SIXIÈME PREUVE. — I.A CONSTANCE DES MARTYRS
La constance des martyrs est une preuve plus admirable encore que celle des miracles, parce que les miracles sont des effets de la puissance de Dieu, opérés par Dieu même dans les créatures. Mais cette constance que gardent les martyrs , et cette victoire qu'ils remportent snr la douleur, sont des effets que Dieu produit par des créatures faibles, des hommes, de jeunes vierges, et même des enfants; une Agnès de treize ans, un saint Prisquo du même âge , un saint Venaize , un saint Agapite de quinze ans, un saint Vite, un saint Celse encore plus jeune ; tant d'autres jeunes martyrs qui, déchirés par des ongles de fer , couchés sur des grils ardents, tourmentés dans les flancs avec des tisons, brûlés sur la tête par des casques rougis au feu, ont surmonté la cruauté des hommes et la rage des démons. Les empereurs romains s'épuisèrent et se lassèrent pendant des siècles pour abolir la foi de Jésus-Christ dans le monde. Le nombre des martyrs fut si grand, que, pendant la persécution de Dioclétien , qui fut la neuvième, il y eut, en un seul mois, dix-sept
VÉRITÉ DE LA FOI
( mille chrétiens qui furent mis à mort, et dans la seule Egypte , pendant cette même persécution, il en périt cent quarante-quatre mille ; sept cent mille autres furent envoyés en exil. Il y eut un édit promulgué dans tout l'empire, qui autorisait quiconque le voulait à ôter la vie à tout chrétien, comme il le jugeait à propos. Le carnage fut si grand pendant les dix persécutions, que d'après Génébrard (m psalm. LXXVIII), le nombre des martyrs s'élève à onze millions. Ce qui ferait trente mille par jour, l'un portant l'autre. Toutes ces barbaries, bien loin d'épouvanter ceux qui restaient, ne faisaient qu'accroître la soif qu'ils avaient de mourir pour la foi. Tibérien, gouverneur de la Palestine , écrivait à l'empereur Trajan qu'il n'y avait point assez de bourreaux pour donner la mort à la foule des chrétiens qui s'offraient volontairement à mourir pour Jésus-Christ : ce qui Qt que Trajan donna un édil qui ordonnait de laisser quoique temps les chrétiens en paix. Or, disons-nous, si la foi de ces martyrs, qui est la même que la nôtre, n'avait pas été la véritable, si Dieu ne les avait pas soutenus par ses secours divins , comment auraienl-ils pu résister jusqu'à la mort à tant do tourments? Les scctos se vantent aussi d'avoir leurs martyrs, mais voyons les faits. Le martyre, comme l'enseigne l'Ange de l'école, consiste à perdre la vie pour confesser la vérité ou soutenir la justice. Martyres veros (écrit saint Augustin) , non pœna facit, secl causa (Epist. 167). Los plus grands tourmenis no font point un martyr. Mourir pour la vérité de la foi ou pour la justice , voilà ce qui fait les véritables martyrs. Les mahométans mettaient au nombre de leurs martyrs les soldats qui sont morls dans les combats pour ravir le bien d'aulrui. Le bel acte de justice I Les novateurs regardent comme martyrs ceux qui ont été condamnés à mort comme hérétiques. Mais c'est là de l'obstination et non de la constance. Ils sont en petit nombre, et la plupart du bas peuple , des ignorants trompés par des séducteurs. L'Eglise catholique , au contraire, compte pour martyrs , un grand nombre de nobles, des consuls, des patriciens, dos généraux d'armées , des évêques , dos pontifes , des sénateurs et des monarques. De plus, nos martyrs avaient mené jusqu'à leur mort une vie sainte et chrétienne, et les tyrans ne pouvaient leur reprocher d'autre crime que d'être chrétiens, tandis que les faux martyrs dos hérétiques, et particulièrement ceux des anabaptistes et des adamites, qu'on vante le plus pour leur courage, étaient dos hommes pleins de vices et d'ordures, qui admettaient la communauté des femmes et d'autres semblables abominations, d'où il suit que leur constance ne peut pas être réputée de la constance, mais une opiniâtre et aveugle fureur qui leur était inspirée par le dé.-iion dont ils étaient possédés : Diabolo possidenle , non persequente, comme l'écrit saint Augustin dos hérétiques de son temps, qui allaient comme des chiens se jeter dans les fleuves et dans les précipices. Ces hérétiques opiniâtres qui ont été condamnés à mort par la justice ,"ne.j
sont pas morts, comme les martyrs chrétiens,, avec des démonstrations de joie, et en chantant les louanges du Seigneur, mais avec des transports de rage et de fureur, qui faisaient frémir ceux qui les voyaient, preuve évidente que leur résignation ne venait pas de Dieu , mais des seules instigations du démon , qui peut bien donner la témérité de braver la mort, mais qui ne peut pas donner le courage de la souflrir avec patience et avec tranquillité. Le malheureux Michel Servel qui, pour avoir tenté de renouveler l'arianisme , fut condamné au feu à Genève , entra dans une telle fureur qu'il mugissait comme un taureau irrité. Il demanda , par pitié , à ses juges, un couteau pour se tuer lui-même, mais il ne put l'obtenir.
