SUITE DE LA MÊME MATIÈRE
Il faut dire maintenant à ces nouveaux docteurs en matière de foi, ce que disait TertuUien aux novateurs de son temps : Qui estis vos ? quando, et unde? {De prœscript., cap. 37). Dites-nous, Luther, Zuingle, Cfilvin, Socin , d'où êtes-vous et d'où venez-vous? vous étiez autrefois de l'Eglise romaine. Qui vous a envoyés de là pour prêcher les nouvelles doctrines que vous avez répandues? L'Apôtre dit que personne ne doit prêrher s'il n'en a reçu légitimement la mission : Quomodo prœdicabunt, nisi mittantur?
11 y a à la vérité deux sortes de missions. Il y a cette mission extraordinaire qui est accompagnée d'une grande sainteté de vie et qui est prouvée par le don des miracles. Telle fut cellede saint Paul, qui à ce sujet écrit : Tametsi nihil sum, signa tainen apostolatus mei facta sunt super vos in omni patientia, ne signis et prodigiiset virtutibus {Il Cor., XII, 12). Telle devait être la mission des chefs de ces l'ouvelles sectes ennemies de l'Eglise romaine. Ils devaient prouver leur caractère par une grande sainteté de vie et par des miracles. Quant à la sainteté de vie, nous voyons que les hérésiarques et spécialement ces fondateurs des sectes du Nord, ont mené une vie indigne non-seulement des chrétiens, mais qui n'était pas convenable à des hommes; c'est ainsi qu'ils enseignent à vivre aux autres hommes ! Quant aux miracles, Erasme dans son traité du Libre arbitre disait d'eux : Ln quibus nec est sanctimonia, nec miracula. ut qui nec caudam quidem equi sanare queant. Luther en a fait un à Vittemberg qui est célèbre. 11 est raconté par Frédéric Stafil qui l'a
*SS DEMONSTRATION ÉVANGÈLIQUE. LIGUORU
VU de ses propres yeux et qui y fut présent ,
î car il avait été d'abord luthérien, et il a em-
i brassé ensuite la foi catholique. Voici comme il le raconte dans son écrit intitulé : Respon- Sîo contra Jac. Smideiin.. pag. kOk : Une fille de Misna possédée du démon fat menée à Luther pour qu'il la délivrât. Il la fit conduire dans la sacristie de l'Eglise, et il commença V exorcisme, non comme on le fait dans V Eglise catholique, mais à sa manière. Le démon nonseulement ne voulut point lai obéir, mais il le remplit lui-même d'une telle épouvante qu'il chercha avec précipitation à sortir de ce lieu. L'esprit malin lui ferma la porte. Luther courut à la fenêtre pour essayer de sortir par là, mais il lu trouva fermée par une grille de fer. Enfin on trouva moyen de nous faire passer une hoche de dehors. Comme j'étais le plus jeune et le plus robuste, je m'en saisis, je fis une ouverture dans la porte, et nous sortîmes tous par là. Calvin en fit aussi un , mais qui eut un résultat bien plus funeste. C'est Jérôme Bolzech qui le rapporte [In Vita Calvini., cap. XII). Un homme nommé Bruléo qui était pauvre, s'adressa à Calvin qui lui promit de le secourir, pourvu qu'il consentît à faire une chose qu'il exigeait de lui: c'était de faire le mort, pour se relever ensuite à sa voix et montrer par là qu'il l'avait ressuscité. Ce pauvre homme y consentit, mais qu'en arriva-t-il ? Cldvin lui cria : Bruléo, au nom de Jésus- Christ, lève-toi; le malheureux ne fit aucun mouvement. Calvin réitéra son commandement, Bruléo demeura encore sans mouvement. Enfin sa femme vint, le secoua et trouva qu'il était véritablement mort. Elle se mit alors à pleurer, à pousser des cris, et commença à raconter le fait comme il s'était passé. Puis donc que la mission de ces nouveaux fondateurs de religion, n'a pas été une mission extraordinaire prouvée par la sainteté de leur vie et des miracles, ils devraient prouver au moins que leur mission est de celles qu'on nomme missions ordinaires, qui ont lieu, quand le pape ouïes évêques dans l'étendue de leurs diocèses, envoient des prédicateurs annoncer la parole de Dieu et propager la foi parmi les peuples. Mais comment ces novateurs pourraient-ils prendre ce caractère, eux qui se sont séparés des évêques et du chef de l'Eglise romaine pour enseigner et établir une religion nouvelle tout opposée à celle de l'Eglise romaine? Si donc il est vrai, pour répéter ce que nous avons déjà dit, que l'Eglise romaine ait été la première fondée par Jésus-Christ et prop;igée par les apôtres, et que toutes les autres sectes qui en sont séparées soient sorties de son sein, il faut convenir que ces sectes sont toutes sehismatiques et que la seule Eglise romaine est. celle de Jésus- Christ.
