PAR SIR CHARLES BUTLER
Sntro^ttction.
J)u style propre à la controverse. Symbole du pape Pie 1 V. Observations sur les articles de ce symbole qui sont exprimés en termes généraux. Application de ces observations à l'accusation du docteur Southey contre l'Eglise catholique romaine, dont il vrélend gue les doctrines sont corrompues.
Monsieur,
J'ai lu avec une grande attention votre Livre de l'Eglise, et je l'ai trouvé en beaucoup d'endroits offensant pour l'Eglise catholique romaine , et particulièrement pour les catholioucs romains d'Angleterre : c'e^î
DÉFENSE DE L'EGLISE ROMAINE
dans cette situation d'esprit que je vous adresse les lettres suivantes.
1. Du style propre à la controverse. — En 1634-, le pape Urbain VIII envoya en Angleterre le père Jones, moine bénédictin, appelé en religion le père Léandre , qui devait procurer au sainl-siége une connaissance exacte de la situation do l'Eglise établie, de la condition des catholiques en Angleterre , et des dispositions du gouvernement à leur égard. Sur chacun de ces chefs, le père Léandre fit son rapporta Sa Sainteté. A l'égard du premier, il s'exprimait ainsi : VEglise protestante conserve V apparence extérieure de la hiérarchie ecclésiastique, telle qu'elle existait pendant le règne de la religion catholique ; elle a ses archevêques, ses évéques, ses doyens, ses archidiacres, ses chapilres de chanoines dans les cathédrales des anciens sièges, et enfin de très-grands revenus. Elle conserve ses anciens édifices , les noms de ses vieilles paroisses, ses prêtres et ses diacres, ainsi qu'un mode de conférer les ordres qui est, à beaucoup d'égards, conforme aux cérémonies prescrites par le pontifical romain. Cette Eglise a encore retenu les habits ecclésiastiques , la robe, la crosse pastorale et les chapes; elle possède les temples , les églises paroissiales , les collèges anciens d'une structure magnifique; et il est enjoint de les fréquenter. — Les protestants anglais admettent le plus grand nombre de nos articles de foi : tels sont ceux des sublimes mystères de la Trinité et de l'Incarnation; ceux qui ont trait à la rédemption de l'homme et à l'expiation ; ils s'accordent sur presque tout ce qui a été décidé concernant la prédestination, la grâce, le libre arbitre, la nécessité et le mérite des bonnes œuvres, et sur les articles renfermés dans le symbole des apôtres, dans les symboles de Nicée et d'Athanase (tels qu'ils sont exprimés dans la liturgie romaine ), et dans ceux des quatre premiers conciles généraux {Clarendon, papiers d'Etat, vol. 1, pag. 197).
Quand il existe de tels points de ressemblance dans les dogmes religieux des deux cultes, il devrait assurément y en avoir dans la charité évangélique des chrétiens des deux Eglises; il devrait se trouver de part et d'autre un égal désir de conciliation et de rapprochement, et des deux côtés surtout une égale répugnance à dire ou à écrire des choses faites pour s'offenser mutuellement. C'est dans cet esprit de charité que la controverse entre Limborch et Orobio , entre Bossuet et Claude a été conduite ; et l'on espère que l'on jugera que c'est encore dans ce même esprit qu'ont été écrites les pages qu'on va lire. Elles ont pour objet de répondre à quelques passages de votre Livre de l'Eglise, lequel contient des assertions inexactes, tant sur les croyances que sur la conduite des catholiques romains. Ces erreurs me paraissent tellement nombreuses, qu'elles rendent nécessaires , pour les exposer et les réfuter complètement, de vous suivre chapitre par chapitre. Cette tâche est ingrate ; mais je sens que je me dois à moi-même, que je dois à mes frères en religion, les catholiques ro-
mains, de l'entreprendre. Ce serait pour moi un indicible bonheur que de la remplir à leur satisfaction , et sans offenser les hommes intelligents et de bonne foi qui se trouvent parmi leurs adversaires. Ce que je crois vrai, je dois le dire; mais j'espère le dire d'une manière qui montrera mon respect sincère pour ceux dont je contrarie les idées. Les expressions dures et outrageantes n'ont jamais servi les intérêts de la vérité et de la raison. Saint François de Sales a observé avec beaucoup de justesse qu'un bon chrétien ne doit jamais se laisser surpasser par qui que ce soit en politesse.
