LETTRE XIV
La reine Marie.
Je vais examiner, dans le Livre de l'Eglise, le chapitre qui traite du règne de la reine Marie. Permettez-moi de hasarder qu'^Iques remarques, 1. Sur les persécutions éprouvée»
DÉFENSE DE L'ÉGLISE ROMAINE
par les protcslaiils ; — II. Sur l'archcvdque Cranmcr et révoque Latimcr; — III. Sur le caractère général de la reine.
I. Persécutions éprouvées par les protestants sous le règne de la reine Marie. — Dans le récit que vous faites de la condamnation aux flammes de Jean Bocher, sous le règne d'Edouard VI , vous prétendez que la funeste part qu'eut Cranmer dans cette affaire est la page la plus <r«s^e de son histoire, la seule qu'on ne puisse défendre. Permettez-moi do commencer cette lettre en vous demandant comment vous pouvez défendre la clause de persécution des catholiques romains que Cranmer avait insérée dans son Code pour la ré formation deslois ecclésiastiques de l'Angleterre (1). D'après cette clause, la croyance à la transsubstanti.ition, à la suprématie du pape, ou à la justiGcation par la foi seulement, était une hérésie ; et il était ordonné que les individus accusés de telle croyance, seraient accusés devant les cours spiriluellos; s'ils étaient convaincus , excommuniés ; et , après un répit de seize jours, s'ils ne se rétractaient pas , livrés au magistrat civil, pour subir le châtiment prévu par la loi. Qu'est-il possible d'alléguer pour atténuer l'horreur de pareilles provisions? ^'euillez vous rappeler que vous avez reconnu vousmême que la majorité de la nation était, à cette époque, attachée à l'ancien no foi.
Pour pallier les persécutions de Marie, on pourrait dire qu'elle ne fit qu'exécuter contre Cranmer et ses associés, les provisions auxquelles il avait désiré qu'elle et les siens eussent été soumis ; en sorte que les flaniines qui le consumèrent furent les flannnes mêmes oii il avait fait brûler les anabaptistes , et cherché à jeter les catholiques. On pourrait ajouter que les mesures sanguinaires de Cranmer n'avaient été provoquées ni par les mouvements, ni par les excès des catholiques ; tandis que les provocations des protestants à l'égard de Marie avaient été nombreuses et véritablement hostiles. Ils avaient amassé, dit le docteur Lingard, sur la reine et sur ses évêques et sa religion, toutes les épithètes les plus insidlantes que le langage peut fournir. Son clergé ne pouvait exercer ses fonctions sans danger de la vie: un poignard avait été lancé à un prêtre dans la chaire ; un coup de fusil avait été tiré sur un second ; un troisième avait reçu plusieurs blessures pendant qu'il administrait la communion dans son église. Les principaux auxiliaires de la trahison de Norlhumberland , les plus actifs des partisans de Wyat , professaient la religion réformée : on avait suborné un imposteur pour jouer le rôle d'Edouard VI ; un prétendu esprit avait dénoncé la reine, et ses paroles paraissaient sortir d'un trou dans la muraille; plusieurs congrégations faisaient des prières pour sa mort ; des écrits remplis d'assertions odieuses et appelant à la trahison, avaient été envoxjés par les exilés d'Allemagne {2), et des insurrections successives avaient
(1) Sous le litre de Hœresibus, c. 1, 7, 19, 21 ; de Judtdis con'.ru hœr. c. 1,2, ô, i.
(2) Si l'aigreur et la calomnie constituent le mérite d'uo
été projetées par les fugitifs qui se trouvaient en France. Quand des prières publiques eurent été ordonnées, dit M. Philips dans la Vie du cardinal Pôle, parce qu'on supposait que la reine était enceinte, un prédicateur réformé fit usage de celte forinule : Plaise au ciel de détourner son cœur de l'idolâtrie ou d'abréger ses jours! La tête d'un chien fut rasée, en dérision de la tonsure cléricale ; et, par une impiété que je n'ose rapporter, dit M. Philips, une hostie fut placée dans la patte d'un chat mort , pour singer le saint sacrement, et le chat fut suspendu dans Cheap- Side.
Vous conviendrez que c'étaient là des provocations manifestes ; vous avouerez encore que jamais les catholiques romains ne se rendirent coupables de semblables provocations , ni à laccession d'Edouard , ni à l'accession d'Elisabeth. Les provocations dont j'ni parlé justifient-elles les persécutions de Marie? Non, sans doute, sous aucun rapport; seulement elles auraient pu légitimer des mesures de précautions : mais entre des mesures préventives et la persécution l'intervalle est immense. Vous vous étendez beaucoup sur la sainteté du règne de Marie : J'ai, dit le docteur Milner dans la vingtdeuxième lettre de sa fin de la controverse, discuté cette matière avec une certaine étendue dans les Lettres à un prébende ; et j'ai fait voir , en opposition à John Fox et à ses copistes, que plusieurs de ces prétendus martyrs étaient vivants quand il écrivait l'histoire de leur mort {Voyez lettre W sur la persécution); que d'autres, et les cinq évêques en particulier, loin d'être des saints , avaient manqué notoirement aux devoirs de sujets et de citoyens {lettre Y' sur la ré formation) ; que d'autres encore étaient des assassins avérés , tels que Gardiner, Flawer et Rough ; ou des voleurs, comme Debenham , King , Marsh, Caurhis, Gilbert, Masscy, etc. , etc., etc. {lettre lY') ; et qu'un grand nombre de ces derniers rétractèrent leurs erreurs et moururent en apparence dans la foi catholique.
Il y a peut-être de fortes raisons de penser que les évêques de Marie , en général , ne favorisèrent pas la persécution. On ne sait pas jusqu'à quel point on doit blâmer le cardinal Pôle ni l'évêquc Tunstal : Gardiner, l'évêque de Winchester et le chancelier, méritent plus de blâme ; presque tout l'odieux de ces mesures retombe sur Bonner. Le docteur Lingard établit quelques observations qui rendent très-probable que ni Gardiner ni Bonner ne furent aussi coupables qu'ils ont généralement été représentés.
On ne devrait pas oublier que Alphonse de Castro , moine espagnol et confesseur de Philippe, dans un sermon prêché devant la cour , condamna ces mesures de la manière la plus positive {Strype , 111,209), comme contraires et au texte et à l'esprit de l'Evaa-
libelle, i! serait difficile de rien trouver qui valût ces écrits. Le lectunr en aura quelques éehanlilloDS du» Strype, 111, 231, 252, 328. 338, 410, 460.
DÉMONSTRATIOiN EVANGELIQUE. BUTLER.
gilc. Il dit que ce n'était pas par la sévérité, mais par la douceur que les hommes étaient ramenés entre les bras du Christ ; et que le lot des évéques n'était pas de chercher la mort de personi e, mais d'instruire l'ignorance de leurs frères abusés. Beaucoup de gen^, dit le doclcur Lingard, étaient fort embarrassés pour s'expliquer ce sermon. Etait-ce un acte spontané de la part du moine ; avait-il été suggéré par la politique de Philippe , par l'humanité du cardinal Pote ou par la répugnance des évéques? Quoiqu'il en soit, il fit une profonde impression. Li- prédiciileur fut onsuiie nommé à un évêché en Esp;tgnc. L(; docteur Lingard montre également que la discussion rapportée par Hume {Strype , XXXVII), comme ayant eu lieu entre le cardinal Pule elGardiner à l'égard de la persécution projetée, est totalement imaginaire; et qu'il n'y a aucun fondement à l'assertion de Burnet, copiée par Hume , qui dit que l'instruction donnée aux îitagistrals de surveiller la paix pul)li(iue et à cet effet de faire arrêter les propagateurs de nouvelles séditieuses et les prédicateurs de doctrines séditieuses , ne fut qu'une tentative pour introduire l'inquisition en Angleterre. Il montre encore qu'il n'y a aucune vérité dans l'épisode du martyre de trois femmes à Guernesey.
En faisant toutes les concessions possibles, dit le docteur Lingard , on trouvera encore que dans l'espace de quatre années deux cents personnes périrent dans les flammes pour opinions religieuses : supplices qu'on nr ptut rappeler s:ins que l'âme ne soit saisie d'horreur, et qui nous apprennent à bénir la législation d'un siècle plus tolérant , où des dissidences religieuses sur des formes établies ne sont nulle part punies de mort , quoique , dans quelques contrées , elles entraînent encore des incapacités.
Vous parlez avec enthousiasme de cette fermeté que les martyrs mariens , ainsi que vous les appelez, sous le règne de Marie, montrèrent au milieu des flammes qui les consumaient. Je l'admire autant que vous; mais la fermeté des martyrs de l'éitiscopat, en Ecosse, sous le règne de Charles II (Ilist. d'Ecosse par Lingard , liv. VII et VIII), n'at-olle pas été aussi héroïque ? Si nous comparons l'attitude des martyrs mariens avec l'attitude des martyrs élisabéthéens, ceux-ci perdroat-ils au parallèle ?
J'ai déjà déclaré que ces sanguinaires exécutions ne peuvent se justifier; néanmoins , il ne faudrait pas oublier que des actes aussi coupables peuvent être imputés avec juste raison à beaucoup de souverains dont plusieurs ont une sorte de renommée historique: qu'il n'est pas à cette époque une contrée protestante en Euro|)e où de semblables exécutions n'aient eu lieu, ni un seul individu, parmi les réformateurs primitifs, qui n'ait voulu justifier la persécution religieuse; et que plusieurs de ceux qui furent exécutés sous le règne de Marie, pour cause d'hérésie , auraient pu l'être légitimement pour trahison. D'autres souverains,
avec plus de politique , mais non pas avec plus de justice, convertirent l'hérésie en trahison, et punirent l'hérétique converti, non comme hérétique, mais comme traître.
Vous commencez !e tableau que vous faites du règne de Marie , en avançant que : Les yens de Suffolk furent les premiers qui se déclarèrent pour la reine Marie ; que le culte réformé avait pris racine chez eux , et qu'ils avaient obtenu d'elle une promesse qu'il n'y aurait rien de changé dans la religion que son frère avait établie. Le docteur Lingard a suffisamment prouvé quil n'y a jamais eu de telle promesse faite par Marie. M. John Gage, dans son Histoire des antiquités de Hengrave, dans le comté de Suffolk, ouvrage d'un érudit et d'un homme distingué, a inséré la proclamation de Marie au peuple de Suffolk; elle ne contient aucune promesse semblable; et ils n'en rappellent aucune dans la long'ue pétition qu'ils ont par la suite présentée à Marie en faveur de la religion.
Il me reste à parier d'une circonstance où, pour aggraver les torts du gouvernement de la reine Marie , et l'odieux que, selon vous, il peut en résulter pour les catholiques romains , vous produisez une pièce de pure imaginalion. Vous dites que le jour que Jtidley et Latimer furent exécutés à Oxford, le duc de Norfolk dîna avec Gardiner ; et que le dîné fat relardé de quelques heures afin d'attendre l'arrivée du domestique de l'évêque, qui vint d'Oxford èi franc-étrier, pour annoncer qu'il avait vu mettre le feu au bûcher ; que Gardiner courut avec des transports de joie vers le duc de Norfolk pour lui apprendre cette nouvelle, et s'écria : Maintenani mettonsnous èi table ; qu'avant d'en sortir il fut saisi d'un med douloureux , et qu'ayant été porté dans son lit, il y demeura pendant quinze jours en proie à des tourments insupportables, et puis mourut. Cette fable a été réfutée. L'auteur de la vie de Fox, dans la Biographia britannica, en parle conime de ces récits nombreux de la relation de Fox sur la fidélité desquels on ne doit pas compter. Pour réfuter cette histoire tragique, il suffit, dit le biographe, d'observer que Gardiner parut à la chambre des pairs après le temps où l'on rapporte qu'il fut atteint de la maladie mortelle, et que, depuis plus d'un an, le vieux duc de Norfolk était mort quand Fox le fait dîner avec l'évêque de Winchester ; car il mourut au château de Framlingham, en septembre 153'*, et eut pour successeur son petit-fils qui ne pouvait être alors un vieux duc, comme porte cette histoire. Quant à Gardiner , il mourut de la goutte et non pas d'une rétention d'urine, ainsi que le rapporte Fox. Vous omettez l'importante épilhète de vieux, par laquelle le duc de Norfolk est désigné. La fausseté de ce récit a été relevée par le docteur Lingard (note {])),p. iOOet lOG) ; cependant il a trouvé place dans la première édition de votre ouvrage. Depuis , des articles insérés dans différents journaux en ont fait voir l'absurdité. Vous l'avez cependant conservé dans voire première édition. Puisse-t-il y rester longtemps comme une preuve du peu de foi
DÉFENSE DE L'ÉGLISE ROMAINh.
qu'il faut ajouter aux écrivains qui accordent ItMir foi à Foxl
Vous rassemblez plusieurs expressions outrageantes que lo père Persons, dans son examen dévot re|auteur|ravori,ja appliquées à quelques-unes des viclimes du règne de la reine Marie. En supposant qu'elles soient telles que vous le dites, je les condamne bien sincèrement; mais sont-elles aussi blâmables que celles du père Fox (vous nous avez appris que la reine Elisabeth le distinguait par ce nom), ou que les expressions que vous-même, je suis facile de le dire, ne cessez de nous appliquer dans tout le cours de votre ouvrage? Vous dites que le père Persons qualifie la inajorilédes viclimes de pitoijable et méprisable canaille... de imilheureux ignorants et obscurs... de bêtes entêtées et malfaisantes... d'artisans, de fileurs, et de gens de cette espèce. J'aurais souhaité que le père Persons n'eût fait usage d'aucune expression offensante : Res est sacra miser. Les souffrances, j'ajouterai volontiers les injustes souffrances de ceux dont il parle ainsi, auraient dû l'engager à les traiter avec douceur, quelle que pût être à leur égard son opinion.
Mais, comm( nt parlez-vous vous-même de nous et de noire religion ? A peine s'il est un chapitre, dans l'un et l'aulrc de vos deux volumes, qui ue renferme des expressions beaucoup plus insultantes que celles dont a fait usage le père Persons. 11 ne faudrailpas oublier que le père Persons a écrit dans des temps d'une controverse animée, qu'il avait alors sous les yeux les inslruuienls de torture et le gibet par lesquels ses frères en religion avaient péri, périssaient ou devaient périr. Ce spectacle était-il fait pour adoucir l'amertume de ses plaintes ? — Vous écrivez dans un siècle d'urbanité et de philosophie, quand la décence et la politesse des mœurs ont banni la polémique insultante dans les discussions des classes libérales de la société, quand l'oubli des querelles passées est universellement recommandé, quand on évite avec soin de rappeler les sujets d'irritalion , quand toutes les sectes chrétiennes désirent vivre en paix dans les liens de la charité, quand plusieurs de nos plus sages citoyens s'élèvent à la fois contre ce code pénal qui pèse sur les catholiques romains , quand ceux-mémes qui pensent que l'instant de leur émancipation n'est pas encore arrivé, font des vœux pour qu'il arrive bientôt, et exhortent, avec une ardente anxiété, les disciples des deux cuites à l'indulgence, à la modéralion, à tout ce qui p(>ul calmer ou réconcilier les esprits. — Au milieu de ces dispositions générales à l'union, vous qui réunissez l'érudition du savant aux manières distinguées de l'homme du monde, vous venez froidement et avec réflexion, entassant pages sur pages dérobées çà et là, renouveler les haines éteintes, enflammer les préjugés, perpétuer les discordes ; et, en divulguant tout ce que vous croyez propre à nous offenser, en cachant soigneusement tout ce qui pourrait nous faire honneur, vous essayez de ruiner notre caractère moral et, religieui , et de
nous exposer à la haine dé nos concitoyens. — Est-ce là de la sagesse, de la saine politique, de la charité? Gomme cette conduite est différente, je ne dirai pas de celle des Pilt, des Fox, des Burke, des Canning, mais de nos plus honorables et plus estimables adversaires , de lord Liverpool , dans la chambre haute, et de M. Pecl, dans la chambre des communes ! Comme l'esprit de votre livre est opposé à celui qui animait notre souverain quand il invita le duc de Norfolk, homme qui fait honneur à l'humanité, mais qui appartient à cette communion que vous vous plaisez à outrager, quand il l'invita à prendre part, comme acteur, aux cérémonies de son couronnement! Comme il est oppos'é à cet esprit qui l'a conduit en Irlande, l'olivier de la paix à la main, à cet esprit qui l'a porté à sanctionner l'acte qui dispense le grand maréchal de l'obligation de prêter le serment de suprématie, et l'acte qui efface le bill de condamnation (allainder) de lord Slafford ! Ces preuves de bonté, de haute sagesse et de politique libérale font bénir son nom par huit millions de ses sujets ! — Il n'est pas un d'eux qui ne lise votre livre avec tous les sentiments d'un honune blessé dans sa dignité ; et ils comptent tellement sur la bienveillance de leurs concitoyens, qu'ils ne doutent pas que si vous offriez votre plume à ceux qui, dans l'une ou l'autre chambre s'opposent à l'émancipation des catholiques, ou plutôt lâchent d'en reculer le terme, il se trouverait à peine une demidouzaine de membres qui voulussent accepter vos offres. Le moment est passé : tel serait le cri presque unanime. Il n'est plus de loyal citoyen (/ni puisse lire avec plaisir les injures contre l'Eglise calholique romaine, ou contre guelquim de ses membres. Portez vos écrits aux admirateurs du père Fox! Il vous a transmis son manteau ! Ne le prenez pas ; vous êtes fait pour quelque chose de mieux. 11. L'archevêque Cranmer et l'évêqueLatimer. — 0"<^ l'archevêque Cranmer et l'évêque Latimer aient été coupables de haute trahison pour leur active coopération à l'attentat du duc de Norlhumberland, afin de placer lady Jeanne Cray sur le trône, à l'exclusion de Marie, leur légitime souveraine, et de la princesse Elisabeth , l'héritière présomptive; c'est ce (lui est universellement reconnu. J'ai témoigné, dans mes Mémoires historiques sur les catholiques anglais, irlandais et écossais^ combien je trouvais exécrable la sentence qui, après le pardon des traîtres, les condamna aux flammes comme hérétiques ; je répèle ici, après de sérieuses réflexions, que j'ai celle sentence en horreur : et, à l'égard de Cranmer, je reconnais volontiers que la protection qu'il accorda à la princesse Marie, pour la soustraire aux fureurs de son père; que ses efforts pour sauver sir Thomas More, lévêque Fisher et lord CromAvell; que sa longue résistance aux six articles sanguinaires et les encouragements qu'il donna aux lettres, sont dignes des plus grands éloges; personne , plus que moi , ne lui décerne ces éloges avec sincérité, et ne désire aussi avec
SIS DLMONSTRATION KVANGELIOUE. BUTLER
plus de sincérité que ses fautes restent ensevelies avec lui(i;ins la loiubc. Mais (juarul on le représente comn)e un modèle de vertu , et que toute la inaiçie du style est employée pour l'exalter aux dépens des catholiques romains cl de leur religion ; que dans des récits brillants, on parle de ses souffrances pour soulever la tempête de l'indignation publique contre nous ; — alors
Facit indigiialio vorsiiin,
et je dois à mon tour faire quelques remarques.
