‹ Dâemonstrations âevangâeliquesChapitre 50 sur 202 · BULLET · texte numérisé non relu

BULLET

entreprise, ainsi que l'assure Ammien Marcellin ; mais s'il n'avait eu que ce dessein, Dieu s'y serait-il opposé? Avait-il empêché par des prodiges que l'on érigeât des colonnes en l'honneur des Trajan et des Antonin ? Julien ne pouvait-il pas également éterniser sa mémoire par un temple élevé à la gloire de ses divinités? Ne devait-il pas placer le monument destiné à transmettre son nom à la postérité, dans une de ces villes qui, par leur zèle pour sa religion, avaient mérité son affection et ses éloges, plutôt que dans Jérusalem, constamment ennemie des dieux, toujours rebelle aux Romains, si peu docile à leur joug que, pour la soumettre, ils avaient été forcés de la détruire? Un motif secret faisait donc agir cet empereur. Il voulait favo ■ riser et relever lareligion juive, parcequ'elle était la rivale de la chrétienne. C'est dans le même esprit qu'il protégea toutes les sectes qui déchiraient l'Eglise.

Enfin , Julien écrivit contre la religion chrétienne, un ouvrage divisé en trois livres, dont saint Cyrille nous a conservé le premier dans la réponse qu'il y a faite (Lett. C, contre Julien). Ce prince, qui, de l'aveu de saint Cyrille, se faisait admirer par son éloquence et les charmes de son style, critique la doctrine, les lois et l'histoire de Moïse, prétendant que les livres de ce législateur son remplis d'absurdités, de contradictions et de fables. II met les évangélistes en opposition entre eux;iil accuse saint Paul d'inconstance, pour avoir dit que les Juifs seuls étaient l'héritage de Dieu ; et, dans d'autres endroits, que Dieu était non-seulement le Dieu des Juifs, mais encore des Gentils; il blâme la conduite des chrétiens, pour avoir rejeté la loi des Hébreux, quoiqu'ils avouent que Dieu l'a donnée à ce peuple ; il dit que le christianisme n'est qu'un mélange de la religion juive et de la païenne ; il met les bienfaits que les hommes ont reçus des dieux, bien au-dessus de ceux queJésus a pu leur faire ; il relève l'antiquité et l'étendue du paganisme, qui n'a point d'autres bornes que celles de l'univers ; il reproche aux chrétiens d'adorer deux dieux, contre l'ordre formel donné par Moïse de n'en adorer qu'un.

. Ce prince renouvela ainsi contre l'Eglise tous les genres de persécutions qu'elle avait éprouvés pendant les trois premiers siècles de son établissement: de même que les philosophes, ses confidents, il appuya l'idolâtrie par des prodiges ; il en retrancha les absurdités choquantes|; il tâcha d'y épurer les mœurs ; il lui rendit la pompe de ses cérémonies; il la soutint par son exemple ; il y attira par ses bienfaits. 11 déchira, au contraire, le christianisme par des satires ; il le combattit par des ouvrages; il en protégea tous les ennemis; il menaça de son indignation ceux qui en faisaient profession; il approuva les violences dont on usait contre eux (a). A quoi se terminèrent tant d'efforts?

[a) I. PS païens mêmes ont blâmé Julien (l'avoir élé on Irop grand perséculcur des clirélicns , quoiqu'il se lui abstenu de verser leur sang (Eiuropius, l. X, n. 16).

Ul

à procurer à notre sainte rcligioH une nouvelle gloire, celle de triompher en même temps de tous les obstacles réunis contre elle.

Julien fut tué, l'an 363, dans une bataille contre les Perses. A sa mort, l'idolâtrie tomba, le christianisme fut la religion des empereurs et de l'univers.

^iëconxë ëxtv cdU lii^toir^.

Voilà le monde idolâtre devenu chrétien. L'univers entier changer de Dieu, de culte, de lois, de maximes, de règles, d'opinions, de sentiments, d'inclinations, de mœurs, de préjugés, de coutumes et d'usages: quelle étonnante révolution! La croirait-on possible, si on ne la voyait exécutée ? On recherche avec soin les causes de ces mutations légères qu'éprouvent les Etats en recevant d'autres souverains ou de nouvelles lois civiles. Quel doit donc être notre empressement à pénétrer les ressorts du plus intéressant et du plus prodigieux changement qui fut jamais? Pour nous en former une juste idée, et pour en connaître les sources, plaçons-nous au moment de la publication de l'Evangile ; considérons quelle entreprise on forme, l'étendue qu'on lui donne, le temps que l'on prend, les auteurs que l'on choisit, les mœurs que l'on a, les obstacles qu'il faut vaincre, le succès qu'on se promet.

I. Entreprise ou dessein. — On se propose de renverser l'idolâtrie , d'anéantir le judaïsme , et d'établir le christianisme sur leurs ruines.

Dans le temps que parurent les apôtres, toute la terre , à l'exception de la Judée, était plongée dans l'idolâtrie. Cette religion paraît faite pour l'homme, elle entre dans ses coûts , elle favorise ses inclinations , elle flatte ses penchants. Il s'était conservé parmi tous les peuples une tradition constante qu'il y avait une nature plus excellente que la nôtre , de qui nous devions espérer des bienfaits et craindre des châtiments : voilà la Divinité. L'homme dont les pensées tiennent presque toujours quelque chose de la matière , était bien éloigné de se représenter cette divine nature comme un être simple , spirituel et inlini. Celte idée eût altéré sou imagination , elle eût révolté ses sens. Il se figura donc la Divinité corporelle , il la multiplia; il mit des dieux dans toutes les parties de l'univers. (3n en donna à la mer, aux fleuves, aux montagnes, aux forêts. Chaque nation, chaque ville, chaque famille eut les siens. On les imagina comme des hommes immortels , et, pour qu'ils fussent heureux , on leur attribua les plaisirs sans lesquels on ne concevait poinl de bonheur; enfin, pour qu'ils nous fussent plus semblables , on leur donna nos passions , on les tit débauchés et vicieux. Ce ne fut pas assez de les croire dans le ciel ou sur la terre , il fallut, pour satisfaire les sens , les voir et les toucher. C'est pourquoi on forma des idoles, dans lesquelles on se persuada que les dieux vepaient se placer (79). Telle était la théologie naïenne : tout y plaisait aux sens , tout y

contentait l'imagination. Son système est si riant , qu'il fait encore aujourd'hui le charme de notre poésie et de nos spectacles.