Dans cette première lettre, en forme d'introduction, j'insérerai le symbole de Pie IV comme une exposition authentique de la foi de l'Eglise catholique romaine. A ce sujet, j'entrerai dans quelques détails.
Voici l'ordre que je me suis tracé : Lo nombre de mes lettres sera le même que celui des chapitres du Livre de l'Eglise ; et dans chacune de ces lettres , je reprendrai ce que je croirai digne de blâme dans le chapitre correspondant. Comme le premier chapitre du Livre de l'Eglise ne donne lieu à aucune observation, ma première lettre contiendra quelques détails concernant la propagation de la religion catholique romaine dans le monde entier.
II. Symbole de Pie IV. — Ce symbole célèbre de la foi catholique, fut publié par Sa Sainteté en 1564, sous forme de bulle adressée à tous les fidèles en Jésus-Christ. Il fut admis immédiatement et universellement dans l'Eglise ; et, depuis cette époque , il a toujours été considéré , dans toutes les parties du monde, comme un sommaire exact et explicite de la foi catholique romaine. Les dissidents, lors de leur admission dans l'Eglise catholique, doivent le répéter publiquement et témoigner l'assentiment qu'ils y donnent, sans restriction ni distinction. Il est exprimé en ces termes :
Je crois en un Dieu , Père tout- puissant, qui a fait le ciel et la terre, toutes les choses visibles et invisibles ; et en un seul Seigneur Jésus-Christ, Fils unique de Dieu, et né du Père avant tous les siècles; Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, qui n'a pas été fait, mais engendré; qui n'a qu'une même substance que le Père, et par qui toutes choses ont été faites; qui est descendu des cieux pour nous, hommes misérables, et pour notre salut ; et ayant pris chair de la Vierge Marie par l'opération du Saint- Esprit , a été fait homme ; qui a été crucifié pour nous; qui a souffert sous Ponce Piiate; qui a été mis dans le tombeau : qui a ressuscité le troisième jour, selon les Ecritures ; qui est monté au ciel; qui est assis à la droite du Père; qui viendra de nouveau, plein de gloire, pour juger les vivants et les morts, et dont le règne n'aura jamais de fin. Je crois au Saint-Esprit, qui est aussi le Seigneur, et qui donne la vie; qui procède du Père et du Fils; qui est adoré et glorifié conjointement avec le Père et le Fils; qui a parlé par les prophètes. Je crois en l'Eglise, qui est une,
sainte, catholique et apostolique. Je confesse un baptême pour la rémission des péchés, j'attends la résurrection des morts et la vie du siècle à venir. Ainsi soit-il.
III Observations sur ceux des articles de foi qui, dans le symbole du pape Pie JV, sont exprimés en termes généraux. — Des détails rninulieux sur ces articles s'écarteraient du plan de ces lettres. Qu'il me soit seulement permis d'observer que, dans toute discussion religieuse entre les protestants et les catholiques romains, on devrait s'astreindre rigoureusement à la règle suivante : Aucune doctrine ne doit être attribuée aux catholiques romains, comme société , à moins qu'elle ne constitue un article de leur foi.
Parmi les nombreuses mésinterprétations de leurs dogmes, dont les catholiques romains ont à se plaindre, aucune ne leur est plus sensible que celle qui tient à l'oubli de cette règle. Il est très-vrai que les catholiques romains considèrent comme immuables les doctrines de leur Eglise; et que c'est un dogme de leur croyance, que telle a été leur foi, telle elle a dû être dès l'origine, telle elle est maintenant , et telle elle sera toujours :
MAIS CETTE PROPOSITIOX IN'eMBRASSE QUE LES
ARTICLES DE FOI ; et ils ne considèrent comme tel que ce qui est de révélation divine et enseigné par l'Eglise catholique romaine comme un article de foi révélé. Voilà ce que les catholiques romains voudraient que leurs adversaires ne perdissent pas de vue.