Oui, disent les protestants, l'Eglise romaine a été la véritable Eglise pendant un temps, mais elle a été altérée depuis trois ou quatre siècles, ou, depuis cinq , comme disent d'autres; elle est tombée dans des erreurs, et ainsi elle s'est pour ainsi dire , éteinte; et Luther l'a rétablie. Voici comment s'exprime l'héré-
tique Gérard : Certum quidem est Ecclesiam antiquam primis quingentis annis veram fuisse et apostolicam doctrinam tenuisse{de Eccles.i c. Il, sect. 6). Nous répondons que la véritable Eglise ne peut se tromper, comme l'assurent les Ecritures en tant de lieux. Notre rédempteur dit à saint Pierre: Et ego dico tibi, quia tues Petrus, et super hanc pet ramœdificabo Ecclesiammcam. et portœ Inferi non prœvalebunt adversus eam{Matt., XVI, 18). Une autre fois il lui dit -.Egoautem roqavi pro te ,ut non deficiat fides tua [Luc, XXII , 32). Il dit à tous à tous ses dieiples : Et ecce ego vobiscum sum omnibus dicbus , usque ad consummnlionem seculi [Malt., XXVIII, 19). L'apôtre saint Paul écrit que l'Eglise de Dieu est la colonne et la base de la vérité : Scias quo modo oporteat te indomo Dei conversari, quœ est Ecclesiœ Dei vivi columnaet firmamentunuDeritatis [l Tim., III, 15). Or, si l'Eglise fondée par Jésus- Christ ne peut pas selon ses promesses être ab.îttue parles puissances de l'enfer; si le Rédempteur la soutient, et il la soutiendra jusqu'à la On du monde; si elle est la colonne et la hase de la vérité ; si enfin elle ne peut pas être anéantie; comme l'Eglise romaine a été la première fondée par Jésus-Christ, ayant été vraie une fois, on doit conclure qu'elle a été et qu'elle sera toujours vraie. C'est avec cet argument que saint Augustin [Conc. II, Sup. psalni. CI) a réfuté les donatisles, qui prétendaient aussi dans leur temps que la foi de l'Eglise avait été altérée.
C'est faire uneohjectionsans aucunevàleur de nous dire que l'Eglise a failli, et est tombée dans l'erreur au temps des conciles de Rimini et de Sirmium , où l'on prétend que les évêques aussi bien que le pape Libère tombèrent dans l'hérésie d'Arius en souscrivant la formule que leur présentèrent les Ariens. Il n'est pas vrai qu'ils soient tombés dans l'hérésie. Voici comment le fait s'est passé. Saint Athanase, saint Hilaire, saint Jérôme, Sulpiee-Sévère, etThéodore en font mention. Ou présenta à souscrire à Libère et aux évêques catholiques la formule de foi de Su-mium, dans laquelle, quoiqu'il n'y eût on effet aucune erreur (puisqu'il y est exprimé que le Fils n'est pas une créature comme les autres) il manquait néanmoins l'expression du concile de Nicée , que le Fils est consubtantiel au Père et vrai Dieu comme le Père; et ce fut là l'artifice au moyen duquel Valens, chef des Ariens, porta le pape et les autres évêques catholiques à souscrire la formule, promettant frauduleusement qu'on y ajouterait ensuite toutes les expressions qui seraient jugées convenables. D'après celle promesse, et aussi pour se délivrer des mauvais traitements que les ariens , et spécialement l'empereur Constance, leur faisaient souffrir à Rimini , Libère et les évêques catholiques souscrivirent le formulaire. 11 est vrai qu'en cela ils se rendirent coupables de négligence et de faiblesse ; mais il est faux qu'ils soient tombés dans l'hérésie d'Arius. Cela est si faux qu'après avoir reconnu leur faute, ils protestèrent publiquement par des manifestes n'avoir jamais eu l'iatentioa de s'écarter de la
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VÉIUT»? DE LA FOI
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foi de Nîcée, principalement Libère, qui révoqua expressément ce qu'il avait souscrit.