Son culte n'offrait pas moins d'agréments que ses dogmes. Pour honorer les dieux, on s'assemblait dans des temples superbes , décorés de statues, qui étaient autant de chefs-d'œuvre de l'art ; des prêtres , vêtus magnifiquement, immolaient des victimes ornées avec pompe; déjeunes personnes, de l'un et de l'autre sexe, paréos de longues robes blanches et couronnées de fleurs , servaient de ministres. Tout le peuple étalait ce qu'il avait de plus riche. Les magistrats , avec les marques de leurs dignités , rehaussaient par leur présence l'éclat de la cérémonie. L'air était rempli des plus doux parfums , que l'on brûlait avec profusion. Les plus belles voix et les instruments les plus agréables formaient des concerts ravissants. Le sacrifice était suivi de festins , de danses, de jeux, d'illuminations, de spectacles. Telles étaient les fêtes des dieux : des divertissements publics et communs

La morale du paganisme ne gênait point les passions; au contraire, elle les flattait. Les désordres pour lesquels l'homme éprouve un penchant si impérieux (80), étaient nonseulement permis, ils étaient encore en honneur ijon leurdécernait des récompenses (81); ils étaient autorisés et consacrés par l'exemple des dieux (82), ils étaient en quelque sorte commandés (83). L'excès de vin et l'impureté formaient les mystères de Bacchus et de Vénus. Se livrer à une prostitution publique était un acte de religion (84). Les dieux favorisaient aussi ce désir ardent que les hommes ont pour les richesses, même lorsqu'on cherchait à se les procurer par des voies illégitimes. Les voleurs réclamaient Mercure et la déesse Laverne (85) pour réussir dans leurs desseins. L'idée d'une vie à venir ne répandait point d'amertume sur les plaisirs de la vie présente. On ne punissait dans le Tartare que certains crimes monbtrueux (86), dont les hommes ont naturellement horreur, et que presque tous évitent sans effort; les autres désordres ne fermaient point l'entrée des champs Elysées.

Tout ce qui peut autoriser un culte appuyait cette religion si commode. On l'avait sucée avec le lail, on la regardait comme le plus précieux héritage de ses pères. Les peuples estimaient que leur bonheur y était attaché ; ils en faisaient le fondement de leurs républiques et de leurs Etats. Elle leur était si chère qu'ils combattaient pour sa défense avec plus d'ardeur que pour leur propre vie. Celte religion était si ancienne»

DEMONSTRATION EVANGELÎQUE. BULLKT.

que son origine se perdant dans la nuit des temps , on croyait (lu'cllc avait commence avec le monde; oti lui donnait les dieux n)ênics pour auteurs (87). Tous les siècles , toutes les nations lui rendaient téinolgn.ige (88). Quoi de plus imposant que le concert de tous les hommes? Ces sages législateurs , dont nous suivons encore aujourd'hui les lois , CCS grands philosophes dont nous adnurcms les ouvrages , ces orateurs dont réloquence nous ravit, ces historiens qui nous servent de modèles , tant d'heureux génies , tant d'hommes à talents que Rome et la Grèce ont produits venaient faire hommage aux. dieux , et se réunissaient avec le peuple pour chanter leurs louanges. Rome avait appris de Jupiter qu'elle serait un jour la reine des nations (89), et un torrent de victoires avait justifie la prédiction. C'était à sa religion que cette ville croyait devoir l'empire de l'univers. Les Alexandre, les. César, déposaient aux pieds des iJoles touie leur majoslc , et ces maîtres du monde s'honoraient d'être leurs serviteurs. Les dieux avaient fait éprouver leur puissan< e quand on l'avait inqilorée. Les temples étaient remplis d'inscriptions placées par ceux qui avaient ressenti leurs secours (90), et les hisloires pl-eincs de prodiges qu'ils avaient opérés ; tantôt ils avaient puni les profanateurs des lieux qui leur étaient consacres (91); d'autres fois ils avaient signalé leur bonté envers ceux qui les invoquaient (92) , ils rendaient des oracles dont l'accomplissement prouvait que l'avenir n'avait point de ténèbres pour eux (93). Il y avaitmême certains iicuxcélèbres parla suite continuelle de merveilles qui s'y opéraient tous les jours (9'i.) , et des temples où les dieux apparaissaient en forme humaine (93). Les vers sibyllins promettaient à Home qu'elle conserverait son empire tant qu'elle observerait ses anciennes cérémonies (96); et cette ville marquait un zèle ardent pour soutenir une religion qui lui assurait de si grandes destinées. C'est ainsi que le ciel et la terre, les dieux et les hommes semblaient concourir à affermir lidolâtrie.

Les Juifs étaient le peuple chéri du Seigneur : Dieu leur avait donné sa loi , il avait opéré en leur faveur les miracles les plus éclatants ; il demeurait au milieu d'eux dans un temple magniiique. Ils étaient les seuls dépositaires de sa religion et de son culte ; fiers de ces avantages , ils n'avaient que du méprispour toutes les nations, qu'ilscroyaient indignes des grâces du souverain Etre ; ils attendaient alors un Messie qui devait briser le joug des Romains (97), rétablir dans son éelat le trône de David et de Salomon , et, par une suite de victoires et de conquêtes , soumettre tout l'univers à ses lois.

Le christianisme , (jne l'on voulait substituer au judaïsme et a l'idolâtrie (98) , était plus propre; à cflaroucher les hommes qu'à les attirer. Voici ses dogmes : H n'y a qu'un seul Dieu spirituel et ii.fini, que les yeux ne peuvent voir, que l'imagination ne peut se représenter, que l'esprit ne peut compren-

dre. Il a créé le monde , il le gouverne par sa providence. Rien ne lui est cac hé : il connaît jus(|u'aux plus secrètes pensées. Cet Lire souverain mérite seul nos adoralions. Les idoles ne sont dignes que de mépris. On distingue en Dieu le Père, le Fils , le Saint-Kspril. La seconde personne s'est faite homme. Cet homme Dieu , nommé Jésus , est né d'une vierge. 11 est venu pour nous tirer des désordres dans lesquels nous étions plongés , et nous faire marcher dans la route de la vertu. Il a établi un baptême d'eau pour nous purifier de nos iniquités, et nous faire vivre d'une vie nouvelle. 11 a confirmé sa doctrine par des prodiges. Voulant nous racheter au prix de son sang , il a souffert le supplice infâme de la croix. 11 est ressuscité après sa mort. Tous les hommes ressusciteront un jour; les méchants seront punis de supplices éternels ; les bons jouiront d'une féli'iié qui ne finira jamais. Les chrétiens disaient aux Juifs que c'était en vain qu'ils se llatlaient que la loi qu'ils avaient reçue de Dieu dût être éiernelle (99j , (|ue leur culte et leurs cérémonies étaient abolis ; qu'ils n'étaient plus eux seuls la nation sainte , mais que tous les peuples étaient également a|)pelés à l'alliance du Seigneur; que ces dispenses , accordées par Mo'ise à la dureté de leur cœur, étaient révoquées. En pl;'.ce d'un conquérant, maître du monde, qu'ils attendaient pour Messie (Foî/. lapreuve 97), ils leur présentaient un pauvre artisan mort sur une croix.

A une doctrine incompréhensible, les chrétiens joignaient une morale sévère. Leur loi était si parfaite, que leurs ennemis disaient qu'elle était impraticable (100, 101). Elle enseignait toutes les vertus (102); elle attaquait tous les vices {Voy. la lettre de Pline , p. 394), combattait toutes les passions , enchaînait tous les penchants. Les fidèles renonçaient à tous les plaisirs; ils menaient une vie austère et dure {Voy. la preuve 102) ; ils s'engageaient par serment , non à quelque crime , mais à ne point commettre de vols ni d'adultères , à ne point manquera leurs promesses, à ne point nier un dépôt; ils ne se permettaient point la vengeance (103); ils s'aimaient comme frères, et inetlaient leurs biens en commun (104). Leur charité ne se boriiait point à ceux qui étaient de leur religion (105) , elle embrassait tous les hommes , et les idolâtres qui étaient pauvres trouvaient toujours auj)rès d'eux les secours dont ils avaient besoin. Us étaient des modèles de vertu ; et , de l'aveu des païens , on ne pouvait rien leur reprocher que leur religion (100). Soccupant uniquement de la vie à venir, ils ne faisaient aucun cas de la vie présente {Voy. preuve 98). Leurs veilles et leurs longs jeûnes les rendaient pâles et défaits {Voy. la mérne preuve 98) ; ils méprisaient les supplices les plus cruels , et couraient avec joie à la mort pour la défense de leur foi (107) ; ils étaient si soumis aux souverains, qu'ils cessaient leurs assemblées religieuses dès que l'empereur les défendait ( Voy. la lettre de Pline, col.

