‹ Dâemonstrations âevangâeliquesChapitre 41 sur 202 · XLVIII, LVI · texte numérisé non relu

XLVIII, LVI

(2) De Bcaussel, Hist de Bossuet, vol IV, liv. XI, s. 9; Hisloire gc'ni-rale de l'Eglise pendant le XVlll' siècle, Besançon , Wlô , ifvn. I, p. 36-2 ; Mém. clii'oiiol. el dogin. de d'Avri"nv , :id aiiniiin 1700 ; et Mémoires de Picot , r-our servir à l'HIst. de l'Kglise pendant le XVlll' siècle , ad au. 1700. Voyez en outre , la vie de sir Toby Malhews, par M. Âlhan Butler, p. 17.

DÉFENSE DE L'EGLISE ROMAINE

ncllementà l'Eglise universelle une proposition spéciale, comme article de foi. Dans une proposition faite de cette manière, le pape est censé parler car ca//ie(ira, ou de dessus la chaire de saint Pierre, et avec la prérogative de l'infaillibilité de saint Pierre. Quelques théologiens ultra-montains ou transalpins soutiennent vivement l'infaillibilité des décrets rendus par le pape dans ces circonstances , et avec les restrictions dont j'ai parlé; néanmoins ils admettent universellement que l'Eglise n'a pas décidé ce point, et que par conséquent il est encore abandonné au jugement individuel. Une opinion contraire est enseignée dans la Déclaralion du clergé gnilican, en 1682. Celte déclaration a été signée par presque tous les archevêques et évèqucs et par le clergé régulier et séculier de France, et a été enseignée dans tontes les facultés de théologie du royaume : elle est défendue avec la plus grande habileté et avec une grande force d'argument par Bossuet , dans sa Défense de la déclaration gallicane ; par Marca, archevêque de Toulouse, et par divers autr.es écrivains éminents, parmi lesquels notre compatriote, l'abbé Hook, mérite d'être distingué. Ses Principia juris naluralis et reve- /afi renferment une an)ple discussion du sujet, et sont dignes de l'allention de toutes les personnes qui recherchent sur celte matière une instruction complète et positive. Les jésuites français, en 1757 et 1761, ont formellement et explicitement reconnu la Déclaralion de 1682, et ont fait certifier au gouvernement leur adhésion , par les évè(iues de France. Dans tous les cas où le pape ne parle pas ex cathedra, il n"a , n lativement à l'enseignement doctrinal, que le caractère d'un docteur privé de 1 Eglise (1). Dans l'année 1331—2, le pape Jean XII prêcha en chaire, à Avignon, une doctrine qui élait nouvelle dans l'Eglise. Un moine dominicain anglais, nommé Voies, qui assistait à cette prédication, monta en chaire , et dénonça cette doctrine : il fut emprisonne; mais le pape, voyant que le dominicain était soutenu par une foule de théologiens, expliqua ce qu'il avait avancé, rclracta ses expressions, et relâcha le dominicain (2).

Plus haut, j'ai cité l'expression libérale de lord Liverpool : J'ai ce soir entendu à la chambre des allusions à des doctrines que f espère bien que personne ne croit que les catholiques professent. Le passage que j'ai transcrit de votre ouvrage n'est-il pas la triste preuve que l'espoir suggéré à sa seigneurie par sa belle âme, n'était pas aussi fondé qu'il le supposait?

LETTRE XVII

Charles I".

Vous gardez un siience presque absolu sur

(1) Mémoires des calholiques anglais, irlandais et écossais, oliap. 7S, secl. 8.

(2) Hist. eccl. de Fleury , vol. XIX , ch. 94. — Défense de la déclaralion du clergé, en 1682, par Bossuet, liv. IX , ehap. 46.

la condition des catholiques romains pendant le régne de Charles I". — I. Vous auriez dà parler des arlifices dont on fit alors usage pour enfiammer les esprits contre eux , de leurs souffrances et de leur loyauté. — IL Du jugement solennel des archevêques et des évêques d'Irlande contre la tolérance de la religion catholique romaine.

I. Arlifices dont on fit usage pour enflammer les esprits contre les catholiques romains : leur loyauté et leurs souffrances. — Ces arlifices ont été remarquables. — Les fables les plus absurdes et les plus ridicules furent propagées pour enflammer le peuple contre eux. — On fit courir le bruit que des flottes étrangères menaçaient les côtes ; on parlait d'une armée de papistes qui s'exerçaient au maniement des armes dans des souterrains ; d'un complot formé pour faire sauter la Tamise , et noyer la fidèle cité protestante (1). Que faut-il dire du célèbre Hampden, qui fil paraître dans la chambre des communes ua tailleur de Cripplegate , lequel déclara que, se promenant dans les champs , le long d'un fossé, il avait entendu de l'autre côté, les détails d'un complot formé par des prêtres et autres papistes ; que cent huit assassins devaient égorger cent huit des membres les plus influents du parlement, au taux de dix pounds pour chaque pair, et de quarante schllings pour chaque membre des communes ? Que dire de la chambre des communes, qui, sur celte déposition, eut recours aux mesures les plus violentes contre les catholiques, et qui, sous prétexte de sa sûreté, ordonna aux compagnies de volontaires et aux milices du royaume de se tenir prêtes à marcher, et les mit sous les ordres du comte d'Essex ? ou de la chambre des pairs, qui accueillit le rapport du tailleur et ordonna qu'il fût imprimé et distribué dans tout le royaume ?

Le roi était, par caractère et par principes, ennemi des mesures de cruauté et d'oppression ; mais on lui persuadait facilement lorsqu'il croyait qu'il y allait de son intérêt, de sacrifier les catholiques à la fureur de leurs ennemis.

Les conséquences furent telles qu'on pouvait les attendre. Il y eut proclamations sur proclamations contre ces malheureuses victimes de l'erreur populaire ; les emprisonnements , les tortures , les bannissements se succédèrent rapidement ; vingt-trois prêtres furent pendus et évcntrés, et plusieurs autres furent condamnés et périrent en prison.

Pour montrer la manière dont les exécutions des prêtres se faisaient, je transcrirai ce qui a été rapporté par un lémoin oculaire, sur la mort du révérend M. Hugh Green.

D'après une proclamation de Charles 1er, qui ordonnait à tous les prêtres de quitter le royaume à jour fixe, il alla pour y satisfaire, à Lime, dans le comté de Dorset ; et il était près de s'embarquer sur un vaisseau qui faisait voile pour la France, quand il fut accosté

(1) Examnu de l'hist. des Puritains de Neale, par Gra» vol. 2, p. 360. ' . -»

par un officier de la douane, qui lui demanda son nom et son étal : M. Grecn répondit sans déguisement. Le douanier lui fit observer que le délai était expiré; qu'il n'avait plus droit au bénéfice de la proclamation , et le fit à l'instant arrêter et conduire devant le juge de paix. Là M. Grecn s'excusa sur l'intention qu'il avait eue d'obéir aux ordres du roi, et dit qu'il espérait, la méprise n'étant que de peu de jours, qu'on ne tirerait pas parti contre lui de l'aveu qu'il avait fait de bonne foi de son étal, sans faire attention au danger où il s'exposait. Il fut néanmoins envoyé dans la geôle de Dorchester ; et, au bout de cinq mois, il fut jugé et condamné, comme coupable de haute trahison, uniquement parce qu*il était prêtre.

Le récit qui suit de ce martyre est copié du manuscrit de madame Willoughby (1).

Le mercredi, lorsque la sentence de mort fut prononcée contre lui par le juge Fosler, il dit: Sit nomen Domini Jcsu benedictum in secula fque le nom de Notre-Seigneur Jésus- Christ soit à jamais bénij ! H devait mourir le jeudi; et à cet effet, les fagots avaient été apportés sur la montagne, pour mettre le feu au bûcher; et une grande multitude de gens se trouvaient dans les rues, aux barrières et dans les ruelles, pour être témoins de l'exécution. Mais notre martyr désira mourir le vendredi, ce qu'un de ses amis lui fit obtenir du shérif, quoique avec beaucoup de peine , Millard, le geôlier en chef, s'y étant opposé. On observa qu'après sa sentence, il ne se coucha pltis et ne mangea que fort peu, à peine assez pour se soutenir ; et néanmoins, il fut de trèsbonne humeur et plein de courage jusqu'au dernier moment.

