‹ Dâemonstrations âevangâeliquesChapitre 49 sur 202 · DE CHRIST, POUR AVOIR ÉTENDU LE SERVICE · texte numérisé non relu

DE CHRIST, POUR AVOIR ÉTENDU LE SERVICE

DES DIEUX {Baron., an. 304-).

La vérité de ces inscriptions est soutenue par une médaille qui nous reste de Dioclétien {Bibliolh. britannique pour les mois d'octobre, novembre et décembre, 1755, p. 200), où il se vante d'avoir aboli le nom des chrétiens, nomine christianorum deleto. La suite fera voir combien l'opinion de ces princes était vaine.

Dioclétien et Maximien ayant quitté l'empire l'an 305, Constance et Galère furent déclarés Augustes. Galère, poussant à l'excès l'inhumanité contre les chrétiens , ordonna qu'après qu'on leur aurait fait souffrir divers tourments, ils seraient brûlés à petit feu {Luc. Cecil.,deMort persec, n. 21).

Libanius. dans l'oraison funèbre de l'i m • percur Julien, parlant de l'avénemenl de c«

HISTOIRE DE L'ÉTABLISSEMENT DU CHRISTIANISME

prince à l'empire, et opposant la conduite qu'il tint envers les fidèles, avec colle de ses prédécesseurs, qui les avaient persécutés à force ouverte, s'exprime en ces termes :

« Ceux qui suivaient une religion corrompue craignaient beaucoup, et s'attendaient qu'on leur arracherait les yeux, qu'on leur couperait la tête et qu'on verrait couler des fleuves de leur sang; ils croyaient que ce nouveau maître inventerait do nouveaux genres de tourmonts,au prix desquels les mutilations , le fer, le feu, être submergé dans les eaux, être enterré tout vif, paraîtraient des peines légères ; car les empereurs précédents avaient employé contre eux ces sortes de supi)li(es, et ils s'attendaient à se voir exposés à de plus cruels. Cependant Julien pensa tout ililTéicmmont des princes qui avaient mis en œuvre ces tourments, parce qu'ils n'avaient pu, par ce moyen, venir à bout de ce qu'ils s'étaient proposé, et qu'il avait remarqué qu'on ne tirait de ces supplices aucun avantage ; car on peut guérir les maux du corps, contre la volonté même des malades; mais en brûlant et en coupant, on ne fera jamais sortir de l'esprit la fausse opinion que l'on aura des dieux Julien, déterminé par ces raisons, et sachant que le christianisme prenait des accroissements par le carnage que l'on faisait de ceux qui le professaient, ne voulut pas employer contre les chrétiens des supplicis qu'il ne pouvait approuver {Libanius, omis. fan. de l'emper. Jùl., n. 58, dans la Biblioth. qr. de Fabric, t.YU,p. 283-285). ,,

Voilà le tableau fidèle des persécutions que les chrétiens avaient souffertes sous les empereurs des trois premiers siècles. On ne s'était pas borné aux châtiments communs et autorisés par les lois; maison avait employé contre eux des supplices qui font frémir la nature : on avait voulu noyer le christianisme dans des fleuves de sang, et on n'avait fait par là que lui donner de nouvelles forces. Qu'on remarque ici dans la bouche d'un païen, et d'un païen très-instruit, ces fleuves de sang qu'on a osé nous reprocher comme des exagérations outrées, et comme des imposlures de nos compilateurs de martyrologes.

L'an 306, l'empereur Constance mourut à Yorck, ville de la Grande-Bretagne. Avant que de mourir, il désigna son fils Constantin pour lui succéder. Les soldats prétoriens, jugeant ce prince vraiment digne de régner, se conformèrent à la volonté de Constance, et le placèrent sur le trône. Maxence, fils de Maximien , piqué de cette préférence, s'empara de Rome et de l'Italie, ensuite de l'Afrique. 11 souilla son règne par des cruautés et des débauches excessives.