Que les hérétiques disent ce qu'ils voudront, ils ne pourront jamais nier que si la foi catholique a é(é vraie une fois, d'après los promesses de Jésus-Christ, elle ne peut jamais cesser de l'être.
Forcés par cet argument, ils ont imaginé de dire que c'est l'Eglise visible qui a failli, mais non pas l'Eglise invisible, prétenJant que l'Eglise n'est que la réunion et l'ensemble des prédestinés, selon l'expression des calvinistes , ou celle des justes , comme le veulent les confessionnistes. Mais premièrement il faudrait prouver cette assertion, et c'est ce qu'ils ne font pas. Le père Pichler dit dans sa Théologie dogmatique que Jean-Baptiste Croffius a écrit dans un petit ouvrage donné au public en 1695, qu'il avait prié plusieurs fois des prédicants d<> lui indiquer quelque passage de l'Ecriture où il fût question de cette Eglise invisible, et qu'il n'avait pu l'obtenir. Combien n'est-il pas clair au contraire par l'Evangile que l'Eglise ne peut pas élre invisible? Nonpotest abscondi civitas supra monlem posita {Mattfi,, cap. V). De même, dit le Seigneur, qu'une cité bâlio sur une montagne ne peut pas élre cachée aux yeux des passants, de méaie l'Eglise ne peut pas être cachée aux yeux des hommes (jui vivent sur la terre. Comment Jésus-Christ pouvait-il parler plus clairement? Le même Sauveur dit encore à saint Pierre : El tibi dabo claves regni cœlorum, et quodcunqiic li~ gaveris super terrain, erit Ugaium et in cœlis. et quod solveris super terrain, erit solulum et in cœlis {Matth., XVI, 18). Quelque chose qii signiGent ces mots lier et délier, ou l'absolu tion sacramentelle, comme l'entendent les ca tholiques.ou les censures ou la prédication, comme le prétendent les hérétiques, il faudra toujours des ministres extérieurs de l'Eglise visible pour faire l'œuvre qu'ils expriment. Ainsi, comme l'écrit M. Bossuet, dans sa conférence avec RL Claude, qui a été impri mée , la véritable Eglise de Jésus-Christ es» celle qui confesse publiquement Jésus-Christ, et qui porte publiquement les clefs du Ciel.
11 a éié et il sera toujours nécessaire que l'Eglise soit visible , afin qu'en tout temps chacun puisse apprendre les vérités de la foi des pasteurs ecclésiastiques, recevoir les sacrements et avoir des guides pour retrouver la bonne voie si on s'était égaré. Autrement, s'il était un t(>mps où l'Eglise fût invisible et cachée, à qui les chrétiens poutraient-ils s'adresser pour savoir ce qu'ils doivent croire et ce qu'il.s doivent pratiquer pour parvenir au salut? Quomodo credent et (dit saint Paul} quemnonaudierunl? Quomodo aulem audient, sine prœdicante ( Rom., X, 14j? De plus, le même apôtre écrit aux Hébreux : Obedite prœpositis vestris , et subjacete eis ; ipsi enini pervigilant , quasi rationem pro animabas vestris reddituri {Héb., XIII, 17). Or cora- I ment les Odèies pourraient-ils obéir à leurs pasteurs, si l'Eglise était cachée, et qu'ils ne pussent pas connaître ces pasteurs ? Le même apôtre a écrit encore que le Seigueur a placé
visiblement des pasteurs et des docteurs dans son Eglise, afin que nous ne puissions point être trompés par les faux docteurs qui pourraient nous enseigner des erreurs. Et ipse dédit quosdam nposlolos....alios autem pastores et doclores.... utjam nonsimtis parvuli fluctuantes et non circumferamur onmi vento doctrinœ in nequitia hominnm, in astiida ad circumventionem erroris {Ephrs., IV, 11).