Bien qu'il eût adopté, à l'égard du divorce, les princip(^s de Luther , dès les pic miers temps (le sa résidence en AUeiiiagne, il continua cependant , pendant les quinze années suivantes du règne deHenri, de profcsserouvertement la religion catholique, à l'exceplion seulement des doctrines relatives à la suprématie du pape. — Cela est-il juslifwhlc devant Dieu et devant les hommes?
Bien que, lorsqu'il fut sacré archevêque de Canlorbéry, il prêta le srrmeut d'usage d'obéissance au siège de Borne; au moment même de prêter ce serment , ne se relirat-il pas dans un appartement particulier pour protester contre? — Cela était-il honorable ?
Bien qu'il ait souscrit et fait souscrire à son clergé les six articles, dont le troisième et le quatrième ordonnent le célibat des prêtres et l'observation du vœu de chasteté , ne se maria-l-il pas, ne conlinua-t-il pas a cohabiter avec sa femme? — N'était-ce pas là de la dissimulation ?
Bien qu'il sût que Anne de Boulen n'eût été enchaînée par aucun contrat antérieur, ne lui extorqua-t-il pas , pour me servir de l'expression de Burnet, dans la position où elle se trouvait sur le bord de l'éternité, une confi'Ssion de l'existence d'un tel contrat?— N'était-ce pas là une coupable participation aux cruautés de son maître ? N'était-ce pas faire mourir ^infortunée avec le mensonge sur les lèvres ?
Ne confribua-t-il pas à faire mettre à la question Lambert, Anne Askew, Jean Bocher, Van Parr et autres, tant catholiques qu'anabaptistes ?
Ne fit-il pas des efforts , malheureusement trop efficaces, pour engager le jeune Edouard à signer l'arrêt de condamnation de Jean Bocher ?
N'a-t-il pas été , dans toutes ces circonstances , coupable à la fois en théorie et en pratique de persécution religieuse ?
N'avait-il pas déclaré, avant le mariage de Henri avec Anne de Clèves, que les négociations pour son mariage avec un prince de lamaison de Lorraine, n'étaient pas un empêchement légal à son mariage avec Henri ? Et cependant , ne déclara-t-i! pas , six mois après le mariage, que ces négociations avaient eu un tel effet? N'était-ce pas là un mensonge solennel et réfléchi ? Ne célébra-t-il pas alors le mariage adultère du monarque avec lady Catherina Howard? — N'était-ce pas là un Hucriléye ?
Kt enfin , malgré le droit incontestable des princesses Marie et Elisabeth au trône , n'intrigua-t-il pas , à la mort de leur royal frère, pour les en exclure, et pour y placer lady Jeanne (Iray? — N'était-ce pas là tout à la fois de l'ingratitude et de la haute trahison?
Pourriez-vous justifier sa conduite dans une seule de ces circonstances, sans encourir le reproche flagrant de faire du vice vertu ?
Je cite vos propres expressions : La part active (juc Cranmcr prit dans la condamnation aux flammes de Jean Bocher , est la plus triste page de son histoire , la seule qu'on ne puisse pallier. La part qu'il prit aux actes que je viens de rapporter , n'offret-elle pas également de tristes pages dans son histoire? Aucun de ces actes pcul-il être pallié?
Kt cependant, je le répète, ce fut une exécrable sentence que celle qui le condamna aux nainmcs pour hérésie, après (ju'il eut élé pardonné pour haute traiiison. Sa fermeté dans la torture à laquelle il fut livré, a rarement été surpassée ; c'est ici un imposant spectacle, et qui nous fait oublier tout ce que l'histoire a recueilli contre sa mémoire, Mais quand nous lisons dans la Biographia brilunnica et dans d'autres ouvrages , qu'i/ fut la gloire de la nation anglaise , et l'ornement de ta ré formation ; et quand nous voyons que , par de telles exagérations, on cherche à aggraver le préjugé nourri contre les catholiques romains , ses méfaits s'offrent à notre souvenir ; nous nous étonnons de l'esprit de parti et de rinlrépidilé des biographes et des panégyristes.
Quant à Lalimcr , que vous célébrez si hautement, n'a-t-il pas élé plus remarquable par ses inconséquences qu'aucun autre homme dont la biograpliie vous soit connue? Ne se fit-il pas d'abord connaître par ses attaques contre la doctrine de Mélanchlhon et des autres réformateurs allemands ? et ensuite par sa défense de ces n^êmes doctrines ? et enfin parleur proscription, pour obéir aux ordres de Wolsey ? Ne les adopta-t-il pas de nouveau encore , et ne les rejeta-t-il pas de nouveau, en demandant pardon à genoux de les avoir professées, afin de calmer Henri VllI ? enfin ne les adopla-t-il pas encore une fois sous le règne d'Edouard VI ? Ne trempa-t-il pas ouvertement dans les complots contre Marie ? Un tkl homme kst-ii. un héros ? Personne mieux que vous ne connaît l'antiquité; mais très-certainement en faisant le panégyrique de Latimer, vous n'aviez pas présente à l'esprit la maxime de cet ancien : que lorsque dans une nation l'éloge emphatique des vertus médiocres devient à la mode, l'existence des vertus réelles est à son tour problématique.
Comparez sa conduite à celle de More, de Fischer, ou de chacun des trois cents individus qui ont souffert la mort sous l'empire de vos lois pénales.
Je n'ai pas de disposition à incriminer; tel n'est pas mon caractère : mais, dans cette occasion-ci , V0U9 cl ceux que vous aveat con-
senti à copier (car je sens qu'ils vous sont de beaucoup inférieurs), m'y avez forcé. Or, après avoir entoniiu ce que j'ai élé contraint de rapporter, pcrmeltcz que je vous flcmande si, dans votre opinion, ceux qui provoquent des discussions sur le caractère et la vie des deux prélats dont j'ai parlé, sont réellement amis de leur mémoire ?
J'ai en ma possession un livre d'estampes pour les enfants, publiés par un éminent ministre réforiiié qui vit encore : dans ce livre, les bûchers de Siiiilhfiidd sont vivement représentés. Cela n'esl-il pas de la dernière imprudence? Et coniine cet ouvrage n'offre aucune représontalion dos sellettes , des gibets et des bûchers, instruments de supplice des catholiques romains, sous les règnes de la reine Elizabcth et de ses trois successeurs, le tableau n'est-il pas à la fois partial et injuste? il est temps que ces ridicules représentations cessent. Je vous fais la même offre qu'à faille docteur Milner à feu le docleur Sturges : — Que les protestants ne reprochent plus aux catholiques les bûchers de Marie, et les catholiques romains garderont également le silence sur le code sanguinaire d'Elisabeth, et les barbares exécutions qui en ont élé la suite.
III. Règne de. la reine Marie, — Vous le traitez hardiment d'ej-ecro^/ij : j'espère que quand vous avez écrit ces mots, vous n'aviez pas lu le tableau qu'en a fait le docteur liingard, et l'excellent résumé, ainsi que les observations qui le terminent; autrement, il me semblerait étonnant que vous puissiez vous exprimer comme vous l'avez fait. Le passage en entier est trop long pour être cité; je me bornerai à en transcrire la première page.
La tache la plus odieuse du règne de cette femme , est la longue et cruelle persécution des réformateurs. Les souffrances des victimes ont naturellement provoqué nne antipathie pour celle qui les fit infliger. Il est juste, cependant, de se rappeler ce que f ai déjà dit, que l'extirpation des doctrines erronées était inculquée comme un devoir par les chefs de toute» les opinions religieuses. Marie ne faisait que mettre en pratique ce qu'ils enseignaient. Sa faute ou plutôt son malheur fut de n'être pas plus éclairée que les plus sages de ses contemporains.
A cela près, elle est regardée par les plus modérés des écrivains de la réforme , comme la meilleure, sinon comme la plus grande de nos reines. Ils ont rendu un honorable témoignage à ses vertus : ils ont loué sa piété , sa clémence, sa compassion pour les pauvres, sa générosité envers les malheureux ; ils ont célébré le soin qu'elle prit de rétablir les fortunes des familles qui avaient été injustement dépouillées par son père et son frère , et de subvenir aux besoins du clergé des paroisses réduites à la misère par les spoliations du dernier gouvernement. Il est reconnu que son caractère moral est au-dessus de tout reproche : ce caractère inspirait le respect à tout le monde, même aux plus violents de ses ennemis; les dame» de sa tnaison copiaient les mœurs de
DÉl'ENSE DE L'ÉGLISE ROMAINE. ^ 318
leur maîtresse ; la décence de la cour de Marie a souvent été citée avec éloge par ceux qui gémissaient sur la dissolution qui envahit la cour de la reine qui lui avait succédé.
On doit s'-i rappeler, à l'éternel honneur des catholiques romains irlandais, que, sous le règne de Marie, ils se sont abstenus de toute persécution. — Sous le règne de la reine Marie, M sir William Parlnel, quoique les opinions religieuses des catholiques irlan-rdais, et leurs opinions politiques et individuelles , n'eussent pas été ménagées pendant les deux règnes précédents, ils ne firent de leur ascendant qu'un usage juste et modéré. Ils ne conservèrent aucun ressentiment du passé; ils ne formèrent aucun plan de future domination. — Les catholiques romains
IRLANDAIS DES FANATIQUES ! — LeS CATHOLI- QUES ROMAINS IRLANDAIS SONT LA SEULE SECTE QUI JAMAIS SE SOIT SAISIE DU POUVOIR SANS
EXERCER DE VENGEANCE {Apologic historique). LETTRE XV.
La reine Elisabeth.
Monsieur,
Nous arrivons au règne le plus important dans toute l'histoire de votre Eglise et de la nôtre , depuis la réformation. Je Ifaiterai dans cette lettre: — I. De l'établissement de la ri>ligion protestante sous le règne d'Elisabeth, et je noierai quelques faits et quelques observations qu'on trouve sur ce sujet dans le Livre de l'Eglise; — II. J'insérerai ensuite sommairement les lois passées sous ce règne contre les catholiques romains ; — III. Puis je parlerai des exécutions des catholiques romains sous l'empire sanguinaire de ce code ; — IV. Des arguments présentés par vous pour justifier des exécutions, dont vous attribuez la nécessité à la déloyauté des catholiques romains; — V. A leurs principes d'intolérance et de persécution; — VI. A leurs prétendus complots; — VII.
J'examinerai ensuite ( ce que vous omettez absolument ) leur conduite exemplaire à l'époque où l'Angleterre fut menacée par l'armada ( la flotte ) espagnole ; — VIII. Je discuterai quelques autres accusations contenues dans votre lettre ; — IX. Je terminerai enfin par un récit rapide de l'introduction de la réformalion protestante en Irlande.
I. Etablissement de la religion protestante sous le règne de la reine Elisabeth. Observation sur quelques points qui y ont rapport dans le Livre de l'Eglise. — Vous commencez le chapitre que j'examine maintenant , en nous apprenant que la vie d'Elisabeth avait été dans un danger imminent pendant le règne de sa sœur, et en remarquant ta sévérité avec la quelle elle avait été traitée. Mais pouvez-vous lire les preuves rapportées par le docteur Lingard (vol.,V.c. 1) sur la complicité d'Elisabeth dans la trahison de Wyat et dans la conspiration du comte de Devonshire , sans la croire coupable ? Pouvez-vous dire que ces preuves ne sont pas plus fortes que celles d'après lesquelles elle fit mourir l'infortunée Marie d'Ecosse ? Vous nous apprenez ensuite que les cruautés du règnç précé'
DÉMONSTRATION ÉYANGÉLiQUE. BUTLER.
dent étaient considérées avec horreur par toute r Angleterre , à l'exception de ceux qui en avaient été les instruments. Le nombre de ces derniers doit avoir été exlrêmcment faible ; la justice défendait par conséquent que ces cruautés fussent imputées au corps des catholiques en général; elle vous commande de rétracter dans la prochaine édition de votre ouvrage , ces assertions répétées dans l'édition actuelle,
Malgré mon peu do penchant pour Elisabeth, je n'ai jamais lu le compte que rend Hcylen de sa marche triomphante au sortir de la tour, sans participer à ce moment de bonheur. La vue de l'héritière de cent rois, au printemps de sa vie, et brillante de tous les dons de la nature, qui passe tout à coup au milieu d'une multitude ivre do joie, d'une prison sur un Irône, est une des scènes 1(!S plus frappantes qu'offre l'histoire; j'y prends une part sincère, et j'oublie alors, les iinioinbrables malheurs dont cet instant fut presque immédiatement suivi pour des hommes que je dois à jamais révérer.
I Mais ce que vous devez à la vérité di' l'histoire ne vous commandait-il pas de faire mention de la loyale conduite des chefs du clergé catholique el des laï(]U('s de cette communion, à l'avénemcnl d'Elisabclh au Irône d'Angleterre, et de la mettre en opposition avec la conduite du clergé el des laïques protestants lors de l'avcnement de Marie? Cranmcr, Ridiey, Lalimer, et la plupart de ceux qui avaient pris une part active aux innovations religieuses, sous le règne d'Edouard VI, favorisèrent la prétention de lady Jeanne Gray contre leur k'-gitime souveraine. La rébellion de Nortliumberland en faveur de lady Jeanne fut suivie lie celle de Wyat ; el un grand ntnnbre (les ( hefs de ces deux rébellions élaiiMil des protestants. Au moment de la mort de Marie, les deux chambres du parlement étaient assemblées. La nouvelle en étant parvenue à celle des [)airs, ils envoyèrent un message à la chambre des communes pour l'inviter à se réunir. Quand les communes arrivèrent, Healh, le lord chancelier archevêque d'York ( le siège de Cantorbéry étant alors vacant ) annonça l'événement; il observa que la succession à la couronne appartenait de droit à la princesse Elisabeth, et qu'elle devait à l'instant être proclamée reine d'Angleterre. La proclamation de son tilre eut lieu inuiiédiatement ; d'abord dans Westminster Hall, en présence des pairs et des communes assemblés, ensuite dans le même lieu, devant le lord maire, les échevins el les corporations de la cité. L'avis en parvint à la princesse à Hatfield : elle se dirigea sur Londres. A Highgate , elle rencontra tous les évê(|ues catholiques romains : tous , à l'exception d'Ogletorpe, cvêquc de Carlisle, par lequel clic fui couronnée, refusèrent d'assister à son couronnement. Ils regardèrent comme indubitable, qu'elle ne prêterait pas, ou qu'elle n'observerait pas le serment que prêtaient les rois d'Angleterre, lors de leur couronnement, de maintenir les lois, Vhon-
neur, la paix et les privilèges de l'Etjli.se , comme à l'époque et lors de la concession du roi Edouard le Confesseur. Mais les évéques ne firent pas la plus petite opposition à son couronnement : ils lui rendirent immédiatement hommage, el reconnurent son titre à la couronne; ils la virent par la suite manquer au serment qu'elle avait prêté lors de son couronnement, et établir l'Eglise prolestante sur les ruines de la religion de l'Etat. Ils gémirent de ces mesures, mais ils gémirent en silence : pas le moindre acte indirect de trahison, de sédition ; rien qui indiquât l'affaiblissement de leur zèle envers la reine, ne put leur être imputé dans celte occasion.