L'an 310, l'empereur Galère fut attaqué d'une cruelle maladie. Lorsqu'il était à l'extrémité, on publia par son ordre un édit (60) par lequel il faisait cesser la persécution, et permettait aux chrétiens le libre exercice de leur religion. 11 mourut peu de jours après la publication de cet édit.

t'an 311, Maxeuce se proposa de faire la

guerre à Constantin, et de lui ravir la pourpre ; mais Constantin , qui soupçonnait ses mauvais desseins, et qui voulait délivrer l'empire de sa tyrannie, marcha contre lui. Dieu lui promit la victoire, et tous les peuples des Gaules crurent que des armées célestes étaient venues à son secours (61). Alors Constantin embrassa la religion chrétienne. Ayant passé les Alpes et défait les troupes ennemies en trois batailles, il parut devant Rome. Maxence en sortit pour le combattre, avec une armée fort supérieure à la sienne. La victoire continua de se déclarer pour Constantin ; Maxence fuyant tomba dans le Tibre, où il se noya.

Maximin , qui , par la mort de Galère , se trouvait maître de tout l'Orient, confirma d'abord les édits portés contre les chrétiens (62) ; mais voyant que les supplices étaient inutiles, et qu'on ne pouvait vaincre leur obstination (63), il ordonna à Sabin, préfet du prétoire, d'écrire de sa part aux gouverneurs de provinces, de faire cesser la persécution.

Les empereurs s'avouent donc vaincus par la patience inépuisable dos chrétiens Que ce genre de triomphe est nouveau!

Plusieurs villes ayant fait des décrets contre les fidèles, en demandèrent la confirmation à Maximin, qui l'accorda avec joie vers le milieu do l'an 312 (6/^).

Pou do temps après, il changea de résolulion (63), et ordonna aux gouverneurs de ne plus employer les supplices contre les chrétiens, mais de se servir seulement de la douceur et des caresses, pour les ramener au culte des dieux.

Maximin, ayant déclaré la guerre à Licinius , qui gouvernait Tempire d'Occident conjointement avec Constantin, fut vaincu. Après cette victoire, Constantin et Licinius firent publier un édit (66), par lequel ils annulaient tous les rescrits donnés par leurs prédécesseurs contre le christianisme; ils accordaient à tous leurs sujets une pleine et entière liberté d'embrasser et de professer cette religion ; ils commandaient de restituer aux fidèl(>s leurs églises et les fonds qui leur avaient été enlevés pondait la persécution. Maximin crut devoir imiter ces princes, et donna, en faveur des chrétiens, une loi semblable à la leur (67). 11 mourut quelques jours après l'avoir fait publier, et laissa, par sa mort Constantin et Licinius maîtres de de tout l'empire.

L'an 323, Licinius ayant excité Constantin à lui déclarer la guerre, fut défait, et la souveraine puissance se trouva toute «réunie en la personne de Constantin. Alors le christianisme fut protégé par l'autorilé impériale, qui s'était si souvent armée pour le dlHruire.

A la mort de Constantin, l'empire fut partagé entre ses trois fils, Constantin, Conslantius et Constant, tous chrétiens comme leur père. Conslantius ayant survécu à ses deux frères, vit tout l'Etat sous ses lois.

L'Eglise , née pour les persécutions , en éprouva même pendant la paix dont eile jouissait sous les^ princes chrétiens. Les

ariens, appuyés de la protection de l'empereur (68), la divisèrent, séduisirent un grand nombre de ses enfants, et persécutèrcni ceux qu'ils ne purent séduire : division fatale, bien propre à arrêter les progrès de l'Evangile parmi les païens. Dansée temps de trouble et d'orage Constantius mourut et laissa le trône à Julien, le plus dangereux ennemi que le christianisme ait jamais eu.