Je supplie maintenant Notre-Seigneur de me rappeler ses paroles, afin que je puisse les redire en termes exprès, car j'ai un grand scrupule, ei je crains d'y ajouter ou d'en retrancher; c'est pourquoi je me suis fait aider par une fidèle servante de Dieu , qui fut témoin de sa mort; cependant , nous qui ne sommes que deux faibles femmes, nous ne pouvons tout nous rappeler. Sa piété fut admirée : s'agenouillant sur la claie, il pria, la baisa avant de se coucher dessus , et continua à prier jusqu'à ce qu'il fût amené au lieu du supplice ; alors on l'enleva de dessus la claie et on le fit asseoir sur la bute, à une assez grande distance du gibet , jusqu'à ce qu'on eût achevé de pendre trois pauvres femmes. Deux d'entre elles lui avaient fait dire auparavant qu'elles mouraient dans leur croyance. Quelle consolation pour ce vrai serviteur de Dieu I II fit tout ce qu'il était possible afin de les voir et de leur parler ; mais sans réussir. Alors elles lui dépêchèrent de nouveau, pour lui dire que lorsqu'elles auraient fini , sur le gibet, la confession de leurs fautes , elle» feraient un signal, afin qu'à ce moment il pût les absoudre ; ce qui fut exécuté avec beaucoup de soin de son côté et de profit du leur. Ces deux femmes , se tournant vers nous, et étendant leurs bras, lui

(1) Mémoire du docteur Challoner sur les prêU-es niisr.onuairos, vol. 2, p. 217.

crièrent que Dieu vous bénisse, monsieur, et elles moururent; mais la troisième femme se détourna de notre vue , et regardant la foule du peuple, elle mourut sans que son visage ou ses paroles se dirigeassent vers nous.

Mais j'ai aussi remarqué que la charité de notre martyr, même dans le court espace de temps qu'il avait à vivre, ne manqua pas d'être récompensée ; car Dieu , dans sa miséricorde , daigna lui accorder la même consolation, par le ministère d'un révérend père de la compagnie de Jésus, qui se tenait là à cheval , pour l'absoudre; il reçut cette absolution du jésuite avec une grande dévotion et un grand respect, ôtant son chapeau , et levant au ciel les yeux et les mains.

Je ne puis assez bénir le Seigneur d'avoir été témoin de la magnanimité de ces deux hommes, notre martyr et le révérend Père, l'un à l'heure de la mort rempli d'une suinte assurance, qu'exprimait sa contenance joyeuse, et l'autre plein de mépris pour le danger imminent qu'il courait d'être assailli par une multitude furieuse qui ne lui aurait pas fait grâce.

Mais notre martyr est au pied de l'échelle , conduit par le shérif: tombant à genoux , il demeura dans une fervente prière pendant près d'une demi-heure, il prit alors son crucifix et ôta de son cou son agnus Dei , et les donna à cette pieuse dame qui m'a aidée dans cette relation ; il remit à un autre son chapelet ; il donna aussi au geôlier son mouchoir, et finalernent , à moi , la plus indigne, son livre de prières, etc.; il me jeta aussi, de dessus le gibet, son écharpe, ses lunettes et sa ceinture de prêtre ; et alors, se tournant vers le peuple, et faisant le signe de la croix , il commença ce discours:

Il y a quatre choses principales, que tous les hommes devraient se rappeler: la mort, le jugement, le ciel et l'enfer. La mort fait horreur à la nature ; mais ce qui suit est bien plus terrible, savoir, le jugement, si nous ne sommes pas morts comme nous le devions ; selon que nous ferons le bien ou le mal dans cette vie, nous trouverons dans l'autre, notre punition ou notre gloire. Je suis condamné à mort pour ma religion, et parce que je. suis prêtre. Nous savons qu'il doit y avoir des prêtres ; car Dieu, en prédisant V Eglise par la bouche des prophètes a dit: Tu es prêtre pour toujours, dans l'ordre de Milchisédech [Psal. c. X), et depuis le lever du soleil jusqu'à son coucher, il y aura un sacrifice pur offert en mon nom [Malach., 1). Maintenant, il y a quatre choses à considérer, un Dieu, un sacrifice, un prêtre, un homme. — Dieu doit être honoré par un sacrifice; ce sacrifice doit être offert par tin prêtre, et ce prêtre doit cire un homme. Tel je suis, et tel je dois donc mourir. Pourquoi recevons-nous l'onction sainte, et sommes-nous faits prêtres, si ce n'est pour offrir des sacrifices à Dieu? Mais je suis condamné parce que j'ai été ordonné par le siège de Rome. Saint Paul a dit : Les Romains ont la foi catholique (Rom. l, etc.) ; et remerciez Dieu que leur foi et la sienne aient été ta même; de laquelle foi catholique je suis. Coutre

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cette foi romaine, tous les sectaires se sont réunis, et tous les héréliques qui ont existé depuis le Christ combattent cette foi, et cependant il est vrai que sans elle personne ne peut être sauvé.

Il II a encore quatre autres choses :

Un Dieu, une foi, un baptême, une Eglise. Nous reconnaissons tous un Dieu, en qui, de qui et par qui toutes choses proviennent et ont l'existence; qu'il y ait une foi, c'est ce qui paraît par le Christ, priant que la foi de saint Pierre fil n'a pas dit les foisj ne succombe jamais ; et il a promis d'être avec elle jusqu'à la fin du monde. Il y a un baptême; nous sommes tous purifiés par l'eau dans ce monde. Il y a une Eglise sainte et sanctifiée; suint Paul n'a-t-il pas dit, C'est une Eglise glorieuse, sans tache ni ride, ni souillure ! Or, les caractères de celte Eglise sont la sainteté, l'unité, l'antiquité, l'universalité, que nous tous, en tous points de foi maintenons. (Ici tous les ministres l'interrompirent et voulaient disputer avec lui; mais il dit qu'il avait été cinq mois en prison, et que pendant tout ce temps aucun d'eux n'était venu disputer avec lui ; que là il n'aurait refusé aucun d'eux; mais qu'actuellement il ne lui restait pas assez de temps pour une controverse. En conséquence, il continua). Mais plusieurs diront que nous nous sommes séparés de l'Eglise de Rome ; mais sous le règne de quel pape ? sous le règne de quel prince? quelles sont nos erreurs? c'est ce que personne ne peut trouver. Non, cette sainte Eglise du Christ n'a jamais pu errer. Nous avons souvent offert des controverses publiquement, mais cela n'a jamais été accepté; non, jamais cette Eglise ne pourra être accusée de fausseté en matière de doctrines ; les érudils peuvent différer sur des points d'érudition, mais jamais sur les matières de la foi. Dieu est la source de toute vérité, et il a promis d'être avec son Eglise jusqu'à la consommation des siècles {saint Mathieu, XVIII) jusqu'à ce que nous soyons tous d'accord dans l'unité de la foi et dans la connaissance du Fils de Dieu, afin que nous ne soyons pas jetés dans tous les écarts de doctrines dissemblables ; car beaucoup d'hérésies ont pris naissance de doctrines diverses, qui s'élevaient, pour combattre la vérité de l'Eglise de Dieu, comme ont fait jusqu'ici Ar'ms, Nestorius, Wickiiffe ef autres; comme ont fait dans ces derniers temps Luther, Calvin, Zuingle et le reste, dont les doctrines, à l'époque actuelle, ont tant abusé les esprits dans ce royaume ; car Dieu ne peut être divisé, ni servi par des fois différentes. Et quoiqu'il y ait eu des hérétiques, cependant cette Eglise romaine a résisté, a confondu et condamné toutes les hérésies; et Luther lui-même confesse de sa religion , qu'elle n'a pas été commencée par Dieu, et qu'elle ne finira pas par Dieu.

Ici un ministre ( nommé Banker, quelquesuns disent que c'est ce ministre qui anciennement était tisserand, et qui est actui llement chapelain de sir Thomas ïrencher ), cria d'une \ voix forte: Il blasphème 1 fermez la bouche du blasphémateur! renversez-ie de l'échellel et il y eut un grand bruit parmi la multitude ; tt

le shérif, pour apaiser le peuple, invita notre martyr à cesser c6 discours ; et le silence étant rétabli : J'ai vraiitient pitié de notre pauvre pays, dit-il, j'ai pitié de tout mon cœur de voir les divisions qui l'affligent ; de voir qu'en matière de religion il n'y a pas d'unité parmi nous. Alors il commença à prier avec ferveur pour Sa Majesté, et pour que ce royaume pût obtenir la paix ; ce qui, dit-il, n'aurait jamais lieu, tant qu'il n'y aurait pas d'unité de religion.

Il ajouta : Je suis ici comme prêtre et comme traître. J'ai confessé que je suis prêtre, et que comme tel, j'aurais dû quitter mon pays, pour obéir à la proclamation de Sa Majesté : je suis allé pour prendre mon passage et profiter du bénéfice de la loi; mais on m'a refusé cette pertnission, et j'ai été arrêté sous prétexte qu' il y avait quelques jours d'écoulés depuis l'expi' ration du délai accordé par la proclamation; et j'ai été emmené dans la prison de D archester, et je suis actuellement, sans aucun autre motif [j'en remercie Dieu), que d'être prêtre, sur le point de mourir, et non pour aucune trahison contre mon roi ou mon pays : car je proteste devant Dieu tout-puissant que je n'ai jamais désiré du mal à mon roi ni à mon pays pendant toute ma vie entière ; mais, qu'au contraire, j'ai prié pour Sa Majesté, et que chaque jour, dans mon mémento, pendant la sainte inesse , je l'ai offerte et recommandée à Dieu. Mais il y a eu des lois faites sous le règne de la reine Elisabeth, par lesquelles il a été déclaré que c'est trahison que d'être prêtre : d'après cette loi je suis condamné comme traître. Mais sûrement les anciennes lois du royaume ne m'auraient jamais déclaré tel , comme font les lois modernes. Jugez si les lois dernièrement faites par les hommes , sont suffisantes pour renverser l'autorité de l'Eglise de Dieu et pour condamner ceux qui la reconnaissent.

