerdotali alienavit ministerio {Loc. cit.) Le pape saint Léon fut prié de conûrmer le concile, et l'approuva par la lettre qui commence Repletum est, etc., à l'exception de la disposition concernant la suprématie accordée par la lettre 59 qui coiumence : Omnem quidem fraternitatem etc., au patriarche de Constaiitinople sur les patriarches d'Antioche et d'Alexandrie. Je laisse de côté les autres faits semblables. Mais de ces deux on tire premièrement la preuve de l'autorité que le pape a toujours eue sur lesconciles, et en second lieu on voit que les Grecs en se séparant de l'Etrlisc de Rome et en quittant l'obéissance due au pape, n'ont pas suivi la doctrine de leurs ancêtres. Joignez à cela que ces mêmes Grecs dans leur schisme sont entre eux fortement divisés sur les dogmes de la foi.
Pour ce qui est des mahométans et des Juifs, quelle merveille, dit très-bien le père Segneri, de voir un feu continuellement alimenté par des matières combustibles, continuer de jeter des flammes? Ce n'est pas là. une foi, mais un égarement de sens. Et puis la religion mahométane, pour se maintenir, a-t-elle eu à soutenir les combats et les traverses dont la religion catholique a été tourmentée? D'autant plus que notre foi est répandue dans un grand nombre d'Etats où le pape n'a aucun pouvoir, tandis que le mahométisme n'est connu que dans les pays soumis au grand sultan, où personne ne peut le combattre et en faire voir la fausseté. Ajoutez que les mahométans , quoiqu'ils suivent tous lAlcoran , sont très-divisés au sujet de leur foi, et que le nombre de leurs sectes s'élève jusqu'à soixante. Cela assurément n'est pas merveilleux, puisque Mahomet dans plusieurs endroits de son Alcoran se contredit clairement lui-même. Il dit quelque part que chacun peut se sauver dans sa religion ; ensuite il le nie. Il dit en un lieu que la religion des chrétiens n'est pas véritable, dans un autre lieu il dit le contraire. Il afGrme quelque part que Jésus-Christ fut crucifié dans sa propre personne, ailleurs il dit qu'il substitua un autre homme à sa place sur la
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croix. Il tombe dans mille autres contradictions que je laisse de côté, pour abréger.
A l'égard des Juifs avilis et repoussés partout, qui ne voit que leur constance n'est qu'un endurcissement dont ils sont punis, un châtiment prédit par les Ecritures depuis tant de siècles, et qu'ils doivent souffrir pour avoir refusé la loi de grâce et fait mourir le Rédempteur? Les malheureux I ils voient ces prédictions vérifiées; ils se voient privés de temples, de pontifes et de sacrifices; ils se voient chassés de leur patrie et en horreur à toutes les nations. Est-ce là persévérer dans leur foi ? et puis peut-on dire qu'ils y persévèrent, lorsque leur doctrine aujourd'hui, comme nous l'avons vu plus haut, est si remplie d'erreurs et d'impiétés ?
Il reste à parler des autres sectes séparées de l'Eglise romaine. On compte 305 hérésies nées (Te la même. Beaucoup de ces hérésies ont été protégées par des princes et des empereurs, favorisées par des hommes delettres et des hommes eu dignité qui les ont défendues de vive voix et par leurs écrits , et cependant il n'en reste que le souvenir, ou q'uelquos faibles traces parmi des hommes .sans conscience. A la vérité, on suit dans beau(Oup de pays la religion réformée de Luther et de Calvin ; mais qu'on examine quelle stabilité et quelle uniformité il y règne au sujet de la foi. Les luthériens, dans l'espace de cinquante ans, ont formé trois sectes, les luthériens, les semi-luthériens et les antiluthériens. Les premiers, qui ont retenu le nom de luthériens, se sont subdivisés à leur tour en onze fractions; les semi-lulhériens en ont formé onze autres et les anti-lulhérions cinquanle-six, comme le rapporte Lindano {Epist. Rornam m Luth.). L'école de Calvin s'est divisée encore davantage et elle compte plus de cent fractions. On lit dans Natale Alexandre ( Hist., sect. WetWl, cap.U, art. 17, § 3) en combien de sectes les calvinistes se sont divisés, particulièrement en Anglelerre.Ony trouve les puritains, qui suivent la doctrine pure de Calvin; les piscatoriens, que les calvinistes de France ont déclaré hérétiques; les anglo-cal vinicns, qui consacrent des évcques et ordonnent des prêtres, ce que ne font point les autres calvinistes; les indépendants qui, ne reconnaissent point de supérieurs ni ecclésiastiques ni politiques ; les anli-scripturiens , qui rejettent toutes les Ecritures ; les quakers, qui vantent leurs continuelles extases et leurs révélations; les ranlèrcs qui, croient permis tout ce que la nature corrompue désire. La Hollande se trouvait divisée dans un temps en deux factions, celle des arminiens et celle des eomaristes. Arminius, chef de la première, fut condamné comme schismatique dans un conciliabule de l'autre faction, et parce que Grotius et le chancelier Barnevelt ne voulurent pas obéir, Grotius fut incarcéré et Barnevelt décapité. C'est là la constance et l'uniformité de foi de ces sociétés de novateurs. Voilà le fruit de cet esprit d'orgueil qui fait les hérésiarques. Comme ils se détachent de l'obéissance de l'Eglise, leurs disciples, à
leur exemple , se détachent de la sujétion de leurs maîtres, et forment de nouvelles sectes et de nouveaux systèmes.