HISTOIRE DE L'ÉTABLISSEMENT DU CHRISTIANISME

394). On ne lit nulle part que , dans ce j^rand nombre de révolutions qui agitèrent l'Etat, aucun d'eux soit jamais entré dans quelque conspiration contre les princes établis, même contre ceux qui étaient leurs plus cruels persécuteurs.

Ce n'était pas seulement par sa doctrine et par sa morale que le christianisme paraissait si rebutant; tous les préjugés s'opposaient encore à son établissement. C'était une religioii qui ne faisait que de naître (108), et à qui le supplice flédissant de son auteur avait imprimé un caractère d'ignominie; une religion annoncée par quelques hommes pauvres , grossiers , ignorjinls , traités de barbares par les Grecs et les Romains (109) ; une religion qui n'était guère suivie que par la populace {Voy. la preuve 117), dont le suffrage ne semble propre qu'à décrcditer une opinion ; une religion qui , attaquant les dieux, passait pour athéisme, et que, pour celte raison, on regardait co:ume la source des m;illieurs publics (110); une religion proscrite , dès sa naissance, par les lois de l'empire (111), et punie per les plus afiVeux supplices; une rcligiou dont le culte simple et sans appareil ne donnait rien aux sens, une religion qui veut qu'on souffre des maux présents pour une récompense que l'on ne voit point.

Quelle opposition plus marquée que celle de l'idolâtrie et du judaïsme à la religion chrétienne I Qu'on juge f>ar là de la difflcullé du changement.

II. Etendue de Ventreprise. — Ce n'est point à une ville, à une province, à un peuple que se terminera cette entreprise. Elle na d'autres bornes que celles du monde. Los glaces du Nord, les feux du Midi, l'immensité de l'Océan, l'âprelô des mont;îgnes, les sables des déserts seront des barrières impuissantes pour en fixer le cours. Cet empire qui se croit lui seul tout l'univers ne doit faire qu'une partie de celte Eglise qu'on veut établir (112). Le Romain superbe, l'Asiatique amolli, le voluptuc ux Indien, le Maure slupide, le fier Germain, le Scylhe féroce entrent tous dans ce projet. On prêchera lEvangile dans les synagogues des Juifs, dans les temples des idoles , dans les académies d'Athènes, dans les cours des princes. Le prétendu empire des climats, l'antipathie des esprits, la jalousie de gloire, la rivalité de domination, l'opposition d'intérêts, la variété de sentiments, la contrariété d'inclinations, la différence des mœurs, la diversité des coutumes, les vices caractéristiques des nations ne doivent point empêcher tous les peuples de se réunir dans une même société, d'adopter la même créance, de suivre les mêmes maximes, de s'exercer dans les mêmes vertus, de se regarder comme frères. Les pratiques, une fois reçues, sont si chères à chaque nation, que même les plus indifférentes ont eu leurs martyrs. On a vu, dans le dernier siècle, des Chinois aimer mieux perdre la tête que couper leur longue chevelure (113). Les Romains, maîtres du monde, ne se crurent pas assez puissants pour prescrire aux peu-

ples qu'ils avaient vaincus le même langage, la même forme d'habits, la même manière de vie; bien moins osèrent-ils changer quelque chose à leurs religions; ils furent contraints de laisser adorer aux Gaulois leurs chênes, aux Syriens leurs pierres brutes, ans Egyptiens leurs crocodiles et leurs oignons; et l'on se propose ici de changer, non quelques usages indifférents, mais tout ce (lu'il y a de plus saint, de plus sacré, de plus respectable, de plus essentiel chez tous les peuples. On entreprend d'anéantir les dieux de toutes les nations, et de faire adorer en leur place un homme jnort sur un gibet. On veut triompher de la pente de la nature, de la force des inclinations, de la tyrannie des habitudes, de l'empire des préjugés, de la puissance des lois, des impressions de la coutume, du pli de l'éducation , dans toutes les contrées de l'univers.

111. Temps. — Prend-on, pour former cette entreprise, le temps où les hommes, épars dans les forêts , vivaient sans société, sans lois, sans police, sans arls, sans sciences ; ce temps où l'ignorance et la grossièreté de la multitude donnaient à ceux qui avaient quelque talent tant de facilité d'en imposer? Non : l'on choisit le siècl(> d'Auguste, le siècle le plus poii, le plus éclairé, le plus délicat; ce siècle où Rome, devenue la feine des nations par ses armes, en était la maîtresse par ses enseignements et par ses lois ; ce siècle qui présente à nos esprits l'idée du goût, du génie, de l'érudition, des talents ; ce siècle, la règle de la perfection en tous genres, et dont le nom est devenu un éloge pour les âges les plus polis. Tout l'empire était rempli de philosophes, d'orateurs, de poêles et d'historiens. L'amour des lettres était universel. Le grec, qui était alors la langue savante, était si commun à Rome, en Afrique et dans les Gaules, (]ue les femmes mêmes le parlaient. Cicérou avait écrit en latin ses traités philosophiques pour contenter la curiosité de ceux mêriies d'entre le peuple qui n'avaient pu faire aucune étude (114). Chacun connaissait les opinions des oifférentes secles, et se déterminait pour celles qui paraissaient l'emporter sur les autres par la force des raisons ou parla vraisemblance des conjectures.

Autant que l'esprit était éclairé, autant le cœur était corrompu; jamais il n'y eut un si grand dérèglement de mœurs. On peut voir dans les poêles de cet âge jusqu'à quel point on avait poussé la débauche et combien elle était universelle.

C'est à ces hommes qui se piquent de tant de sagesse qu'on vient reprocher l'extravagance monstrueuse, la stu[iidilé inconcevable d'avoir adoré des pierres, du métal et du bois. C'est dans ce siècle de lumières, c'est à des hommes si jaloux des droils de la raison, à ces hommes qui jouissaient d'une pleine liberté de penser, qu'on annonce une doctrine impénétrable, une doctrine qui paraît choquer le bon sens, qui semble coaiballre les vérités les plus évidentes. On vent que ces hommes croient, avec la simplicité et lu docilité des enfants, les mystères inconipro-

licnsibles qu'on leur prêche ; on n'emploie aucun raisonnement pour leur persuader des dogmes si étranges; on ne leur parle que de soumission aveugle, que de captiver leur esprit, que d'asservir leur raison. C'est à ces lioinmes, noyés dans les délices, accoutumés à ne rien relusor à leurs passions, dans qui l'habitude du désordre a fermé une seconde nature, que l'on vient prescrire des règles de conduite qui révoltent le cœur, qui contredisent les inclinations, qui blessent tous les penrhants. On demande de ces hommes qu'ils se sèvrenl de tous les plaisirs, pour mener une vie dure et austère; on exige qu'ils détestent tous les vices, qu'ils pratiquent toutes les vertus ; on n'arrête pas seulement dans ces hommes corrompus les actions criminelles, on leur interdit encore toute pensée, tout désir d'en commettre.