Néanmoins, je pardonne de tout mon cœur à tout le monde, et à tous ceux qui ont eu part à ma mort ; et je vous supplie tous , si j'ai offensé aucun de vous dans la moindre chose, que vous me pardonniez. Je n'ai pas eu dessein de vous offenser ; et je prie Dieu de vous accorder à tous la grâce de chercher à le connaître, en sorte que vous puissiez obtenir sa miséricorde et lu gloire éternelle.

Alors il me demanda et m'invita à le rappeler avec affection au souvenir de tous ses compagnons de prison et de tous ses amis. Je lui dis que je n'y manquerais pas ; mais que plusieurs d'entre eux étaient partis avant lui et l'attendaient avec impatience. Puis, je lui demandai à genoux sa bénédiction ; cinq d'entre nous en firent autant, et il nous bénit avec joie en faisant sur nos têtes le signe de lu sainte croix. Alors un nommé Gilbert Loder, avocat de profession, lui demanda s'il ne méritait pas la mort, et s'il ne pensait pas que sa mort fût juste. — A quoi il répondit, Mamort est injuste, — Et, tirant son bonnet sur sa figure, les mains jointes sur sa poitrine, priant en silence, il attendit, pendant près d'une demiheure, son heureux passage à l'éternité, que devait opérer la chute de l'échelle. Personne ne voulut y mettre la main pour la renverser,

quoique le shérif se fût adressé à plusieurs. J'entendis quelqu'un lui répondre de la renverser lui-même. A la fin, un paysan, avec l'aide du bourreau ( qui se tenait à califourchon sur le gibet ), renversa l'échelle ; ce qui étant fait , il fut remarqué par moi et par d'autres, que le prêtre fit trois fois le signe de la croix de la main droite, quoiqu'il fût pendu; mais à l'instant on ordonna au bourreau de couper la corde avec un couteau, que le constable lui présenlaau bout d'une longue gaule, quoique moi et d'autres nous fissions tout ce qu'il nous était possible pour l'en empêcher. Or la chute qu'il fit en tombant du gibet, et non pas l'acte même de la pendaison, l'étourdit un peu : car on avait ordonné au bourreau de ne pas faire le nœud de la corde au-dessous de l'oreille comme de coutume. L'homme qui devait le couper par quartier était timide et maladroit: c'était un barbier nommé Burcfool, dont la mère , les sœurs et les frères sont de pieux catholiques. Il fut si long à le démemorer, que le prêtre recouvra pendant ce temps l'usage de ses sens et qu'il se mit sur son séant, et prit Barcfooî par la main, afin de montrer ( à ce que je crois ) qu'il lui pardonnait ; mais le peuple le renversa en tirant la corde qu'il avait au cou. Alors le bourreau lui fendit le ventre des deux côtés, et replia la peau sur l'estomac ; ce que le saint homme agant senti, il mit la main gauche sur ses entrailles , et la voyant ensanglantée, il ta laissa retomber, et levant la main droite, il fit le signe de la croix, disant par trois fois, Jésus, Jésus, Jésus, merci I spectacle dont, malgré mon indignité, j'ai été témoin, car j'avais la main sur son front. Plusieurs protestants entendirent la prière du martyr et y firent beaucoup d'attention. Tous les catholiques furent écartés par la multitude turbulente, excepté moi qui ne l'abandonnai jamais jusqu'à ce que sa tête fût séparée de son corps. Pendant qu'il invoquait ainsi Jésus, le boucher lui enleva un morceau du foie, au lieu du cœur, lui fouillant dans les entrailles pour voir si ce cœur ne se trouvait pas ; ensuite, avec son couteau, il torturait le corps du bienheureux martyr qui invoquait Jésus, et dont le front était humide de sueur, tantôt froid et tantôt bridant. Ses yeux, son nez et sa bouche étaient couverts de sang et d'eau. Sa patience était admirable ; et quand sa langue ne put plus articuler ce nom de Jésus, qui donne la vie, ses lèvres se remuaient encore, et ses gémissements concentrés témoignaient les lamentables tourments que pendant plus d'une heure il endura. Je crus que mon cœur serait arraché de mon corps en lui voyant éprouver des maux si cruels, les yeux tournés vers le ciel et vivant encore. Je n'y pus plus tenir, et je criai contre ceux qui le tourmentaient. Sur quoi une pieuse dame, entendant dire qu'il était encore vivant , alla trouver Cnnco\n, le shérif, qui était l'homme d'affaires de son oncle, et le supplia à genoux de faire finir le supplice du prêtre. Cancola, à sa prière, ordonna de couper la tête au martyr : alors, avec un couteau, on lui coupa la gcrge, et avec un couperet de boucher on sépara la tête du tronc; ainsi périt ce martyr trois fois bienheu- - leur permit de parler comme il avait fait, IH

veux. On trouva son cœur, qui fut placé au bout d'une pique et montré au peuple, et ensuite jeté dans le feu allumé sur le revers de la colline. On dit que ce cœur en roulant parut enflammé, et qu'une femme le ramassa et l'emporta. Ce que j'en dis n'est pas à ma connaissance, mais voilà ce qu'on rapporte comme vrai, et cela est très-probable, car la colline est très-rapide et inégale, et le cœur ne fut pas jeté comme à l'ordinaire, mais du bout d'une pique. Alors cette dame et moi , nous nous adressâmes au shérif pour avoir le corps, qu'il 710US accorda sans difficulté. Mais le démon se mit à rugir, et ses instruments, les aveugles dorsctriens { que de tout mon cœur je plaignais), se fâchèrent et murm\irèrent, et dirent au shérif qu il ne pouvait pas disposer de ces membres en faveur des papistes, et que nous ne les aurions pas. Je crois que si nous avions fait mine de les emporter, nous aurions été exposés à voir jeter et le corps et nous dans le feu : car nous étions là en bien petit nombre, et eux s'y trouvaient par milliers. Leur fureur était si grande, que nous fûmes forcés de nous retirer ; et si je n'avais pas eu la femme du geôlier pour nous reconduire en ville, nous aurions été lapidés, et peut-être eussions-nous été exposés à de plus mauvais traitements encore, ainsi que je l'appris ensuite de plusieurs personnes dignes de foi ; tant est grande leur malice envers les catholiques! Dieu, dans sa miséricorde, puisse-t-il leur pardonner et les convertir ! De la ville nous envoyâmes un drap mortuaire pour envelopper les saints membres du prêtre, par une femme protestante, qu'il semble que Dieu nous ait envoyée par un effet de sa miséricorde, pour nous mettre à même de rendre ce dernier service à son serviteur. Quand elle nous entendit gémir de ce qu'aucun de nous n'osait approcher, elle s'en alla avec courage mettre ses membres dans le drap mortuaire et les fit enterrer près du gibet, quoiqu'elle ait éprouvé beaucoup d'insultes de la part de la multitude impie, qui, depuis dix heures du matin jusqu'à quatre heures de l'après-midi, resta sur la colline et s'amusa à jouer à la boule avec la tête du martyr, et à ficher des morceaux de bois dans ses yeux, dans ses oreilles, dans son nez et dans sa bouche ; et qui ensuite enterra celte tête près du corps , car ils n'osèrent pas l'exposer sur la porte de la ville, parce qu'ayant ainsi, il y avait longtemps, exposé sur la porte de la ville la tête d'un martyr ( M. John Cornélius Mohum, en 15% ). il s'ensuivit, dit-on, une espèce de peste qui coûta la vie à beaucoup de monde ; en sorte qu'ils craignaient le même malheur, mais ne se corrigeaient pas. Que Dieu étende sur eux sa main miséricordieuse , car, autrement, je crains qu'une sévère justice ne leur soit faite pour leur dernière cruauté l Je souhaite le contraire, et je demande avec ferveur que nous puissions tous participer au mérite des prières et des souffrances de notre saint martyr, dont la magnanim ité et lapât ience m'ont été profitables et m'ont paru admirables. Aussi un ministre qui était présent à sa mort, avec quarante autres réformes, a-t-il dit que si beaucoup de gens pareils mouraient et qu'on

DÉFENSE DE L'EGLISE ROMAINE

minisires n'auraient plus bientôt qu'à fermer leurs livres. Cela est positif, r/uoiquepour certaines raisons on ne nomme pas le ministre. — Monsieur, voilà succinctement ce que je me suis cru obligé de vous faire connaître sur ce sujet, ne doutant pas que cette lecture ne vous donne autant de consolation que j'en éprouve en écrivant. Je suis, monsieur, etc.,

E. WlLLOlJGHBV.

Ce même récit fut quelque temps après imprimé et publié par Chlttclins, dans ses Palmas clcri anglicani ; et la substance s'en trouve dans le Douay (liary, 1GY2.

