LETTRE PREMIÈRE
Propagation de la religion catholique romaine. Monsieur ,
Le petit nombre de catholiques romains d'Angleterre, comparaison faite avec le reste de sa population, est souvent remarqué par les protestants, et les empêche d'envisager la propagation générale de la religion catholique romaine sur tout le monde habitable, et l'immense supériorité numérique des peuples de cette communion sur ceux de toute Eglise dissidente , ou même de toutes les Eglises dissidentes prises ensemble.
La religion catholique , dit le docteur Milner, est encore la religion des Etats de l'Italie, de la plupart des cantons de la Suisse ; c'est celle du Piémont, de la France, de l'Espagne, du Portugal et des îles de la Méditerranée ; celle des trois quarts des Irlandais, et de la majeure partie des Pays-Bas, de la Pologne , de la Bohême, de V Allemagne, de la Hongrie et des provinces voisines ; dans les royaumes et les Etats où elle n'est pas dominante, ceux qui la pratiquent sont encore très -nombreux , comme en Hollande, en Bussie, en Turquicy dans les Etats luthériens et calvinistes de V Allemagne et de V Angleterre. Il n'y a pas jusqu'en Suède et en Danemark , où l'on né trouve plusieurs congrégations catholiques , avec leurs pasteurs respectifs. Le continent entier de l'Amérique du Sud, ce vaste continent habité par des millions d'Indiens convertis, ainsi que par beaucoup d'Espagnols et de Portugais , peut être considéré comme catholique.
On doit en dire autant de l'empire du Mexique et des Etats environnants dans l'Amérique du Nord, en y comprenant la Californie , l'île de Cuba, de Saint-Domingue, etc., etc. Le Canada et la Louisiane sont presqne entièrement catholiques ; aux Etats-Unis la religion catholique est fortement protégée et se propage avec rapidité. Sans parler des iles de l'Afrique habitée par des catholiques , telles que Malte . Madère, les îles du Cap-Vert, les Canaries, les Açores , l'île Maurice , Garée , etc. ; il y a de nombreuses Eglises catholiques, établies et organisées sous l'autorité de pasteurs, en Egypte, en Ethiopie , à Alger, à Tunis et dans les autres Etats barbaresques , sur la côte du nord , particulièrement à Angole et auCongo. Jusque sur la côte orientale, surtout dans le royaume de Zanguebar et au Monomotapa , on trouve en grand nombre des Eglises catholiques. Il y a beaucoup de prêtres catholiques , des évê- . ques avec de nombreux troupeaux, dans la ma- f jeure partie de l'Asie. Tous les maronites du T voisinage du mont Liban , avec leurs évêques , » leurs prêtres et leurs moines, sont catholiques ; beaucoup d'Arméniens, de Persans et d'autres peuplades des royaumes et des provinces envi'
«1 DEMOiNSTRATION EVANGLLIQUE. BUTLER
tonnantes , le sont aussi. Dans toutes les îles et tous les Etats où ta puissance espagnole ou portugaise prévaut ou a prévalu , la plupart des habitants, et dans quelques-uns la totalité, ont été convertis. La population entière des îles Philippines, composée de deux millions d'âmes, est toute catholique. Le diocèse de Goa renferme 400,000 catholiques. Dans un document parlementaire, il a été établi récemment, Iqu'à Travancor et à Cochin, il y a un arche- Ivéché catholique avec deux évêchés ; dont l'un 'comprend 35,000 communiants. Il existe des familles immenses de catholiques, avec leurs prêtres et leurs évéques , dans tous les royaumes et Etats au delà du Gange , particulièrement à Siam, à la Cochinchine, u)i Tonquin et 'dans les différentes provinces de l'empire chinois.
Telle est l'étendue du règne de la religion
catholique. Vous en parlez, dans les dernières lignes de votre chapitre X, comme d'un prodigieux édifice d'imposture et de vices. Estil décent de faire usage d'un langage aussi insultant quand il est question d'une masse semblable d'hommes professant le même culte et répandus sur une aussi vaste portion du globe?
Parmi ces nations qui ont embrassé le catholicisme, beaucoup sont composées, comme il faut que vous le reconnaissiez, d'hommes qui , depuis les plus hautes jusqu'aux dernières classes de la société, ont des vertus, des talents. Si la relij'ion de cette grande portion de monde chrétien était réellement le prodigieux édifice de l'imposture et des vices^ comme vous le dites, les portes de l'enfer, malgré la promesse solennelle du Fils de Dieu, n'auraienl-elles pas prévalu contre son Eglise?
Je vous prie aussi de vouloir bien me dire quand ce prodigieux édifice d'imposture et de vices a été élevé ? Vous n'ignorez pas , sans doute, que les époques dont \c font dater plusieurs de vos écrivains, diffèrent entre elles, et que les unes contrarient les autres ; ensorte que, lorsque vous parlerez de l'époque à laquelle vous vous serez arrêté, moi je produirai , au moins , une demi-douzaine d'écrivains réformés qui chacun citeront une époque différente.
Mais, écartant la considération de cette diffusion générale de la religion catholique romaine, et bornant ces observations aux catholiques romains sujets de Sa Majesté britannique, permettez-moi de vous faire observer que le nombre de ceux-ci surpasse celui des religionnaires dans chacune des autres croyances qui existent dans les Etats chrétiens de Sa Majesté. Certes, cela seul leur donnerait quelques droits à être traités avec le langage d'une controverse décente. Même en ne voyant ici que les catholiques anglais, dont je rcconnnis l'infériorité numérique, encore ces catholiques mériteraient-ils qu'on employât à leur égard les formes d'une polémique polie. Nous ne sommes pas le vilia corpora, auquel on doive appliquer ces expressions que les mœurs modernes ont bannies du langage habituel. Quand je parle^
disait feu M. Wyndham, en présentant la pétition des catholiques romains en 1810, de l'obscurité des catholiques romains d'Angleterre , je ne prétends pas qu'ils soient déchus des vertus et des dignités héréditaires ; qu'ils ne fassent pas partie de cette classe qu'on doit appeler héréditaire, qu'ils ne soient plus les ultimi Romanorum. (Vous le voyez, monsieur, ce grand homme regardait cette dénomination comme honorable.) Je ne puis^ continuait-il , contempler un spectacle plus noble et plus touchant que celui d'un ancien gentleman catholique romain au milieu de ses gens , exerçant les vertus de la bienfaisance, de l'humanité et de l'hospitalité. Si les catholiques romains sont obscurs, c'est parce qu'ils sont proscrits comme des étrangers dans l'Etat; parce que les portes de cette assemblée leur sont fermées, quand il y a sur nos sièges des personnes bien moins dignes qu'eux d'y figurer. Ont-ils jamais exercé ces viles manœuvres qui ont si bien réussi à un grand nombre pour arriver au pouvoir et aux places ? Ont-ils jamais tenté d'obtenir leurs droits, ou par les clameurs ou par la bassesse ? Au contraire, leur conduite a prouvé qu'aucun autre corps n'a de plus justes droits au respect et A l'admiration. Voilà quel était le langage de l'un des hommes d'Etat les plus habiles, de l'un des érudits les plus estimables de notre temps : combien ce langage diffère du vôtre !
LETTRE II
Premier établissement du christianisme.
