SUR L'UNION DE LA PIÉTÉ ET DE LA MORALE
-cEie-
Tes prières et les aumônes sont montées jusques à Dieu , el il ï a eu égard.
(Actes, X, 4.)
Le Dieu fort et puissant qui habite Véter nité demeure aussi avec celui qui a le cœut droit et qui est humble d'esprit. Celui qui, da
haut de sa gloire, domine tous les trônes, veille d'un œil attentif jusque sur la plus faible de ses créatures. L'état le plus obscur, la simplicité du langage, l'ignorance même la plus profonde, nu rendent point indigne de ses regards personnels. Pour le payer de seJ
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bienfaits, il ne commande que l'obéissance et l'amour. L'ardente prière implorant sa bonté du fond de la retraite la plus ignorée, a le pouvoir de s'élever jusqu'à lui, et les dons que la modeste charité répand en se couvrant d'un voile religieux sont écrits dans les cieux.
Notre texte renferme la preuve de cette vérité consolante. Un militaire d'un rang inférieur, un centenier romain habitait la ville deCésarée : né parmi les gentils , son culte le privait de participer aux privilèges accordés par Dieu à son peuple ; mais c'était un homme juste et bienfaisant. Il s'efforçait de remplir avec fidélité les devoirs que lui prescrivait la religion qu'il connaissait. Il était assidu à la prière et faisait beaucoup d'aumônes au peuple. Dieu jugea qu'il devait récompenser sa vertu. Les dons que sa bonté nous accorde ne ressemblent point aux honneurs périssables des hommes. Un ange reçut l'ordre d'éclairer son esprit et de le ramener dans la voie de la vérité. Corneille , lui dit l'ange en le saluant, tes prières et tes aumônes sont montées jusqu'à Dieu : il y a eu
\égard.
C'est pour vous presser d'imiter celte réunion des prières et dos aumônes, que je vais essayer de vous démontrer que le vrai chrétien ne s'élève au-dessus de l'humanité et n'est heureux que lorsqu'iljoint la piété avec la charité, la foi avec les œuvres, la dévotion avec la morale. Dieu a rendu ces vertus inséparables; l'impie ne fait que l'offenser en s'efforcant de les désunir, et nous avons besoin d'e leur accord pour que nos prières montent jusqu'à Dieu. Puissé-je vous inspirer une sainte et salutaire résolution, en vous faisant connaître que les aumônes sans les prières, ou les prières sans les aumônes, ne peuvent avoir aucun mérite; que la morale, pour nous défendre contre nos passions, a hesoin d'être appuyée par la religion, et que le bonheur n'est assuré qu'à celui qui saura toujours unir la religion à la morale.
Considérons d'abord les aumônes sans les prières, ou les bonnes œuvres sans la piété, réunion que Dieu nous commande. L'univers n'offre que trop d'exemples de la coupable inconséquence avec laquelle nous agissons.
Tous les hommes sont persuadés de la nécessité de la vertu; ils ne prononcent son nom qu'avec respect ; tous se plaisent à répéter qu'elle mérite des hommages, et cependant le plus grand nombre d'entre eux se permet de dédaigner la piété. Les hommes du monde s'offenseraient si l'on osait douter qu'ils chérissent l'honneur ; ils vantent avec orgueil leur humanité, leur zèle pour la patrie, leur probité, leur candeur; ils se disent capables des actions les plus héroïques ; mais les sentiments que la religion inspire, les devoirs qu'elle impose, ne leur paraissent être utiles qu'à contenir les esprits faibles et superstitieux ; ignorent-ils donc que repousser la piété, c'est se livrer à la dépravation du cœur ? Cette interprétation des lois divines est-elle autre chose qu'un insolent prétexte pour se dispense» de ceux des devoirs de la
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morale qui leur semblent être ou trop pénibles ou trop sévères?
Ce raisonnement pervers ne prouve que leur insensibilité; car s'il est un premier sentiment irrésistible que l'homme ait reçu en naissant, c'est celui de la religion.
Qu'aperçoit-il en effet au premier instant où son âme s'ouvre à l'observation et dès qu'il est devenu capable de réfléchir ? Tout ce qu'il rencontre autour de lui ne sert qu'à lui prouver qu'il ne peut rien par lui-même. Il sent qu'un pouvoir qu'il ne peut concevoir l'a placé dans un monde dont son imagination ne peut mesurer les bornes , dans un monde où la sagesse et la bonté de celui qui a pu le créer se fontapercevoir de toutes parts. La magnificence, la beauté de cet ouvrage, l'ordre qui le régit lui commandent sans cesse d'admirer et d'adorer son auteur. Si quelquefois il essaie de comprendre la toutepuissance de la main qui parsema les cieux de globes étincelants, il se sent en quelque sorte accablé par un sentiment de crainte et de respect. Bientôt épouvanté de sa faiblesse et de son insuffisance, il implore une protec" tion et des bienfaits qu'il ne se croirait pas le droit de réclamer s'il ne se persuadait pas d'abord que la bonté divine veille continuellement sur lui; mais lorsque ses vœux sont exaucés, osera-t-il se refuser aux transports de la reconnaissance ? Tels sont les sentiments que les préceptes religieux ne font que développer, telles sont nos effusions les plus naturelles ; l'ignorance pourra les altérer, le vice pourra les corrompre ; mais toutes les fois que l'homme osera s'en écarter, il n'éprouvera plus que troubles et remords.
Portez vos regards ï.ur la surface de la terre ; parcourez les régions les plus reculées, depuis l'orient jusqu'au couchant, vous pourrez trouver des peuples sans police , sans lois, sans villes, sans les arts qui embellissent la vie ; mais tous ont une forme de religion, partout on aperçoit l'adorateur et île temple, l'autel et l'offrande. Partout l'homme reconnaît que l'univers a son maître, et partout il se prosterne devant lui. Si les nations les plus ignorantes et les plus sauvages sentent la nécessité d'adorer Dieu, quels hommages ne lui doivent pas ceux qu'éclairent raccroissement des connaissances humaines et les grands enseignements de la religion chrétienne? Le besoin, la reconnaissance, le respect, la raison, tout vient s'unir aux vérités tout à la fois consolantes et terribles de la révélation, pour commander à l'homme de rendre un culte solennel à son Créateur ; oscra-t-il s'y refuser et donner pour excuse de ce refus l'inconstance de ses passions, la légèreté de son esprit ou l'insensibilité de son cœur ?
Incrédule I ô toi qui t'enorgueillis de ta raison et prétends au titrcd'homme vertueux, quels sont tes droits pour violer la plus naturelle et la première des lois ? Où est la sensibilité ? où est ton amour pour ce qui est juste et raisonnable, si tu n'écoutes pas cette voix majestueuse qui force toutes les nations à rendre hommage au Dieu de l'univers ? Et