Des protestants répliquent qu'il n'est i-as nécessaire de recourir aux ministres de l'Eglise pour comprendre les véritables dogmes de la foi, puisque toutes les vérités que nous devons croire se trouvent dans les Ecritures. On répond premièrement: Sans l'autoriléde l'Eglise, qui nous fera connaître les véritables Ecritures? combien d'Ecritures ont déjà été déclarées fausses et apocryphes ? Les Evangiles de saint Paul , de saint Pierre, de saint Thomas, de saint Mat hias; le Psaume CLI, le troisième et le quatrième livre des Machabées, la prière du roi Manassés, et d'autres semblables écrits ! Luther rejette le livre de Job, rEcclésiaste , l'Epîlre de saint Paul aux Hébreux, et celle de saint Jacques. Calvin, au conlraire, admet toutes ces pièces et les reconiiaît pour divines et pour vraies. Et puis, supposé que les véritables Ecritures soient connues, qui nous assurera de leur véritable sens? Luther prend ces paroles du sacrement de l'eucharistie : Hoc est corpus meum , dans le sens positif et comme exprimant ia présence réelle du corps de Jésus- Christ ; Zuingle et Calvin , au conlraire , les prennent d;tns un sens figuré, et ils sont aussi opposés sur beaucoup d'autres points, comme nous avons déjà vu, malgré toutes les prétentions , toutes les vanleries de ces novateurs de fonder leur doctrine sur les divines Ecritures. Comment pourrons-nous donc conn litre toutes les vérités de la foi, s'il n'y a point d'Eglise qui nous explique le sens de ces Ecritures, qui sont obscures dans plusieurs endroits?
Les hérétiques répliquent que chaque homme reçoit du Saint-Esprit les lumières qu'il lui faut pour entendre le véritable sens des Ecritures. Nous répondons à noire tour: Si toute la primitive Eglise, comme le disent ces novateurs, a pu se tromper dans linterprétation de ces Ecritures , combien plus aisément chaque homme peut-il se tromper dans son interprétation particulière? et puis qui rendra chacun certain qu'il ne s'est point trompé dans l'interprétation ? Comme nous l'avons dit plus haut, Luther croit à la présence réelle du corps de Jésus-Christ dans l'eucharistie , d'après ces paroles : Hoc est corpus meum. Calvin et Zuingle condamnent cela comme une idolâtrie. Tous les hérétiques ont fondé leurs erreurs par de fausses interprétations sur les diviiies Ecritures , mais la sainte Eglise , qui est le vrai maître de la foi, et qui est éclairée par le Saint- Esprit, les a tous condamnés pour leurs hérésies. C'est pour cela que saint Augustin ■disait : Evangelio non crederem, nisi me cntholicœ Ecclesiœ commoveret aucloritas {Lib, contra epist. Manich., cap. V).