Monsieur, Nous savons que Jules-César conquit la Grande-Bretagne cinquante-quatre ans avant la naissance du Christ, et qu'elle fut envahie par les Saxons quatre cent cinquante-neuf ans après l'ère chrétienne. Il est probable que le christianisme s'était étendu sur quelques parties de l'Angleterre dans le siècle des apôtres. Nos ancêtres l'ont cru généralement; plusieurs d'entre eux ont appelé cette époque la première des trois conversions de l'Angleterre au christianisme. Le vénérable Bède nous apprend , ainsi que plusieurs de nos historiens des premiers âges, que vers la cent soixante-dixième année de l'ère chrétienne, le pape Eleulhérius, à la demande de Lucius, prince anglais, le troisième descendant de Caractacus, et particulièrement favorisé par les Romains, avait donné à deux prêtres, Fugatius et Damianus, la mission de prêcher l'Evangile aux Bretons. Voilà ce qu'on a appelé la seconde des trois conversions de la Grande-Bretagne au christianisme. Le docteur Heylin {Help to History, p. 69) affirme que Lucius obtint qu'il fût érigé des sièges archiépiscopaux à York, Caëricon upon Usk, et à Londres, pour les parties du nord, du sud et de l'ouest de l'Angleterre ; et qu'il y fût attribué des évêchés suffragants. Le témoignage conforme de Terlullien , Eusèbe et Théodoret, montre que le christianisme avait fait des progrès considérables dans l'île, particulièrement vers le sud. Ce qui le servit, ce fut l'extirpation du culte druidique, que les
DÉFENSE DE LEGLISE ROMAINE
armes romaines avaient fait reculer dans le pays de Galles. La persécution générale du christianisme, soufferte sous Dioclétien, atteignit dune manière cruelle les chrétiens bretons. Saint Alban , Julius et Aaron de Caërleon souffrirent la mort en témoignage de la foi du Christ : le premier est désigné sous le nom de Proto-martyr de la Grande- Bretagne; sa mémoire a toujours élé singulièrement vénérée par les catholiques d'Angleterre.
Il n'y a pas de doute qu'il existe beaucoup d'incertitude dans tout ce qui concerne les deux premières conversions de l'Angleterre. Mais la même incertitude n'existe-t-elle donc pas à l'égard de l'histoire sacrée ou profane des premiers âges de toutes les nations ? Ceux qui ont lu les savantes et ingénieuses recherches de Fréret, de Sallier et de Beaufort, sur l'histoire des cinq premières centuries de Rome, doivent convenir que les récits populaires des deux premières conversions de l'Angleterre ont droit à tout autant de confiance que ce que racontent les historiens de Rome de la première période de son histoire; et que les documents sur lesquels reposent les premières conversions de l'Angleterre approchent davantage de la certitude historique que les premiers événements de Rome. Il semble difficile de nier que ces conversions ne favorisent la doctrine de l'Eglise catholique sur la supréaialie spirituelle du pape et son droit de contrôle sur toutes les affaires spirituelles de l'Eglise de Jésus-Christ (1).
LETTRE IIL
Les Anglo-Saxons Monsieur,
Dans cette lettre je m'occuperai particulièrement, 1° de la conversion des Anglo- Saxons au christianisme ; 2° de la conformité de la religion, des cérémonies religieuses et de la morale qui leur a élé prêchée, avec ce qui nous est aujourd'hui enseigne par l'Eglise caïfiolique romaine ; 3° j'examinerai ensuite yos imputations contre le clergé anglo-saxon sur ses prétendues pratiques, sur l'ignorance et la crédulité du peuple ; 4° la doctrine enseignée dans SCS monastères, le tableau erroné qu'en ont fait deux éminents écrivains protestants ; 5° et les miracles opérés dans l'Eglise catholique romaine.
Les Saxons vivaient entre l'Oder et l'Elbe; ils s'étendirent plus tard de l'Elbe à l'Ems, et se portèrent jusqu'à Francia et dans la Thuringe, au sud. Harderick fut le premier de leurs rois dont le nom nous soit connu; il régnait quatre-vingt-dix ans avant Jésus-
(1) Celte lettre n'a été écrite qu'après avoir consulté toutes les autorités rassemblées à ce sujet clans le premier tome des Annales Ecclesiœ aiiqlicanœ, aiiciore R. Paire M'chaele Aljordo , alias Grifjïtli, Ançilo , socictntis Jesii tlieoloqo;en quatre gros -volumes in-folio. Les extraits truuleurs anciens originaux qu'il a faits, sont si nombreux et si étendus , qu'il ne laisse presque rien à désirer au lecteur. On a aussi lu avec une grande ail ention les six premiers chapitres du Traité des trois conversions de l'Eglise d'Anfileierre , par le père Person ; ouvrage savant , devenu aujourd'hui exirêuiemeat rare.
Christ. Hengist, qui, avec son fVere Horsia, envahit l'Angleterre en 434., ne fut que lé quatorzième roi saxon après cet Harderick. Ces princes et leurs successeurs firent la conquête entière de l'Angleterre; ils extirpèrent l'idolâtrie païenne de l'ancienne Rome, y substituèrent dans toute l'île leurs propres superstitions, et refoulèrent vers le pays de Galles, l'Irlande et l'Ecosse, les Bretons, qui professaient le christianisme.
I. Conversion des Anglo-Saxons au christianisme. — L'histoire sacrée ne nous offre rien de plus édifiant que le récit de la conversion des Anglo-Saxons. On l'a souvent remarqué, la religion chrétienne yi'a pas dû sa naissance à l'ambition, elle n'a pas élé propagée pur le glaive ; elle en a appelé avec douceur à la raison, au bon sens, à la vertu et à l'intérêt du genre humain, et elle s'est établie dans toutes les provinces de l'empire romain. Quand le torrent des barbares vint inonder l'Europe et détruire tous les arts et toutes les sciences, le christianisme périt dans le naufrage général. Bientôt cependant, dans quelques districts, il reprit son attitude douce et intéressante, et le$ barbares se soumirent à sa bénigne influence. Parmi les Anglo-Saxons, ses conquêtes sur le féroce et brutal paganisme, qui avilissait nos ancêtres, n'avaient pas encore commencé, que déjà la France et même l'Irlande avaient re~ connu ses lois; mais cela fut opéré d'une manière digne de ses bienfaits et de sa pureté.
Il parait que ce fut l'esprit de piété géné^ raie qui conduisit les missionnaires sur nos rivages; et l'excellence du système qu'ils vinrent propager, rendit leurs travaux heu^' reux.
C'est avec de telles expressions que notre' savant ami M. Sharon Turner, débute dans son récit delà propagation du christianisme parmi les Anglo-Saxons {Turner, histoire des Anglo-Saxons, deuxième édit., liv. XIII, chap. 1).
Qu'il me soit permis de transcrire l'histoire succincte qu'a donnée le docteur Fletcher de cet événement [Sermons du docteur Fletcher, sur des sujets variés de morale et de religion, 2 vol., pag. 14). Je ne saurais moi-même rien dire de plus vrai; mon récit d'ailleurs ne pourrait que perdre sous le rapport de lélégance. J'extrais ce passage de l'un des sermons qu'il adressait à sa congrégation, à Weston-underwood, Bucking-hamshire.
Il y a environ douze cents ans, plus de neuf siècles avant la naissance du protestantisme, qu'Augustin avec ses compagnons apporta la lumière de la foi dans cette île. Ils tenaient leur mission de la grande source de l'autorité spirituelle, la seule reconnue; et dans leur foi et leur communion, ils étaient unis avec toutes les communautés orthodoxes de l'univers chrétien. Leur foi, mes frères, était la même que la vôtre et la mienne en ce jour. C'étaient des hommes d'une haute vertu, qui non-seulement mettaient en pratique les préceptes, mais les conseils de l'Évangile; dédaignant toutes les jouissances terrestres, attentifs uniquement à leur salut et au salut de leur prochain. Quand ; -^ils n'étaient pus occupés des soins de leur mi- i
nistère, ils se livraient à la prière, aux veilles, à la pénitence, à la mortification. Leur conduite dans leur ministère sacré était celle qui sied à des apôtres, à des hommes qui avaient reçu du ciel la mission de transmettre les bienfaits de V Evangile aux nations idolâtres. Ils prêchaient et ils agissaient comme avaient fait jadis les premiers envoyés de Jésus-Christ. Brûlant de V amour de Dieu, et plein de charité envers leurs semblables, ils joignaient à Vardeur du zèle fonction de la bienveillance. Ils faisaient des prosélytes, mais c'était par Véloquence de la vérité, aidée de l'éloquence de la douceur, de l'humilité et de la piété ; vérifiant ainsi, dans toute la suite de leur conduite, cet adage du prophète : Qu'ils sont aimables sur les montagnes, les pas de ceux qui apportent d'heureuses nouvelles!