M. Green mourut à Uorchester, le 19 août 1642, dans la cinquante-septième année de son âge.

Depuis le commencement du règne d'Elisabelh, jusqu'à lépoquc donl nous parlons, les lentalivcs n'avaient pas cessé pour faire croire à la déloyauté des catholiques anglais. Charles 1" savait bien que cette odieuse accusation était sans fondement; mais il n'a que trop souvent agi comme s'il y croyait. — Cependant les catholiques persévéraient sans déviation dans leurs principes d'honneur et de loyauté.

Peu après le commencement de la contestation entre le monarque et le parlement, ce dernier obtint l'administration des fonds publics. Depuis ce moment les loyaux sujets du roi fourniront à ses besoins ; les catholiques y contribuèrenl largement, au moyen de souscriptions volontaires, et en diverses occasions , en lui avançant deux années, ou plus de leur cotisation annuelle, ou des abonnements faits pour non-conformité: ol l'étendard de la fidélité ne fut pas plus tôt levé, dit le docteur Milner ( Lettres à un Prébende, lettre VllI ) ; // ne fut pas plus tôt permis aux catholiques de s'y ranger, qu'on le vit entouré de toute la noblesse de celte communion : les Winchesters, les Worcestcrs, les Dunbars, les Bellamonts, les Carnavons, les Powises, les Arundells, les Fauconbergs, les Molineux, les Cottingtons, les Mounteagles, les Langdalcs, etc., etc., avec de la bourgeoisie et des franctenanciers à proportion, étaient impatients de laver avec leur sang cette accusation de déloyauté qu'ils avaient été forcés d'endurer pendant près d'un siècle, — c'est-à-dire, depuis l'accession d'Elisabeth.

Ces catholiques qui possédaient des châteaux et des places fortes, en firent des forteresses royales ; et le reste fournit autant d'argent que ses facultés le lui permirent, pour le soutien du roi et de la constitution. Nous pouvons juger de leurs efforts dans cette cause, par ce qu'ils ont souffert pour cette cause même. M. Dodd parle d'une liste qu'il avait sous les yeux ( et qui était confirmée par des documents authentiques ), d'après laquelle six lieutenants généraux, dix- huit colonels, seize lieutenants- colonels , seize majors, soixante-neuf capitaines, quatorze lieutenants, cinq cornettes , cinquante gentlemen volontaires, tous catholiques, perdirent la vie en combattant pour la cause royale. Le nombre total de nobles et de gentlemen

DÉMOVST. liVANG. XII,

qui périrent du côté du roi, a été estimé à cinq cents ; les deux tiers environ étaient ca- Iholiqnes ; et ce nombre excédait de beaucoup la proportion dans laquelle les catholiques étaient à cette époque, relativement aux protestants du même rang.

Plusieurs écrivains contemporains parmi les protestants, ont rendu justice à la conduite des catholiques : C'est une vérité incontestable, dit le docteur Stanhope, qu'il y eut beaucoup de nobles, de braves et de fidèles sujets parmi les catholiques qui risquèrent leur vie dans la guerre pour la cause du roi, avec la plus grande abnégation, sans aucun autre but que de satisfaire à leur conscience ; et que beaucoup de ces hommes avaient l'âme trempée de manière que les plus grandes tentations du monde n'auraient pu les empêcher de faire leur devoir, et les porter à déserter la cause de leur roi dans ses plus grands malheurs (1). — Le papiste anglais, dit un autreécrivain (2), mérite par son courage et sa loyauté, dans la première guerre , une place dans l'histoire, et peut-être est-il digne d'attention que toutes les fois que l'usurpateur, ou l'un de ses instruments de cruauté et de charlatanisme, résolurent de s'emparer de la vie ou de la fortune d'un papiste, ce fut sa loyauté et non sa religion qui l'exposa à leur rapine et à leur inhumanité.

D'autres protestants n'ont pas rendu autant de justice aux catholiques: peut-être penserez-vous que lord Clarendon n'aurait pas dû se borner, en parlant de leur fidélité envers C'iarles II , après la défaite de l'armée royale à Worcester , à ce peu de mots : On ne pourra jamais nier que plusieurs catholiques n'aient eu beaucoup de part au salut de SaMajesté ; surtout quand vous saurez que pendant les six premiers jours qui suivirent ce désastre , le monarque resta entièrement entre les mains et sous la sauvegarde des catholiques. Cinquante-deux personnes de celte religion avaient le secret du roi : plusieurs d'entre elles étaient dans la misère; mais ni la crainte ni l'espoir d'une récompense ne purent déterminer un seul de ces dignes cathoiicjues à oublier sa fidélité. Le sixième jour , Sa Majesté arriva à la maison de M. Lane ; à dater de ce moment, ils furent entre les mains des protestants, qui imitèrent les catholiques ; le noble historien fait un panégyrique aussi éloquent qu'abondant de la fidélité des protestants ; mais à peine, si l'on en excepte le père Middieton, moine béné« diclin, dit-il un mot des cinquante-deux catholiques dont la conduite à l'égard de leur prince fut si noble (3).

(1) Le plus sûr soutien du irôiie, p. 30 , cilé par Dodd, V. 3, p. 51.

(:2) Etal du chrislîanisme en Anglelerre , par un ministre prolestaul, qu'où dit être évèque, p. 2o, cité aussi par ]3odd, comme ci-dissus.

(3) Fotjez « rilisloire de Dodd, » vol. 3, part. VII, 1. I art. 1. D'ai'rès un mauuscrii signé par lepèreHuddiestone et par M. Whilgrave , de Moseley , dans la maison duquel le monarque élail resté caché penilani deux jouis et deux nuits, M. Uodd donne les détails des courses du monarque qui suivirent la bataille , et le nom de ciuquante-deux ca» Iholioues auxquels le secret avait été condé.

(Douze.)

DÉMONSTRÂTIOiN ÉVANGÉLIQUE. BUTLER.

On doit ajouter, qu'à l'époque où mourut Charles I", les catholiques irlandais lurent le seul corps qui , dans tout l'empire britannique, ail coiiservé pure et sans tache, sa fldélilé à la cause royale (1).

Une grande partie des propriétés des catholiques romains furent confisquées : ce ne serait pas exagérer que d'alfirmcr que la fidélité dos catholiques romains d'Angleterre à Charles l" cl à son fils , leur coûta un tiers au mains de leurs biens-fon<ls, et une moitié au moins de leurs biens mobiliers.

Treize prclres calholi(iucs sont morts pour leur religion, soys le règne de Charles I"; onze, pendant l'usurpation , et durant celte seconde période, de nouvelles mesures de sévérité lurent dirigées contre les catholiques romains. Tout ce que, je rappelle là, vous le laissez: est-ce là de l'impartialité? est-ce là de la juslice ?

H. Jugement solennel des archevêques

ET DES ÉVÈQUES d'IrLASDE CONTRE LA TOLÉ- RANCE DE LA RELIGION CATHOLIQUE ROMAINE.

l'Kglise d'Angleterre ne pourrait pas offrir un nuni plus honorable, un homme de meilleure foi, ou plus instruit que rarchevôque Ushcr ; — et cependant ce vénérable prélat entra accompagné d'une file de mousquetaires, dans la chapelle catholique située dans Corkstreet, à Dublin ; pendant qu'on y célébrait le service divin, les soldats s'emparèrent du prêtre revêtu de ses habits sacerdotaux , et ab:ittirent le crucifix ; — et le (ligne ecclésiîisluiue, avec onze autres prélats irlandais signèrent ce qu'on appelle le Jugement de divers archevê(/ues et évéques d'Irlande, sur la tolérance de la religion ; — et déclarèrent , par ce jugement , que la religion des papiste; était superstitieuse et iduldirc ; que leur foi et leur doctrine étaient erronées et héréliqu>'s ; que leur Eglise, sous le rapport de la foi de ses doctrines, était apostate ; et qu'en conséquence les tolérer ou consentir au libre exercice de leur religion , était un grand péché. 11 est digne de remarque (2), que "tout cela ce passait à l'époque où Charles 1" était dans les plus grands embarras, et où les catholiques irlandais faisaient les derniers efforts pour servir sa cause.

Je vous prie dobserver, quedans ce jugement solennel et doctrinal de la prélature irlandaise, il n'y a rien d'exprimé, rien d'insinué a l'égard de la conduite des principes politiques, ou même de la tendance des principes reliçieux des catholiques romains ou de leur religion. On refuse de les tolérer absolument et uniquement à cause de leur religion , de l'hérésie et des erreurs dont sont entachées leur foi et leurs doctrines ; à cause de l'apostasie de leur Eglise : — c'est pour CCS motifs seulement que la tolérance de leur rcliqion est déclarée un péché.

Maintenant je vous somme de vous rappeler tout ce que vous avez entendu dire ou lu de l'histoire de l'Eglise catholique romaine (i) Voliez « l;i r.ovuo hisiori(;iic de Téial tie l'iilaiido, » l'ar M. P'iowdiMi ; oiuTn^e s:ivanl ci iiistructil', vol. 1, c. 4. (2) i^oijez « lu Uevue liisloriquc de l'éUt d'Irlande , » V«1, 1, chap. 4.

dans tous les siècles ou dans tous les pays ; je vous invite à vous représenter tout ce que les catholiques romains les plus intolérants ont dit ou écrit : et je vous défie ensuite de produire un seul cas où le dogme détestable àc l'intolérance religieuse ait été plus explicitement, plus solennellement, ou plus injustement professé

Doit-on donc l'altribuer aux protestants

comme un dogme de leur foi Je ne dis

pas cela , — mais je dis, que s'il ne doit pas être atlribué à l'Eglise proteslanle, il n'y a pas d'acte ou de doctrine des catholiques romains, comme individus, quelque éminents qu'ils soient par leur rang ou leur caractère, qu'on doive attribuer à l'Eglise catholique (1).