OEiJO.NSTRATJON EVANGiiLIQUE.LIGUORI
Les dogmes ilcla foi doivent être certains, et comme à leur sujet il peut naître mille doutes dans l'esprit des fidèles, le Seigneur a établi dans la sainte Eglise un juge infaillible, c'est le vicaire de Jésus-Christ, le souverain pontife de l'Eglise romaine , pour définir avec une certitude infaillible, soit par lui-même , soit par les conciles qu'il approuve, les véritables dogmes de la foi , les erreurs qu'il faut réprouver et tracer aux fidèles des règles invariables pour connaître ce qu'ils doivent croire et ce qu'ils doivent pratiquer. Ces règles si faciles et si sûres, les hérétiques ne les ont point, puisqu'ils n'ont point de juge infaillible, au sentiment duquel ils doivent soumeitre leurs opinions particulières pour rinter|)rét<ition des divines Ecritures, dont ils veulent faire leur règle de foi. De là vient que dans leurs synodes nationaux ou provinciaux qu'ils assemblent pour résoudre les doutes et les questions qui les agitent, ils sont cl demeurent toujours divisés. Monseigneur Bossuet, dans son ouvrage précité sur sa conférence avec M.Claude, écrit que dans le livre de la discipline de la religion prétendue réformée , on trouve deux actes dans le premier desquels on lit : que les questions sur la doctrine seront tcrmimées dans le consistoire en se servant de la parole de Dieu, si cela se peut ; que lorsque cela ne se pourrait pas faire, l'affaire sera vortée au colloque , de là au synode provincial, et en dernier ressort au synode national, où la difficulté sera résolue par la parole de Dieu. Et que si qiielqu'un refuse de se soumettre en tous les points aux décisions de ce synode, en abjurant expressément ses erreurs, il sera séparé de la communion de VEqlise. Le second de ces actes est la condamnation des indépendants, qui prétendaient que ( haque Eglise devait se gouverner elle-même sans être sujette à aucun autre pouvoir. Cette opinion fut condamnée dans le synode de Charenton, comme préjudiciable à la véritable Eglise, et donnant la liberté de former autant de sectes que de paroisses. Ainsi donc, comme le dit avec raison M. Bossuet, les protestants eux-mêmes reconnaissent cette vérité, que la parole divine toute seule ne suffit pas pour assurer la foi des chrétiens, mais qu'il est nécessaire de recourir et de s'assujettir au jugement de l'Eglise pour reconnaître le véritable sens des Ecritures. Autrement on laisserait toujours le champ libre aux -novateurs , pour établir autant de religions, ou pour mieux dire de sectes, qu'il y a non-seulement de paroisses, mais même de têtes.
Il suit de là que les hérétiques n'ayant point de moyens pour connaître avec certitude le véritable sens des Ecritures, ne sauraient avoir de règle de foi qui soit certaine; aussi il arrive que les réformateurs évangéliqucs n'ont jamais pu être d'accord nonseulement avec les chefs des autres Eglises prétendues réformées, mais encore avec euxmêmes. C'est pourquoi le célèbre PuflVndorf, qui était proleslant, fait cet aveu : « Combien le sort des catholiques est-il plus heureux
que celui des protestants, puisqu'ils reconnaissent le pape pour chef ou la tête de l'Eglise ! Les protestants , au contraire , privés de cette tête, nagent pour ainsi dire dans une mer d'incertitudes , honteusement divisés. Chaque Etat administre tout à sa guise dans les choses de la foi : » Pontificiorum melior est conditio quam protestantium; illi ponti— ficem Ecclesiœut caput omnesaqnoscunt; protestantes contra, capite destituti, fluctuant fœde larerati et discerpti. Ad suum unaquœque respublica arbitrium omnia administrât et moderatur {De Mon. Pont., paq. 134). Un docte auteur (i*«7c/(er., Theol. dogm., conlrov. 3, de Ecctes. in prœf. ) dit sagement à cause de cela que, pour convaincre les hérétiques, il n'y a pas de moyen plus court et plus certain que de leur faire voir qu'ils sont hors de l'Eglise et qu'ils n'ont ni ne peuvent avoir aucune règle de foi : parce que, cela prouvé, la fausseté dé leurs dogmes condamnés par l'Eglise catholique se trouve prouvée. Pour finir sur ce point, et resserrer notre argument, nous leur dirons : Ou l'Eglise catholique a pu errer, ou elle ne l'a pu ; si elle n'a pu errer, c'est donc faussement qu'ils disent qu'elle a erré; et si elle a pu errer, il faudra qu'ils indiquent un juge infaillible qui nous instruise des vérités qu'il faul croire et des erreurs qu'il faut repousser. Celte autorité infaillible ne peut pas être l'Ecriture , puisqu'elle peut avoir plusieurs sens, et que s'il n'existe point déjuge (jui en définisse infailliblement le véritable sens, il pourrait se former autant de religions différentes qu'il pourrait naître d'opinions sur ce sujet parmi les hommes. Ainsi donc, sans ce juge infaillible, qui est le pontife romain, il ne pourrait y avoir au monde ni vraie foi ni véritable Eglise.