Aussi le ciel ne refusa-t-il pas son approbation aux efforts de leur charité. Non-seulement les historiens contemporains attestent, mais plusieurs écrivains protestantsreconnaissent que Dieu les récompensa par le don des miracles. Il n'est pas jusqu'au plus cruel ennemi de tout ce qui porte le nom de catholique, le martyrologue de Fox, qui n'admette ce fait, fait qui confirme à la fois la sainteté de la vie de ces apôtres, la légitimité de leur mission, et, par une conséquence d'une évidence logique, lavéritédela religion qu'ils travaillaient à établir. Le roi, dit Fox , prit en considération la pureté de leur vie, et fut touché des miracles qu'ils opéraient par la permission divine {Act s and monuments, col. '2.).
Conduits ainsi par la main de Dieu, dans leurs travaux apostoliques, et aidés de son esprit, il est facile d'imaginer quels durent être les fruits et les effets qui en résultèrent. Ces fruits et ces effets furent frappants; tels précisément qu'un pareil zèle est capable d'en produire, quand il est béni par le ciel. Un peuple jusqu'alors grossier, barbare et immoral, fut tout à coup changé en une nation douce, bienveillante, humaine et pieuse.
Un lecteur anglais doit trouver du plaisir à ces récits de la conversion de nos ancêtres anglo-saxons. Quatre-vingt-deux ans après l'arrivée de saint Augustin, la douce, sainte et bienveillante religion qu'il avait préchée, était répandue dans toutes les parties de l'Angleterre anglo-saxonne.
Dans la suite du temps, les Anglo-Saxons eux-mêmes devinrent missionnaires; et avec un zèle et une prudence aussi édifiante et toute semblable à celle par laquelle les premiers apôtres s'étaient distingués, ils portèrent la foi du Christ chez beaucoup de nations étrangères, alors plongées dans l'idolâtrie. En moins d'une année, après la mort de saint Augustin, ceux qu'il avait convertis prêchaient cette foi sur les rives de l'Oder, du Rhin et du Danube. Saint Wilfrid porta l'Evangile en Friedlande; saint Willibrod chez les Frisons; saint Boniface chez les Germains du centre et du sud; saint Willihad le prêcha aux Germains du nord ; ses disciples aux Danois; saint Sigifred auxSué- Joïs; et Haco, le roi de Norwége, fut aidé par des missionnaires anglo-saxons , dans la
conversion de ses sujets. Un 'grand nombre de ces hommes apostoliques souffrirent le martyre dans l'exercice de leurs pieux travaux. Dans toutes ces missions, l'apôtre, soit à l'origine de son entreprise, ou subséquemment, était investi par le siège de Rome, de pouvoirs suffisants pour sa prédication {Voyez les Antiquités de l'Eglise anglosaxonne, du docteur Lingard , chap. XIII).
Le tableau des arts et de la littérature des Anglo-Saxons serait étranger à mon objet : j'invite tous les lecteurs de ces lettres, à rechercher ce qui a été dit sur ce sujet intéressant par le docteur Lingard. Ils avoueront que les Anglo-Saxons, dans les sciences les plus sublimes, avaient fait plus de progrès qu'on en aurait pu attendre, ainsi que dans beaucoup d'arts d'utilité et d'agrément, et dans toutes les autres branches de connaissances qui peuvent contribuer au bien do l'humanité [Ibid., chap. X) (1).
II. Conformité de la religion préchée aux Anglo-Saxons et de celle actuellement enseignée par l'Eglise catholique romaine. — La religion d'une nation peut être considérée sous les rapports du symbole, des cérémonies et de la morale.
1° Le symbole des apôtres fut enseigné par les Anglo-Saxons, tel qu'il nous est actuellement enseigné. Combien il se trouve , dans ce vénérable document , d'articles de leur foi et de la nôtre! Les doctrines de nos ancêtres anglo-saxons , sur la suprématie spirituelle du pape, la présence réelle de Jésus-Christ dans l'eucharistie, les sept sacrements, l'invocation de la Vierge Marie et des autres saints, ainsi que sur l'efficacité des prières pour les morts, étaient en tout semblables aux nôtres. Sans entrer dans aucune exposition ou discussion de leur symbole, qu'il nous soit permis de renvoyer nos lecteurs à ce qui a été écrit sur ce sujet par le docteur Lingard, dans ses Antiquités de l'Eglise anglo-saxonne (c. 6, 7, 8, 9), et par M. Manning, dans son ouvrage intitulé Conversion et lié formation de l'Angleterre comparées {Second dialogue, VIII, 7, 8, 9).
2° Nous nous référons au premier de ces auteurs pour la preuve incontestable qu'il n'y a aucune différence importante entre les pratiques religieuses des Anglo-Saxons, et celles qui ont lieu maintenant dans l'Eglise catholique romaine ; et pour montrer que, sur des points qui en comparaison , sont indifférents, il y a aussi peu de variation entre elles qu'on en doit attendre du changement naturel dans tout ce qui est d'institution humaine. Laplupart des protestants (mais trop souvent avec un langage d'incrimination) admettent ce fait : « Qu'est-ce que , dit le docteur Humphreys (2) , Grégoire et Augustin
(1) C'est avec le plus grand plaisir que je renvoie aux ouvrages du docteur Lingard et à ceux de M. Sharon Turiier, à cause des autorités qu'ils nous citent toujours.
(2) Jésuilisme, page 2. — On pourrait facilement multiplier les citations à cet égard, tirées des ouvrages des théologiens éminents parmi les protestants. Il y en a ou bçaucoup de recueillies parle 1,'. Person, dans «on livre
DEFENSE DE L'EGLISE ROMAINE
ont apporté en Angleterre? Le purgatoire, l'offrande des sacrifices efficaces, les prières pourlesmorts, lesreliques, ta transsubstantiation, etc., etc., et tout le reste de ces amas confus de superstitions papistes. »
3° La morale enseignée par les missionnaires apostoliques à leurs troupeaux anglosaxons, était celle de l'Evangile. Je le demande à tout prolestant de bonne foi , les écrits du vénérable Bède ne prouvent-ils pas mon assertion? et ne puis-je pas en appeler en toute confiance, à quiconque connaît ces écrits, et prier qu'on me dise si l'Evangile inculque un seul devoir, ou recommande une seule pratique , qui ne paraissent pas avoir été inculqués ou recommandés par les apôtres des Anglo-Saxons et leurs successeurs ?