IV. Auteurs. — Sont-ce des Grecs, des Romains qui sont à la t(';te de cette entreprise? des orateurs, des philosophes, des sages, des personnes dont la réputation en impose? <'e ces hommes à qui la supériorité des talents donne des droits certains sur l'esprit et sur le cœur ? Ce sont des Juifs en budo à tous les traits de la raillerie, à cause de la sotte crédulité qu'on leur attribue; des Juifs haïs et méprisés de toutes les nations ; ce sont des pécheurs, sans lettres, sans talents, faibles, timides; ce sont douze hommes dont la condition, l'extérieur, les manières n'inspirent que du mépris. Voilà ceux qui entreprennent d'instruire les Grecs, pères des sciences et des arts; les Romains, maîtres du monde : voilà ceux qui veulent convaincre les sages de folie, les philosophes d'ignorance, l'univers entier d'erreur.

V, Moyens. — Eloquence. L'éloquence a souvent rendu les orateurs maîtres des délibérations de Rome et d'Athènes ; mais les apôtres ne connaissent point l'art des Démostène et des Cicéron : ils parlent comme la plus vile populace. Leur grec n'est pas pur; souvent le tour de leurs phrases est hébraïque, barbare; par conséquent, aux yeux des Grecs et des Romains, ils négligent les règles du discours. Leur style est hérissé de parenthèses; il y règne un désordre qui fait peine et qui exige la plus forte attention. Un langage qui fatigue l'esprit pour se faire comprendre n'est pas propre à emporter le cœur.

Force de raisonnement. Les philosophes se sont fait quelques disciples par la force dos raisonnements. Lesapôt;es suivent une roule opposée ; ils ne donnent point d'autres preuves des dogmes qu'ils annoncent que leur mission.

Artifice. On séduit quelquefois par l'artifice ceux que l'on n'a pu ébranler par le poids des raisons ou gagner par les charmes de l'éloquence. Jamais conduite plus simple, plus droite, plus franche, plus ouverte que celle des apôtres. Us annoncent Jésus crucifié à Jérusalem, devant ses meurtriers (voyez le passage (le Tacite, /).39); ils l'annoncent dans le temple et devant le conseil de la nation ; llfi prêchent l'Kvangile à Corinlhe, dans la synagogue ; à Ephèse , dans une école publi-

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que; à Athènes, dans l'aréopage; à Rome, dans la cour de Néron. On ne voit point en eux de flatteries pour se concilier la faveur, point de pratiques cachées, point d'intrigues, point de menées secrètes pour s'attirer des partisans. Loin de rougir des humiliations de leur maître, ils en font trophée, et se vanlent de ne savoir que Jésus, et Jésus crucifié. Richesses. Les richesses servent à corrompre les hommes : et combien de fois n'est-on pas venu à bout des entreprises les plus difficiles par ce moyen 1 Mais où étaient les trésors de nos Galilèens, p.iuvres par leur condition [voyez la preuve 7), plus pauvres par leur choix, obligés de se procurer une subsistance modique par le travail de leurs mains? Autorité et pouvoir. Au défaut des richesses,n'emploiera-t-on point l'autorité et le pouvoir? Mais de quelle considération peuvent être dans le monde des gens sortis de la lie du peuple, des hommes également méprisables et par la bassesse de leur origine, et par celle de '..ur profession (voyez la preuve 1)1

Force. Quand on ne peut persuader par l'éiociuence, convaincre |)ar les raisons, séduire par l'artifice, corrompre par les richesses, imposer par l'autorité, il reste encore un moyen plus efficace et plus puissant, la force et la violence. C'est ainsi que plusieurs princes ont dompté les nations; c'est ainsi qu'ils ont fait respecter leurs lois aux peuples vaincus. Quelle armée pour subjuguer tout l'univers, qu'une troupe de douze pécheurs, qui, pour en faire plus promptrment la conquête, se séparent et se divisent dans toutes les parties de la terre? Ce n'est pas par des victoires qu'ils s'attirent des sectateurs ; c'est par leur patience. Ce n'est pas en s'armant du fer, mais en tombant sous le fer, qu'ils font des disciples. Ce sont des brebis qui n'opposent qu'une douceur inaltérable à la fureur des loups (|ui les dévorent. Souffrir, verser leur sang, mourir, voilà leurs seules armes.

VI. Obstacles. — Nous avons déjà indiqué les obstacles que le christianisme mettait, pour ainsi dire, lui-même à son établissement, par l'incompréhensibilité de sa doctrine, la sévérité de sa morale, la nouveauté de son origine, le su|)plice de son auteur, la simplicité de son culte, la grossièreté et l'ignorance de ceux qui l'annonçaient, retendue immense (lu'on prélendait lui donner, le temps qu'on avait choisi pour le faire connaître, le défaut de tous les moyens humains qui auraient pu en favoriser le succès. Nous ne parlerons donc à présent que des obstacles étrangers, des obstacles que les ennemis de cette religion mirent en œuvre pour en arrêter le cours.

Les païens et les Juifs noircirent le christianisme par les calomnies, et lui opposèrent des prodiges. Les hérétiques le divisèrent par leurs erreurs; les philosophes l'attaquèrent par leurs écrits; les prinres et les peuples le persécutèrent avec violence.

Calomnies et reproches des païens. — (a)

(rt) Réponse aux calomnies cl aux reproches des païens. Ces accusations ne sonl pas fondées. Il est vrai que K-s

m HISTOIRE DE L'ETABLISSEMENT DU CHRISTIANISME,

« Les païens accusaient les chrétiens d'athéisme, parce qu'ils n'adoraient pas les dieux, et qu'ils voulaient que, par leur im-

fiiété, ils attirassent sur l'Etat toutes les caamités dont il était affligé ( Voyez la preuve 110) ; ils prétendaient que si l'empire avait beaucoup perdu de sa grandeur et de son étendue, s'il était devenu la proie des barbares, c'était parce qu'on avait néglige les cérémonies religieuses auxquelles sa durée et sa conservation étaient attachées ( Voyez la preuve 110). Ils disaient que les chrétiens étaient des magiciens ( Voyez la preuve 48) ; qu'ils ne voulaient point parmi eux de savants, mais seulement des sots, des stupides, des dupes, des enfants , des femmelettes, des esclaves, des gens de la lie du peuple (117) ; qu'on ne voyait point de noble qui professât leur religion ; qu'ils invitaient à leur société les plus grands scélérats, et que les premiers qui avaient embrassé celte religion, avaient été décriés pour leurs désordres avant qu'ils se déclarassent pour elle (118). Ils regardaient les chrétiens comme des insensés , et ils se raillaient de leur foi aveugle , qui les portait à croire les choses les plus incompréhensibles et les plus ridicules [Voyez la preuve 9) ; ils traitaient de folle l'espérance qu'ils avaient d'une autre vie (119). Comment, leur disaient-ils, pouvez-vous vous promettre que votre Dieu , qui vous laisse exposés à la misère et aux supplices, voudra vous rendre éternellement heureux? Les maux que vous éprouvez marquent qu'il n'a pas assez de pouvoir ou assez de bonne volonté pour vous en tirer. Comment donc osez-

