‹ Dâemonstrations âevangâeliquesChapitre 52 sur 202 · PREUVES · texte numérisé non relu

PREUVES

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(1, 2, 3, 4) Celse iiilroduit un Juif reprochant à Jésus qu'il est né diins un village de Judée, d'une pauvre femme qui gagnait sa vie en filant, et qui était maijée à un ouvrier {Dans Origène, l. I, n. 28, et l. II, n. 32).

(5) Jésus éiant en Egypte, et n'ayimt pas de quoi subsister, se louait pour travailler {Celse dans Ùiigène, l. 1, n. 28).

Le mai re des chréiiens a été crucilié; c'était un ouvrier en bois {Celse dans Origène, L VI, ». 54).

(6) Jésus n'avait rien dans son corps qui le distinguât des autres liomnies : au contraire, il était, comme ses disciples le disent, de petite taille, laid et de basse extraction (Celse dans Origène , liv. VI, ta. 75).

Origène répond que les apôtres ne disent nulle part (|ue Jésus ait été laid ; qu'à la vérité , cela se lit dans Isaïe. Il ajoute qu'on ne trouve point absolument dans les Ecritures, que Jésus ait été d'une basse extraction, et iiu'elles ne maniuent point clairement qu'il aitéié d'uni; petiie taille.

(7) A présent, (|ui est-ce qui, voyant des pêclieurs et des pnblicains, qui n'avaient point les piemiers éléments des sciences (car c'est ainsi que rEv.iiigiJe nous les dépeint, et Celse ajoute une entière (oi à l'aveu (pi'ils fo l de leur ignorance), disputer conlie les Juifs avec confiance, et persuader aux p;iiens de croire en Jésus-Christ, ne demande d'où leur est venu celaient (Origène contre Celse, l. I, h. 26).

Celse dit <|ue les discoms des apôtres sont bas et rampants (Dans Origène, L III, n. 08).

Porphyre ilii que les apôires étaient des hommes rusti(iues et pauvres , liomines rusiicos et pauperes, (Dans saint Jérôme, sur le psaume XCI).

Les païens, dans Arnobe, disonl que l'histoire de Jésus avait été écrite par des honnnes ignorants et grossiers; qu'elle était remplie de barbarismes, de solécismes et de fautes dans le lanuage {Lib. I, p. 59;-

:- Lactance dit d'un philosophe ennemi des chrétiens : Il a déchiré Pierre et Paul, ei les autres disciples, comme des hommes qui ont répandu des impostures, eux qui, selon son témoignage, n'étaient (jue des grossiers et ignorants, dont quelques-uns vivaient de leur pèche (L. V, c. 2).

Les païens appellent les chrétiens les disciples des pécheurs et des ignnrants {Dans saint Grég. de Naz., dise, i, contre Julien).

Vai entendu auti efois, dit saint Jean Chrysostome, un chrétien et uu païen qui disputaient ensemble ridiculement, tous deux soutenant ce (|ui faisait le plus contre eux. En effet, le païen disait ce que le chrétien devait dire; et le chrétien opposait au païen ce que celui-ci devait lui opposer. Il s'agissait de saint Paul et de Platon. Le paien s'efforçait de faire voir que saint Paul était un grossier et un ignorant; et le chrétien, par simplicité tâchait de prouver que saint Paul était plus éloquent que Platon {Homélie 3, $ur le chapitre I de la première Epilre aux Corinthiens).

Jésus s'associa dix ou onze hommes, gens infâmes,

ÎHiblicains, nautonniers, de très mauvaise vie, avec esquels, fuyant de côié et d'autre, il se procurait honteusement de quoi vivre (Celse dans Origène, l.l, n.62;/. II, W.40).

Origène ne combat point ce que Celse dit, que les •pclres étaient des hommes décriés par leurs désor-

dres, lorsque Jésus les appela. Il ajoute que Celse a pu lire cela dans l'Epître de saint Barnabe. Il dit enfin, que Jésus a tenu cette conduite pour faire connaître qu'il venait appeler les plus grands pécheurs à la pénitence.

Julien parle des apôtres comme Celse : il dit que Jésus persuada un petit nombre d'hommes très-méchants {Dans siiini Cyrille, l. VI).

(8) Celse dit que les chrétiens et les Juifs disputaient entre eux si le Sauveur, le Fils de Dieu, était venu , les premiers l'assurant, les autres le niant (Celse dans Origène, L III, n. i ; /. IV, n. 2).

Celse dit que les chréiiens assurent que le Fils do Dieu est !e propre Verbe de Dieu, et qu'ils donnent pour Fils de Dieu un homme très-misérable, qui a été flagellé et crucifié {Dans Origène, l. Il, n. 31).

11 dit que les clirétiens croient que Jésus est Dieu (Dans Origène, l. II, h. 9).

Le poéie comique, pour faire rire, a écrit que Jupiter, liirs(|ii'il lot éveillé, envoya Mercure aux Atliéniens et aux Lacédénioniens. Toi, chrétien, ne penses-iu pas èire i)lus ridicule loiS(iue tu assures que le Fils de Dieu a été envoyé aux Juifs {Celse dans Origène. l. VI, n. 78).

Celbc dit que les clirétiens adorent un homme né depuis peu (Dans Origène. l VIII, n. 12).

Les chrétiens s'assemblaient avant le lever du soleil, et chantaient lour à tour des vers à la louange de Christ, comme s'il eût été Dieu (Lettre de Pline à Trajiin).

Julien dit que les chrétiens, après avoir abandonné les dieux immortels, adorent le mort des Juifs (Dam saint Cyrille, /. VI).

Voyez la preuve 15.

(9) Celse atiaipie l'auteur de la religion chrétienne, et raccu>e d'.ivoir enseigné des choses ridicules (Dans Origène, l. 111, n, 73).

Il dit an nombre suivant, que l'auteur de la religion chrétienne cherche des fous pour en faire ses disciples.

Il se moque de la foi aveugle des chrétiens en 'ces termes : Quelques-uns d'entre eux ne veulent ni don ner ni recevoir des raisons des choses qu'ils ont crues; ils ont coutume de dire : Ne cherchez pas, mais croyez, et votre foi vous sauvera. Il ajoute qu'ils disaient encore que la sagesse de celte vie est un mal, et la folie un bien {Dans Origène, liv. 1, n. 9).

Tiyphon dit que les chrétiens croient .des fables aussi ridicules que celles des Grec*, et qu'ils paraissent être aussi fuis qu'eux (Dans le dialogue de saint Justin avec Tryphun, pag. 104 de la nouvelle édition).

Lucien, dans le dialogue Philopalris, parle ainsi de la doctrine des chrétiens : Toutes ces opinions sont des badineries et des inventions de vieilles femmes.

Gallien parle ainsi : Que personne n'embrasse d'abord des senliiiients qui ne sont appuyés d'aucune démonstration, comme on fait dans l'école de Moïse ou de Christ (L. II, de la différence des pouls, c. 4).

Théophile d'Aniioche , dans son second livre, page 548, dit qu'Auiolycus regardait comme une folie la doctrine chrétienne.

Et dans le troisième, page 381, il dit qu'AutoIycus regardait comme un délire la doctrine de vériiâ , c'est à-dire la doctrine chrétienne.

Un peu après, page 383, il ajoute que les païens diseni(|ne noire doctrine et nouvelle, que nous ne pouvons la pro\iver par aucune déinonslralion, qu'elle n*csl que folie.

Et sur la fin, page 399, il dit que la doctrine chrétienne n'est p is nouvelle , et que les dogmes <iue l'on ensei'^nc parmi les chrétiens , ne sont pas des fables et des incnsoi.gc-i, comme quelques-uns le croient, nsais qu'ils sont très anciens et ^rè^-cerlai^s.

Les païens disent (pie les chréticas prennent plaisir h êirc avec de jeunes hommes', des l'cmnes et des vieilles, pour leur conter des fables {Dans Taiien,

La loi chrétienne c^t aiip^olée par les païens, insuniii, folie, d;ins saint Cyprieu, liv. à Démélrien , sur la iiii ; amenl'ia, dans la lettre de Pline à Trajar. ; demmlia, d;ius TefluUicn, Apolo;,'ic, c. 1 cl ''27 ; siuUitiri, furiosa opinio, dans Minuliu.s Félix ; furoris iiisipienlia, dans les actes procoiisuiaircs dos martyrs scilliiains.

l'orphyre rapporte unoracle dans lequel le clirislianisnic e>t Iraiic de (nlie : Miraberis aulcm lioiniiiunt demenliam {Driiis saint Auguslin, de lu Cité de Dieu, I. XXIX, c. ;23).

Julien parle ainsi : C'est notre partage, de posséder la langue des Grecs, et d'honorer les dieux. Pour vous, (lit-il :iux chrétiens, votre partage csl la siupiiliié et la grossièreié ; toute voire sagesse consiste à dire , Je crois {Dans saint Grégoire de Nazianze).

La foi des chrétiens n'est ni folle, ni insensée, puisqu'elle est a])pnyée sur le icm()i;;nage de Dieu même {Discours 3, contre Julien, ]>. 97). (Il») Voyez la page 42o de l'Iiisiolrc. Tiyplion dit que les piéceples de l'Evangile sont si parfaits, qu'il y a lieu de croire que personne ne peut les observer {Dans le diuloçiue de saint Justin avec Tryption, page 7j de la nouv. éilit.).

Céciliiis dit (pie les chrétiens renoncent à tous les plaisirs de la vie , que pour lessiiscitcr ils ne vivent pas: lloneslis volitptaitbus abstinciis; non spcctacula visitis, non ponipis intereslis , convivia publiai absque vobis... Pallidi, trepidi, niisericordia diyni, sed nostrorum dcorum; ita nec resurgitis niiseri , nec intérim vivilis {Dans Minwius Félix, p. ù\).

Julien dit (|ue si les chrétiens ne s'étaient pas séparés des llélircux, ils eussent adoré un Dieu, non pas un homme , non pas i)!tisieius hommes misérables qui ont pratiqué nue loi dure, austère, qui respire une agreste barbarie {Dans saint Cyrille, l. Vi).

(H) Voyez le Sepher loldos Jcschu , dans la preuve suivante et la preuve 19.

(12) Dans le Taliiiud , au traité du sanhédrin, folio 43, on lit ces paroles : La veille de la fête de Pâques , Jésus fut pLUulu ; avant que de le faire mourir, on fit publier, pendant (juarante jours, i)ar le cricur public : Jé^us sera lapidé , parce (|ii'il a exercé la magie , qu'il a séduit ei porté le peuple d'Ismël à des cultes profanes; si quchpi'uu sait quelque chose qui puisse l'excuser, qu'il paraisse et qu'il le fasse connaître. Comme on n'cnl rien ironvé pour sa décharge, ilslehieut peiidio la veille de Pà([ues {Wagenseil , Telaignea Satanœ, tom. 1, ;;. IS-'i;.

Dans le même traité du saiilicdrin, fol. 107, on lit : Le roi Jannée ayant fait massacrer les maîtres ou iesra'obins, le rabbin Josiié, (ils de l'éiachias , se sauva avec Jésus dans la ville d'Alexandrie en Egypte. La persécutiou étant cessée, le rabbin Josué se mil en chemin avec Jésus, son (Idèle disciple, pour retourner à Jcrnsalein. Dans sa roule, il logea chez uiK! femme ipii lui rendit lonte^ sortes d'i;onneurs. Josué, ravi d'avoir trouvé mie hôtellerie si commode , dit tout haut ■ Que cette liôtfllerie est agréable ! Jésus, sou disciple, cioyaiil'qu'il parlait de l'hôtesse . lui dil : Mon iiiaitrc . vous avez raison : elle

serait cependant plus belle si elle ne louchait pas. Son maître, transporté de colère de renlendie panier ainsi, lui dit : Scélérat ! quoi ! lu as des pensées criminelles? Sur-le-champ il ranalhématisa au son de quatre cents trompettes. Toutefois ce malheureux disciple retournait souvent auprès de son maître, le priant de voiil-ir bien le recevoir de nouveau ; mais il n'eut aiieiin égard à ses prièns. Un jour que Josué expli(|ii;iil ces paroles de l'Ecrilure : Ecoule, Israël; et Jésus l'ayitnt abordé pour loi demander sa glace, il lui fitsignedes mains qu'il la lui accordait; mais Jésus n'ayant pas compris ce signe, croyant au contraire que par ce geste Josué lui ordonnait de se reiircr, désespérant do son pardon , il s'en alla , et siis|)endaiil une brique , il lui rendit les honneurs divins , et engagea d'autres dans la même idolâtrie. Josué ayant apiiris cela, courut auju-ès de son ancien disciple, etri'xhorta de rentrer dans le bon chemin; mais Jésus dé espérant de son salut, lui répondit : Vous auriez dû me recevoir en grâce lorsque je vous en priais ; mais parce que vous vous êtes rendu inexorable!, je suis tombé dans l'idolâtrie; et il n'y a plus pour moi d'espéiance de pardon; car j'ai appris de vous (pi'il n'y a point de pardon pour celui qui pèche et qui engage plusieurs;» pécher; et c'est ainsi qu'un homme célèbre assure que Jésus devint magicien , sédiKieur et coriu()ienr des Israélites {Ibid., t. II; Co)ifuUilio libri loldos Jescliu, p. 15 et 16).

Au traité Schabbai, folio 101, ou lit que le lils de Stada (c'est Jésns-Chiist , ainsi ipi'on le voit dans le Talinuil, oij Jésns-Cliiist est apiielé indifréremment fils de Siada , lils de Pandera , iils de Marie), emporta d'iîlgypie avec lui les arts magiques dans une incision qu'il s'était faiicdaiis sa chair, par lesipiels il fiisait des prodiges , et persuadait au peuple (|u'il les laisaitpar sa propre piiissMuce, Le comineulaleur ajoute , sur cet endroit , qu'il n'aurait pas pu les emporter écrites dans un livre, parce que les magiciens fouillaient tous ceux qui sortaient du p:iys, et ne leur permettaient p.is d'emporliu" avec eux les paroles dont on se servait pour faire les enchantements, par la crainte qu'ils avaient qu'ils ne les enseignassent aux autres nations {Wagenseil, ibidem , p. il, elt.l, p. 11).

Jérôme de Sainte-Foi, 1. II, c. 5.

Les Juifs ont composé deux histoires do Jésus- Chrisi, sous le litre de Sepher loldos Jescliu, c'est- hdire, livre des générations de Jésus. Ils ont lenii c(:s histoires secrètes parmi eux pendaiii plusieurs siècles. La première a clé luihliée en hébreu , par Wagenseil, ilans son ouvrage iiiiilulé Telaignea Satanœ. Voici un abrégé exact (ie celte histoire, et si ample, qu'il peut tenir lieu de l'original.

L'an du monde 3()71 , sons le règne de Jannée , il y avait à Beihléhem un nomme Joseph Pandera {a), homme débauché et violcni. li devint amoureux d'une jeune coilïeuse , iionunée Mirjam (c'est Marie), qui avait été liaucée à Jodiaiiau. Pandera s'étanl glissé pendant la nuit dans la chambre de Marie (|ui le prit pour son liancé , abusa d'elle. Etant dcvenuii enceinte, son liancé, couvert île honte , s'enfuit à Babylone. Marie accmieha d'un lils , qu'elle apiiela Jehoscua (c'est Jésus). Lorsipie cet enfant fut en âge d'être instruit, sa mère lui donna pour maître un nommé Elehanan , sous leipiel il lit de grands progrès dans les lettre^, parce (ju'il avait beaucoup d'espiii. C'était la coutume, lorsipi'on passait dcvantlcs sénateurs du sanhédrin, de se voiler la tète, de courber le corps et de fléchir le genou pour leur faire honneur. Jésus ne leur remlaiil iioint ces devoirs, ils furent choipiés de son impudence; ils examinèrent sa naissance, ci l'ayant trouvée impure, ils hrcnl piibl.er, au son de trois cents iromiiettes, que Jesehu était né d'adultère, qu'il avait été conçu dans la

(fl) Le Talmud de Jérusalem avail'dejà donné pour père à Jésus uji liouinie noinnié Paiithur. '

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mSTOIRK DE L'ETABLISSEMENT DU CllRISTL^NISME.

souillure la plus infàmo, qu'il ne pouvait êlre membre de la nation sainie, et que son nom el sa niéitioire (lovaient périra jamais («). Jcscliii, se voyant ainsi noté, se relira clans la haute Galilée, et y denieiira plusieurs années. Il y avait alors dans la partie la plus siiiiiiedii temple, qu'on appelait le saint des saints, une pierre sur hiquelle était ^ravé le nom iiieiïahle de Dieu. Les sages de la nation craignant que les jeunes {(eus n'apprissent ce nom, el ne s'en servissent pour causer de grands malheurs à l'univers, formèrent , par art magique, deux lions d'airain, ((u'ils placèrent devant l'eiiirée du saint des saints, l'un à droite, l'autre à gauclie. Si qnehpi'nn entrait dans le sailli des Siiinis, el appienail ce nom inelfable, les lions rngivsaienl contre cei homme, et par leurs rugissements, ils lui causaient une si grande frayeur, (lu'il ouhliait le nom qu'il avait appris. L'infamie de la n:iissance de Jeselm ayant été dans la suite cimniie dans la hante Galilée, il en sorti!, el vint en caLhello à Jérusalem. Etant entré dans le temple, il y a|)prit le nom iueffahie de Dieu ; l'ayant écrit sur du parchemin , et ayant pronnnré ce nom pour ne seniir aucune douleur, il se fit une incision dans la chair, oij il cacha ce purchemin ; et le prononçant une seconde fois, il referma sa plaie. Il faut que Je>cliu ait employé l'art magique pour entier dans le saint des saillis ; car. sans cela, comment les prêtres auraientils permis d'enti'or dans un lieu si sacré : ainsi, il est manifeste que c'est par le secours du démon qu'il fit louies ces choses. Jescliu étant sorti de .lérusalem, il ouvrit de nouveau la plaie qu'il s'était faite, et en ayant tiré le parchemin, il apprit parfaitement le nom ineffable. Il passa aussitô! àBetbiéhem, lieu de sa naissance: Où sont, dit-il aux hahitanls deceiieville, ceux (pii disent (jue je suis né d'un adii!ière?Ma mère m'a eiif:inté sans ces-er d'être vierge : je suis le Fils de Dieu, c'est moi qui ai créé le momie; c'est de moi qii'lsaïea parlé lorsipi'il a (lit: Voici qu'une vierge concevra, etc. Les IJelhléliémiles lui dirent: Prouvez-nous, jiar quelque miraele, que vons êles Dieu. J'y consens, leur ré| o:idit-ii ; apportez moi nu homme mort , et je le resni.scilerai. Ce peuple court avec empressement ouvrir un tombeau, où ils ne trouvèrent que des ossemenis secs ; les :iyant apportés devant Jeschu , il rangea tous les os , les revêtit de peau , do chair, de nerfs, et remlii la vie à cet homme. Ce peii|)lo étant Iranponé d'admiration à la vue de ce prodige : Quiii ! leur dit-il, vous admirez cela ! faites venir un lépreux, et je le guérirai. Comme on lui cul amené un lépreux , il le guérit sur le chninp en piononçiiit •le même le nom inelfable. Les liabilanis de Belhléhem, frappés de ces merveilles, se prosternèieiit devant lui, el r:id(U'èrent eu disant : Vous êtes véril:d>lemem le Fils de Dieu.

Le bruit de ces merveilles ayant été porté à Jérusalem , les niécbaiiis en eurent beaucoup de joie; mais les gens de bien , les sages , les sénateurs eu reNsentireiit la douleur la plus amère. Us prirent la résolution de l'attirer à Jérusalem, pour le condamner à mon. P.nr cela, ils lui députèrent deux sénateurs du peiil Sanhédrin, qui, s'étant transportés anpiès de lui , l'adorcient. Jeschu croyant ipi'ils venaient augmenter le nombre de ses disciples, les recul avec boulé, (-es sénateurs s'élanl ainsi insinués dans ses bonnes grâces, lui dirent : Les plus sages ei les plus cou. idérables de Jérusalem nous ont envoyé> anpiè.s de vous, pour vous prier de venir dans celte ville, p;irce qu'ils ont apjiris que vous étiez le Fils (le Dieu. Jescliu leur répondit : Ou leur a dit la \érilé; je lirai ce qu'ils soubaiteiil , à condition que l'uis les sénaieurs du gnind et du petit sanliédiiu \>.'m.*nMii a;i .lrva..t de moi, ul ^c lei CMoni ;ivec le i ,/ecl que les esclaves maripunt à leur mailrc. La

{a) Celse avait déjà mis cette calomnie dans la bouche du Juif qu'diutioduil disputant contre Jésus {daiis Ongène, liv. I, notnb. 28.)