Presque tous les passages du Livre de l'Eglise, dans le chapitre qui nous occupe, touchant la conversion des Anglo-Saxons par saint Augustin, seront lus avec plaisir par les catholiques romains ; mais le passage suivant doit exciter chez eux de l'étonnement et du chagrin. Vous parlez d'une vision qu'eut Laurenlius, l'un des missionnaires: Cette vision, dites-vous, était ou un miracle, ou une fraude, ou une fable ; il xj a beaucoup de choses semblables dans riiistoire de rEglise anglo-saxonne, comme dans celle de toutes les Eglises de Rome; et l'on doit se rappeler que quand de pareils récits ne sont que de pures fables, ils ont pour la plupart été imaginés dans l'intention de servir les intérêts de l'Eglise romaine, et répandus, non pas comme de simples fictions, mais comme des impostures, et dans un esprit de fraude. La légende dont on parle ici, est, ajoutez-vous, probablement une fraude pieuse. Le clergé de ce siècle pensa qu'il était permis d'abuser de l'ignorance et de la crédulité d'un peuple barbare, pour eu que, par de semblables moyens , il pût favoriser l'œuvre de sa conversion, ou l'engager, lorsqu'il serait converti , à mener une vie plus religieuse ; mais que ce clergé ait eu ou non celte pensée, toujours est-il certain qu'il en agit ainsi; il n'est pas moins certain qu'un système qui permellail les fraudes pieuses, devait ouvrir la porte aux abus les plus impies. Dans le chapitre suivant, vous ajoutez : Les missionnaires furent peu scrupuleux sur le choix des moyens qu'ils employèrent , parce qu'ils étaient persuadés que tous les moyens étaient justifiables, s'ils pouvaient amener des résultats salutaires.
C'est ici particulièrement que nous déplorons le plan que vous vous êtes fait de tenir cachées à vos lecteurs les autorités sur lesquelles doivent s'appuyer vos assertions.
Vous étiez dans V obligation d'apporter une preuve authentique que le clergé anglosaxon avait enseigné ou pratiqué des fraudes telles que vous les avez décrites ; pour soutenir une pareille accusation , il fallait produire des preuves assez nombreuses afin de
des Trois conversions de l'Angleterre , part. prem. , c. 9 , 10; ei dans celui de Brcrely , intitulé : Apologie des proleslants pour l'Eglise romaine , tract. 2, § 1.
pouvoir raisonnablement attribuer une telle conduite au corps entier du clergé anglosaxon, et démontrer qu'il avait agi dans ces occasions, non pas seulement en consé(iuence« de la faiblesse générale ou de la dépravation de la nature humaine, mais d'après Vimpulsion ou la sanction de son Eglise et de ses doctrines.
Vous n'avez rien produit de semblable : tout ce que vous avez avancé n'est donc qu'une simple accusation. Pour la contredire , je transcrirai ici un passage tiré d'une des lettres de feu M. Alban Butler, à M. Archibald Bower, l'auteur de l'Histoire des papes. — Il est injuste, dit ce savant homme, d'accuser les papes ou l'Eglise catholique d'avoir soutenu sciemment de fausses légendes; tandis que tous les théologiens de cette communion condamnent unanimement de telles inventions , eomme des mensonges et des péchés odieux ; tandis que les conciles, les papes et les évéques, ont dans tous les temps exprimé la plus grande horreur de telles pratiques, que nul motif, qu'aueune circonstance ne peut autoriser, et qui, en matière de religion, sont toujours blâmables. Les auteurs de ces fraudes , lorsqu'ils ont été découverts , ont toujours été punis avec la plus grande sévérité.
L'Eglise a toujours condamné avec la plus grande sévérité toute espèce de fausseté (1).
IIL Doctrine enseignée dans les monastères. Tableau erroné qu'en ont fait deux écrivains protestants. — Si nous ajoutons foi au docteur Roberlson : Au lieu d'aspirer à la vertu et à la sainteté , qui seules peuvent rendre les hommes agréables à Dieu, le clergé s'était imaginé qu'il pouvait satisfaire à tous ses devoirs, par une scrupuleuse observance des cérémonies extérieures. La religion , suivant l'idée qu'il s'en était faite, était là tout entière; et les rites au moyen desquels il se persuadait gagner la faveur du ciel , étaient tels qu'on devait les attendre de la rudesse des temps dans lesquels ils avaient été imaginés et 7nis en pratique. C'étaient des rites ou insignifiants , au point d'être absolument indignes de l'Etre en l'honneur duquel on les avait consacrés; ou tellement absurdes , qu'ils faisaient honte à la raison et à l'humanité. Toutes les maximes religieuses et les pratiques des siècles d'obscurité , continue l'historiographe du roi, dans une note sur ce passage, en sont la preuve. Je produirai un témoignage remarquable à l'appui de ce que j'avance , tiré d'un auteur canonisé par l'Eglise de Rome, saint Eloi, ou Eligius, évéque de Noyon, qui
(1) Des passages semblables peuvent se trouver dans les écrits de tous' les controversisles de l'E^dise catholique romaine. Nous préférons ceux que nous offrons a nos locteurs, à cause de rérudition et de. la modération reconnues de M. Alban Butler, de la grande estime qu'ont pour se» écrits les cailioliques romains de tous les pays, et du respect que lui ont témoigné plusieurs iliéologiens proteslanls du nôtre, tels que le docteur Lowlli, le docteur Keanicot, le docteur Pearce , et le docteur Lort ; et encore , parce que M. Albau Butler est l'auteur des Vies des saints , ouvrage d'une érudition et d'une piété peu communes , et universellement admiré. Il eu a paru des traductions en français , en italien et en espagnol. II y en a aclucUemieiw soùs presse une traduction italienne.
vivait dans le septième siècle : « Un bon chrétien est celui qui vient fréquemment à l'église; gui présente V ablation offerte à Dieu sur fautel ; qui ne touche pas aux fruits de son industrie avant d'en avoir consacré une portion à la Divinité; qui, à l'approche des saintes solennités , vit chastement , même avec son épouse, pendant plusieurs jours de suite , afin de pouvoir s'approcher de l'autel du Seigneur avec une conscience pure; et qui enfin sait réciter le symbole et l'oraison dominicale. Bachetez donc vos âmes de la damnation, tandis que vous en avez les moyens; offrez des présents et des dîmes au clergé ; venez plus fréquemment à l'église ; implorez humblement la protection des saints ; car si vous observez toutes ces choses, vous pourrez vous présenter un jour avec assurance au tribunal de la justice éternelle, et dire, Donnez-nous , 6 Seigneur ! car nous vous avons donné (Dacherii Spicilegium. veter. script., v. 11, p 94^). » Le savant et judicieux traducteur de l'Histoire ecclésiastique du docteur Mosheim, aux notes additionnelles duquel j'ai emprunté ce passage, ajoute une réflexion bien juste : « Nous trouvons ici une description très-étendue du bon chrétien , dans laquelle il n'est pas fait la plus petite mention de l'amour de Dieu , de la résignation à sa volonté, de l'obéissance à ses lois, ou de la justice, de la charité et de l'amour envers le prochain {Mos. eccles. Hist., v.i,p. 324). »
On ne pourrait s'imaginer une accusation plus direclc ni plus grave contre le clergé du moyen âge, lequel aurait enseigné un système de moral faux et dépravé. Quelle ne sera donc pas la surprise du lecteur, quand , recourant à l'ouvrage savant de M. Lingard, Antiquités de l'Eglise anglo-saxonne (paq. 91, note B ), il verra que rien de semblable ne se trouve dans saint Eloi ? Depuis cette époque , dit M. Lingard, en parlant de la publication de l'histoire du docteur Robertson , cette citation tirée des écrits de saint Eloi ou saint Eligius , n'a point été oubliée dans les invectives qui ont été publiées contre le clergé des premiers siècles ; et la définition du bon chrétien a été répétée et a fait initie fois écho, grâce A la crédulité de certains écrivains et de certains lecteurs. Puis-je espérer d'échapper à l'imputation de septicisme , quand j'avouerai que j'ai toujours été porté à me défier de cette armée de témoins et de leurs citations? J'ai enfin résolu de consulter le document original; et mes soupçons n'ont pas été trompés. J'ai découvert que l'évcque de Noyon a été lâchement calomnié ; et (/u'en place de sa vraie doctrine, un extrait travesti en a été offert au public. Il exige bien à la vérité que le bon chrétien paye ce qui est dû à l'Eglise; mais il exige aussi qu'il conserve la paix avec le prochain ; qu'il pardonne à ses ennemis ; qu'il aime le genre humain comme lui-même ; qu'il observe les préceptes du décalogue ; et qu'il remplisse fidèlement les engagements contractés à son baptême.