Le calviniste Jurieu, voyant qu'il ne pouvait nier celte vérité, que la véritable Eglise de Jésus-Christ ne peut pas se trouver au sein d(<sEgliscs séparées de l'Eglise romaine, qui est la plus ancienne, a imaginé un nouveau système qui a été particulièrement adoplé par les sectes calvinistes. Il prétend qu'il suffit pour n'être pas séparé de l'Eglise, d'admettre les articles fondamentaux de la foi , et que foutes les sociétés qui sont d'accord sur ces articles, non-seulement ne sont point hors de l'Eglise, mais qu'elles forment l'Eglise elle-même. De même , dit-il, qu'il y a dans l'Eglise romaine diverses écoles qui sont divisées d'opinions sur certains points, celle des thomistes, celle des scotisles, celle des augustinicns et d'aulres , et qui cependant professent la même foi ; de même, quoique parmi nous la discipline et les canons ne soient pas partout les mêmes , nous ne laissons pas que de faire une seule Eglise, puisque nous professons la même foi. Nous répondons que, quoique parmi les catholiques il y ait diverses écoles qui sont divisées d'opinions, ces opinions ne portent que sur des points qui n'ont point été arrêtés par l'Eglise, et que toutes se rangent aux mêmes j)rincipes , dès qu'il s'agit des dogmes ou des principaux articles de foi qui ont été définis.
VÉRITÉ DE LA FOI
Par exemple, toutes les écoles conviennent de la nécessité de la grâce dans loulc bonne œmre, de l'intégrilé du libre arbitre dans rhomine, parce que ce sont là des articles de foi. Mais quand il s'agit ensuite de savoir si la grâce est efficace par elle-même, ou si elle l'est par la prévision de la libre coopération de l'homme ; quand il s'agit de savoir si cette efficacité est dans la prédétermination physique, dans la force relative ou dans la force morale de l'élection, ce sont là des questions où il peut y avoir controverse, n'étant pas encore décidées par l'Eglise, et qui ne s'opposent pas à la foi.
Sachons néanmoins quels sont ces articles de foi que le ministre Jurieu regarde comme fondamentaux. H ne les explique point ou les explique trop confusément : Un arlicle fondatnmtal , dit-il, est celui d'où dépend la ruine de Dieu, et la destruction des dernières fins de l'homme. D'après cela, tout ce qu'on peut tirer de ses écrits, c'est qu'il y a quatre articles fondamentaux, qui sont le mystère de la Trinité, celui de l'Incarnation , la récompense des justes, et le châtiment des pécheurs après la mort. Mais outre ces quatre articles fondamentaux, nous soutenons que tous les autres réglés par l'Eglise doivent, comme articles de foi, être crus comme tels par les fidèles et trouver en eux la même adhésion ; et toutes les sectes qui ont voulu les rejeter, et qui sur ces points ont été en opposition avec l'Eglise, ont été toujours regardées comme séparées de l'Eglise. Cela est prouvé par les conciles, et piincipalemenl par le premier concile de Nicée ( Can. Vlll), par le premier concile de Consianlinople {Can. VI ), et par le deuxième de Conslantinople [Act., 111). C'est d'après ce principe et cette règle que le pape saint Victor sépara de l'Eglise romaine les asiatiques , appelés quartodecimains , qui voulaient célébrer la pâque le quatorzième jour de la lune de mars ', ou le dimanche d'après. Dans le deuxième concile de Carlhage on condamna les novateurs qui soutenaient que les chrétiens qui avaient eu la faiblesse de renoncer à la foi pendant les persécutions, ne pouvaient plus rentrer dans l'Eglise. Dans le deuxième concile de Constanlinople, on sépara de l'Eglise ceux qui soutenaient que les âmes sont créées avant les corps {Can. I ), et ceux qui disaient que les cieux et les étoiles étaient animés ( Can. VI). Outre cela, nous lisons dans l'Evangile de saint Mathieu {Cap. XVIII) : Si Ecclesiam non audicrit, sit tibi sicut ctknicus. Il sulfit donc, pour être hors de l'Eglise, de ne vouloir pas adhérer aux décisions de l'Egiise. L'Eglise, dit saint Paul, n'étant qu'un seul corps, ne doit avoir qu'un seul et même esprit {Eph., IV).