condition ayant éé acceptée, Je^chii se mit en chemin avec les députés. Lor^-rpril fol arrivé à Nobé, qui est près de Jérusalem, il dit aux déiuilés : N'y a-l-il point ici de bel âne? Les dépuiés lui ayant répondu qu'il y en avait un , 11 leur dit de le faire venir, et l'ayant moulé, il :dla à Jérusalem. Touie la ville coiirui au-devant de lui pour le recevoir. Pendant celte espèce de lrioni|)he, Jeschu criait au peuple : Je suis celui dont le prophète Zacharie a jirédit la venue en ces termes : Voici voire roi (pii viendra à vous, ce roi juste et sauveur; il est pauvre et moulé sur un âne. A ces paroles, on fondit en larmes, et on déchira ses vêlements, el les plus gens de bien de la nalion allèrent trouver la reine Tlé'ène ou Oléine, épouse du roi Jannée, qui régnait après l;i mort de son mari : Cci homme, lui dirent-ils, mérite la mort, parce qu'il séduit le peuple; permellez nous de le saisir. Faites-le venir ici, répondit la reine, je veux par moi même m'instriiire de cette affaire. Elle avait en vue, en parlant aiii^i , de le lirer de leurs mains , parce que Jcstliu lui était parent. Les sages, (pii |)énélraicnl son dessein. lui dirent : Gardez-vous, reine, de lavoriser cet homme, qui, par ses eiKhantemenls, séduit le peuple , ([iii a volé le nom ineff.ible ; songez pluiôl à le punir comme il le mérite. Je ferai ce que vons sonbailez, leur dit la reine ; mais (auparavant faites- le paraître devant moi. pour que je puisse voir ce qu'il fait, parce que tout le monde m'assure qu'il opère les plus éelatanls [irodiges. Pour obéir à la reine , les sages firent venir Jeschu. J'ai appris, lui dit cette princesse, que vous fiiles des prodiges; faites-en ipielqu'un devant moi. Je ferai tout ce qu'il vous pl.ura, répondit Jeschu; la seule grâce cpie je vous demande, c'est de ne me pas mettre entre les mains de ces scélér:its, (|ui disent (pie je suis né d'un adiillèie. Ne craignez poinl, lui dit la reine. F;iiies venir, dit Jeschu, un lépreux , et je le guérirai. Oii lui piéscnla un lépreux, qu'il guérit sur-le-champ, en lui imposant la main el |)rononçanl le nom inellable. Apportez, dit encore Jeschu , nu cadavre. Ce qui ay.int é;é fait, il le ressuscita delà même manière qu'il avait guéri le lépreux. Comment, dit la reine aux siiges , osez vous dire que cel homme est magicien ? ne l'aije pas vu de mes yeux faire des miracles comme le Fils de Dieu? Sortez d'ici, el ne [lortez jamais de semblables accusations devant moi. Les sages, ainsi lebuiés, cliercbèreul (pielqu'aulre moyen jioiir se Siiisir de Jeschu. Ils résolurent de cherciier quelqu'un cpii voulût apprendre le nom inelfahle, piuir pouvoir le confondre. Un nommé Judas s'olfrit à eux, pomvii qe'ils se chargeassent du péché qu'il co;i:meilrait en apprenant ce saint nom. Les sages s'étant chargés de son péché, il alla dans le saint des saints , et lit loiil ce que Jésus avait lait ; il alla, ensuite par toute la ville , eu ciiant : Où sont ceux qui disent (|Ue cel iioinme né d'un adultère, est le Fils de Dieu? E<t-ce(jue moi, (pii ne suis qu'un pur homme, je n'ai pas le pouvoir (le laiie tout ce que Jeschu a fait? La reine ayant appris les discours de Jud.is, voulut qu'on le lui amenât avec J(!scliu. Faites-nous , dit-elle à Je^cllu , (luehpie (irodige pareil à ceux que vous avez déjà laits devant im\. Ce qu'il exéculs sur-le-champ. Ne soyez point surprise, dit Judas î la reine , de ce que ce fils né d'un adultère vient d« faire devant vous • s'il s'élevait jusqu'au ciel, je saurais bien l'en précipiter. C'jst un de ces magiciens desquels M ïse nous a avertis de nous défier. Jeschu disait au couiraire : Je suis le Fils de Dieu; c'est moi que David, mon aïeul, a eu en vue lorsqu'il a écrit : Le Seigneur m'a dil : Vous êtes mon fils , je vous ai engendré aujourd'hui ; el dans un autre endroit ; Le S igiieur a dit à mon Seigneur : Asseyez-vous à ma droite. Je vais donc monter à mon Père céleste, et ni'asseoir à sa droite; vous le verrez de vos yeux : loi, Judas, lu ne pourras pas monter jusque-là. A l'iustant, Jescliu prononça le nom inellable , et un tourbilloa de vent s'éleva, qui l'emporta entre le ciel

cl la lerre. Jiid.is , aii même moment , prononça le saint nom ; et il fut pareillement enlevé par un loiir- !)ill()n de vent, qui le snulint entre le ciel et la lerre, fie inanièie (|ue Jescliu et Judas volaient tous les deux dans l'air. Ceux (pii étaient préscnls à ce spectacle étaient fort surpris. Judas, ayant prononcé ime seconde fois le saint nom , se jeite contre Jescliu pour le faire tomber; mais Jcscliu l'ayant prononcé aussi, se jelle contre Judas dans le même dessein, et ils luttaient ainsi ensemble. Judas, s'apcrcevani que ses efforts étaient inutiles, fit de l'eau sur Jescliu ; souillés l'iMi et l'autre par cotie action , ils furent prives du pouvoir que leur donnait le nom ineffable, et lomlièrent à lerre. Alors on prononça une sentence de mort contre Jescliu, et on lui dit : Si tu veux éviter la mort, lais les prodiges (|ue lu faisais auparavant. Jescliu rayant lenlé en vain , s'abandonna aux pleurs; ce que voyant ses disciples et la troupe des mécbanls qui lui étaient altaclié>, ils atlaqucrent les sages et les sénalcins , et procurèrent ainsi à Jescliu la liberté de sortir de Jérusalem. Jcsnliu courut au Jourdain, s'y purifia, cl ayant prononcé le saint nom, il fit de nouveaux miracles. Il prit deux meules, il les fit nager sur l'eau, s'assit dessus , et prit des poissons qu'il donna h la iroupe qui le suiv.iit. A celte nouvelle, les sages et les sénaieurs se irouvèient dans un grand embarras; mais Judas leur pi-mnit de les en tirer. Il va au|)rès de Jescliu, et sans se faire connaître, il se mêle parmi les méciianis (|iii lui étaient altacliés. Sur le ininuil , il procure par ses encliantemenis un sommeil prolbnii à J(!->cliu, et étant rentré dans sa tente, il lui ouvre avec un couteau l'endroit de son corps dans lecpiel il avait (aelié le morceau de parchemin sur Ictpiel était écrit le nom ineffable- Jescliu s'élanl éveille , lut saisi d'une grande crainte lorsqu'il se vil (léjionillé du nom ineffable. Il engagea ses disciples à l'accompagner à Jérusalem, espérant qu'en se cacbant parmi eux , il ne serait pas connu , et qu'il pourrait ainsi de nouveau entrer dans le temple pour enlever une seconde fois le saint nom; mais il ne savait pas (|ue Judas était caché parmi eux , et que par ce moyen il connaissait tons ses desseins. Judas dil aux disciples de Jeschu , qui ne l'avaient p?.s reconnu , non plus (jue leur maître : Prenons tons des habits senililalilcs , afin que personne ne puisse distinguer notre maîiie. Cet avis ayant été suivi, ils se mirent en cliemin pour aller célébrer la pài|ue à Jérusalem. Lorsqu'ils furent arrivés dans cette ville. Judas alla en secret trouver les sages, et leur dit : Jeschu viendra demain au temple pour offrir l'agneau pascal , alors vous pourrez le saisir; mais parce qu'il a avec lui deux mille hommes , tous habilles comme lui , pour que vous ne vous trompiez pas, je me prosternerai devant lui lorsque nous serons arrivés dans le tem|ile. Le lendemain , Jeschu étant venu au temple. Judas se prosterna devant lui comme il en était convenu. Alors tous les citoyens de Jérusalem , bien armés, se saisissent de Jeschu , tuent plusieurs de ceux tpii raccompagnaient, eu ariêlent <inel(pies-nns, tandis que le reste prend la fuite dans l(!s montagnes. Les sénat(!urs firent attacher Jeschu à une colonne de marbre qui était dans la vilb' , le firent fouetter, et lui firent mettre une couronne d'épines sur la tète. Ce fils d'adultère ayant eu soif, demanda un peu d'eau , et on lui donna du vinaigre. L'ayant bu , il poussa un grand cri, cl dil . (>'esl de moi que D ivid, mon aïeul , a écrit : Ils m'ont donné du fiel pour nourriture, et du vinaigre pour étancher ma soif. Il se mit ensuite à [ileurer , et dil en se plaignant : Mon Dieu ! mon Dieu ! pourquoi m'avez-voiis abandonné? Les sages lui dirent : Si lu es Fils de Dieu, pourquoi ne le délivres-tu pas de nos mains? Jeschu répondit : Mon sang doit expier les péchés des hommes, ainsi que l'a prédit Isaïe par ces mots : Sa blessure sera noire salut, ils conduisirent ensuite Jeschu devant le grand c( le jteiil sanhédrin , qui le cotidamuèreiil à

être lapidé et pendu. Ayant été lapidé, on voulut le pendre au bois ; mais tous les bois auxquels on voulait l'attacher se rompaient , parce que Jeschu , prévoyant (|u'on le pendrait après sa mort , avait enchanté tous les bois par le nom ineffable. Judas rendit la précaution qu'il avait prise inutile, en liranl de son jardin un grand chou auquel ou rattacha. Sur le soir, les sages, pour ne pas vioîor la loi , ie (ireiit enterrer dans l'endroit où il avait été lapide. Sur le minuit, ses disciples vinrent à son toinheau-, qu'ils airosèrcnt de leurs larmes. Judas l'ayant su, vinl secrètement enlever ce cadavre, l'enterra dans son jardin, dans le canal d'un ruisseau dont il avait dé* tourné l'eau jusqu'à ce que la fosse i'ùi faite et couverte. Les disciples de Jeschu étant retournés le lendemain au tomb(;au de leur maître , et continuant de le pleurer , Judas leur dil : Pourquoi pleurez vous? ouvrez le tombeau , cl voyez celui qu'on y a placé. Les disciples ayant ouvert le sépulcre , et n'y liouvanl point le corps de leur maître, se mirent à crier : Il n'est pas dans le tombeau ; il e4 monté au ciel, comme il nous l'a dil lorsqu'il était vivant.

La reine Hélène, ayant appris le snpj)lice de Jeschu , fil venir les sages , et leur demanda qu'est-ce qu'ds avaieiii. fait de son corps. Ils lui répondirent ; Niius l'avons l'ait enl(!rrer . comme la loi l'ordonne. Elle leur dit : Faites le apporter iti. Les sages allèrent au tombeau , et n'y ay:iiit pas trouvé le cmps de Jescliu, ils relournèrent auprès de la reine, et lui dirent : Nous ne savons qui esl-ce qui a enlevé ce cadavre du tombeau où nous l'avions lait mettre. La reiiK! leur dit : Vous ne l'avez pas trouvé parce qu'il est le Fds de Dieu, ei qu'il est monté au ciel auprès de son Père , ainsi (pi'il l'a prédit lorsqu'il vivaii. Heine, lui dirent les saijes , gardez vous de penser ainsi ; c'était véritablement un enchanleur et un homme ne d'adultère. Qu'esl-il besoin d'un plus long discours? dit la reine : si vous me faites voir son coips , je vous croirai innocents ; sinon vous serez tous punis (le mort. Accordez-nous quchpie temps , lui dirent les sages , pour faire des recherches à ce sujet. La reine leur accorda trois jniirs, pendant lesquels les sages indirpièrent un jeûne solennel. Les trois jours étant [iresque écoules sans qu'ils eussent recouvre ce corps, plusieurs d'ciHre eux s'enfuirent de Jérusalem pour se soustraire au courroux de la reine. Un d'eux, nommé Rabbl Tanciiuma, qui errait ])ar la campagne, vil Judas assis dans son jardin, qui prenait de la nonriilure. Quoi ! Judas, lui dit Tanchinna, vous prenez de la nourriture, tandis que tous les Juifs jeûnent et sont à la veille des plus grands malheurs? Pourquoi donc, luidilJndas, a t-on indiipié ce jeûne? Ce fils d'adultère, lui répondit Tan* cliuma , Cil est la cause : il a été lapidé et pendu , coinnic vous savez ; mais on ne trouve point son corps dans le lombeau où il avait été mis , ce qui donne lieu aux méchants (pii lui sont attachés, de dire qu'il est monté au ciel ; et la reine Hélène nous a menacés de la mort, si nous ne le retrouvions pas. Venez, lui dit Judas; je vous montrerai le cadavre que vous cherchez ; c'est moi qui l'ai enlevé , parce que je craignais (pie la troupe impie qui le suiviiit ne rcnlevàl clle-nièuie, je l'ai enierré dans mon jardin, dans le canal du ruisseau qui y pas-e. Tanchiima relnurna promptement à Jérusalem pour apprendre aux sages ce que Judas venait de lui découvrir. Tous coureni au jardin de Judas; on tire le cadavre de l'endroit où il éliiil placé: on l'attaclie à la (]ueue d'un ( heval, ci on le traîne ainsi devant la reine, qui, chargée de confusion, ne sut que répondre. Pendant qu'on traînait ainsi le corps de Jeschu , ses cheveux lurent arrachés; c'est pourquoi les moines se rasent. Les Nazaréens ou disciples de Jeschu, irrités de la mort ignominieuse que les Juifs avaient fait souffrir à leur maître , se séparèrent d'eux et en vinrent à ce point d'aversion que dès qu'un Nazaréen trouvait un Juif, il le inussacrait.,Leur nombre s'étanl accru pro*

digieusemcnl pendant trente ans, ils s'asseml)laient en troupes et empêchaient Les Juifs de venir à Jéru>:ilern aux grandes solennités.Tandisque iesJuilsiéiaien.[dans la plus grande consiernalion à la vue de ces malheurs, la religion des Nazaréens prenait chaque jour dos accroissenienls el se répandait au loin. Douze lioninics qui se disaient les envoyés du pendu parcouraient les royaumes pour lui Caire des disciples. Ils s'attachèrent un grand nombre de Juifs parce qu'ils avaient beaucoup d'autorité et qu'ils conlirmaieni la religion de Jeschu. Les sages, afllgés de ce progrès, recoururent à Dieu et lui dirent : Jusqu'à quand, Seigneur, souffrirezvous que les Nazaréens prévalent contre nous et iiu'ils massacrent un nombre inlini de vos serviteurs "> Nous ne sommes plus qu'un très-petit nombre. Pour la gloire jde votre nom, suggérez nous ce que nous devons faire pour nmis délivrer de ces méchants. Ayant (ini celte prière , un des anciens nommé Simon Képha, à qui Uieu s'éiait l'an eniendre, se leva et dit aux autres : Mes Frères, écoutez-moi. Si vous approuvez mon dessein , j'exterminerai ces scélérats; mais il lauiquevous vouschargiczdu péché que je commettrai. Ils lui répondirent tous : Nous nous en chargeons ;elfectuez votre promesse. Simon, ainsi rassuré, va dans le saint des saints, écrit le nom ineffable sur une -bande de parchemin et il la cache dans une incision qu'il s'était faiic dans sa chair. Sorti du temple, il relire son morceau de parchemin et ayant appris le nom inetlable, il se transporta dans la ville méiropole des Nazaréens. Y éiaiil anivé, il crie à haute voix : Que tous ceux qui croient en Jeschu viennent à moi , car je suis envoyé de sa pan. Au moment, une multitude semblable au sable qui est sur le rivage de la mer , courut à lui. Ils lui dirent : Montrez- nous par (|uelque prodige (pie vous êtes envoyé par Jeschu? Quel prodige , lépondii-il , souhaitez vous? Nous voulons, lui dirent-ils , que vous fassiez les prodiges que Jeschu a laiis lorsqu'il était vivant. Simon ordonne qu'on lui amène un lépreux, et lui ayant imposé les mains, il le guérit. 11 commande qu'on lui apporte un cadavre et il le ressuscite de 1.» même manière. Ces scélérats ayant vu ces merveilles, se prosternèrent devant lui eu disant: Vous êtes véritablement envoyé par Jeschu, puisque TOUS avez fait les mêmes prodiges qu'il a faits lorsqu'il était vivant. Alors Simon Képha leur dit : Jeschii m'a ordonné de venir vers vous ; prometicz-moi avec sermeni de faire tout ce que je vous commanderai. Nous le ferons, s'écrient-ils. Alors Simon leur dit : 11 faut que vous sachiez que ce pendu a été l'ennemi des Juifs el de leur loi, et que, suivant la prophétie d'Osée, ils ne soni pas son peuple. Quoiqu'il soit en son pouvoir de les détruire en un moineui, il ne veut pas le faire, mais il désire au contraire qu'ils restent sur la terre, pour qu'ils soient un monument éternel de son supplice. Au reste, Jeschu n'a soulfert que pour vous racheter de l'enfer, et il vous commande par ma bouche de ne point faire de mal aux Juifs , de leur faire au contraire tout le bien (pii dépendra de vous. Il exige enc.oie que vous ne célébriez plus la fêle des Azyme» ; qu'en place de cette solennité, vous célébriez le jour de sa mort ; que la lêie de son Ascension au ciel vous tienne lieu de la l'entecôteque célèbrent les Juifs, et le jour de sa naissance de la lèie des Tabernacles. Ils lui rétioudirenl: Nous exécuierons ponctuellement tout ce que vous nous avez ordonné, nous vous demandons seulement de demeurer avec nous. J'y resterai , leur dit-il , si vous voulez me bâtir une lour au milieu de la ville pour me servir de logement. On lui bàiit une tour dans laquelle il s'enferma , vivant de pain et d'eau , l'espace de six ans, au bout desquels il mourut el fut enterré dans cette même tour, conime il Tavait ordonné. On voit encore à Kome celle tour qu'on appelle Pefer qui est le nom d'une pierre, parce que Simon était assis sur une pierre jusqu'au jour de sa mort. Après la monde Simon, un homme sage nom-

mé Elle, vint à Rome el dit puMiqnemf^nl aux disciples de Je>cliu : Saclicz que Simon Képha vous a tromjiés ; c'est moi que Jesclin a chargé de ses ordres en me disant : Va , et dis leur (|iie p^-rsoiine ne croie (juc je moprisc la loi. Reçois lous ceux qui se feront circoncire ; que ceux qui icfusciont la circoncision soient noyés. Jcscliii veiii eiicort! (|ue ses disciples n'observent plus le sabbat , mais le premier jour lie la sinnainc ; el il ajouta à cela plusieurs autres mauvais règlements. Le peuple Ini dii ; Mnntiez-uous par qiiel{|ii(! prodige que Jeschu vous a envoyé. Quel prodige, leiu- dil il, désirez-vous? A piMiie eut-il |>rononcé ces iiandcs (|u'iiiie grosse pierre tomba sur sa lèlc cl l'écrasa. Ainsi périssent , Seigneur , tous vos ennemis; et (pie ceux qui vous aiment soient comme le soleil lorsqu'il est dans son plus grand éclat.

La seconde hi-loire de Jésus composée par les Juils, a éié publiée par lluldric. N'ayant encore pu me procurer cei ouvrage, j'ai leciieilli les différents traits que M. Basnage en rapporte d ms son Histoire des Juifs, 1. V, c.'l4.

Jésus naquit sous Ilérode le Grand. Ce fut à ce prince (|u'on porta les plaintes contre l'adultère que l'andeia avait commis. Ce prince, irrité contre les coupables, qui avaient fui en Egypte, se tiansporta à Bethléliein et en massacra lous les enfants. Jésus eut j)our pi écepieur Josué , fils de Perachia , qui avait éliidié sons Akiba. Celui-ci alla à Nazareth pour s'instruire de la naissance de Jésus, qui, dès ses plus leiidies années , se distinguait à l'écoie. Il apprit de Marie sa mère, à la faveur d'un faux serment, (ju'elle éiait coupable d'ailiiiiére. Lorsque Akiba fut de retour ou se saisit de Jésus, on le rasa, on lava sa tête avec une eau (|ui empêche de croître les cheveux. Jésus, voyant (pi'on le fuyait, assembla quelques disciples auxquels il expliipia la loi d'une manière irès-dilTércnte de la tradition qui était reçue. 11 leur ordonna de se raser la lèle, alin qu'on rec<mnCil qu'ils étaient de sa suite. Ilérode les lit poursiiivre, mais il n'y eul (pie Jean qui cul le malheur de se laisser prendre : ce qui lui coûta la lèle. Cejiendani Jésus prêcha dans le désert (pi'il était Dieu, né d'une vierge qui avait conçu du Saint Esprit, el assura qu'il éiait le vrai rédempicur, ei que celui qui croyait en lui aurait part au siècle à venir. Enliu , il soutenait qu'il fallait abolir la loi, parce que mille géuéi allons avaient coulé depuis David, et que ce prophète enseigne que la parole a é.é commandée en mil.e généraiions. U opéraiides miracles parla vertu du nom do Jéhowah, qu'il avait pris dans le temiile. Lorsqu'on eul dessein de faire arrêter Jésus, on gagna son hôte qui lui donna du vin mixiionné, par Icijuel il oublia le nom ineffable, sans (pioi on n'aurait pu le siisir. Loisi^n'il fut an été prisonnier avec ses disciples , le roi ordonna qu'on attendîi la fête des Tabernacles pour lapider les disciples de Jé>us , afin (|ue l'exécution se fît en présence de tout le peuple : ce (ini lut exécuté. Le roi envoya un ordre pour toute la terre, afin (pie si quelqu'un voulait défendre la cause de Jésus il se présentât devant le conseil. U demanda même avis au sanhcdiiii de Woriues, lequel opina qu'il fallait renfermer Jésus et le nouri ir, au lien de le condamner à la mort. Le roi rejeta ccla\is, et Jésus lut attaché au bois. La mort de Jésus causa une guerre entre les Juifs, l'e: sonne n'osait même montera la fêle à cause d'eux. Ils soutenaient (pie leur maître avait, après sa moit, laii descendre le feu du ciel et était ressuscité, pendant (iiie Judas montrait son corps, (jifil avait caché dans un lieu sale. On se souleva mé.ne à Jérusalem contre le roi a ca se de Jesti». Siinéon monta sur la nue avec ceux qui vonlureni le suivre , el les laissa toinlier de la nue dans les déserts, où ils se tuèrent. Le yrand liérode et sou (ils prirent les arme»' contre les haiiiianis d'un désert de Judée, parce qu'ils suivaient le parti de Jésus-Christ et qu'ils adoraient $on image ei celle de Marie, sa mère. Ces idolàtrci^^

demandèrent du seconrs an roi deCésaréc conlrc Hérodc le fils; mais ce prince fitconnnîlre ((u'il n'avait point de guerre ;tvec les Israélites, ei les iiabitants (l'Ai se souinireni à llérode. Les habitants d'Ai avaient d'aulanl plus de j)encliant d'appeler le roi de Ccsnrée à leur secours c iilre Hci'oJc, (|u'il s'était oppose à la mort de Jésus.

Raymond des Miriins ( il vivait au treizième siècle), "dans son Poifinard de la Foi, a rapporté en latin une iiisloire (!:: .lésus coinposéi; p\r les Juifs en iiébrcu vraisemblal)leinenl, que nous transcrirons a|)rès l'avoir traduite en français.