Certainement, il fallait que l'archevêque eût oublié le juste reproche, que peu de temps auparavant il avait fait lui-même à un ecclésiastique , à cause de son manque de charité. Ayant fait naufrage sur une partie désolée de la côte d'Irlande, il s'adressa à un prêtre pour avoir du secours; et sans rien dire de son rang et sans se nommer, il parla seulement de son caractère sacré. L'ecclésiastique le questionna avec rudesse, et lui dit sèchement , qu'il doutait fort qu'il connût le nombre des commandements. Je vous assure que joies connais , répondit l'archevcfiue avec douceur , il y en a onze. Onze I répondit l'ecclésiastique, dites-moi le onzième, et je vous assisterai. Obéissez au onzième, dit l'archevêque : C'est un nouveau commandement que je vous donne : Aimonsnous les uns les autres.

LETTRE XVIU.

Charles II.

Monsieur, Je vous remercie sincèrement de quelques passages du chapitre de votre ouvrage auquel nous arrivons maintenant; il en est d'autres contre lesquels je réclame : je vais énumérer les principaux : — I. Je parlerai de votre apologie de la violation de la promesse faite à Brcda aux catholiques romains et aux protestants dissidents, par Charles IL Dans une note, je ferai voir l'exacte ressemblance qu'il y a entre la conduite de Charles et la conduite du gouvernement anglais envers les catho!i(|ues romains d'Irlande à l'époque de l'union. — IL Je m'occuperai ensuite brièvement de quelques-unes de vos imputations contre les catholiques romains , et qu'on trouve dans ce même chapitre. — III. Je traiterai ensuite des actes de corporation et du test. — IV. Plus loin, j'offrirai quelques considérations sur l'acte de la trentième année du règne de Charles II, qui déclare les pairs et les commoners ( représentants dans la chambre des communes) professant la religion catholique, inhabiles à siéger et à voter dans le parlement. — V. Je parlerai ensuite

(nilfaiil observer qu'en avril 1612, Charles I",qui f lisait alors aux calholiqucs romains irlandais . les plus lîrilrs prompsscs de rapporter le code des .'ois pénales nui existait outre eux , recul le sacremenl des mains de rirchevôdue Lisher, sous serment, qu'il ne iavoriserail Jamais le papisaie ; Birdi, p. 278, 279 ; Hurb. col. p. 15*i }tush.,vol. IV,p. 3i6.

DÉFENSE DE LEGLISE ROMAINE

du complot de Oatcs;— VI. De Jacques II, du bill des droits et des actes de sctllcinent (établissement); — VU. et je finirai ma lettre par quelques remarques sur les imputations répétées de superstition et didolâtrie, que vous faites aux catholiques.

I. Apologie faite par le docteur Southey de la vivialion des promesses de Charles II aux catholiques romains et aux prolestants dissidents, à Breda. — Permeltcz-moi de le dire, c'est avec surprise que j'ai lu cette apolo{^ie. « Une promesse de bonne foi, — je copie vos propres expressions, avait été faite dans une déclaration portant que drs moyens de conciliation seraient mis en usaije. Ou disait alors, — qtie les passions et l'intolérance du siècle ayant produit diverses opinions en matière de religion , ces opinions ayant, à leur tour, fait naître des disputes , des animosités, des partis aciiarnés les uns contre les autres, tandis que si, par la suite, on pouvait converser et disputer en liberté, les haines se calmeraient à l'aide de ces relations multipliées; nous proclamons In liberté de conscience, nous déclarons que nul individu ne sera troublé pour opinion en matière de religion, tant que ces opinions ne troubleront pas elles-mêmes la paix du royaume; et nous déclarons en outre, que nous serons toujours prêts à consentir à tel acte du parlement qui, d'après une nifire délibération, sera proposé dans la vue de donner cette liberté de conscience.

Vous dites que Charles était sincère en faisant cette promesse, par r inspiration d'un juste et honorable sentiment de honte, que des lois aussi sévères continuassent de peser sur les catholiques romains, après que la nécessité politique de ces lois aurait entièrement cessé. — Mais Charles , dites-vous ensuite , ne se crut obligé par cette déclaration de Breda, à rien faire à l'égard de la religion, que de sanctionner l'acte que le parlement jugerait convenable de proposer, il n'y en eut aucun de proposé, et Charles fut donc, d'après voire opinion, tout à fait dégagé de sa promesse.

Mais est-ce ainsi que cette proniosse avait été entendue à Breda? Les catholiques, qui avaient versé tant de sang, auxquels on avait extorqué tant d'argent, "qui avaient eu tant de biens confisqués, pour la cause du père de Charles et pour celle de Charles lui-même; les protestants dissidents, qui s'étaient montrés si, actifs dans l'œuvre de la restauration, et sans la coopération desquels elle n'aurait pu s'effectuer; — les conseils de Charles, qui connaissaient les vues, les sentiments et les espérances des partis ; — tout homme enfin, qui était instruit de l'état de la question, pouvait-il donner cette interprétation à la parole du monarque ; interprétation qui exposait les protestants dissidents aux peines infligées à la non-conformité, et les catholiques romains , non-seulement à ces peines, mais à la torture et au gibet?

La promesse faite à Bréda n'impliquaitelle pas que le gouvernement userail de toute son influence pour procurer l'acte du parlement auquel elle référait? Tous les moyens du gouvernement ne furent-ils pas au contraire mis

en œuvre pour empêcher cet acte? N'y eut-il pas de nouvelles restrictions et de nouvelles peines décrétées contre les catiioliqucs romains et les protestants dissidents? Ces mesures peuvent -elles être une manifestation delà bonne foi de cet acte?

Malheureusement cependant, il fut adopté, et le monarque abandonna tranquillement les |)roteslanls dissidents et les catholiques romains aux peines toujours subsistantes, aux amendes et aux misères. — Et vous le croyez justifié (1) 1

(1) Oi. a dit que la coiiduile du goiivernemenl anglais à l'égard des caiholiijucs romains, a lépoque de ruuioii resseiiiLle a la eoiuiuile de Charles 11 envers L's calholiques romains el les prolesiauU dissidents après sa restaurai ioii.

Que la persperiive do l'émancii-alion ait clé ofïene aux catliollqiies irlandais, pour les engager :i tavoriser le irojet d'union du gouvernenienl, e'esl ee liu'il ne parait pas possible de nier.

I. Quand M. Pilt proposa les articles de l'union à la chambre des Communes, il s'exprima ainsi : « Personne ne peut dire q'\e, dans l'étal actuel des ehoses, et tant qufe l'Irlande restera un royaume séparé, on i:uisse t;iire d6 pleines concessions aux eat!\oli(iues , sans mettre l'étal ea danger, et sans ébnuiler la coaslilul if n jusque dans ses fondements. » N'était-ce pas assurer qu'aprèi l'acte de l'union, on pourrait faire de |ileinrs concessions h l'Irlande sans danger? Les catholiques romains ne devraient-ils pas croire néeessatremeni qu'il celte éi^oque ces concessions auraient lieu ?

II. Tel a été le langage du ministre qui proposa l'union. Quel est le langage de l'acte d'union? « Que chacun des pairs et des ni''nil)res des Communes du parlement du royaume uni, et chaque membre du royaume uni dans le premier parlement et dans ceux qui succéderaient, prêteraient jusqu'à ceciue le parlement du royaume uni en décide autrement, les serments actuellement prescrits.» CecL n'est-il pas une déclaration ex[ilicite qu'on avait eu vue un changement dans la formule des serments, après l'union, en faveur des catholiques ? K'élait-ce pas leur en offrir l'espoir certain ?

III. Comment M. Pitt entendait-il les termes de concessions? Que ses propres paroles répondent 'a cette question: quaiid il ex, liqua la cause elles motils de sa mémnrable retraite, il s'exprima en ces termes : « Quelques-uns de mes collègues el moi avcais senti ([u'il était de notre devoir de proposer une mesure, au nom du gouvernement, que nous avions, dans les circonstances de l'union si heureusement ellectuée entre lesdeu.\; pays, jugée d'iiue haute importance politique, et nécessaire pour compléter les avantages [)rol)ables de l'acte d'union : nous en avions si fortemeut senti l'importance que, lorsijuc des circonstances se rencontrèrent qui ne permirent pas de la proposer cou;me mesure de gouveruement, nous jugeâmes qu'il était incompatible avec notre devoir et noire homicur, de faire plus longlenii)s partie du gouvernement. Je ne sais pas quelle peut être l'opiaicu de l'opposition, mais je désire qu'on comprenne ([ue c'est une mesure qui aurait été projjosée s? j'étais resté ministre. »

M. Pilt u'avouait-il passaus équivoque, en s'cxprimant ainsi, qu'il était engagé par l'hoiuieur à propo.scr l'émancipation des catholiques ?