Ceprincefut chrétien jusqu'à l'âge de vingt ans. Alors étant allé voir des philosopiies platoniciens, ils lui racontèrent ce que Maxime,l'und'entreeux, avait f;iit, en ces termes:

« Il n'y a pas longtemps qu'il nous conduisit tous tant que nous étions, au temple d'Hécate [Eunapius, vie de Maxime). Quand nous fûmes arrivés, et que nous eûmes salué la déesse, il nous dit : Asseyez-vous, mes chers amis, vous verrez si je suis un homme ordinaire. Nous nous assîmes, il purifia un grain d'encens, et récita tout bas je ne sais quel hymne. Aussitôt la statue de la déesse se mit à sourire. Nous fûmes effrayés ; mais il nous dit: Ce n'est qu'une bagatelle; les flambeaux qu'elle tient vont s'allumer. En effet, les flambeaux s'allumèrent avant qu'il eût fini de parler. »

Julien ayant entendu ces paroles, leur dit: Voilà l'homme que je cherclie. 11 alla promptoment vers Maxime, et demeura (juelque temps auprès de lui pour s'insliuire de sa doctrine. Dès lors il renonça au chrislianisme, quoiqu'il en gardât toujours les dehors, par la crainte de déplaire à Constantius (a).

L'an 355, le mauvais état des Gaules, que les barbares ravageaient, obligea Constantius à déclarer Julien César, et à l'y envoyer. 11 y vint avec qucbjues troupes. Lorsqu'il entra a Vienne, une vieille femme, privée de la vue, dit hauleiiient en présence de tout le peuple qui élait accouru à sa rencontre, qu'il rétablirait les temples des dieux (Amm. MarcclL, l. XV, p. 14.57). Julien vainquit plusieurs fois les barbares, et les repoussa au delà du Khin.

L'an 360, l'armée que Julien commandait le proclama empereur à Paris. Il dit qu'il ne céda aux vœux des soldats (69) qu'après y avoir été encouragé par le génie de l'empire, qui lui avait apparu lorsqu'il dormait, et par un signe d'approbation que lui donna Jupiter (70).

Julien ayant appris que Constantius désapprouvait son élection, se prépara à lui faire la guerre. Il fut fortifié dans ce dessein par une vision qu'il eut à Vienne. Un fantôme lumineux lui apparut à minuit, prononça et répéta plusieurs fois quatre vers grecs portant que, quand Jupiter serait dans le verseau, et Saturne au 25' degré de la Vierge, l'empereur Constantius finirait en Asie , d'une triste mort. C'est ainsi qu'Ammien- Marcellin raconte cette vision (G'J). Zozime, en la décrivant [lib. III), dit que ce fut le soleil qui apparut à Julien, qui l'engagea à

(a) Eunapius, dans les Vies de Porpiiyie, d'Kdésius , do Kaxiin(',d(', Proha'.rcsiiis, de (^lirysanle, oic, ra|ipoi'lc une infiuiié de |irodiges, et jusqu'à des l'ésurreciions de morts, opérées py ces philosophes.

DEMONSTRATION EVANGLLIQUE. BILLET. 4i2

conserver le titre d'empereur, et lui prononça les vers dont on vient de parler.

L'an 361, Julien marcha avec son armée vers Conslantinople. Etant arrivé dans l'Illyrie, il renonça ouvertement au christianisme, ainsi qu'on "e voit dans une lettre qu'il écrivit au philosophe Maxime : iVows servons les dieux ouvertement, lui dit-il, et la mullilude des troupes qui me suivent estpictise. Nous sacrifions des bœufs publiquement, et nous avons offert aux dieux plusieurs hécatombes en actions de grâces. Les dieux m'ordonnent de rétablir leur culte dans sa pureté. Je leur obéis de tout mon cœur. Ils me promettent de grandes récompenses si fy travaille avec zèle [Lettre 38 au philos. Max.)