Dans le temps que la reine Elani ou Hélène rognait sur tout I-;raël. Jésus le Nazaréen vint à Jérusalem ; il trouva dans le (empic la pierre sur lariuelle ou avaii autrefois placé l'arciie du Sei;^neur. Seli ■mliim l'ijhoras, ou le nom expli iné (c'est le idui ineiral)le de Dieu) , était gravé Fur celle pierre. Cel^ii quia|ipienaiiel qui savait les leilresde ce nom, pmvail l'ilrc tout ce (lu'il voulait. Les sages craignant (jue les Israé- Ii;es n'apprisseni ce nom et ne délniisi>si:nl le monde par son pouvoir, (ircnl deux cliiensd'aiiain qu'ils po- .'■èrcnt sur deux colonnes contre la porte d i sainl des sainis. Lorsque quebiu'un eolrail dans ce lieu sacré et (ju'après avoir app:is les Icilres du nom ineU'ablc il en sortait, les cliiens d'airain aboyaient si lim'i iitlemcol contre lui et l'elTrayaienl si tort , qu'il oubliait le nom et les lettres (|ui le composaient. Jéius le Nazaréen éiani entré dans le temple, apprit les lettres de ce nom et les écrivit sur du pncliemin; s'éia il faitensuile uiie inci>ion à la jambe, il y cacli i ce parcliemin; prononçant ce nom ineliabl ■, il ne seniit aucune i!onleiir lorsipi'il se coupa , ei après qu'il eiil placé le parchemin dans l'ineision qu'il s'était faite, la plan! se relerma. Lorsqu'il sortit du lemplc , les chien-, d'airain aboyèrent contre lui, et il oublia le nom ineffable; mai., étani. allé dans sa maison, il rouvrit s» jambe .ivoc un couteau, et en ayant liré le parclii;:nin sur lequel il avait écrit les letires du n im iiicffible, il les apprit de nouveau. Il assembla ensuite tros cent dix jeunes b.nnmes d'Israël et leur dit : l'rcnez garde parce que les sages ve.deni dominer sur Israël : ils disent (pie je su'.s illé,4iii:ne; mais vous savez que tous les prophète^ ont an .once un Mesiie, et en vérité c'est moi (\\n le suis; c'est de moi qu'Isaïe a dit: Voici (urun ■ vierge concevra et enfau.er.i un fils qu'elle appellera Emmanuel. David , mon aieiil, a pareillenient écrit de moi dans le second psaume : Le Seigneur m'a dit : V,»us èies moo hl-, je vous ai engendré aujourd'hui; ma mère m'a donc engendré saasie scconis d'aucun homme, par la seule vertu de Dieu. Ce sont vos sages qui sont des illégitimsi et non pas moi , comme il C4 écrit au second chapitre d'0-,ée : Je n'aurai point pitié de ces lils, pirce que ce >onldes enfants de lornication. Ces jeunes h un nés lui lép nidireni: Si vous êtes le Mossic, prouvez-le panpielpie miracle. Quel prodige, leur dii-il, voulez-vmis ipie je las^e? Ils lui direni : Guérissez un homme qui n'ait jamais pu faire usage de ses jambes. Il leur répondit; Transportez tujun auprès de moi. Ils le tirent, et Jésus ayant prononcé sur cet inliriue le nom ined'ihie , aus.siiôl il marcha. Tous s'inclinèrent devant lui et dirent : Celui ci est vraiment le Messie. Ils lui amenèrent un lépreux, et Jésus ayant proiioncé le nom inellable et iio->é sa main sur lui, il fui guéri sur-lechamp. Alors plusieurs hoiomes de iié.int, de notre nation, s'attacliérenl a Jésus. Les sages voyant que leslsr.iclites croyaient en lui, s'en saisirent , le conduisirent à la reine Hélène et lui dirent : Notre souveraine , cet homme est un m igieieu qui séduit le monde. Jésus dit à la reine : C'est de moi (ju'lsaiea (lit: Il sortira une branche du tronc de Je-,sé; i-l David a dit à ceu.v-ci dans son premier psaume : Heureux celui (jui n'enlre point dans le dessein des impies. La reine dit aux sages : Ce que cet homme allègue est-il dans votre loi t Les sages lui répondirent

' dit de lui ; au contraire , c'est de lui qu'il est écrit an chapitre XIII du Deiiléronome : Le propîièle qui aur.» voulu vous détourner du service di; Dieu sera puni de mort ; et il est écril du Messie , dans Jérémie, que , lorsipi'il viendra , Juda s Ta sauvé. Ce méchant dit à la reine : C'est moi qni suis ce Messie , c.ir je ressuscite les nions. La reine envoya avec Jésus et les sages quelques personnes de sa cour sur la (idélilé desi|uellcs elle pouvait compter, et cet impie, par la vertu du nom inellable, ressuscita un mort en leur présence. La reine, frappéi;d'étoiineinen!, dit : Voilà \m grand miracle. Elle blâma le-, sa;;es rpii sortirent de si cour couverts de boute; ils furent , de même que tout Israël , accablés de douleur. Jé^ns alla dans la haute Galilée. Les s:iges étant retournés auprès de la reine lui dirent : Notre souveraine, cet homme est un magicien ([ni séduit le monde. La reine envoya des soldats pour le prendre; mais les Galiléens ne voulurent pis le soniirir et se préparèrent à le défendre à nnin armée. Jésus lenr dit : Ne combattez poiiil pour moi . la force de mon Père qni est au ciel et le pouvoir qu'il m'a donné de, faire îles miracles me délendrimi snl'lisiniment. L^'S G'ililéens faisaient des oiseaux avec delà bone, et Jésus avant prononcé le nom inell'able sur ces oiseaux, ils s'envolaient surle-cliainp. Les Galiléens, fraiipés de cette merveille, se jetaicui à ses pieils ei l'adoraient. Jésus du alors : Qu'on apporte, une grande meule etqn'on la jette d.ins la mer. Ce qni ayant été exécuic, cet impie prononça le nom inelfaiile, cl il lit nager cette meule sur l'eau; .s'étant assis dessus, il dit anv soldats qui é aient venus pour le prendre : Keioern 'Z auprès de la reine et racooleztiii ce ([ac vous avez vu. S'élant ensuite levé dev.inteux, il marcha sur leseinx. Ces soldais étant réiouniés, direni à la reine ce qu'ils avaient vu, qui , forléloniiée de leur récit , appela les sages et leur dit : Vous dites que cet liomnM est un magicien, maisles miracles qu'il fait monircnl (|u'ile^l le Kils de Dieu. Les sagc^ lui répondirent : Faites-le venir ici, Cl nous voiH découvrirons ses fourberies. Pend mt qu'on allait chercher Jésus , les anciens d'Israël (irenl entrer Judas Scirioili dans le snim oes sainis , où il apprit les lelires du nom ineffable comme Jésus les avait ai)priscs cl les écrivit sur du paichemin qu'il enferma dans sa jambe comoie Jésus avait fait. Jésus le Nazaréeo étant venu avec ceux qui lesuiv.iient, la reine lit venir les sages; et Jésus élanl devant la reine avec eux lui du : C'est de moi que Davi I a écrii £11 jisaiime XXII : Lcscbien^ m'ooi cuviro.iné et une as^emo.ée de personnes riîniples de malice m'a assiégé , m. lis il esi ainsi é rit de moi dans Jérémie : Ne craignez poin'. de paraî.re dev.mt eux , parce que je suiS avec vous pour vous délivrer , dit It; Seigneur. Los sages le conire lisaient. Il dii à la reine: Je mmiterai au cii;! , parce que David, dans le psaume 108, a dit de moi : Ele.'ez vons au-dessus des cieux , ô Dieu! .Uors, pir la vertu du iiooi ineiTiblo . il éleva ses mains comme des ailes et il vola MUrc le ciel et la leire. Li-s sages d Israël voyant cela direni à Judas Scariolh de prononcer le nom inelfaole et de a'élever après lui. Juias s'éleva avec lui; ils tomhèrent ions les deux, et cet impie se cassa le tins. A cause de ce malheur les ch.éiiens , toutes les an .ées , pleurent avant leur |)àque. Alors les Israélites prirent Jésus , le couvrirent de haillons et le frappant avec de^ bagiieltes de grenadier , ils dis:neni à la reine Hélène : S'il e^t Fils de Dieu, (pi'il nomme celui qui l'a frappé. N'ayant pu le nommer, la reine dit aux sages: Il est eiiire vos mains , traitez le comme il vous plaira. Ils le prirent donc ei le conduisirenl pour le pendre; mais tons les bois auxipiels ils l'attachaient se roinpaieiil sur-le-champ : car par la prononciation du nom inelfab'e il avait conjuré tous les bois pour qu'il ne pili y être pendu. Les sagCs voyant cela prirent un tronc de cbofi et l'y pendireni sans cpie le chou se rompit, parce (jue lo cimu n'e^l pas un bois ; ce qui

Ce qu'il allègue est dans noire loi, mais il »i'a pas él4 - ne doit pas surprendre, parce qu'un chou croît si fôrj

niSTOlRK Dt L'ÉTABLISSEMKNT DU CimiSTIANlSME.

chaque :>niiéo dans lo saiiii des sainls, qu'on en lire ccnl livres de scaience>.

On ne iclèvcrn pus ici les anachroiiismcs , les crrenrs , les lanles grossières dont S'uU remplis les récits (|UC les Jnifs oui r:iilsde la vie d^- Jésus-(;iiri>t. La plus iôi;cie connaissance de l'iiisloire snCiii p ):ir les apercevoir. On se conleniera de piendie droil sur Irois aveux que la rore(! de la vcriié leur :i arrachés. Ils reconnaissent, l" la rc ililé des proi!ig;"s de .lésus ; "i." (pie le> discijdci diï Jésus se nnilti,iliè:enl à rinlini, ininiédialcnienl après sa mon , non-seulenieiil dans la .Iniiée, niiis à Uonie, cl dans lonl Penipir(! ; 5" que les disciples de Jésus exii^eaicnl deciuix qui >e disaient eavuyés d(! lui, (pi"il> (isseni di's ntiraclcs senil)'al)lcs i> ceux qu'il avail opérés lui nié ne.

On a sans doule observé ipie l'auieur du To dos allribiic an nom ineir\l)'e de Diei les piodiL;i:s de Jésus, (pie les lalmudiSlcs onl allribués à la magie. Mais il nous imporle peu ipiMIs aient ainsi varié sur le princi])e de ces merv.ilies : il nous sullil, pour ie présent, tpi'ils convieuneot de leur réalité La (aémce que , par la proiunici itiiui du nom ineffable de Dieu, on poiival l'aire des miracLîS, est forl ancienne chez les Juils. piMsipi'on lit dans le Talinud, (|ue celui (pii saurait le nom ineffable de Dieu, Scni-Iiainmcphonis, jxjurrait créer un attire m mde , ou laite tels autres prodiges qu'il voiidrail. Josèplie apôue des Juils, (pii vivail au eoinnieiicenu'ul du quatrième siècle, voulut éj)ronver la j)uissance de Jésus-Clir.si. il arrosa un éner-;uinèiie avec de l'eau, sur lui|nelle il avait lail le signe de la croix, el comiiiaiiJa au démon de s ulir du corps de cel hoiniue, au nom de Jésus nazaréen crucilié. Le iiémon obéit, eii-e retira. Ce miracle l'ut connu de toute la ville de Tibénade. Les Jnils, qui élaiCiil eu grand nombre dans celle Ville, ne pouvant conicster la vériic du prcidige , disaient . josèpbe a (mverl le trésor de imlre pitnarclie ; il a trouvé écrit le nom de Dieu ; i( a su le [ir^', el, par ce moyen, il l'ail île i;ranJ> miracles {Prœ\aiio in exiraclioiies de Talinud , impriméi^ à la suite de l'ouvrage du P. Lchard intitulé iS. Tltomœ Suinina aucioii movindicaia).

WageiL-eil a pnolie un livre liébrcn ( Tela ignea Sutame , l. Il), qui a pour titre iS izzaclion , ceit-àdire, Victoire. Qu ique les Juils donneiu ce liue à tous le? livres qu'ils coioposenl cuiire les clirétiens, il est cepeiidiiiu parliculuT à (pielques-uns de ces omr.iges. Celui dont il est ici(pesiiou acte écrit dans le d'Uiziènie Mécle. On y lii, pa;4e 54, ^ur ce^ paroles de TEvode, les inaijicienu d'Eijijpte pr-'iit les mêmea merveilles que Muise : Le r.ib!)in Abraham con<;lut (le là ipte Jé-us n'a point su le nom ineU'able de Dieu, >em-liamplioias(,h. Car les mystèies de ce nom sacié n'ayant pas été connu-) du leuip- de Moïse, ipii était le temps le plus haint de la ii ilion , il n'est pas vraisenibl ible tpi'ils aient été connus après lui. Ce (pie Jésus a l'ait, il l'a oyéré par des eucnaiitemenis ; car il esi écrit dans l'Lvangile , ((u'il démolira deux années en Egypte. C'est là ([u'il apprit la m.igie ; c'e>t pou: quoi nous dibous d.ms le Kidilnschin, ipi'il est descendu dix mesures d'enchantemenls dans le monde; que l'Egyp'.e en a pris neuf, elqueie reste de la terre n'en a ipi'une.

P.ig. -il. Jésus n'étail environné d'aucun celai; il était en tout semblable au reste des liommes : c'est pourquoi il ne laiil point cr.iire en lu! ; et tout ce qu'il a l'ait, il l'a opéré par le secours de la magie.

Pages Do el 91. Puisque nous ne voyons point que Jésus ail l'.dides miracles daussun^enlauce, inais(|u'il a passé cel âge commi! les autr>s cillants, nous n'ajoutons point loi aux miracles qu'il a oiiérés dans un âge niùr; mais ils nous paraissent avoir éié laits par art magique, ain^i que ceux des autres magiciens.

Pag. 2ôU. Pourquoi Jésus a-l il dill'éréde taire des miracles, jnsiiu'à ce qu'il lût parvenu à un âge nmrï H aurait dû en opérer à l'âge de deux ou trois ans ; aloi s tout le monde aurait cru en lui. Puisqu'il n'eu

a pas agi ainsi, il faut croire qu'il a été un enclianicur, el (pie c'est par art magique qu'il a l'ait toutes ses merveilli!-;.

Le même Wagenseil (Ibidem) a publié en hébreu un ouvrage, composé d uis te seizième siècle, contre la religion cliréiieiine , par le rabbin Naac, lils d'Abraliam. On y lit, p igo A^yl , qu'il est ccrii dnns les Actes des apôtres (Vill), (pie Siméon (e'est Simon) le Magicien séduisait les Juifs par ses presiiges ; (pré.(»uiiés di'S merveilles qu'il f.iisnit, ils le croyaient (lieu Tirez de là un argument eonire les prodig'S de Jésu-i, qui oui pare llemeui été faits par art magique, et ipii onl de mènie donné lieu aux hommes simples de le croire dieu.

Jiisipi'ici, pour conslaler la réalité des prodiges de Jésns-Clirisl , nous avons produit les témoignages des Juifs, tirés de leurs livres mêmes : nous allons à présent rapporter leurs téinoiguages tels ipie nous les onl conservée les aiiteuis chrétiens. L i parfaite conforinilé qui se trouve entre les uns el les autres , ne permettra pas de douter de la lidélilé de nos écrivains.

Les Juifs, dans saint Mattliieii, disent à Jésus-Christ qu'il cliMsse les démons par Céelzébut, prince des démons (C. XII , 24).

Dans les Actes de saint Pionius ( c. 5), les Juifs disent ipie Jésus-Cbiisi a exercé la nécromancie [Dans BvHandtis, nu {"jour du mois de (évrier).

Teriullien , dans son livre contre les Jints, dit qu'ils ne u'cnt pas que Jésus Christ n'ait opéré des prodigi-s : Viilules aulem faciurum a paire. Isaiiis dicil : Ecce Dens nosier judicium relribuii ; ipse veiiiet el salvos Inciel nos. Tune infirmi cnrabiinlnr, el oculi cœcoruiii videbuni, el aures surdoruni nudienl , el claudus saliel Vtdul cervus , el multoruni linrjuœ solventur , et C(Ctera quœ operatuni Clirisium nec vos dtffuemiui [TertuUiaiius, adversus Judccos, c. 9).

Dans saint Jean Chrysostome . les Juifs disentqu'ils ont crueilié Jé^us Clirisi, parce (pi'il était un iinposleui' et un faiseur de prestiges (Explicalion du ps, VII!, H. 5, c. S, p. 81).

Herb m, Juif, dans sa dispute avec saint Grégence, dit, à la pige 198, ipic les Juifs ont l'ait mourir Jésus, parce que c'était un ni.igicien ; et à la page Wô, il dilque Jésus guéris-^ait les malades le jour de sabbat, ce (pie la loi dél'endail {Bibliothèque des Pères de Margarin de la Digne, loin. 1, grec el lalin).

On voit dan-, saint Isidore de Séville, que, lorsqu'on alléguait les iniracle> de Jésus-Christ auv Juifs , ils répondaient que les prophètes en avaienl fait pareillement plusieurs : ce qui est un aveu des miracles de Jésus-Christ {De Nativiiate Domini, c. M).

Un jurisconsulte a composé un écrit qui a pour titre. Dispute entre l'Eglise el la Sijnugogne , (|ui est dans l'appendice du huitième tome de la nouvelle éiliiion de saint Augu.->tin 11 met dans la bouche de la Synagogue les arguments et les défenses des Juifs: et dans celle de l'Eglise , les preuves et les ié|)onses des chrétiens. L'Eglise dit à la Synagogue (pie Jésus- Clirisl est venu à elle, ressuscitant les morts , rendant la parole aux muets, guérissant les boiteux, les aveugles , les paralytiques, les lépreux, et qu'elle n'a pas voulu le reconnaître pour Dieu. La Synagogue ne coriieste point ces faits, (|uoiqu'elle coulredisc celui de la résurrection, de l'ascension, de même que toutes les autorités des prophètes que l'Eglise e<nploie pour l'accabler. Il paraît donc par là, ipic l'auleur , quoique chrétien, a mis lidélement dans la bouche de la Synagogue les seiiiiments des Juifs de ce tempslà. 1° S'il n'eûi pas agi ainsi , son ouvrage n'eût été d'aucune utilité contre les Juifs. 2 Pourquoi auraitil introduit la Synagogue niant le grand miracle de la résurrection, et ne conteslanl pas les autres? Cela ne peut venir (pie de ce que les Juifs d'alors, de même que ceux d'aujourd'hui , reconnaissaienl la réalité des prodiges du Sauveur , et qu'ils en onl toujours combattu la résurrection.

DÉMONSTRATION ÉVANGÉLIQUE. BtILLET.

Agobard, arohevêqne de Lyon au neuvième siècle, rajii>i)i le ainsi les seiiliiiienis des Juifs :

« Ils lisent dans les livres *|u'ils oui reçus de leurs ancèlies , qu'il y a eu p;irmi eux uu jeune homme honorable , nommé Jé»us, qui fm inslruil par Jean- Ijaptisle, et (|ui eut uu grand nombre de disciples, à l'un desqueN, a cause de la dureté et de l;i stupidité de son intelligence , il donna le nom de Képhas , c'est-à-dire, Pierre. Jésus étant attendu par le peuple pour la solennité de la pâque , quelques jeunes hommes de ses disciples allèrent au-ilevant de lui, et lui chanléreiil, par htmneur et par respect : Hosanna au fils de David. Enfin ce Jésus, accusé de plusieurs mensonges , fut mis en prison par ordre de Tibère , parce (|u'ayant iiromis que la fille de cet empereur nieitraitau monde un enfmt mâle sans le concours d'aticnn homme, elle n'avait eiif^inté qu'une pierre. C'est pourquoi il fut pendu comme un magicien détestable, ei enlerré après sa mort auprès d'un aqueduc. On commit la garde de son corps à un Juif. Une grande pluie , qui arriva pendant la nuil, ayant fait déborder les eaux de cet aqueduc, elles enlevèrent le corps lie Jésus. Pilaie l'ayant lait chercher pendant douze mois , sans qu'on pût le trouver, lit publier cette loi : Il est évident que ce Jésus que vous avez fait mourir par cnsie llbid. Col. 1205), est ressuscité comme il l'avait promis, puisqu'on ne retrouve point son corps, ni dans le tombeau où vous l'aviez placé, ni en aocun autre endroit. Pour celle raison, je vous commande de l'adorer ; que celui qui refnseia de le faire, s;iclie qu'il n'aura point d'autre paitiige que l'enfer ( De iiisolentia Jitilaonaii), t

Le savant père Pierre-François Childet , de la compagnie de Jé^us, a publié à Dijon , en 1656 , un ouvrage cimlre les Juifs, (|u'd allribue à Raban Maur, archevêque de Maycnce, que nous croyons, avec Cave, Dupin, Mabillon, elles auteurs de l'hisioiie littéraire de France , être d'Amolon , successeur d'Agobard dans le siège de Lyon. On y lit (|Uc les Juifs disent que Jésus est le (ils d'un p;iïen nommé Pandeia , qui commit adultère avec sa mère ; (|n'il fut pendu ; que, par ordre de leur maître Josué, il fut d'abord enlevé du bois, et jclé d:ins un sépulcre, dans un j:irdin plein de choux, de peur que leur terre ne fûisomllée ; qu'afiu que Ions sussent qu'il était mort , et non point ressuscité, il lut tiré du tombeau, el traîné par toute la ville, ensuite jeté dans unclianp; c'est pour cela que jusqu'à ce jour on voit son sépulcre vide, plein des pierres et des ordures (lue les Juifs ont coutume d'y jeter.

Dans la dispute que Gislebert, abbé de Wcstmunsler, eul à Mayence avec uu Juif, au commencement du douzième siècle, cpii est imprimée dans la nouvelle édition des œuvres de saiiil Anselme, donnée par le père Cei beron, le Juif explique ainsi cette propliélie d'Is.iïe: Une vierge conceM-a et cnlaniera un lils, et il sera appelé Emmanuel. c'esl-à-(Jire, Dieu avec nous. Nous reconnaissons volontiers <pie c'est du Christ qu'il est dit: Il sera si cher et si agréable à Dieu, (|u'en lui cl par lui le Seigneur, c'est à dire, la puissance du Seigneur soit avec nous. Reconnaître que la puissance dcDieuéiail avec Jésus-Christ, c'est avouer ses miracles.

On iroiive dans le cinquième tome des Anecdotes de dom Marienne, un ouvrage inslitulé : Dispute de l"E,jlise cl de la Synagogue, dont un nommé Giiliebert est auteur. Le manuscrit sur lequel cet ouvr.ige a été imprimé, a environ cinq cents ans d'antiquité, au jugement de dom Marienne.

La Synagogue du à l'Eglise ce qui suit :

Ri.ui ne peut m'èlre si nuisible, à ce que je vois, que l'Eglise ma lille, qui m'aniimicc à présent des choses nouvelh s et iiiouies ; el si aujourd'hui elle prévaut conlie moi par son art magique, je suis anémlie avec me-, cérémonies, el ma loi que Dieu m'a donnée par le ministère de Moïse.

Plus bas ■ Vqus êtes imbue, ma fille, d*une fausse

doctrine depuis longtemps, et revêtue d'une grande puissance inagi(pie.

Plus b.is: 0 fille toujours mon ennemie, que vos docteurs sont admirables, adroits et tromp«urs, eux qui vnus ont ainsi imbue de leur :irl magique.

Pierre Alphonse, Juif converti, qui vivait dans le douzième siècle, composa un dialogue entre uu Juif et un chrétien. Il donne :tu Juif le nom de Moïse, qu'il portait avant son baptême. Le chrétien y parail sous sou nom, qui est celui de Pierre (Ce dialogue est imprimé dans le tom. XXI de la grande Bible des fP. de Lyon).

Au litre 2, Moïse parle ainsi : Les Juifs disent que Jésus-Christ a élé un magicien, né d'une femme de mauvaise vie, qui a induit eu erreur toute la nalion juive.