Je pourrais demander si la fidélité historique n'exigeait pas que vous fissiez mention de la violence que le parti de la cour jugea convenable d'employer, dans l'élection des membres qui composèrent le prennier parlement (]ui se réunit sous le règne d'Elisabeth? Cinq candidats furent nommés par la cour pour chaque bourg, el trois pour chaque comté; et de l'autorité privée des shérifs , les membres durent être choisis parmi les candidats. Peut-on dire qu'avec une chambre des communes ainsi composée, le parlement qui fonda la réformation , fut formé constitutionnellement ?
La vérité historique n'exigcait-l-elle pas aussi que vous fissiez menlion de l'opposition du clergé à l'établissement de la foi prolestante, et que vous avouassiez que tous les évéques, dans l'une et l'autre chambre de la convocation, et dans les deux universités, la rejetèrent avec force? Ce sont des faits importants : était-il convenable de les supprimer ?
Vous affirmez que « la politique des papistes heureusement s'accorda avec les vues du gouvernement , parce que, lorsqu'on s'aperçut avec quelle facilité les places des évéques déportes étaient remplies , le parti changea de système et se détermina à conserver ce qu'il possédait de bénéfices , aux dépens dune conformité extérieure, jugeant que le plus grand service qu'il pouvait rendre à la cause du pape était de rester en possession de ses postes, en attendant îm meilleur temps. On pouvait ainsi atteindre au double but d'écarter les ministres protestants , et de fomenter secrètement parmi leurs paroissiens une prédilection pour toutes les antiques superstitions ; de cette manière , la politique des catholiques se trouvait d'accord avec leurs intérêts. Ainsi , unanimes dans ce système de déception , sur neuf mille quatre cents bénéficiaires, il n'y en eut que cent soixante el dixsept qui se démirent plutôt que de reconnaître la suprématie de la reine.
L'imputation que vous faites ici au clergé 'catholique romain est totalement dénuée de fondement. Il ne s'est jamais soumis à la conformité extérieure dont vous l'accusez : aucun des membres du clergé catholique romain, parmi ceux qui conservèrent leurs bénéfices , ne put offrir comme ministre, ou prêter le serment de suprématie , sans se
rendre coupable d'apostasie, et dans sa propre opinion et dans ses sentiments , comme dans l'oîiinion et les sentiments de tout le monde catholique. Si un tel membre avait, dil pour sa défense qu'il le faisait dans les vues de déception (]ue vous insinuez, sa conduite aurait élé encore plus fort- ment réprouvée. Je considère tout ce (iu(; vous avez dit à cet égard comme une pure fable; je n'avais jamais rien entendu dire de semblable avant de l'avoir lu dans votre ouvrage : il vous reste à prouver ces faits , ou à produire les autorités sur lesquelles vous fondez votre assertion.
Je conjecture que, dans la vivacité de la composition, vous avez substitué une ( onformilé accidentelle de votre propre imagination à une autre conformité d'une nalure bien différente qui, pendant un certain temps, a été pratiquée par quelques Iniques catholiques romains. Ceux-ci, pour éviter les terribles peines de non-conformité ( recusancy ), assistaient au service dans les églises protestantes , les dimanches , mais sans se déclarer protestants , et sans prendre d'autre part au service que d'y assister. Dès l'origine, il y eut une grande divergence d'opinion entre les théologiens catholiques , sur la régularité de cette conduite : ceite divergence continua jusqu'en l'année 1562 , époque à laquelle quelciues-uns des théologiens, assemblés au concile de Trente , furent consultés à ce sujet, et décidèrent qu'elle était condamnable. Déjà avant ce temps, le cardinal Allen et le père Persous s'étaient déclarés contre, de la manière la plus explicite ; et chacun d'eux avait même publié Uii traité à l'appui de son opinion.
Je ne suis pas du tout surpris que vous afGrmiez que sur neuf mille quatre cents ecclésiastiques, cent soixante et dix-sept seulement résignèrent leurs bénéûces à l'accession de la reine Elisabeth; car j'ai trouvé la même assertion dans plusieurs auteurs respectables ; mais en la considérant altenlivenaent, je me suis convaincu qu'elle est erronée. Wood ( cité dans CHist. de CEglise de Nood, vol. Il, p. 319 ) nous apprend que , apj-ès que les catholiques , lors du changement de religion, curent quitté Oxford, l'université se trouva tellement dégarnie , que trèsrarement il y avait un sermon précité dans l'église de runiversité. — L'université , ajoutet-il, semblait être détruite. A l'époque même de 1563 , l'orateur de la chambre dos coiiiinunes se plaignait de ce que un grand nom- "* bre des écoles et des bénéfices avaient été con- ', fisqués , que V éducation de la jeunesse était \ comprimée , et que les sources de la science étaient taries. Je puis assurer, disait l'orateur, qu'en Angleterre il se trouve cent écoles de moins qu'il n'y en avait , et que celles qui ■restent sont mal pourvues ; et voilà une des raisons pour lesquelles le nombre des écoiitrs est si remarquablement diminué. Les universités sont en décadence , et de grandes villes ir^mquent et d'écoles et de prédicateurs [Hist. ceci, de Collier, vol. II, p. 4-80 ). Vous savez combien de telles plaintes reviennent sou-
vent dans l'histoire de ce temps-là : les faits tels que vous les représentez s'accordcnt-ils avec ces documents ? J'ai sous les yeux l'ouvrage du docteur Bridgewater, intitulé : Conccrtatio, publié en 1594- : il y donne les noms et le rang, dans la société, de douze cents catholiques romains , qui avaient élé privés de leurs places ou de leurs biens, emprisonnés ou bannis pour cause de religion, avant l'année 1588, époque à laquelle la persécution des catholiques fut la plus ardente. Il n'a pas compris dans celte liste ceux qui étaieni morts pour leur religion ; il avait fait mention de ceux-ci , et avait décrit leurs soutYranccs dans les premières parties de son ouvrage. 11 déclare qu'il est bien loin d'avoir nommé toutes les victinu s, et qu'il n'a parlé que de celles dont les infortunes étaieni venues à sa connaissance personnelle. Plusieurs dont il cite les noms moururent en prison, et d'autres furent condamnés à mort. Na-t-on donc pas sujet de douter de la vérité de vos assertions ?
Vous parlez avec éloge de la modération de la reine Elisabeth , envers tes catholiques romains, dans les commenccmenls de son règne. J'applaudis comme vous aux sentiments qui la porièreul à faire omettre dans la L.itanie cette prière : De la tyrannie de l'évéqtie de Rome, et de tous ses crimes détestables, délivrez-nous, Seigneur ! ic pense aussi que les insiruclions qu'elle donna pour que le pain sacrauieniel conservât la forme d'hostie , et que les termes qui affirment la présence ré.'Ile fussent ambigus , venaient de son désir d'étendre le plus possible le règne de sa nouvelle Eglise. Me sera-t-il permis d'ajouler, sans vous offenser, que l attenliou que j';ii donnée à riiisloire d'Elisabeth m'a conduit à supposer que la reine était indiffé'"enle à toutes les religions ; que par goût elle inclinait vers l'Eglise catholique , et par intérêt, vers la protestante; que Leicester, Cécil et Walsingham, ses principaux ministres, furent guidés dans leur opposition à la religion catholique, et par inclination et par intérêt ; qu'ils avaient un grand penchant pour la foi des Puritains et pour leur discipline; et qu'ils furent animés à un degré considérable, cà un plus liant degré que leur souveraine elle-même peut-être, de cet esprit d'intolérance qui a terni le caractère des premiers réforuialeurs?
II. Sommaire des lois rendues sous le règne d'Elisabeth contre les catholiques romains.— Je parlerai d'abord, aussi succinctement qu'il me sera possible, des lois principales qui furent rendues contre les catholiques romains pendant le règne de la reine Elisabeth, et je ferai voir ensuite comment elles furent exécutées.
I. Par un acte passé dans la première année de son règne, et ordinairement appelé l'acte de si(/jr(/mrta'e, les archevêques, les évêques et tousa ut resoftlciers ecclésiastiques et ministres et généralement toutes les personnes salariées par la reine, devaient être tenues de prêter le serment de suprématie prescrit par cet acte ; ceux qui s'y refuseraient, deviendraient inca*
pables d'exercer aucunes fonctions publiques ; et tous ceux qui ne reconnaîtraient pas la suprématie de la reine, seraient la première fois punissables par la confiscation de leurs biens et propriétés; pour la seconde, sujets aux peines d'un emprisonnement avec confiscation (premunire) ; et la troisième, déclarés coupables de haute trahison.
Il convient d'observer ici que le serment de suprématie prescrit i)ar cet actf, ct;iit essentiellement différent du serment de suprématie, tel qu'il est exigé aujourd'hui. Par ce dernier, lapersonnejure négativement qu'aucun prince étranger ou potentat n';i d'autorilé dans le royaume; par l'ancien serment, il lui fallait affirmativement jurer que la reine était le chef de l'Eglise. Le serment actuel est prêté sans aucun scrupule par les protestants dissidents ; et ce futen leur faveur que la formule négative fut adoptée sous le règne de Guillaume III. La formule affirmative était aussi incompatible avec les principes des protestants dissidents qu'avec les principes des catholiques romains.
Je demande la permission d'appeler votre attention sur cette observation, lorsque vous vous occuperez d'une nouvelle édition de votre ouvrage.
II. Par un autre acte passé dans la première année du règne de la reine Elisabeth, communément appelé de son temps, l'acte d^miformite', il était enjoint à tous ministres de l'Eglise, sous certaines peines de faire usage du livre des prières communes; d'autres peines étaient infligées àceux (jui parleraient contre, ou s'opposeraient à son usage : ceux qui s'absenteraient de l'Eglise étaient sujets à une amende d'un schelling en faveurdcs pauvres, pour chaque dimanche d'absence; et de 20 pounds (400 francs) envers le roi, si l'absence durait un mois; et si l'on gardait dans sa maison un locataire coupable d'une telle négligence, on était condamne à une amende de 10 pounds pour chaque mois:
chaque quatrième dimanche était censé compléter le mois ; en sorte que par rapporta ces amendes, Tannée était supposée composée de treize mois.
III. Par un acte de la cinquième année du règne de la reine, ceux qui soutiendraient l'autorité du pape devaient être soumis aux peines d'un premunire ; et les ecclésiastiques, les membres des collèges dans l'université, et les officiers des cours de justice, étaient forcés de prêter le serment de suprématie, sous la même peine d'un premunire, pour la première offense, et sous peine de haute trahison, en cas de récidive : quantaux personnes qui diraient ou entendraient la messe, on pourrait leuroffrir le serment, et en cas de refus de leur part, elles seraient soumises à des peines semblables.
IV. L'acte de la treizième année du règne de Sa Majesté portait, que les personnes qui affirmeraient qu'Elisabeth n'était pas la souveraine légitime; (]u'aucun autre avait un meilleur litre; qu'elle était hérétique, schismati(fue ou infidèle; ou que le droit à la couronne et à la succession ne pouvait pas
êlredétcrminé par la loi ; et queles personnes qui apporteraient ou recevraient des bulles, des brefs ou des absolutions du pape, seraient traitées comme coupables dehaut« trahison, leurs fauteurs soumis aux peincsd'un premwnire; ceux qui les recèleraient punis pour misprision of treason (défaut de révélation) ; et les prêtres qui apporteraient des agniis dei ou articles semblables, bénits par le pape, sujets aux peines du premunire (emportant emprisonnement et confiscation des biens). Les amendes pécuniaires jiour délit de nonconformité, furent réclamées avec beaucoup de rigueur. L'argent ainsi levé surlescalholi(iues romains monta à des sommes considérables ; ces amendes frappèrent principalement les pauvres; les riches achetant d'Elisabeth des dispenses de présence au service protestant. M. Andrews {Conlinualion de rilistoire de Ilcnrtj, vol. II, p. 35), estime le montant annuel des sommes perçues de cette manière par Elisabeth, pour le prix des dispenses, à près de20 mille pounds (500, 000 fr).
V. L'acle de la vingt-troisième année du règne de lareintliiisabcth,nssu\e\.l'issiùlioale% les personnes qui prétendraient s'arroger le pouvoir de dispenser les sujets de Sa Majesté de leur allégeance, ou de les détourner de la religion établie, ou qui les engageraient à promettre obéissance au siège de Rome ou à tout autre potentat, à la peine de haute-trahison. Les citoyens ainsi détournés de leur devoir, leurs fauteurs et instigateurs, et tous ceux qui ayant connaissance de telles pratiques ne les révéleraient pas, étaient déclarés coupables de misprision of treason (défaut de révélation). Tout prêtre qui dirait la messe, était condamné à une amende de deux cents marcs; toute personne qui entendrait cette messe, à une amende de cent marcs ; et l'ua et l'autre à un emprisonnement d'une année, qui devait durer jusqu'à parfait paiement de l'amende. Ce statut aggravait aussi les peines pour non-conformité, et contenait plusieurs autres sévères dispositions.
VI. L'acte encore plus sévère de la vingtseptième année du règne de Sa Majesté, portait, 1" que tous les jésuites, séminaristes et autres prêtres, qui se trouveraient dans le royaume, seraient tenus d'en sortir, sous peine d'être considérés comme traîtres, jugés comme tels et condamnés à mort comme pour cause de trahison ; les jésuites, les séminaristes et autres prêtres qui s'introduiraient dans le royaume, étaient sujets aux mêmes peines ; 2" les personnes qui les recevraient ou les soutiendraient seraient considérées comme félons, sans pouvoir excipcr du bénéfice du clergé; 3" les personnes qui enverraient de l'argent aux séminaires, ou à aucun deleurs habitants, étaientsoumisesaux peines j d'un premunire; 4" les personnes qui con- « naîtraient quelque prêtre et qui ne le dénonceraient pas, dans le délai de douze jours, devaient être mises à l'amende et emprisonnées au bon plaisir du roi. On doit observer ([ue la punition d'un premunire, mentionnée dans ce statut et dans tou? les autres dont j'ai parlé, établissait que, du moment du ju-»
zrj
le conrlamné devait
gomcnt de conviction, être hors delà protection du roi et ses terres et biens confisqués; et que son corps demeurait à la disposition du roi.
VII. A toutes ces dispositions pénales, nous devons ajouter la cour de haute-commission, établie par la reine Elisabeth, sous les provisions d'un acte passé dans la première annéedcson rè^ncHama [Il ist. d'Angl. c. 12) etNeale {Hist. des Puritains, vol. I, p. 10), qui sont rarement d'accord, reconnaissent également rinconslilulionnalité, les formes arbitraires et les actes illégaux de ce tribunal. C'était, dit le premier de ces écrivains, un véritable office de Tinquisilion, accompagné de toutes les iniquités et de toutes (es cruau-tés inséparables d'un tel tribunal. Il était dirigé contre tous dissidents de la religion établie; mais les catholiques romains furent ceux qui en souffrirent le plus. Permetlez-moi de témoigner quelque surprise de ce que je ne trouve dans ce chapitre do votre ouvrage, aucun mot contre ce tribunal inconstitutionnel, aussi inique que cruel.
Vous dites que les mesures du gouvernement d'Elisabeth, tant envers les papistes que les puritains, étaient fondées sur ces principes : que la conscience ne peut pas être contrainte, mais gagnée par la force de la vérité, avec l'aide du temps et par l'emploi de moyens de persuasion; et que les opinions religieuses, quand elles cessent d'être renfermées dans la conscience de l'homme, servent de texte aux factions, changent de nature; que quelque couleur qu'ils empruntent, au prétexte de la religion, on doit alors les comprimer et les punir.