Et quelle merveille que les disciples de Luther et de Calvin soient ainsi divisés sur les dogmes de la foi , lorsque leurs maîtres mêmes se contredisent sans cesse eux-mêmes? Qu'on lisel'Histoiredes variations de l'Eglise protestante par M. Bossuet, évêque de Meaux, on verra dans quelles contradictions et dans quelle diversité de doctrine sont tombés ces hérésiarques dans leurs discours et dans leurs écrits. Les contradictions où est tombé Luther dans les écrits qu'il a donnés de temps en temps sur les dogmes de la foi ou dans ses discours suffiraient seules pour prouver la fausseté de sa doctrine ; et je parle particulièrement de celles de Luther , parce qu'il est regardé par tous les protestants comme la première source de la véritable foi, et que celui qui le nomme un apôtre n'hésite pas d'écrire : Res ipsa clamât, non Liitherum initio locutum, sed Deum per os ejiis. Et cependant, pendant toute sa carrière, que fit-il que se contredire, toujours opposé à lui-même, et détruisant sa propre doctrine? Il avait dit d'abord que les bonnes œuvres n'étaient pas nécessaires pour le salut, il avoua ensuite le contraire. Il tomba dans mille contradictions au sujet de la justification, de la puissance do la foi et du nombre des sacrements. On lui en compte trente sur le seul article de l'Eucharistie; ce qui faisait que le prince catholique Georges de Saxe, qui vivait de son temps, avait coutume de dire que les luthéri(>ns ne savaient pas chaque jour ce qu'il faudrait croire le lendemain. Et Calvin sur le même sujet de l'Eucharistie, combien de fois n'a-t-il pas changéd'opinion?On peut le voir dans l'ouvrage précité de M. Bossuet. Mais je ne vais point assez loin, lorsque je dis que tant de contradictions suffisent pour démontrer la fausseté des enseignements de ces maîtres impies. Une seule contradiction suffirait pour faire connaître qu'ils n'étaient pas inspirés de l'Esprit de Dieu. Quisemel mentitur, ex Deo non est, comme l'avoue Luther lui-même. L'Esprit-Sainl est un et invariable, et il ne peut pas se nier lui-même, comme l'écrit l'Apôtre : Negare se ipsum non potest (II Timoth., II, 13). Luther se vante donc très-faussement d'avoir l'Esprit de Jésus- Christ en prêchant sa doctrine. Il a tort de dire avec autant d'orgueil : Certissimus sum, quod doctrina mea, non sit mea, sed Christi. 11 aurait dû bien plutôt dire : sed dinholi.
C'est donc pour nous un grand témoignage de la vérité de notre foi que la constance et l'uniformité de la doctrine et des dogmes qu'enseigne l'Eglise catholique depuis son ' établissement. Ses enseignements ont été les mêmes dans tous les temps. On a cru dans les premiers siècles les vérités qui font l'objet de notre foi aujourd'hui, l'intégrité du libre . arbitre, la vertu des sacrements, la présence * réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie , l'invocation des saints, la vénération de leurs reliques et de leurs images, l'existence du purgatoire. Les novateurs osent appeler le*
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VÉRITÉ DE LA FOI
vérités des erreurs, et les regardent comme des petites taclies pratiquées sur le front de l'Eglise naissante. C'est Bellarmin qui le rapporte {De notis Eccl., cap. 5). Ainsi donc c'était une tache dans la foi , d'adorer Jésus présent dans rEucharistie, d'adorer la Croix, de révérer les images des saints ! Et puis comment ces taches ont-elles pu devenir des idolâtries impies, comme ils les nomment? ou bien ces idolâtries ne seraient-elles que de simples taches ? De plus , comment Dieu a-t-il pu permettre que des erreurs si énormes aient subsisté pendant tant de siècles, et aient aveuglé les fidèjes jusqu'à le que ces nouveaux docteurs, Luther, Zuiiigle et Calvin, aient paru pour les dissiper?