Au litre 10, Moïse dit que les Juifs ont fait mourir Jésus, parce qu'il était uu magicien, qu'il séduisait les Juif-, p;ir arl magique, et de plus, jiarce qu'il se disait le Fils de Dieu. Pierre lui demande où Jésus- Christ a pu apprendre tant de magie, qu'il en sût assez pour opérer les grands prodiges iin'il a faiis. Petkus. Ubi tantum artis miiyicm uddiscere poluil, ut per eum, aqunm in vinuni converteril ; de quinque panibus, Iwminuni uiiUiii quinque refecerit ; leprosos liydropicosque sanaverit ; claitdis grcssum, surdis audilum, inulis verbum, cœcis quoque visum reddiderit, et, quod viujus omnibus est, mortuos suscitaveril, abaque, quœ omnia enumerare longum est , miracula fecerii ? Moïse répond à celle question eu ces termes: Nos docteurs disent (jii'il a appris l'art magiiiue en Egypte. Pierre lui prouve, par l'autorité des docteurs juifs, que l'on ne peut pas opérer par la magie les merveilles ([ue Jésus a faites. Moïse lui répond- Puisque vous avez bien prouvé que ce n'est p.is par la magie, mais parla vertu de Dieu, que Jésus-Chri.a a o|)éré les merveilles qu'il a faites, de même (|ue les autres prophètes, dites-moi pounpioi Jésus ne s'est pas donné pour un prophète, mais qu'il a eu la présomption de se dire Fils de Dieu ?

Pierre Alphonse, qui était très-inslruit de la doc- Iriiie du Taluuid el des auteurs juifs, met dans la bouche de Moïse tout ce qui peut se dire de plus fort pour la cause qu'il défend ; on s'en convaincra eu coniparant cet oiivrai^e avec les disputes (jue les Juifs ont eues avec les chrétiens, et qu'ils ont eux mêmes écrites (K. Wagenseil, Tela ignea Sataiiœ).

Androuic, de la maison fimpériale des Comnènes, éerivil, l'an 13"27, un dialogue eiilie un Juif el ua chrélieii [Cet ouvrage est imprimé dans le tome XXVI de la grande bibl. des PP. de Lyon), il dil qu'ayant trouvé non-seiilemeiit à Cousta..tinople, mais encore à Orestiade (c'est Andrinople), cl dans la Thessalie, (|uclques jurisconsultes juils qui défend:iienl la loi des Juifs, il étiiit entré en dispute ;ivec eux, ei qu'il avait trouvé à propos d'écrire ce qui .s'éliiit dit de part el d'autre eu cette occasion. Au chapiin; 55, il oppose aux Juifs les miracles de Jé-^us Christ et des apôlres : les Juifs ne les nient point, ([uoiqu'ils conlestent sur tout le reste.

Le Juif qui dispute avec Buxtorf, dans la sixième demande qu'il lui hiil, parle ainsi: Q.i'a fait Jésus de plus (pie les antres saints? Iléiiocii el Klie oni élé enlevés dans les airs; Moïse; a changé l'eau en sang ; il a rendu douces lese.mx amères; il a lait passer le peuple d'Israël p.ir le milieu de la mer. Elisée a fait naîlre une source d'Imile, tkuit piu-ieurs vaissi.-aux oui élé reuqilis; il a guéri la lèpre de Naainan, il a ressuscité deux morls. Toutefois nous ne croyons pas qu'ils aient été des dieux, mais seulemeiii des hommes justes. Ce Juif ne révoque point en doute les miracles de Jésus-Cbrist ; il veut seulement qu'on ne puibse en conclure cpi'il est Dieu.

Les Juils ont donc cru uniformément et conslamnieiit, dans tous les siè. les, la réaliié des luodiges de Jésus-Christ; ils ont varié sur leur principe, les attribuant d'abord à la magie, ensuite au nom inef-

HISTOIRE DE L'ÉTABLISSEMENT DU CHRISTIANISME

fable de Dieu": enfin, reveiianl à leur premier seniimeiit, ils lesont crus des opérations niiigiques; el voilà ce qui nous fournil encore une puissante preuve ; car leurs plus anciens auteurs ont écrit que, dans le siècle du Messie, il se ferait de plus grands prodiges que ceux que Moïse avait opérés en Egypte, et que la race des méchants qui vivraientalors, les atlribuerail à la magie. Or les Juifs ne peuvent nous indiquer, parmi ceux qui ont pris le tiire de Messie, aucun autre que Jésus qui ait fait des prodiges, el dont ils aient attribué les prodiges î» la magie.

Dans le Midras Colielcth, ou explication de TEcclésiaste, chapitre 2, il est dit que la loi de ce siècle ou de Moiso, est vanité devant la loi du siècle à venir; et au chapitre 11, on dit que la loi de ce siècle est vanité devant la loi du Messie: par où l'on voit que le siècle à venir et le temps du Messie sont la même chose.

Dans la même explicaiion, chap. l,sur ces paroles: On ne se souviendra plus de ce qui a précédé, ni des choses qui doivent arriver après, on dit : On ne se souviendra plus de CCS choses en les comparant avec celles qui seront dans le dernier temps. Combien de miracles n'ont pas été faits eu faveur des enfants d'Israël, depuis qu'ils sont sortis d'Eyypte, cl avant qu'ils en sortissent ? C'est de ces miracles qu'il est dit qu'on ne se souviendra plus des premiers, elde ceux qui les ont suivis, c'est-àdire, de ceux qui se feront uprès la sortie d'Egypte ; car ils seront effacés de la mémoire par tes prodiges qui se feront dans le dernier temps, par les miracles du siècle ù venir. Le siècle à venir étant le siècle du Messie, ainsi qu'on l'a vu plus haut, on connaît par là que la la tradition des Juifs enseignait que, dans le siècle du Messie, il se ferait déplus grands miracles que ceux qui s'étaient faits avant lui ; c'est ce que le Targum de Jérusalem déclare aussi, en traduisant el expliquant ces paroles de l'Ecclésiasie : On ne se souviendra plus de ce qui a précédé, ni des choses qui doivent arriver après, par ces paroles : On ne se souviendra plus de ces choses dans les générations qui seront dans les jours du Messie. Et dans le livre de Berachoth, ou bénédictions du même Targum, au chapitre Corin, on lit: Jl arrivera qu'Israël ne se souviendra plus de la sortie d'Egypte dans le siècle à venir el dans les jours du Mes sie. In eadem expositione libri Ecclesiasles hoc modo scriptum est, super illud primi cupilis ejusdeni libri dictum: Non erit niemoria priorum, ac etiamposteriorum quse erunt; hoc est. Non erit memoria eorum, cum illis quai erunt ad ultimum. Quoi rniracula seu signa facta sunl filiis Israël, ex quo egressi sunt de iEgypto; et cum adhuc non exierant ex ^gyplo, de ipsis ait: Non erit niemoria priorum et posteriorum. Cl quiiî erunt post exitinn scilicet de segyplo. Non enim erit eis memoria cum illis quae erunt in ultimo, et cum signis aut miracnlis secidi venturi.... Quod per Targum Jerusalmi facile oslendilur, quod prœmissa verba. Non erit «lemoria priorum, el eliam posteriorum, quae futurasunt, sic traduxil alque exposuit : Non erit eoruin recordaiio in gênerai ionihus qua; erunt in diebus Messiae.... In Berachoth, idesl, benediclionuni, j erosoliniitano in capite Corin, ita legitur : Dixil Benzuma : Futurum est ut Israël non facial memoriam cxilus ex iEgypto in futuro seculo, et in diebus Messi.e (Galaiin, de Arcanis calholicœ verilatis, pag. 6b9 et 670).

Le rabbin Moïse Hadarsan, dans son commentaire sur ces paroles s.du psaume LXXIV : Nous ne voyons plut « miracles que nous avions accoutumé de voir, il n'y a plus de prophète parmi nous, dit quelerabbi Naironai en ayant demandé l'explication, le rabbi Alha dit que ces paroles avaient été dites de la race des méchants qui ne croiront pas aux miracles que fera le Messie, mais qui diront de lui qu'il lait ses prodiges par art magique, et par des noms impurs (Galatin, in Arcanis verilatis calholicœ, pag. 557).

Les païens ont tenu le même langage que les Juifs sur les miracles de Jésus-Chrisl. Il y avait un grand

DÉMONST. EVANG. XII.

nombre de Romains dans la Judëe, lorsque le Sauveur y opéra ses miracles. Ils en furent témoins connue les Juifs. Les païens sentirent qu'ils ne pouvaient nier des faiis soutenus par la notoriété publique et par un témoignage universel. Us en reconnurent la réalité, et, pour se tirer de l'embarras où les menait cet aveu, ils les aitribuèrent à la magie.

CeUc dit que le pouvoir que les chrétiens paraissent avoir de faire des choses extraordinaires, vient de la magie. Il ajoute que les choses surprenantes que Jésus a paru faire, viennent du même principe, et que prévoyant qu'il y en aurait plusieurs dans la suite qui, ayant acquis le même secret que lui, feraient des prodiges seinbUddes aux siens, et se vanteraient de les opérer par la vertu de Dieu, il les avait exclus de la société de ses disciples (L. 1, n. 6).

Il fait dire au Juif sous le nom duquel il parle, que Jésus étant en Egypte, il y avait appris le secret de faire des prodiges ; qu'enflé de ce pouvoir, il s'était donné pour Dieu, lorsqu'il fut de retour dans sa patrie (L. I, n. 28 et 38).

Le Jnil qu'introduit Cclse, disputant contre Jésus, parle ainsi : Nous ne croyons pas les anciennes fables qui disent que Persée, Amphion, iEaque, Mines, sont les fds des dieux, quoiqu'elles nous nconlent que ces hommes ont lait de grandes choses, des choses admi». râbles, et qui sont au-dessus des f(U'ces humaines. Vous, (ju'avez-vous dit ou fait d'extraordinaire et d'admirable? Rien .jus(|u'à présent, quoi(|ue les Juifs vous aient provoqué dans le temple, de montrer, par quelque miracle évident, que vous étiez le (ils de Dieu.... En>uiie Celsc prévoyant que, pour satisfaire à cette demande, on alléguerait les miracles que Jésus a faits, il feint d'accorder que ce qu'ont écrit les évangélistes, des guérisons, delà résurrection de quelques morts, delà multiplication des pains, et des autres prodiges de Jésus, est vrai ; mais il pense que tout cela a été fort exagéré par les apôlres. Il dit ensuite : Mais je veux que ces choses aient été faites comme elles sont racontées. Puis il ajoute sur-lechamp, qu'il les faut mettre au nombre de ces merveilles que font les magiciens qui ont été instruits par les Egyptiens, qui, pour queliiues petites pièces de monnaie, font dans les places publiques des choses extraordinaires, chassent les démons des corps des hommes, guérissent les maladies, évoquent les âmes des héros, font paraître des tables chargées des plus excellents mets, quoiqu'il n'y ait en celar ien de réel, font mouvoir desanimaux qui n'existent point, et qui ne sont que de vains fantômes ; après quoi il dit : Est-ce que nous devons croire que ces hommes sont (ils de Dieu, parce qu'ils font ces choses ? Ne devons-nous pas plutôt dire «lue ce sont des opérations d'hommes méchants et des mauvais démons ( Origène , /. 'I contre Celse, n. 07 el 68)?

Celse prolite ici du refus que Jésus (il eu une occasion d'un miracle pour nier la réalité de ses prodiges; mais s'apercevant bientôt qu'il serait accablé par le témoignage de l'Evangile, duquel il emprunte ce fait, il n'ose appuyer sur cette réponse, et passe sur le champ à uneautrc, en avançant que les actions merveilleuses qu'a faites Jésus ont été exagérées par ses disciples. Prévoyant que, malgré celte exagérelion prétendue, il restait encore assez de prodigieux dans ces actions pour ne pouvoir être attribuées à la puissance d'un homme, il a recours aussitôt à son subterfuge ordinaire, en disant que c'étaient des opérations magiques semblables à celles que font tous les jours ceux qui ont été instruits par les Egyptiens. Ce même Juif appelle Jésus un magicien [L. I, n. 71).

11 dit que les chrétiens ont cru que Jésus était le Fils de Dieu parce qu'il a guéri des boiteux el des aveugles (L. II, n. 48).

Origène demande à Celse comment lui, qui traite de fables et de liciions les miracles de Jésus, peut croire ce qu'on raconte d'Aristée le procouésien, et

[Quinze.)

des prodiges opérés par les dieux (L. IIF, n. 27 ; /. VIH, n. 47).

Origène dit que Celse croit que les miracles de Jésus étaient des opérations magiques (L. Vlil, contre Celse, n. 9).

Voilà tout ce que Celse a dit au sujet des miracles de Jésus-Christ, sur quoi jo raisonne ainsi :

Les chrétiens employaient les miracles de leur maître comme la principale preuve de leur religion. Si Celse les croyait faux, il d(^vail les' nier franchement, unilormé'iient et constamment. C'est ainsi qu'on se comporte en toute dis|iute. Mon adversaire m'oppose un fait qui lui est favorable : si je lo crois faux , je le ni • snns détour ; et autant de fois qu'il le propose, autant de fois je le contredis. Je n'ai gnrde, en admetlam ce fuit comme véritable, de me mettre dans la nécessité de recourir à des explications ; pour éluder l'uvanlage que mon adversaire en veut tirer, je m'en liens toujours à la négative: donc Celse ne crnynit pas que les prodiges de Jésus fu-^scnt faux, puisque, s'cianl hasardé une seule fois de les nier, il n'a p.is osé s'en tenir à cetie réponse, mais il a eu recours sur-le-champ à une autre défiite, en disant qu'ils étaient des opérations du démon : et comment Celse aurait-il pu douter de la réalité des prodiges du maître, lui qui reconnaît la réalité de ceux des disciples?

On se confirmera dans celle pensée si l'on fait attention à la conduite que ce pliilosoi»he a tenue au sujet de la résurrection du Sauveur. Il l'a constamment niée, parce qu'il la croyait fausse. S'il n'a pas suivi la même méthode touchant les miracles, il faut qu'il n'en ait pas juge de même; il faut qu'il ail cru qu'ils étaient réels. Voilà ce qui l'a forcé d'en faire si souvent l'aveu, et de les attribuer à la magie, pour empêcher les chrétiens d'en tirer avantage.

Formons le même raisonnement sur les prédictions du Sauveur. Celse, liv. Il, n. 15, accuse les disciples de Jésus d'avoir feint qu'il avait prédit tout ce qui lui devait arriver. Pourquoi ce philosophe n'a-l il jamais voulu avouer ces prédictions comme il reconnaît les miracles, en les attribuant calomnieusemenl à la mafieV C'est que les miracles de Jésus ayant été connus dans toute la Judée, Celse eùl été confondu par la notoriélc publique, s'il avait osé les nier; notoriéié que n'avaient pas les prédictions que Jésus avait faites, puisqu'il ne les avait faites qu'à ses disciples.

Ajoutons une réflexion. Si un mabométau donnait à un chréiien, pour preuve de sa religion, les miracles de Mahoniel, ce chrétien dirait-il tantôt que ces prodiges ont été Ojiéiés par le démon , une fois seulement qu'ils sont feints? Non, sûrement. 11 répondrait constamment que ce sont des fables. Pourquoi? Parce qu'il est convaincu que ce sont de pures fictions. Si Celse pensait des miracles de Jésus ce que nous pensons de ceux de Mahomet, pourquoi ne les a-l-il pas toujours traités de chimères? Ses variations à ce sujet montrent son embarras : or, il n'en devait éprouver aucun si ces prodiges étaient faux et s'il les croyait tels; car, en ce cas, il n'avait qu'à les nier, et la dispute était finie sur ce point, et finie à son avantage.

Les païens disent, dans saint Justin , que Christ ayant fait, par art magique, les prodiges que nous disons qu'il a opérés, a paru, à cause de cela, être le Fils de Dieu {Apologie première, n. 50).

Porphyre attribue pareillement à la magie les prodiges de Jésus {voyez page^^Q); il en reconnaît donc la réalité.

Hiéioclès , magistrat païen , écrivit un ouvrage contre la religion chrétienne, dans lequel il comparait Apollonius de Tyane à Jésus-Christ, liusèbe composa un livre pour faire sentir le peu de justesse de celte comparaison ; voici ce qu'il nous a conservé du livre d'Hiéioclès, en rapportant, comme il le dit, •es propres termes de cet auteur :

< Les chrétiens font grand bruit et donnent de

grandes louanges à Jésus pour avoir rendu la vue aux aveugles et opéré de semblables merveilles, i

Un peu après il dit :

f Voyons combien nous sommes mieux fondés lorsque nous en attribuons de semblables aux hommes excellents, et que nous perlons d'eux un jugement avantageux. I

Indiquant ensuite, en passant, Arislée le proconésien, l'ytbagore, et quelques-uns desanciens, il ajoute :'

Du temps de nos ancêtres , sous l'empire de Néron, a fleuri Apollonius de Tyane, ipii, dès sa plus tendre jeunesse et dès le moment qu'il se consacra au culte d'Ksculape à Egée, ville de Cilicie, fit plusieurs choses aiimirables, de quel(|ues-unes desquelles je vous rappellerai la mémoire, i

11 rapporte eiisuiic les prodiges d'Apollonius, et a|)iès les avoir mis sous les yeux, il parie ainsi :

« A (|nel dessein vous rappelé-je ces merveilles? Afin que vous puissiez comparer ensemble le jugement solide que nous portons tle chaque chose, et le peu de solidité d'esprit des chrétiens, puisque nous ne regardons pas comme Dieu, mais .seulement comme l'ami des dieux, un homme qui a o|)éré de si grandes merveilles; et que les chréiiens, au contraire, piibliunt que Jésus est Dieu, à cause de quelques peiits proiliges qu'il a laits. >

Un peu api es il ajoute :

< Ce qui est encore digne de considération, c'est que Pierre et Paul, et quelques autres de même espèce, hommes menteurs, ignorants et magiciens, oui vanlc avec emphase les actions de Jésus; et Maxime d'Egée, le philosophe Damis, compagnons d'Apollonius, Philostrate d'Aihèucs, hommes savants, amateurs de la vérité, par amour pour les hommes, nous ont transmis les actions d'Apollonius , ce grand homme, ami des Dieux. »

Quoique lliéroclès s'efl'oiTe de dépriser les miracles de Jésus-Christel de les metire au-dessous do ceux d'Apollonius, il n'ose en conlesier la réalité : c'est tout ce que nous demandons pour le présent.

Les païens parlent ainsi de Jésus-Christ dans Arnobe : Il a été un magicien ; c'est par des sciences secrètes qu'il a opéré tout ce qu'il a fait d'extraordinaire; il a volé dans les sanctuaires des Egyptiens les noms des génies puissants el la doctrine la plus cachée (L. I, ;). 25).

Lactauce parle d'un magistral païen qui avait composé deux livres qu'il adressait aux chrétiens pour les inviter à quitter leur religion ; il y disait que Jésus avait éié un magicien; il ne conlestait point la réalité de .ses prodiges ; il se conlenlait de dire qu'Apollonius eu avait fait de semblables ou de plus grands {L. V, c. 3).

Lactaiice ajoute qu'il est surprenant que cet auteur ait passé sous silence Apulée, dont les païens ont aussi coutume de raconter plusieurs merveilles.

Lo même auteur rapporte un oracle d'Apollon de Milet,qui déclare que Jésus était un homme sage qui a fait des prodiges ; qu'il n'a point lait ces prodiges par la puissance divine, mais par celle de la magie {L. IV, c/irtp. 13).

Eusèbe intitule ainsi le chapitre 8 du livre III de sa Démonstration évangélique contre ceux qui croyaient que Jésus a élé un magicien ; il le commence en ces termes : A-t-on jamais vu un magicien qui ait institué une société où l'on praticpie toutes les vertus, qui ait enseigné une doctrine pure comme celle que nous avons détaillée? que s'il a élé un magicien, un sorcier, un imposteur, un fourbe ou un charlatan, comment a-l-il pu faire recevoir et pratiquer chez toutes les nations une doctrine telle que celle que nous voyons et entendons?

Un peu après, il décrit l'admirable propagation de l'Evangile par toute la terre; ensuite il ajoute : Ce sont là les .succès de ce nouveau magicien ; ce soni là les euclianteuienls de celui (pie vous croyez être un séiliicieur : (els sont les diicipîcs de Jésus, par les-

HISTOIRE DE L'ÉTABLISSEMENT DU CIIRISTIÂNISME

quels vous pouvez connaître le ni;iîire. M;iis examinons encore, par (i'nulres raisons, quel a éié Jé-us : vous dites iiu'il a élé un magicien, vous l'appelez un sorcier el un fourbe Irès-adroil...., vous dites qu'il a eu des imposteurs pour maîtres; qu'il a été instruit des sciences les plus secrcies des Egyptiens , par le moyen desquelles il est devenu tel qu'on le publie.

Julien dit que Jésus n'a rien luit de mémorable, à moins qu'on ne veuille regardi-r comme quci(|ue chose de grand d'avoir guéri des boiteux et des aveugles, el d'avoir conjuré dos dénions dans li;s villages de Betbsaïde et de Béihanic {dans sainl CyiiUe, l. VI, contre Julien).

Un peu plus bas, le même prince parle ainsi : Quels biens Jésus a-l-il procurés à ses parents? car il dit qu'ils n'ont pas voulu liii obéir. Eh quoi ! comment ce peuple indocile al-il donc obéi cà Moïs(! ? et Jésus, qui coinuiandail aux démons el qui les cliassait ; qui marchait sur la mer; qui, comme vous le voulez, a fait le ciel et la terre, n'a pas pu changer les senlimenls de ses amis el de ses pro(hi>s, pour leur procurer le sidut (dans saint Cyr\ll.\ L VI)?

Jidieii parle suivant sa persuasion lorsqu'il dil que Jésus a chassé les dénions el marché sur la mer; il ne lait sentir qu'il parle snivanl le senlinuMit des chrétiens ,'|ue mrsqu'il dil ([ue Jésus a fait le ciel et la terre : car c'est uniquement devant ces mots qu'il met ces paroles , comme vous le voulez. La raison de Cela est que Julien no pouvait se refuser à la créance des prodiges de Jésus, parce qu'ils éiaienl de notoriété publii|ue ; il n'en él ùt pas de même pour la création, <|ui n'était connueciue par la révélation.

Au livre VII, Julien parle ainsi : Lorsque nous comnieiicerons l'examen en parlicnlier des œuvres prodigieuses et des aitilices qui sont coiileiuis dans

les Evangiles. Ot^'v ÎSt''- •rrcfi tî.j TÔiv t\>'''yye) ioiV TEp^.Toup-

Julien reconnaii en termes exprès que Jésus avait guéri des boiteux el des aveugles, et chas>é les démons dans les bourgs de Beihsaïde et de Bélhanie ; il recoimaîi que Jésus commandait aux esprits malins, qu'il chassait les démons, qu'il marchait sur la mer. Il dit que saint Paul surpasse tous les magiciens et les imposteurs (pil ont jamais éié. 11 dit qu'il est vraisemblable que les apôires ont exercé la magie avec plus d'habileié que leurs disciples, à qui ils ont laissé ces secnïls pernicieux. El dans le passage que nous veno.ns de rapporter, il dit qu'il examinera en particulier les œuvres prodigieuses et les artifices qui sonl contenus dans les Evangiles. H imite en cela Cel.se, qui, après avoir attribué en plusieurs endroits les'prodiges de Jésus à la magie, dit, dans un endroit, qu'il faut juger de ces prodiges de même que des tours des cliarlalansou des opérations des magiciens. Mais dire que ces prodiges sont des opérations de la magie, ou des aitilices, ou des tours de charlatans, ce n'est pas croire qu'ils sont faux, puisqu'en ce cas la distinction de Julien serait ridicule ; c'est reconnaître (pi'ils ont éé faits; et nous ne demandons pour le présent à nos ennemis que l'aveu de leur réalité, à quebpie principe qu'on les allribue.