Mais avait-on convaincu personne de révolte, quand les premières lois rendues contre la non-conformilé furent promulguées, ou quand la cour de haute commission fut établie? Pour justifier les peines infligées à la non-conforinilé, n'adoptez-vous pas ici, sans vous en douter , les principes de la plus odieuse intolérance, c'est-à-dire que l'opinion Ihéologique doit être la pierre de touche de la fidélité civile ? et ne tendez-vous pas à justifier cette proposition, qu'il faut inférer de ce qu'une personne soutient une opinion Ihéologique contraire à la religion de l'Etat, que sa fidélité ù l'Etat est douteuse, et qu'elle doit en conséquence être punie à cause du peu de sûreté de cette fidélité? qu'on doit lui infliger des peines et lui imposer des incapacités civiles d'une extrême gravité? Ce fut par suite de l'adoption de ce principe, que les catholiques romains et les presbytériens souffrirent en Angleterre, pendant le règne d'Elisabeth et de ses trois successeurs immédiats , et les presbytériens en Ecosse, sous le règne de Charles II. Vous dites que les puritains dégénérèrent en factieux; mais dites-nous, est-ce la faction qui précéda la loi , ou la loi qui précéda la faction?
Vous traitez, comme des bagatelles , les points de dissidence entre l'Eglise établie et, les puritains , c'est-à-dire que vous appe-
niaiseries; mais, qui doit juger en pareil cas, de ce qui est important, ou de ce qui est bagatelle et niaiserie ? Si vous dites que ce jugement appartient à l'Etat, alors il faudra convenir que c'est avec justice que le magistral romain punissait les chrétiens de la dissidence aussi niaise que ridicule de leur cnlle, avec le culte établi à Rome. Si vous refusez ce pouvoir au magistrat romain , tout en l'accordant au parlement d'Angleterre, je vous somme de déclarer le fondement de celte dislinclion : esl-ce parce que le dernier avait la Bible, que le gouvernement de Rome ne possédait pas ? alors je vous demanderai, pourquoi l'inlerprélation que les catholiques romains ou les puritains font de la Rible, ne serait pas jugée aussi saine que celle qu'a faite l'Église établie ?
Elisabeth, prétendez-vous, a prévu le danger des principes des puritains. Mais des principes qui sont restés stériles, peuvent-ils justifier la persécution? — En outre, les principes des puritains étaient-ils autre chose que les principes professés par tous les protestants, et qui forment la base de leur fui religieuse : qu'on ne doit reconnaître d'autre loi divine, que les saintes Ecritures; qu'il n'est d'autre interprète de ces saintes Ecritures que l'intelligence et la conscience de celui qui les lit ?
Vous parlez de quelques calomnies et de quelques histoires sur ouï-dire, iniprimées par deux moines espagnols ou portugais; mais que devois-nous dire des calomnies contre les catholiques romains , à l'égard du feu de Londres, du complot d'Oates, et des milliers de protestants noyés par les rebelles à Portadoton-Bridge , qui, ainsi que l'assure Temple, dans son histoirede la Rébellion irlandais, furent vus dans la rivière, se dressant sur l'eau, et à qui on entendit demander vengeance contre les rebelles irlandais? On vit, ajoutc-l-il, l'un d'eux lever les mains au ciel, et demeurer dans cette posture, depuis le 29 décembre jusqu'à la fin du mois suivant.
Il est temps assurément, que ces contes ridicules et frivoles, mais pleins de méchanceté, aient un terme.
Vin. Exécutions des catholiques romains, sous l'empire de cette partie sanguinaire du Code pénal de la reine Elisabeth. — J'ai brièvement exposé leurs souffrances, en parlant des lois portées contre la non-conformité; je vais maintenant parler des supplices qu'ils ont subis par suite des dispositions sanguinaires de plusieurs de ces lois.
Le nombre total de ceux qui ont souffert la peine capitale, s'est élevé, selon Dodd, dans son histoire de l'Eglise, à cent quatre-vingt onze : les nouvelles recherches du docteur Milner, portent ce nombre à deux cent quatre. Quinze d'entre eux, dit-il, furent condamnés pour avoir nié la suprématie de la reine; cent vingt-six, à cause de l'exercice des fonctions de la prêtrise; et les autres, pour être rentrés dans la foi catholique, ou pour avoir aidé ou assisté les prêtres. Dans celte liste, il n'y a de compris pour
lez, d'après Calvin, des dissicjences, ae pures complot réel ou imaginaire, que onze indiyi
di':monstration evangelique. butler.
dus qui périrent pour le prétendu complot de Reims on de Uoiiic ; complot qui, ainsi que l'observe jtisteioenl le docteur Milner, él<iil nne invention si audacieuse, que Camden lui-même, le biographe piirlial dElisabctli , convient que les accusés ont été dos victimes politiques.
Le nombre des condamnés ainsi établi , nous devons éprouver quelque surprise , quand nous lisons dans l'iiisloire de Hume, que la peine de mort ne fut mise en usage quavec reserve contre les prêtres, sous le rèijne d'Elisabeth; ou qu;ind nous lisons l'éloge que vous laites de la tolérance des principes et des actes de celte reine.
11 f.iut observer que la loi anglaise, dans le châtiment établi pour trahison , veut-que le coupable soit conduit au gibet, pendu par le cou, ses entrailles arrachées pendant qu'il vit encore, cl qu'il soit décapité ensuite. L'humanité de la nation s'est montrée si contraire à ce surcroît de châtiments qui accompagne la peine principale , qu'en général on a toujours laissé mourir le coupable sur le gibet; mais celte grâce a plus d'une fois été refusée aux catholiques qui ont été exécutés en vertu de ces lois, lis ont souvent été dépendus vivants, éventrés, cl ont eu les entrailles arrachées.
En outre des victimes dont nous avons parlé, on fait mention, dans le même ouvrage, de quatre-vingt dix prêtres catholiques ou laujucs morts en prison sous le même règne; etde cent cinq autres, qui furent bannis à perpétuité. 7e ne dis rien, continue l'écrivain , de beaucoup ci autres encore qui furent fouettés, mis à l'amende [Varaende, à cause de non-conformité, était dekOO francs), ou privés de leurs propriétés , jusqu'à la ruine entière de leurs familles. En une même nuit, cinquante gentlemen catholiques furent arrêtés dans le comté de Lancastre, et jetés en prison, parce quils n'allaient pas à l'Eglise. Veî's te même temps, il y avait an nombre égal de gentlemen du Yorhskire confinés dans le château d York, pour le même motif ; la plupart d'entre eux y périrent. Pendant une année , chaque semaine ils étaient traînés de force pour entendre le service établi dans la diapelle du, citdteau.
Quelque peu croyable que cela puisse paraître à un lecteur anglais, il est avéré que plusieurs de ceux qui souffrirent la morl, et plusieurs autres qui ne suliirenl pas la peine capitale, furent, avant leur jugement, mis à la (jueslion , et inhumainement torturés sur la s(îllette, où leurs mombres étaient tiraillés et aloMgés d'une manière barbare; ou placés dans le cerceau, ajipclé la fille du boueux (scavenger's daughter), et courbés au point que leurs têtes venaient loucher à leurs pieds; ou enfermés dans le /(7//p-ca.5c,caehol si étroit, qu'on lu; pouvait s'y tenir ni debout, ni assis, ni couché; ou avaient aux mains les menollesde fer, espèce de vis qui leur serrait les poignets jus(iu'à liMir faire craquer les os; des aiguille-, enfourées dans les ongles; ou étaient privés pendant longtemps de nourriture
Ce qui ajoute encore à l'atrocité de ces supplices, c'est qu'en plusieurs occasions , quand les victimes furent mises en jugement, il n'y avait aucune preuve légale contre elles; et que, dans beaucoup de cas, il n'y avait pas seulement de témoignage légal admis pour constater le délit dont on les accusait. On peut assurer, à\\.{{^\i lord Auckland {Principes de la loi pénale), que jus(juà la fin du seizième siècle , les preuves judiciaires les plus essentielles étaient ou inconnues ou totalement négligées. Des dépositions de témoins étaient admises au besoin, mais on ne permettait p.as que les témoins fussent confrontés avec le prisonnier. Des interrogatoires écrits de complices vivants, et qu'on aurait pu confronter avec le prévenu ; des aveux de condamnés récemment pendus pour les mêmes offenses, des ouï-dire de ces mêmes condamnés répétés par des tiers; tout cela formait autant de classes lie témoignages évidents, et cela était reçu dans les jugements les plus solennels, par des juges très-instruits. C'était parmi les shérifs, une pratique très-ordinaire et très-lucrative, de composer des jurys tellement infectés de préjugés et de partialité, que, selon l'observation du cardinal Wolsey , on aurait pu leur faire trouver Abel coupable du meurtre de (Jaïn. Le juge tenait sa commission et ses émoluments sous le bon plaisir du prosécuteur: et il obéissait souvent à un zèle ardent et à un désir violent de voir admettre l'accusation, comme si la colère que lui causait l'offense avait étouffé en lui toute commisération envers le prévenu.
Ignorant ainsi et les formes et le langage de la procédure, privés de l'appuid'un conseil, ne pouvant faire entendre de témoins, e/frayés par l'appareil de la cour, et tombant dans les pièges qui leur étaient tendus par les avocats de la couronne, les mcd heureux prisonniers perdaient la tête, et regardaient comme une dernière grâce d'être prompt ement condamnés.
On avait eu recours aux tortures, afin de suppléer au défaut d'évidence légale pour convaincre les accusés, et en même temps, afin de trouver des preuves contre d'autres prévenus. A la fin de Cecil's Execution of Justice, on trouve ordinairement imprimé a déclaration of thc favourable draling of her majesty's commissioners, itppointed for the examinntion of certain traitors, and of tortures unjusthj reporled to be done upon them for matters of religion. Cet écrit a, pour la première fois, été imprimé en lettres noires, en 1583, et il est conte.iu en six pages inquarto. On adm(>l l'usage de la torture dans ces cas, et l'on rapporte les raisous par lesquelles elle était justifiée. Tout cela est inséré dans le second volume des Harhian miscellany, imprimé en 1808.
Pour preuve de la manière dont les lois que j'ai citées étaient exécutées contre les catholiques romains, j'insérerai ici le récit de l'arrestation, du jugement et de l'exécution du père Campian.
Le compte le plus exact qui en ait été rendu, se trouve dans les « Mémoires du docteur Chulloner sur les prêtres missionnaires,
DÉFENSE DE L'EGLISE ROMAINE
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tant réguliers que séculiers, et autres calholiquei (1rs deux sexes, qui ont souffert In mort en Angleterre, à cause de leur religion, » Depuis l'an de Notre-Seiqneur iSUT jusqu'à leèi, » en deux vol. in-8°, imprimés pour la première fois en 1741, et souvent réimprimés depuis. Une nouvelle édition de cet ouvrage est actuellement sous presse, chez M. Ambrose Cuddon, Carlhusian-street, Charter-House square : il contient plusieurs gravures, qui font voir la manière dont les tortures étaient infligées ; il est impossible d'y jeter les yeux sans frémir (1). M. Cuddon a inséré dans cette édition, une traduction faite du latin, d'un journal tenu par le révérend M. Rushton, qui a été prisonnier à la Tour, depuis l'année 1580 jusqu'à 1585, et qui donne la description des modes variés de tortures infligées aux prisonniers catholiques pendant ces quatre années, et fait mention des noms des personnes qui y furent soumises. Ce journal a été, pour la première fois, publié en lalin à la fin de Sanderus de Schismate anglicano, Coloniœ Agrippinœ, 1678, in-S° (2).
Le 15 juillet 1581, Le père Campian fut arrêté dans une chambre secrète de la maison d'un gentleman catholique. Après être resté deux jours dans la prison du shérif de Berkshire, il fut conduit à petites journées à Londres, à cheval, les jambes attachées sous le ventre de sa monture, les mains attachées derrière le dos, avec un écriteau sur son chapeau, portant ces mots : Le séditieux jésuite Campian, écrits en grosses lettres Le 25, il fut remis au lieutenant de la Tour. Il fut fréquemn ent interrogé par le lord chancelier et les autres membres du conseil, et par des commissaires nommés par eux. On lui demanda de dénoncer les maisons qu'il avait fréquentées, les individus qui l'avaient secouru, ceux qu'il avait ramenés à sa croyance, de faire connaître quand, de quelle manière, dans quel dessein et à l'instigation de qui il était venu dans le royaume , comment, où, et par qui il avait fait imprimer ses livres. A toutes ces questions, il refusa de répondre. En conséquence, pour lui arracher des aveux, on le plaça d'abord sur la sellette, et on lui distendit un peu les membres, pour lui apprendre, à ce que lui dit lexéculeur, ce que c'était que la torture, il persista dans son silence. — Alors pendant plusieurs jours consécutifs, sa torture fut graduellement augmentée ; et lors des deux dernières épreuves, il fut si cruel-
(1) La vue de ces iiislruiiieiils de lonure produisit sur Gordon d(.' Earlstoii , une perle. sul)ile de sa raison , occasionnée par riiorreur et le dési'spoir. — Hist. d'Ecosse , de Lanig , vol. l\, p. lit. Le Livre de l'Eglise contient-it un seul mot de ré| ri il)aLiou sur l'emploi de ces tortures a rég:ird des niallieurenx prêtres?
[i) Vovez aussi « docior Bridi;e Water's Concertatio , » déji c'iiée dans le texte, et «Mise en accns.ilion de Ediiiund Cami iun, Slierwin, Bos^rave, Cotiani, Biistow, Kiniber ei antres, pour cause de liante traliison, dans la viiigtqu itrièaie ;innée du règ.ic d'iilisalietli, » Imprimé pour la première fois dans le n Phénix Britannicus, » et lout récemment , daiis « la Collection complète de» iugements d'Etat » de Cobbett, vol. I, p. 1030. Voyez encore , « Annales de Strype » vol. Il, c. 5, 4, p. 545", 646.
DÉHONST. ÉVAN&. XIL
Icment disloqué et déchiré, qu'il espérait que la mort terminerait ses tourments. Pendant qu'il était sur la sellette, il invoqua continuellement le Seigneur, et pria avec ferveur pour ses bourreaux et pour ceux aux ordres de qui ils obéissaient.
Dans votre quinzième lettre, vous dites que sous le règne d'Elisabeth, une controverse publique fut établie, non pas, comme sous le règne de Marie, en brûlant ceux d'avec lesquels le pouvoir suprême différait d'opinion , mais avec pleine liberté d'argumentation et parfaite sûreté pour tes controversants catholiques. Pendant que le père Campian se trouvait en prison, il s'établit une controverse entre lui et quelques théologiens protestants, nommés à cet eiTet par le gouvernement : la conséquence du dissentiment d'avec le pouvoir suprême, fut la même que sous le règne de Marie, peu de jours après la dispute, Campian fut exécuté.
Le 12 novembre, lui et ses compagnons furent déférés pour haute trahison. L'acte d'accusation (indictment) portait que, dans les mois de mars et d'avril derniers, à Reims en Champagne, à Rome, et en d'autres lieux d'outre-mer, ils avaient conspiré la mort de Sa Majesté, le renversement de la religion professée en Angleterre, la subversion de l'Etat, el que, pour réussir dans cet attentat, on avait excité les étrangers à envahir le royaume ; qu'en outre, le 8 mai suivant, ils s'étaient mis en roule pour l'Angleterre, dans l'intention de sédai'e les sujets de la reine et de les gagner à la religion de Rome el à l'obéissance au pape, en les détournant de leur fidélité envers Sa Majesté; que telles étaient leurs intentions lorsqu'ils étaient arrivés dans ce pays le 1er juin.
Quand l'indictment lui eut été lu : Je proteste devant Dieu, dit Campian. et devant les anges ; devant le ciel et la terre, et devant ce tribunal, à qui je prie Dieu d'inspirer le jugement qui doit intervenir, que je ne suis pas coupable de ces trahisons, ni d'aucune autre : il est impossible de les prouver contre moi.
Les prisonniers furent alors sommés (arraigned), et chacun séparément se déclara innocent.
Le 20 novembre, ils furent amenés à la barre pour être jugés. Six d'entre eux furent arraigned en même temps que Campian ; sept autres le furent le jour suivant ; tous, à l'exception d'un seul, étaient des prêtres. Quand, selon l'usage, on demanda à Campian de lever la main, — ses deux bras, écril une personne présente à ce jugement, étant] engourdis par les tortures fréquentes qu'ih avait subies précédemment , et se trouvons comprimés dans une manchette, il lui fut impossible de lever la main aussi haut que les autres, et qu'on le lui demandait; mais l'un de ses compagnons, baisant ses mains, si maltraitées pour avoir confessé le Christ, ôta sa manchette, et parvint ainsi à élever les bras de Campian le plus haut possible, et Campian cria, innocent, comme tous les autres.