Mais, dit Jurieu, distinguer les articles fondamentaux de ceux qui ne sont point fondumentaux, est une chose difficile et qui présente des questions épineuses; et de plus, il ajoute qu'il n'appartient pas à l'Eglise de déterminer quels sont les articles fondamentaux : ils sont tels par leur nature. Mais nous demandons qui définira quels sont les articles qui sont
fondamentaux , et quels sont ceux qui ne le sontnoint? Est-ce par hasard que chacun a le droit de le détermin(>r d'après sa manière de sentir particulière? Mais, s'il en est ainsi, combien n'y aura-t-il pas de divergences et de diversité d'opinions? 11 y en aura mille, et il se formera autant d'Eglises qu'il y aura d'opinions difîérentes sur chaque arlicle. Non, répond Jurieu, il n'appartient à personne de déterminer qnels sont les articles de foi qui sont fondamentaux, puisqu'ils sont tels de leur nature. Mais s'ils sont tels de leur nature, pourquoi dit-il donc que c'est une chose difficile et qui présente des questions épineuses, que de distinguer les articles de foi qui sont fondamentaux de ceux qui ne le sont pas? Et qui nous (Séfinira quels sont ces articles qui, par leur nature, sont fondamentaux? Ou ils sont manifestes par eux-mêmes, ou ils ne le sont point : s'ils sont manifestes, ils ne peuvent pas présenter des questions difficiles et épineuses; s'ils ne le sont point, ils ont besoin d'être définis.
On voit par tout ce que nous venons de dire combien est insuffisant le nouveau système imaginé par Jurieu, système nouveau pour les protestants eux-mêmes qui, avant que ce ministre leur eût appris cet artifice, étaient si loin de prétendre être unis encore à l'Eglise roîuaine, qu'ils se faisaient un point d'honneur d'en être séparés, prétendant que depuis quatre ou cinq siècles elle était devenue une Eglise adullère, remplie d'erreurs et d'idolâtries e< l'Eglise de l'anlechrist. De plus, comment M. Jurieu peut-il dire que les Eglises réformées ne sont qu'une seule et même Eglise (jui professe partout la même foi , lorsqu'on sait que les théologiens de Zurich, dans la préface apologétique adressée à ces Eglises en 1578, se plaignent du grand nombre de controverses qu'il y avait parmi les réformés au sujet des articles fondamentaux , tels que la personne de Jésus-Christ, l'union et la distinction des deux natures divines et humaines, et autres semblables? Ils ajoutent même que ces discordes étaient venues à un tel point que beaucoup d'anciennes hérésies, qui avaient été autrefois condamnées, avaient reparu parmi eux. Voici leurs paroles : Tanlo furore contenditur , ut non paucœ veterum Itœrcses, quœ olim damnatœ fuerant , quasi ab inferis revocatœ eaput attollant. De plus, le protestant Jean Sturm, pariant aussi de ces discordes qui déchirent leurs Eglises, dit encore : Prœcipui articuli in dubium vacant ur, mullœ hœreses in Ecclesiam Cliristi invehuntur , plana ad atheismum paralur via. Et véritablement cet auteur ])eut être appelé prophète, puisque aujourd'hui une bonne partie des prolestants sont tombés dans l'athéisme, comme on peut le voir dans les livres qu'ils jettent continuellement dans le public. Avec le temps les germes ont produit leurs fruits ; les protestants, ayant reconnu la fragilité de leurs systèmes et de leur doctrine, ont fini par rejeter toute maxime de foi et par tomber dans ralhéi>me et le matérialisme en soutenant que tout est matière. D'erreur en erreur , ils sont venus
