‹ Dâemonstrations âevangâeliquesChapitre 60 sur 202 · INSCRIPTION DE NERON · texte numérisé non relu

INSCRIPTION DE NERON

Cyriaque d'Ancône, qui vivait au quinzième siècle, fut nommé antiquaire, à cause de la grande recherche qu'il faisait des aniii|uités ; il voyagea dan^ toute l'Europe , dans une partie de l'Asie et de l'Afrique , copiant avec soin les anciennes inscriptions. Parmi celles qu'il recueillit en Espagne, on lit la suivante {Dans Gruter, p. 238) :

< A Néron Claude César Auguste , souverain pontife, pour avoir purgé la province de voleurs , et de ceux qui introduisaient parmi les hommes une nouvelle superstition. »

Morales , savant espagnol , qui avait étudié avec tant de soin les antiquilés de son pays ; Aide Manuce, dans ses scolies sur les commentaires de César ; Daronius , Sponde , Pagi , Launoy, reçoivent cette inscription comme véritable. Antoine Augustin, Schott , Digoi , soupçornient la fidélité de Cyriaque d'Ancône, qui est le premier qui l'a publiée , et de qui tous les autres l'ont tirée. Ferreras, dans son Histoire générali; d'Espagne; le père Florez , dans son Histoire ecclésiastique d'Espagne, doutent de la vérité de ce montnnent, parce qu'il ne se voit plus, et qu'il n'en reste aujourd'iiui aucun souvenir dans l'endroit où l'on dit qu'il s'est trouvé. Quelques-uns

regardent celte inscription comme fausse, ne croyant pas que la loi eût déjà été annoncée en Espagne du temps de Néron. Il n'est pas difficile d'assurer la vérité de ce monument , en dissipant le soupçon des uns, et répondant aux raisons des autres.

M. Méhus, de l'académie étrusqtie de Crotone , a fait imprimer en 1742 l'itinéraire de Cyriaque d'Ancône. Après avoir rapporté , dans la préface qu'il a mise à la tête de cet ouvrage , tous les éloges dont les savants ont C(miblé cet auteur, il marque du chagrin contre Antoine Augustin , Scliolt et Bigot, qui ont voulu rendre suspecte la fidélité de cet antiquaire. Il dit qu'on ne doit point inlenter une accusation si grave aussi légèrement que ces écrivains l'ont fait ; que c'est à tort qu'on a soupçonné la probité de Cyriaque , puisque plusieurs de ses inscriptions , qu'on voulait regarder comme suspectes , ayant élé vérifiées, soit p ir lui, soit par d'autres, ont été trouvées telles qu'il les a rapportées, ce qui fait voir, conlinue-t-il , que cet auteur n'en a point imposé au public.

M. Muralori, dans la nouvelle collection d'anciennes inscriptions (|u'il nous a donnée, place avec de grands éloges Cyriaque d'Ancône au nombre de ceut

HISTOIRE DE L'ÉTABLISSEMENT DU CHRISTIANISME

du travail desquels il a profilé. Il s'applaudit d'avoir recouvré et d'insérer dans sou ouvrage tous los inoiiimienis recueillis par ce savant; il éiait donc bien é!i)igné de les suspecter.

Pour prouver la fidélilé de Cyriaque d'Ancône au sujet de l'inscription que not<s examinons, j'ajouterai à l'expérience et à l'autorité des deux savan's que nous venons de citer, un raisonnement qui me paraît décisif :

On n'est point fourbe gratuitement, et on ne suppose des titres que dans l'espérance d'en tirer quelque :iv:)iilage. Or, quelle utilité un Italien conmie Cyriaque d'Ancône pouvait-il se promcître eu compiisanl une inscription qui atteste que Néron a purgé l'Espagne des larrons et des chréiiens? ne se perdait-il pas de réputation , si l'imposture était découverte, ce qui arrive toujours.