Le premier témoin produit par la cou-
{Onze.)
ronne, nommé Caddy ou Craddock, déposa contre tous les prisonniers en général, que, se trouvant outre-mer, il avait entendu parler du vœu sacré fait entre le pape et des prêtres anglais pour restaurer et établir le culte primitif en Angleterre ; que, dans ce dessein, deux cents prêtres devaient débarquer en Angleterre. Ce qui avait été déclaré à sir lialph Shelly, chevalier anglais, et capitaine au service du pnpe ; et que ce chevalier devait conduire une armée en Angleterre, pour subjuguer le royaume, le réduire sous l' obéissance du pape, et pour détruire les hérétiques; à quoi sir lialph avait répondu qu'il aimerait mieux avaler du poison, comme Thémistocle, que d'être témoin du bouleversement de son pays ; et avait ajouté qu'il croyait que les catholiques d'Angleterre prendraient plutôt les armes contre le pape, que de se joindre à lui dans une telle entreprise.
Vous devez vous étonner, qu'un tel témoignage ait été reçu : témoignage qui ne regarde en rien les prisonniers, et qui ne prouvait qu'une chose tout au plus, la bonne disposition du corps général des catholiques en faveur du gouvernement.
Le conseil de la reine allégua les faits suivants : que Campian avait eu des entreliens avec le cardinal de Sicile et l'évêque de Ross, relativement à la bulle de Pie V. Les particularités de ces conversations n'étaient pas rapportées, et il n'y eut pas le plus petit témoignage tendant à prouver qu'elles avaient eu lieu.
La seconde allégation contre Campian établissait qu'il était allé de Prague à Rome, et avait eu une conférence secrète avec le docteur Allen, laquelle avait pour objet de détourner le peuple de sa fldéliié envers son souverain : il n'y eut aucune preuve d'administrée pour établir la vérité de ces inculpalions : Campian avoua ingénument son voyage, une conversation qu'il avait eue avec le docteur Allen , et sa mission dans ce pays ; mais il fit observer que le seul et unique objet de cette mission avait été d'administrer dessecours spirituels aux catholiques; et que le cardinal Allen l'avait prié, lui avait même commandé de ne s'immiscer dans aucune affaire d'état ou de gouvernement.
On produisit alors une lettre écrite par Campian, dans laquelle il gémissait d'avoir nommé, étant à la torture, quelques gentlemen catholiques romains, qui l'avaient accueilli ; mais il se consolait en pensant qu'il n'avait découvert aucun des secrets qui lui avaient été confiés. — Campian répondit, que tout pfUlre était tenu, par ses vœux, sous peine de malédiction et de damnation éternelle, de ne jamais découvrir aucun péché ou aucune infirmité qui aurait été révélé sous le sceau de la confession. Qu'en conséquence de son caractère sacré, il était habitué à être instruit des secrets de beaucoup de gens, non pas de ceux qui concernaient l'Etat ou la société, mais de ceux qui affeclaient l'âme ou la conscience, et pour lesquels il avait les pouvoirs d'absolution.
Le grefBer produisit alors corlainos for-
mules de serment, qui devaient être présentées au peuple, pour exiger qu'il renonçât à l'allégeance de Sa Majesté et pour recevoir sa soumission au pape; on prétendit avoir trouvé ces papiers dans la maison où Campian avait séjourné. Il ne paraît cependant pas qu'on ait oflert aucun témoignage, soit sur la découverte de ces papiers, soit sur • les lieux où on disait qu'ils avaient été \ trouvés. Campian observa qu'il n'y avait rien qui prouvât que ces papiers le concernassent en aucune manière; que beaucoup d'autres personnes que lui avaient fréquenlé les maisons où l'on disait qu'il avait paru: en sorte que rien ne pouvait l'atteindre dans cotte accusation. Quant à prêter un serment quelconque, il déclara qu'il ne voudrait pas commettre un péché si contraire à son caractère, pour tous les biens et (es trésors du m,onde.
Vint enfin l'accablante accusation : Vous refusez, dit le conseil de la couronne, de prêter le serment de suprématie. — Je reconnais, répondit Campian, 5a Majesté comme ma reine et ma souveraine ; je reconnais en présence des commissaires, Sa Majesté, et de facto et de jure, pour ma reine ; je confesse que je dois obéissance à la couronne, comme à mon chef et primai temporel : c'est ce que j'ai dit, et cest ce que je dis encore maintenant. Quant à l'excommunication de Sa Majesté, elle m'a été arrachée ; en admettant que l'excommunication pût avoir de l'effet, et que le pape eût des pouvoirs suffisants à cet égard, me suis-je trouvé dégagé de mon allégeance ou non? J'ai dit que c'était là une dangereuse question, et que ceux qui me la faisaient demandaient mon sang : mais je n'ai jamais rien admis de semblable; et je ne devrais pas être torturé sur de simples soupçons. Eh! bien, puisqu'il faut encore y répondre, je dis qu'en général ces matières ne sont que des points de doctrine purement spirituelle, sur lesquels on peut disputer dans les écoles, mais qu'on ne pouvait introduire dans aucune partie de mon indictment, ni appor-ter comme témoignage contre moi; et que rien de semblable ne doit être discuté devant la cour du banc du roi. Pour en finir, ce ne sont pas là des points de fait; ces matières n'ont aucun rapport avec la jurisprudence du pays. I^e jury ne doit y avoir aucun égard.
Le juge s'occupa ensuite des autres prisonniers : le ténioignage porté contre eux était de même nature que celui contre Campian. Le jury se relira, et, après une heure de délibération, ils furent tous déclarés coupables.
Le premier jour de décembre suivant, Campian fut conduit au lieu de l'exécution ; on l'y traîna sur une claie; son visage fut souvent couvert de boue, et le peu|)le par pitié l'essuyait. Il monta sur léchafaud ; là, il protesta contre toutes les trahisons dont il avait été accusé. On lui dit de demander pardon à la reine. Il répondit avec douceur : En quoi l'ai-je offensée? je suis innocent I Voilà mon dernier soupir ; croyez-moi à ce dernier moment ; j'ai prié et je prie Dieu pouf
DÉFENSE DE L'EGLISE ROMAINE
elle. Lord Charles Howard lui demanda pour quelle reine il priait? si c'était pour la reine Elisabeth? Campian répondit : Oui, pour Elisabeth , votre reine et la mienne. Il dit alors adieu aux spectateurs, et jetant les yeux au ciel, le chariot fut tiré. Sa mort, avec une altitude aussi résignée, dit l'écrivain auquel ce récit a été emprunté, émut si fort le peuple, et lui arracha tant de larmes, que les adversaires des catholiques tachèrent de s'excuser de ce supplice. Hollingshed avoue que Campian avait acquis une merveilleuse réputation, et qu'on croyait qu'il n'y avait pas un homme aussi savant, et dont la vie pieuse et toutes les autres qualités pussent faire autant d'honneur à l'humanité. — Tous les partis, dit M. Chalraers, dans son « Dictionnaire Biographique, » reconnaissent qu'il a été un homme très-extraordinaire, doué de talents admirables ; que c'était un orateur élégant, un controversiste adroit, un prédicateur exact, en latin comme en anglais, et un homme doux dans ses paroles comme dans son caractère.
Il est très-certain, dites-vous, que Campian et ses compagnons souffrirent pour des matières d'Etat et non pas pour des matières de foi. Je vous supplie de lire leurs jugements : vous les trouverez dans le premier volume des jugements d'Etat, Je vous adjure très-solennellement de citer un seul crime de trahison contre la reine, qui ait été prouvé dans ces jugements : de vagues accusations dans de semblables matières , sont une véritable atrocité.
Vous faites un effroyable tableau des jésuites. — Il est peu de personnes, je crois , qui aient pesé les jugements pour ou contre avec plus d'attention ou une plus grande impartialité que je ne l'ai fait. J'en ai offert le résultat au public dans mes Mémoires sur les catholiques anglais, irlandais et écossais ( ch. 26), et dans un ouvrage séparé {Mémoires hist. de la compagnie de Jésus, in-S", 1823). J'ai revu plus d'une fois ces divers écrits, et je n'y ai rien trouvé, dans le blâme ou la louange de la Société, que je doive rétracter (1).
Vous terminez ce que vous en dites, en nous apprenant que, le quatrième et le principal vœu des jésuites les mettait comme missionnaires, à la disposition du Vieux de la Montagne, en faisant allusion à ce célèbre et peut-être fabuleux prince des assassins, dont ont lait mention quelques-uns des historiens des croisades. Les papes, continuezvous, méritaient bien ce titre de Vieux de la Montagne : car le dogme de l'assassinat a été
(l) D'après deux ouvrages remarquables : « Societas Jesu, usque ad sanguiuein et vilse profusionera militans , pro Deo, ûde, Ecclesia el pielate ; sive vita et mors eorum qui ex Socielate Jesu , in causa fiilei et virlutis propugnalae, violenta morte sublaii sunt ; auctore R. P. Tamier, e Sociel. Jesu, S. S. iheol. i)rofess. Pragae, 1673; et Fasti Socieiatis Jesu opéra et studio, R. P Joan-Drewe, S. S. Pragœ, aimo 1750 , » — il paraît qu'en Afrique, 68 jésuites, en Asie 151, en Amérique 35 , avaient, avant le milieu du siècle dernier , souffert la mort , el souvent à la suite de grands tourments, pour la propagation de la foi chrétienne. Le nombre de ceux qui depuis ont souffert la mort pour le Christ ne peut manquer d'être considérable.
sanctionné par les deux plus puissants des rois catholiques et par le chef de l'Eglise catholique. Il a été mis en pratique en France et en Hollande; des récompenses ont été publiquement offertes pour le meurtre du prince d'Orange; et les fanatiques qui entreprirent de faire périr Elisabeth , avaient été encouragés par une rémission plénière de leurs péchés, accordée pour ce service spécial.
Ici, vous faites allusion en premier lieu, je suppose, à la Saint-Barthélémy, ordonnée par Charles IX. Mais comment ce massacre, ou le meurtre du prince d'Orange, dont vous faites mention ensuite, pourraient-ils être imputés avec justice à aucun principe delà foi catholique? Le prétexte de Charles IX fut que l'amiral de Coligny et son parti avaient été coupables de tra'hison et de rébellion, et se trouvaient alors engagés de fait dans des machinations séditieuses ; qu'en conséquence de ces trahisons ils avaient mérité la mort comme traîtres, qu'ils auraient été condamnés à la peine capitale, si le roi avait été assez puissant pour pouvoir les traduire en jugement devant un tribunal compétent , et que n'ayant pu le faire, les circonstances dans lesquelles il se trouvait légitimaient leur meurtre sans jugement; ce qui n'était qu'un acte de défense naturelle, nécessaire et par conséquent justiûable.
C'est sous ce point de vue qu'il présenta sa conduite à la cour de Rome et à d'autres cours étrangères. Je proscris cette défense autant que vous ; est-il surprenant cependant que, dans l'état de fermentation et d'exaltation où tous les esprits se trouvaient alors, il y ait eu des gens qui l'aient admise? Mais enfin, comment tout cela prouve-t-il que le principe de l'assassinat soit un dogme de l'Eglise catholique romaine? L'ordre donné par le gouvernement épiscopal d'Ecosse pour le massacre général des presbytériens nonconformistes, le massacre de Glenco, le massacre de Munster, l'assassinat de Beaton, ou celui de l'évêque Sharp, ou celui de François, duc de Guise, prouvent-ils que le principe de l'assassinat soit un des dogmes de la foi protestante ? Loin de moi et des miens l'aveuglement qui admettrait un pareil argument, ou la perversité qui , en le rejetant pour soi, voudrait le faire admettre pour d'autres! Vous devez vous rappeler les mots sublimes du duc de Guise à son assassin huguenot: Votre religion vous a appris à me poignarder, la mienne m'ordonne de vous pardonner.
Quant au meurtre du prince d'Orange, il n'a rien de commun avec l'assassinat dans l'acception ordinaire du mot. Le prince avait été jugé comme rebelle, et condamné par contumace. S'il avait professé la religion catholique et s'il s'était conduit comme il l'avait fait envers un souverain protestant, la sentence aurait été la même dans tous les Etats protestants. La conséquence de cette conduite fut qu'un ordre (ce qui était alors en usage dans les Etats du continent) fut publié dans toutes les possessions espagnoles , offrant une récompense à quiconque exécuterait la sentence portée contre ce
prince. Qu'est-ce que cela a de commun , je le répète encore, avec le principe de l'assassinat?
A'^ous dites que les fanatiques qui entreprirent de faire périr Elisabeth furent encouragés par une rémission plénière de leurs péchés, accordée pour ce service spécial. Je nie le fait de ta manière la plus formelle; je vous somme de nommer ces fanatiques, ou aucun d'entre eux, et de produire un témoignage de la rémission de leurs péchés qui leur aurait été accordée. Si vous avez en vue la loltre de Como à Parry, lisez-la, ainsi que son jugement; et alors, dites-moi de bonne fui, si vous ])ensez que Parry ait produit le plus léger témoignage qui pût faire raisonnablement soupçonner que le pape ou le cardinal fussent instruits d'un projet dassassinat contre Elisabeth. Permettez-moi de vous renvoyer à ce que j"ai écrit sur ce sujet dans les Mémoires historiques sur les catholiques anglais, irlandais et écossais [chap. 32, sect. 5).
Pour corroborer votre accusation d'assassinat, vous nous apprenez que le père Cam~ pian , dans un sermon prêché à Douai , dit : Quant à ce qui concerne les jésuites, nous tous, disséminés en grand nombre sur la surface du globe, avons fait une ligue, et nous sommes liés, par xin serment sacré, à ne jamais cesser, par tous nos moyens et par tous nos efforts, par toutes nos délibérations et par tous nos conseils, tant que l'un de nous vivra, de troubler votre repos et d'attenter à votre sûreté. Permettez-moi de vous faire observer que le do( ument auquel vous référez n'est pas un sermon prêché à Douai , mais que c'est, comme le dit avec raison Strype, la lettre de Campian au conseil privé, par laquelle il offrait de prouver la vérité de la religion catholique en présence de tous les docteurs et de totis les maîtres de deux universités, et par laquelle il demandait une controverse. Cette seule différence de circonstances en fait déjà une grande dans le fond; mais ce qu'il y a de plus important, c'est que les mots, pour troubler votre repos et attenter à votre sûreté, ne sont qu'une interpolation effrontée. Ils ne se trouvent pas dans Strype {Annales de Strype, 3, App. 6), ni dans la version que le docteur Bridgewater a donnée de la lettre : Omnes qui sumus de societate Jesu per totum terrarum orbem, longe laleque diffusi, sanctum fœdus inesse, ut curas quam nobis injecistis, magno animo feramus, neque unquam devestra sainte desperemus, quamdiu vel unusquisquam de nobis superest, qui tyburno vestro fruatur, atque suppliciis vestris excarnificari, carceribusque squalere et consumi possit (1).
IV. Justification des persécutions, pattes principes de trahison attribués aux séminaristes étrangers et par le prétendu esprit de déloyauté "(2) des catholiques romains en
(1) Eiiistola Edmutidi Campiani, sacerdolis societalis Jcsti, ad regiiut; Angliye consdiarios, quaj profpcliouis suœ in AnKliani , insiiluiuin déclarai , cl iidversarios in cerlaiiien provocal , ex anglico sorriione latine tradita { Bridgcwaier's conccrlalio, p. 1 et 2).
(2) L'emploi réiiété de ce mot déloyauté, (\\\ \\ csl pres-
général. — Depuis le commencement du règne de la reine Elisabeth jusqu'à la trente et unièmeannée du règnede feu notredernier roi , il ne pouvait être entretenu d'écoles pour l'éducation de la jeunesse catholique, dans les principes du catholicisme, sans exposer et les maîtres et les écoliers aux peines très-fortes de la confiscation de leurs biens et d'une année d'emprisonnement pour la première fois ; aux peines d'un premunire en cas de récidive, et à la peine de mort pour la troisième fois. Ces mesures avaient rendu absolument nécessaire l'élablissement de séminaires à l'étranger pour l'éducation des personnes destinées au ministère sacré.
Vous les considérez comme des séminaires de déloyauté. M. Hume affirme, en termes encore plus forts, que la sédition, la rébellion, quelquefois l'assassinat, étaient les moyens par lesquels les séminaristes voulaient mettre à exécution leurs projets contre la reine. A ces atroces imputations, il est facile d'opposer sept faits incontestables : 1° Sur deux cents catholiques qui ont souffert la mort pour cause de religion, sous le règne d'Elisabeth, un seulement a combattu son droit à la couronne : 2° Tous, à l'instant de leur mort, ont persisté à nier, de la manière la plus solennelle et la plus explicite, toute espèce de crime, à l'exception de l'exercice pur et simple de leurs fonctions : 3° Leurs accusateurs étaient uniformément des gens de mauvaise vie et du caractère le plus vil : h" 11 n'y a pas d'exemple que les tortures inffligées à la victime aient produit un aveu de sa faute ou une accusation contre autrui : 5° La barbare irrégularité avec laquelle les procédures ont été conduites a rarement été égalée : 6° Cette irrégularité-là même n'a jamais pu fournir aucune preuve d'un crime de trahison quelconque, si l'on en excepte l'exercice des fonctions des missionnaires : 7° Enfin, cet exercice même n'a que rarement été prouvé contre les victimes par un témoignage compétent. La lecture des jugements vous convaincra de la vérité de ces assertions.