On peut consulter le texte de l'évêque. ( Dach. Spicil, , tom. Y . p. 213 ). Voici ia traduction qu'en a faite M. Lingard : Il ne
vous suffît donc pas, mes très-chers chrétiens, d'avoir reçu ce nom, si vous ne faites des œuvres chrétiennes. Car il ne sert d'être qualifiés de chrétien, qu'à celui qui a toujours présents à l'esprit les préceptes du Christ, et qui les met en pratique ; tel est celui qui ne vole point, qui ne porte pas de faux témoignage , qui ne ment pas, ni ne se parjure , qui ne commet pas le péché d'adultère , qui ne hait personne, mais qui aime chacun comme soimême ; qui ne rend pas à ses ennemis le mal pour le mal, mais prie plutôt Dieu pour eux ; qui ne querelle point, mais qui ramène les querelleurs à la paix (Sermo Lupi episc, ap- WhiL, p. 487). Je Joindrai ici , continue M. Lingard, à cause de ses points nombreux de ressemblance , une autre définition du bon chrétien, tirée d'un prélat anglo-saxon, Wiilstan, archevêque d'York : « Confessons la vraie foi, et aimons Dieu de toute notre âme et de toutes nos forces ; et observons soigneusement tous ses commandements, et donnons à Dieu cette partie ( de notre substance ) que par sa grâce nous pouvons donner ; et désirons sincèrement d'éviter le mal : agissons à l'égard des autres avec justice , c'est-à-dire comportons-nous envers eux comme nous voudrions qu'ils se comportassent envers nous. Celui qui observe ceci est un bon chrétien. »
Voilà quelle était la doctrine enseijçnée dans les monastères. Ne peut-on pas avec confiance demand^^r si ce n'est pas là la morale de l'Evangile? Si on peut citer de plus pures leçons? et si les institutions où elle était enseignée, et sans lesquelles elle ne pouvait être enseignée, n'étaient pas, malgré toutes les imperfections qui leur ont été justement ou injustement imputées, éminemment utiles à la communauté ?
IV. Miracles opérés par les missionnaires anglo-saxons. — Dans celte partie , comme dans plusieurs autres de votre ouvrage, vous traitez les miracles opérés par des membres de l'Eglise catholique romaine, avec mépris et ridicule ; ce n'est pas ici le lieu de discuter, dans toutel'étendue qui lui conviendrait, cette matière importante. Je me bornerai donc à vous offrir : 1" une courte exposition de la doctrine catholique romaine à cet égard; 2' quelques remarques suggérées par les arguments contradictoires du docteur Middleton et de ses adversaires, dans la controverse sur les miracles, qui eut lieu vers le milieu du siècle dernier ; 3° et des observations générales sur la foi qu'on peut ajouter aux miracles qu'on dit avoir été opérés dans l'Eglise catholique romaine , pendant le moyen âge.
1° On sait que les catholiques romains , se reposant avec une entière confiance sur les promesses de Jésus-Christ , croient que le pouvoir de faire des miracles fut accordé par le Christ à son Eglise, et que jamais il ne lui a été ni ne lui sera retiré. Par la bouche du prophète Joël (II, 28), Dieu annonça aux Juifs, que, dans les derniers jours, il répandrait son esprit sur toute chair ; que leurs fils et leurs filles prophétiseraient, que leurs jeunes qens auraient des songes, et leurs vieillards des visions.
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DÉFENSE DE L'ÉGLISE ROMAINE
Quand saint Pierre cita cette prophétie aux Juifs, assemblés pour la fête de la Pentecôte, ,il leur déclara que la promesse qui y était contenue, /ewr avait été faite à eux , à leurs enfants et à tous ceux qui étaient absents , et que le Seigneur Dieu pourrait choisir ( Act. des Apôtres, II, 39). 3ésus-Chr\s{, dans son dernier sermon , après avoir exhorté saint Philippe à croire en lui comme Dieu , égal à son Père ; et après en avoir appelé à ses œuvres, comme témoignage rendu par son Père , s'exprima en ces termes solennels : En vérité! en vérité ! je vous le dis, celui qui croit en moi, les œuvres que je fais> il les fera, et il fera encore des choses plus grandes que celles-ci [Jean, XIV, 12). Quand étant prêt à monter au ciel, le Christ prit congé de ses apôtres, et leur donna sa dernière bénédiction, il leur Gt connaître les signes qui accompagneraient ceux qui auraient de la îoi. En mon nom., leur dit-il, ils chasseront les démons, ils parleront de nouvelles langues, ils manieront les serpents , et s'ils boivent des breuvages empoisonnés, ils n'en éprouveront pas de mal , ils imposeront les mains sur les infirmes, et les infirmes seront guéris ( Marc, XVI, 17).
Les catholiques romains disent avec confiance : Par ces mots, le Christ n'a-t-il pas promis qu'il s'opérerait des miracles dans son Eglise ? qu'ils s'opéreraient sans qu'il y ait pour cela de temps limité? que plusieurs de ces miracles seraient plus grands que les siens propres ?
Soutenir que la promesse a manqué, serait une impiété; il doit donc y avoir eu sans interruption, dans un lieu ou dans un autre , des miracles opérés. Or, l'Eglise catholique romaine est la seule qui, depuis l'origine du christianisme jusqu'au temps actuel, ait eu une existence visible et non interrompue ; des miracles sans interruption n'ont donc dû être opérés qu'au sein de l'Eglise catholique romaine. Ils ne peuvent avoir eu lieu dans aucune Eglise séparée du siège de Rome à l'époque de la réformation ; car pour se servir d'une expression de Bossuet , dans sa controverse avec Claude : Quand l'Eglise des réformateurs se sépara pour la première fois de l'Eglise unique, de l'Eglise sainte, de l'Eglise catholique romaine, leur Eglise ne pût, d'après leur propre aveu , entrer en communion avec aucune autre dans le monde entier.
2° La proposition qu'une succession constante de miracles dans une Eglise, prouve la vérité de son symbole religieux, paraît être universellement admise : C'est, dit le docteur Middieton, dans sa Libre Enquête (troisième édition, p. 1, XVI), une maxime qui doit être reconnue par les chrétiens, que toutes les fois qu'un rit sacré ou une institution religieuse devient un instrument de miracles, il faut considérer ce rit comme confirmé par l'approbation divine.
Il s'ensuit nécessairement que si les caificjljques romains prouvent une succession coDslaliie de miracles dans leur Eglise, par
là même ils auront établi la vérité de leur doctrine.
Sentant bien la rigueur de cette conséquence, les théologiens protestants jugent qu'il leur faut soutenir qu'à une époque quelconque de l'ère chrétienne, et antérieurement à la réformalion, il y a eu cessation de miracles dans l'Eglise catholique. Quand on leur a demandé de spécifier l'époque, ils ont répondu que ce fut lorsque la corruption du christianisme devint générale. Quand ensuite on leur a demandé de dire le temps où celte corruption générale eut lieu, il s'est trouvé très-peu d'accord entre eux. Quelques-uns ont indiqué le quatrième siècle, d'autres le cinquième et même le sixième; mais la gé^ néralité a déclaré que ce fut à l'époque de la conversion de l'empereur Constantin. D'après leur système, le christianisme devint alors la religion de l'Etat; soutenus par le bras séculier, les chrétiens cessèrent de placer leur confiance en Dieu, et il s'ensuivit la corruption générale du christianisme. C'est donc depuis cette époque que le Tout-Puissant (suivant leur hypothèse) cessa de reconnaître l'Eglise catholique, et lui retira les pouvoirs surnaturels dont ju-qu'alors il l'avait laissée investie.