Non, la foi catholique a été la vérité dans le principe et elle sera toujours la vérité ; et comme il n'y a qu'un seul Dieu, il n'y a aussi qu'une seule foi et une seule Eglise pour l'enseigner, l'Eglise de Jésus-Chri.>t : Una fides, xmum baptisma, unus Dr.us [Eplt., IV, 5). Hors cette Eglise, qui est la seule arche de saiut, personne ne peut se sauver, comme Calvin lui-même l'avoue. Les marques auxquelles on reconnaît la véritable Eglise de Jésus-Christ, sont d'avoir élé fondée par le Rédempteur iui-uiéme, d'avoir été annoncée par ses apôtres , et d'être gouvernée par des chefs et des pasteurs qui descendent d'eux par une succession légitime et non interrompue. C'est ce que déclare saint Paul quand il écrit auxEphésiens : Ipse dedit quosdam quidcm apontolos... alios autem pastores et doctores, ad consummalioneni sanctorum in opiis ininistcrii, in œdiftcatiunem corporis Chrisli {Cap. IV). Or ces marques et ces caractères ne peuvent se trouverque dans l'Eglise romaine, où on ne peut nier que ceux qui la gouvernent ne tirent leur origine immédialementdes apôtres, comme l'atteslint saint Cyprien, saint Jérôme, saint Augustin, et avant eux saint Irénée, qui écrit : Per JRomœ fundatœ Ecclesiœ eam , quam habet ab aposcolis, Iradilionem et fidem, per successionem episcoporum provenientem usque ad nos, confundimus omnrs eos, qui per cœcitalem et malam conscientiatïi aliter quam oporlet colligunt {Lib. 111, cap. 3). TertuUien dit la même chose ( Lib. de prœscr., cap. 20 ). Une société chrétienne, dit-il, qui ne pourrait pas prouver qu'elle est la première , devrait au moins prouver, pour établir la légitimité et la vérité de sa foi, qu'elle doit son origine à quelqu'un des apôtres. C'était là ce qui attachait fortement saint Augustin à 1 Eglise romaine, et ce qui le contirmait dans l'opinion qu'elle était la véritable Eglise de Jésus- Christ : Tenet me, disait-il, in ipsa Ecclesia, ab ipsa sede Pétri usque ad prœsentem episcopatum, successio sacerdolum {Epist. fundamenti, cap. k, n. 5). Ainsi la constante et perpétuelle succession des pontifes depuis saint Pierre jusque à notre temps , prouve avec évidence que l'Eglise romaine est la véritable Eglise de Jésus-Christ.
Mais, dira-t-on, l'Eglise romaine a ajouté en plusieurs temps aux premiers dogmes de la foi, des articles qui d'abord n'étaient pas
de foi. Il s'en suit donc qu'elle n'a pas élé! toujours uniforme dans ses dogmes. Je ré ponds que définir dans le cours des temps des articles, qui d'abord n'étaient pas définis, n'empêche pas (qu'elle n'ait été uniforme dans sa foi; cela ne fait pas qu'elle ait changé de dogmes , cela prouve seulement que parfois, d'après les Ecritures et d'après la tradition, elle a déclaré de foi ce qui n'était pas déclaré, mais ce qui était de foi avant d'être déclaré tel.
Il est certain que l'Eglise romaine est la première et la seule que Jésus-Christ ait fondée. Si quelqu'un le nie , qu'il dise quelle autre Eglise peut se vanter de cette origine. Cela est même plus clair par la séparation des sectes hérétiques , puisque c'est précisément parce qu'elle n'a pas voulu admettre leurs doctrines nouvelles qu'elles s'en sont séparées. Toutes les sociétés qui ne sont point en communion avec l'Eglise romaine , celle d'Arius, celle de Neslorius, et d'autres semblables, et en particulier la religion dite réformée , sont sorties de l'Eglise romaine. Donc celle-là est la véritable Eglise de Jésus-Christ , toutes les autres sont fausses : Ex hoc ipso (écrit saint Jérôme) quod poslea instituti sunt, eos se esse judicant, quos apostolus futures pronuntiavit, c'est-à-dire de faux prophètes et de faux docteurs.