A tout ce que nous avons dit, nous devons ajouter les assertions les plus solennelles du docteur Allen, dans sa Modeste et vraie défense des catholiques anglais contre un libelle intitulé : Execution de ta justice en Angleterre; il affirme que toute espèce de conversation sur des matières d'Etat ou de politique était strictement défendue aux étudiants dans les séminaires étrangers, et qu'il leur était enjoint de s'en abstenir, ainsi que de toute intervention dans les intérêts séculiers, quand ils seraient employés dans des missions en Angleterre.
Je vous demande de dire si vous pensez de bonne foi qu'il y ait aucun fondement à
que impossible d'éviter , en traduisant de l'anglais , exige une note. Ce mot, employé en anglais sans aucune modification, signifie l'iiilidéliié an souverain légitime, aux sermenls politiques ; taudis qu'en français, dans son acception absolue, le mot de déloyauté s'appliciue a loulc espèce de manque de foi ; h toute déviation des principes de l'honneur el de la justice. Il ne fiut l'entendre , dans tout le cours de cette traduction , (|ne dans son acception aimiaise d'infidélité au souverain légitime. (A'o(c de l'édileur?i
DÉFENSE HE L'EGLISE ROMAINE
votre accusation de déloyauté contre les séminaristes?
Pcnnetlt^z-moi d'ajouter que cela écarte pércmptoiiemeiit votre proposition, que les prêtres furent exécutés pour trahison. Cette expression implique l'idéo que la trahison pour laquelle les missionnaires périrent consistait en quelque acte réputé tel par l'ancienne loi du royaume, ou par le statut de la vingt-cinquième année du règne d'Edouard III, coramunémeut appelé the statute of treasons. C'est incontestablement dans ce sens que les lecteurs entendent votre expression, mais il n'y a pas un des prêtres missionnaires qui ait péri pour aucun acte de cette espèce. Les seuls actes qui leur aient été reprochés étaient de la nature de ceux que les statuts d'Elisabeth avaient déclarés trahison, tels que le refus de reconnaître son autorité spirituelle, le séjour ou le retour en Angleterre, ou quelque autre pratique toute spirituelle. Or si les prêtres n'étaient pas restés en Angleterre , ou n'y étaient pas retournés, les catholiques romains anglais auraient été privés d'instructions, privés de sacrements, privés des rites de leur Eglise. H était donc du devoir du clergé catholique de rester en Angleterre ou d'y retourner; et pour l'accomplissement de ce devoir , et non pour aucun acte d'aucune autre espèce, ils ont été exécutés. Ainsi donc si vous dites qu'ils ont été pendus ou éventrés, non pas parce qu'ils étaient prêtres , mais parce que c'étaient des traîtres, on vous répondra que n'étant des traîtres que parce qu'ils étaient prêtres, ils ne furent pendus et éventrés que parce qu'ils étaient prêtres (1).
V. Justification de la persécution contre les catholiques romains, soxis le règne de la reine Elisabeth, sous prétexte des principes intolérants et des pratiques de leur Eglise. — Vous écrivez sur ce sujet avec beaucoup de force et d'éloquence , mais, comme à l'ordinaire, sans citer aucune autorité. J'y suppléerai en avouant que les catholiques romains ont souvent été coupables du crime (car je le considère ainsi) de persécution religieuse. Mais la justice et la bonne foi ne vous commandaient-elles pas d'admettre la même culpabilité à cet égard chez les protestants? Les protestants n'ont-ils pas persécuté les catholiques romains, et même les protestants leurs co-religionnaires, dans tous les pays où ils ont obtenu de l'ascendant, comme en Allemagne, en Suisse, à Genève, en France, en Hollande, en Suède, en Ecosse, en Angleterre? Vous parlez des sanguinaires
(1) Voici à ce sujet la judicieuse observation de sir Walier ScoU dans son édition des œuvres de Drvden, vol. m, p. 257, note 15 :
La justice de l'exécution des prêtres, sur le motif dit dans le texte, a élé affirmée par lord Burghiey , dans un papier d'Iital, publié par lui en 1583, et iatilulé : « The exécution of justice, » lequel a été inséré dans le Harleian collection. A celle publication , il a été victorieusement répondu par le cardinal Allen, dans sa « Modeste et vraie dé erise des cliréiiens caiholiqi;es; » la publication du cardinal a élé généralement lue et admirée. Le style en est admirable :1e savani Ed ruud Bollon disait que c'était « un morceau supérieur, profond et brillant, écrit en anglais a*ec autant d'intelligence que de délicatesse. »
exécutions des protestants dans les Pays-Bas, par ordre de l'impitoyable duc d'Albe ; je les abhorre autant que vous-même : mais pourquoi garder le silence sur les exécutions également, et je crois même plus sanguinaires, des catholiques romains, par les ordres de Vandermeck et Sonoi, dans la Belgique et en Hollande? ou sur l'intolérance et les écrits de Calvin , Bèze et autres réformateurs? Vous parlez du massacre de la Saint-Barthélemi : on ne peut pas le justifier, on ne peut même guère l'atténuer, mais je suis de l'avis du docteur Lingard, que ce n'a pas élé, comtno on l'a représenté, le fruit d'une longue préméditation. Il est hors de doute qu'il n'a fait que suivre les massacres commis en France sur les catholiques, par les calvinistes, et les incendies répétés des églises et des monastères. Le docteur Heylein {vol. 27, p. 163) parle du massacre des prêtres catholiques par les calvinistes, à Pamiers, àMontauban, à Rhodez et autres lieux. — J'ai lu avec plaisir votre pompeux et éloquent éloge de l'archevêque Laud : mais n'est-ce pas lui qui a dirigé la cruelle poursuite contre le docteur Leighton? Ce savant homme, dit le docteur Robinson dans son Histoire de la persécution, avait écrit un livre contre la hiérarchie, et il apprit à ses dépens, que sa bonne mère a autant de disposition à châtier qu'à caresser ses enfants, quand ils mettent en doute sa haute autorité. Il fut condamné par la cour de haute commission à une amende de dix mille pounds (250,000 francs), à un emprisonnement perpétuel et au fouet. D'abord il fut fouetté et ensuite mis au pilori; deuxièmement, on lui coupa une oreille ; troisièmement, on lui fendit une narine; quatrièmement, il fut marqué, avec un fer rouge sur la joue, des lettre S. S. , fouetté une seconde fois, et de nouveau expose au pilori; quinze jours après, lorsque ses bleS' sures n'étaient pas encore guéries, il eut Vautre oreille coupée , Vautre narine fendue et Vautre joue marquée. Il resta en prison jusqu'à ce que le long parlement lui eût rendu la liberté. — Pourquoi n'avez-vous pas parlé de tout cela? pourquoi garder le silence sur les cruautés exercées par les épiscopaux protestants sur les presbytériens écossais, pendant le règne de Charles II , malgré sa promesse solennelle de tolérance, faite à Bréda? Pourriez-vous lire sans frémir d'horreur ce qu'en dit M. Laing? pourriez-vous lire sans pitié les souffrances des protestants non-conformistes anglais pendant le même règne?
Dans la préface du Plaidoyer de Delaunepour les non-conformistes, il est dit que huit milk d'entre eux périrent dans cette persécution. Peut-être que , quand vous aurez vu le compte que rend M. Laing (1) de la fausseté unique et des parjures presque sans exemple des premiers ministres de V Eglise et de V Etat en Ecosse , et du massacre absolu et sans distinction voté par le conseil privé, et du Warrant signé par le roi pour Vexécution et de Vexéciition de ce warrant , qui ne fut pas au-
(1) Laing, vol. Il, p. 85, loi , et partout dans les livre* VII et VIII dp sou Histoire.
DEMONSTRATION hVANGELIQUE. BUTLEK.
dessous de l'esprit qui l'avait dicté, vous penserez que le massacre de la Saint-Barthélemi a été égalé par plus d'une énormité protestante.
Permettez-moi de vous demander si vous croyez conséquent avec l'imparlialilé historique, de dissimuler les fautes commises par les protestants, et de produire à satiété celles des catholiques romains? Lisez la quatrième lettre du docteur Milncr au docteur Slurges, la quarante-neuvième lettre de sa Fin de la controverse, sa vingt-deuxième lettre à M. Grier, et l'excellente lettre insérée dans la Revue d'Edimbourg, sur la tolérance des premiers réformateurs ; et ensuite laissez-moi vous adjurer, comme chrétien et comme gentleman, de dire de quel côté penche la balance des persécutions religieuses ; — est-ce du côté des catholiques ou du côté des protestants? Dites-nous encore quelle raison plus plausible vous avez d'attribuer les persécutions des catholiques à la religion catholique, plutôt que les persécutions des protestants à la religion protestante? — Pardonnez-moi le ton solennel de cette adjuration : on sait qu'il n'est rien dans ce pays qui contribue autant à inspirer aux gens des préjugés défavorables aux catholiques romains , que d'insinuer que leurs dogmes légitiment ou prescrivent les persécutions. Ceux qui nous veulent du mal ne manquent jamais d'employer cette accusation. Mais que vous, homme d'un savoir réel, vous nous attaquiez avec une arme semblable I voilà ce qui me surprend et ce qui m'afflige.
Mais, monsieur, le sujet est tellement important que je ne puis le quitter. — Si vous n'êtes pas encore convaincu que vous êtes coupable du crime de persécution religieuse, au moins autant que nous, jetez les yeux dans l'ouest et contemplez I'Irlande I ! !
Là, vous verrez un peuple à qui la nature a prodigué tous ses dons : le climat le plus gai, le sol le plus fertile, les meilleures côtes, les rivières les plus navigables; elle lui a donné la force, l'industrie, l'énergie de la vertu, du talent! Avec tous ces dons il est resté, depuis trois cents ans, le peuple le plus misérable qu'il y ait sur le globe; et dans ce moment , il offre une scène d'infortune qui effraie; infortune tellement amère, tellement profonde et tellement étendue, que même les ennemis de ce peuple frémissent en la contemplant; mais c'est une infortune que les artisans de ses maux ont calculée avec une adresse tellement perfide, qu'il semble presque impossible à l'habileté humaine d'y apporter du remède. A quoi cela tient-il? que les paroles du lord chancelier Clare répondent ici pour moi. La scission dans l'Irlande, dit sa seigneurie, entre ceux qui adhéraient à la religion catholique, et ceux qui adhér client àla religion protestante, « est le grand schisme qui est devenu le fléau et la peste de l'Irlande, et qui Va effacée de la carte de l'Europe » (rendered her a Blank among the nations of Europe).
En parlant des persécutions de la reine Elisabeth, vous affirmez qu'aucune Eglise,
qu'aucune secte, qu'aucun individu même n'avait encore professé les principes de la tolérance. Or ces principes avaient été à plusieurs reprises professés par des écrivains de l'Eglise catholique romaine : sir Thomas More les avait établis dans son Utopie; le quatrième concile de Tolède avait déclaré que, il était illégitime et contraire au christianisme de forcer les hommes à croire, puisque c'est Dieu seul qui endurcit les cœurs ou fait miséricorde, suivant qu'il lui plait, et à qui il lui plait. — Ni saint Ambroise, ni saint Martin, dit M. Alban Butler, dans les Vies de ces grands hommes, ne voulurent communiquer avec Ithacius ou avec les évéques de sa communion ,- parce qu'ils voulaient faire périr les hérétiques. — Saint Martin priait Maxime de ne pas répandre le sang des coupables, disant qu'il suffisait qu'ils eussent été déclarés hérétiques et excommuniés par ces évéques, et qu'il n'y avait pas d'exemple qu'une cause ecclésiastique eût été évoquée par le juge séculier.
Dans toutes ces circonstances, le vrai principe de la tolérance religieuse n'était-il pas professé ? Ceux qui le mettaient ainsi en pratique n'étaient-ils pas des catholiques romains?
La doctrine de la tolérance religieuse est maintenant si généralement admise, au moins en théorie, que je suis surpris quand je trouve une personne qui défend les maximes de linlolérance ; et cependant on en rencontre encore quelquefois. Lévéque Sparke, s'adressant au synode de Cantorbéry , en juillet 1807, dénonçait les catholiques romains, qui forment au moins le quart de la population de l'empire, comme ennemis de toutes lois divines et humaines, et devant, comme tels , être chassés de nos cours et de nos armées.
Vous, dans le chapitre que j'ai sous les yeux, vous faites l'éloge du célèbre John Fox, vous l'appelez le bon vieux martyrologue; vous en parlez comme du seul écrivain qui ait élevé la voix contre les persécutions des anabaptistes, par la reine Elisabeth. Mais quelles étaient donc les persécutions contre lesquelles il a élevé la voix? Il y a [je transcris la citation que vous faites de ses paroles), il y a, dit-il, l'emprisonnement, il y ades chaînes, il y a la marque avec un fer brûlant , il y a le fouet, il y a même le gibet. Tout ce que je demande avec instance , c'est que vous ne souffriez pas que les bûchers de Smithfield, qui, sous d'heureux auspices , ont été si longtemps éteints, soient de nouveau rallumés. Assurément le bon vieux martyrologue, comme vous l'appelez , n'élevait pas bien haut la voix en faveur de la tolérance.
Ses actes et monuments ont été, depuis l'époque de leur publication, le grand arsenal où l'on a puisé les traits lancés contre les catholiques romains pour les rendre odieux, eux et leur religion. Il a été publié une excellente réponse à ce livre, par le père Fersons : il s'en publie une autre actuellement, par numéros , dont l'auteur est M. William Eusebius Andrew. Cet écrit indique un grand savoir et une grande puissance d'ar-
DÉFENSE DE L'EGLISE ROMAINE
gumentation. 11 paraît admis que le docteur Milner a triomphé du docteur Slurges dans sa controverse : je ne doute pas que le triomphe de M. Andrew , sur le bon vieux marlyrologue, ne soit également complet.
VI. Jusiification de la persécution des catholiques romains, pendant le règne d'Elisabeth, sous le rapport des prétendus complots formés contre sa personne. — Pour excuser de nouveau les actes sanguinaires de la reine Elisabeth envers les catholiques romains, vous parlez des prétendus complots qu'ils ont formés contre elle. J'ai discuté cette accusation dans les Mémoires historiques sur les catholiques anglais, irlandais, écossais. Je me flatte d'avoir prouvé, d'une manière satisfaisante, qu'il n'y a aucun de ces complots qui puisse, avec la moindre justice, être imputé aux catholiques romains. Mais quand bien même tout ce qu'on dit de leur prétendue culpabilité serait complètement vrai, combien encore serait faible le nombre d'individus appartenant à cotte communion ainsi incriminée? Serait-il juste d'accuser le corps entier des catholiques romains, comprenant à cette époque une moitié, peut-être les deux tiers de la nation, du crime de vingt ou trente membres tout au plus de cotte société? Est-il raisonnable d'en accuser leurs principes religieux, d'assigner d'autres raisons de ces complots que le soulèvement des passions ou de la nature humaine irritée?
Vous produisez contre nous la bulle de Pie V, par laquelle il déposait la reine Elisabeth, et déliait ses sujets de leur serment de fidélité ; vous produisez encore la confirmation de celte bulle par Sixte-Quint. Vous ne pouvez vous exprimer sur ces actes en termes plus forts, et les condamner plus expressément que je ne l'ai fait moi-même dans les Mémoires historiques : y ai reconnu, avec feu le révérend Charles Plowden [Réplique à Védileur des Mémoires de Pauzani), qu'un petit nombre de catholiques, mais un petit nombre seulement, principalement parmi ceux:
qui vivaient en exil, furent détournés de leur devoir par ces bulles blâmables. J'ai aussi reconnu que la conduite des papes et des adhérents à leurs principes aurait justifié de grandes précautions de la part d'Elisabeth. Voilà tout ce que la matière exige qu'on reconnaisse; et déplorant, comme je le fais, qu'il y ait sujet de faire cet aveu, je n'hésite cependant pas à le faire.
VII. L Armada (la flotte) espagnole. — Mais était-il de votre part juste ou bienveillant de garder un silence absolu sur la conduite des catholiques romains, pendant que l'Angleterre fut menacée d'une invasion par l'armada espagnole : conduite qui leur fait tant d'honneur?