chréliens ne voulaient rendre aucun culle aux dieux de l'empire ; mais ils ne pouvaient |iour cela être accusés d'athéisme ; ils adoraient le Dieu créateur du ciel et de la terre. Lès clirétiens ne faisaient pas leurs prodiges par la puissance du démon, puisqu'ils venaient renverser son trône, et qu'ils n'opéraient des merveilles que par le nom de leur Maître. Quoique leur Eglise fût composée , pour la plus grande partie , de gens du peuple, il y avait cependant parmi eux des [ihilosophes et des savants dont les païens mômes estimaient l'érudition cl l'esprit; il y avait des gens de tout ordre, des chevaliers, des sénateurs, des consuls (115). Ils invitaient, à la vérité , les plus grands scélérats à leur société ( Voifez la réponse à la 2' objection); mais, pour y entrer, ces hommes déréglés étaient obligés de quitter leurs désordres et de pratiquer la vertu (116). Ils croyaient avec une fermeté inébranlable tout ce que leur Maître leur avait enseigné ( Foijez la 'pj-euve C3) , quelque incompréhensible qu'il lût, parce qu'ils savaient qu'd était envoyé de Dieu pour instruire les hommes. Appuyés sur les iiromesscs de ce législateur autorisé du ciel, ils regardaient comme certaine l'immorjta'lité bienheureuse qu'il leur avait fait esjiérer : c'est ;pourquoi ils ne faisaient aucun cas de la vie présente ; ils méprisaient les supplices; ils affrontaient la mort. Par l'information juridique que Pline lit de la conduite des , chrétiens, on ne découvrit point iiu'ils égorgeassent un lenfant dans leurs assemblées , qu'ils en inengeasseni la chair , qu'ils se souillassent d'incestes {('oyez la lett. de \Plin. p. 594). Non-seulement ils nièrent constamment, au milieu des tortures, qu'il se pratiquât rien de pareil parmi eux , mais ceux mêmes de leur religion , à qui la crainte 'des tourments fit quitter leur parti , rendirent témoignage là leur innocence, quoiqu'il fût de leur intérêt de leur attribuer ces crimes , pour justifier leur changement. Ajou- ;lons que les maximes et les mœurs des chrétiens , telles ,que nous les avons i-epréseniées d'après leurs ennemis , étaient incompatibles non-seulemeni avec ces horribles forfaits, mais même avec les moindres désordres. Comment 'des hommes dont les païens ont été forcés de louer l'humanité et la venu , auraient-ils pu donner dans des vices si monstrueux ?

DéMOK^T. ^VANG. Xn.

vous attendre de lui une immortalité pleine de délices? Il ne vous garantit pas d'une mort cruelle , et vous vous flattez qu'il vous ressuscitera? Par une folie surprenante et une incroyable hardiesse, vous méprisez les tourments présents, parce que vous en craignez d'incertains pour l'avenir; appréhendant de mourir après votre mort, vous ne craignez pas de mourir à présent. Enfin , les païens disaient que les chrétiens tuaient un enfant dans leurs assemblées, qu'ils en mangeaient la chair, et qu'après cet exécrable festin , ils se souillaient par les plus abominables incestes (120).

Calomnies et reproches des Juifs. — « Les Juifs ne cédaient point aux païens dans la haine qu'ils portaient aux chrétiens. Ils leur reprochaient qu'ils étaient des hommes de néant (121), qu'ils s'étaient séparés du corps de la nation par sédition (122), qu'ils avaient abandonné la loi de leurs pères (123), qu'ils mettaient leur espérance dans un homme qui, ayant été crucifié, avait encouru la malédiction portée par la loi contre celui qui est pendu sur le bois (124) ; qu'ils croyaient que Jésus était né d'une vierge, ce qui paraît fabuleux (125); qu'ils admettaient plusieurs personnes en Dieu (126); qu'ils disaient que Dieu avait daigné se faire homme , ce qui est impossible (127); qu'ils donnaient à l'Ecriture des interprétations impies. »

(a) Quelque peu fondés que fussent ces reproches, quelque fausses que fussent ces accusations, combien se trouvail-il de personnes qui, sans aucun examen, les jugeaient véritables parce qu'elles souhaitaient qu'elles le fussent? On croit aisément le mal que l'on impute à ceux que l'on n'aime pas. Et qui jamais fut plus que les chrétiens chargé de la haine publique ( Voyez le témoignage de TaciL, p. 39i)'!

Prodiges des Juifs et des païens. — Les prodiges dont s'auiorisaient les Juifs et les païens, étaient ou des impostures, ou des opérations du démon; mais ils ne laissaient pas de faire de puissantes impressions sur les esprits, et d'être par conséquent un grand obstacle aux succès de l'Evangile. \

Hre'sies. — La division ruine une société ou l'empêche de s'accroître. Presque toujours un Etat doit plus craindre de la désunion de ses membres, que des forces de ses ennemis, jamais il ne s'éleva tant d'hérésies, que dans

(«) Réponse aux calomnies et aux reproches des Juifs. On aperçoit aisément le peu de solidité de ces reproches. On ne pouvait prouver que les chrétiens eussent excité quelque sédilion en se séparant des Juifs. Josèphe , qui a écrit dans un si grand détail l'histoire de ce peuple , ne dit rien de sembhible. Ils avouaient que Jésus, leur maître, avait été crucifié, parce qu'd s'était dit le Messie et la Fils de Dieu ; mais ils croyaient qu'ilavait souffert injustement ce supplice , puisqu'il avait prouvé sa mission par des miracles et par l'accomplissement des prophéties. Ils n'observaient plus la loi de Moïse , parce qu'ils avaieut appris des apôires, qui avaient autorisé leur prédi(;atioa par des prodiges, que cette loi n'était plus en vigueur. Sur le même témoignage , ils croyaient qu'il y avait plusieurs personnes en Dieu ; qu'une d'entre elles s'était faite homme ; que cet Homme-Dieu était né d'une vierge. Asanl reçu de ces hommes inspirés du ciel des interprétations de l'Ecriture, que les Juifs traitaient d'impies, U« les regardaient avec raison comme véritables.

{QuatQrM.)

les premiers âges de l'Eglise. Il ne faut pas croire les chrétiens, disaient les païens et les Juifs , puisqu'ils s'accordent si mal entre eux (128). Saint Clément d'Alexandrie avoue de bonne foi que ce grand nombre d'erreurs retardait beaucoup le progrès de la vérité.

Ouvrcu/es des philosophes contre le chrislianîsme. — Les philosophes virent ;:vcc douleur les succès du cbristianismo. Soit zèle pour leurs dieux, soit chagrin de se voir confondus, ils résolurent (Je faire les plus gr;!nils efforts pour arrêter le cours de cette religion. Ils en étudièrent les dogmes , ils en méditèrent les livres, pour relover toutes les difficultés qui pouvaient s'y présenter. Ccisc , Porphyre, Julien , composèrent des ouvriiges dans lesquels i!s emploient toutes les ressources de leur esprit, pour donner un (our plausible à r-idolâlrie (1-29), et pour charger le christianisme de contradictions et d'absurdités [Voijcz p. 397. hQi, 415). On ne se contenta pas d'écrire, on déclania encore publiquement contre les chrétiens (130).