IV. Je donnerai maintenant les communications écrites qui eurent lieu 'a l'époque dont nous parlnus, entre M. Pitt et lord Cornwallis, el (pii ont été olBciellement délivrés par lord "Castlereagh au docteur Troy, archevêque catholique de Dublin.

M. Pitt a lord Cornwallis.'

« La partie niduentc des ministres de Sa Majesté, trouvant insurmontables les obstacles qui s'opposent a la présenlation des mesures de concession en laveur des catholiques pendaet leur administration, i. senti qu'il lui était impossible de continuer à l'aire partie du conseil de la couronne, étant hors d'état de [iroposer celle mesure avec les circonslances nécessaires pour en obtenir l'adoption et les avantages qui peuvent en résulter. Elle a donc abandonné le ministère, regardant son éloignement des affaires comme la conduite la plus propre a contribuer au succès futur de cette mesure. L"s catholiques verront comliien leurs espérances pour l'avenir reposent s.ur leur comJji'tCt ils n'oublieront pas non plus que ces espérances repOsïùi

C'eut ainsi que, pour se servir tlu langage de Hume, toutes les belles promesses du roi, pour calmer les consciences, furent éludées et vio-

aussi sur les personnes qui mainlenant défendent leurs intérêts; ils compareront ces personnes à celles sur lesquelles ils [lourraienl foncier leur espoir d'un autre coté. Ils peuvent, avec conlianco, compter sur l'appui sincère de tous ceux (lui se retirent , cl de plusieurs parmi ceux qui restent m place, quand il y aura pour eux une chance de succès. Us peuvent être assurés que M. Pitl fera les derniers elforts [lour procurer à leur cause la faveur de roi)inion , et pour |iréparcr les voies et leur faire atteindre enlin l'oljelde leurs vaux; mais les catholiciuos n'ou- Llieroul pascpie M. l'iil.qui ne voudrait pas concouru- à une tentative sans espoir pour l'obtention do celte mesure politique, sera toujours et dans toutes les circonslances , prêt a repousser,' avec la même énergie que s'il étnit d'une opinion contraire, toute démarche inconstituiionuellc de la part des caliioliques.

« Dans ces circonstances, on ne pciU pas douter que les catholiques n'adoi tent la ligne de conduite la plus lo.yale, ]a pins respectueuse et la plus patiente; ds ne se laisseront pas entraîner ii des mesures qui pourraient , par une interprétation quelconque, favoriser leurs adversaires , et servir d'argument contre leurs réclamations. On doit s'attendre que, par une attitude calme, ru'udeiite et exemplaire, ils donneront de nouveaux motifs a l'accroissement graduel du noinhre de leurs i)artisaus, alin do pouvoir faire soutenir leurs réclamations , quand une occasion iavorable se présentera. » , ■ j r.

V. Sentiments d'un partisan sincère (le marquisdcCcrnwallis), à l'éiîard des réclamations de catholiques.

« Si les catholiques se livraient mainteuanl a la violence, ou conservaient l'espoir d'atteindre à leur émancipation par des mesures qui pourraimit amener des convulsions dans le pays, ou en formant des a.ssociations avec des hommes infectés (les principes du .lacoliinisme, ilsperdraient nécessairement l'appui de ceux qui ont sacriliéjnsqn'à leur existence sociale pour le souti(!;i de leur cause , mais ([ui , malgré tout, jugeraient de leur indi.s[iensalile devoir de s'ojiposor à tout ce qui pourrait conduire à la confusion et au désordre. , .

« D'un autre côté, si les catholiques savent apprécier quel avantage leur donne l'engagement qu'ont pris lauidn personnes d'un caractère émineni, de ne pas entrer dans les alfaires publiques, li moins que les privilèges qu'ils réclament en laveur des catholiques ne leur soient accordés, on doit espérer qu'en balauçant les craintes, les avantages et les espérances de leur position, ils préféreront une altitude calme et paisible à touleaulre ligne de conduite qui y serait opposée. , , , ,

VI. Lors du débat qui cul lieu dans la chambre des communes sur la iiétition des catholiques irlandais, le mercredi 2.3 mai 1808, M. Elliot s'exprima ainsi :

« Je ne prends pas la parole avec le dessein d'entrer dans aucune es] èce de discussion sur la question générale; mais en conséciuence de ce qui est échappé à mon noble ami du côté opposé (lord Castlcreaj,'h), et uniquement pour m'occuperde la circonstance de l'union dont on peut supposer que j'ai (Jiiekpie comiaissaiice olïicielle; cl delà nature de l'espoir d'mné aux catholiques, afin de se concilier leur bonne volo té, cl d'obtenir leur acquiescement il celle mesure. Mon noble ami a dit qu'il n'a été pris aucun engagement envers les callioli(pies, que leur émancipation dût suivre immédiatement celle mesure; engagement fondé sur l'appui (pi'ils prêteraient au ministère. Il c.'st très-vrai qu'il n'a é!é adressé aux caliioliques aucune clause écrite d'engagement ; mais cerlainemenl ou les a llaités d' espérances et de quelque chose de tellement semblable à des promesses, que, selon moi, il y a ici plus ([u'unc oblig alion formelle. El cette idée a lellenienlété partagée par mon noble ami, et par le très honorable gentleman (pii n' est phis maintenant (M. l'ilt), qu'ils ont quitté le minislère parce ipi'ils ne i)0uvaicnt obtenir la mesure; cl quand M. Pitt rentra en place, s'il s'est opposé à ce qu'elle fût présentée au comité, ce n'est pas qu'il y eût aucune objection ;> faire :i la mesure en elle-niêinc, mais à cause des tirconslances du temps. »

VU. Finalement, lord Casllcrcagh, dans son admirable discours sur la motion faite par M. r.rattau, en l'année I'8l9, dont un extrait étendu a été inséré dans les « Mémoires sur les catholiques anglais, irlandais cl écossais, » parle de « l'incorporation politiiinc des catholi(iues et des proicslanls, qui, sur de certaines bases, étail l'objet des vues de M. Pilt et de ceux qui ont agi de concert avec lui k .'époque de l'union. »

lées. Il est vrai que Charles, dans sa déclaration datée de Breda, avait exprimé Vinlcntion où il était de régler cette indulgence d'après l'avis et par l'autorité du parlement ; mais cette restriction ne pouvait raisonnablement s'entendre d'une violation totale de la promesse. Personne ne sait mieux que vous, que, par inclination, Hume était porté à défendre le monarque à toute outrance, et qu'il fallait, pour que Hume pût se décider à le condamner, que les torts du prince fussent de toute évidence. Assurément, la conduite du monarque catholique romain, Jean de France, fut plus honorable que celle de Charles. Il avait été renvoyéde captivité par notre Edouard HI, sous promesse d'une forte rançon. A son retour en France, ses courtisans lui conseillèrent de refuser la rançon, parce qu'il n'en avait fait la promesse qu'en prison, et que, par conséquent, elle n'était pas obligatoire. Non! répliqua aveciniiignation le monarque: si la vérité était bannie du ciel, elle devrait se réfugier dans la bouche des rois.

II. Imputations faites dans ce chapitre contre les catholiques romains , par te docteur Southeg. — i. On a cru, à ce que vous nous apprenez, que les derniers troubles {ceux de la grande rébcHion et de l'usurpation) avaient été insidieusement fomentés par des agents de la cour (le Homr, dans la vue de favoriser lu cause de Home. « Quel témoignage avez-vous apporté à l'appui de ces horribles suggestions? » Suggi'stions complètement destituées de probal)iiilé, et qui lotnlienl devant les longues souffrances et les offorls héroïques des catholiques pour la cause royale, à une époque antérieure.

2. «Il était donc sitr, dites-vous, que les catholiques avaient gagné par les derniers troubles, et avaient fait plus de prosélytes que dans aucune autre génération. » Et quoi 1 ils avaient gagné par la confiscation parlementaire des deux tiers de leurs propriétés 1 Vous conviendrez que c'est là une singulière espèce de profil 1 Quand à leurs succès de prosélytisme, je vous invite à prouver ce fait : cela est diamétralement opposé à tout ce que j'ai vu, entendu ou lu.

3. Vous dites ensuite que les catholiques insultaient les martyrs mariens ( religionnaires exécutés sous le régne de Marie ) d'une manière qui montrait avec quel plaisir ils auraient commencé une nouvelle persécution. Celle assertion est nouvelle pour moi, et je la crois dénuée de toute espèce de fondement ; mai^ qu'il nous soit permis de vous faire o!)server que plusieurs proleslanls luthériens ont parlé des condamnés mariens dans des termes très-peu favorables. Le docteur Maclaine (Traduction de l'hist. de Mosheim, 2' édit., vol.W, /9.187) nous apprend, qu'on allait jusqu'à les appeler les martyrs du diable.

k. Vous dites, que les catholiques avaient méprisé le roi da7is son exil. Je sais que cela a été affirmé par Clarendon; mais cite-t-il une seule circonslancc où ils se seraient con-; duits de cette manière? un seul fait qui prouve cette accusation ? Toute leur con-i

duitc envers Charles I", pendant la lutte entre ce prince et son parlement , et envers Charles II, pendant qu'il se tenait caché apn^s la bataille de Worcester, conduite que lord Clarendon passe sous silence avec si peu de bonne foi, rend cette accusation tout à fait improbable. L'antipathie excessive de Clarendon pour les catholiques romains et pour les protestants dissidents, est de l'aveu de tout le monde une tache dans son caractère. Les mots catholique et loyal ( fidèle au prince ) sont synonymes. — Vous savez que quand Mirabeau voulut républicaniser ses compatriotes , il dit : // faut commencer par décatholiser la France.