Je ne peux m'empceher de remarquer ici , que doin Ceillier, dans l'extrait qu'il donne des ouvrages de saint Cyrille d'Alexandrie, t. Xlil , p. 3 et 245 , traduit ainsi le passage (jue nous venons de rapporter : < Julien dit qu'il traitcia dans la suite des prodiges attribués à Jésus-Christ, et qu'il en montrera la fausseté; qu'il prouvera aussi que les Evangiles ne sont point véritables. » On peut voir, par le texte même, que Julien ne dit rien de cela. Aussi, sur ce qu'on se plaignit à dom Ceillier que, par sa traduclion, ii faisait entendre (jue Julien avait nié la réalité des prodiges du Sauveur, ce savant la corrigea dans une lettre que nous avons entre les mains, ei traduisit ainsi le passage dont nous parlons : Aique hœc paulo posl, cum privaiim de Evangelioruni prodigiis ac dolis qua'rere cœpcrimus.

Julien ne se sert que deux fois dn terme a»;vup(*f dans le premier livre de son ouvrage contre les cliréliens, qui est le seul qui nous reste. Il le commence par ces paroles : J'estime que je ferai bien d'exposer à tous les hommes les raisons qui m'ont convaincu que la doctrine, a-x-vapU, des Galiléens, est une invention hiinniine malicieusement controuvée, qui n'a rien de divin.

Siirement ax'vojp'a. ne peut signifier ici que doctrine, créance; aussi Canisius l'a t-il traduit en latin \>nv enuiiiio , doctrine; et Ausberi par sectn, secte, voulant désigner par ce mot, non ceux qui suivent les mômes sentinionts, mais les sentiments dont ils f(nU iirofession ; car sa version ne peut être juste qu'en ce dernier sens.

Julien emploie une seconde fois le terme ax-^vap'x dans ce passage que nous avons déjà rapporté , et qui occasionne cette discussion : Lorsque nous commencerons l'examen en particulier des œuvres prodigieuses et des doctrines, (rxîuojpt^'c qui sont contenues dans les Evangiles.

Je crois qu'il faut ici traduire axzvotp'as par doctrines, pi,is([ue ce terme étant certainement pris en ce sens dans le premier passage, il n'est pas croyable que dans un ouvrage dogmatique, et aussi petit que celui-ci , Julien l'ait employé dans une autre signification ; d'ailleurs , le dess^-in de ce prince exige ce sens. Dans l'écrii qu'il composa contre nous, il s'était proposé de censurer la religion judaïque, el la chrétienne, qui en tire son origine. Dans son premier livre, il combat la doctrine , les lois et les prodiges r.apporiés par-Moïse , el ce n'est qu'en passant qu'il dit quelque chose contre Jésus et ses disciples; il a donc dû se proposer, dans le second et le troisième , d'attaquer la doctrine , les lois et les prodiges de l'Evangile. Ainsi, puisqu'il découvre son dessein dans le passage que nous examinons, il fini nécessairement que, par le terme ax'vo>pi^ç, il entende les doctrines, comme par le molT^p''ro\jpyi'^t'û indique les prodiges de l'Evangile.

Aussi Canisius, toujours d'accord avec lui-même , a traduit sx^vcôpia. dans ce second passage, par doctrina, synonyme û'erudilio, qu'il avait employé dans le premier passage; mais Ausbert, oubliant (|u'il avait d'abord rendu ax-tuapta. par secla , le traduit ici par dolus , artifice. 11 est vrai que , dans les auteurs des beaux siècles de la Grèce, ce terme signifie embûches, entreprise insidieuse, ruse, .irtifice; mais Ausbert ne devait pas ignorer que les écrivains grecs du quatrième siècle et des suivants, ont pris plusieurs mots dans des acceptions bien dilférentes de celles que leur avaient données les anciens. 11 avait vu que axEyoïpic--, dans le premier passage, ne pouvait recevoir aucune des significations dans lesquelles ce terme était employé. Il avait reconnu, par le sens et la suite du discours , que Julien lui en donnait une autre. Pouniuoi donc ne se souvient-il plus ici de la signilicaiion que ce prince attache à ce mot?

Quoique, par ces raisons, nous soyons bieo convaincus que la version d'Ausberl n'est pas exacte eu cet endroit, nous l'avons toutefois suivie, comme la plus reçue, par la crainte que , si nous t'abandonnions , nos adversaires ne crussent qu'elle était dés-» avantageuse à la cause que nous défendons.

La candeur dont nous faisons profession eu écrivant cet ouvrage , ne nous permet pas de dissimuler une objection qui ne se présente pas d'abord dans un passage de Julien, mais qu'on en peut tirer par le raisonnement. Ce prince commence le premier des livres qu'il a composés contre le christianisme , par ces paroles : J'estime que je ferai bien d'exposer à tous les hommes les raisons qui m'ont convaincu que la doctrine des Galiléens était une invention humaine malicieusement controu\ée, qui n'a rien de divin, mais qui, abusant de la partie de l'àme qui aime les fables, qui donne dans les puérilités et qui est sans raison , a engagé les hommes, par des récils

pleins de prodiges, à croire qu'elle enseigne la vérité. {Dans saint Cyrille, l. II).

Julien insinue (]ue ces récils pleins de prodiges, que les chrétiens ont faits pour autoriser leur doctrine , ne contiennent que des fieiions, puisiin'il dit qu'on s'en est servi pour saiisfaire le penchant que les hommes ont pour les fables.

Je demande d'abord pourquoi, si .lulien était persuadé que les miracles attribués à Jésus et aux apôires étaient faux, il ne s'est pas expliqué nettement sur ce sujet? Pourquoi se conlenle-l-il de l'insitnier assez obscurément? Pourquoi s'enveloppel-il? Pourquoi se (ait il deviner? Les cbréiiens des trois premiers siècles, convaincus ipie les merveilles attribuées à Jupiter, à Bacchus, à Mercure, cic., n'étaient que des fictions des poètes , le dis;\icnt liautemenl , clairement et sans détour : ce n'étaient cependant que de simples particuliers , que l'on punissait des morts les plus cruelles , dés qu'ils attaquaient la religion dominante; et Julien, maître du monde, qui croit , comme on le veut supiioser, que les prodiges de Jésus et de ses disciples ne sont que des mensonges, n'ose pas le déclarer |)ubliquemeiit, clairement et sans détour! Il dit plusieurs fois que ces merveilles sont des opérations magiques ; pourquoi ne traiiclie-t il pas la dilliculté loiit d'un coup, en les niant? Que craint-il ? Il ne peut ap|)réheiider autre chose , que de se voir accablé par l'évidence de la vérité , que de se perdre de réputation aux yeux de l'univers, en rejetant dos faits que la notoriété puliliqiic avait rendus incontestables ; ainsi, sa crainte est une nouvelle preuve de la réaliiédeces prodiges.

Dom Luc d'Achery, au premier volume de son Spicilége, a publié les consultations de Zacbée, chiélien, et d'Apollonius , philosophe païen , écrites p;ir un nommé Evagre, qui vivait vers i"an 400 de Jésus- Christ. Apollonius, au chapitre 13 du premier livre , parle ainsi : Je me souviens que les ciirétiens ont allégué depuis longtemps que Jésus^a guéri différentes espèces de maladies, et ressuscité des morts; mais je ne vois pas qu'il mérite d'être singulièrement admiré pour cela, puisque ceux des magiciens qui sont les plus habiles, ressuscitent les morts, et que les médecins guérissent toutes sortes d'inlirmités (Voij. lecinquièmevol. des Anecd. de dom Martenne, p.'iei 3).

Volusien écrit à saint Augustin, que les démons chassés, les malades guéris, et les morts ressuscites, sont peu de chose pour un Dieu, puisque d'autres en ont fait autant. Le comte Marcellin, priant saint Augustin de répondre aux difliculiés de Volusien et des autres païens, s'exprime ainsi : Ils nous citent toujours leur Apollonius et leur Apulée, et autres semblables magiciens , à qui ils soutiennent qu'on a vu faire de [dus grands miracles qu'à Jésus-Christ {Lell. dSS el 13G, parmi celles de saint Augiislin).

Quelques païens attribuaient à Jésus-Christ des livres de magie. Jtavcroisti desipiunl, ulillis libris, quos eum scripsisse exislimaiit, dicant conlinerieusarles , quibuscumputanlilla fecisse miraciila, quorum fama ubique percrebuit(S.Aug.,l. I, del'Accord des évan(jél.,c.M).

Dans l'appendice du huitième tome de la nouvelle édition de saint Augustin, on voit un discours sur le symbole, qui paraît avoir éié composé dans le temps que les Vandales ariens dominaient en Afrique, et y persécutaient les catholiques. L'auteur dit que les païens attribuaient les miracles de Jésus-Christ à la magie, et que, selon eux, c'était par la puissance de cet art qu'il était adoré après sa mort.

Voyez encore les preuves 15, !20 et 46. j (15) Voyez le témoignage de Tacite, p. 391.

Celse dit que Jésus lut puni de ses crimes chez les Juifs. Le Juil sons le nom duijuel Celse parle quelquefois, dit que les Juifs ont couvert Jésus d'ignominie, qu'ils l'ont condamné au dernier supplice , que les chrétiens donnent pour fils de Dieu un homme très méprisable , qui a été (lageUé et crucifié {Origen., l. II, «. 3, 8, 9 cl 31).

DÉMONSTRATION KVANGÉLIQUE. BULLET.

CelseditqueJésusaétéclouéàlacroix(/>.VI, n.34).

Céciliiis dit que les chrétiens adorent des scélérats et un homme puni, pour son crime, du dernier supplice ; (lu'ils adorent les croix qu'ils méritent. Qui homincm summo supplicia pro fncinore punitiim, et crucis ligna [eralia eorum ceremonias fubulaliir , congrucnlia perditis sceleralisqne tribuit allaria, ut id calant quod merenlur (Dans Minutius Félix, p. 22 et 25).

Les païens reprochent aux chrétiens d'adorer un homme mort sur une croix , ce qui est un supplice infâme, même pour les personnes de basse condition. Coliiis Iwminem naium et (quod personis infâme et vilibus) crucis suppUcio interemplum, el Denm fuisse contcndiiis, et superesse adliuc creditis, et quoiidianis supplicaiionibus adoratis (Dans Arnobe,l. I, n. 23).

Julien dit que les chrétiens adorent le Fils de Dieu, qu'ils adorent le hois de la croix, qu'ils quittent les dieux éternels pour adorer un Juif mort (Dans S. Ctjrille, L \ el VI).

Voyez les extraits des Seplier toldos Jeschn, dans la preuve précédente.

(14) Le Juif sous le nom duquel Celse parle, dit que les chrétiens assuraient que Jésus-Christ était ressuscité après sa inorl (Dans Origcne, L II, n. 59).

Les Juifs envoyèrent des personnes par toute la terre , et publièrent de tous côtés qu'il s'était élevé dans la Judée une nouvelle secte, qui portait le nom de chrétiens, qui soutenait l'athéisme et détruisait toutes les lois; (jue son auteur était un certain imposteur de Galilée, nommé Jésus , lequel ils avaient fait mourir en croix ; mais que ses disciples, étant venus pendant la nnii, avaient enlevé son corps du tombeau où on l'avait mis; que, par ce moyen , ils trompaient les hommes, en leur faisant accroire qu'il était ressuscité et monté aux cieux , et que la doctrine qu'ils se vantaient d'avoir apprise de lui, était une doctrine impie, détestable, sacrilège (S. Justin, dialogue avec Tryplwn, n. 108).

Voyez , dans la douzième preuve , les extraits des Seplier toldos Jeschii.

Selon la tradition des anciens Juifs, le Messie devait ressusciter le troisième jour après sa mort. #

Dans le livre Mecliilta, le rabbi Moïse Hadarsan , après avoir rapporté ces paroles du psaume XXX : Sa colère ne dure qu'un moment, la vie est dans sa faveur, s'explique ainsi : Cela a été dit du juste, notre Messie, parce que sa mort ne sera que d'un moment, et que sa vie , soit pour la donner aux autres, soit pour la recevoir en lui-même, sera dans sa volonté. Ces paroles du psaume sont suivies de celles-ci : Le soir on est dans les pleurs , et le matin on est dans les

chants d'allégresse Lorsque le Messie mourra,

tous ses disciples seront affligés de sa mort ; et lorsqu'il retournera à la vie, ou lorsqu'il ressuscitera, ils se réjouiront et chanteront (Galaiin, de Arcanis catholicœ verilutis, lib. VIll, cap. 22).

Jérôme de Sainte-Foi rapporte un autre passage du même auteur, pris de son commentaire sur la Genèse, expliquant ces paroles du chap. 22 : Le troisième jour, Abraham ayant levé les yeux, vit de loin le lieu que Dieu lui avait désigné pour immoler son fils Isaac; il dit : Il y a dans l'Ecriture sainte plusieurs triniiés de jours, dont une est la résurrection du Messie (Lib. I, cap. 8).

(15) Les Juifs disent que Christ a exercé la nécromancie, et qu'il a été ressuscité par la force [de cet art, après avoir éié mis en croix {Actes de saint Pionius, c. 3, dans Bollandus, i" février).

(16) Voyez, dans la preuve 12, coque nous avons rapporté des Seplier toldos Jeschu.

Observations sur ce qu'on lit dans Josèphe, touchant Jésus-Christ. — Nous plaçons ici le témoignage ou le silence de Josèphe, au choix de nos adversaires Voici ce témoignage traduit fidèlement : En même temps parut Jésus, homme sage, si tontefois on doit l'appeler homme; car il fit une infinité de prodiges, et il enseigna la vérité à tous ceux q[U'

voulurenl ronlondre. Il eut plusieurs disciples qui embrassèrent sa doctrine , tant des gentils que des Juifs. Il éiait le Christ; et Pilule, poussé par renvio des premiers de notre nation , l'ayant lait crucifier, cela n'empêcha pas que ceux qui avaient été attachés à lui dès le commencement, ne continuassent à l'aimer ; il leur apparut vivant trois jours après sa mort, les prophètes ayant prétlitet sa résurrection, et plusieurs autres choses qui le regardaient; et encore aujourd'hui la secte des chrétiens sul)sis(e et porte »Oii nom (Anliquités judiiiques, liv. XVIII, c. 4).

On trouve dans ce passage la prédication, les miracles, les disciples, la mort, la résurrection de Jésus-Clirist. On y assure même que ce dernier événement avait été prédit par les prophètes , de même que plusieurs autres choses (|ui le regardaient. Comme nos adversaires traiteront sûrement de supposé un passage dans lequel un prêtre juif et pharisien reconnaît tous les faits qui servent de fondement a notre religion, on n'en fera aucun usage, pour ne pas s'écarter du dessein que l'on s'est proposé , de ne rien employer dans cet ouvrage qui soit coniesié. On accordera donc aux incrédules, que Josèphe n'a point parlé de Jésus-Christ. Examinons les inductions que l'on peut tirer de son silence.

1° Cet historien, qui naquit trois ou quatre ans après la mort de Jésns-Chrisl, n'a pu ignorer qu'il avait paru dans la Judée un homme charlatan, imposteur, magicien ou prophète, nommé Jésus, qui avait fait des prodiges, ou qui avait trouvé le secret de le faire croire à un certain nombre de personnes. Il ne pouvait ignorer (|ue, de son temps, il y avait encore , dans cette province , des gens qui faisaient profession de le reconnaître pour maître. Lorsqu'il lut transporté à Rome , il ne put ignorer que Néron avait fiiii punir, par des supplices inusités et extraordinaires, un grand nombre de chrétiens qui étaient dans cette ville; il ne put ignorer que leur martyre avait été un spectacle pour le peuple romain : spectacle d'un si grand éclat , que Tacite et Suétone l'avaient consigné dans les annales de l'empire. Il vit que, sous Domitien , on faisait à Rome et dans les provinces, le procès aux chrétiens, et qu'ils étaient punis de mort par les ordres de l'empereur.

2° Josèphe a t-il dû parler de Jésus et de ses disciples dans son histoire? n'a-t-il pas pu regarder cet événement comme n'étant pas assez considérable pour y tenir place? Je réponds que non, et voici les raisons sur lesquelles je m'appuie:

\° Du temps de Josèphe, les chrétiens étaient déjà une société si considérable, qu'elle attirait l'attention des empereurs. Ces maîtres du monde portaient des lois contre eux , décernaient contre eux le dernier supplice, et les faisaient rechercher par les magistrats. Ainsi l'intégrité de l'histoire exigeait que l'on en parlât : Tacite et Suétone en ont jugé ainsi , eux pour qui la secte des chrétiens était un objet bien moins intéressant que pour un Juif tel que Josèphe. Ces deux historiens ont cru que la naissance et l'établissement du christianisme était d'une assez grande importance |)our tenir rang parmi les grands événements qu'ils transmettaient à la postérité.

2° Josèphe, au livre XVIII de ses Antiquités, chap. 2, parle des trois sectes qui étaient chez les Juifs : des esséniens, des saducéens et des pharisiens, quoique ces deux dernières ne subsistassent plus après la ruine de la nation , et dans le temps qu'il écrivait son histoire. Il ne devait donc pas se taire sur la secte des chrétiens, qui , s'élant formée parmi les Juifs , subsistait encore de son temps, avait pris bien d'autres accroissements que celles dont il parle, puisqu'elle s'était répandue dans les diverses provinces de l'empire et même dans la capitale, tandis que les auires n'étaient pas sorties de la Judée ou de quelques lieux toisins.

5' Josèphe parle exactement de tous tes imposteurs ou chefs de partis qui se sont élevés parmi les

Juifs , depuis l'empire d'Auguste jusqu'à la ruine de Jérusalem.

11 écrit que Judas le Gaulanite.ou le Galiléen, excitait les Juifs à se soulever contre les Romains; et, dans un autre endroit, il dit que le président Tibère Alexandre fit crncilier les deux fils de ce séditieux {Antiquités judaïques, l. XVIll, cl;/. XX, c. 3).

Il raconte qu'un imposteur assembla les Samaritains sur le mont Garisim , en leur promettant qu'il leur découvrirait les vaisseaux sacrés que Moïse avait enfouis en ce lieu.

Il parle de la prédication de saint Jean-Baptist , du concours de peuple qui se faisait auprès de lui. Il rend témoignage à la sainteté de sa vie ; il ajoute que les Juifs crurent que l'armée d'Ilérode avait été défaite par Arétas, roi des Arabes, en punition du crime que ce prince avait commis en faisant mourir ce saint homme {Liv. XVIII, c. 7).

Il rapporte qu'un imposteur, nommé Theudas, séduisit un grand nombre de Juifs, et les conduisit vers le Jourdain , en leur promettant qu'il diviserait ce fleuve, et le leur ferait passer à pied sec. Cuspius Fadus , président de la Judée , en ayant été averti , envoya des gens de guerre qui dissipèrent cette multitude, qui tuèrent Tlicndas, dont ils rapportèrent la lêie au président {Liv. XX, c. 2).

Il écrit que Félix, président de la province, ayant pris par ruse Eléazar, (ils de Dinée, chef d'une troupe consiiiérable de brigands, il l'envoya chargé de chaînes à Rome {Liv. XX, c. 6).

Il raconte {Ibid.) qu'un Egyptien, étant venu à Jérusalem, se donna pour prophète, et persuada au peuple de le suivre sur la montagne des Oliviers , d'où il verrait tomber par ses ordres les murailles de Jérusalem ; ce qui étant venu <à la connaissance de Félix, il se mit à la tète des troupes qui étaient dans celte ville, et ayant chargé cette populace séduite, il en tua quatre cents, et prit deux cents prisonniers. L'Egyptien s'élant sauvé, ne |)arut plus.

Il rapporte qu'un imposteur magicien attira le peuple dans ledéseit, en lui promettant que, sous sa conduite, il serait à couvert de toutes sortes de maux. Le président Festus envoya contre eux des troupes, qui les délirent et lesdissipérent {L. XX, c. 7),

Jésus était le chef d'un parti bien plus considérable, et qui faisait bien plus de bruit que tous ceux dont cet autei>r a parlé. Ces imposteurs, ces chefs de partis , ces hommes qui avaient fait des assemblées, n'avaient eu des sectateurs que dans la Judée; leur parti , leurs assemblées avaient été bientôt dissipées, et il n'eu restait plus que le souvenir, lorsque Josèphe écrivait son histoire. Il n'en était pas ainsi de la secte, de l'assemblée, du parti qu'avait formé Jésus; il subsistait encore du temps de Josèphe, il était répandu dans toutes les provinces de l'empire et jusque dans la capitale. Les maîtres du monde employaient toute leur autorité pour l'anéantir; ainsi ce parti ou celte secte méritait bien plus que toutes celles dont parle Josèphe, de tenir un rang dans son histoire.

Josèphe n'ayant pu ignorer Jésus, ni la secte dont il était chef; ayant dû, conformément aux lois de l'histoire el à la méthode qu'il s'était prescrite, écrire ce qu'il en savait, pourquoi a-l il gardé sur cela un si profond silence ? Essayons de le découvrir. Pour y parvenir, je forme ce raisonnement :

Ou cet historien a cru que tout ce que les disciples de Jésus disaient de leur maître était faux, ou il a cru qu'il était vrai. Dans le premier cas, il ne se serait pas tu ; tout le portait à parler en celle occasion : l'intérêt de la vérité, le zèle pour sa religion, dont les chrétiens, par leurs impostures, sapaient les fondements ; l'amour de sa nation, que les disciples de Jésus accusaient d'avoir fait mourir, par une inaligne et cruelle jalousie, le Messie, le fils de Dieu. En dévoilant les impostures des apôtres, Josèphe couvrait de confusion les ennemis de son peuple ; il

se rendait agréalile à sa nation , il se concilinii la faveur drs empereurs qui persécutnienl le christianisme naissant ; il s'aliirail les applaudissements de tous les lionunes qui av.iicnt relie religion en liorreur ; il détrompait les chrétiens nicmos que les premier? disciples de Jésus avaient séduits. Croirat on jamais qn'mi homme inslruil d'une fourberie qu'il est ii intéressé de faire cor, naître, gnrde sur cela le plus profond silence, surtout loisque l'occasion se présente si naiiirellemonl d'en parler? Si l'on répandait parmi le peuple de faux miracles (pii tendissent à éhranler sa foi , avec quel zèle nos écrivains ne découvriraient-ils pas l'imposture pour piévenir la séduction ? ne regarderaienl-ils pas , et avec raison , le silence , eu cette occasion, comme une prévarication criminelle? Il paraît donc évident que si Josèplie avait cru que ce que les apôlres di aient de leur n)aître éiail laux, il aurait eu soin de le faire connaître. S'il ne l'a |>as cru faux, il l'a cru vrai ; et la seule crainte de déplaire à sa naliou, aux Komains, aux empereurs, lui a lerriié la bouche ; aucpicl cas son silence vaut sou Icmoignago, et sert également pour autoriser la vérité des faits sur lesquels le chrisiianisme est éiabli.