Persécutions. — Dès (j'io !a religion chrétienne est annoncée, l'univers entier conspire sa perte (131). Les Juifs ch;irgent les apôlres déchaînes et les font mourir. Les peuph^s, les villes se soulèvent contre les fidèles; ils sont en butte à la fureur de tous les homi:ies. Les empereurs, parleurs lois, arment contre eux les magistrats : on les poursuit co.nme des bétes féroces. Les supplices ordinaires paraissent trop doux pour ceux que l'on regarde comme les ennemis des dieux et de l'Etat. On invente ou l'on renouvelle des tourments qui font frémir, lis sont battus de verges, appliqués aux tortures, écori liés par des ongles d'airain; on les déchire par le fer; on les consume par le feu ; on les cloue sur des croix; on se fait un jeu b:;rbare de les voir mettre en pièces i)ar les chiens , dévorer par les lions ; ils sont couverts de lames embrasées, assis sur des chaises ardentes, plongés dans l'huile bouillante, brûlés à petit feu; on les brise sous des meules, on les su.blaerge dans les flots, on les enterre tout vifs, on les coupe par morceaux. Dans leurs corps couverts de blessures , on ne déchire plus que des plaies; on ménage avec cruauté les moments qui leur restent à vivre; on choisit parmi les supplices ceux qui font mourir plus lentement; on les guérit par des soins barbares, pour les mettre en état de souiï.ir de nouveau. La [)ilié est éteinte pour eux dans le cœur des hommes; et le peuple, qui voit presque toujours avec quelques mouvements de compassion les plus grands criiuineis sur l'échafaud , applaudit aux tourments des chrétiens par des cris d'allégresse. La mort même ne les met point à couvert de la rage de leurs persécuteurs (132) : on s'acharne sur les tristes restes de leurs corps; on les réduit en cendres et on les jette au vent pour les anéantir, s'il était possible. L'horreur que l'on a contre eux n'est pas satisfaite du supplice de quelques particuliers : Rome s'enivre de leur s'uig, elle en lait couler des fleuves , elle en inonde la terre. On n'épargne ni âge, ni sexe, ni rang, ni condition. Ce n'est

point une persécution de quelques jours, de quelques mois, de quelques années, c'est par des siècles qu'il faut compter le temps des souffrances de l'Eglise. On ne peut la suivre, pendant trois cents ans, qu'à la trace du sang qu'elle répand et à la lueur des bûchers que l'on allume contre elle.

A la persécution de sang, on fait succéder celle dos caresses (133). On s'efforce de séduire ceux qu'on n'a pu vaincre. Richesses , honneurs, dignités , faveurs du prince, on promet tout pour gagner ces hommes sourds à la doul.Mir, ces hommes contre qui les tourments s'émousscnt, et pour qui la mort n'ii point d'aiguillon. C'est ainsi (jue tout est mis en usage pour anéantir le nom chrétien.

VIL Succès. —Quelle a été l'issue de l'entreprise formée par l;'s apôtres I Eh ! quels suc( es peul-on se promettre pour des hommes qui, ayant toutes les oppositions à vaincre, n'emploient pour moyens que des obstacles? On voit, d'une part, une religion agréable et pompeuse, que l'on croit établie par les dieux, (jue l'on estime aussi ancienne que le monde; de l'autre, une religion sévère , sim[)le et nouvelle : d'une part, les sages, les philosophes, les hommes de génie, le;, empereurs , les magistrats, les armées, l'univers entier; de l'autre, quelques ignorants sans défense , saiis appui , sans secours : d'une pirt, l'autorité, l'inhuminité , la fureur; de l'autre, la faiblesse , la patience, la mort: dune part, les bourreaux; de l'autre, les victimes. De quel côté devait être la victoire? Qui devait l'emporter? N'était-ce pas l'idolûlrie? c'a été le christianisme. Du haut du trône et des tribunaux, on commande d'adorer les dieux , et on les méprise. Jésus ordonne du haut de sa croix que l'on aille à lui, et on y court à travers les supplices, les gibets et les bûchers. Douze Galilcens font adorer leur m;'.ître crucilié, non-seulement à un grand nombre de Juifs qui ont demandé sa mort, mais encore à une multitude innombrable de gentils. Leur voix retentit par toute la terre, et 1; ur parole se fait entendre jusqu'aux exlréinilés du monde. Il n'est point de contrée où il; n'enfiintentdes fidèles, point de région où i\i n'érigent des trophées à Jésus-Christ. Ils souinellent à l'Evangile les peuples mêmes à qui les Romains n'ont jamais pu donner des lois; et l'Eglise, à sa naissap.cc, est déjà plus étendue que la dominalioi! des Césars. Rome a eu besoin de sept cents ans de victoires pour former son empire; le christianisme désarmé règne dès son origine chez toutes les nations. En vain l'univers entier déploie toutes ses forc(>s pour abattre cette religion ; elles se brisent contre elle. En vain les sages, les philosophes, le» politi(]ues se réunissent pour l'accabler, elle triomphe de leurs efforts. Tout est faible contre les chrétiens. Les apôtres sont outragés, maltraités, emprisonnés, mis à mort î, mais leur supplice n'anéantit point leur dessein. Leurs disciples, héritiers de leur constance et de leur courage, l.s remplacent; ils montent avec joie sur les bûchers et sur les échafauds; et, pour me servir de l'expressioq

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de leur plus grand ennemi , ils volent au martyre. On ne cesse point de les persécuter, et ils ne se lassent poinl de souffrir ; les tourments sont l'iUîrait de leur religion; les cruautés, bien loin de léleindre, no servent qu'à l'accroître. La mort, ce principe fala! de deslruclion pour toutes les sociélés, multiplie les chrétiens; le sang de ceux que l'on égorge est un germe fécond qui en produit un plus grand nombre : presque tous les hommes ouvrent enfin les yeux à la lumière; les temples sont abandonnés; on n'offre plus de sacrifices; le marbre et le bronze ne sont plus dos dieux; et Jésus, par un genre de triomphe tout nouveau, par un genre de triomphe qui ne convient qu'à lui, se fait do ses ennemis autant d'adorateurs. C'est ainsi que, par trois cents ans de persécution, à force de supplices, de cruautés, de massacres , tout l'univers devient chrétien : la croix monte avec Constantin sur le trône des empereurs, et Rome, qui tient en ses mains tous les sceptres de la terre, s'en sort pour protéger l'Evangile. Cette ville, maîtresse des nations , devient dans la suite l'esclavage et la proie des barbares. Ces peuples renversent la monarchie qui avait englouti toutes les autres. La plupart des Etals formés de ces débris tombent à leur tour : au milieu de ces secousses qui ébranlent l'univers , la seule Eglise de Jésus , immuable comme son auteur, ne connaît point de vicissitude; elle s'accroît mémo des pertes de Rome; elle voit ces conquérants qui ont donné des f^TS à la capitale du monde, prendre son joug et se glorifier d'être ses enfants.