Attachés avec ferveur à leur foi, qui deux ou trois fois avait arraché leur pays au paganisme, et sous laquelle, pendant une longue suite de siècles, leurs ancêtres avaient joui de tous les biens spirituels et temporels, ils la voyaient alors proscrite ; ses dogmes étaient décriés, ses institutions étaient abolies, ses édifices sacrés rasés, ses autels pro-
fanés ; tous ceux qui restaient attachés à l'antique foi gémissaient sous les peines les plus sévères et sous la persécution religieuse; des complots imaginaires leur étaient sans cesse imputes ; les plus subtils artifices étaient mis en usage pour les entraîner dans des tentatives criminelles ; des lettres contrefaites, laissées en secret dans leurs maisons; des espions qui parcouraient en tous sens l'Angleterre épiaient leurs paroles, et s'emparaient de tout ce quils disaient ; les informateurs et les délateurs de discours frivoles étaient protégés, et on les croyait [Hist, de Carte, vol. IW, p. 585) ; et l'innocence elle-même (pour se servir des propres expressions de Camden) , quoique aidée de la prudence, ne pouvait se sauver. Ils avaient sans cesse sous les yeux les instruments de tortures et les gibets sur lesquels avaient souffert et péri leurs prêtres; ils voyaient d'autres tortures et d'autres gibets qui se préparaient; ils avaient vu l'héritière présomptive de la couronne conduite à l'échafaud parce qu'elle était de leur religion, et parce que, ainsi que le lui déclara formellement lord Buckhurst, on pensait que la religion établie ne serait pas en sûreté tant qu'elle vivrait ; ils savaient l'indignation universelle que ce crime avait soulevée, dans toute l'Europe, contre leur persécutrice sans remords; ils savaient que Pie V, le chef suprême de leur Eglise, l'avait excommuniée, lavait déposée, avait délié ses sujets de leur allégeance, et les avait compris dans l'excommunication s'ils continuaient à lui rester fidèles ; ils savaient que Sixte, le pape régnant, avait renouvelé l'excommunication, et s'était adressé à tous les princes catholiques pour faire exécuter la sentence; et que Philippe II, qui était le monarque le plus puissant de ce temps, l'avait entrepris; qu'il avait garni tout le rivage du continent de troupes prêles au premier ordre à envahir l'Angletorre, et qu'il avait couvert la n)er d'une flotte que l'on proclamait comme invincible. Dans ce moment terrible, quand l'Angleterre avait besoin de toute sa force, et que la moindre diversion d'aucune partie de cette force pouvait lui être fatale, on apprit à connaître, dans toute son étendue, la valeur de la conscience d'un catholique romain. Quel est le catholique en Angleterre qui ne fit pas son devoir? quel est celui qui oublia ses serments envers la reine? ou qui ne se présenta pas avec empressement pour faire le sacrifice de sa vie et de toute sa fortune en défendant sa cause'! Plusieurs d* entre eux, dit Hume, équipèrent des vaisseaux à leurs propres frais et en donnèrent le commandement à des protestants: d'autres s'empressèrent d'encourager leurs gens et leurs vassaux et voisins à la défense du pays. Quelques-uns (ditl'écrivain d'une lettre interceptée qui a été imprimée dans le second volume des Harleian miscellany [pag. 64]), par lettres écrites au conseil, signées de leur propre main, offrirent de risquer leur vie en défense de la reine, qu'ils appelaient leur incontestable souveraine, dame et reine, contre tous ses ennemis étrangers, fussent-ils suscités par le pape ou à
iàô
DEMONSTRATION LVANGELIQUE. BUTLER.
SU
tes ordres ; plusieurs même demandèrent de se placer aux premiers rangs. Lord Moningu, xélé catholique, et le seul pair temporel qui se fût exposé à repousser l'acte de la suprématie de la reine dans la première année de son règne, amena une compagnie de cavaliers à Tilbury, commandée par lui, son fils et son petit-fils, mettant ainsi en péril toute sa race dans la lutte qui se préparait [Hist. secrète, par Osborn, édit. 1811, p. 22). Les annales du monde n'offrent pas de spectacle plus glorieux ni plus louchant que le zèle déployé, dans cette occasion mémorable, par les catholiques, pauvres, persécutés, mais toujours honorables On ne doit pas non plus oublier que tous les écrivains s'accordent à célébrer leur loyauté.
N'éprouverez-vous pas vous-même quoique indignation quand vous apprendrez que cette conduite exemplaire (ne pourrait-on
{)as l'appeler héroïque) ne fit en rien adoucir es lois portées contre les catholiques ; qu'elle fut suivie presque immédiatement de lois encore plus sévères que les précédentes ; que, pendant tout le reste du règne d'Elisabeth, les lois contre les catholiques continuèrent d'être exécutées avec une rigueur égale, et peut-êlre plus grande encore ; qu'entre la défaite de l'armada et la mort d'Elisabeth, plus de cent catholiques furent pendus et éventrés, uniquement, je dois le répéter, pour cause d'exercice de leur religion; et que quand quelques catholiques présentèrent à la reine une adresse soumise et pleine de loyauté, pour la supplier, dans les termes les plus humbles, de mitiger les lois passées contre eux, on n'y eut d'autre égard que de (aire saisir et de détenir en prison, jusqu'à sa mort, M. Shelley qui avait présenté l'adresse a Elisabeth ; pour avoir eu tu présomption, ainsi qu'il fut dit, de remettre une adresse à la reine, àTinsu et sans le consentement des lords composant le conseil.
Assurément quand vous lirez ce traitement des catholiques, vous éprouverez quelqu'indignation. Mais n'excitez-vous pas à juste titre quelqueindignation, vous-même, quand, après avoir vu la loyauté des catholiques si sévèrement éprouvée sortir si pure du creuset, vous persistez dans vos préjugés, et vous continuez dans vos écrits à nous maudire, nous et nos ancêtres?
L'une des victimes, le père Robert Southwell, de la compagnie de Jésus, attirera je n'en doute pas votre attention ; car, tout comme vous, il savait
Hiraself to sing and build Ihe lofly rhyme.
MlLTON.
Ses poëmes ont été imprimés en 1585; un choix fait dans cette édition a été dernièrement publié enun petit volume in-8".SirEgerlon Bridges observe, dans sàCensura litteraria, qu'un langage profond, moral, animé par "une piété fervente, était le caractère de tout ce qu'a écrit Soulhwell, soit en prose ou en vers; et lueil y a quelque chose de singulièrement simple, chaste, éloquent et abondant dans sa diction.
Le père Jouvenci (1) a fait un récit éloquent et plein d'intérêt de la vie, des vertus, des souffrances, du jugement et de l'exécution du père Robert. Il parait, d'après ce récit et par d'autres documents, que le père Soulhwell fut mis dix fois à la torture, et souvent pendant sept heures consécutives. Il fut exécuté le 21 février 1595. Le bourreau fit si maladroitement le nœud coulant, que le père SouthwcU put à diverses reprises faire le signe de la croix pendant qu'il était pendu. Lorsqu'il vivait encore le bourreau s'avança pour couper la corde, mais le peuple par S''S cris l'en empêcha à trois reprises différentes ; car la douceur et la constance que le bon père avait montrées dans ses derniers moments avaient été si grandes, que les protestants mêmes, qui se trouvaient présents à l'exécution, furent extrêmement émus.
Une lettre écrite par le père Soutwell rend compte des souffrances qu'éprouvaient en prison les prêtres catholiques ; et je suis persuadé qu'elle révoltera tous les les lecteurs sensibles : // y a peu de temps, dit le révérend écrivain, quils ont souffert, dans la prison de Bridewell , des traitements qu'on aurait peine à croire. Ce qu'on leur donna de nourriture était si modique, et en même temps si sale et si dégoûtante, que la vue seule de ses aliments suffisait pour soulever le cœur. Le travail auquel on les obligea , était continuel et excessif, et avait lieu dans l'état de maladie comme en santé ; car, à force de coups, on les forçait d'accomplir leur tâche, quelque faibles qujls pussent être. On en suspend quelques-uns par les bras , pendant tout le jour, en sorte qu'à peine peuvent-ils toucher le sol du bout des pieds. En un mot, ils sont tenus en prison pour y vivre vraiment in lacu miserije , et in luto fœcis [Psalm. 39). Nous nous attendons à chaque moment de tomber dans ce purgatoire où l en deux exécuteurs, Topcliff et Young , exercent toutes les espèces de tourments sur les catholiques : mais qu'il en arrive tout ce qu'il plaira à Dieu, nous espérons que nous serons capables de tout souffrir pour celui qui nous en donnera la force.
Cette lettre est datée du 16 janvier 1590, dix-sept mois après la mémorable preuve, donnée par les catholiques, de leur loyauté, lorsque l'Angleterre fut menacée par l'invincible armada.
En 1592, un pauvre batelier et une femme nommée Ward, veuve, alors au service d'une dame catholique , furent pendus et écartelés fOur avoir aidé un prêtre catholique à s'échapper de prison. Mistriss Ward avait été suspendue par les bras et cruelli'mcnt fustigée. En 1601, madame Lyne souffrit la même punition, pour avoir donné asile à un prêtre. En 1586, madame Clilheroe, de l'ancienne famille de Mi<ldleton , dans le comté d'York , fut mis<> en jugement par ordre du comte de Huntingdon, le lord président du nord , pour avoir secouru un prêtre. Elle refusa de se
(1) Hisioiia socielalis Josu , lib. XIll, n. 3, i, 5, 6, 7. 8. Voyez Us annales île Slrvpe, \ol. iv, ii. 79 ; les leiires de HolL, ib. 147 ; el les niémoucs des prêtres luiss., v<^. I, p. 324.
DÉFENSE DK L'EGLISE ROMAINE
défendre; et, par la sentence de la cour, elle fut condamnée à mort. Une note de l'histoire du docteur Lingard contient le récit suivant de cette cruelle sent<'nce (1).
Le lieu de Vexéculion était le Tolbooth , à six ou sept verges de In prison d'York, et elle eut lieu le 25 mors 158G. Un témoin oculaire a donné le détail suivant de cette scène cruelle et sans exemple. Lorsqu'elle eut fini sa prière, Fawcet, l'un des shérifs , commanda de la déshabUlvr; alors, elle et ses quatre femmes le supp'ièrenl à genoux, pour l'honneur de l'humanité, de im dispenser ; mais ils ne voulurent pas lui accordir celte grâce ; elle demanda qu'au moins ce fussent ces femmes qui la déshabillassent , et que, pendant ce temps-là, les hommes détournassent la vue d'elle. Les femmes ôtèrent ses habits et la couvrirent d'un long voile de toile : alors , avec beaucoup de tranquillité , elle se coucha par terre , la face couverte d'un mouchoir , et la plus grande partie de soti corps avec l'habit de toile ; la porte fut fermée sur elle ; elle croisa ses mains sur sa figwe. Le shérif lui cria : — Qu'est-ce à dire ? vous devez avoir les 7nains liées. Alors deux sergents lui séparèrent les mains et les lui lièrent aux deux poteaux, de la même manière que ses deux pieds avaient déjà été attachés ; après quoi ils chargeront son corps. Quand elle commença à sentir le poids, elle s'écria : Jésus ! Jésus! ayez pitié de moi ! Ce furent là les dernières paroles qu'on lui entendit proférer. Un quart d'heure après, elle mourut. Une pierre aiguë, de la grosseur du poignet , avait été mise sous son dos ; on jeta sur elle la quantité de sept ou huit cents livres pesant, qui. brisant ses côtes, les fit sortir à travers la peau.
Encore une fois , je prends la liberté de vous demander si le devoir de l'impartialité historique n'exigeait pas que vous parlassiez de ces souffrances, et de cotte conduite admirable des catholiques romains? La justice, la vérité et l'honneur n'appellcnt-ils donc pas impérativement vos rétractations et vos aveux?
Vlll. Introduction de la réformation protestante en Irlande. — La réformation a été complétée par l'acte d'uniformité passé sous le règne de la reine Elisabeth. Sous son règne, dit lord Clare un nouveau revers vint affliger l'Eglise catholique ; la liturgie réformée fut de nouveau exigée ; l'acte anglais de l'uniformité fut enregistré par le parlement colonial; et ce qui semble être une anomalie en législation, dans le corps de l'acte par lequel l'usage de la liturgie anglaise . et une stricte conformité à cette liturgie sont ordonnés sous des peines sévères , on a introduit une clause qui porte, que des ministres anglais ne pourront desservir les églises irlandaises , parce que les peuples irlandais n'entendent pas la langue anglaise ; que le service de l'Eglise ne pourra pas être célébré en irlandais, tant par la difficulté d'imprimer en cette langue , que parce que peu de yens, dans le royaume, peuvent la lire. Et quel est donc le remède ? Si le ministre de l'E-
\ (I) Vol. V, n J'F., p. 667; Mém. des piélres missionnaires, vol. 1, lz9.
vangile ne peut pas parler anglais, il peut célébrer le service de l'Eglise en latin I tangue certainement aussi inintelligible pour sa congrégation que la langue anglaise, et probablement peu familière au ministre autorisé à en faire usage.
Il n'y a rien de neuf sous le soleil : quand nous lisons dans le docteur Robinson (Ilist. de l'Amérique, liv. \Y), que le moine Valverde s'avança vers l'inca du Pérou , le somma de renoncer à la foi de ses ancêtres, et d'adorer le dieu des chrétiens ; que lui présentant son bréviaire, il dU à l'inca que tout ce qu'il lui avait an nonce étatcerlainemenl dans ce livre; et que. lorsque l'inca l'eut repoussé, à un signal donné, on s'empara de l'inca, ses sujets furent massacrés ; nous sommes justement saisis détonnemeiil et d'horreur : mais quand nous lisons qu'une poignée d'aventuriers anglais s'avancèrent vers les Irlandais, leur présentant l'acte de conformité dont ils ne pouvaient pas lire un seul mol ; qu'ils les sommèrent d'adopter une liturgie à laquelle ils ne pouvaient rien comprendre ; qu'ils voulurent les contraindre à obéir au moyen de mesures telles que la moindre d'entre elles, pour se servir des expressions du lord député Mounjoy, aurait suffi souvent pour plonger les Etats les plus tranquilles et les mieux constitués dans la confusion ; ne peut-on pas attendre du lecteur quelque étonnement et quelque sentiment d'indignation?
Lord Clare exprime, en peu de lignes, son opinion sur linjuslice et l'imprudence du système du gouvernement des ministres de la reine Elisabeth en Irlande. // paraît difficile, dit sa seigneurie, de concevoir aucun acte de gouvernement plus injuste et plus impolitique, qu'une tentative pour introduire par force de nouveaux modes de religion, une nouvelle foi, un nouveau culte , et ce, au moyen de peines sévères infligées à un peuple rude, superstitieux et ulcéré. Les persécutions ou les tentatives pour faire violence à la conscience, n'opéreront jamais de conversions ; elles ne peuvent faire que des hypocrites ou des martyrs ; et en conséquence, la violence commencée par Elisabeth, pour introduire de force, en Irlande , la religion réformée, n'a eu d'autre effet que de fomenter une haine générale pour le gouvernement anglais.
P. S. Pour ajouter au peu que j'ai dit dans cette lettre, des misères du peuple irlandais, permettez-moi de rappeler les cinq ou six famines qui , pendant le règne de Georges II, ont affligé l'Irlande, dans le court espace de vingt années. — Voy. l'Hist. d'Irlande de M. Mat. Conor, pag. 223. — Sur le massacre de 16il , voyez les Mémoires historiques, LXXX, 7.
LETTRE XVI
Jacques I".
Monsieur,
La partie de votre chapitre sur le règne de Jacques 1", qui a rapport aux catholiques , est extrêmement courte ; vous y traitez seulement : 1° Du complot des poudres ; 2* Du
serment de fidélité prescrit par Jacques aux catholiques romains. Ces deux points sont importants, et je les examinerai successivement.