Voilà ce que disent les écrivains protestants de l'ère supposée de la corruption du christianisme. Il est évident que quelque puisse être l'époque qu'ils assignent, il doit y avoir erreur dans cette indication, s'il y a eu depuis d(S miracles opérés dans l'Eglise catholique : puisqu'on ne peut supposer que le Tout-Puissant ait permis que dans une Eglise corrompue il se soit opéré des miracles ; or les catholiques romains produisent une chaîne régulière de miracles opérés dans une époque subséquente du christianisme.
Puisque les protestants admettent l'existence de miracles dans les siècles qui ont précédé l'ère assignée par eux à la corruption du christianisme, c'est à eux à contredire les miracles dont argumentent les catholiques romains, comme ayant été accomplis dans les siècles subséquents ; et ils ne pourraient y réussir qu'en démontrant que les témoignages à l'appui de ces miracles n'auraient pas la même force que les témoignages en faveur des miracles opérés dans les siècles précédents, et avoués et reconnus par eux.
Ici vient se placer le docteur Middieton ; d'après ce qu'il avance, il est impossible aux protestants de prouver que les miracles aient cessé à aucune des époques assignées par eux, puisque les catholiques, dans son opinion, peuvent démontrer victorieusement que la sainteté, les talents et le discernement de ceux dont le témoignage est invoqué pour appuyer les miracles des siècles subséquents, ne le cèdent ni à la sainteté, ni aux talents, ni au discernement de ceux dont les témoignages, en fiiveur des miracles des siècles antérieurs, ont été acceptés et trouvés suffisants par les protestants eux-mêmes. Si parmi les points historiques que les écrivains sacrés ont cherché à éclaircir, dit le docteur Middieton ilnti. XV^ XVI), il en est un à Vé-
EMONSTRATION EVANGlLIQUE. BUTLER.
gard duquel il y ait eu parmi eux unanimité a opinions, c'est la succession et le don continuel des miracles opérés dans VEqlise catholique, depuis le premier Père de V Eglise qui en ait parlé, jusqu'à V époque de la ré formation, et depuis cette scission religieuse jusqu'à nos jours; miracles attestés par des hommes d'un beau caractère, d'une grande probité, d'une haute intelligence, et revêtus souvent de dignités ; en sorte que le seul doute permis est sur la foi qu'on peut ajouter aux historiens de l'Eglise. S'ils doivent être crus dans le cas présent, il faut les croire sur tout ou ne les croire sur rien. En effet on trouvera des raisons aussi fortes d'ajouter foi à leur témoignage, dans un siècle que aans un autre, si ces motifs de crédulité doivent dépendre du caractère des personnes qui attestent ou de la nature des choses attestées.
Poursuivant cet argument, le docteur Middleton borne toutefois le don des miracles au siècle des apôtres. Suivant son système, ce pouvoir a été accordé aux disciples du Christ, et à d'autres, pendant la vie des apôlres ; mais il s'est éteint à la mort des derniers des apôtres, et ne s'est plus montré dans le monde chrétien. Après avoir parlé des miracles des six premiers siècles : Je ne vois rien, dit ce savant et ingénieux écrivain {Inti. I, XXXII, XCVI)', qui pût infirmer les témoignages en faveur des miracles qu'on dit opérés depuis le sixième siècle jusqu'à aujourd'hui, depuis le pape Grégoire le Grand jusqu'au pape Clétîient XII ; tous les siècles qui se sont succédé nous offriront des miracles, et pour les attester, des témoins aussi croyables que ceux du sixième siècle. Si vous accordez aux catholiques romains un seul siècle de miracles après res temps apostoliques, nous voilà embarrassés dans un labyrinthe de difficultés, dont nous ne pourrons jamais sortir, à inoins d'accorder les mêmes pouvoirs au siècle présent.
Tel était le système du docteur Middleton, concernant les miracles opérés dans l'Eglise chrétienne. Il l'a soutenu avec beaucoup d'habileté dans l'ouvrage que nous avons cité. Cet ouvrage fit naître de vives alarmes : une armée de théologiens se souleva contre Middleton, et il s'ensuivit une controverse en règle. Les adversai-res du docteurfirent preuve de science et de talent; mais quand Middleton leur adressait cette accablante question : Quel plus grand droit à notre croyance, le témoignage que vous admettez peut-il avoir, que le témoignage que vous rejetez? 11 faut convenir qu'il ne recevait aucune réponse satisfaisante.
D'un autre côlé, quand les adversaires du docteur Middleton lui demandaient à leur tour: Pourquoi accordorait-on plus de confiance aux écrivains du siècle apostolique qu'à ceux des siècles suivants? Cotte question était aussi pressante, et le docteur ne pouvait y répondre. S'il y avait répondu conséquemraent aux opinions qu'il avouait luimême, et qu'il essayait de faire valoir contre ses adversaires, il lui aurait fallu dire que les écrivains apostoliques et ceux qui leur avaient succédé avaient le même droit à être
crus. Il s'en serait suivi que, puisqu'il n'ajoutait pas foi aux écrivains qui avaient succédé aux apôtres, il ne pouvait en ajouter davantage aux écrivains apostoliques. 11 est évident que cet argument aurait sapé les fondements du christianisme. Sentant bien la force de cette conséquence, le docteur Middleton éludait continuellement la question. Cela n'échappa pas à l'observation ni de ses adversaires, ni en général de ceux qui étaient attentifs à la controverse; et l'opinion presque universelle fut que sa libre enquête était virtuellement, et peut-être à dessein, une attaque contre tous les miracles, et par cela même contre l'essence du christianisme.
Le système du docteur Middleton, dit M. Chalmers, dans son Dictionnaire biographique, alarma avec raison le clergé et tous les amis de la religion ; car il était impossible de le soutenir sans blesser jusqu'à un certairi point les miracles des saintes Ecritures. On pensa aussi que les livres canoniques ne recevraient pas une faible atteinte si les Pères, sur la foi desquels l'authenticité de ces livres repose en quelque sorte, se trouvaient ainsi dédaignés.
Il est vrai que le docteur Middleton eût pu répondre qu'il n'y avait pas d'analogie entre les écrivains apostoliques et les écrivains des temps postérieurs ; que les premiers avaient été inspirés de l'Esprit-Saint, et que tout ce qu'ils avaient raconté était en conséquence nécessairement vrai. Mais cette réponse n'aurait fait reculer la difficulté que d'un pas : les adversaires du docteur auraient à leur tour demandé sur quoi, selon lui, reposait l'inspiration du Nouveau Testament, ou même l'authenticité du texte sacré. A cette question, Middleton aurait répondu : Sur le témoignage des hommes. Cet accablant argument aurait été alors porté au docteur : Quelle croyance attribuez-vous, d'après vos principes, à ce témoignage, qui ne doive également l'être au témoignage en faveur des miracles de tous les siècles? en faveur au moins de quelques-uns de ceux que vous rejetez si présomptueusement? et le docteur Middleton aurait été forcé de se taire.
Tel fut le résultat de cette controverse célèbre : elle fit une grande sensation, et a laissé des impressions qui ne sont point encore effacées.
En général les catholiques romains refusèrent d'y prendre part, certains qu'elle servait nécos:>airement leur cause. 11 était évident que le docteur Middleton, en prouvant contre ses antagonistes que le témoignage apporté par eux, à l'appui des miracles qu'ils admettaient, n'était pas d'un plus grand poids que le témoignage à l'appui de ceux qu'ils rojclaienl, établissait par là, de la manière la plus complète, la doctrine des catholiques romains sur la succession non interrompue des miracles dans leur Eglise ; et que, d'un autre côté, quand les adversaires du docteur Middleton démontraient que l'inspiration du Nouveau Testament, et même l'aulhenticita du texte, ne pouvaient être prouvées que par le témoignage des hommes, ils établis'
DEFENSE DE L'ÉGLFSE ROMAINE
saient tout aussi complètement la doctrine de tradition de l'Eglise catholique romaine.