Quand quelqu'un de leurs adversaires trouve dans un écrivain catholique une proposition qu'il juge répréhensible, il devrait s'assurer si cette proposition constitue un article de foi, ou si elle n'est que l'opinion individuelle de l'écrivain. Dans ce dernier cas , le corps entier des catholiques n'en saurait être responsable : il faudrait donc s'abstenir d'accuser les catholiques en général.
On devrait, disons-nous, s'assurer s'il est question d'un article de foi ; mais , dans ce cas-là même, serait-il nécessaire d'examiner si c'est le principe qu'on veut contester ou la conséquence que prétendent en déduire les catholiques ? Ces deux objets sont bien différents, et ne devraient jamais être confondus. Est-il question du principe, il restera encore à examiner s'il a été décidé par l'Eglise que c'est un article de foi. Le moyen le plus sûr de s'en convaincre, serait de revoir le catéchisme du concile de Trente. Mais comme une lecture convenable de cet ouvrage exige une élude attentive, si l'on ne peut s'y livrer, qu'on lise l'Exposition de la Foi, par Bossuet ; que l'on consulte le Papiste mal jugé et bien jugé, par M. Gother : ou au moins l'abrégé qu'a donné de ce livre M. Challoner : qu'on lise encore du même docteur Challoncr, les Trois examens sommaires de la foi et de (a doctrine catholiques , contenus dans trois sections dont il a fait précéder son Jardin de l'Ame, le livre de prières le plus répandu parmi les catholiques anglais. Par la lecture de ces ouvrages, on s'assurera si la doctrine imputée aux catholiques est cxpli-
citement ou substantiellement enseignée comme un article de foi. S'il en est ainsi, que nos adversaires prennent soin de noter le passage où ils déclarent reconnaître un dogme erroné, en citant exactement l'ouvrage, l'édition et la page où se trouve ce passage incriminé. Si ce passage existe en propres termes ou en substance, nous serons obligés de prouver que l'écrivain a erré, ou d'admettre que c'est là un article de notre croyance : nous pourrons alors en être, avec justice, responsables, ainsi que de toutes les conséquences qu'on en déduira raisonnablement.
A l'égard de toutes autres opinions , quelque respectables que pussent être les écrivains qui les auraient émises, fussent-elles même de Pères de l'Eglise, ce ne seraient encore que des opinions, et un catholique peut refuser d'y croire sans cesser d'être catholique. Ne serait-ce pas un moyen court et libéral de mettre fin aux controverses entre les protestants et les catholiques , que d'obliger ceux qui imputent au corps de ceux-ci quelque dogme dangereux, à marquer dans le catéchisme du concile de Trente ou dans l'un des ouvrages qui viennent d'être cités, le passage où ce dogme est donné comme article de foi ?
IV. Application des principes qui précèdent à l'accusation de doctrine corrompue et de pratiques coupables, mises en avant, ù diverses reprises contre la société des catholiques romains, en général, par l'auteur du Livre de l'Eglise. — Je vous invite à donner votre attention à la règle que j'ai proposée , et ensuite à vous assurer si aucune des doctrines que vous avez attribuées aux catholiques romains, ou si la sanction d'aucune des pratiques coupables que vous leur reprochez, se trouvent dans le symbole de Pie IV, dans les actes ou le catéchisme du concile de Trente, dans quelqu'un des ouvrages dont j'ai fait mention , ou dans tout autre revêtu d'une autorité semblable. Si vous rencontrez celte approbation dans les actes du concile, dans son catéchisme ou dans quelqu'un des ouvrages que j'ai cités, les catholiques romains devront en accepter les conséquences ; mais si vous n'y parvenez pas , vous serez bien le maître d'accuser ces doctrines et ceux qui les professent, dans les termes que vous jugerez convenables ; mais vous n'aurez assurément pas le droit d'en faire un crime aux catholiques romains en général : il ne s'agira plus que de l'opinion ou du rêve d'un individu, dont la croyance n'a pas pour base le symbole de la foi catholique.