Y a-t-il aucune des sectes séparées de l'Eglise romaine qui puisse se vanter d'un saint Laurent qui, tandis qu'il brûlait sur les grils, poussait les élans de sa joie jusqu'à insulter son tyran, et à l'inviter à se repaître de ses chairs déjà rôties? d'un saint Vincent qui dans les tourments qu 'on lui faisait souffrir, parlait avec un esprit si tranquille, qu'il semblait, comme l'écrit saint Augustin, qu'il y eût en lui deux hommes, l'un pour souffrir et l'autre pour parler, tant était vif en lui le plaisir de mourir pour Jésus-Christ ! Ont-elles un saint Marc, un saint Marcellin qui, ayant les pieds percés de clous, et étant invité par le tyran à se délivrer de ce supplice : Quel supplice , répondait-il, quel supplice? je n'ai jamais éprouvé de plus grands plaisirs que dans ce moment où je souffre pour l'amour de Jésus-Christ I et, parlant ainsi, il se mit à chanter les louanges de Dieu, jusqu'à ce que, percé par les lances , il finit de perdre glorieusement la vie. Ont-elles un saintProcesse, un saint Martinian, qui, tandis que les fers du chevalet leur disloquait les membres , et que les pincettes rougies brûlaient leurs chairs, ne faisaient que bénir le Seigneur, souhaitant avec ardeur celte mort, dont ils souffraient les tourments? Enfin les martyrs montraient tant de constance et tant, de- joie en mourant, que leurs ennemis et leurs bourreaux mêmes se convertissaient à la' foi ea voyant leur courage. C'est pourquoi Tertullien écrivait que le sang des chrétiens, ré-^ pandu pour la foi, était comme une semence féconde qui multipliait les disciples de Jésus- Christ : Semen est sanguis christianorum {Apologetic. in fin.).
Au reste, les anciens martyrs peuvent trouver des compagnons et une société digne d'eux, dans ceux qui honorent les derniers siècles : ces hommes et ces femmes généreuses qui ont perdu la vie pour Jésus-Christ, au milieu des tourments les plus cruels que puisse imaginer la barbarie des hommes. C'est surtout au Japon où dans le seizième siècle quantité de chrétiens sont morts pour la foi ; les uns brûlés à petit feu, les autres déchirés et écorchés avec dos pinces, d'autres coupes par morceaux. A l'un on scie le cou avec un roseau pendant toute une semaine, et jusqu'à ce qu'il en meure; un autre est suspenûu et plongé de temps en temps dans l'eau bouil-
'i'9 DÉMONSTRATION ÉVANGÉLIQUE. LIGUORI.
jante ; un autre, dans le cœur de l'hiver est jeté au «lilieu des champs pour mourir de froid. Lisez le père Barthol, qui raconte toutes CCS barbaries, et qui nomme les lieux et les personnes dans son histoire du Japon. Entre autres traits, il raconte qu'une femme chrétienne nommée ïècle, tandis qu'elle brûlait dans les flammes, tenait entre ses bras une petite fille de trois ans, et l'encourageait à mourir en lui parlant du paradis. Une autre quiélait pauvre, fut obligée de vendre une ceinture qu'elle avait, pour acheter un pieu où elle fût attachée pour être brûlée et mourir pour Jésus-Christ. Une autre découvrit ollemcme à ses persécuteurs une jeune fille qu'elle avait, afin qu'on la fît mourir avec Hic pour la foi. 11 raconte encore qu'un enfant de neuf ans courut de lui-même se présenter aux bourreaux pour être mis à mort cl offrit son «ou à leur hache. Un autre enfant de huit ans, qui était aveugle, se tint attaché au cou de sa mère pour mourir avec elle sur le bûcher. Un autre qui n'avait que trcizeans, déclara en avoir quinze, pour être mis au nombre deccuxquiélaientcondamnés.
Cnautrcdecinq ans, arrachédu sommeil pour être conduit au supplice, se vêtit tranquillement et sans se troubler de ses plus beaux habits, et il fut porté au lieu de l'exécution, où il olTril lui-même le cou à la hache, et attendrit telioment le bourreau, qu'il ne put le frapper. Un autre vint, qui étant pou adroit, le frappa deux fois avec son cimeterre sans le tuer, et ne l'acheva qu'au troisième coup, les Hollandais, qui sont hérétiques et ennemis de riiglise romaine, ont é!é eux-mêmes témoins de ces faits. Mais, dit un hérétique, ces nouveaux martyrs n'ont pas été immolés pour la foi ; ils ont été condamnés comme des rebelles et des conjurés, qui formaient des trames pour priver des souverains de leur empire. Les hérétiques font ce même reproche aux nïartyrs d'Angleterre, qui ont perdu leur vie pour la foi, sous le règne d'Elisabeth. Si ces catholiques étaient des rebelles et des conjures, les pauvres femmes, les jeunes vierges, les enfants qui furent massacrés, leiaient-ils aussi? S'ils étaient condamnes comme rebelles, pourquoi étaient-ils de suite délivres et déchargés de la peine lorsqu'ils avaicntla faiblesse d'abandonner la foi? Voilà la promesse qu'avaient faite les ministres d'Elisabeth aux catholiques d'Angleterre:// suffi; (flic vous entriez une fois dans nos églises, et que vous assistiez â nos offices, pour être délivrés; preuve évidente qu'on les faisait mourir à cause de leur foi, et non pour avoir été compris dans aucune conspiration ou pour aucun fait de rébellion.