Constantius étant mort le 3 de novembre, l'an 361, Julii-n fut universellement reconnu citipereur. Des qu'il fut arrivé à Conslantinople, il ordonna qu'on rétablît le culte des dieux, qu'on ouvrît leurs temples, qu'on réparât ou relevât ceux qui étaient démolis; il leur attribua de grands revenus. Il fit redresser les autels, il renouvela les sacrifices et les anciennes cérémonies de chaque ville. On le voyait lui-même en public olïrir des victimes et des libations, il honorait tous les ministres de la religion, les sacrificateurs, les hiérophantes, ceux qui communiquaient les mystères , les gardiens des idoles et des temples. Il rétablit leurs pensions, leur rendit les honneurs, les privilèges et les exemptions qui leur avaient été accordés par les anciens princes. Aussi voulait-il qu'ils observassent exactement l'abstinence de certaines viandes, et les purifications extérieures, prescrites par leur religion.

Julien n'attaqua point l'Eglise à force ouverte. Il disait que tous les chrétiens volaient au martyre (.S'. Jean Chrys., panégyr. des SS. MM. Juventis et Maximis, t. il, p. 579) (71, 72), comme les abeilles à leur ruche. Il savait que les persécutions précédentes, loio d'affaiblir le nombre de ceux qui professaient celte religion, n'avaient fait que l'augmenter. Il eut donc recours à l'artifice. Il fomenta les divisions qui étaient parmi les chrétiens, leur défendit d'enseigner les lettres humaines, combla de grâces et de faveurs ceux qui adoraient les dieux, menaçant les autres de son indignation. Non-seulement il ne punit point les villes attachées au paganisme (73j, qui avaient mis à mort les chrétiens , mais il attribua ces meurtres à un excès de zèle.

La conduite artificieuse de Julien eut peu de succès. Il se plaint, dans plusieurs de ses lettres, de ce qu'il ne se trouve presque personne qui revienne au culte des dieux (74). Fâché de ne pas voir le paganisme faire de grands progrès , malgré toute la protection qu'il lui accordait, il entreprit de le réformer et d'y transporter les usages et les mœurs des chrétiens, pour qu'il s'accrût davantage. Voici comme il s'explique à ce sujet, écrivant à Arcasius de Galalie :

L'hellénisme (c'est ainsi qu'il nomme l'idolâtrie), ne va pas encore comme il devrait, et c'est par notre faute. De la part des dieux, tout est grand et magnifique^ au-dessus de tous

HISTOIRE DE L'ÉTABLISSEMENT DU CHRISTIANISME. Ui,

les souhaits et de toutes les espérances, soit dit sorts les offenser. Qui eût osé, il y a quelque temps, espérer un tel changement ? Quoi donc ! croyons-nous que cela suffise ? Sans regarder ce qui a le plus accru r athéisme, savoir : l'hospitalité, le soin des sépultures et la feinte gravité des mœurs, nous devons pratiquer tout cela véritablement, et il ne ^suffit pas que vous soyez tels : tous les pontifes de la Gulatie le doivent être. Persuadez-leur d'être gens de bien par raison ou, par crainte : autrement privez-les des fonctions du sacerdoce, s'ils ne servent les dieux avec leurs femmes, leurs enfants et leurs domestiques, et s'ils souffrent que dans leurs familles il y ait des galiléens. Avertissez-les ensuite qu'un sacrificateur ne doit point aller au théâtre, ni boire dans une hôtellerie, ni exercer un métier vil ou honteux. Honorez ceux qui obéiront, et chassez les autres.

Etablissez en chaque ville plusieurs hôpitaux , pour exercer l'humanité envers les étrangers, non-seulement d'entre les nôtres, mais envers tous, pourvu qu'ils soient pauvres. J'ai déjà réglé les fonds nécessaires pour cette libéralité, en commandant que l'on donnât tous les ans, pour toute la Galatie, trente mille boisseaux de blé, et soixante mille setiers de vin, dont je veux que le cinquième soit employé pour les pauvres qui servent Ifs sacrificateurs; le reste distribué aux étrangers et aux mendiants ; car il est honteux qu'aucun Juif ne mendie, que les impies Galiléens, outre leurs pauvres, nourrissent encore les nôtres, et que nous les laissions sans secours. Apprenez aux hellénistes à contribuer pour ces œuvres, et à ceux de la campagne à offrir aux dieux les prémices des fruits. Montrez-leur que ces libéralités sont de nos anciennes maximes. Ensuite il rapporte trois vers de l'Odyssée, où Homère, faisant parler Euinéo, représente l'obligation d'assister les étrangers et les pauvres , comme envoyés par Jupiter,