Si quelques-unes des doctrines ridicules , soutenues par des sectaires mentionnés dans un ouvrage qui ne vous est pas inconnu , Les lettres de don Manuel Alvarez Espriella (1 ] ,
(I) La liste qu'en donne Espriella est curieuse : « Armiiii(!ns , soclniens , l)axiérieiis , presbylériens , nouveaux amûrifains, salieiliens, lulhérieiis, unilaiies, luillénariens, nécessaiions , subl:i| sariens , supralapsariens , iiiiig^lctonions, anliiiomieiis, liulcliiusoniens, sandenioniens, l)a|iliS' tes, anahaplistes , pœ lobaplisles , mélliodistes , nniversalisles, calvinistes, niatérialisles, deslruclionistcs, brownis les, indépendants, protesianls, huguenots, non-jurcurs, k sécédcurs , lirrbutleurs , dunliers, jumpers, aualiers cl
DÉFENSE OE L'EGLISE ROMAINE
(sectaires qui tous en appellent aux saintes Ecritures, protestent contre le papisme, et doivent par conséquent, suivantle catéchisme : publié par le savant évêque de Saint-David , i élre réputés protestants) étaient imputées par ' un catholique romain, à un chrétien de l'Egliseanglicane,commedogmesdesacroyance religieuse ; le protestant ne pourrait-il pas avec raison demander au catholique de lui montrer dans la Bible, ou au moins dans les trente-neuf articles, les homélies ou la liturgie réformée , la doctrine dont on accuserait sa croyance? Et si, sur ce point, les efforts du catholique étaient vains, le protestant ne serait-il pas à cet égard déchargé de toute responsabilité ? Par parité de raisonnement, quand vous imputez aux catholiques romains des doctrines corrompues, ne sont-ils pas également justifiés d'avance, si vous ne pouvez, soit dans les actes du concile, soit dans quelques-uns des ouvrages auxquels je me suis référé, indiquer la doctrine qui tait le sujet de votre accusation ?
Il en est de même à l'égard des pratiques religieuses que vous attribuez, dans une multitude de circonstances , aux catholiques romains quelquefois individuellement , mais plus souvent encore collectivement. Ne peuton pas vous demander, avec raison, de prouver que les actes du concile, ou quelques-uns des ouvrages que j'ai invoqués, renferment des doctrines qui prescrivent , sanctionnent ou excusent les pratiques dont vous accusez les catholiques romains ? Et si vous ne pouvez y trouver de telles doctrines, ne vous croire z-vous pas obligé de rétracter V accusation ?
Voici le terrain sur lequel je me place avec confiance : je reconnais que des catholiques individuellement ont soutenu des doctrines qu'on ne peut justifier, et ont été coupables de pratiques qui ne peuvent l'être davantage ; mais j'insiste pour qu'on me produise le dogme, justement imputable au symbole de la foi catholique, sur lequel reposent ces doctrines, et s'appuient ces pratiques. J'af- Crme et je prouve , qu'on ne peut rien produire de semblable ; et puisqu'on ne le peut pas, je réclame pour mon Eglise ce que vous réclamez pour la vôtre.
Ce que je viens de dire n'est-il pas suffisant pour répondre à toutes les accusations contenues dans le Livre de l'Eglise? J'admire la rare élégance, l'énergie du style et les beautés dont abonde cette composition ; mais nulle part je n'y trouve une seule citation tirée d'aucun ouvrage ou d'aucun document semblables à ceux dont fai fait mention, dont on puisse inférer la prescription, la sanction ou l'excuse d'aucune doctrine corrompue, ou d'aucune pratique répréhensible dans notre Eglise. Tant qu'on ne me montrera pas un tel passage, on aura tout dit sur notre symbole
shakers, etc., etc. , etc. » Précieuse nomenclature! Un lahlpau intéressant de beaucoup de ces sectaires a été donné dans l'Hisloire des sectes religieuses, | ar M. Grégoire, 2 vol. in-8°, 1810. D'après ce dernier ouvrage, Espnella Huraii pu donner beaucoup plus d'étendue à sa liste des protestants.
et sur nos pratiques : nous-mêmes nous pourrions ici nous joindre à nos adversaires ; mais toutes les accusations qui ne seront pas prouvées de la manière que j'ai dit,
Is but Leather and Prunella ! (POPE.)