J'écrivais ces observations en ilM. Je les communiquai alors à quelques itersonncs qui eu parurent satisfaites. J'ai vu depuis avec plaisir le nouveau traducteur de Ji'Scplie penser connue moi, que le silence de cet auteur sur Jcsus-Clirist vaudrait son témoignage.

(17) Voyez le témoignage de Tacite, pag. 391. ' Ananus, pour lors grand-prêlre, assembla un conseil , devant lequel il ciia Jacqiu-s , frère de Jésus, qu'on appelle Cbrist, et (pielqucs auires, et les lit comiamner à êlre lapidés comme coupables d'avoir violé et transgressé la loi {Josèplie, Anlkiuités judaïques, liv. XX, c. 8).

Ceise dit qu'une partie des Juifs embrassa la doctrine de Jésiis-Clirist (Da)is Oriijène, liv. ill, n. 7).

(18, 19) Voyez le lémoignag'e de Tacite, p. 391.

Le rabl)in Moise l'Egyptien , dans le prologue de son grand traiié, dit que la raison qui poria Judiis le saint à écrire la Mime sous l'empire d'Aiilonin le Pieux, fut le progiès prodigieux du christianisme qu'il appelle le mauvais rèj,'ue. Causa proplir quam waqister nosier smiclus hue fecil, luit , quia vidil qnod alndetiles dnninncbanlur , cl labores et adversiuiles crescebdHl, el rcgmim neqnam ascendebal el doniiiiabalur mundo , et hrad migrnbat per exlreniiloies ; et ■proplerea ne conJHuderenlur , errures et ceremvuias Pharisœorum viœdecessorum suorum in scripiis ponere staluit {tJaus Jérôme de Sainle-Foi, liv. 1, c. 5).

Sénè'juc le philosophe, dans le traité ([u'il avait écrit contre les superstitions, dit en parlant des Juifs: Les c<Hituines de celte nation impie ont pris un si grand accroissement , qu'elles sont déjà reçues par tout le monde, el les vaiticus donnent la loi aux vainqueurs (Dans Saint Augustin, de la Cité de Dieu, liv. VI, ch.ll).

Dion Cassius dit que la naliou des Juifs, quoiqu'elle ait souvent été affaiblie par les Romains, s'est cependaiii si fort accrue, qu'elle triomphe des lois {Liv. XXXVII).

La rel gion Juive n'avait pas pris, du temps de Néron, un si grand accroissement, qu'on ail pu dire qu'elle élait déjà reçue par tout le monde ; on n'a jamais pu dire que b naliou juive triompha des lois des Roiuains, puiscpie les Romains lui ont toujours permis le libre exercice de la religion et de ses usages. Tout cela n'a pu i,e dire avec vérité que des chréiieus, qiu; Séncque el Dion ont confondus avec les Juifs, ainsi (pie plusieiws autres païens.

Julien dit que, dès les premiers temps, il y avait

un grand nombre de chrétiens (OrtHS S. Cyrille, l. X).

(iO) Dans le Talmud de Jérusalem, au livre Avoda

Zara , on lit : On dit au rabbi Johanan que le (ils du

rabbi Jeliosua , (ils de Lévi, avait mangé quelque

chose de venimeux , qu'on avait invoqué sur lui le nom de Jésus, fds de Paniher, et qu'il avait été guéri. Après celte guérison , le père de celui qui avait ainsi recouvré la santé, dit à celui qui l'avait guéri : Qu'est-ce que vous avez proimucé sur mon fils? Il lui répondit : J'ai invoqué le nom de Jésus de Nazareth. Le père de celui qui avait été guéri , lui dit : Il aurait été plus avantageux à mon (ils de nioucir, que d'être guéri de celle sorte. Celui qui avait été guéri mourut après ([ue son |ièr<i eut prononcé ces paroles. Le rabbi Josés dit qu'un serpent mordit Eléazar, (ils de Uuma. Jacob, un des disciples (le Jésus , fils de Paniher , vinl auprès de lui pour 1(^ guérir, et il lui dit : J'invoquerai sur vous le nom de Jésus de Nazareth, et v(iiis serez guéri. Le rabbi Seniuel dit au malade : Fils de Diima, cela n'est pas permis. Le (ils de Duma lui répondit : Je vous prouverai qu'il m'est permis de me biire guérir ainsi. Le rabbi Scinuel ne lui permit pas d'entrer en preuve, et le malade mourut.

Ou lit aussi ce dernier événement dans le commentaire sur l'Ecclésiaste, au cb. 1, pag. 28 et 29. Voici comme il est rapporte : Il arriva qu'un serpent mordit le rabbi Eléazar, (ils de Duma. Jacob vint de Zakuii.ih pour le guérir au nom de Jésus, (ils de Panther. Le rabbi Semiiel ne voulut pas le permelire, et il dit au fils du Duma que cela ne lui élait pas permis. Le (ils de Duma lui dit : Permettez cpie.cet honuiie me guéiisse , et je vous alléguerai une autorité pour vous prouver (pie cela m'est permis. Le (ils de luima ne put point alléguer celte autorité, et il mourut.

Dans le Talmud de Jérusalem, au traité Sciabath, cbap. 14, ou lit eiicoie le même événement en ces tenues ; Le rabbi l'Jigazer , fils de Duma, ayant été mordu d'une couleuvre, Jacoi) vinl du cliàieau de Samma pour le guérir au lumi diï Jésus l'artisan ; mais il en fui empêché par le rabbi Isinaèl. Eligazer s'éleva contre Ismaël , assurant qu'il pcuirrail être guéri de cette sorte; pendant la dispute, Eligazer mourut en présence d'Isinaël, qui s'écria : Fils de Duma, tu es iieuieux d'être sorti de ce monde en paix sans avoir transgressé la loi des sages.

On lit la même histoire dans le Talmud de Bahylnne, au traité de l'idolâtrie, c. 2,a\ec cette seule différence, que le château d'où vient Jacob est appelé Savaiiia au lieu de Samrna. 11 est parlé de ce Jacob eu plusieurs endroits du Talmud de Dal.ylone, et toutes les lois qu'où le nomme on le (pialifie de disciple de Jésus l'artisan ; ce qui ne perniet pas de douter que ce Jacob ne soit l'apôlre saint Jaccpies, dont le nom bélu-eu est Jacob {Annales de B^ironius, I. I, année 65, § 8). ^

Suéionue, qui a vécu du temps des apôtres, décrit la persécuiiiu» de Néron contre les chrétiens, eu ces termes : 11 punit de divers supplices les chrétiens, espèce d'hommes d'une superstition nouvelle et adonnée à la magie {Vie de ISéron).

Le Juif que Celse introduit pour combattre les chrétiens, désigne les apôtres el les disciples de Jésus par le nom de magiciens ( Dans Origénc , contre Celse, l. Il, n. 53).

Dans le dialogue de Lucien, intitulé Pbilopalris.^lrs clirélions sont appelés magiciens ( Voy. la preuve 7 j).

Julien dit que saint Paul surpasse tous les magiciciiS et les imposteurs ((ui ont jamais été ( Dans saint Ctirille, I. III).

Parlant ailleurs des apôlres en général, il dit qu'il est vraisemblable qu'ils oui exercé la magie avec plus d'Iiabileié que leurs di-ciples, à qui ils ont laissé ces secrets pernicieux {Dans suint Cyrille, l. X).

Les païens distiienl que Jésus-Ciirist avait composé des livres de magie, qu'il avait adressés à Pierre et à Caul.

lia vcro isti desipiunl,ut illis libris, quos eum scripsisse existinianl, dicanl conliveri easarles, quibuseumpntatit nia fecisse miracula, quorum fama ubique percrebuit: (juod exislimando se ipsos produnt quid diligant, et quid

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HISTOIRE DE L'ETABLISSEMENT DL CHRISTIANISME

affeclenl. Quandoquidem Cliristum propterea sapienlissiinum putanl fuisse, quia vescio (/uœ itlicila uoveral, tjitœ lion solum disciplina christiann, seU etiam ipsa U'irena reipublicœ adminisiratio jure condenmal ; et cerle qui taies Clirisli libres se legissc affirmant , car ipsi nulla tuiia faciunl, qnalia illum de lihris lalibus (t'cisse miranlur? Qnid qnod etiam diviuo judicio sic errant quidam eorum, qui talia Cliristum scripsisse vel credunl, vel credi volimt, ut eosdein librosad Petrum et Pauluin dicant, tunquam epistulari tilido prœnolatos (Dans saint Augustin, l. I, de l'Accord des Evangclistes, c. ii).

Les païens disiiienl que saint Pierre avait fait en sorte par ses enclianicincnls, que Jésus-Clirist serait adoré sur la terre pendant trois cent soixante-cinq ans; après quoi la religion clirélienne devait prendre fin. {Dans saint Augustin, de la Cité de Dieu, l. XVIH, c. 53).

( Voyez les preuves i2 et 46).

(21) l'hlégttn assure que les prédictions faites par sailli Pierre ont éié justifiées par révénenient ( Dans Origène, contre Cclse, L II, w. 14).

(22) Judœos impulsore Chreslo as^fidiio tumultuantes Roina expulit ( Suétone, vie de Claude, c^pi).

Suéione met Chrestus pour Clirisius. L'auteur du dialogue Pliilopalris met xpiaràc, creslum pour christianuin.

Les païens, par ignorance, prononçaient ainsi le nom du Sauveur, connue nous l'apprenons de Terlullien et de Lactanoe. S'il est vrai ( Apologétique, c. 3) que ce soit le nom des clnéiiens (]ue vous haïssez, en (|uoi un mun peut-il élre coupiible ? De quoi peut- on accuser un terme, si ce n'est d'être contre Il pureté du langage, ou de représenter quelque idée d'imprécations , d'injures ou d'impuretés ? tnais lorsipie , par ignorance , vous prononcez chresiianus ( car vous ne coimaissez même pas hien notre nom ), il signifie douceur et boulé. Vous Imïssezdonc «Il nom innocent dans des honmies innocents et sans crimes.

11 faut, dit Lactance, liv. IV des Institutions divines, cliap. 7, expliquer la signification de ce nom Christ, à cause de l'erreur de ceux qui, p:ir ignormce, ont coutume, en changeant une lettre, de l'appeler Chresi.

(23, 24, 2o) Ingens alieriiis mali pompa est, ferruni circa se et ignés liabet , et catenas et turbam ferarum, qunm in viscera iminittnl limnana. Cogita hoc loco carcerem, et cruces et eculeos et uncuin et udactum per médium lioininem, qui per os emergal, stipitein, et distincta in diversum actis cruribus meinbra, illain tunicam alimentis ignium et illitam et intextam , quicquid oliud prœter liœc commenta sœviliaest. (Sén., ép. 14),

Pone Tigellinum.iœdalucebis in llla,

Qua sianies ardent, qui flxo gulture fumant,

Et lalum média sulcuni deducit arena

{Juvénal, sut. 1.) Ausi quod liceat tunica puiiire molesta. (Idem, sal. 8.) L'ancien commentateur de Juvénal explique ainsi les vers de ce poète : Tigeltinum si lœseris, vivus ardebis, quemadmodi.in in niunere Neroiiis, de qnibus illejusserat cereos fieri, ut lacèrent speclaloribus, cum fixa esseiil gullura ne se curvarcnt. Neromalelicos tœda, vapyro, et cera superveslicbat , et sic ad ignein admoveri jubebat.

(26) AppoUonius naquit du temps des apôlres. On va donner un abrégé de ce qu'en a écrit Philos- Irate.

Apollonius naquit à Tyane , ville de Cappadoce , d'une famille ancienne et de parents riches. Le Dieu Proiée prédit à sa mère, lorsqu'elle le portait dans son sem, qu'elle mettrait au monde un enfant qui aurait comme lui la connaissance de l'avenir. On raconte ainsi sa naissance : sa mère ayant été avertie dans son sommeil d'aller cueillir des fleurs dans une prairie, elle s'endormii sur l'herbe. Des cygnes qui

paissaient dans cet endroit, l'environnèrent pend mt sou sommeil, formant autour d'elle un concert mélodieux. Eveillée par le ciianl de ces oiseaux, elle enfanta Apollonius. Les habitants du pays disaient qu'à ce moment même une lumière éclatante était descendue du ciel, et y était remontée subitement, ce qui lit qu'ils le crurent lils de Jupiter, il avait un s;rand esprit, une excellente mémoire, parlait très-bien grec, et était si beau qu'il attirait les yeux de tout le monde. A quatorze ans , son père l'envoya à Tharse en Cilicie, pour étudier la rétliorique ; mais il s'appliqua à la philosophie, et choisit la secte de Pythagorc, dont il commença à faire profession à l'âge de seize ans. Il renonça aux viandes animées, comme n'étant pas pures et épaississant l'esprit , et il ne se nourrit que d'herbes et de légumes. Il ne condamnait pas le vin ; et toutefois il s'en abstenait , comme ca|»able de troubler la sérénité de l'âme. Il marchait nu pieds , sans sandales, et ne s'habillait que de lin, pour ne rien porter qui vînt des animaux. Il biissait croître ses cheveux, et vivait dans le temple d'EsciiIape ; et C'3 dieu dit à un de ses prôires, qu'il voyait avec plaisir Apollonius être témoin des giiérisons qu'il ojérait. On venait de tous côtés voir ce jeune hoi'Mue. Il donna la moitié de son bien à son frère aîné, et distribua la plus grande p.irlie de l'autre moitié à ceux de ses parents qui en av^iieiit besoin ; en sorte qu'il eu garda peu pour lui. 11 renonça au mariage, et fil profession de vivre en continence. Pendant cinq ans, il gaida le silence; mais il ne se relira pas pour cela de la société des hommes. Il parcourut même la Pamphylie et la Cilicie. En cet état, il apaisait des séditions, en se montrant seulement au peuple ; il [larlait par signes, et au hesoiii il écrivait (juelques mois. Ce lut après cinq ans de silence qu'il vinl à Antioche, ei coiiimeiiç;i à parler dans les lieux où il jugeait les hommes les plus raisonnables , méprisant les autres. Son style n'était ni d'une élévation poétique, ni d'une politesse trop affectée. Il ne parlait point en doutant , comme avaient fait quelques p!iiloso;ilies , mais décidéuieni , en ces termes : Je sais, il me semble , il faut savoir. Ses sentenres, qu'il prononçait comme autant d'oracles , étaient courtes et solides , les mots propres et significatifs. Je ne cherche pas comme les autres philosophes, disait il ; j'ai cherché éiant jeune; il n'est plus temps de chercher, mais d'enseigner : le sage doit parler comme un législaieur qui ordonne aux autres ce dont il s'est persuadé lui-même. Il se disait inspiré et chéri des dieux, et porl;\it le peuple à la célébration de leurs cérémonies et de leur culte. Il disait qu'il savait toutes les langues sans les avoir apprises, et que les pensées des hommes ne lui étaient pas cachées.

A[irès avoir passé quelques temps à Antioche, il fit un voyage pour converser avec les brachmanes des Indes, et voir en pa-sani les mages de Perse. A Niïiive, un nommé Damis s'aitacha à lui, cl le suivjt partout, éirivant jusqu'aux moindres particularités de ses actions et de ses paroles. Au retour de son voyage des Indes, il viui à Antioche ; de là il passa en Chypre et en lonie, et s'arrêta à Epliése. Tout le monde le suivait; les artisans mêmes (piittaient leurs métiers. L'un admirait sa science, l'autre sa bonne mine, son habit, sa manière de vivre. Les oracles les plus célèbres chantaient ses louanges. Les villes lui envoyaient des députations pour lui offrir leur amitié, et lui demander conseil sur la règle de leur vie, sur les autels et les statues qu'ils voulaient dresser. 11 réglait tout, ou en leur écrivant, on en promettant de les aller voir. Il haranguait les Ephésiens en public, elles exhortait à quitter tout pour s'appliquer à la philosophie et aune vie sérieuse; carEphèse était une ville efféminée et passionnée pour la danseî ce n'était que flûtes, que tambours ; la paresse et la vanité y régnaient. Un jour, comme il leur |>arlait de la communicaiion des biens, et les exhortait à se nourrir les uns aux autres, il y avait des peilils oi-

DEMONSTRATION tVANGELlQUE. BULLET.

seaux perchés dans un bois qui était proche; il en vint un âuire qui vola vers eux en criant, comme s'il leur eût apporté une nouvelle : alors ils commencèrent tous ensemble à crier, et s'envolèrent avec lui. Apollonius s'arrêta et dit au peuple : (Jn garçon qui portail du blé a fait un faux pas et en a répandu une grande partie d;ms telle rue. Cet oiseau s'y est trouvé, Rt est venu avertir les autres de cette bonne fortune. Plusieurs des auditeurs coururent au lieu qu'il avait marqué, pour voir ce qu'il en était, et revinrent peu après, remplis d'éionnement, en criant que la chose était ainsi. Apollonius continuait cependant d'exliorlcr le peuple à se counnuniquer leurs biens par cet exemple des oiseaux. On crut ainsi qu'il entendait leur langage. Il passa aux autres villes d'ionie, dans lesquelles il travuilla à corriger les mœurs des peuples, et à y établir l'union. A Smyrne , trouvant les citoyens studieux et curieux des belles connaissances, il les encouragea et les exhorta à s'estimer plus euxmêmes que leur ville, qui passait pour la plus belle du monde. Les Eliens l'ayant invité aux jeux olympiques, il y alla; il y lit de grandes exborlatioiis sur toutes les vertus. On dit que d'un mot il lit reprendre aux Larédémoniens leur ancienne manière de vivre. Les Epbésiens rappelèrent Apollonius pour les délivrer d'une peste. Etant arrivé, il les assend)la et leur dit : prenez courage je ferai cesser aujourd'hui la maladie. Il les mena tous au théâtre, où il y avait un temple d'Herculelibérateur. Là , il aperçut un pauvre vieillard couvert de haillons, et portant une besace, qui demandait l'aumône.

Frappez, dit-il, cet ennemi des dieux, jetez-lui le plus de pierres que vous pourrez. Les Epbésiens avaient peine à s'y résoudre. |Ce misérable leur faisait pillé, et leur demandait grâce d'une manière fort touchante ; mais Apollonius ne cessa point de les presser, qu'ils ne l'eussent assommé et accablé de pierres ; en sorte qu'ils en élevèrent sur lui un Irèsgrand monceau. Après un peu d'intervalle, Apollonius leur dit d'ôler les pierres, et de voir quel animal ils avaient tué. Ayant découvert la place, ils ne trouvèrent ([u'un grand chien, et ne doutèrent point que le vieillard n'eût été un fantôme et un mauvais démon. Us élevènuil à la place même une statue d'Hercule. C'est ainsi qu'Apollonius délivra Ephèse de la peste.

Allant eu Grèce, il s'arrêta à Ilion, et dit qu'Achille lui était apparu, et lui avait révélé plusieurs serrets Ak l'Iliade; puis il vint à Athènes, où d'abord le hiétopbanle refusa de l'initier aux mystères d'Eleusinc, comme tni magicien et un homme qui n'éiait pas pur de counnerce avec les démons. Apollonius, sans montrer aucime limidiié, lui répondit : Vous avez omis le chef principal d'accusation que l'on peut former contre moi ; c'est qu'ayant plus de connaissance des mystères des dieux (|ue vous, je me suis adressé à vous jiour y être iniiié. Tous ceux qui étaient présents ayant applaudi à la réponse d'Apollonius, le hiérophante lui dit qu'il était prêt à l'milicr, parce qu'il lui paraissait être un sage Apollonius répartit : Dans quelque temps je me ferai initier; et, montrant du doigt un des assistants : Celui-là, dit-il, m'initiera, marquant ainsi que cet honmie devait dans la suite être créé hiéro|)liante , ce qui arriva quatre aimées apiès. Apollonius lit plusieurs discours aux Athéniens sur les cérémonies de leur religion, leur enseignant comme il fallait sacrifier, en chaque temple , à ('hacun des dieux, à quelle heure du jour ou de la nuit on devait offrir des sacrilices, des libations ou des prières. Il disait qu'il savait les raisons mystérieuses des statues et de leurs diverses postures. Sur les libations, il donnait ces préceptes : Qu'il ne fallait point boire dans la coupe dont on les faisait, mais la garder pure poin- les dieux ; qu'elle devait avoir des oreilles, cl que c'olait par là qu'il fallait verser la libation, parce que c'est par cet endroit

qu'on boit le moins. Un jeune folâtre , qui était présent à ce discours, s'éclata de rire; mais Apollonius dit qu'il était possédé du démon. Eu effet, il commença à eu donner des marques. Apollonius commanda au démon de sortir, et pour signe de sa sortie, de renverser une statue , ce qu'il fit ; et le jeune liomine devint si sage, qu'il prit même l'habit de philosophe et la manière de vivre d'Apollonius. Il reprit les Athéniens de leur manière de célébrer les bacchanales, en ce qu'au lieu de spectacles réglés, ce n'était par toute la ville que des danses efféminées, où les uns étaient habillés en heures, les antres en nymphes, les nuires en bacchantes , en représentant les poésies d'Orphée. Il les rappelait au courage et à la vertu de leurs ancêtres. Il condamna aussi les spectacles des gladiateurs, qui se donnaient à Athènes. Il visita tous les temples de la Grèce qui étaient fameux par des oracles, et tous les lieux où se faisaient les combats consacrés aux dieux. Etant à l'isthme de Corinthe, il dit : Celle langue de terre sera coupée, ou plutôt ne le sera pas; ce (]ui fui pris pour une prédiction de l'enlrepriâe de Néron, (|ui commença à la faire couper, et n'acheva point. Enlin, Apollonius vint à Rome, la douzième année de l'empire de Néron, après avoir parcouru toute la Grèce.