11 continue ainsi :

Vo)/ ez rarement les gouverneurs chez eux ; écrivez-leur le plus souvent. Quand ils entrent dans la ville, qu'aucun sacrificateur n'aille au-devant, mais seulement quand ils viennent au temple des dieux, et qu'ils demeurent audedans du vestibule ; qu'aucun soldat n'y entre devant eux, mais que qui voudra les suive. Lès que le magistrat touche la porte du lieu sacré, il devient particulier. C'est vous, comme vous savez, qui commandez au dedans, suivant la loi divine, à laquelle on ne peut résister sans arrogance. Je suis prêt à secourir les habitants de Pessinonle, s'ils se rendent propice la mère des dieux : s'ils la négligent, non-seulement ils ne seront pas innocents , mais, j'ai peine à le dire, ils ressentiront inon indignation [Lettre kd, à Arasius, pontife de Galatie).

Dans un autre écrit, adressé aussi à un pontife, pour exciter les prêtres des dieux à la libéralité, il dit :

Les impies Galiléens, ayant observé que nos prêtres négligeaient les pauvres, se sont appliqués à les assister, et, comme ceux qui veu-

lent enlever des enfants pour les vendre, les attirent en leur donnant des gâteaux, ainsi ils ont jeté les fidèles dans l'athéisme, en commençant par la charité , l'hospitalité et le service des tables ; car ils ont plusieurs noms pour ces œuvres, qu'ils pratiquent abondamment {Dans le frag. d'un dise, ou d'une lettre de Julien, p. 557).

Ce n'était pas pour attirer les païens à notre sainte religion, que les fidèles répandaient sur eux leurs aumônes , puisqu'ils conlinuaient ces secours à ceux mêmps qui persévéraient dans l'idolâtrie. Cette libéralité yniversoUe, qui n'exclut personne de ses bienfaits, est le caractère des chrétiens, pour qui tous les hommes sont frères. Elle avait été inconnue avant eux : aussi fit-elle la plus forte impression sur les esprits; et l'on peut dire que le christianisme doit son établissement autant aux miracles de charité, qu'aux miracles de puissance. En effet, les uns ne prouvent pas moins que les autres la divinité de son origine.

L'an 362, Julien étant à Antioche, alla à Dai)hné (75) pour célébrer la fêle d'Apollon. Il vit avec douleur Je mépris que les habitants de cette ville, presque toute chrétienne, firent de ce dieu en cette occasion. Il se plaignit amèrement au sénat et au peuple qui l'accompagnait, de ce que non-seulement on n'avait présenté aucune victime au nom de la ville, mais encoredece qu'aucun particulier n'avait daigné offrir le moindre don : Vous permettez, ûur dit-il, à vos femmes de vous ruiner en faveur des Galiléens ; elles font admirer l'impiété à une fouie de misérables qu'elles nourrissent à vos dépens; et, dans une si grande solennité, personne n'a offert un peu d'huile pour la lampe, une libation, un grain d'encens.

Pendant son séjour à Antioche, il fit transporter de Daphné le co-ps d'un chrétien (76), parce que le voisinage de ce mort faisait de la peine à Apollon, et l'empêchait de donner dans son tempîe les marques ordinaires de sa présence. Combien sont faibles ces dieux dont toute la puissance est enchaînée par celle des ossements d'un chrétien I

Julien écrivit une lettre à la communauté des Juifs (77), par laquelle il leur donne avis qu'il les décharge des contributions injustes qu'ils avaient payées sous le règne de son prédécesseur, afin qu'ils redoublent leurs vœux pour la prospérité de son empire, auprès du grand Dieu créateur, qui a daigné le couronner : Obtenez de sa bonté, leur dit-il en finissant, que je revienne victorieux de la guerre de Perse, pour rebâtir Jérusalem, cette ville sainte, après le rétablissement de laquelle vous soupirez depuis tant d'années, pour l'habiter avec vous, et pour y rendre gloire au Tout-Puissant.