A l'égard du point que nous examinons, nous ne voyons pas dans le Livre de l'Eglise si nous devons vous classer avec le docteur Middleton, ou vous ranger parmi ses antagonistes. Dans le premier cas nous vous prie-, rons d'expliquer, lors de quelque nouvelle' édition de votre ouvrage, de quelle manière,! sans avoir recours à la tradition, on peut prouver que les livres saints ont été inspirés, ^ et que par conséquent ils ont droit à la vénération que le docteur Middleton reclamait en, leur faveur : dans le second cas, nous désirons connaître quelles sont vos raisons pour, admettre les miracles qui ont précédé l'époque assignée à leur cessation par les antagonistes du docteur, et rejeter ceux qui ont' eu lieu depuis cette époque. i
^i'Mais, tandis que les catholiques romainS| affirment qu'il a plu au Dieu tout-puissanti d'opérer, depuis la première prédication dej l'Evangile jusqu'à ce jour, beaucoup de mi-j racles incontestables en faveur de son Eglise^ et de ses doctrines, ils reconnaissent, sans distinction, qu'il n'y a pas de miracles qui^ soient des articles de foi, excepté ceux qui] sont rapportés dans l'Ancien ou le Nouveau Testament. Cette doctrine est également con-1 forme à la religion et au sens commun : car tous les miracles qui ne sont pas compris: dans les saintes Ecritures reposent sur le témoignage humain ; or le témoignage hu-' main, étant sujet à erreur, les miracles qu'il établit , ne reposant que sur des bases qui ne sont pas infaillibles, peuvent par conséquent être rejetés. C'est pourquoi les théo-" logiens de l'Eglise catholique romaine n'imposent jamais l'obligation d'admettre cette sorte de miracles , ni au corps entier des fidèles, ni à aucun individu en particulier; ils recommandent simplement d'y croire, et ils ne font même pas celle recommandation quand il s'agit de miracles qui ne sont pas appuyés de témoignages du plus grand poids. Même lorsque un témoignage a tous les caractères de la vérité et qu'il ne peut être raisonnablement infirmé ou révoqué en doute ils admettent néanmoins que ce n'est encore qu'un témoignage humain, et par conséquent sujet à l'erreur. Le docteur Milner rejette {Fin delà controverse, lettre 24) tous les miracles rapportés dans la Légende dorée de Jacobus de Voragine ; ceux qu'on trouve dans le Spéculum de Vincentius Belluacencis ; ceux qu'on lit dans les Vies des saints du patricien Metaphrustes : il n'y a aucun catholique romain qui croye aux miracles qui reposent surl'aulorilé dcSurius ou de Monbritius. Le docteur Lingard {Antiquités de l'Eglise anglo-saxonne, c. 12, n. 6) appelle Osbert, le biographe de saint Dunslan, un biographe peu judicieux , dont la crédulité caduque recueillait et embellissait toutes les fables. Le docteur Lingard {Ibid., c. 9), tout en affirmant qu'il y eut des miracles du temps des Anglo-Saxons , qu'ij faudrait autant de talent pour réfuter, que*, d'incrédulité pour révoquer en doute, admet
cependant qu'il en est beaucoup qui ne sav^
raient tenir devant le flambeau de la critique, que quelques-uns ont été le résultat de causes physiques ou l'effet de l'imagination, que d'autres sont plus propres à faire sourire les lecteurs qu'à exciter leur admiration; plusieurs enfin qui, sur quelque fondement qu'on les ait admis , ne reposent que sur le témoignage éloigné d'écrivains qui ne sont remar' quablcs ni pour leur sagacité ni pour leurs lumières. Il est malheureux , dit le docteur, que les connaissances de ces écrivains de miracles n'aient pas égalé leur piété. Mais on peut quelquefois dire de leurs contradicteurs que 'eur piété n'a pas été égale à leur science.
Cette exposition de la doctrine des catholiques romains, concernant les miracles, a souvent été faite. Ne puis-je demander s'il csi juste ou généreux de tourmenter les catholiques d'aujourd'hui, à cause de la crédulité des anciens écrivains de leur communion, et d'essayer de les rendre odieux eux cl leur religion par ces continuelles et injurieuses répétitions d'arguments si souvent réfutés?
, Dans un sermon prêché devant la reine Elisabeth, le docteur Jewell, l'organe savant, 'vénéré et autorisé de l'Eglise protestante , comme il est qualifié par l'évêque de Saint- David, représenta à Sa Majesté que les devins et les sorciers se multipliaient d'une manière étonnante, que les sujets de SaMajesté languissaient et finissaient par mourir , que les couleurs de leur teint s'effaçaient , que leur chair *ombait enpourriture, qu'ils perdaient l'usage ie la parole et de la raison. Par suite de cette représentation. Sa Majesté et les lords spiri- 'tuels et temporels, dans l'assemblée du parlement, firent du sortilège un crime de tra- .hison. Beaucoup de gens périrent , à cause de cette loi , sous ce règne et les suivants. Que penserait un protestant d'un catholique romain qui voudrait maintenant décrier jrEglise d'Angleterre, à cause de ce sermon et de l'acte du parlement qui en fut la suite et ,qui essaierait de faire de cette croyance aux (Sorciers un des dogmes de l'Eglise actuelle Jd'Angleterre? Par parité de raisonnement, un catholique romain ne peut-il pas avec iraison se plaindre quand vous mettez en avant la misérable histoire de saint Dunslan, pinçant le nez au diable, et d'autres contes de cette espèce ; et que vous les donnez comme faisant partie de la foi et des doctrines de l'Eglise catholique?
I 11 est temps que cette manière de disputer prenne fin. S'il doit y avoir encore une conitroverse entre les catholiques elles protestants , qu'elle ne soit que la controverse des érudits et des gens comme il faut : une controverse semblable à celle qui eut lieu entre Laud et Fisher, entre Chillingvrorth et Knott, .telle que nous en trouvons une dans les lettres élégantes du père Scheffmacher et dans le savant traité du docteur Isaac Banou ; telle enfin que la controverse, que nous lisons dans le livre du docteur Milner, intitulé: Lettres à un prébende, et dans sa Fin de la 'controverse. J'ai beaucoup epaprun^é à ces ouvrages dans les lettres que j'ai maintenant
DEMONSTRATION EYANGELIQUE. BUTLER.
l'honneur de vous adresser. Je vous en recoramanilc p.irliculièrement la lecture, à vous et à tout protestant qui désirera sincèrement de connaîlrc nos dogmes, les preuves sur lesquelles nous les faisons reposer et Thistoire des catholiques romains d'Angleterre depuis la réformation.
