‹ Dâemonstrations âevangâeliquesChapitre 63 sur 202 · DISCOURS SUR L'ESPRIT PHILOSOPHIQUE · texte numérisé non relu

DISCOURS SUR L'ESPRIT PHILOSOPHIQUE

J'ai laissé tomber un regard sur les dons enchanteurs du monde, et soudain vous m'avez quitté, et l'ennui, les soucis, les remords, les douleurs ont en foule inondé ma vie.

O mon âme I montre-toi forte dans ces rigoureuses épreuves, sois patiente, espère à ton Dieu, les maux finiront : rien n'est stable, la terre elle-même et les cieux s'évanouiront comme un songe. ïu vois ces nations et ces trônes qui tiennent la terre asservie, tout cela périra. Ecoute, le jour du Seigneur n'est pas loin, il viendra ; l'univers surpris sentira les ressorts de son être épuisés et ses fondements ébranlés, l'aurore de l'éternité luira dans le fond des tombeaux et la mort n'aura plus d'asiles.

O révolution effroyable ! l'homicide et l'incestueux jouissaient en paix de leurs crimes

et dormaient sur des lits de fleurs; celte voix a frapi)é les airs, le soleil a fait sa carrière, la face des cieux a changé. A ces mots : les mers, les montagnes , les forêts, les tombeaux frémissent, la nuit parle, les vents s'appellent.

Dieu vivant I ainsi vos vengeances se déclarent et s'accomplissent; ainsi vous sortez du silence etdes ombres qui vous couvraient. 0 Christ 1 votre règne est venu. Père, Fils, Esprit éternel, l'univers aveuglé ne pouvait vous comprendre. L'univers n'est plus, mais vous êtes. Vous êtes ; vous jugez les peuples.Le faible, le fort, l'innocent, lincrédule, le sacrilège; tous sont devant vous. Quel spectacle 1 Je me tais, mon âme se trouble et s'égare en son propre fond. Trinité formidable au crime, recevez mes humbles hommages.

VIE DE GUENARD.

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GUÊNARD (Antoine), jésuite, naquit à Damblin, près Bourmont, en Lorraine, le 25 décembre 1726. Après avoir fait ses premières études, il entra chez les pères de la compagnie de Jésus, où il les perfectionna, et devint très-savant dans les langues anciennes et dans la littérature sacrée et profane. Il se livrait à l'enseignement depuis plusieurs années,'lorsque l'Académie française proposa, pour sujet du prix d'éloquence, la question suivante: En quoi consiste Tesprit philosophique? Guénavd, qui n'avait pas alors trente ans, se présenta au concours et remporta le prix dans la séance publique du 25 août 1755. Dans ce discours, modèle parfait de sagesse, de bon goût et d'éloquence, il s'éloignait du système suivi par d'autres auteurs couronnés avant lui, dont les discours, chargés de tropes et de figures, étaient vides de choses, et d'un style faible et ampoulé. Guénard ouvrit une carrière nouvelle, et mérita justement les éloges de d'Alembert et de Laharpe, qui dans son Cours de littérature, appelle ce discours un chef-d'œuvre. Après un succès aussi éclatant, on attendait du p^re Guénard d'autres ouvrages non moins remarquables, mais c'est tout ce qu'on connaît de lui. La compagnie de Jésus fut ensuite supprimée : un des amis du père Guénard lui demanda pourquoi , après son brillant début à l'Académie, il gardait un silence dont Laharpe lui-même

était étonné. J'avais consacré mes veilles, répondit-il, à la gloire de mon ordre : ce corps venant d'être détruit, il n'y a plus de gloire pour moi à acquérir, je veux mener une vie obscure et ignorée. Cette résolution était noble et généreuse, il paraît cependant que le père Guénard changea d'avis, et ce fut en faveur de la religion. Il se proposa d'attaquer l'Encyclopédie, et de préparer un travail à ce sujet. Dans ces entrefaites , la révolution força l'abbé Guénard de quitter Paris. Il trouva un refuge auprès de madame de Beauveau-Désarmoises, qui demeurait dans soa château de Fléville, près Nancy, et qui le nomma son chapelain. C'est dans ce château qu'il composa sa Réfutation de l'Encyclopédie ; elle était faite, lorsque le règne de la terreur arriva. L'auteur crut alors prudent de brûler son manuscrit. Quand on lui demandai! la communication de quelques fragments de son ouvrage, qui lui avait coûté trente ans de travail, il ne répondait que par une larme et un soupir. A des connaissances variées, l'abbé Guénard réunissait une piété fervente et sincère. Il n'eut pas la satisfaction de voir le rétablissement de l'ordre auquel il devait ses vertus et ses lumières, et qu'il avait tant regretté. Il mourut au commencement de 1806, à l'âge de quatre-vingts ans.

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