V'III. — Lycurguc était un prince du sang royal de Lacédémone {Phitarqnc, vie de Lycurgue). 11 possédait le grand talent de persuader. Sa modération à refuser la couronne qui lui fut offerte , ci l'intégrité de ses mœurs, lui .icquirenl une estime universelle. L'oracle de Delphes prononça qu'il devait plutôt être regardé comme un dieu que comme un homme. Jouissant d'une si haute considération , il entreprit de donner des lois à sa pairie; elles furent approuvées par Apollon, qui non-seulement les déclara bonnes, mais qiii assura encore qu'elles procureraient beaucoup de gloire à ceux qui les observeraie^jt. Malgré Tapprobation et les promesses de ce dieu, ces règlements ne furent pas reçus sans résistance ; ils causèrent même un soulèvement , dai;s îciiu-^i Lycurgue fut blessé et perdit un œil. Ayant apaisé ce tumulte par ses manières insinuantes et le charme de ses paroles, il engigea les Lacédémoniens à observer ses lois. Pour en assurer la durée, il eut recours à la ruse : ayant exigé du roi et du peuple qu'ils lui promissent avec serment de n'y lien changer jusqu'à ce qu'il fût de retour d'un voyage qu'il méditait à Delphes, il sortit de la ville et n'y retourna plus. Ces lois no furent jama.is adoptées par aucune des villes voisines , et après quelques siècles, le temps seul les anéantit

Socrate, Platon, Aristote, Zenon, étaient de grands philosophes ; on les regardait

comme des sages : on admirait leurs talents, leur érudition, leur génie; ils joignaient à la force du raisonnement les charmes de l'éloquence et toutes les grâces du discours : cependant ces sages n'ont jamais pu porter leur patrie à vivre suivant les règles de morale qu'ils enseignai; ni; ils n'ont jamais pu corriger les vices qui y régnaient; ils n'ont jamais eu qu'un petit nombre de disciples.

Donner des mœurs sur certains points à quelques hommes choisis , établira Lacédémone une police dure et féroce, voilà à quoi ont abouti tous les efforts de la sagesse humaine. Plotin même [Vie de Plotin par Porphyre), chéri de l'empereur Gailicn , ne put obtenir de ce prince la perir.ission de rebâtir une petite ville de Campanie, pour y faire pratiquer les maximes de Platon. Que la folie de la croix a bien eu d'autres succès! Ce n'est pas dans une ville, dans une province, c'est dans l'univers entier qu'elle a fait embrasser des maximes bien plus sévères et bien plus parfaites que celles des Lycurgue, des Socrate et des Platon. Julien m'en avouera, lui à qui la morale do l'Evangile a paru si excellente, qu'il a fait tous ses efforts pour l'introduire dans le paganisme.

IX. — Apollonius eut des autels après sa mort. , non-seulement à Thyane, sa patrie, mais encore en plusieurs autres villes. Les empereurs lui élevèrent des temples. Des écrivains célèbres composèrent des ouvrages pour justifier le culte qu'on lui rendait ; ce cuite d'ailleurs entrait naturellement dans le système de la religion pa'ienne, dont le temps augmentait les dieux. Malgré tant d'avantages, cette divinité factice s'évanouit bientôt. Il n'en a pas été ainsi du culte de Jésus. Ce culte renversait entièrement l'idolâtrie; il a été combattu par les philosophes, rejeté par les peuples, pro-crit par les souverains; et malgré ces oppositions , il s'est universellement établi ; le temps, qui détruit tout, n'a pu l'anéantir; et après dix-sept siècles, noir* nt Législateur voit encore à ses pieds l aiicien et le nouveau monde. Il voit les plus grands rois de la terre se faire honneur d'être ses disciples, et rehausser l'éclat de leurs couronnes par le titre de chrétien et de catholique.

X. — Les mahométans sont fort zélés pour la propagation de leur religion. Pourquoi donc ne sont-ils jamais venus prêcher l'Alcoran parmi nous? Pourquoi n'onl-ils jamais tenté de le persuader, par le seul secours de la parole, à ces chrétiens qui gémissent sous le poids de leur domination , et qui trouveraient de si grands avantages temporels à l'embrasser? C'est qu'ils ont toujours compris qu'une pareille entre] rise serait sans succès : il y a cependant bien moins de distance du christianisme au mahométisme, que de l'idolâtrie au christianisme . pour ne pas parler de tous les obstacles qui se sont trouvés dans « e dernier, et qui ne se r&ncontraient pas dans le premier.

XI. — On fait de temps en temps dans l'Eglise catholique , des missions pour la réforme des mœurs. Nos plus grands orateurs,

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les Bourdaloue et les Massillon , se sont souvent consacrés à ces saintes fonctions. Alors ils ont déployé avec zèle tous ces riches talents qu ils avaient reçus du ciel; ils ont prononcé les discours les plus véhéments et les plus pathétiques. Quel a été le Iruit de leurs travaux? Ils se sont applaudis, lorsqu'ils ont vu quelques-uns de leurs auditeurs rompre leurs habitudes vicieuses, et réparer, par la péniten.e, le scandale qu'ils avaient donné par leurs crimes ; mais ils ont été témoins avec douleur, que, malgré tous leurs efforts et leurs soins , le plus grand nombre des pécheurs continuait à marcher dans les routes de l'iniquité. Des habitudes vicieuses, formées contre le cri de la conscience, toujours traversées par des remords ; des habitudes dont on ne peut méconnaître le désordre, dont on ne peut se cacher à soimême les suites funestes , dont on voudrait rompre les chaînes dans ces moments où la foi se réveille dans le cœur, telles que sont les mauvaises habitudes des chrétiens, quelque fortes qu'elles soient, sont bien plus faibles que celles dont nos Galiléens grossiers ont triomphé. Il a fallu qu'ils déracinassent l'habitude où étaient les hommes de se livrer à tous les plaisirs, habitude aussi ancienne qu'eux-mêmes, formée dès l'enfance, entretenue pendant tout le cours de la vie, soutenue de l'exemple de tous les hommes, contre laquelle on n'éprouvait plus de remords, que la religion autorisait, bien loin de réclamer contre elle ; il a fallu extirper des vices nationaux, qui, par la longue suite des siècles, étaient devenus comme naturels à des peuples (134-). Si les mauvaises habitudes ont sur les chrétiens un pouvoir si tyrannique, qu'il en est peu qui aient le courage de les vaincre, quel devait être l'empire des habitudes des païens, fortifiées par toutes les circonstances que nous venons de remarquer I Ce n'est pas cependant dans deux ou trois hommes, mais dans un nombre infini de personnes, que nos pêcheurs détruisent des habitudes si puissantes.

XII. — Supposons qu'avant la publication de l'Evangile, on eût consulté un philosophe païen sur cette entreprise , telle que nous l'avons développée ; il l'aurait jugée extravagante, et il n'aurait pu en penser autrement.

; Mais si, par un miracle, on avait pu, trois cents ans après, rappeler ce philosophe à la vie, et lui montrer ce projet exécuté de point !en point, et de la manière dont il avait été conçu; s'il avait vu la religion chrétienne 'dominante dans le monde, reçue également |des grands et des petits, des savants et des ! ignorants, dans les villes et dans les campagnes, parmi les nations les plus barbares comme parmi les plus policées; s'il avait vu cette religion sur le trône, soutenue et protégée par toute la majesté de l'empire, auraitil pu comprendre un prodige si peu attendu? El n'aurait-il pas eu recours, pour l'expliquer, à une puissance surnaturelle et divine? Oui, puisqu'il aurait appris de Socrate et de Platon, que personne ne pouvait réformer

les mœurs des hommes, et les instruire dans la piété, si la Divinité prenant pitié d'eux n'envoyait quelqu'un pour cela (135).