5. Vous accusez les catholiques romains d'avoir pactisé avec Cromtcell , pour prêter serment de soumission à son gouvernement , comme prix de celte indulgence que, dans son véritable esprit de tolérance, il leur aurait volontiers accordée.

Un tel serment de soumission n'aurait-il donc pu se justifier ? ne l'aurait-il pas été d'après tous les principes avoués de la loi nationale et par l'usage universel ? Mais le fait n'est pas comme vous le représentez , le traité n'a jamais été conclu ; ceux qui y prirent part n'étaient qu'en petit nombre, et ils furent désavoués. White , qui était un prêtre catholique romain, et qui s'en occupa d'une manière active, tomba dans un grand discrédit, et jusqu'à son dernier soupir on lui reprocha sa conduite.

Vous reconnaissez que les catholiques romains ne sont pas les auteurs du feu de Londres. Vous dites que c'est une calomnie qui n'a pas le sens commun. Pourquoi celte calomnie est-elle perpétuée par un monument national, et par l'inscription que porte ce monument ? Eœiste-t-il dans aucun pays catholique, du consentement du gouvernement , un marbre monumental, qui de celte manière,

DÉFtNSE DE L'EGLISE ROMAINE. 570

maintenant rendu entièrement impossible : il ne peut donc plus y avoir de raison pouc conserver cet acte.

Lil'is ils liead, liaiid lies !

Pope.

et excite contre une portion de la société , le préjugé et la haine de l'autre ?

ill. Les actes dits corporation et test acts. — Je ne me rappelle pas que vous ayez parlé du corporation net [Treizième année du règne deCharles\\,l II, cl [1661]). Les catholiques romains, en commun avec les protestants dissidents, sont assujettis aux peines portées dans cet acte. Son objet était d'exclure des corporations quelques mécontents et mal intentionnés, qui s'y étaient fait admettre pendant les troubles précédents : ce n'était donc pas spécialement contre les catholiques et les dissidents qui! avait été dirigé, et l'on ne devrait pas continuer aie leur opposer. De lait, l'objet de cet acte, ayant depuis longtemps cessé d'exister, n'est-il pas clair que le temps est venu de le rapporter?

A l'égard du lest act ( Vingt- cinquième anannée du règne de Charles II, c. 2), j'observerai seulement qu'il fut passé à cause des craintes qu'on aVait alors de voir arriver au trône brilaimique un successeur catholique romain ; événement que le Bill of rights a

IV. L'acte de la trentième année du règne de Charles II [Acte de la Ireniième année du règne de Charles II, § II , ci), qui prive les catholiques romains du droit de siéger et de voter dans le parlement. — En 1821 , un biil a été introduit dans le parlement pour rapporter cet acte; il a passé dans la chambre des communes, mais a été rejeté dans celle des pairs. Lorsqu'il était sur le bureau de cette noble chambre, votre correspondant actuel a publié des Recherches concernant la déclaration contre la transsubstantiation, con^ tenue dans l'acte de la trentième année du règne de Charles II, qui a exclu les catholiques romains du parlement. J'espère que vous voudrez bien m'excuser, de rappeler dans cette lettre la même publication, avec quelques légers changements.

«Dans peu de jours, le bill qui a passé dans la chambre des communes, pour relever les pairs catholiques des incapacités que leur impose l'acte de la trentième année du règne de Charles II, à l'égard du droit de siéger et de voter dans la chambre des pairs, sera soumis à l'examen des membres de cette noble chambre.

« Toute âme généreuse souhaite qu'il passe. Quel pair pourrait avec indifférence, et sans douleur voir le duc de Norfolk et les autres pairs catholiques attentifs à un débat qui doit décider pour eux à l'avenir, du droit qu'ils auront ou dont ils continueront d'être privés, d'occuper leur siège héréditaire dans la chambre? leur ignominieuse exclusion doit-elle être éternelle ?

« Certes, on doit l'avouer, il faudrait des motifs urgents pour imposer à un pair le devoir de voter la continuation de cette exclusion et de sacrifier ses affections : en d'autres mots, il faut démonstrativement prouver que l'admisssion d'une demi-douzaine de pairs catholiques à l'exercice de leur droit héréditaire de siéger et de voter dans la chambre, peut exposer la personne ou le gouvernement de Sa Majesté à un danger réel. — Cependant ce danger seul justifierait une mesure aussi violente et aussi injurieuse. Or pourrait-on sérieusement soutenir l'existence de ce danger? La couronne , l'Etal ou la loi ont-ils de plus sincères partisans ? Quels sont les citoyens sur la loyauté et l'attachement desquels, dans toutes les circonstances imaginables , on puisse plus fermement et plus complètement compter, que sur ceux qui professent la religion catholique romaine ?

« Voilà ce que la divine éloquence de M. Fox, de M. Pitt, de M. Burke, de M. Grattan, de M. Canning, de M. Plunkett et des autres illustres avocats de la cause catholique, a prouvé à diverses reprises. » J'espère que ces nobles inspirations de l'éloquence , sont présenles à la mémoire de chacun des hommes honorables à la discussion desquels ce sujet est actuellement soumis. La malice de l'acte du règne de Charles II, de cet acte aussi

injuste qu'impolitique, et l'injustice et l'imprudence qu'il y aurait à le maintenir dans l'état actuel des choses, ont été prouvées, sans réplique, par le très-honorable auteur de la motion ( M. Georges Cunning ). Son discours a mérité, ajuste litre, l'admiration générale et les applaudissements de la nation. 11 vivra éternelleaient dans la mémoire des catholiques reconnaissants. Ils forment un corps honorable. — Celui qui a bien mérilé d'eux n'a pas inutilement vécu.

«Le hill est maintenant sur le bureau de la chambre des pairs, et c'est à leurs seigneuries à décider de sa convenance , de son opportunité politique. Je ne dirai rien de la dernière ; mais qu'il me soit permis, à l'égard do la première, d'offrir quelques obseivat;0!;s ; je les soumets d'une manière toute particulière ( mais avec la plus grande déférence et en toute humilité ) , aux. vénérables prélats de l'Eglise nationale ; à leurs opinions et à leurs senlimenis, spécialement dans les ijuestions qui concernent les conséquences /Qorales et religieuses des mesures législatives , la chambre, (je puis ajouter ) le public en général , ont le plus grand égard pour leurs décisions. — Je pense donc (lue , sans indiscrétion, on peut solliciter leur altenlion particulière sur les observations suivantes :

« Le point que je prétends considérer est celui-ci, UN protestant de l'Eglise d'Angleterre peut-il consciencieusement faire la déclaration contre la transsubstantiation et Vinvocation des saints, contenue d(tns racle de la trentième année du règne de Charles II, et que cet acte prescrit de faire faire par les membres des deux chambres avant de siéger ou de voter dans le parlement ?

« Cette déclaration est une affirmation solennelle : — Dieu est solennellement adjuré d'en être le témoin, et d'attester que la foi de celui qui prête le serment est sincère. — Cette déclaration est donc un acte sacré de religion.

« Tous ceux qui font celle dédaration jurent qu'ils croient qu'il n'y a aucune transsuOxtuntiation des éléments du pain et du vin au corps et au sang de Jésus-Cliri^t, pendant, ni après la consécration faite par aucune pcnovne que ce puisse être : et que, l'invocation ou le culte de la vierge Marie ou de tout autre saint, et le sacrifice de la messe, aclucUcmenl en usage dans l'Église de Home, sont des pratiques superstitieuses et idolâtre.':. nVous aurez peut-être la bonté de nous faire coîMiaîUe, dans une prochaine édition de votre lave de l'Eglise, si vous considérez que les prote-stanls puissent consciencicusemenl prêter ee scnuent.

« Tout le monde doit convenir que, pour faire cette déciaralion, et pour jurer en sûreté de conscience, un chrétien doit avoir une connaissance claire et précise de la valeur des mots (lue renferme le serment, et par conséquent savoir et entendre clairement ce que les mots sacrement, transsubstantiation, invocation, culte et sacrifice de la messe, signifient dans le sens que leur attribue la déclaration.

« Or peut on sérieusement soutenir que Ulle est l'hypothèse.