Comme il en était à six vingt stades, il rencontra un nommé Pliilolaùs, qui voulaii le dcioiiruerd'y entrer, disant (|u'il n'y avait pas de sûreté. En effet, Néron haïssait la philosophie, et croyait que c'était un prétexte pour couvrir l'art de deviner. 11 avait fait mettre aux fers Musonius, estimé le second après Apollonius pour la sagesse. La plupart des disciples d'Apollonius eurent iieiir, cl le quiilércnl sous divers prétextes. De trente-quatre, il ne lui en resta que huit, entre antres Ményope, Dioscoride, égyptien, et Damis. Pour lui, il n'en fui que plus excité d'aller à Rome; il fut appelé par Télésin, l'un des consuls de cette année soixante-six, qui l'interrogea sur sou habit ei sur la manière de prier les dieux : le trouvant savant dans la religion, il lui permit de visiter tous les temples, et donna ordre aux sacrificateurs de le recevoir; il lui permit même de loger dans les temples, suivant sa coutume. Apollonius passait de l'un à l'autre, disant qu'il était juste de rendre ses devoirs à tous les dieux : par ses discours, il attirail à les servir. Il parlait indifféremment à tout le monde, sans faire sa cour aux grands. Démélrins le Cynique, grand admirateur d'Apollonius, étant venu à Rome, parla si librement contre les abus des bains, que Tigellin , le plus puissant des favoris de Néron, le chassa, et fil soigneusement observer tous les discours et toutes les actions d'Apollonius. Il y eut une éclipse de soleil, et il tonna eu même temps. Apollonius dit, regardant le ciel : Quelque chose de grand arrivera et n'arrivera pas. Le troisième jour après, comme Néron mangeait, la foudre tomba sur la table, et fil tomber la coupe qu'il tenait déjà près de sa bouche. On crut qu'Apollonius avait voulu dire qu'il s'en faudrait peu que l'empereur ne fût frappé. Il lui échappa enfin quelque raillerie dont Tigellin prit occasion de le faire accuser d'avoir manqué de respect à l'empereur. Mais comme il ouvrit le libelle d'accusation, il trmiva un papier blanc sans aucune écriture. Ou dil que la même chose arriva à Domitien, lorsqu'on lui présenta im libelle d'accusation contre Apollonius. Cet événement ayant fait soupçonner à Tigellin quelque ariilice du démon , il interrogea Apollonius en secret, et il lui demanda comment il jugeait des démons et des apparitions des fantômes : Comme je juge des hommicides et des impies, répondit-il, reprochant tacitement ces crimes à celui (pii l'interrogeait. Il nia aussi d'être devin, ci dil qu'il faisait, par la sagesse qu'il avait reçue des dieux, tosit ce (|u'on lui voyait opérer d'extraordinaire et desurprenant, et parla du reste avec tant de fermeté, que Tigellin en fut cioiiné, et le laissa aller, craignant de se comnrcitre avec un homme qu'il

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regarda comme un dieu, ou comme un homme assiste d'un démon ou génie qui lui donnait le pouvoir de faire des choses qui surpassaient le pouvoir de la natiiic.

Ndus nous contentons, comme nous l'avons dit , dans le récit que nous faisons de la vie d'Apollonius, d'abréger Philoslrale; mais , sur le fait suivant, nous croyons devoir donner la traduction liuérale du lexie de cet auteur.

t Voici encore une action surprenante d'Apollonius : Une jeune fille paraissait être morte, rsflvivai iSixsi {Philoslrale, l. IV, c. 45), et ce malheur était arrivé le jour même qu'elle devait être mariée. Son futur époux, au désespoir que la mort eût mis ohslacle à son bonheur, suivait le corps que l'on port;iit en terre, et toute la \ille de Rome plaignait le sort de celte fille, qui était de la première condition. Apollonius se trouva à la cérémonie funèbre. Je vais sécher vos larmes, s'écria-t-il ; conuiient s'appelle celle qu'on porte au tombeau? Plusieurs s'imaginèrent qu'il allait l'aire un beau discours, pour consoler les assistants : mais il s'a|ipro(li;i de la fille, et ayant prononcé secrètement quelques paroles, elle se réveilla aussiiôt ; elle parla, et reiourna dans la maison de son père. C'est ainsi qu'Hercule rendit autrefois la vie à Alceste. Les parents ayant, par rccoimaissance, offert à Apollonius une sounne de quinze mille drachmes, il les prit, et en augmenta la dot de la fille. Je ne sais pas de (pielle manière ce fait est ar' rivé. Peut-être qu'Apollonius trouva encore d;\ns cette jeune fille un reste et une étincelle de vie dont on ne s'était point aperçu ; peut-être aussi qu'une pluie chaude, qui survint alors, mit en mouvement et rassembla les esprits qui n'étaient que dispersés. Quoi qu'il en soit, aucun de ceux qui furent les témoins de cet évéuemeui singulier, ne purent en rendre raison, et je ne peux pas aussi l'expliquer moimême. »

Néron , parlant pour la Grèce, fit publier que tous les philosophes sortissent de Rome, et Apollonius prit le chemin d'Espagne.

D'Espagne, Apollonius revint à Alexandrie, où il se fil admirer plus (lu'ailleurs II reprit fortement le peuple de celle ville , de la passion pour les courses de chevaux , qui les faisait souvent venir à jeier des pierres, tirer des épées et verser du sang. Vespasien, qui connaissait Apollonius, le demanda dès qu'il fut arrivé à Alexandrie, l'honora conune un homme divin], et le consulta avec deux autres philosophes, Euphrate et Dion, sur la conduite qu'il devait tenir.

D'Alexandrie, Apollonius alla en Ethiopie. Lorsqu'il en fut de retour, Tito, (|ui venait de leriiiiner la guerre de Judée, lui écrivit pour le prier de vouloir bien se transporter à Argos, où il souhaitait de s'enlrelenir avec lui. Apollonius s'y rendit. Tite lui marqua la plus haute estime et une vénération singulière. Il lui dit que c'était à lui que son père était redevable de la couronne impériale : il lui demanda des régies pour sa conduite, et pour l'administration de l'empire qu'il devait gouverner après la mort de Vespasien. De quel genre de mort, lui dit Tite, doisjc-nmurir? Du même, lui répondit Apollonius, dont est mort Ulysse, à qui la nier a lait perdre la vie. Tite ayant régné deux ans après le décès de son père, fut, à ce qu'on dit, empoisonné par un poi.sson de mer très-venimeux, appelé le lièvre marin : son frère Domitien lui succéda.

Depuis celte entrevue, Apollonius fil divers voyages en Phénicie, en Cilicic, en lonie, en Grèce, en Italie et à Rome. Il fut aussi dans l'IIellespont, où il prétendit arrêter des tremblements de terre. Il peut être venu en même temps à Byzance, où l'on a écrit qu'il avait mis trois cigognes de pierre, pour empêcher ces oiseaux d'y venir. Apollonius étant en Asie, parlait avec grande liberté contre la tyrannie de l'empereur Domilien, qui, en étant averti par Euphrate, manda

au gouverneur d'Asie de prendre Apollonius, et de le lui envoyer pour rendre compte des entretiens 'ccrels qu'il avait eus avec Nerva et ses amis Orfiliis et Rufus ; car l'empereur les avait exilés sur des soupçons de conspiration. Apollonius prévint l'ordre, et se rendit en Italie. A Poiizzole. il trouva Démétrius le cynique, qui l'exhorta à se retirer promplemeni, de peur de perdre la vie. Mais il répon<lit qu'il ne le pouvait sans trahir Nerva, que Domitien avait alors banni ; et que pour lui, il était assuré que Domitien ne Ifi |)Ouvait faire mourir. Il arriva à Rome accompagné du seul Damis, à (jui il avait fait couper les cheveux et prendre uu habit ordinaire: mais pour lui, il garda toujours le sien. Elien. préfet du prétoire, qui avait connu Apollonius en Egypte, du temps de Vespasien, et lui portait une affection singulière, lui rendit tout les bons offices qu'il put, dissimulant loutcfois, pour ne pas se rendre suspecta l'enipereur. Il instruisit Apollonius des chel's d'accusation que l'on proposait contre lui. Premièrement, dit-il, vntre habit et votre niauiére de vivre ; (|u'il y a des gens qui vous adorent; qu'à Ephèse, vous avez rendu un oracle touchant la peste ; que vous avez parlé contre rem|»ereur, en secret et eu public, et comme de la part d'un dieu. I^e principal est, qu'étant allé à la campagne , chez Nerva, vous avez offert un enfant arcadien, eu sacrifiant contre l'empereur la nuit ei à la fin du mois. Elien l'ayvnt instruit de la sorte, le fit mettre en la prison la plus honnête, où il passait son temps à discourir avec Dan)is, et à consoler les autres prisonniers. L'empereur l'envoya quérir pour le voir avant le jugement. Il alla accomgagné de Damis, qui avait grand'peur. On fil entrer Apollonius seul, el il trouva Domitien. qui venait de sacrifier à Minerve, dans un salon d'Adonis : on appelait ainsi des salons de verdure et de fleurs, dont la mode venj'il de Syrie. Domitien se retourna , et voyant la figure extraordinaire d'Apollonius, il dit : Elien, vous m'avez amené un dénion^ Je vois bien, dit Apollonius, sanss'éionner, que Minerve ne vous a pas encore fait la même grâce qu'à Diomède, de vous ôtor de devant les yeux le nuage ((ui empêche de discerner les dieux et les hommes. Ensuite l'empi-reur, entrant en matière, l'interrogea sur la conspiration de Nerva, de Rufus et d'Orfilus; mais Apollonius nia hardiment que Nerva eût jamais songé à aucune conspiration;, ni à l'empire, quoique son historien recomiaisse la vérité de cette conspiration. L'empereur irrité lui fit couper la barbe et les cheveux, grande injure à un philosophe, et le fit mettre aux fers avec les plus criminels. Etant dans le cachot, comme Damis le plaignait, il lui dit : Je n'ai plus rien à souffrir. Et quand serez-vous délivré? dit Damis. Par mon juge, dil Apollonius, aujourd'hui; par moi-même, tout à l'heure ; et en disant cela, il lira ses jambes des fers, et dit à Damis : Je vous montre la preuve de ma liberté, prenez courage. Apollonius remit incontinent sa jambe dans les fers, et le même jour on l'en lira à la sollicitation d'Elieu, pour le remettre dans l'autre prison. li renvoya Damis à Pouzzole, pour l'y attendre avec Déméirius ; el Damis y arriva le troisième jour. Apollonius fut enfin mené devant l'empereur, pour plaider sa cause; en entrant on le fouilla de peur qu'il ne portât quelque bandage, quelque billet, ou quelque autre sorte de carfcière. L'auditoire était paré comme en uu jour solennel; et les personnages les plus considérables de l'empirs étaient présents par l'ordre de l'empereur. Après que l'accusateur eut parlé, Apollonius se préparait à uu grand discours qu'il avait composé pour sa défense; mais l'empereur le réduisit à quelques questions : Pourquoi il ne s'habillait pas comme les autres? Parce que, dit-il, la terre qui me nourrit, me vêtit aussi sans être à charge aux pauvres animaux. Pourquoi on le nommait Dieu? Parce que, dit Apollonius, quiconque est estimé homme de bien peut être honoré de ce nom. Et par où saviez-vousi

DEMONSTRATION ÉVANGELIQUE. I5ULLET.

dil l'empereur, lamalidie qui devait arrivera Eplièse, pour la prédire' Ln noiirriliire simple que je prends, dil Apollonius, me fit apercevoir le premier du n)al; et si vous voulez, je vous dirai les causer» de ces maladies. Il n'en est pas besoin, dil l'empereur, crai<,'nanl peut-être qu'il ne lui reprocliâl ses crimes. Après avoir pensé quelque temps, il lui dil : Diies-moi, quand vous sorliles de la maison un ti 1 jour, et que vous allâtes à la caïupairne, à qui sacrifijiles vous cet euriul? Parlez mieux , dit Api llonius; je suis allé à la campagne, j'ai sacrifié : si j'ai s;icri(ié, j'en ai mangé; que des témoins dignes de foi disent ce qu'il en est, voiilaiil faire euicudre qu'il n'était rien de loulcela. il y eut grand applaudissement de tonte l'assemlilée, et l'empereur, comme persuadé de ses raisons, dil : Je vous renvoie absous des accusaiions; mais vous demeurerez jus(|u'à ce que^nous nous enlreienions eu parliculier. Apollonius remercia l'empereur; mais pour ne plus s'exposer à de pareilles dueslions, et moulrer xju'on ne l'aurait pas pris, s'il n'avait pas voulu, il dis[iarul de r:iuiliioire. Domitien ne (il pas semblant de s'en apercevoir; mais on reconnut son trouble, eu ce que dans mie cause qu'il juj:cail ensuite, il oublia les noms des parlies cl le sujet de la cause. Apollonius disparut avant midi de l'auditoire, qui était à Rome, cl se trouva le même jour, vers le soir, à Ponzzole, qui en est à près de cinquante lieues. Damis s'y était rendu la veille, suivant son ordre, quoiqu'il ne s'attendît point à le revoir; et après s'être promené sur le bord de la mer avec l)énétrius le Cynique, ils s'étaient assis dansim temple des Nynq)bes. 0 dieux! disait Damis en gémissant, venons-nous encoie cet excellent ami? Oui, vous le verrez, dil Apollonius en s'appiocbant, ouplutôL vous l'avez vu ; et tendant la main à Déiiiélrins, qui deuiandail s'il était vivant ou mort : Preniz-moi, dit-il, et si je m'enfuis, croyez que je suis un fantôme envoyé par Proserpine ; si je demeure, persuadez aussi à Damis que je suis vivant. En relouinaui à la ville, il leur conta tout ce qui lui était arrivé depuis le dépari de Damis, et dit qu'il avait grand besoin de repos. Etant arrivé au logis !c Démétrius, il lava ses pieds, se jeta sur un lit ; et ayant dit, comme pour sa prière du soir, un vers d'Homère à la louange du sommeil, il s'endormit. Le lendemain , Damis lui demanda en quel pays du nmnde il voulait se retirer. En Grèce, dit Apollonius. C'est un pays bien éclairé, dit Damis. .le n'ai pas besoin de me cacher, dit Apollonius; et, laissant Démétrius, ils s'embarquèrent le même jour, passèrent en Sicile, et de là dans le l'éloponèse, à la solennité des jeux olympitines. Tout le monde savait qu'Apollonius avait élé pris et mis aux fers, et le bruit s'était répandu que Domitien l'avait fait brûler ; d'autres disaient qu'il l'avait l'ait mettre dans un puits; d'autres en jiarlaienl autrement. Mais quand on sut qu'il était à Pise, on y accourut de; toute la Grèce. Chacun avait honte de ne pas connaître un homme si merveilleux. Quand on lui demandait comment il s'était sauvé des mains de l'empereur, il répondait simplement qu'il .s'était justifie; mais connue ceux qui venaient d'Italie raconièreiit ce qui s'était passé, sa modestie parut si merveilleuse, que celte opinion, jointe à l'estime où il était, le hi regarder comme un liomnu; divin, et peut s'en fallut que touie la Grèce ne l'adoràl. Un jour, Damis l'averlit qu'il leur restait peu d'argeul pour leur subsistance : J'y pourvoirai demain, lui dit-il. Le lendemain, il vint au temple et dit au saciifieateur : Donnez-moi mille drachmes de l'argent de Jupiter, si vous ne croyez qu'il le trouve mauvais. Ce qu'il trouvera mauvais , dit le sacrificateur, c'est que vous n'en preniez p is davantage. 11 passa ainsi deux ans en Grèce, insiruisanl tous ceux qui venaient à lui, et les exhorlaulà la vie tranquille et à réluignement des alTaires- Ensuite il retourna en lonie.

Apollonius étanl à Ephèse ou il haranguait le peuj)lc, cniie onze heures et midi, il commença à baisser

la voix comme s'il etjt eu peur; puis il parlait négligeninniit, comme ceux qui regardent quelque cliose en parliut, ensiiile il se lut, et semblait avoir perdu ce qu'il voulait dire. Puis ayani les yeux hagards et fichés en terre, il avança trois ou (luatic pas, et cria; Frappe le tyran, frappe. On eût dit qu'il était présent à l'action, toute la ville d'Eplièse, qui Péiouiait, bit étonnée;. Apollonius s'arrêta comme pourvoir le succès de l'action ; ensuiio il dil : Courage, mes amis, le lyran a été tué aujomd'hni ; tout maintenant, j'en jure par Mmerve; mainlenant, quand j'ai cessé de parler. Les Épliésiens crurent qu'il y avait de la folie, et quoiqu'ils désirassent que la nouvelle fût vraie, ils craignaient d'y ajouter b)i. Je ne m'éioune pas, leur dil Apollonius, (pie vous ne voidii z pas croire une nouvelle que tout Uonu' ne sait pas encore. Mais voilà qu'ils la savent. Peu de temps api es, arrivèrent des courriers avec des lettres, qui conlirmèrcnl eulièrement la nouvelle <pic Domitien était mort, et Coccéius Nerva reconnu empereur, du consentement du sénat et des armées. Apollonius mourut l'année suivante, quatre vingt (lix-scpl de Jésus-Clirisl. Aiiii de mourir sans témoins, il éloigna i amis, son ami le plus lidéle, sons prétexte de l'envoyer à Rome porti r une lettre à l'empereur Nerva, qui lui avait écrit dès qu'il élail parvenu à l'empire. Damis se scntii troublé en le qnitlanl, quoiqu'il ne sût point ce qui devait arriver. Apollonitis, (|ui le savait, ne lui dit rien toutefois de ce qu'oui accoutumé de se dire ceux (|ui ne doivent plus se revoir. Il lui dU seulement, comme il parlait: Damis, qiioi(|ue vous soyez pliilosopliepai vous-même, regardez nio;. C'est loui ce que l'on sait de sa lin; sa vie fut très-loi'gne. On diessa des statues i» Apollonius, ei on lui rendit les bonnouis divins; mais ou ne voyait nulle part son tombeau ; et (juebpies uns di- Siiieut qu'il avaii élé enlevé au ciel. Apollonius, peu dam sa vie, n'avait pas iriiiné mauvais qu'on le traitât de dieu, et il avait soufl'eit (pi'on l'adoiâi comme une diviniié. Pliilostrale écrit que les bra(.huiaiics avaient dil à Apollonius que, vivant et mort, il passerait pour nu dieu dans l'esprit de i lusieurs. Anlonln Caracalla l'aima, l'honora, et lui bàtil même un lem|ilc comme à un liéros. L'empereur Alexandre avait son image dans un lieu particulier du palais, mêlée avec celle de JéMis-Cbri.'l, d'Abr.ibam et des meilleurs princes. Vopisque dit avoir lu dans des Mémoires, el appris de personnes gï-aves, qu'Auiélien étant résolu de saccager la ville de Tyaiie, il vit devant lui Apollonius, qui lui délèiidil de le faire, à quoi il obéit, et promit à Apollonius une image, un temple el des statues. A|ollonius laissa quelques disciples, qui n'en formèrent point d'autres.

(27) « Tandis que Yespasien amendait à Alexandrie la saison et le veut preques pour naviguer, il arriva plusieurs prodiges, qui lémoiunèrenl la faveur des dieux et du ciel envers lui. Un aveugle assez connu, d'entre le peuple, se vint jeter à ses pieds par un avertissement du dieu Sérapis, qui est la principale diviniié des Egyptiens, nation superstitieuse, et lui demanda en gémissant sa guérison. 11 le pria de vouloir mouiller de sa salive ses joues et le tour de ses yeux. Un autre, qui était estropié de la main, le conjura, jiar l'avertissement du même dieu, de le vouloir toucher de la plante du pied. D'abord Yespasien se moqua d'eux cl méprisa leur demande; mais ciunme ils conlinuaienl à le presser, il consulta les médecins, pour apprendre d'eux si celle guérison était humainement possible, balançant entre les flatteries de ses courlisans, et la crainte de se faire moquer de lui. Les médecins répondirent que l'aveugle n'avait pas perdu la faculté de voir, et qu'il pouvait recouvrer la vue en ôtaiii les empêchements, et le manchot de même, l'usage de la main ; que peut être les dieux qui l'avaient élevé à l'empire, voulaient le rendre illustre en lui faisant opérer ces prodiges; que d'ailleurs la gloire de la guérison serait pour le prince, s'il sissail; et que, s'il no réussissait pas, la honte

HISTOIRE DE L'ÉTABLISSEMENT DU CHRISTIANISME

pour ces misérables. Ainsi l'empereur, croyant qu'il n'y avait rien d'impossible à sa fortune, leur accorda, d'un visage gai, leur demande, et d'abord l'aveugle recouvra l'usage de la vue, et le manchot l'usage de la main; ce qui est attesté par ceux qui éiaienl présents, mninlenant qu'il ne leur serait d'aucune ulililé de mentir. Cela redoubla le désir que Vespa.sicn avait de consulter le dieu Sérapis, touchant son empire. Il esilra donc dans son temple, et après avoir fait retirer tout le monde, comme il était atiemif à ses my-.lères, il vit derrière lui un seigneur d'Egypie, nommé Basilide, qui était éloigné d'Alexandrie de plusi(;urs journées de cliemin, et (jui était arrêté dans sa maison par une maladie. 11 demande aux p'èires du temple si on ne l'y avait point vu, et il s'iulorme de ceux qui se présenienl à ^a renconirc, s'il n'a point paru dans la ville; enfin, il dépêche vers lui quelques cavaliers, qui lui rappoitèreni qu'à la même luniie, il était éloigné de quatre-vingts milles. Il reconnut alors que cette app;\rition était arrivée par l'interveiilion des dieux, et le nom de Basilide (qui signifie régner) servit à interpiéter la réiiotise de l'oracle. » ( facUe, Histoire, l. IV, c. 81 et 8-2).

€ Tandis que Vespasien séioiiniaii à Alexandrie, élani entré seul dans le temple de Sérapis, pour apprendre de lui si son règne serait assuré ; .iprès s'élre rendu ce dieu propice par plusieurs céiénionies, il se tourna, et vit l'affranchi Basilide (pii lui inéscntiil les verveines, les couronnes et les pains, selon la coutume de ce lieu, quoi |u'il fiîl irès-consianl que personne ne l'avait introduit, et (ju'à peine pouvait il marcher à cause de la l'aiblesso de ses nerls, ci ipTil était Tort éloigné de là. An même instant, ou lui apporta des lettres, t\\\\ lui apprirciit (pie rarniéo de Yilellius avait é:é défaite auprès de Crémone, et que cet empereur avait été tué dans Homo. Vespasien ayant été élevé inopinément à l'empire, il n'avuii pas celle autorité et cette majesté (lu'oni les princes (]ui semblcnl être nés pour le trône. Il en acquit ainsi : Deux bomnies du peuple, l'un privé de la vue, l'autre ayant mie jauihe affaiblie, se piéseniérent à lui lorsqu'il était assissurson tribunal, et lui demandèrent la guérison de leurs maux, suivant raverlissement qu'ils en avaient eu, pendant le sommeil, du dieu Sérapis, qui les avait assurés cpi'd rendrait la vue à celui (|ui en était privé, s'il crachait sur ses yeux, et qu'il affermirait la jambe de l'autre s'il daignait le toucher avec le talon. Vespasien pouvant à peine ajouier foi à leurs paroles, et espérer que la chose réussît, n'osait pas en venir à l'épreuve ; mais enfin, à la persuasion de ses amis, il essaya publiquement l'un et l'autre, Cl il ne lut pas trompé par l'événement ( Suétone, Yie de Vespasien, c. 7).