Mais cette inscription ne se tro\ive plus ; on n'en conserve même aucun souvenir dans l'endroit où l'on assure qu'elle a été trouvée. Je le veux. Donc elle n'a jamais existé : fausse conséquence. Ecoutons sur ce sujet le savant Muralori, dans la préface de sa nouvelle collection. Après avoir dit qu'il serait bien à souhaiter ipie l'on conservât avec plus de soin les marbres ei les pierres chargés d'anciennes inscriptions, il ajoute: On aurait peine à exprimer combien de pierres g*ravées ont été détruites non-seulement par les injures du temps , mais encore ( ce qui est plus fâcheux et plus fréquent ) par la négligence, l'ignorance , la barbarie des hommes, même de nos jours, et dans les villes les mieux policées. Si quelqu'un aujourd'hui formait le dessein d'aller voir cette niirliitude irmombrable de marbres rapportés par Gruier dans son Trésor, je ne crois pas (ju'il en trouvât le tiers ; vous en demandez la raison? c'est parce que desbomn.es ignorants, ne faisant aucun cas des précieux restes de l'antiquité, ou recueillis par leurs ancêtres, ou découverts dans la terre de leur temps, les dissipent, les brisent, les emploient à toute sorte d'usages, principalement à bâtir. On en vend aux statuaires et aux scidpteurs, qui, après avoir enlevé avec le ciseau toutes les traces de l'antiquité , s'en servent pour de nouveaux ouvrages. On en lait de la chaux ; et un chaufournier de Ravenne dit à Dominique Vaudellius de Modène , qu'il avait fiit de la chaux de plus de quarante marbres chargés d'inscriptions ancieimes. El , en eflét , vous chercheriez inutilement la plupart des monuments dont les écrivains de Ravenne nous ont conservé la connaissance : ils n'existent plus que dans leurs livres. La même chose est arrivée en d'autres villes, ainsi que je l'ai remarqué moi-même. J'ai aussi recimnu que plusieurs des pierres gravées de Modène, dont il est parlé dans les livres de ceux qui nous ont précédés, ne se trouvent plus en celte ville.

M. Muraiori ajoute à ses plaintes une lettre dans laquelle un savant de Rome déplore la destruction d'une grande partie des anciennes inscriptions de Cette ca|)ilale du monde.

M. Méinis , après avoir vengé Cyriaque d'Ancône des soupçons injurieux qu'Antoine Augustin, Schott et Bigot, ont (ormes contre lui, ainsi que nous l'avons rapporté plus haut, ajoute : Si quelqu'une des pierres dont a parlé Cyriaque, n'existe plus aujourd'hui, il faut faire attention que plusieurs des anciens monuments ont péri par les injures du temps; plusieurs ont été brisés dans les guerres, plusieurs employés à bâtir ou réduits en chaux par des ignorants.

Il n'y a point de monument de l'anliquité dont nous ayons pu nous promettre plus sûrement la conservation, que des marbres d'Arondel. Placés dans un temple des Muses, au milieu d'une nation curieuse et savante, ce précieux trésor semblait être à couvert de tous les outrages. Cependant nous lisons dans les Mélanges de Vigneul Marville, t. Il, p. 311 , que durant les troubles d'Angleterre, la plupart de ces mar-

bres furent employés à réparer des portes et des cheminées.

Je prie ceux qui rejettent l'inscription de Néron , parce qu'ils ne pensent pas que la foi eût déjà été prêchéc en Espagne, du temps de cet empereur, de permettre que je les renvoie à un petit ouvrage que j'ai donné au public, il y a quelques années, snus ce titre. De Apostolica Ecclesiœ Gallicanœ origine, dans lequel il me semble avoir solidement prouvé que l'Evangile a éié annoncé dans les Gaules, l'Espagne et la Grande-Bretagne, du temps des apôtres.

Je n'ai pas cru devoir prouver que la niuvelle superstition désignée dans l'inscription, était le christianisme, soit parce que tout le monde en convient, soit parce que du temps de Néron il ne s'introduisait point de nouvelle religion que le christianisme , qui était appelé parles païens une superstition nouvelle, ainsi qu'on le voit dans Suétone , dont on a rapporté les paroles à la page 183.

Lettre de Tibérien, président de la première Palestine, à tempereur Trajan, au sujet des chrétiens.

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