Il fallait donc , au jugement des deux plus grands philosophes de l'antiquité, un homme envoyé de Dieu pour enseigner la véritable religion et pour corriger les vices dont la terre était souillée. Ces sages ont nécessairenïcnt supposé que cette mission divine était prouvée ; car sans cela elle n'eût é'é d'aucun poids , et comment un homme peut-il constater cette mission, sinon par des prodiges? XIII. — Mais, sans recourir aux connaissances supérieures des Socrate et des Platon, les lumières les plus communes suffisent pour faire sentir que des hommes ordinaires n'auraient pu exécuter le grand ouvrage de la conversion de l'univers, surtout de la manière dont il s'est accompli. En effet, une entreprise extrêmement difficile par l'étendue immense qu'on lui donne, par le temps peu favorable que l'on choisit, à la tête de laquelle on ne met que des ouvriers impuissants, pour laquelle on rejette tous les moyens ordinaires, à laquelle on trouve les plus grands obstacles , doit naturellement échouer. Si donc elle a le succès le plus prompt, le plus rapide, le plus étendu, le plus surprenant, c'est un événement dont on ne peut trouver le principe dans le cours commun des choses. Il faut absolument, en ce cas, recourir à une puissance surnaturelle ; car tout effet doit nécessairement avoir une cause, et une cause qui lui soit proportionnée ; un événement qui n'est pas naturel doit avoir une cause qui ne le soit pas. Ainsi,' quand nous ne serions pas assurés, par les témoignages des Juifs et des païens, de la réalité des prodiges de Jésus et des apôtres, nous le serions par la conversion du monde, puisqu'elle n'a pu se faire sans prodiges. Il est donc évident qu'il est intervenu des miracles dans l'établissement du christianisme. On verra bientôt que ces merveilles n'ont pu être opérées que par le vrai Dieu, le souverain Seigneur de l'univers.

XIV. — Je vais plus loin, et je dis que si nos adversaires veulent être conséquents ils doivent reconnaître que le christianisme est l'œuvre de Dieu. Nos mystères, à les entendre, sont incroyables : ils y trouvent des difficultés invincibles , des contradictions évidentes, des impossibilités absolues. Ce sont, d;scnt-ils, des chimères qui révoltent le bon sens et la raison. La morale du christianisme est, à leur sentiment, si sévère qu'elle est impraticable, qu'ils en concluent qu'on n'a pu naturellement ni croire ces mystères , ni pratiquer cette morale; si donc on a cru nos ,; mystères, si on a pratiqué notre morale, il ' est intervenu quelque chose de divin dans l'établissement du christianisme. ;

Formons encoreun raisonnement dumême genre. Nos adversaires, quoique élevés dans le sein du christianisme, sont choqués de l'extérieur de Jésus-Christ sur la terre, de la; bassesse de sa condition et de l'ignominie de| sa mort. Combien ces sentiments doivent-ils. être plus fort dans les païens, et surtout dansl^,

HISTOIRE DE L'ÉTABLISSEMENT DU CHRISTIANISME

les Juifs , qui lisaient dans leur loi que maudit de Dieu est celui qui pend au bois ! Cependant un grand nombre de Juifs, une multitude sans nombre de païens se sont défaits de ces impressions désavantageuses , nonseulement pour estimer, pour respecter, mais encore pour rendre les honneurs divins à ce pauvre artisan rassasié d'opprobres et expirant sur un gibet. Passe-t-on ainsi naturellement de l'horreur et du mépris à l'adoration? XV. — Le christianisme a causé dans le monde la révolution la plus étonnante, il a fait encore dans Ihomme le changement le plus prodigieux, il lui a fait haïr tout ce qu'il aimait et aimer tout ce quil haïssait. On voit, dès la naissance de l'Eglise, un grand nombre d'hommes, dans différentes parties du monde, qui rejettent tout ce qui est recherché avec le plus d'ardeur, et qui ont un empressement sincère pour tout ce que les autres fuient. 11 semble qu'à leur égard les biens et les raaux ont changé de nature ; ils ne font point de cas des richesses, ils ont de l'aversion pour les plaisirs , ils méprisent la gloire, ils estiment la pauvreté, ils aiment les peines, ils désirent les opprobres; on les maudit, et ils bénissent; on les maltraite, et ils se croient heureux; on les persécute, et ils rendent grâces ; on les charge de chaînes, et ils s'en glorifient. Les plaintes sont un langage inconnu pour eux; avides des souffrances , ils en font leurs délices. La fureur de leurs ennemis se méprend éternellement, on ne leur donne pour supplice que ce qu'ils souhaitent; ils ne craignent pas la cruauté, mais la compassion de leurs juges. On étale à leur vue les chevalets, les lanières, les ongles de fer, les croix, les roues , les grils ardents, l'huile bouillante, le plomb fondu, et ils envisagent d'un œil assuré tout cet appareil de douleurs ; ils ne se contentent pas d'avoir, au milieu des tortures, une constance inébranlable, ils ont une joie qui va souvent jusqu'à des transports : ils appellent les tourments, ils provoquent les bêles, ils animent les bourreaux, ils se félicitent d'être déchirés de coups, ils présentent avec allégresse leurs têtes au tranchant des épées, ils courent aux bûchers ; le jour de leur mort est pour eux celui de leur triomphe. J'ose défier toute l'éloquence humaine, toute la raison humaine, toute la sagesse humaine, toute la puissance humaine, de produire un pareil changement sur un seul houmie. Comment donc douze pêcheurs ignorants , malhabiles et grossiers, ont-ils pu l'opérer, non pas sur un homme, non pas sur un petit nombre dliommes , mais sur une multitude que l'on ne peut compter? Est-ce naturellement que l'homme étoufl'e tous les cris de la nature? Est-ce naturellement qu'il en détruit tous les penchants? Est-ce naturellement qu'il aime tout ce qu'elle abhorre? 11 faut donc reconnaître qu'une métamorphose si surprenante est l'effet d'une opération surnaturelle et divine.

XVI. — Quand la religion chrétienne dès sa naissance aurait trouvé dans le monde toute la faveur et tout l'appui imaginables,

quand les apôtres auraient été des hommes éloquents, savants, distingués par leur naissance, estimés par leurs talents, ce qu'ils ont exécuté serait toujours bien surprenant. Le changement de l'homme, le changement de l'univers, même avec le concours de tous les moyens humains , ne laisserait pas de tenir du prodige. Quel prodige n'est-ce donc pas, ou quels prodiges ne suppose pas le succès qu'ils ont eu , étant ce qu'ils étaient et ayant rencontré les plus puissants obstacles dans leur entreprise? Changer l'état d'un aveugle est un miracle, et changer la religion, les mœurs , les lois , les coutumes , les usages, les préjugés, les opinions, les sentiments, les goûts, les inclinations, les penchants, en un mot, l'esprit et le cœur dans une infinité d'hommes, n'en sera pas un?

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