Ammien-MarceUin raconte ainsi l'entreprise que ce prince forma de rétablir le temple de Jérusalem :

Julien, qui avait été trois fois consul, entra pour la quatrième fois dans cette souveraine magistrature , s'associant pour collègue Salluste, préfet des Gaules. Il paraissait étran^

ge de voir un particulier associé à V empereur : événement dont Vhistoire ne nous fournit pas d'exemple depuis tes règnes de Dioctétien et d'Aristobule. Quoique l'esprit de ce prince fut sans cesse occupé de la variété des choses qu'il fallait prévoir et des différents préparatifs pour les expéditions quil méditait , il avait néanmoins l'œil à tout, et se partageait en quelque façon lui-même. Il entreprit, pour éterniser la gloire de son règne par quelque action d'éclat, de rebâtir à des frais immenses le fameux temple de Jérusalem, qui, après plusieurs guerres sanglantes, n'avait été pris qu'avec peine par Vcspasien et par Tite. Il chargea du soin de cet ouvrage Alypius d'Antioclie, qui avait gouverné autrefois la Bretagne à la place des préfets. Pendant qu' Alypius et le gouverneur de la province employaient tous leurs efforts à le faire réussir, d'effroyables tourbillons de flammes, qui sortaient par des élancements continuels des endroits contigus aux fondements, brillèrent les ouvriers et leur rendirent la place inaccessible. Enfin cet élément, persistant toujours avec une espèce d'opiniâtreté à repousser les ouvriers, on fut obligé d'abandonner l'entreprise {Amm. Marceli., l. XXIII, c. 1).

Julien parle de ce prodige (78), quoiqu'en termes un peu couverts, dans un de ses ouvrages. Un aveu plus clair eût été trop humiliant pour lui.

Le rabbin Gédaliah rend aussi témoignage à ce prodige. II vivait, à la vérité, un siècle après l'événement ; mais il le raconte sur les mémoires que les Juifs en avaient conservés.

Dans les jours de R. Channan et de ses frères, environ l'un du monde k3kd, nos annales rapportent qu'il y eut un grand tremblement dans toute la terre, et qui détruisit le temple que les Juifs avaient élevé, à grands frais, par ordre de l'empereur Julien l'Apostat. Le lendemain de ce désastre, le feu du ciel tomba sur les ouvrages, mit en fusion tout ce qui était de fer dans cet édifice, et consuma un grand nombre de Juifs ( Wagenseil, Tcla ignea Satanœ).

Libanius parle de tremblements de terre arrivés dans la Palestine, sous l'empire de Julion. H veut qu'ils aient été des présages de la mort de ce prince, par où il indique qu'ils ne la précédèrent que de peu de temps. Ces tremblements ne peuvent être que celui dont le rabbin Gédaliah fait mention, qui ne devança la mort de Julien que de quelques mois {Libanius, Ilist. de su vie, p. 45).

En réunissant les témoignages dos Juifs et dos païens, on voit que le feu arrêta la construction du temple, et que le tremblement de terre renversa ce qu'on en avait édifié. Les variétés qui sont dans leurs récits, ne nuisent point à la vérité du fait, mais prouvent seulement qu'ils l'avaient reçu par différents canaux.

Julien n'aimait pas les Juifs ; au contraire, il les méprisait eux et leurs prophètes, comme il paraît pjir ses ouvrages. On ne peut donc attribuer le projet de rebâtir leur temple à son inclination pour eux. Je conviendrai que ce prince voulait s'immortaliser par cette

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