I. Le complot des poudres. — La justice que vous devez aux catholiques romains exigeait que vous fissiez mention des offres loyales qu'ils firent au roi Jacques I", lors de son avènement au trône d'Angleterre , et des adresses respectueuses qui lui furent envoyées et par le clergé catholique, et par les laïques de cette communion ; et de l'humble supplication qui lui fut présentée par les prêtres en exil. Vous auriez dû aussi rappeler les communications qui avaient eu lieu entre le prince et les catholiques romains , tant pendant la vie de la reine Elisabeth, qu'après sa mort; ses belles paroles, et même les promesses qu'il leur avait faites, particulièreme-nt, pendant le cours des négociations, pour le mariage de Charles, son fils et successeur , avec l'infante d'Espagne ; rappeler ses aveux, après que ces négociations eurent cessé; la résolution qu'il prit de persécuter les catholiques romains, et la déclaration de Bancrofl, évêque de Londres, qui dit que le temps était venu où les proleslanis pouvaient agir contre les catholiques, sans dissimulation ni miséricorde, c'est-à-dire pouvaient les exterminer. Vous auriez dû parler du statut de la première année de son règne, qui ordonnait que toutes les lois passées contre les jésuites et les séminaristes fussent mises à exécution; que les deux tiers des biens-fonds des coupables seraient confisqués pour nonconformité; et que les personnes élevées dans les séminaires étrangers seraient inhabiles à posséder des terres par succession. N'auriez-vous pas dû rapporter toutes ces circonstances? Gardant, comme vous l'avez fait, un silence absolu à cet égard, pouvezvous vous flatter d'avoir de bonne foi, résolu la question?
Vous citez Jacques pour avoir dit qu'il n'était qu'à demi le roi des papistes, étant seulement le maître de leurs corps, leurs esprits appartenant au pape. Pourquoi les catholiques romains sont-ils sans cesse insultés par ces expressions railleuses? quel fondement y a-t-il à tous ces propos ? Quand les colonies protestantes en Amérique se révoltèrent contre l'Angleterre, le Canada catholique seul lui resta fidèle. Quelle ne serait pas la solitude de ses camps et de ses armées, si les braves catholiques romains ne venaient les peupler? Les ministres, la législature de la Grande- Bretagne, n'ont-ils pas, à plusieurs reprises, reconnu leur loyauté et leur mérite? Le comte de Liverpool, dans le débat sur la pétition irlandaise, n'a-t-il pas dit : J'ai entendu ce soir des allusions à des doctrines que personne , j'espère, ne croit que les catholiques romains professent ; non, il n'y a pas de rai- $on de penser que ce sera sur de pareils prétextes qu'on s'opposera à la pétition. — Voilà le langage d'un homme d'Etat, cl d'un homme distingué. Combien ce langage n'est-il pas plus décent, meilleur dans toute l'étendue du
mot , que des incriminations injurieuses et sans fondement 1
Vous arrivez au complot des poudres : Cette atroce trahison , qui, dites-vous, fut méditée pur un petit nombre de fanatiques, devenus furieux quand leurs espérances d'une invasion espagnole eurent été frustrées par la paix faite avec l'Espagne : les catholiques anglais, comme corps, en furent innocents ; mais l'opprobre que cet attentat attira sur leur Eglise, fut mérité, puisque Guy Fawkes et ses complices avaient agi d'après les mêmes principes que le chef de cette Eglise, dans les circonstances que vous avez citées, et dont j'ai déjà parlé moi-même.
Mais combien y eut-il de catholiques compromis par ce complot? seize au plus; et neuf seulement dans ce nombre eurent part à l'incendie des poudres. Quel fut le jugement que portèrent les catholiques sur les chefs de ce complot? Un écrivain contemporain (1) nous apprend que les conspirateurs étaient quelques misérables, quelques pervers que beaucoup de protestants qualifiaient de papistes, bien que les prêtres et les véritables catholiques ne les connussent pas comme tels, et que nul réformé ne pût dire qu'aucun de ces conspirateurs fît partie de ces chrétiens que la loi rangeait parmi les papistes non conformistes. Quels sont ceux qui auraient été victimes du complot, s'il avait réussi ? Les pairs catholiques comme les pairs protestants : vingt pairs catholiques siégaienl à cette époque dans la chambre haute. Qui révéla la conspiration ? Lord Mounteagle, catholique romain. Quels sont ceux qui mirent plus d'activité à rechercher les auteurs du complot? Le comte de Northampton et le comte de Suiïolk, tous deux catholiques romains. Aussitôt que les particularités du complot eurent été connues, les catholiques romains n'exprimèrent-ils pas toute leur horreur de cet attentat? Blackwell, archiprêtre catholique, <!t les autres membres infiuents du clergé répandirent immédiatement une lettre pastorale, dans laquelle ils le qualifiaient de détestable et de damnable, et affirmaient que le pape avait toujours condamné de telles pratiques. — Ils présentèrent une adresse au roi, une autre aux deux chambres du parlement, et une troisième à Cécil, premier secrétaire d'Etat, pour déclarer combien ils exécraient un semblable complot, pour protester de leur innocence, et pour solliciter une enquête (2). Peu de temps après que l'archi-prêtre et les chefs du clergé eurent publié leur lettre, le premier reçut du pape un bref dans les mêmes termes : à sa réception, l'archiprêtre et les membres influents du clergé, l'annoncèrent aux catholiques , par une lettre écrite dans le même esprit que la précédente.
Vous dites que, si les conspirateurs éprouvèrent quelques remords, l'approbationde leurs pères spirituels calma bientôt leurs scrupules. A cela permettez-moi d'opposer la dénégn-
(1) Piotestans plea forpriests, p. S6, publié en lli'2\.
(2) L'avocal de la conscience et de la liberté, etc. p. 230.
3i9 DÉFENSE DE L
lion In plus absolue. Cola est si faux, que les récits de More et de Bartoli prouvent que les jésuiles s'employèrent pour calmer l'irritation générale que la conduite de Jacques avait naturellement occasionnée. Ce fait était si tïénér.ilement connu, que quelques esprits ardents insinuèrent, que les Jésuites s'étaient ligués avec le gouvernenieni;, pour empêcher les catholiques d'obtenir la reconnaissance de leurs droits.
On eut recours, comme d'ordinaire , à la question et aux tortures. — John Owen, domestique, y fut mis; il était affligé d'une hernie : ses boyaux s'échappèrent; il fut alors mis au lit, et mourut peu de temps après. — I.e père Gérard, Jésuite, fut, sans qu'on eût la moindre preuve de sa culpabilité, envoyé à la tour; ses mains furent serrées entre deux aiineauxen fer, etces anneaux attachés à une colonne, à une telle hauteur que ses pieds ne pouvaient toucher la terre. Il demeura dans celte position affreuse pendant une heure ; après quoi, on lui mit sous les pieds un billot ; et il resta dans cette nouvelle situation pendant cinq heures; on l'en ôta ensuite. Le lendemain, la même torture lui fut infligée , et l'excès de la douleur lui fit perdre connaissance; on le rappela à la vie en lui faisant avaler du vinaigre, et la torture continua ; le jour suivant, l'ordre fat donné de l'y mettre pour la troisième fois, mais le gouverneur delà Tour intervint et l'empêcha. Il ne fut pas mis en jugement, et quelque temps après, il réussit à s'échapper de prison. Lorsqu'il eut gagné le continent, il protesta, de la manière la plus solennelle, de son innocence. Le père Oldcorne, autre jésuite, fut mis cinq fois à la question , et une fois pendant plusieurs heures, avec une cruauté extrême : on ne put apporter la preuve la plus légère sur sa participalion au complot, ni qu'il eût eu connaissance de rien de ce qui y avait rapport ; il fut néanmoins jugé pour misprision oftrenson (non-révélation), trouvé coupable, pendu, dépendu vivant, et éventré. — GuyFawkes fut mis à la torture : d'après un document de la chambre des papiers d'Etat, on voit que le roi Jacques donna lui-même des instructions pour régler les degrés de cette torture; il prescrivit de la ménager, en allant graduellement jusqu'à la dernière rigueur , per ç/radus ad ima : voilà les propres mots de Sa Majesté.
A l'égard de l'histoire compliquée et si triste du père Garnel, il faut, pour l'entendre, la connaître tout entière ; je dois donc vous prier de recourir pour cet objet aux Mémoires historiques sur les catholiques anglais, irlandais et écossais (C. XLIV, XLV^ XL'V^I).
Mais qu'il me soit permis d'ajouter que M. Peel m'ayant accordé , de la manière la plus libérale , la faveur d'examiner les documents concernant la conspiration des poudres, au bureau des papiers d'Etat, j'en ai profilé à diverses reprises. Le résultat de mes recherches a été favorable à la cause calliohque : je l'ai communiqué au docteur Lingard, et j'attends en conséquence, avec une grande impatience , le prochain volume do
EGLISE IIOMAINE.
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son élégant, exact et impartial ouvrage. Je dois profiter de cette occasion pour remercier M. Peel du libre accès qu'il m'a donné dans le bureau des papiers d'Etat. Il pourrait êlre permis à un catholique romain de désirer que l'opposition de ce ministre à l'émancipation catholique fût moins habile; mais il ne peut pas en demander une plus honorable ou plus libérale.
Quelles qu'aient pu êlre les circonstances du complot, les lois pénales contre les catholiques furent exécutées avec une grande sévérité. Dix-huit prêtres et sept laïques souffrirent la mort, uniquement à cause de l'exercice de leur religion ; cent vingt-six prêtres furent bannis, et l'énorme amende de vingt pounds fut extorquée , avec la plus grande rigueur, de tout catholique qui ne suivait pas le service de l'Eglise établie.
II. — Serment de fidélité requis des catholiques romains, par Jacques /". — Vous parlez de la béatification du père Garnet, et vous nous apprenez ensuite que le parlement jugea nécessaire de fiiire prêter un serment de fidélité par tous les ca</io/(Vy((es; que le pape le leur défendit , comme injurieux à son autorité , et mortel pour leurs âmes; qu'il fut cependant prêté sans aucun scrupule apparent ou aucune répugnance ; mais que les écrivains ca^ tholiques du premier rang à Vétranger, soutinrent les prétentions du pape dans toute leur étendue; et que les protestants furent ainsi confirmés dans leur opinion, que la doctrine de l'équivoque, publiquement enseignée par les casuistcs romains , et la croyance au pouvoir absolu du pape, rendaient impossible de se confier à des hommes qui ne se croient pas engagés par leurs serments. Permettez moi d'observer que ce récit offre beaucoup d'erreurs.
Le père Garnet n'a pas été béatifié. Les écrivains catholiques romains en ont plus d'une fois donné l'explicite assurance, dans des ouvrages célèbres el qui ont eu beaucoup de publicité. Peut-être n'étes-vous pas bien instruit de ce qui constitue la béatification. Quand la canonisation de quelque saint personnage est sollicitée, il est délivré une commission par la congrégation des rites , qui a pour objet de s'assurer de l'opinion générale sur sa sainteté et ses miracles. Si le rapport des commissaires est favorable, la procédure pour la canonisation est instituée : elle parcourt différents degrés , jusqu'à ce que la preuve de la sainteté soit acquise de la manière la plus stricte et d'après les documents authentiques ; preuve qui établit que le personnage possédait les vertus delà foi, de l'espérance et de la charité, à un degré éminent, ou, pour employer le langage de là procédure, à un degré héroïque; et que des miracles ont été opérés par lui , ou par son intercession. Celte preuve étant faite , un consistoire de cardinaux est convoqué; il s'ensuit une délibération très-solennelle; et si le consistoire est d'opinion que la preuve requise est satisfaisante, la cause continue; et alors, mais i»as auparavant , le pape prononce que ; le personnage est au nombre des bienheu- 1
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DEMONSTRATION EVANf.ELIQUE. BUTLER.
reux. Voilà ce qu'on appelle la béatification. Souvent la procédure s'arréle là. — Une nouvelle procédure, dans laquelle on exige des preuves d'autres miracles, conduit à la canonisation. Qu;\n(\ le personnage n'est que béatifié, on dit qu'il est bienheureux ; quand il est canonisé, on dit qu'il est sanctifié ou saint. Or, jamais on n'a commeticé aucune procédure pour la canonisation du père Garnet;i! n'a point par conséquent été béaliné.llestmême irrc'fjulier de l'appeler bienheureux. Si quelque écrivain catholique lui a appliqué celte épilliète (ce que je crois douteux), il n'a, sans aucun doute , voulu se servir de ce mot que dans le sens ordinaire, et non pas dans son acception propre.
Quant au serment (Vallcgeance , quelques théologiens transalpins ont porté si loin leur opinion en faveur di- l'autorité du pape, qu'ils ont soutenu qu'il possédait, de droit divin, et directement, la puissauce suprême dans les aff.iires temporelles et spirituelles ; d'autres ont beaucoup rabattu de ces prétentions , en soutenant que le pape n'avait, de droit divin , aucun pouvoir temporel; mais que , lorsque le bien évident d'un Etat ou de quelque individu l'exigeait, il pouvait exercer le pouvoir temporel, ou le faire exercer sur cet Etat ou cet individu, ce qui lui accordait indirectement le pouvoir temporel dans les affaires spirituelles. A l'époque ou Jacques proposa son serment de fidélité , celte opinion était soutenue par un grand nombre de catholiques romains respectables, et quelques-uns de ceux qui y étaient contraires jugèrent l'autorité des autres si grande, qu'ils ne crurent pas prudent d'y contrevenir par un serment, ou par aucune expression d'aigreur. Cette opinion est actuellement abandonnée dans toutes les parties du monde, à l'exception du territoire qu'enferment les murs du Vatican. Les catholiques anglais , irlandais et écossais l'ont solennellement rejetée par leurs serments.
Les personnes qui prêtèrent le serment prescrit par Jacques I" rejetèrent absolument, et sans aucune qualification , le droit du pape à déposer le souverain, et abjurèrent, comme impie et hérétique , la damnable doctrine, que les princes excommuniés ou privés de leurs couronnes par le pape , pouvaient être déposés ou mis à mort par leurs sujets ou partout autre individu. Le pape, par deux brefs , défendit aux catholiques de prêter le serment; et il n'y a pas de doute, (|uoiquil n'ait pas osé l'avouer, que ce fut à cause de ce qui avait trait à sa prétention au droit de déposer les monarques. — Je voudrais pouvoir dire avec vous que le serment fut prêté par les catholiques sans aucun scrupule apparent, ou répugnance. — 11 occasionna beaucoup de disputes et d'animosités parmi eux, et il donna lieu à une longue guerre de mots, tant en Angleterre que sur le continent; enfin, le serment fut prêté par la généraiilé du corps des catholiques; mais il y a toujours en (les opposants. Rien cependant, dans la dispute, ne justifie votre accusation d'équivoque. Jamais il n'y a eu moins d'équivoque en
aucune dispute : rien ne saurait être plus explicite que l'attaque de Bellarmin ou la défense de Widdrington, sur le serment. Les papiers d'Etat de Clarendon (1) contiennent une multitude de documents qui font voir la bonne foi des deux partis. Je crois que les vues de Jacques lui-même, en proposant le serment , avaient été pures ; quant aux vues de ses ministres, elles me paraissent au moins très-douleuses.
Mais sur quel fondement avez-vous adopté cette odieuse accusation , que la croyance au pouvoir absolu du pape rendait impossible de se confier aux catholiques , puisqu'ils ne croyaient pas leur conscience engagée par des serments ? Je le déclare , je méprise cette accusation, et j'affirme que , si tous les catholiques qui sont dans l'univers étaient comptés, il se trouverait que tous les catholiques la méprisent. Une exposition de la doctrine des catholiques romains sur ce chef, étant trop longue pour être insérée ici, je vous renvoie à la quarante-sixième lettre de la Fin de la controverse du docteur Milner.
Il est étrange que vous avanciez cela maintenant, lorsque, deux lignes plus haut, vous nous avez dit que le pape avait défendu aux catholiques de prêter le serinent proposé par Jacques I" ; mais que cependant ils le prêtèrent sans aucun scrupule apparent et sans répugnance. — Vous affirmez que la doctrine de l'équivoque était publiquement professée par l'Eglise catholique : elle a au contraire été souvent condamnée par l'Eglise. C'est ainsi que, vers la fin du dix-septième siècle, quelques opinions sur la pratique de l'équivoque s'étant glissées dans les livres de certains théologiens étrangers, elles furent condamnées, dans les termes les plus forts, par l'assemblée nationale du clergé gallican en 1700 (2). Il faut être bien hardi pour accuser les catholiques romains de défendre l'équivoque comme légitime : on sait l'horreur qu'elle inspire; c'est le sentiment profond de la religion du serment, et de sa nature sacrée, qui empêche les catholiques romains de prêter ces serments qui les délivreraient de toutes les peines et de toutes les incapacités politiques sous lesquelles ils gémissent, et les feraient jouir pleinement des bénéfices de la constitution, bénéfices dont ils sont privés depuis si longtemps.
Dans ce chapitre, vous nous attaquez de nouveau à l'occasion de l'infaillibilité du pape : il y a pou de préceptes de l'Eglise catholique romaine , qui soient plus mal entendus par les protestants. L'infaillibilité du pape n'est pas un article de foi de l'Eglise catholique romaine. Quelques théologiens respectables l'ont soutenue ; mais ils la limitent aux cas seulement où le pape propose solen-
(1) Vol. I, p. 190. Voy.en outre lesMém.hist.,r. XLVII,