(28, 29) Ce malheureux peuple ( les Juifs ) fermait les^yeux et se bouchait les oreilles, pour ne point viiir et ne point eniendre les signes certains et les avertissements véritables par lesquels Dieu lui avait fait prédire sa ruine.

Je rapporterai ici quelques-uns de ces signes et de ces prédictions :

Une comète, qui avait la ligure d'une épée, parut sur Jérusalem durant une année entière.

Avant que la gin-rrc lût commencée, le peuple s'étant assend)!é le Iniiiièmc du mois d'avril, pour célébrer la lète de Pâques, on vit, à la neuvième heure de la nuit, durant une demi-heure, autour de l'autel et du temple, une si grande lumière, qm; l'on ainait cru qu'il était jour. Les ignorants ratlribuèrenl à im bon augure; mais ceux qui étaient instruits dans les choses saintes, le considéièrent comme un présage de ce qui arriva depuis. En cette même fête, une vache que l'on menait pour être sacrifiée, lit un agneau au milieu du temple.

Environ la sixième heure de la nuit, la porte du temple, qui regardait l'orient, et qui était d'airain, et si pesante que vingt hommes pouvaient à peine la pousser, s'ouvrit d'elle-mênje, quoiqu'elle fût fermée

avec de grosses serrures, des barres de fer, et des vcrroux qui entraient bien avant dans le seuil, fait d'une seule pierre. Les gardes du temple en donnèrent aussitôt avis au magistrat. 11 s'y en alla, et ne trouva pas peu de difficulté à la faire refermer. Les ignorants l'interprétèrent encore en un hou signe, disant que c'était une marque (pie Dieu ouvrait en leur laveur ses mains libérales, pour les combler de toutes sortes de biens; mais les plus habiles jugèrent, aii coniraire, que le temjile se ruinerait par lui-même, et que l'ouverture de ses portes était le présage le plir< favorable que les Romains pus>eni souhaiter.

Un peu après la fête, il .arriva le vingt-septième jour de mai mie chose que je craiiuirais de rapporter, de peur qu'on ne la prît pour une fable, si des personnes qui l'ont vue n'étaient encore vivantes, et si les malheurs qui l'ont suivie n'en avaient confirmé la vérité.

Avant le lever du soleil, on aperçut on l'air, dans tonte cette contrée, des cbariots pleins de gv^ns armés, traverser les mies, et se répandre autour des villes, comme pour les enfermer.

Le JMur de la fête de la Pentecôte, les sacrificateurs étant la nuit dans le temple intérieur, pour célébrer le divin service, ils entendirent du bruii, et aussitôt après une voix qui répéta plusieurs fois : Sortons d'ici.

Quatre ans avant le commencement de la guerre, lors(|ue Jérusalem était encore dans une profonde paix et dans I abondance, Jésus, fils d'Ananus, (pii n'était qu'im simple paysan, étant vcmi à la lête des Tabernacles, qui se célèbre tous les ans dans le Icinple, en riionncur de Dieu, cria: Voix du côté de l'orient, voix du côté de l'nccident, voix du (ôié des quatre vents, voix contre Jérusalem et contre le temple, voix contre les nouveaux mariés et les nouvelles marioes, voix contre tout le peuple; et il ne cessait point jour et nuit de courir par toute la ville, en répétant la riième chose Quelques personnes de qualité, ne pouvant souffrir des [iaroles d'un si mauvais présage, le firent |)rendre et extrêmeineiil fouetter, sans (ju'il (lîi une seule parole pour se défendre, lîi (lour se plaindre d'un si rude traiten)ent, et il répétait toujours les mêmes nH)ts. Alors les magistrats croyant, comme il est viai, qu'il y avait en cela (|uelque chose devrai, le menèrent vers Albinus, gouverneur de Judée. Il le fit hiitire de verges, jusqu'à le mettre (oui en sang, et cela même ne put tirer de lui une seule prière, ni une seide lainie; mais à cha(pie coup ([u'on lui donnait, il répétait d'une voix plaintive et lamentable : Malheur, malheur sur Jérusalem; et (|uand Albinus lui demanda qui il élaii, d'où il était, ce qui le faisait parler de la sorte, il ne lui répondit rien: ainsi il le renvoya comme un fou, et on ne le vit parler à |îersonne, jusqu'à ce que la guerre Commençât ; il lépétail seulement sans cesse ces mêmes mots: Malheur, malheur sur Jérusalem, sans injurier ceux (\n\ le battaient, ni remercier ceux qui lui donnaient à manger. T()uies ses paroles se réduisaient à un si triste présage, et il les proférait j)lus fort dans les jours de fêles. 11 continua d'en user ainsi pendant sept ans cinq snoi^, sans aucune inter— mi^sioii, et sans que sa voix en fût affaiblie ni enrouée.

Quand Jérusalem fut assiégée, on vit l'elfet de ses prédictions; et faisant aiors le lour des murailles de la ville, il se mit encore à crier: Malheur, malheur sur la ville, ioalbeiir sur le peuple, malbeiir sur le temple; à quoi ayant ajouté, et malheur sur moi, une pierre, poussée i-ar une machine, le porta par terre, et il rendit l'esprit en proférant ces mêmes mots.

Que si l'on veut considérer tout ce que l'on vient de dire, on verra que les hommes ne périssent que par leur faute, puisqu'il n'y a point de moyens dont Dieu ne se serve pour procurer leur salut, et leur faire connaître par divers signes ce qu'ils doivent faire. ( Joiéplie, de la Guerre des Juifs, L VII, c. H eM2 ).

DEMONSTIUTION EVANGELIQUE. BULLET.

'iSO

' Les rabbins ont bissé par tradition , que quarante ans avant la destniciion du leinple. le sort ne monta point à droite ; la laiipiie de splendeur ne fut point convertie en blanciienr ; la lumière du soir ne fut pointardentc. Les portes dn temple s'ouvr;iienl ellesmêmes, jusqir.à ce que le rabbirt Jobanan, fils de Zaccai, les réprimanda , et dii : Tenii>le , temple , pourquoi le détruis-tu toi même? Je s:iis que tu seras détruit; car c'est de loi que le prophète Zacharie a dit : Liban, ouvre les portes, et que le feu dévore tes cèdres (Tulnmd de Biibytone,dans Galaiin, l. IV, c. 8,

Pierre Alphonse , Juif converti , qui vivait dans le douzième siècle, a riié le même passage dans le dialogue où il fait parler un chrétien et nu Juif: Quarnnie ans avant la destruction du lomple , la laine rouge que l'on aiiacbait aux cornes du chevreau, ne blanrhissail point commode cuiitume ; la lampe du chandelier qui regardait l'occident , s'éteignait avant le temps où elle avait coutume de s'éteindre, Les portes du temple s'ouvraient d'elles-mêmes avec un grand bruit. Jean fils de Zaccai, les ayant vues s'ouvrir ainsi, tout iransporté, cria à ces portes : Demeurez en repos; et il ajoute : Temple, temple, j'ai connu que tu seras brûlé; comme le prophète a dit : Liban, ouvre tes portes, et que le feu dévore tes cèdres {Dialogue de Pierre Alphonse avec le Juif Motse. lit. 2).

Ce dialogue est imptimé dans le vingi-et-unième volume de la grande bililioibèque des pères de Lyon.

Pierie Alphonse explique ce que c'était que cette langue de s|)lendenr qui blanchissait , en disant que c'éiait de la laine ronge ailacbée aux cornes d'un chevrcMU , qui devenait blanche. Il explique aussi ces paroles, « la lumière du soir ne fut point ardente, > par celles ci : La lampe du chandelier qui regardait l'occident, s'éteignait avant le temps où elle avaitcoulume de s'éteindre.

Quarante ans avant la destruction de Jérusalem..., les p ries du temple se sont ouvertes d'elles mêmes ; de quoi l'on dit que le rabbi Jobanan , fils de Zaccai, les gronda ( Tuhnud de Babijlone , traité Avoda sacra, clinp. 1, dans Wagenseil, lo>n I, page 512).

Pendant tout le temps que Simon le Juste exerça le n)inistère , le sort du nom de Dieu montait toujours à droite, la langue de splendeur blanchissait , et la lumière du soir était toujours ardente. Mais quarante ans avant que la maison dn Seigneur fût détruite , la lumière dn soir s'éteignait , la langue de splendeur devenait rouge comme du sang, le sort du nom de Dieu montait à gauche, et les portes du temple, (pie l'on fermait le soir, s'ouvraient d'elles-mêmes pendaiitlaimit ; en sorte que ceux qui y venaient le matin les trouvaient ouvertes. Le rabhan Jobanan, fils de Zaccai, dit: Temple, temple, pourtpu)! imus as-tu séparés de toi? nous savons que tu seras détruit, cl que le prophète Zacbarie a dit de toi : Liban, ouvre tes portes , et que le feu dévore tes cèdres ( Tatmud de Jérusalem , dans Galalin , l. IV , c. 8, p. 209).

Les rabbins ont laissé par tradition , qu'il s'était 0()éié dix merveilles dans la maison du sanctuaire. Aucune femme n'avorta à cause de l'odeur des chairs du sanctuaire. Ces chairs ne sentirent jamais mauvais. On ne vit jamais de mouches diuis le marché du temple. Le grand prêtre n'éprouva jamais d'accidents dans le jour de propitiation. Ou ne vit jamais de corruption dans la gerbe ou dans les deux pains que l'on offrait au Seigneur, ou dans les pains de proposition. Debout on était serré dans le temple ; prosterné pour adorer, on y était à l'aise, (inoi(|u'on fût éloigné de l.a maison du propitiatoire de l'espace de onze aunes. Jamais aucun serpent, ni auctm scorpion ne fit du mal dans Jérusalem. Jamaispersonnenediitpi'il n'avait pas assez de place pour demeurer dans Jérusalem. Jamais les pluies n'éteignirent le l'eu de préparation. Jamais le vent n'empêcha que la colonne de fumée ne montai droit ; car quoique tous les veuts du inonde

soufflassent contre elle , ils ne pouvaient cependant la détourner, ni empêcher qu'elle ne montât droit .. Toutes ces merveilles cessèrent pendant quarante ans avant la destruction du temple, comme il est écrit au psaume LXXIV : Nous n'avons pins vu nos merveilles (Talmud de Babylone, dans Galalin, L IV, c. 8, p. 209).

Il arriva des prodiges que cette nation ( les Juifs) superstitieuse et ennemie des autres religions , ne pouvait expier, ni par vœux, ni par sacrifices. On vit dans les airs des armées s'enlre-cboquer , des armes éclatantes , et le temple tout en feu par des éclairs. Ses portes s'ouvrirent d'elles-mêmes, et l'on entendit une voix plus (pi'hnmaine qui criait que les dieux se reliraient, suivie du bruit qu'ils faisaient en sortant (Tacite, Histoire, liv. V, cliap. 13)

Tite étant entré dans la ville ( Jérusalem ) en admira entre autres choses les fortifications , et ne put voir sans étonnemenl la force et la beauté de ses tours, que les tyrans avaient été si imprudents que d'abandonner. Après avoir considéré attentivement leur h;iuieur, leur largeur, la grandeur tout extraordinaire (li;s pierres, et avec combien d'art elles avaient été jointes ensemble , il s'écria : il paraît bien que Dieu a combattu pour nous , et a chassé les Juifs de ces tours, puiqn'il ny avait point de forces humaines, ni de machines qui fussent capables de les y forcer (Josèplie, de la guerre des Juifs, liv. VU ^ chap. 16).

Tite ayant pris Jérusalem , après avoir fait un grand carnage des Juifs, les villes voisines de la Judée lui offrirent des couronnes à cause de sa victoire. Il leur répondit qu'il ne méritait pas cet lionneur ; que ce n'était pas lui qui avait vaincu les Juifs, mais Dieu, 5 la colère duquel il n'avait fait que servir d'instrument ( Pliilosirate, vie d'Apollonius, liv. VI, chap. 29).

(30) Comme de six cent mille combattants qui sortirent de l'Egypte, il n'y en eut que deux qui entrèrent dans la terre de Chanaan, tous les autres étant morts dans le désert, ainsi arrivera-t-il dans les jours du Messie ( Talmud de Babylone, /rcii/^ Sanhédrin, c. Helec, dans Galalin, liv. IX, chap, 2).

Le fils de David { le Messie) sera une source de sanctification , et une pierre d'achoppement, une pierre de scandale pour les deux maisons d'Israél , un piège et un sujet de ruine à ceux qui habitent Jérusalem : plusieurs d'entre eux se heurteront contre cette pierre; ils tomberont, ils s'engageront dans le filet, et y seront pris [Talmud de Babylone, traité Sanhédrin, c. Dinc Mammonoih , dans Galalin, l. IX, c. 2).

Dans le temps que le fils de David viendra, les sages maîtres deviendront plus petits, les yeux des autres s'éteindront dans les larmes et les soupirs ; ils éprouveront de grandes angoisses et de grandes rigueurs ; im premier châtiment n'aura pas encore été mis à exécution contre eux , qu'il eu surviendra nu second {Talmud de Babylone, traité Sanhédrin , c. Helec, dans Galatin, l. IX, c. 2).

( 51 , 52 , 53 ) Voyez Josèphe , de la guerre des Juifs.

Nous nous macérons et nous crions sans relâche ; mais il n'y a personne qui fasse atiention à nous. Ce sont les Juifs qui parlent ainsi dans le Talmud de Hahylone, au traité Béracholh , pag. 20 : et à la pag. 52 on lit ces paroles : Depuis le jour de la destruction de la maison sainte, mi nmr de fer a été placé entre Israël et leur père qui est dans les cieux {Dans Wagenseil, toni. Il, p. 10, de la Réfutation du Toldot Jeschu ).

(54, 55, 3G) Tryphon parle ainsi à saint Justin : Vous eussiez mieux fait de rester encore dans la secte de Platon ou de quebiue autre philosophe, vous exerçant à la constance, la continence, la tempérance, que de vous laisser tromper par des mensonges , et

HISTOIRE DE L'ÉTABLISSEMENT DU CHRISTIANISME

vous attacher à des hommes de néant {Dans le dialogue de sailli Justin avec Tryplwn, n. 8).

(37) Il semble que Jiivénal, dans saquairièmesalire, désigne la persécution de Domiiien , lorsqu'il écrit que cet empereur, qui avait fait mourir impunément un grand nombre de personnes de la première qualité , périt lorsqu'il commença à servir contre des artisans et des hommes de basse condition.

Alque ulinam his poilus nugis Iota illa dedisset Tempora saevitaïae, claras quibus abslulil urbi Illustresque animas impune, et vindice nullo I Sed periit poslquam cerdoiiibus esse tinientibus Cœperat : hoc nocuil Laniiarum csede madeuli.

On ne voit point que Domitlen ait pu avoir d'autre sujet de persécuter des artisans , que celui de la religion.

Eusébe et Orose nous apprennent que Domitien ne commença à persécuier les chrétiens que la pénultième année de son empire. j

Cecilius Donalus (dit Domiiien) diM//ssiHie, lulusque regnavil, douce impias manus adversus Domiuum lenderel (De Mortibus perseculorum, n. 2).

(38, 39, 40) Juvénal dit des Juifs :

Nil prseter nubes et cœli numen adorant.

{Satire li.)

Celse dit que les Juis adorent le ciel et les anges qui y demeurent (Dans Orighie, l. V, n. 6).

Tacite dit que les Juifs adorent la (igurcd'un âne sauvage, parce qu'une troupe de ces animaux avait indiqué à Moïse une fontaine, dans le temps que lui et le peuple qu'il conduisait étaient pressés de la soif {Tacite, Histoire, I. V).

(41) Flavius Clémens , cousin germain de Domiiien, éiaii ti)ut à lait méprisable à cau>e de sa paresse (Suétone, Vie de Domiiien, n. 15).

(42) Julien , dans sa lettre à Libanus , dit que les chrétiens se glorifient de ce (|ui les déshonore, du sacrilège, des sentiments les plus bas, dune vie fainéante et inutile.

(43, 44) Pomponia Grœcina, femme illustre, mariée à Plaulius, qui avait triomphé de l'.^ngleterre, ayant été accusée de superstitions étrangères, fut remise au jugement de son mari, qui lit une assemblée de parents selon la coutume; et, le procès vu, la déclara imiocenie, ayant éié établi par les lois juge de de sa vie et de son honneur. Celte dame vécut longtemps dans une continuelle tristesse; car depuis la niortde Julia, fdle de Drusus, que Messaline fit mourir, elle porta le deuil, en ses babils ei sur son visage, l'espace de quatorze ans, sans qu'elle fût recherchée pour cela du vivant de Claudius , ce qui tourna depuis à sa gloire (Tacite, Annules, l. Xllî, «. 52).

(45) Histoire des Juifs, par Basnage, liv. VH , chap. H,n. 14, et liv. Vlil, cbap. 1, n

Dans le Talmud , au livre de Sanhédrin, au chapitre 'm{\Ui\é les jugements des âmes, on lit que tous les sénateurs qui composaient le sanhédrin, éiaient magiciens. Non erant consliiuentes in Sanhédrin , nisi dominos sapientice, siuturœ et apparentiœ, ac senectutis et dominos incunlaiionum, nec non et scientes 70 linguas ne oporieret eos interprètes alios audne. Ubi Glossa R. Salomonis sic ait : Stalura et appurenlia in eis requirebantur, ut in reverentia liaberenlur. Quod aulem essent incantaiionum Domini, ideo exigebatur iil incantalores et maleficos in suis maleficiis et incantationibus confidentes , convincerent et occiderenl (Galaùn, de Arc. calli. ver'., p. 200 et 201).

Josèphe écrit que de son temps il y avait encore des Juifs qui chassaieni les démons.

Voici ses paroles :

Salomou laissa des formules d'exorcismes qui lient les démons, de manière qu'ils ne peuvent revenir quand on les a une fois chassés. Ce précieux secret j&ubsisle encore aujourd'hui parmi nous ; car je sais

qu'un nommé Eléazar, de notre nation, délivrait ceux qui en étaient possédés, et qu'il le lit en présence de l'empereur Vespasien, de ses fils, de ses officiers et de ses soldats. Voici ce qu'il pratiquait : H approchait des narines du possédé un anneau, dans lequel était enchâssé une des racines que Salomon avait indiquées. Son odeur attirait le démon, et le faisait sortir par les narines. Le possédé lombait à terre; Alors Eléazar conjurait le démon de ne plus retourner, en faisant mémoire de Salomon, et en récitant sur le malade les oraisons que ce prince a composées. Pour persuader et convaincre l'assemblée qu'il avait ce pouvoir, Eléazar mettait devant ceux qui étaient présents un petit vase d'eau, ou une cuvette à laver les pieds, et il commandait au démon de renverser ce vase en sortant du corps du malade, afin de faire voir qu'il l'avail quitté, comme cela arrivait toujours infailliblement : c'était une preuve certaine de l'extrême sagesse et de la science profonde de Salomon (Antiq.juiv., liv. VIII, c. 2).

(46) Le faux prophète Alexandre se plaignait que le Pont se remplissait de chrétiens.

Etant à Athènes, avant qu'on commençât ses mystères, il criait à haute voix qu'on chassai les chrétiens (Lucien dans Alexandre ou le fauxpropliète),

(47) ADIUAISVS AUG. SlillVlANO COS. S.

Aigyptumquam milii laudabas, Serviane carissime ,

totam didici, levem, penduktm, et ad omnia famœ momenta volilantem. lUi qui Serapin colunt , clmsliani sunt ; et devoli suut Serapi, qui se Christi episcopos dicunt. Nemo illic arcliisynagogus Judœorum, mmo Samariles, nemo clirislianoium presbyter , nonmalliematiens, non uruspex, non aliptes Ipse ille putriarclia cuni /Egyptum veneiit, ab aliis Serapidem udorure, ab aliis cogiiur Cliristiim. Genus liominuin seditiosissimum , vanissimum , injuriosissiinuiu : civitas opulenta , dives, fœcunda , in qua nemo vivat otiosus. Alii vilrum confiant, ab aliis cliarta conficilur ; alii linipliyones sunl; omnes cerle cujuscumque artis, et videnlur et habeniur. Podagrosi quod aganl liubent; liabent cœci quod faciant. ISe citiragrici quidem apud eos otiosi vivunl Unus illi Deus est. liunc cliristiuni, liunc Judœi, hune omnes venerantur et génies; et ulinam melius essel morata civitas digna profecio sui profunditate, quœ pro sui magnitudine totius /Egypli teneal principalum ! Huic ego cuncla concessi, vctera privilégia reddidi , nova sic addidi ut prœsenli gratias agen-nl. Denique, ut priinum inde decessi, et in filium uieum verum multa dixerunt , et de Antonio quœ dixerunt, comperiisse te credo. JSiliil illis oplo nisi ut suis pullis alanlnr, qnos quemadmodum l'œcundant, pudet dicere. Calices tibi allassontes versicolores Irunsmisi, qnos milii sucerdos templi obiulit, tibi et sorori meœ specialiter dedicalos , qnos tu velim festis diebus conviviis adiiibeas. Caveas lamen ne his Africanus nosler indulgenter utatur ( Yopisque, Vie de Saturnin).

(48) Celse dit qu'un forl grand nombre de personnes embrassent le christianisme.

Il appelle le christianisme une multitude (/-■ Hl, 11. 10).

Il dit que les chrétiens opèrent des choses extraordinaires (L. I, n. 6).

Il insinue rpic les chréilens font parade de prodiges; car il dit que Platon , après avoir découvert les plus grandes vérités, n'a point fait parade de prodiges, et n'a point exigé qu'on le criil dieu (L. VI, n. S).

H appelle les chrétiens charlatans ; il dit qu'ils fuient les gens habiles, parce qu'ils ne peuvent les tromper, et qu'ils ne s'adressent qu'aux simples (L. YI, n. 14).»

Il dit que les chrétiens tiennent leurs assemblées en cachette, pour éviter les peines décernées conlreeux (Lw. l,n. 5; liv. H, ». 18).

11 dii que lorsque les chrétiens sont pris, ils sont conduits au supplice (L. VIII, n. 43).

H dit que lorsqu'un chrétien est pris, il est mis ei^

croix (t. VIII, n. 59).

Il dit (|ir;>v:inl que de melireles chrétiens à mort, on leur f;ii( souilVir tous les genres de tournieuls (L. VlII.n. 48).

Voyez enoore 1. I, n. 3 et 41 y 1. 11, n. 45; 1. VII, n. 40;i. VIII, n. 39, 49 ei tiO.

Celse n'csi pas le seul païen qui ait reconnu les prodiges doscliiéliens. Lucien dit que Péregriu ayant été mis en prison, parce qu'il faisait prolession du christianisme, celle di-!;râce lui donna la puissance de faire des prodiges (Voyez page 599).

Le même Lucien , dans le dialogue intitulé Philopatris, parle des divinations et des prestiges des chréiiens { Voyez la preuve 75).

Le même auteur a fait l'épigrammc suivante :

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