« Je remarque d'abord que la déclaration appelle expressément le rit religieux connu sous le nom de Souper du Seigneur (la cène), un sacrement. Mais les disciples de Hoadley ( et ceux-ci forment incontestablement une grande portion du clergé de l'Eglise d'Angleterre) nient jusqu'à l'existence même d'un sacrement. — Tous les disciples de ce prélat distingué pensent que le mot sacrement est un mot vide de sens. Lors donc que dans la déclaration ils appellent la cène un sacrement , ils donnent le nom d'une chose à laquelle ils ne reconnaissent pas d'exislcnec. — Peut-on dire qu'aucun de ceux qui professent cette opinion puisse faire la déclaration en toute sûrclc de conscience?

a 11. Sans trop m'arrêler sur ce point (qui cependant paraît mériter quelque considération) , permcUez-moi de vous demander si quelqnvn peut consciencieusement affirmer, sous serment, qu'il n'y a aucune Iranssubstantiation dans le sacrement, à moins que, d'après une recherche convenable sur cette matière, il se soit assuré qu'il n'y en a pas ?

« Pour s'assurer de cela, il faut qu'il établisse que le mol transsubstantiation signifie uniformément l'annihilation absolue d'une substance, et la suhstilulion d'une autre à sa place ; et qu'il n'a jamais été employé par des écrivains notables pour signifier le changement d'une substance en une autre Si le mot Iranssubstanlialion a cette dernière signification , il n'y a pas de protestant qui croie à la présence réelle (et tous les protestants (le l'Eglise établie d'Anglelerre font proIVssion d'y croiic), ()ui puisse jurer en sûreléde conscience, ou simplement affirmer la nég.ilive. — Or que la Iranssubstanlialion ait celle dernière signification , c'est ce dont conviennent plusieurs flambeaux de l'Eglise d'Angleterre (1). — Comment peut-on donc penser qu'il soit décent, comment peut-on croire qu'il si;it conforme avec la sainteté du serment, de jurer le contraire, sans restriction ni explication quelconque?

« 111. Il est d'autres expressions dans la déclaration qui oflVent matière à de semblables considérations. En admettant cependant (mais nous concevons humblement que ce n'a pas toujours été lo cas) que la partie qui fait la déclaration comprend parfaitement la signification de tous ces mots, peut-elle, en sûrclé de conscience, déclarer sous serment que le sacrifice de la messe, l'invocation de la vierge Marie et des saints, selon la pratique de l'Eglise romaine, sont des superstitions et des idolâtries? Assurément, pour faire celte déclaration sous serment , avec sûreté de conscience, il faut que l'individu ait une connaissance claire et positive des doctrines de l'Eglise catholique de Rome sur tous ces points. — Or il n'y a que ceux qui ont lu l'exposition qu'en a faite le siège do Iloir.c dans ses décrets, ou dans les ouvrages de ses écrivains les plus

(I) Voypz l'Essai sur l.n communion cntholiqiic , in-S» : oiniage d'un iticologicn |irolPSl;iiii, publié eu l'année i704. La Iroisième et la lueilleiire cdiliuu a &lé impvimée ea 1812. En renvoyant à ce livre, je renvoie aussi aux auto* rilés qui y sont cilées|

DÉFEiNSE DE L'EGLISE ROMAINE.

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orlhodoxes, qui puissent élre regardés comme possédant cotte connaissance. — Combien y a-t-ii peu de monde qui se soit livré à cet examen par l'un ou l'autre moyen I

«IV. Nous considérerons d'abovd ta Iranssubslantialion et la messe.

■(.Le docteur Taylor , évêque de Down (et l'Eglise protestante tout entière ne peut pas se vanter d'un plus beau nom), lequel a examiné complètement les points en question, a déclaré , après cet examen , que la doctrine de l'iiglise catholique à cet égard n'a rien d'idoiâlre {Dans sa liberté de prophétiser, sect. 20) dans son adoration.

«L'objet de l'adoration de cette Eglise dans le sacrement, dit ce savant et éloquent prélat, est Dieu , le seul vrai et éternel , hyposlaliquement uni à sa sainte humanité; et cette divinité, l'Eglise la croit actuellement présente sous le voile du sacrement, et si elle ne la croyait pas présente, elle serait si éloignée dadorer le pain , qu'elle professe qu'il y aurait idolâtrie à le l'aire.

« Voiià qui démontre que l'âine ne trouve rien d'idolàtrc dans ce sacrement; que la volonté n'y est pour rien qui ne soit absolument ennemi de l'idolâtrie.» Tonubjke, le savant prébende de Westminster (7us<cs poids et justes mesures, c. 19), s'indigne qu'une accusation d'idolàlrie soit faite contre les catholiques, parce qu'ils croient à la transsubstantiation. «Aucun papiste, dit cet écrivain distingué, avoue-t-il qu il adore comme Dieu les éléments de leucliaristie? Ya-t-ildu sens commun à l'accuser dhonorer ces éléments dans !e sacrement, où il croit qu'ils n'existent plus?»— C'est une erreur monstrueuse, dit Yévèque Cosin{Hist. de la transsubstantion] , de nier que ce soit le Christ qu'on adore dans l'eucharistie.

«Beaucoup d'autres autorités protestantes pourraient être citées dans le même sens ; mais ce n'est pas ici le lieu de les employer. Nous devons cependant demander qu'il nous soit permis de rapporter des paroles de l'évêque Kenn, dans son «Exposition » dont la publication fut approuvée en 1685. — « 0 Dieu incarné ! peux-tu nous donner ta chair à manger et ton sang à boire?Commcnt ta chair devient-elle de la chair en vérité? Comment, toi qui es dans le ciel, es-tu présent sur l'autel? — C'est ce qu'il m'est impossible d'expliquer : mais je le crois fermement, parce que tu l'as dit.

«Quand d'aussi grandes autorités se réunissent en faveur d'une opinion solennelle et réfléchie sur une matière quelconque , on peut, il est vrai, refuser d'embrasser cette opinion; mais est-il permis, est-il décent , est-il sans danger d'affirmer sous serment l'opinion contraire ? — L'affirmer, à la suite d'un examen long et approfondi, est un peu hasardeux; l'affirmer sans aucun examen, ne peut être qu'une extrême témérité.

«Qu'auraient dit k;s barons de l'échiquier de (luclqu'un qui , à l'occasion d'un dernier jugement sur la sophistication de la bierre, eût juré qu'il n'y entrait pas de quarsia , et qui ensuite aurait avoué , lors d'un contre-

examen, qu'il avait reçu de confiance tout ce qu'il avait dit, et que jamais par lui-même ii n'avait examiné la composiiion? — Quelle différence peut-on établir entre les deux hypothèses ? Faut-il moins de rectitude d'esprit pour jurer?.... mais la sainteté du sujel ne me permet pas de poursuivre l'interrogation.

« Nous pouvons demander coinmeiil, si l'on regarde comme idolâtre la croyance à /a iransr substantiation , on n'accuse pas avec autant de justice d'idolâtrie la croyance à la consubitantiationeirimpanation, l'une ou l'autre soutenue dans la plupart des Eglises protestantes ? S'il faut aussi accuser des croyances d'idolâtrie , il s'ensuit évidemment (jue lorsqu'une personne jure que la transsubstantiation est entachée d'idolâtrie, viia jure également qu'elle croit que tous ceux qui soutiennent la doctrine de la présence réelle, catiioliques ou protestants, sont des idolâtres; — que tous ses ancêtres catholiques ont été des idolâtres; — que tous les catholiques romains qui existent sont des idolâtres ; — que tous les membres de l'Eglise grecque et des Eglises do l'Orient sont des idolâtres ; — que les apôtres de l'Eglise établie en Angleterre, Cranmer , Ridley et les Ihéoligiens proleslanis, qui ont dressé le plan de la coia ;. union , en 1548 , étaient des idolâtres; — que la reine Elisabeth, qui a protégé la doctrine de la présence réelle, était idolâtre; — que les éniinenls théologiens , qui , a sa demande , ont rédigé les trente-neuf articles et la liturgie, en termes si vagues, qu'on peut y trouver la profession de foi à la transsubstantiation, étaient des idolâtres ; — et (si nous en croyons le docteur Jiramhall, évéque deDerry), que tous les disciples de la doctrine primitive de l'Eglise d'Angleterre sont des idolatkes. 11 n'est pas de membre primitif de cette Eglise , dit ce célèbre prélat [Réponse au triomphe de ta vertu, de Miiilière, p. 74), qui jamais ail nié la présence réelle.

«Si la consubslanliation peut être accusée d'idolâtrie (et il serait assurément difficile de faire voir qu'elle ne peut lélre) , alors, comme la consubstantiation est un dogme reconnu de la confession d'Ausbourg, et que par conséquent elle est admise par tous les luthériens , notre dernier vénérable monarque , son père , son grand-père, son a'ïeul et cinq de ses fils, et deux de ses filles, et l'une de ses petites-filles, se sont touj mariés à des idolâtres!! ! !

« V. En voilà assez pour ce qui concerne la transsubstantiation de la messe. Nous allons nous occuper de la doctrine de l'invocation de la Vierge Marie et des saints.

« Nous avons vu que tous ceux qui font la déclaration affirment par serment que ces doctrines, telles qu'elles sont reçues dans l'Eglise de Rome, sont des idolâtries et des

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