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jusqu'à dire qu'il n'y a point de Dieu, que nous n'avons point d'âme et qu'après celte vie il n'y en aura point d'autre. Ils cherchent par là à se délivrer de tout remords dans la vie t lute brutale qu'ils mènent. Mais ils ont beau se tourmenter, quelques efTorls qu'ils fissent, ils ne parviendront jamais à s'en affranchir enlièremont. Le plus qu'ils puissent faire, c'est de douter s'il y a un Dieu et une vie éternelle; ils ne pourront jamais se persuader pleinement qu'il n'y en a point, parce que la raison naturelle même nous apprend qu'il y a un Dieu créateur de toutes choses et juste rémunérateur de la vertu, et que nos âmes sont immortelles. Les malheureux 1 ils cherchent le repos de leur conscionoc en doutant s'il y a un Dieu qui puisse leur reprocher et punir leurs iniquités. Mais ils ne le trouveront jamais. Le seul doute qu'ils conservent suffira pour faire leur tourment et nourrir dans leur âme la crainte des Ten^jeances célestes de Dieu.
Mais retournons à notre sujet. On a vu par les paroles mêmes des novateurs que les principaux points de la foi sont mis en doute par les réformés. En effet , coivmie le dit le cardinal Golti dans son savant ouvrage (La vera Cldcm, cap. 8, § 1 , num. 9), les luthériens rcconnai-^sent une seule personne en Jésus-Christ. Calvin et Bèze en reconnaissent deux, en se conformant en cela à l'erreur de Nestorius. Luther cl ses disciples prétendent que la nature di\ine elle-même souffrit et mourut en Jésus-Christ. Mais lîèzc repousse justement cet exécrable blasphème. Calvin fait Dieu auteur du péché, les luthériens au contraire regardent cela comme un blasphème. Luther dit que Jésus-Christ,' rnêmecomme homme, est en tous lieux. Zuingle et Calvin ne le veulent pas. Luther dit que les enfanis qui meurent sans baptême sont sauvés; Calvin le nie. Luther n'admet que trois sacrements: le baptême, l'eucharistie, la pénitence. Calvin admet le baptême et l'eucharistie, et rejette la pénitence ; ensuite il admet l'ordre, que Luther n'admet pas. Zuingle de son côté rejette la pénitence aussi bien que l'ordre, et n'admet q\ie le baptême et reucharistic. De plus, Lulher avoue qu'on doit lidorcr la présence réelle de Jésus-Christ dans l'eucharistie ; Calvin appelle cela une idolâtrie. Méianchlhon,auquel se réunit ensuiteLuther, dit que les bonnes œuvres sont nécessaires pour être sauvé. Les calvinistes soutiennent opinâtrément le contraire. Or je demande maintenant:c(imment ces articles ne seraientils point fondamentaux, puisque d'après les réformateurs eux-mêmes, les croire ou les nier, i)eut nous perdre ou peut nous sauver, nous rendre fidèles ou idolâtres? Il faut donc convenir que les sectes évangéliques, en se divisant sur ces articles, tombent nécessairement dans l'erreur au sujet des points fondamentaux de la foi, et par conséquent sur les moyens nécessaires pour arriver au salut. Calvin appelle les luthériens des faussaires, des impies, des calomniateurs et par-dessus tout cela des idolâtres, parce qu'ils adorent jésus-Christ dans l'eucharistie. Par la même
raison, Zuingle, d'après l'ouvrage cité du cardinal Gotli, appelle Luther un séducteur qui nie Jésus-Christ. Lulher de son côté appelle les Zuingliens et les autres sacramentaires des sectes damnées , des blasphémateurs et de plus, d(s hérétiques: Jtfcprenros, dit-il , ccnseniHs omnes sacrdmcnlarios qui neganl corpus Chrixti, ore carnoli sumi in Eucharislia (apudOspin., part.'i-.Hist. sacr., pag. 326).