LETTRE IV
Causes qui ont favorisé la propagation du christianisme parmi les Anglo-Saxons,
Monsieur,
Ce chapitre de votre ouvrage est important. Un catholique romain lira avec plaisir l'ample tribut d'éloges que vous payez, dans plusieurs de ses parties, à la conduite des missionnaires de l'Eglise de Rome, à la doctrine qu'ils prccliaient et à la manière dont ils la prêchr.ipnl. Néanmoins vous êtes encore quelquefois injuste à leur égard, et, à ce sujet, j'offrirai quelques observations : 1" je ferai voir que la conduite des missionnaires a été, avec l'aide dr la Providence, la principale cause de leur succès dans la prédication de l'Evangile; 2° je répondrai à une accusation sans fonde:; ent, que, dans ce chapitre, vous avancez contre le clergé anglo-saxon; 3° et j'examinerai l'assertion par laquelle vous prétendez que la foi des VVelches était plus pure que celle prcchée par saint Augustin aux Anglo-Saxons.
l. La conduite des missionnaires a été, avec l'aide de la Providence, lu principale cause de leur succès. — Vous vous demandez pourquoi le christianisme aurait été établi de si bonne heure en Angleterre et avec si peu d'opposition, quand son introduction dans les contrées du paganisme a, dans ces siècles derniers, été accompagnée de tant de difficultés qu'à une certaine époque on avait considéré qu'il n'y avait pas d'espoir qu'elle réussît, et qu'elle était impossible , à moins d'un miracle. Vous assignez, à son établissement paisible et précoce parmi les Anglo-Saxons, plusieurs causes naturelles. Je coïncide avec vous dans l'opinion que les causes, dont vous faites mention , ont été favorables à l'introduction et à la propagation du christianisme en Angleterre; diverses causes naturelles avaient également été favorables à son introduction et à sa propagation dans l'empire romain. L'histoire entière nous montre que la Providence dans sa sagesse fait fréquemment usage de moyens humains, comme d'instruments pour arriver à ses fins; et qu'elle accomplit ses décrets, au moins en partie, en se servant des hommes comme auxiliaires.
Mais le succès des apôtres anglo-saxons ne fut-il pas dû surtout à l'aide de la Providence, aux faveurs et aux dons qu'il plut au Tout-Puissant d'accorder à ces missionnaires? Aucune des circonstances dont vous faites mention, comme avant été favorables à l'introduction et à la diffusion de l'Evangile parmi les Anglo-Saxons, n'avait existé dans quelques-unes des contrées où il fut prêché par les disciples de saint Augustin ; et cependant le succès des disciples fut partout
égal au succès du maître. Ne devrait-on donc pas l'attribuer à ce qu'ils possédaient les mêmes vertus que saint Augustin?
Dans combien de parties du globe, les catholiques romains , placés dans les circonstances les plus décourageantes, n'ont-ils pas eu de semblables triomphes? En opposition avec les pouvoirs établis, et souvent sous le poids de sévères persécutions , des conversions sans nombre ont été opérées par les missionnaires catholiques romains àMadura, à la Cochinchiue, auTonquin, dans l'empire de la Chine, sur la Péninsule de Corée, parmi les Hurons, les Miamis, les Illinois et d'autres tribus de l'Amérique du nord; chez les sauvages du Paraguay, de rUraguay et de Panama ; au milieu des barbares Moxas, des Chiquits et des Caniziens. Toutes ces contrées ont été abreuvées du sang des missionnaires catholiques romains, et pour se servir de l'expression bien connue de Tertuilien , Ce sang est devenu la semence de l'Eglise?
Et voyez le spectacle offert récemment en Irlande ! Là des prêtres vivaient au milieu de leurs ouailles, pauvres et affamées, les consolant et partageant avec elles leur misérable nourriture ; les instruisant des vérités salutaires de la religion ; leur administrant les soulagemenis spirituels, sans intérêt, sans espoir de récompense terrestre : pasteurs inconnus au reste du monde. Tout à coup quelques missionnaires des sociétés bibliques se jettent au milieu de leurs troupeaux, essayant de les distraire à leurs pasteurs et de les gagner à la religion de l'Etat. Assaillis si brusquement, ces obscurs, mais dignes ministres du Seigneur, saisissent l'armure de la religion, de la science et de l'éloquence, et >e présentent au combat. Quel est le fait historique qu'ils n'aient pas éclairci ? Quel est l'argument qu'on leur ait opposé , auquel ils n'aient pu répondre? Quelles formes de dialectique qui ne leur aient été familières? Quel don d'éloquence qui leur ait été refusé ? Ce fut un jour glorieux pour les catholiques d'Irlande. Dites-nous si vous pourriez nulle part trouver un clergé qui, soudainement attaqué de cette minière, pût rendre un tel compte de sa foi ? Faut-il s'étonner que de semblables hommes annoncent la parole de Dieu avec succès ?
IL Injuste imputation faite dans ce chapitre au clergé anglo-saxon. — Vers le milieu de ce chapitre, vous représentez les missionnaires comme politiques dans leurs plans, peu scrupuleux sur les moyens qu'ils ont employés, parce qu'ils étaient persuadés que tout moyen était justifiable, pourvu qu'il conduisit au but proposé.
Vous conviendrez que la conduite que vous prêtez ici aux missionnaires anglosaxons serait extrêmement coupable; que de principes semblables découleraient des conséquences dangereuses; vous conviendrez aussi qu'une accusation de cette nature, portée contre un individu, ne saurait être prouvée qu'autant que celui qui en est l'ob jet la justifierait par un aveu formel, on
DEFENSE DE L'EGLISE ROMAINE
qu'elle reposerait sur des faits incontestables; et que si cette accusation pèse sur un corps entier, on ne peut la justifier quen s'élayant d'une multitude d'aveux et de faits semblables. Mais dans le cas présent, citez-nous ces aveux, citez-nous ces faits.
in. Prétendue pureté' plus grande de la foi des Welches. — Les Saxons, nous apprenezvous, reçurent le christianisme altéré dans ses formes, mêlé de cérémonies nouvelles, de pratiques humaines, et corrompu dans ses doctrines. Les Welches avaient une foi plus pure. Mais peut-on produire le plus léger témoignage en faveur de cette foi plus pure? y at-il même la moindre raison de le présumer? Gildas, qui était un Welche, Gildas, contemporain de saint Augustin, censure, dans les termes les plus forts, la conduite du clergé du pays de Galles et sa négligence à remplir les devoirs de la cléricalure. Est-il, d'après cela, probable que la foi du clergé ait été plus pure que celle de saint Augustin ? Ajoutez que l'une dos demandes faites par saint Augustin fut qu'il se joignît à lui et à ses compagnons, pour prêclier la parole du Seigneur aux idolâtres [Antiquités de l" Eglise anglo-saxonne, du docteur Lingard.page'-l). Aurait-il fait celte demande, s'il n'eût existé la plus stricte unité de dogme entre lui et les prêtres du pays de Galles? Tout ce qu'il exigea d'eux, en outre, fut qu'ils adoptassent le rituel romain pour l'administration du baptême ; qu'ils observassent la tomputation des fêtes de Pâques, adoptée dans tout le reste de la chrétienté, et qu ils se soumissent à la juridiction métropolitaine que le pape lui avait conférée ; saint Augustin ne fut pas écouté. Vous en inférez que le christianisme des Welches n'était pas celui de l'Eglise de Rome. Qu'il me soit permis d'observer que les cérémonies du baptême en usage chez les Welches, et celles que saint Augustin leur demandait d'adopter, ne différaient que dans la forme et non pas dans rien de ce que l'Eglise catholique considère comme la substance du sacrement; que la manière de computer les fêtes de Pâques , différente de celle qui était établie dans l'Eglise de Rome n'intéresse nullement la foi , et que le refus des Welches de reconnaître saint Augustin pour leur archevêque et métropolitain n'établissait d'autre assertion de l'indépendance de leur Eglise à l'égard d'un évéque intermédiaire, que celle qu'à toutes les époques du christianisme et dans toutes les parties du monde chrétien, des prélats catholiques de la plus belle réputation, reconnus par le siège de Rome, et se soumettant sans équivoque à sa suprématie spirituelle , ont vigoureusement soutenue en point de discipline locale. On pourrait ajouter que les Welches, malgré ces difflcultés , sont toujours restés en communion avec lesiége de Rome , et qu'à une époque qui n'est pas encore très-éloignée ils se conformaient, dans tous les points mentionnés, à la discipline générale de l'Eglise romaine.